(Photo : SIPA.00669896_000012)

La France traverse une grave crise de confiance. Confiance dans sa capacité à affronter les mutations du monde. Confiance dans ses élites dirigeantes et leur capacité à maintenir notre pays à son rang. Les sujets d’inquiétude sont certes nombreux,  mais à y regarder de plus près les raisons d’être optimiste sont très nombreuses car, bon an mal an, et malgré les aléas de l’Histoire, la France se maintient depuis 500 ans à la 5ème place mondiale. Regardons sur quoi repose cette 5ème place assez homogène selon les secteurs :

  • PIB =  5ème place (2900 Mds, 1 = USA, 2 = CH, 3 = JA, 4 = RFA)
  • Exportations  = 5ème exportateur mondial (600 mds €   , 1= CH, 2 = RFA, 3 = USA, 4 = JA)
  • Exportations agricoles = 4ème exportateur mondial (1 = USA, 2 = Pays-Bas, 3 =  Brésil, 5 = 5 RFA)
  • Productivité du travail = 5ème rang mondial en productivité annuelle par travailleur, 3ème rang mondial en productivité horaire,  (1 = USA, 2 = Irlande, 3 =3 Lux, 4 = 4 Bel )
  • Production industrielle =  7ème place (300 Mds, 1 = CH, 2 = 2 USA, 3 = JA, 4 = RFA, 5 = Brésil, 6 = IT)
  • Grandes entreprises = 4ème rang mondial des 500 plus grandes entreprises ( 1 = USA, 2 = CH, 3 = JA, 5 = RFA)
  • Rayonnement scientifique / Prix Nobel scientifiques = 4ème rang mondial (1 = USA, 2 =  UK, 3 = RFA)
  • Rayonnement linguistique = le français 6 ème langue parlée dans le monde (274 millions de francophones, 1 = mandarin, 2 = anglais, 3 = espagnol, 4 = arabe, 5 = 5 hindi)
  • Rayonnement numérique / Nombre d’abonnés au haut débit internet = 5ème rang mondial ( 23 millions, 1 = USA, 2 = CH, 3 = JA, 4 = RFA,  6 =  UK)
  • Attractivité économique / stocks d’investissements étrangers : 4ème rang mondial (960 Mds, 1 = USA, 2 = UK, 3 = CH, 5 = Belg, 6 = RFA)
  • Attractivité touristique : 3ème rang mondial en termes de recettes (1 = USA, 2 = Esp, 4 = IT)
  • Rayonnement culturel / production de films = 5 ème rang mondial (1 = IN, 2 = CH, 3 = USA, 4 = JA)
  • Espérance de vie = 5ème rang mondial  (81, 19 ans   , 1 = JA, 2 = Singapour, 3 = Aus, 4 = Can)
  • Puissance militaire = 5 ème rang global, 3ème rang nucléaire (ex æquo avec UK , 1 = USA,  2 =  RUS , 3 = CH,  4 = IN)
  • Puissance financière = La place de Paris occupe le 4ème rang mondial en terme de capitalisation et le 6ème en terme de volume d’échanges (1 = USA, 2 = JA, 3 = CH, 4 = UK)
  • Puissance bancaire = 2 banques françaises dans les 10 premières banques mondiales. Et l’ensemble des banques françaises détiennent une part du marché mondial qui place la France dans le Top 5 mondial  avec les USA, la Chine, le Royaume-Uni et les Pays-bas.

Ces indicateurs sont certes disparates et incomplets, mais ils donnent le ton : dans le concert des nations, la France occupe aujourd’hui la cinquième place mondiale. Il  y a certes des tendances qui nous sont défavorables, notamment dans la production industrielle qui régresse chaque année en France. Mais que ce soit sur des indicateurs économiques, financiers ou sociaux et culturels, la France est toujours globalement en cinquième position. Certains objecteront que ce qui compte avant tout n’est pas tant la place à un instant T  que la tendance générale. Mais, c’est justement là que réside l’originalité de la France en comparaison de ses compétiteurs : depuis 500 ans la France est vaille que vaille la cinquième puissance mondiale. C’est sa place et elle s’y accroche.

Regardons ce qu’il en est au cours des siècles :

  • À la Renaissance, la France occupe la 5ème place mondiale derrière la Chine, l’Inde, l’empire Ottoman et l’Espagne.
  • 200 ans plus tard, à la mort de Louis XIV, la France est la 4ème  ou 5ème  puissance mondiale, derrière la Chine, l’Inde,  l’empire Ottoman, et peut-être la Perse.
  • En 1815 après l’effondrement de l’Empire napoléonien, la France était la 4ème puissance mondiale derrière la Chine, l’Inde et le Royaume-Uni.
  • Cent ans plus tard à la veille de la première guerre mondiale,  la France était 5ème si on y ajoutait ses colonies,  7ème puissance sans ses colonies , derrière  les USA, la Chine, l’Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni,  l’Inde.
  • La France reconquiert sa  5ème place mondiale après la seconde guerre mondiale (elle atteint cette place au tournant des années 70) malgré la perte de ses colonies. 5ème place mondiale qu’elle conserve jusqu’à nos jours.

