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Cérémonie d’ouverture des JO à Paris: Seine de crime?

Après les évènements du Stade de France, certains veulent annuler les Jeux Olympiques

Cérémonie d’ouverture des JO à Paris: Seine de crime?
Le Stade de France à Saint-Denis (93) © MUSTAFA YALCIN / Anadolu Agency via AFP

Le fiasco de l’organisation de la finale de Champions League et les violences à Saint-Denis, le 28 mai, ont relancé le débat autour de l’opportunité d’organiser une cérémonie d’ouverture des JO en dehors d’un stade…


« La cérémonie d’ouverture des JO 2024 à Paris est une folie criminelle. (…) Il n’y a rien du point de vue de la sécurité et de la sûreté des athlètes, des organisateurs et du public qui n’est envisageable sous cette forme-là ». Nous sommes le 31 mai 2022, sur le plateau de « C dans l’air », la présentatrice vient de donner la parole à Alain Bauer, spécialiste des questions de sécurité. 

L’échange porte sur les dysfonctionnements constatés au Stade de France lors du match Liverpool-Real de Madrid et sur le déni, agrémenté d’informations mensongères, qui caractérise la communication du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Ce déni augure mal de la capacité du gouvernement à tirer les leçons de l’évènement et interroge donc sur la capacité du pouvoir à assurer la sécurité des JO de 2024. Et c’est à ce moment-là que l’expert lâche cette phrase proprement sidérante concernant le choix d’une cérémonie d’ouverture itinérante, qui devrait se dérouler sur la Seine. 

Les 12 km de parcours de la cérémonie d’ouverture inquiètent

Phrase sidérante, car cet homme, qui a été conseiller de présidents de la République et de Premier ministre, connait parfaitement les mœurs et codes du monde politique. 

La suite de la conversation montre qu’il a choisi cette forme très provocante de discours car il est effaré des choix politiques opérés par le président de la République et la maire de Paris dans ce dossier et de leur refus de prendre en compte les questions de sécurité. En effet, selon lui, « la Préfecture de police y était totalement opposée », car il est « impossible de sécuriser 12 km de quais sur la Seine ». Le discours est tout à fait exact quand on se réfère aux prises de position du préfet de police ou du préfet de Région en 2021. Une analyse qui rejoint également celle de Patrick Karam, le vice-président de la Région Ile-de-France chargé des Sports, qui a déclaré lundi 30 mai, sur BFM, que l’organisation de la cérémonie d’ouverture des JO était « un cauchemar pour tous les services de sécurité ». En cause, le fait qu’un attentat ou une attaque de drone sur un cortège de bateaux peut créer des dégâts importants, amener à des collisions, voire à des naufrages alors que les quais seront saturés et que l’intervention des secours et des services de police sera rendue très compliquée. Les craintes sont similaires quant à la sécurisation des quais et des berges si c’est la foule qui est visée ou en cas de mouvement de foule.

Les Cassandre accusés de gâcher la “fête”

Ces inquiétudes ne datent pas de la catastrophe du Stade de France, elles ont été effectivement exprimées dès 2021, par la préfecture de Paris. Une alerte renforcée lorsque le préfet en charge de la coordination nationale de la sécurité des JO, Ziad Khoury, a fait également remonter à l’exécutif ses inquiétudes quant à la possibilité d’assurer la sécurité de la cérémonie d’ouverture. Il avait tenté de plaider à l’époque pour que le COJO « prenne la mesure des enjeux ». Le 12 octobre 2021, lors du gala des directeurs de sécurité privée, la commissionnaire divisionnaire Céline Berthon, directrice centrale de la Sécurité publique, avait été on ne peut plus claire et explicite : « Au-delà de la fête, les JO représentent un risque. » « La menace est extrêmement variée, nombreuse, protéiforme », elle avait bien entendu en tête la menace terroriste avec une « dimension endogène très forte ». Pour qui regarde le dossier, la sonnette d’alarme a été tirée très vite par les experts et a fait l’objet d’une réaction politique tout aussi rapide et définitive qui a fait rentrer tout le monde dans le rang. Accusés de gâcher la fête, les autorités préfectorales et les représentants de la police ont été invités à se taire.

