Mais attention ! pas n’importe quelle culture, bien sûr…
L’histoire est là pour nous le rappeler : les régimes autoritaires ont la fâcheuse tendance de menacer les artistes et d’utiliser la culture et l’art comme des outils de contrôle et de propagande. Voilà quelque chose qui ne risque pas d’arriver en France, pays dans lequel la propagande officielle s’opère sans que le régime n’ait besoin de menacer quiconque. Espaces culturels, secteurs culturels, émissions culturelles, agents artistiques et animateurs culturels occupent en effet tous les étages du progressisme (ou devrait-on dire du réalisme progressiste ?) et la culture et l’art se sont vus supplantés par une entreprise de démolition artistique totale, une industrie propagandiste implacable, tentaculaire et dispendieuse, contrôlée par des doctrinaires se prétendant artistes et se payant sur la bête que nous sommes devenus. Après l’annonce du gel d’une partie des subventions de 28 théâtres, centres dramatiques et orchestres nationaux, ces artistes officiels, théâtreux institutionnels et réfugiés culturels de la rue de Valois, ont lancé une pétition pour réclamer de la « culture partout » et, par conséquent, une augmentation des finances publiques consacrées à ce gigantesque déploiement, prétexte le plus souvent, derrière la tartufferie artistique, à un parasitisme organisé. France Inter ne pouvait manquer cette occasion pour lancer un faux débat sur le sujet de savoir si « la culture est un luxe ou une nécessité ? » Le 20 juillet, la journaliste Paola Puerari recevait dans son Débat de midi quatre intervenants. Le pluralisme ne faisant pas peur à la radio publique, trois d’entre eux défendirent bec et ongles la culture en réclamant plus de moyens, plus d’argent, plus de flouze, plus de blé, plus de pognon.
Olivier Babeau, seul contre toutes et tous
Le quatrième intervenant, l’économiste Olivier Babeau, tenta vainement d’expliquer que le budget de la culture, en constante augmentation depuis 2019, ne pouvait échapper aux coupes budgétaires prévues par le gouvernement dans le cadre d’un plan global d’économies. Il rappela par ailleurs qu’il n’est pas prévu de toucher, exception culturelle française oblige, au sacro-saint régime des intermittents du spectacle, lequel n’est pas inclus dans le budget dédié à la culture et coûte quand même aux contribuables 1,2 milliard d’euros par an. « Il va falloir réduire la voilure », osa-t-il affirmer avant de manquer de se faire étouffer d’indignation la directrice du théâtre du Rond-Point, Laurence de Magalhaes, et le directeur du théâtre des Amandiers à Nanterre (92), Christophe Rauck, en évoquant la sociologie de leurs publics, « essentiellement des CSP+ » ressemblant comme des frères aux habitués du festival d’Avignon qui acclamèrent Jean-Luc Mélenchon et sa bande en goguette dans la Cité des Papes.
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Pour se défendre de cette accusation, Christophe Rauck a cru judicieux de rappeler que le théâtre des Amandiers a attiré un nouveau public grâce à des pièces comme Nemetodorum. Cette « pièce participative », jouée par « quatorze jeunes », a été écrite à partir des récits de ces derniers pour rendre hommage à… Nahel Merzouk, « ce jeune tué par un policier à Nanterre en 2023 lors d’un contrôle routier », pour le dire à la manière de France Inter, c’est-à-dire en omettant de préciser les circonstances de ce contrôle, à savoir un énième refus d’obtempérer et un comportement délictueux mettant en danger la vie des piétons et des autres automobilistes. La presse de gauche s’est naturellement pâmée devant ce « théâtre documentaire cherchant à inscrire dans le champ culturel la mémoire de ce drame » (Politis) : Le Monde y vit une « mise à nu »des problèmes des quartiers ;le journal La Croix fut heureux d’y déceler une« ironie cinglante, comme lorsque les comédiens parodient un plateau de CNews sur les émeutes pour moquer la tendance médiatique à accuser “les Arabes et les Noirs” »; Télérama et Libération en profitèrent pour chouiner de concert sur la misère sociale, « les violences policières », les jeunes des cités « victimes de discriminations », etc. Croyant nous apprendre quelque chose, M. Rauck, artiste de gauche comme il se doit, proclame sur France Inter : « La culture appartient à notre programme politique. »
