Arte propose ce soir un documentaire retraçant le parcours de la très déterminée Diana Ross.


Le vendredi à la télévision, vous avez le choix entre un programme comique « Mask Singer », gêne et fous rires garantis, ou, en deuxième partie de soirée, un documentaire musical inédit sur Arte. La semaine dernière, c’était Stevie Wonder « visionnaire et prophète ». En octobre, la chaine a diffusé le portrait intime et dramatique de Teddy Pendergrass, crooner à la voix d’or et son inoubliable tube érotico-sirupeux « Close the door ». J’en ai encore des sueurs dans la colonne vertébrale. La langueur du chanteur devrait être enseignée dans tous les Conservatoires d’arrondissement. La musique française gagnerait en clarté et en profondeur.

Pas une médiocre!

Ce soir, gloire à la patronne, à la diva suprême, Diana Ross apparaîtra à 22 h 30 dans un film réalisé par Julie Veille. La reine de la Motown au brushing scintillant, affutée comme une athlète du sprint n’avance pas masquée. « Je veux être la meilleure », annonce-t-elle dans une interview, pour couper court à toutes les spéculations. Diana n’a pas quitté son quartier HLM de Detroit pour faire de la figuration à la télé. Il n’y a pas de place au doute chez elle. Le travail ne lui fait pas peur et le charisme, elle en déborde. Le trop-plein la guetterait même. Le documentaire revient sur une carrière immense, les hauts et les bas, les clashs et les amours, les tentatives au cinéma et les collaborations prestigieuses, avec toujours le succès en ligne de mire. Cette fille-là est terrible par son audace, son inlassable activisme et ce charme vénéneux qui emporte tout sur son passage. Quand Diana décide, le monde lui obéit. C’est une femme, elle est noire, mais ne revendique rien d’autre que son ascension sociale personnelle. Cette mécanique de précision, bourreau des studios, cherche la perfection et la « money ». Même si la réussite ne semble jamais vraiment la rasséréner complètement. Elle incarne le modèle américain dans sa plus brutale et brillante acception. Ça nous change de nos chanteuses pleurnicheuses de profession qui veulent sauver la planète et singent l’humilité pour séduire un public plus large. Diana veut rouler en Cadillac et devenir la plus grande star d’Amérique. La fausse sobriété, la fausse modestie, c’est bon pour les médiocres.

Depuis l’âge de seize ans après avoir tanné son voisin Smokey Robinson pour qu’il lui ouvre les portes de ce milieu artistique, elle va tout mettre en œuvre pour y arriver. Et elle ne lâchera rien. On revoit avec plaisir les images en noir et blanc des années 1960 quand Diana supervisait The Supremes. Trois jeunes femmes aux tenues règlementaires, coupe au carré et tailleur classique de rigueur, agrémentées de quelques breloques et de pulls moulants, de quoi suggérer les lignes du corps sans outrager les bonnes mœurs. Aujourd’hui, tout ça semblerait presque « trop sage » mais, à l’époque, Nina Simone et Ella Fitzgerald prennent un coup de massue. Une séquence tournée dans les rues de Paris en 1965 nous montre ces trois drôles de dames zigzaguer notamment sur les Champs-Elysées au milieu des DS, Solex et Simca 1000. Diana déteste partager. Son opiniâtreté la pousse sur le devant de la scène. La lumière sera son karma. Berry Gordy, le manitou de la Motown, l’inventeur du son de Detroit ne résistera pas très longtemps à cette personnalité hors-norme. S’en suivra un compagnonnage professionnel aussi fructueux qu’houleux. Les autres chanteuses qui l’accompagnent, finissent par jeter l’éponge. Diana ne regarde jamais en arrière. Son style, son tempérament et sa voix font des miracles. The Supremes avaient décroché dix places de Numéro 1 en à peine quatre années. Diana seule, fera mieux. Après un duo tempétueux avec Marvin Gaye, les deux enregistrent chacun de leur côté, le disco lui assure alors la consécration. Et pourtant la concurrence est rude, Donna Summer et Gloria Gaynor tiennent le haut du microsillon à facettes. Diana sort l’arme fatale : « Love Hangover ». 3 minutes 45 de tensions orgasmiques en 1976. Quatre ans plus tard, Nile Rodgers et Bernard Edwards de Chic lui taillent sur-mesure un album à sa démesure. Des titres qui fracassent le « Billboard », des hits qui propulsent Diana en icône. Elle vend 6 millions d’albums grâce à « Upside Down » ou « Coming Out ». En 1982, son ami Michael Jackson lui offre le vigoureux « Muscles » et son improbable clip bodybuildé. Diana vient ainsi d’ouvrir toutes les vannes du show-business à plusieurs générations d’artistes féminines. Elles s’appellent Rihanna, Beyoncé, etc…

Diana Ross, suprême diva – Documentaire diffusé vendredi 6 décembre à 22 h 30 sur Arte

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