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UWW: une élection en clair-obscur

Le président sortant a désormais les mains libres pour briguer un nouveau mandat


UWW: une élection en clair-obscur
Championnats internationaux de lutte Hargobind, le 6 novembre 2010. Photo publiée sous licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic, via Wikimedia Commons.

Le Congrès extraordinaire du 7 septembre a levé l’obstacle statutaire qui menaçait la candidature de Nenad Lalović à un nouveau mandat. Mais, à quelques semaines de l’élection présidentielle, ses deux concurrents attendent toujours la validation officielle de leur candidature. À l’UWW, les règles sont désormais claires. Le jeu électoral, beaucoup moins.


Que nos lecteurs nous pardonnent de les avoir laissés si longtemps sans nouvelles de l’UWW. Cette fédération internationale de lutte peut sembler bien éloignée de leurs préoccupations quotidiennes. Pourtant, il arrive que l’on comprenne mieux ce qui se passe autour de nous en plaçant sous la loupe un objet apparemment lointain et sans grande importance. Les petites institutions offrent parfois un modèle réduit, et donc particulièrement lisible, des grandes pratiques du pouvoir.

Eh bien, le Congrès extraordinaire de United World Wrestling (UWW), réuni à distance le 7 septembre, a tranché la question qui agitait depuis plusieurs mois la fédération internationale de lutte. Désormais, pour calculer la limite du nombre de mandats présidentiels, seuls seront pris en compte ceux accomplis depuis l’adoption de cette limitation en 2021. Selon les résultats publiés par l’UWW, 119 votes ont été enregistrés. La modification a été approuvée par 114 voix contre 5. Rarement une clarification aura été aussi nette.

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Il convient toutefois de préciser exactement ce qui a été décidé. L’article 14.1 de la Constitution de l’UWW prévoit que le président est élu pour six ans et que son mandat est limité à deux périodes de six ans. Le texte adopté en 2021 ne comportait cependant aucune disposition transitoire indiquant si les mandats antérieurs devaient entrer dans ce calcul.

Deux lectures étaient donc possibles. Selon la première, défendue notamment dans un avis juridique du professeur Thomas Probst cité précédemment par Causeur, le mandat exercé par Nenad Lalović entre 2014 et 2021 devait être comptabilisé : celui commencé en 2021 constituait dès lors son second et dernier mandat. Selon la lecture soutenue par le président sortant, la limitation adoptée en 2021 ne pouvait produire d’effet rétroactif : le mandat commencé cette année-là était donc le premier au sens de la nouvelle règle.

Lalović peut rempiler 

Le Congrès a choisi cette seconde interprétation et l’a désormais inscrite explicitement dans les statuts. Autrement dit, les années passées à la tête de l’UWW avant 2021 ne seront pas prises en compte pour l’application de la limitation. Sur le plan institutionnel interne, le débat paraît donc tranché. Cette modification n’empêche évidemment pas d’éventuelles contestations portant sur les conditions de son adoption ou son application au processus déjà engagé, mais elle lève l’obstacle statutaire que rencontrait la candidature de Nenad Lalović.

Celui-ci pourra ainsi, sous réserve de la validation formelle de sa candidature, se présenter à l’élection du 23 octobre à Astana. Il solliciterait son troisième mandat complet depuis son élection de 2014, et une quatrième période à la tête de la Fédération si l’on inclut celle durant laquelle il avait achevé, à partir de 2013, le mandat de son prédécesseur. Nenad Lalović avait été élu sans concurrent en 2014, puis réélu, toujours sans opposition, en 2021 : un parcours qui est en soi un exploit olympique.

La clarification apportée le 7 septembre ne règle cependant qu’une partie du problème, car depuis le début, le processus électoral lui-même paraît conduit de manière pour le moins laborieuse. Pour la première fois depuis l’arrivée de Nenad Lalović à la présidence, plusieurs personnalités souhaitent briguer le poste. Outre le président sortant, deux membres du Bureau se sont déclarés : l’Azerbaïdjanais Namig Aliyev et le Russe Mikhail Mamiashvili. L’élection du 23 octobre pourrait donc être la première véritable compétition pour la présidence de l’UWW depuis plus d’une décennie. Encore faudrait-il que cette compétition puisse réellement commencer.