Xavier Bertrand, la droite qui a tous les réflexes de la gauche
Ce programme, l’inénarrable et prudhommesque président LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand, invité dans la même émission, l’a fait sien. Comme nombre de ses congénères de même obédience politique, cet homme de droite s’est laissé corrompre par l’idéologie culturelle de la gauche. Il est fier d’avoir augmenté le « budget culture » de sa région. Selon lui, le rôle de la culture est d’abord d’être un « rempart contre le repli identitaire » : « Si vous voulez faire reculer les extrêmes, vous devez faire reculer les causes des extrêmes et donc lutter contre l’obscurantisme, contre le repli sur soi, contre la méconnaissance, contre une certaine forme d’ordre établi qui s’impose aujourd’hui. » C’est beau comme du Martine Aubry. Cet infatigable adversaire de la droite nationale n’en finit pas de prophétiser le retour des heures sombres. Sa voix tremble au moment de décrire « les nuages noirs au-dessus de nos têtes en matière politique, en matière démocratique ». Et d’ajouter : « Il y a aujourd’hui également tout un sujet sur la liberté d’expression et la liberté de création. » Bien entendu, M. Bertrand n’évoque ici, ni de près ni de loin, les manipulations en cours pour limiter réellement la liberté d’expression, la « labellisation » des médias, la création d’un observatoire de la désinformation et des « ingérences intérieures », l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans – et donc l’obligation de s’identifier sur lesdits réseaux au risque de se retrouver poursuivi pour des « propos haineux » ou pour des opinions qualifiées d’ingérences intérieures par l’Arcom et ses sbires – les opérations de surveillance dans le but de censurer finalement les médias alternatifs, CNews et, plus généralement, tous ceux qui s’opposent au pouvoir politico-médiatique en place. Quant à la liberté de création, deux noms de « talents fous » viennent spontanément à la bouche de M. Bertrand. Ceux de Julien Gosselin et David Bobée. Deux éminents fonctionnaires de l’art de la subversion subventionnée qui méritent le détour.
Directeur du théâtre de l’Odéon, le metteur en scène Julien Gosselin fut à l’honneur au dernier festival d’Avignon où le public était appelé à se coltiner son théâtre engagé, en l’occurrence une laborieuse adaptation des écrits de Lautréamont et de l’écrivain chilien Roberto Bolaño intitulée Maldoror. La mise en scène en était résolument moderne, à rebours des scénographies classiques qui cherchaient bêtement à valoriser un texte : au milieu des fumigènes et d’un boucan de tous les diables, deux DJ et des comédiens à peine visibles dans le décor sont apparus sur des écrans géants installés sur et au-dessus de la scène. « Pendant plus de cinq heures, les tympans en ont pris un sacré coup. La “drum and bass” est le genre musical préféré de Gosselin, son côté ado. Nous n’allons pas ici redire ce que nous avons pensé de ce spectacle brillant dans la forme, mais complètement creux dans le fond. Un ratage tonitruant malgré les commentaires des quelques exaltés, fans du metteur en scène », écrit Anthony Palou dans Le Figaro. Autre signe de la confusion des genres et de la mort du théâtre : durant la représentation, les spectateurs courageux, pervers ou sourds qui n’avaient pas encore fui la Cour d’honneur – aux 150 places vides dès le début de la prestation, il faut ajouter celles délaissées par une centaine de spectateurs au bout d’une heure de ce tintamarre – furent invités à venir gesticuler sur scène avec les comédiens. Dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, une horde abêtie et indifférenciée annihila ainsi toute ambition artistique et effaça d’un coup plusieurs siècles d’histoire de l’art théâtral.
