La conférence internationale sur le sida de Vienne semble mal partie. Pas d’argent pour le financement, quelques fausses bonnes idées, une pression énorme des ONG. Tout cela risque de finir comme à Copenhague.

On meurt toujours du sida de par le monde. Un peu moins dans les pays développés où l’information et les trithérapies sont facilement accessibles, toujours autant dans les pays les plus pauvres. Alors les participants cherchent de l’argent. Mais la crise est passée par là et les robinets se ferment. Il a été facile de trouver des milliards à la pelle pour sauver les banques et le système économique, mais il est probable qu’en ces temps de rigueur, les malades du sida ne feront bientôt plus partie des prioritaires.

Et puis, par delà cette question fondamentale s’accumulent les fausses bonnes idées qui relèvent du « y a qu’à ». Un exemple en est une « taxe Robin des bois », sortie de leurs manches par les ONG. Cela consiste à prélever une taxe infime sur les transactions financières et qui rapporterait 300 milliards de dollars. Il est légitime de rêver sur des chiffres aussi faramineux que peu crédibles, qui d’un coup de baguette magique résoudraient tous les problèmes. Il avait été question d’une telle taxe pour permettre aux gouvernements de récupérer une partie des milliards prêtés aux banques en faillite. Une taxe impossible à établir et à prélever, alors la même chose pour lutter contre le sida, vraiment, faut pas rêver…

Autre idée, elle parfaitement stupide, un appel publié par le journal Le Monde et dont la teneur laisse pantois. Le Monde n’hésite pas à dire que cet appel « fera date dans l’histoire des politiques publiques en matière de drogues ». Rien que cela, mes amis ! Le contenu de cet appel est simple, il est même simplissime : les drogués sont contaminés par le virus HIV parce qu’ils se piquent avec des seringues pas propres. Conclusion ? Il faut légaliser les drogues, dures évidemment, afin que les drogués puissent se piquer en toute légalité et en toute stérilité. Mais bien sûr, « y a qu’a » !

Les sapeurs Camembert sauvent le monde…

Légaliser les drogues pour sauver des malades du sida, c’est juste n’importe quoi, un délire absolu. L’Espagne et les Pays-Bas ont essayé, ils sont bien vite revenus sur leur générosité naïve. Le nombre de drogués a augmenté dans de telles proportions que la chose n’était plus tenable. Et l’on mourrait d’overdose autant que du sida.
Une autre réalité plaide pour la vacuité de cet appel « historique » : légaliser les drogues, c’est légaliser l’argent sale. Au moment où près d’une centaine de personnes se font flinguer au Mexique parce que les barons de la drogue se battent entre eux, c’est bien le moment de blanchir officiellement les milliards de la came. Tout comme il devient inutile d’envoyer des soldats se faire trouer la peau en Afghanistan, si les talibans et les barons du grain de pavot de ce pays peuvent désormais s’inscrire au NYSE ou au CAC 40 . Oublions les producteurs de coke de Colombie qui pourraient faire une fusion-acquisition avec les FARC, afin de financer la révolution…

Sérieusement, les initiateurs de ce texte qui fait pleurer d’avance le bulletin paroissial du bien penser ont-ils réfléchi à ce que représenterait le déluge d’argent du pavot et du coca dans les flux de l ‘économie mondiale ? Pas de doute, ces nouveaux milliardaires aussi blanchis de leurs méfaits que l’est actuellement leur argent pourraient s’offrir les fleurons des grandes entreprises mondiales. Cash.

Flagrant délit d’irresponsabilité

Les mêmes ont-ils pensé aux millions de camés, pauvres hères accrochés à leurs seringues, déshumanisés par l’addiction avant de crever lamentablement comme des bêtes en manque ? Combien de dizaines de milliers de morts, la came légale? Est-on vraiment sûr d’ailleurs que cela ferait baisser le nombre de morts par HIV ? Rien n’est moins certain.

On rappellera à ces grands esprits qu’il existe des moyens simples et peu onéreux pour se procurer des seringues propres : en France il suffit d’acheter, en vente libre et anonyme, une Stéribox dans n’importe quelle pharmacie. Pour quelques euros, il y a dedans tout ce qu’il faut pour se piquer clean et désinfecté. Les bons esprits diront que c’est peu moral, les réalistes diront que cela a fait baisser le nombre de contaminations par seringues.

On rappellera aussi aux initiateurs de cet appel, que sont Mme Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine pour la codécouverte du virus HIV, à M. Cardoso, ancien président de la république du Brésil et à Mme Brigitte Schmied, présidente de la société internationale sur le sida qu’il y a abus caractérisé d’irresponsabilité à balancer ainsi dans les médias de telles énormités, qui témoignent d’une indigence intellectuelle rare ainsi que d’une culture économique nulle.

Et, afin de n’oublier personne, on rappellera au fameux journal de référence qu’il est tout aussi irresponsable de publier sans le moindre appareil critique les mêmes âneries dans ses colonnes. C’est, bonjour Monsieur Lénine, justement ce qui fait la différence entre les courroies de transmission et les vrais journalistes…

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GS
Journaliste et traducteur, Gérard Scheer a fait sa carrière à Radio France et France Télévisions. Il a été directeur des relations extérieures de l'Otan et sévit aujourd'hui sur le carnet Homoimbecillus.
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