Le cinéroman de notre Bebel national


 

Peut-être (1999)

J’avais passé l’après-midi à errer dans les rayons de la Fnac, rue de Rennes, le DVD de Klapisch était en promotion. Je l’ai acheté. En revenant chez moi, je n’avais pas faim. Je me suis jeté sur mon canapé deux places. J’ai mis le DVD dans le lecteur. À la moitié du film, Julia m’appelait sur le portable, elle voulait déjeuner avec moi. Peut-être est le plus grand film de Belmondo surtout la deuxième moitié, après ce miraculeux coup de fil.

L’Héritier (1973)

Labro regarde toujours les puissants avec l’eau à la bouche. C’est pourquoi il traite les grands industriels avec complaisance et naïveté. Au lieu de nous les faire détester, il nous les fait aimer. Il nous les montre comme on aimerait qu’ils soient dans la réalité. Méprisant, charmeur, manipulateur, Bart Cordell est une magnifique caricature d’héritier. Il est beau, ses costumes sont taillés à Savile Row, il fait du sport au Racing, il plaît aux femmes de ses amis et son homme de confiance est Charles Denner alias David Loweinstein. Bart Cordell, héritier de l’acier se laisse séduire par la belle Carla Gravina.

Comment as-tu pu vieillir Carla ? Où es-tu ? Vous devez absolument acheter ce film juste pour les épaules de Carla. Et ses lunettes à l’épaisse monture. Un héritier prend ses décisions tout seul bien qu’il soit entouré d’une bande de technocrates, des types en costumes bon marché qui le suivent trois mètres derrière lui avec des mallettes chargées de dossiers. Un héritier n’ouvre jamais lui-même les portes d’hôtel, il ne marche pas, il a toujours le pas rapide. Il sait où il va, normal, le monde lui appartient. Un héritier ne paye jamais rien, il ne touche jamais le moindre billet, il a des commis pour ça. J’aurais rêvé être héritier pour offrir une maison de campagne à Julia dans l’hypothèse où elle souhaiterait revivre un jour avec moi. Julia semble émerger d’un rêve des années 1970. Une émanation de Maureen Kerwin, sorte de Marie-France Garaud échappée de chez Madame Claude, une lueur dans la laideur de la mondialisation.

Pierrot le fou (1965)

À vrai dire, je n’ai toujours pas très bien compris ce film, Belmondo non plus. C’est l’une des raisons pour lesquelles on aime Godard. Cinéaste vitreux, pas toujours limpide, déroutant dans l’ascèse, unique dans la narration.

Les Suisses sont des garçons téméraires. Faire un film où tout s’enchaîne parfaitement, c’est à la portée de n’importe quel étudiant en cinéma ; créer une œuvre incohérente et métaphysique, c’est filmer avec sa tête. Bravo l’artiste ! Je conserve pieusement le DVD de Pierrot le fou sorti dans la collection Série Noire éditée par Studio Canal. La pochette noire, le titre en jaune et au centre dans un rond, Belmondo la tignasse en mouvement, la barbe de trois jours et la cigarette accrochée aux lèvres. Dans une bibliothèque, l’effet est garanti. Vous passez pour le type qui connaît ses grands classiques. Faire attention à la place que vous lui attribuez tout de même, quand je l’ai acheté, je l’avais placé entre Les Diplômés du dernier rang et La moutarde me monte au nez. Depuis, il vient s’intercaler entre Le Samouraï et Emmanuelle 4. Je réfléchis encore à la pertinence de cet emplacement. Raymond Devos est au générique de Pierrot le fou. Je commence tout juste à apprécier la virtuosité de son esprit. Je dois vieillir. Julia m’a fixé rendez-vous dans une brasserie qui possède un bar américain.

Le Cerveau (1969)

Après ce repas où mes silences ont été mes meilleurs alliés, j’ai invité Julia chez moi qui était encore chez nous, il y a quelques semaines. Elle avait mis une robe à motifs archimandrites et un collier en ivoire. Nous avons bu un verre de sancerre à la place de l’habituel café et nous nous sommes jetés l’un sur l’autre. J’ai fait voler son soutien-gorge couleur chair. Les gens qui s’aiment n’ont pas besoin de se parler, ils n’ont pas de temps à perdre en simagrées. Je crois qu’elle m’a pardonné. Après l’amour, nous avons regardé Le Cerveau. Une fille qui regarde Le Cerveau au lit et qui éclate de rire aux âneries de Bourvil est une fille que vous ne devez plus jamais perdre.

Le Magnifique (1973)

En 1973, Jacqueline Bisset portait des jupes vraiment très courtes. Belmondo fait l’idiot du début jusqu’à la fin, qu’il soit dans la peau de l’écrivain François Merlin ou de l’agent secret Bob Saint-Clar.

Jean Lefebvre interprète un électricien. Pourquoi dans la vraie vie, on ne croise jamais des filles comme Jacqueline ? Dans les années 1970, les réalisateurs imaginaient des bombes anatomiques prêtes à tomber amoureuses d’un artiste bohème, d’un pauvre type. Les temps ont changé. Les grandes filles sont de nos jours plus sûres d’elles. Elles préfèrent les hommes riches, vieux et peu encombrants. Les amoureux transis n’ont qu’à passer leur chemin. Elles n’ont quand même pas traversé les plaines de l’Oural pour se retrouver dans un pavillon de banlieue avec un mec qui a peur de leur dire : « Je t’aime. » Et puis surtout, elles ont assez mangé de pommes de terre. Elles évitent les féculents, ça leur épaissit la ligne. Dans Le Magnifique, l’indispensable Mario David verbalise des véhicules. Dans la réalité, il a récupéré un après-midi de juin 1973, sa nouvelle BMW le même jour que mon père, dans une concession du IXe arrondissement.

Les Distractions (1960)

Quand Julia est revenue vivre à la maison. Elle m’a offert une photo encadrée de Belmondo et de Claude Brasseur torse nu. Un cliché pris en 1960 sur le tournage des Distractions. J’ai envie de me marier avec Julia, mais je n’ose plus lui demander.

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Retrouvez l’intégralité de « Belmondo & Moi » en version numérique sur le site Nouvelles Lectures – www.nouvelleslectures.fr

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...