Très remonté, le recteur de la Grande mosquée de Paris affirme que oui et menace de saisine des juridictions compétentes pour dénoncer ce « fait grave de discrimination manifeste ». Nous serons plus circonspects que lui.


Il y a une quinzaine de jours des prêtres ont réclamé une pause dans le confinement pour rouvrir leurs églises. Ils arguaient du fait que les fidèles avaient besoin de se réunir pour prier. Sagement, le gouvernement est resté sourd à leur appel.

Les curés prêchaient pour leur paroisse. Ils avaient raison sur le plan de la foi mais tort sur le plan sanitaire. On peut les comprendre sans toutefois les approuver. Leurs revendications étaient formulées en termes polis, précautionneux et en l’absence de toute menace.

Chems-Eddine Hafiz veut son propre calendrier du déconfinement!

Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la Grande Mosquée de Paris s’inscrit dans un autre registre : celui de la colère. Il note avec indignation que tous les lieux du culte seront rouverts le 29 mai, la veille des Pentecôtes chrétienne et juive. Or l’Aïd a lieu le 24 mai. Ces cinq jours qui font, selon lui, toute la différence.

Il y voit une intolérable discrimination. Et Chems-Eddine Hafiz proteste en menaçant de porter plainte auprès des juridictions compétentes. Il faut, exige-t-il, que tous les lieux du culte, y compris donc les mosquées, rouvrent dès le 24 mai.

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Sur le papier, le recteur de la Grande Mosquée n’a pas vraiment tort. Mais il arrive qu’on écrive sur du très mauvais papier… L’histoire d’un pays s’enracine dans sa terre et dans sa mémoire. Quand on ignore le passé on s’interdit de comprendre le présent.

Le baptême de Clovis date de l’an 496. Depuis, le catholicisme a donné à la France des édifices magnifiques comme le Mont-Saint-Michel, la Basilique de Rocamadour, des poètes, des écrivains, des peintres, des compositeurs, Pascal, Bossuet, Péguy. Les cloches des églises rythment depuis des siècles la vie de la France. Les cloches. Pas l’appel du muezzin.

C’est pas l’Algérie ici

Les Juifs sont en France depuis des temps immémoriaux. Des « rue aux juifs », des « rue de la juiverie » attestent de leur présence ici depuis le début du Moyen Âge. Au XIIème siècle, il y eut en Champagne près de Troyes un célèbre sage juif, Rachi, qui cultivait la vigne. Ses textes ont beaucoup contribué à la connaissance de la langue française.

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Par la suite, les Juifs donnèrent eux aussi à la France des poètes, des écrivains, des peintres et des philosophes. Tel n’est pas le cas des musulmans, nouveaux venus de très fraîche date. Il est vrai que leur épanouissement fut stoppé il y a longtemps à Poitiers… Il n’est pas sûr que Chems-Eddine Hafiz comprenne grand-chose à cela. Il connait certainement bien l’histoire de l’Algérie, son pays natal. Mais que sait-il du passé du pays où il est venu s’installer ?

Petits rappels courtois

Nous l’invitons à méditer une phrase d’un de nos plus grands historiens, le Juif Marc Bloch : « Qui n’a pas vibré au sacre de Reims et à la Fête de la Fédération ne comprendra jamais rien à la France. » Une autre aussi du comte de Clermont-Tonnerre qui fit voter l’émancipation des Juifs : « Rien aux Juifs en tant que Nation, tout aux Juifs en tant que personnes ».

C’est ce que nous souhaitons aux musulmans : rien de moins, rien de plus. Chems-Eddine Hafiz devrait également apprendre les règles de la plus élémentaire des politesses : quand on est invité à déjeuner par quelqu’un qui vous accueille, on s’abstient de mettre les pieds sur la table.

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