photo : Hanna

« L’esprit du temps se prend pour la révolte contre l’esprit du temps. »

Propos recueillis par Muriel Gremillet, Basile de Koch, Élisabeth Lévy et Isabelle Marchandier

Élisabeth Lévy. Que vous inspire la béatification de Stéphane Hessel dont l’opuscule, Indignez-vous !, texte indigent tant sur le fond que sur la forme, s’est vendu à 800 000 exemplaires ?
Alain Finkielkraut. Stéphane Hessel confère l’aura de la Résistance à la prose de notre vie politique. Dès le début de son ouvrage, il explique qu’à travers les expulsions de Roms, les soupçons à l’égard des immigrés, la remise en cause des retraites et des acquis de la Sécurité sociale, ce sont les grands principes posés par le Conseil national de la résistance qui sont bafoués. Voilà la première raison de son immense succès.
La deuxième, c’est qu’il nous présente un monde très agréablement simplifié dans lequel manifester contre la prolongation de la durée légale du travail, c’est résister et s’indigner, c’est faire de la politique. Au lieu de réfléchir aux questions qui se posent, puis de les affronter, on dénonce les méchants. Nous traversons des moments difficiles et peut-être même dramatiques. Le problème, avec l’indignation, c’est qu’elle substitue le mélodrame au drame et les facilités du manichéisme à la dureté du temps.

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