Sur le plateau de Réacn’roll, l’essayiste Alain de Benoist, père de la Nouvelle droite et figure du magazine Eléments, répond aux questions de Daoud Boughezala. Coronavirus, populisme, sécession islamique : l’intellectuel assume ses convictions antilibérales qui le rapprochent des conservateurs de gauche à la Jean-Claude Michéa.


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Alain de Benoist interrogé par Daoud Boughezala sur RNR.

Daoud Boughezala. Vous critiquez le libéralisme de manière virulente, notamment dans votre livre Droite Gauche, c’est fini ! : Le moment populiste. Or, en Europe, les mouvements populistes de gauche (Syriza, Podemos, M5S) ont massivement rallié la social-démocratie. Pendant ce temps, d’autres partis populistes anti-immigration  s’ancrent clairement à droite. Cela n’invalide-t-il pas vos analyses ?

Alain de Benoist. Il faut faire la distinction entre les frémissements politiciens, les épiphénomènes comme les relations tumultueuses de la lega et du mouvement cinq étoiles en Italie et concentrer son attention sur les grands mouvements de fond ; pas sur un épisode qui demain sera démenti par un autre.

Le rôle d’un intellectuel est de faire comprendre le moment historique dans lequel on vit, le moment défini par des tendances lourdes. Le populisme c’est d’abord l’effet d’une tendance lourde qui est à l’œuvre depuis la chute du mur de Berlin et l’implosion du système soviétique, donc un remaniement complet des paysages politiques dans les pays européens.

On voit de façon concomitante une perte de crédibilité de la démocratie libérale, représentative et parlementaire, les gens ont le sentiment que leurs représentants ne les représentent plus. Une situation économique qui ne cesse de se tendre, paradoxalement dans un monde de plus en plus riche où il y a de plus en plus de pauvres et surtout de précaires.

La vie politique de chaque pays se déroule à la lumière d’un héritage politique, il y a néanmoins un héritage commun : un éloignement de la politique classique, la montée de l’abstention et la montée de mouvements dits « populistes » mais qui sont atypiques avant tout. Ils se caractérisent par une façon de voir la politique différemment et signent la mort de la forme de parti traditionnel. Dans tous les pays on voit s’effondrer les grands partis politiques qu’on appelait de gouvernement parce qu’ils dessinaient une ligne entre la droite et la gauche, les conservateurs et progressistes. À droite on voit apparaître des mouvements qui mobilisent les politologues, ce n’est pas une idéologie !

Le point fondamental c’est que nous étions dans une vie politique qui se déroulait sur un axe horizontal, cet axe gauche droite classique était porté par les grands partis qui disparaissent actuellement, on voit aujourd’hui un axe vertical du peuple contre les élites. Le livre que j’ai publié s’appelle Le moment populiste. On est dans ce moment-là, parce qu’on sort d’un monde et que l’on rentre dans une autre dimension, nous sommes en période de transition. Le populisme est la forme classique de la transition.

Apercevez-vous un mur de Bruxelles, une espèce de pierre d’achoppement qui empêche de proposer un modèle alternatif ou bien tout simplement ces mouvements sont victimes de leurs faiblesses intrinsèques ?

Tous les mouvements sont victimes de leurs faiblesses intrinsèques. Orban ne s’est finalement pas trop mal débrouillé en Hongrie, Boris Johnson qui est une forme de populisme particulière à l’anglaise s’est bien débrouillé, Trump également… Il faut voir comment cela se passe.

Le peuple n’a pas toutes les vertus mais est attaché à un mode de vie, une certaine sociabilité, des mœurs partagées, une certaine continuité, l’idée qu’il est bien de se reconnaître dans les gens qu’on côtoie dans la rue, qu’il est mal de se sentir étranger dans son propre pays. Ce ne sont pas des choses intellectuelles, ce sont des choses simples, qui se traduisent dans des mouvements comme le populisme.

Tout le monde sait que le RN concentre aujourd’hui la plus grande partie des classes populaires, pourquoi ce transfert massif ? Tout le monde le sait, moi je l’explique par la trahison de la gauche. La gauche a laissé tomber le peuple, a laissé tomber son socialisme. La gauche s’est ralliée aux valeurs des Lumières, de l’idéologie du progrès, de la marchandise, et s’est aperçu finalement que le peuple n’avait pas les réflexes qu’elle attendait. Elle s’est tournée vers les immigrés, toute chose qui est vouée à l’échec puisque les immigrés ne souhaitent pas du tout devenir le nouveau prolétariat, ni la nouvelle réserve du capital.

Étant donné la difficulté du peuple à s’auto-organiser, à l’image des gilets jaunes, est-ce que vous diriez que le peuple aspire à de nouvelles élites qui respecteraient ses aspirations ?

Le terme d’élite est totalement neutre. Il y a une élite des gangsters, des prostituées, etc. Échappons-nous de ce terme ambigu. Je crois qu’il y a dans le peuple un profond désir d’admirer, et on admire toujours des gens exceptionnels c’est-à-dire des élites. Robert Redeker vient de publier un très beau livre sur les héros et les saints, Les Sentinelles d’humanité. Les héros et les saints ne courent pas les rues. Les gens ont en fait besoin d’admirer. Admirer c’est selon Redeker : « entrevoir ce que l’on peut devenir », plus haut que soi. Il y a donc un effondrement des repères, de la société, dans l’idée qu’il y a quelque chose qui est plus que nous même, qui mérite que nous vivions et que nous mourrions parfois pour cela. La survie est devenue la valeur suprême, si bien que les moyens utilisés pour survivre et donc pour réussir ne sont pas forcément les plus moralement recommandables.

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