Le culte de la bienveillance tend à inverser les rôles entre victimes et bourreaux


Incontestablement, la bienveillance est une des grandes vertus de l’homme. Elle élève celui qui en fait preuve car elle relève celui qui en a besoin. La bienveillance est une main tendue : chaleureuse, fraternelle, désintéressée. C’est un art d’aider, d’aimer, de pardonner et de remercier. La bienveillance est l’honneur de l’homme.

La bienveillance, cette nouvelle divinité

En revanche, la bienveillance rabaisse celui qui sans cesse s’en réclame ou qui l’attend des autres comme une aumône : alors, ce mot prend le sens d’indifférence, de désinvolture, de relativisme. Pour preuve, ces temps-ci, on en appelle chaque jour à la bienveillance comme idéal de conduite morale, au point que ce mot ne s’oppose même plus à celui de malveillance, bien au contraire : la bienveillance est devenue le signe de notre capitulation.

« Face à l’islamisme, sommes-nous devenus lâches ? », interrogeait récemment l’hebdomadaire Le Point. La question heurte mais elle mérite, hélas ! d’être posée. Depuis qu’un culte hypocrite est rendu à la Bienveillance, cette divinité qui exhorte ses fidèles à relativiser toutes choses, sans distinction aucune, nous en venons à confondre – en toute logique ! – la victime et le bourreau, la vérité et le mensonge, le bien et le mal.

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L’attentat perpétré jeudi 3 octobre 2019 à la Préfecture de Police de Paris a donné lieu, une fois encore, à des variations intellectuelles invraisemblables, pour «essayer de comprendre». Mickaël Harpon souffrait de troubles auditifs et psychologiques. La veille, il «entendait des voix». Ses relations étaient parfois compliquées avec ses collègues. Cet homme en détresse n’aurait donc pas reçu en temps convenable cette bienveillante main tendue qui l’aurait écarté, sans nul doute, du mauvais chemin.

Pardonnez-les ils ne savent pas ce qu’ils font…

Le bourreau devient la victime, la victime le bourreau.

Tel est le dévoiement systématique de la pensée de Jean-Jacques Rousseau, formulée dans Du Contrat social: « l’Homme naît bon, c’est la société qui le corrompt ». Le comportement d’un individu ne s’expliquerait que par la pression sociale exercée sur lui ; ses choix ne seraient que le résultat inéluctable de facteurs extérieurs. En d’autres termes, l’individu n’est pas responsable de ce qu’il devient. La volonté n’existe pas.

« Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », avait justement déclaré, le 2 mars 2016, le Premier ministre Manuel Valls, après qu’un certain nombre d’intellectuels aient apporté des explications, pour ne pas dire des justifications, à l’attentat islamiste perpétré par les frères Kouachi. Que nous expliquait-on ? Que s’ils étaient indéniablement les auteurs du crime, ils n’en étaient pas pour autant responsables. A cause du déterminisme social, à cause de personnes mal intentionnées les ayant influencés et inspirés, à cause de caricatures maladroites heurtant la foi des fidèles obéissants, les malheureux avaient été poussés à commettre l’irréparable. De ce crime atroce, ils n’étaient donc pas vraiment coupables. Par conséquent – en toute logique ! – ils en étaient innocents.

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Le coupable devient l’innocent, l’innocent le coupable.

Voilà bien où nous mène l’hypocrisie de la bienveillance en toutes circonstances: à relativiser la portée des paroles et des actes. A rendre l’individu irresponsable de son devenir. Aussi, que Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, déclare ne pas se sentir responsable des « dysfonctionnements » au sein de la Police, au prétexte que ceux-ci préexistaient à sa nomination, en dit long sur un certain état d’esprit français: il faut être bienveillant envers soi-même, se pardonner ses erreurs et se trouver des excuses.

Au cours de son allocution solennelle en hommage aux victimes de la Préfecture de Police, le président de la République a, semble-t-il, pris la mesure de cette société anesthésiée par la bienveillance, en en appelant désormais à une «société de vigilance».

Or, qu’est ce que cela veut dire ?

Cela veut dire qu’il nous faut maintenant rouvrir les yeux. Voir le monde tel qu’il se présente à nos sens, à l’expérience et à notre conscience. Cesser de confondre la victime et le bourreau, la vérité et le mensonge, le bien et le mal. Cesser de trouver des excuses ou de se trouver des excuses. La bienveillance est l’honneur de l’homme, au même titre que la clairvoyance de nommer le mal du siècle tel qu’il est: la bienveillance envers l’ennemi.

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