Des concurrents encore dans les starting-blocks

Les trois prétendants ont fait connaître leur candidature lors de la réunion du Bureau du 3 juillet. La Constitution réserve la présidence aux membres élus du Bureau ayant accompli au moins un mandat complet. Les candidatures doivent être déposées au moins trois mois avant le Congrès, pour ensuite être examinées par les instances compétentes de l’UWW, le Bureau devant finalement proposer au Congrès un ou plusieurs candidats et motiver sa décision.

Selon les informations recueillies précédemment par Causeur, la conformité des dossiers devait initialement être examinée dans un délai de dix jours. Ce délai a expiré à la mi-juillet sans que la liste officielle des candidats soit publiée. La composition de la commission chargée d’examiner les candidatures, son calendrier de travail et les modalités précises de la procédure sont longtemps restés inconnus.

Plus d’un mois après la déclaration des candidats, une nouvelle difficulté est apparue concernant la maîtrise de l’anglais. L’exigence elle-même n’est pas nouvelle. La Constitution de l’UWW prévoit déjà que les candidats à la présidence doivent parler couramment anglais. Elle figurait même dans des versions anciennes des statuts. La nouveauté réside dans la volonté de vérifier cette compétence au moyen d’un examen formel.

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L’idée peut parfaitement se défendre. Le président d’une fédération internationale doit pouvoir travailler directement dans l’une de ses principales langues de fonctionnement. Mais introduire une nouvelle modalité d’évaluation après le dépôt des candidatures est plus discutable. Une règle peut être pertinente et son calendrier mal choisi. La solution la plus simple aurait été de prévoir son application à partir de l’élection suivante.

Ce n’est pourtant pas la voie retenue. Après avoir longtemps laissé subsister une ambiguïté sur la limitation des mandats, l’UWW l’a levée en cours de procédure. Après avoir reçu les candidatures, elle a précisé la manière dont serait contrôlée la maîtrise de l’anglais. Dans les deux cas, les règles du jeu ont été modifiées ou complétées alors que les joueurs étaient déjà sur le tapis.

La différence de rythme est également frappante. Pour lever l’incertitude pesant sur l’éligibilité du président sortant, le Bureau a trouvé le temps de convoquer un Congrès extraordinaire et d’organiser un vote mondial. Pour confirmer officiellement les candidatures de ses concurrents, la mécanique paraît nettement moins véloce.

Une campagne sous pression

Or une campagne électorale ne se résume pas au droit de déposer un dossier. Elle suppose que les candidats soient reconnus comme tels, puissent présenter leur programme, rencontrer les fédérations appelées à voter et, nécessairement, discuter le bilan du président sortant. Chaque semaine perdue réduit la possibilité d’un débat véritable et avantage mécaniquement celui qui dirige déjà l’organisation.

À une quarantaine de jours de l’élection pour la mandature 2026-2032, et à notre connaissance au moment de la rédaction de cet article, les candidatures de Namig Aliyev et de Mikhail Mamiashvili n’avaient toujours pas été officiellement validées et publiées par l’UWW.

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La question de l’éligibilité de Nenad Lalović paraît donc réglée. Celle de l’existence d’une compétition loyale reste entière. À ce rythme, cette élection présentée comme historique pourrait finir par ressembler aux précédentes, un scrutin parfaitement organisé autour d’un candidat unique, appelé à remporter glorieusement la compétition.

Elle fait penser à cette histoire juive dans laquelle un homme pauvre, après avoir longtemps économisé et s’être privé, parvient enfin à mettre un beau poulet sur la table du shabbat. Malheureusement, son épouse laisse tomber le volatile dans un pot de chambre. L’homme l’enveloppe alors dans du papier journal et court demander au rabbin s’il est toujours casher. Après l’avoir soigneusement examiné, celui-ci lui répond : « Cher monsieur, votre poulet est parfaitement casher. Mais qu’est-ce qu’il pue ! »



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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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