Concilier masque de protection et canicule: aussi ennuyeux que les querelles byzantines à répétition contre Gérald Darmanin


Ca y est. La canicule est arrivée. Et comme chaque année, cet épisode ne dure jamais bien longtemps, mais assez pour mettre notre monde politico-médiatique en ébullition. Hanté par le traumatisme de 2003 et ses 20 000 décès – notamment dans nos Ehpad – il agite le drapeau rouge des mesures préventives. Cette année, avec la crise sanitaire, le thermomètre d’injonctions précautionneuses est à son plus haut niveau. 

Ce vendredi, de nombreux Français ont le sentiment que l’obligation de mettre devant leur nez un bout de tissu est digne d’un acte de torture visant à faire parler des djihadistes. Sur la radio RMC ce matin, le premier débat des Grandes Gueules avait pour titre « Chaleur et masque… Insupportable ? ». Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que de nombreux auditeurs ont employé le verbe « étouffer » pour exprimer leur difficulté à conserver le masque en pleine chaleur. Et d’imaginer qu’un policier soit venu à l’antenne à son tour pour témoigner de ses difficultés à respirer… 

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Depuis que Gérald Darmanin a expliqué mercredi qu’il s’étouffe lorsqu’il entend le terme de violences policières employé à tout bout de champ, ce verbe est devenu fort suspect. Le vent de l’indignation sélective s’est de nouveau levé. La famille de Cédric Chouviat – mort après avoir dit neuf fois “j’étouffe” lors de son interpellation en janvier dernier – s’est empressée de crier au scandale, et d’offrir à un nouveau lynchage public le ministre de l’Intérieur, ennemi public n°1 d’un militantisme décidément bien pénible et trop content du soit disant lapsus révélateur. 

Le sens propre et le sens figuré des mots, vous pouvez oublier. La haine antiflic et l’idéologie victimaire recouvrent d’un voile d’indifférenciation la distinction entre s’étouffer parce que l’on manque d’air et s’étouffer de colère. Seules les victimes auront-elles le droit d’employer le verbe « s’étouffer » demain ? Thomas Hobbes appelait à ne pas se laisser empêtrer dans les mots comme l’oiseau dans la glu. Prenons garde à conserver le goût du sens des mots et cessons d’étouffer le réel.

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