Grosse ficelle
Avant cette bouffonnerie, le directeur du festival d’Avignon, Tiago Rodrigues, Julien Gosselin et quelques autres écornifleurs professionnels inquiets de la baisse de leurs subventions, ont lu la lettre adressée à Emmanuel Macron. La ficelle est toujours la même et s’épaissit au fil des ans : « À l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. » Plus tard, ledit service public de l’art et de la culture offrit au public avignonnais avide de combat antifasciste un de ces spectacles navrants qui réjouissent généralement les lecteurs de Télérama et Edwy Plenel : La Parabole du seum de l’imposante Rébecca Chaillon, une singerie woke dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes et au cours de laquelle on put notamment voir une « actrice » expliquer ce qu’est devenue la mer Méditerranée. Consterné, Anthony Palou décrit la chose :« Un bac en plastique en guise de grande bleue, elle le remplit d’eau, y ajoutant du sel, un crabe congelé, quelques gouttes de sang, de la crème solaire et finit par pisser dedans. Ainsi fait, elle chaussa un masque de plongée et fourra sa tête dans la flotte, essayant de saisir le crabe avec ses dents. Après plusieurs tentatives, elle s’écria : “Ça y est, j’ai le cancer !” » C’est sûr qu’à côté, Molière, Tchekhov ou Bernhard, c’est de la gnognote…
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Quant au metteur en scène David Bobée, son « travail » est une synthèse parfaite, une réduction chimiquement pure de la culture woke et de l’art cantonné à la démonstration idéologique. Membre du Collège de la diversité – une invention démagogiquede la ministre de la Culture socialiste Fleur Pellerin –, cet apparatchik culturel participa à la création en 2015, avec le soutien de Rokhaya Diallo, de l’association « Décoloniser les arts » présidée par l’indigéniste Françoise Vergès, elle-même membre du Collège de la diversité. Sa nomination, en 2021, à la tête du théâtre du Nord, enthousiasma Martine Aubry, alors maire de Lille : « Bravo et bienvenue à David Bobée, nouveau directeur du théâtre du Nord, qui propose un projet riche entre répertoire et création contemporaine, très ambitieux sur les enjeux sociétaux et du développement durable[1]. » Xavier Bertrand n’aurait pas mieux dit. Tout ce que la « culture » compte de plus woke, de plus gauchiste, de plus nombriliste, de plus insupportablement donneur de leçons, de plus débilitant et de plus laid, est passé un jour ou l’autre entre les mains de M. Bobée. Lui-même déconstruit régulièrement des œuvres classiques afin de lutter, dit-il, contre le racisme, le classisme (terme utilisé par la bourgeoisie politico-culturelle pour évincer l’archaïque lutte des classes, laquelle a finalement abouti à la montée de ce que cette bourgeoisie, pour se faire peur, appelle encore l’extrême droite), la grossophobie, l’homophobie, le masculinisme, le patriarcat et toutes ces sortes de choses. Le public lillois téléramesque a déjà eu droit à Édouard Louis, Corinne Masiero, Virginie Despentes, JoeyStarr, Éva Doumbia, Paul B. Preciado, Thomas Jolly, j’en passe et des meilleurs. Après avoir assisté, en décembre 2026, à un « acte théâtral de résistance et de justice » relatant une sombre affaire « impliquant des membres de l’ultra droite locale[2]», le même public pourra voir en mars 2027, soit moins de deux mois avant les élections présidentielles, une pièce de Tiago Rodrigues intitulée… Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Tout un programme. « Créé dans un contexte de montée des extrêmes droites, le spectacle assume sa dimension de provocation », est-il précisé sur le site du théâtre. Tout cela est très prometteur et devrait beaucoup plaire à Xavier Bertrand.
Comme prévu, le gouvernement macrono-socialiste a cédé devant les pleurnicheries des frondeurs culturels institutionnels et rétabli les subventions dans leur totalité. La CGT Spectacle s’est réjouie de ce « recul » mais maintient toutefois son appel à la grève à partir du 26 septembre. Bravo, camarades ! Bloquez-nous tout ça, aussi longtemps qu’il le faudra…
[1] En février 2021, après la nomination de M. Bobée à la tête du théâtre du Nord, votre serviteur a écrit cet article : https://www.causeur.fr/david-bobee-theatre-du-nord-lille-191601.
[2] Le jeudi 11 décembre, cet « acte théâtral de résistance » intitulé Citadelle sera disséqué lors d’une rencontre avec le public animée par le metteur en scène, Simon Capelle, et le sociologue d’extrême gauche Ugo Palheta, maître de conférences à l’Université de Lille et spécialiste de l’extrême droite. Comme Xavier Bertrand, M. Palheta est la proie d’une seule idée fixe, comme le prouvent les titres de ces ouvrages : La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre – Face à la menace fasciste – Extrême droite : la résistible ascension – La nouvelle internationale fasciste – Comment le fascisme gagne la France.
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