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Des Brics toujours en béton ?

Photo : Blog do Planalto

Fatigués, les BRICS ? Fin 2011, ce groupe de grands pays émergents formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud a montré des signes de faiblesse. Croissance nulle au troisième trimestre pour le Brésil, bulle immobilière et déséquilibres en tout genre en Chine, etc. Albert Edwards a tranché. Fin novembre, le célèbre analyste de la Société Générale s’est moqué de l’acronyme Brics en lui attribuant une définition très personnelle et peu flatteuse : Bloody Ridiculous Investment Concept (Putain de Concept d’Investissement Ridicule). Eh oui, la traduction française n’atténue pas la rudesse de la formule.

Plus encore que leurs prévisions de croissance, légèrement revues à la baisse en 2012, ce sont leurs fragilités structurelles qui inquiètent. La Russie, jugée bien trop dépendante de ses exportations en gaz et en pétrole, cumule difficultés économiques et démographiques. Forte de 142 millions d’âmes, le pays a perdu six millions d’habitants en vingt ans et pourrait voir sa population diminuer de 24 millions d’ici à 2050. Problème identique un peu plus au Sud en Chine, où la politique de l’enfant unique entrainera un « papy-boom » dans les prochaines décennies. A plus court terme, les économistes pointent les dangers d’une inflation galopante, qui, associés à la bulle immobilière, pourrait faire chuter en cascade d’autres secteurs. Quand on sait que le cadastre en Chine n’est pas au point, pour dire les choses pudiquement, on peut imaginer les effets désastreux d’une baisse générale des prix.

En Inde, l’un des plus sérieux défis à relever concerne la corruption. Elle est si répandue que plusieurs riches investisseurs indiens renoncent à investir dans leur propre pays et se tournent vers l’extérieur. A eux seuls, les Brics concentrent 40% des réserves monétaires de la planète, ce qui les rend plus vulnérables aussi bien à la crise de l’Euro qu’aux difficultés du dollar.

Mais pour nombre d’analystes, ces gigantesques défis ne bouleversent pas un constat d’ensemble : les grands pays émergents restent portés par des logiques économiques qui ne vont pas s’évaporer de sitôt. Le cabinet Ernst & Young a dernièrement publié un rapport qui passe au crible vingt-cinq économies à forte croissance. Verdict : « une dégradation de la crise en zone euro aura de sérieux impacts à court terme mais ces pays sont bien plus résistants que lors des dernières décennies ». Avec des finances publiques solides et un commerce extérieur excédentaire, les émergents ont durablement de quoi encaisser les chocs. De surcroît, ils continuent à bénéficier des « avantages de l’arriération » : des pans entiers de l’économie restent à développer ainsi que les salaires qui demeurent bas dans de nombreux secteurs.
Ces pays cumulent donc des avantages de « pauvres » avec leurs nouvelles opportunités de « riches », liées au développement de leurs classes moyennes, comme les pays occidentaux il y a un demi-siècle.

Si les investissements, particulièrement en Chine et en Inde, sont amenés à baisser, la part de la consommation devrait peser de plus en plus dans la balance de la croissance de leurs PIB. Stimulés par leurs marchés intérieurs, les Brics représenteraient 40 % de l’activité économique mondiale à l’horizon 2050.

Mais derrière les Brics, d’autres économies sont en train de faire leur mue. CIVET, N-11… les sigles regroupant les futurs champions économiques se multiplient. Les candidats les plus sérieux ? En Afrique subsaharienne, ce sont le Ghana et le Nigeria qui, poussés par des flux d’investissement, une population jeune, de nouvelles classes moyennes et matières premières au prix élevé, devraient afficher des taux de croissance autour de 7 à 8 % ces prochaines années. En Asie, l’Indonésie ne compte plus ses projets d’infrastructures : routes, nouvel aéroport, et surtout chemin de fer bientôt construit par les chinois. Avec sa classe moyenne comptant désormais 35 millions de personnes sur 240, le pays talonne les Brics et s’est même payé le luxe d’un relèvement de sa note par les agences de notation !

En conséquence de quoi, les regards se tournent aujourd’hui vers l’interdépendance et la coordination entre émergents. Fin mars à New Delhi, l’Inde accueillera le quatrième et prochain sommet des Brics. Est-ce un hasard que l’Inde, pionnier des « non-alignés » de l’époque de la guerre froide, prenne cette initiative ? Si l’idée est d’abord de répondre à des urgences économiques, l’option « plus si affinités » ne peut être écartée.
Du côté des investisseurs, ces marchés émergents suscitent toujours l’intérêt. Au terme d’une étude effectuée par Accenture, il apparaît que pour 80% des chefs d’entreprises, interrogés dans 85 pays, la priorité en matière de croissance repose sur les économies émergentes. Plus globalement, l’évolution des Brics va faire basculer la mondialisation dans une nouvelle phase, peut-être plus favorable à l’Europe et aux Etats-Unis. Plus qu’une « démondialisation » volontaire, c’est probablement un rééquilibrage mondial qui permettrait les relocalisations et la réindustrialisation de l’Europe. Voilà un beau rôle pour les Brics dans les prochaines décennies…


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