Cécile Duflot à l'Assemblée nationale, le 17 juillet 2012 (Photo : SIPA.00640869_000047)

Cette fois, ça y est ! Qu’on se le dise, ça va changer ! Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Monique Pelletier et Roselyne Bachelot n’accepteront plus jamais d’être l’objet du regard concupiscent des hommes politiques et dénonceront désormais systématiquement les salauds qui osent leur « mater le cul », selon la délicate expression recueillie par trois gracieuses journalistes du JDD.

Même la narcissique mijaurée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui passe pourtant une bonne partie de son temps à se contempler dans la glace et à adopter des poses lascives, ainsi que Fleur Pellerin, qui calcule si bien l’effet promotionnel de ses stilettos Louboutin, ont rejoint les sœurs en lutte contre les frères en rut.

Nos anciennes gouvernantes ont ensemble décidé que l’« on ne peut pas » dire d’une femme qu’elle a des seins magnifiques, que sa jupe est trop courte, ni lui demander si elle porte un string, ni mettre la main sur sa cuisse ou masser ses épaules sans avoir dûment obtenu son consentement préalable. Tous ces comportements « inappropriés » relèvent, disent-elles, du sexisme, c’est-à-dire, si l’on se réfère aux vagues définitions qui en sont données, de la discrimination ou de la haine à l’égard des femmes.

Franchement, j’avoue avoir du mal à saisir tant l’objet du scandale que le raisonnement tenu dans ces opportunistes cris d’orfraie. En quoi le fait de dire à un individu, quel que soit son sexe, qu’il a de beaux yeux, de belles mains, de belles jambes, une belle poitrine ou de belles fesses révèle-t-il de la haine ou de la discrimination ? Lorsque je fais remarquer à un collègue que la pratique sportive lui conserve un beau corps d’athlète ou qu’il a de longues mains à caresser les femmes, je n’ai pas du tout l’impression de lui exprimer de la haine ou de pratiquer une discrimination sexiste. Je crois au contraire lui manifester de la sympathie et lui faire un compliment flatteur. Il m’est souvent arrivé de déplorer qu’il n’y ait pas davantage de « beaux mecs » parmi les universitaires ou de me féliciter de ce que les professeurs de droit portent généralement un élégant costume-cravate, à l’opposé des enseignants d’autres disciplines, souvent fagotés comme des traîne-savates. On ne voit vraiment pas ce qu’il y a de péjoratif à pousser des sifflements admiratifs lorsque Mme Duflot se décide à troquer le jean informe et négligé qu’elle arborait en Conseil des ministres, comme une injure aux institutions, pour une robe gonflante et voyante à grosses fleurs bleues qui introduit le printemps dans l’hémicycle. Le but de l’ingénue politicienne était évidemment de se faire remarquer, et il fut parfaitement atteint, quoi de répréhensible à cela ?

Qu’il y ait, dans le monde politique comme ailleurs, une minorité d’obsédés sexuels qui se jettent grossièrement sur leurs collègues ou assistantes, est un phénomène marginal que l’on a vite fait de remettre à sa place. En presque 40 ans de carrière universitaire, il m’est arrivé deux fois d’être sexuellement agressée : une fois par un collègue masculin respectable auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et qu’il a suffi d’éconduire rudement ; une autre fois, à l’inverse du cliché du Sofitel de New York, par une étudiante noire qui s’était permise de bloquer la portière de ma voiture et dont j’ai peut-être brisé le tibia en claquant cette dernière violemment avec force injures « lesbophobes ». L’idée de porter plainte pour agression sexuelle, dans les deux cas, ne m’a pas effleurée une seconde. Qu’est-ce qu’un tribunal viendrait faire dans ces sottises ? Les magistrats ont des choses plus sérieuses à traiter que ces non-événements.

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Anne-Marie Le Pourhiet
Juriste spécialiste de droit constitutionnel, professeur de droit public Juriste spécialiste de droit constitutionnel, professeur de droit public à l’Université de Rennes I