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Bunyoro lives matter

Une colonisation qui coûte cher

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Le roi du Bunyoro Solomon Iguru (à droite) participe à cérémonie célébrant le 18ème anniversaire du roi du royaume de Toro (Ouganda) © Stephen Wandera/AP/SIPA Numéro de reportage : AP20928815_000004

Solomon Iguru Ier, roi du Bunyoro (région d’Ouganda), se bat pour obtenir une réparation financière de la part de Londres. 


5,5 trillions d’euros, c’est le prix de la colonisation britannique estimé par Solomon Gafabusa Iguru Ier, un souverain africain qui règne sur une population d’environ un million d’âmes et un royaume de 19000 kilomètres carrés. Depuis des années, il se bat pour obtenir une réparation financière et des excuses de la part de Londres qui a décidé d’annexer, au cours du XIXe siècle, le Bunyoro au reste de l’Ouganda en devenir. L’affaire, presque ubuesque, ne manque cependant pas de piquant. Mais en plein « Black Lives Matter » et 60 ans après les indépendances, elle réveille aussi les rancœurs d’une Afrique qui entend faire le procès de son histoire coloniale.

Le nom de son royaume pourrait être sorti tout droit d’une bande dessinée ou d’un film d’Hollywood. Lui, rêve de faire très sérieusement du Bunyoro un nouveau Wakanda – ce pays africain puissant appartenant à l’univers héroïque de Marvel Comics. Solomon Gafabusa Iguru Ier est un des quatre souverains traditionnels de la République fédérale d’Ouganda, une ancienne colonie britannique située en Afrique de l’Est. Il a retrouvé son trône en 1993, après trois décennies d’exil imposées par un violent coup d’État. Le monarque ne décolère pas. C’est au nom de ses ancêtres qu’il tente d’obtenir une compensation financière de la part du Royaume-Uni. En vain. Selon lui, « les Britanniques ont incendié des maisons, détruit des récoltes et introduit la syphilis dans mon royaume. S’ils ne l’avaient pas détruit, nous serions aujourd’hui une superpuissance et nous pourrions même dire aux États-Unis de se taire ». Il a pourtant été débouté une première fois de ses demandes en 2005. L’affaire avait été tellement peu prise au sérieux que Londres n’avait pas daigné faire déplacer le moindre avocat au tribunal désigné pour juger ce cas. Dépité, il avait renvoyé sèchement l’invitation de Buckingham Palace qui lui avait réservé un siège pour le sommet du Commonwealth, organisé à Kampala peu de temps après.

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Solomon Gafabusa Iguru Ier a déposé une nouvelle plainte, sept ans après la première, « pour invasion, violations atroces des droits de l’homme et saisie de leurs terres à l’époque coloniale » et continue de réclamer ses royalties à la Queen. « Bunyoro Lives Matter » ? Car si la demande royale fait écho à celles du mouvement anti-raciste et aux paroles des décoloniaux, elle s’est transformée en véritable farce politique. D’un côté, le Bunyoro clame que le gouvernement fédéral de l’Ouganda a reçu de l’argent de Londres à titre d’accord financier et l’accuse de détournement ; de l’autre, Kampala affirme n’avoir jamais vu la couleur d’une moindre livre sterling. Chaque année, l’Ouganda reçoit des sommes considérables de la part de Londres en aide au développement. Désormais, les avocats du souverain tentent de déterminer où en est réellement la plainte qui semble s’être perdue dans le tiroir quelconque d’un juge ougandais. « Nous sommes disposés à négocier un règlement à l’amiable à condition que la Grande-Bretagne montre de l’intérêt sur la question » affirment-ils, espérant être entendus cette fois-ci. Honni soit qui mal y pense.


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Journaliste , conférencier et historien.

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