Alain Morvan est ancien recteur d’académie de Lyon.

Propos recueillis par Régis Soubrouillard

Malgré les dénégations répétées du ministère, les dotations horaires globales prouvent que la réforme du collège vise bel et bien à la mort lente des langues anciennes. Comment comprenez-vous cette volonté de supprimer le grec et le latin ?

La suppression des langues anciennes – car c’est bien de cela dont il est question – répond à une idéologie : celle de l’arasement. Les disciplines réputées élitistes sont à extirper en tant que vecteurs de ce que de piètres émules de Bourdieu appellent la reproduction.

Chez les « penseurs » de la réforme, ce qui est consacré par l’usage est dangereux. La culture est dangereuse, car elle encourage le développement de l’esprit critique et forme de vrais citoyens, des hommes et des femmes libres, là où l’on voudrait des électeurs bien conditionnés.

J’ajouterai que, compte tenu des économies de moyens promises par l’éradication du latin ou du grec, les idéologues de la pédagogie niveleuse ne sont peut-être en fin de compte que des « idiots utiles » qui couvrent pudiquement, de leurs billevesées utopistes, une politique cynique de réduction des dépenses publiques.

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