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En effet, ils ont perdu, en octobre 2021, le bras de fer qui les opposait au COJO et à la Maire de Paris. Le conflit a été tranché par une intervention directe d’Emmanuel Macron. Le parcours nautique est devenu une volonté du président de la République, qui ne se sent plus de joie à l’idée d’être le premier à organiser la cérémonie d’ouverture hors d’un stade. Satisfaire l’orgueil du Prince vaut bien que l’on mette la population en danger. Et c’est bien là que le bât blesse. Le risque apparait en effet disproportionné, tout cela pour pouvoir vanter l’audace et l’ambition de politiques dont on peut s’interroger sur le sens des responsabilités. À tel point que Patrick Karam a dit tout haut ce que beaucoup commencent à murmurer tout bas : il faudrait « peut-être renoncer » à cette cérémonie d’ouverture.

Le pire n’est jamais sûr…

Cette drôle d’histoire, où pour satisfaire les caprices de politiques, on traite avec négligence les risque encourus, est instructive et explique en partie le mépris de la population pour ce type de représentants, plus avides de satisfaire leurs egos que de faire face à leurs devoirs. Ce qui est moins explicable est le silence d’une grande partie de la presse alors qu’elle est normalement avide de ce type de buzz. Pourtant, ce qui fait le malheur d’un peuple est moins les difficultés qu’il affronte que la capacité de ses élites à faire passer leurs responsabilités avant leur bon plaisir. C’est même un enjeu éminemment démocratique. Pour autant, si l’on peut montrer du doigt le narcissisme de la maire de Paris et du président, quid des autres membres du COJO ? S’ils veulent vraiment faire bouger les lignes, ils peuvent choisir de se désolidariser de l’organisation de la cérémonie d’ouverture, en refusant de continuer à être associés à l’organisation et au financement de ce projet. La région Ile-de-France a un véritable pouvoir sur ce plan-là et pourrait l’exercer. Quant aux fonctionnaires, ils ne sont pas obligés de tout accepter et peuvent se retirer d’une organisation. Il arrive parfois que faire son devoir vis-à-vis de la population consiste à refuser de cautionner ce qui relève d’un délire politique. 

Sinon, faute de courage institutionnel, nous ne pourrons compter que sur la chance. Après tout le pire n’est jamais sûr, mais parier sur le hasard et la fortune, c’est jouer avec la sécurité de spectateurs qui, eux, viendront en toute confiance, pensant la situation sous contrôle. Or si la cérémonie d’ouverture est particulièrement exposée au risque d’attentat eu égard aux trois milliards de téléspectateurs devant leur écran, comme au nombre de badauds venus profiter du spectacle, la question de la sécurité va bien au-delà de la cérémonie. La situation au Stade de France pose la question de la sécurité privée et de la fiabilité de stadiers et de vigiles parfois embauchés sans enquêtes suffisamment approfondies, alors qu’il en faudra sans doute une vingtaine de milliers pour sécuriser les sites. Mais surtout, on a vu à quel point les voyous de Seine-Saint-Denis avaient pris de l’assurance, exerçant la prédation en bande sans craindre les forces de police. 

Le fiasco du Stade de France n’a pu qu’accroitre leur sentiment d’impunité puisque sur une centaine d’interpellations, les condamnés se comptent sans même avoir besoin de tous les doigts d’une seule main. Au vu de ce constat, on ne peut qu’être inquiet tant les JO risquent d’être un festival d’opportunités pour délinquants. Quant aux amateurs de sport, quand ils se rappelleront du stade de France, il risquera alors d’être déjà trop tard.


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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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