Ce tour d’horizon nous montre que depuis 500 ans environ, la France en tant que puissance mondiale, navigue sur la crête de la cinquième place. Et ce malgré de grands bouleversements dans les 4 premières places du classement : l’effondrement de l’empire ottoman au XIX° siècle, l’irruption des USA en tête du peloton au XX° siècle, l’endormissement de la Chine au XIX° siècle puis son réveil au XXI°, la disparition de l’empire espagnol, la révolution industrielle initiée par le Royaume-Uni et son lent déclin, la montée en puissance de l’Allemagne après son rebond démographique à la fin du XIX° siècle.

On voit que la France occupe une place originale et constante. La cinquième. Elle ne doit d’ailleurs pas cette place aux mêmes causes : Si la France occupe la cinquième place mondiale au XVI° et au XVII° siècle , elle le doit sans doute à sa démographie très  dynamique, la France étant alors le pays le plus peuplé d’Europe. Par contre, pour des raisons inverses, l’effondrement démographique français au XIX° aurait pu provoquer notre recul. Nous l’avons compensé en partie par l’impérialisme en nous constituant le 2ème empire colonial mondial. Avec la fin de colonies, on aurait pu craindre une rechute, mais ce sont les grands projets gaulliens et le statut politique original que la France avait acquis en Europe à la fin de la seconde  guerre mondiale qui lui ont permis de reconquérir notre place perdue avec le désastre de 1940.

D’où nous vient alors ce pessimisme ambiant ? Si on essaie de s’extraire de la conjoncture économique et politique actuelle, il faut certainement le situer au tournant des années 70. Quand le président Giscard d’Estaing rompant avec la dynamique gaulliste nous réduisit à une infime portion de la population mondiale en nous affirmant qu’un pays de 50 millions d’habitants ne représentait finalement pas grand chose sur une planète de 6 milliards d’humains et nous invitait à nous convertir à l’Europe supranationale.

Cette affirmation était dénuée de tout fondement analytique et historique, on l’a vu : la France occupe depuis 500 ans la cinquième place mondiale, quelques soient les innombrables ruptures économiques, démographiques, géopolitiques qui sont intervenues dans le monde. Nous la devons à la conjonction de plusieurs faits incontournables dans le domaine culturel, géographique : la place incomparable que la France occupe en Europe avec 3 façades ouvertes sur la mer du Nord, l’Atlantique et la Méditerranée, la confluence des cultures latines et germaniques, la cohabitation d’au moins trois fonds anthropologiques qui font la diversité et l’originalité françaises – les familles nucléaires dans le bassin parisien, les familles souches  sur les marches de l’est et de l’ouest, les familles communautaires dans le centre et sur l’arc méditerranéen.

Quoi qu’en disent les défaitistes et les déclinistes de tout acabit, la France s’est toujours battue sur la crête de la cinquième place mondiale. Et la France, même si certains le voudraient, restera toujours aux confluents de la plaque européenne où se conjuguent la culture, une religion de paix, une conscience sociale élevée, un génie industriel incomparables.

Giscard nous a endormis en nous faisant croire que la France ne pourrait désormais plus rien seule. Les élites françaises qui sont antinationales (et l’ont toujours été… C’est une des particularités du « génie français) lui ont emboîté le pas avec allégresse. L’Europe devenait notre unique horizon, notre planche de salut. Mon propos n’est pas ici de remettre en cause toutes les avancées européennes, mais de poser une question.

« Les institutions européennes doivent-elles être, peuvent-elle être un levier conjoncturel pour permettre à la France de maintenir son rang de cinquième puissance mondial qu’elle occupe depuis 500 ans ? Ou doit-on considérer l’Europe comme un facteur de renoncement à défendre la place de la France dans le monde ? »

Cette question est centrale. Et si la France doit s’effacer derrière l’Europe personne ne nous a dit pourquoi. En tout cas, l’Histoire nous prouve que cette injonction ne repose sur aucune donnée valable. Ni au cours des 500 dernières années, ni très probablement au cours du siècle qui s’ouvre à nous.Revendiquer pour la France au XXI° siècle la place de cinquième puissance mondiale, refuser que la France se dissolve dans un espace paneuropéen sans limites, ce n’est pas nous enfermer dans une logique à la nord-coréenne. C’est au contraire retrouver les sources d’un dynamisme et d’un optimisme renouvelés. C’est reconquérir l’énergie qui nous manque aujourd’hui pour défendre notre rang.

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Xavier Théry
travaille dans un grand groupe de communication.
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