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Castex, Hollande, Rousseau: la semaine des hypocrites

L’édito politique de Jérôme Leroy

Castex, Hollande, Rousseau: la semaine des hypocrites
Sipa

En politique, l’important, c’est de ne pas manquer d’air


Quel est le rapport entre Castex, Hollande et Sandrine Rousseau ? Aucun, si ce n’est une remarquable hypocrisie et une manière de se foutre du monde dans des proportions considérables.

Castex : t’as pas cent balles ?

Commençons par Castex. Il a annoncé pour décembre une « indemnité inflation » de cent euros pour les gens en gagnant moins de 2000. Il est vrai qu’au moment où les Français ont l’impression que le litre de gazole va finir par atteindre celui du Chanel n°5 et que des gilets Jaunes pointent de nouveau leur nez sur les ronds points, il y a urgence à prévenir un incendie qui pourrait ravager la macronie en pleine campagne présidentielle. On ne lui objectera pas que pour cent balles, aujourd’hui, t’as plus rien. On va dire que c’est bien gentil de sa part et que dans ces temps de vaches maigres, c’est toujours bon à prendre. On a juste le droit de se souvenir. Se souvenir, par exemple, qu’au début du quinquennat, au nom de la politique visant à ne pas décourager les premiers de cordée (ils sont passés où, ceux-là, d’ailleurs ?), Macron avait décidé de supprimer l’ISF et, en même temps, de baisser les APL de 5 euros. Un exemple parmi d’autres qu’il vaut mieux être pauvre à  six mois des élections si vous voulez qu’on vous fasse l’aumône.

Les larmes de crocodile de Hollande

Avec Hollande, nous avons à faire à un autre genre de beauté. L’Ex vient de sortir un livre, encore un, au titre martial : Affronter. On reconnaitra tout de même un certain culot (ou une amnésie soudaine) de donner un tel titre à un livre quand on n’a même pas eu le courage d’affronter les électeurs à l’issue de son mandat, cas unique dans les annales de la Vème République. 

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Cela ne l’empêche pas, pourtant, de faire le tour des plateaux et de se présenter en sage de la gauche, en statue du commandeur et de pleurer sur la social-démocratie qui a disparu des écrans radars tout en dénonçant une gauche « lilliputienne » en proie à des « guerres picrocholines ». Mais la faute à qui ? Hollande, c’est quand même l’histoire du fossoyeur qui déplore l’existence du cimetière. Sa politique économique entièrement basée sur les cadeaux aux patrons (qui se souvient des milliards du CICE ?) et sa brillante idée de faire d’un inconnu, un certain Emmanuel Macron, son ministre des Finances, devraient tout de même lui donner l’envie de disparaître en Corrèze et de cesser cette comédie sinistre de l’éternel retour.

Rousseau ou la pseudo radicalité

Reste enfin Sandrine Rousseau. Dans l’édition lilloise de 20 minutes datée du 22 octobre, on apprend qu’elle essuie quelques virulents reproches du syndicat étudiant Solidaires. On lui reproche, alors qu’elle est vice-présidente de l’Université, en charge de la précarité, son absentéisme. Je suis très heureux que ce soit Solidaires et pas l’UNI qui l’attaque. On aurait encore dit que c’était les réacs et seulement eux qui flinguent Rousseau. Or, là, le tir vient de son camp, son camp proche même. 

Cela prouve encore une fois les impasses de la pseudo-radicalité intersectionnelle: arrogance et intolérance théoriques, nullité pratique. À force de ne plus penser en termes de classes, Sandrine Rousseau, trop occupée à déconstruire le patriarcat, oublie comment les étudiants, pour une immense majorité, se déconstruisent, eux, dans la précarité. Vous transposez cette façon de faire à l’ensemble du monde du travail et il ne faut plus trop s’étonner d’un total de 35% à l’extrême-droite puisque la gauche se retrouve – sauf le PCF… – avec cette image de puritains qui veulent régir votre rapport au sexe, à la bouffe, à votre origine ethnique mais se foutent comme de l’an quarante de vos fins de mois.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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