De SOS Racisme à Lilian Thuram…
En France, les « nobles causes » ne manquent pas. L’antiracisme est l’une d’elles. Malheureusement, elle a été pervertie et a mal tourné – et SOS Racisme n’a pas été pour rien dans son dévoiement. Cette association fondée par Julien Dray et Harlem Désir, deux jeunes trotskistes opportunément convertis au socialisme et cornaqués à l’époque par Jacques Attali et Pierre Bergé, a manipulé l’antiracisme pour le mettre d’abord au service d’un combat politique réduit à une rhétorique fondée sur un affrontement entre le bien et le mal. Ce néo-antiracisme a ensuite participé à la propagande immigrationniste et aux discours encourageant les nouveaux arrivants à ne pas s’intégrer à la société française et intimant l’ordre aux Français de respecter leur « droit à la différence ». Il a enfin favorisé l’entrisme de nouvelles idéologies raciales – le racialisme, le décolonialisme, etc. – elles-mêmes conçues, d’une part pour accélérer l’immigration, d’autre part pour culpabiliser jusqu’à la fin des temps la France et empêcher ainsi toute velléité d’argumenter en faveur d’une réduction drastique des « flux migratoires ».
« Le racisme est un problème de Blancs »
Le résultat paradoxal et désastreux de cette manœuvre politicienne de grande ampleur est le suivant : en France, pays fondé sur le rejet de la notion de race, c’est au nom de l’antiracisme que le critère racial a fini par supplanter toute autre considération dans le fonctionnement de la société et les rapports entre les individus.
De nouvelles expressions, venues principalement des États-Unis et ne reflétant en rien la réalité française, se sont imposées dans les milieux universitaires, associatifs et politico-médiatiques : « racisme systémique », « racisme d’État », « racisme structurel ». Une novlangue qu’on peut qualifier de raciste est apparue – « racisé », « racialiste », « blanchité », « privilège blanc », etc. Des ouvrages aux titres éloquents – La fragilité blanche (Robin DiAngelo), La domination blanche (Claire Cosquer et Solène Brun), Le racisme est un problème de Blancs (Reni Eddo-Lodge), Moi et la suprématie blanche (Layla F. Saad) ; La pensée blanche (Lilian Thuram), Le déni blanc (Gauthier Marchais), L’opposé de la blancheur. Réflexions sur le problème blanc (Léonora Miano), etc. – parviennent tous aux mêmes conclusions essentialistes : être blanc c’est être, qu’on le veuille ou non, raciste ; seuls les Blancs sont racistes ; seuls les Blancs ont opprimé des peuples considérés comme inférieurs ; seul l’esclavage pratiqué par les Blancs mérite d’être accusé de « crime contre l’humanité ». Selon ces auteurs, le racisme antiblanc n’existe pas. Pourtant – François Bousquet l’a montré[1] –, ce racisme existe, et il s’amplifie dans les sociétés européennes à forte population immigrée extra-européenne. Les ouvrages et les auteurs suscités l’ont nourri et, d’une certaine manière, justifié. Les mêmes ont alimenté la dérive racialiste, pour ne pas dire raciale et raciste, de certains représentants politiques escomptant un profit électoral, soit pour eux directement, soit pour ceux qui composent ce qu’ils appellent la « nouvelle France » – durant les dernières élections municipales, Éric Coquerel a ainsi pu affirmer, sans craindre la réprobation des « antiracistes », qu’il fallait désormais que « les maires de toutes les villes du 9-3 aient la même couleur de peau que les habitants du 9-3 ».
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Le meurtre de Pengo Bossio Wangi récupéré politiquement
L’assassinat, à Trappes, d’un Français d’origine congolaise, Pengo Bossio Wangi, a déclenché une avalanche de commentaires politiques, le plus souvent caricaturaux, provenant principalement du côté de ceux qui, habituellement, réclament deux choses lorsque le même genre d’événement tragique, mais provoqué par des étrangers en situation illégale ou des individus se réclamant de l’islam, surgit dans l’actualité : premièrement, que le drame ne soit pas récupéré à des fins politiques, deuxièmement, qu’il ne soit pas fait d’amalgame. Dans la presse et la majorité des médias audiovisuels, nous avons pourtant, après cette tragédie, assisté à un extraordinaire et immédiat déferlement frénétique d’injonctions politiques, à une instrumentalisation XXL, à une manipulation de l’opinion publique qui n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend d’ici à l’élection présidentielle. Ali Rabeh, maire de Trappes, n’a pas hésité un seul instant à instrumentaliser la mort d’un homme pour poser les jalons d’une censure qu’il veut impitoyable envers ceux qui osent parler de « submersion migratoire » ou de « grand remplacement ». Bien entendu, les représentants de LFI – qui ont oublié que leur chef suprême avait déclaré vouloir faire des dernières élections municipales une « démonstration de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement » – Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier applaudissent des deux mains. Ségolène Royal, après avoir affirmé que la tragédie de Trappes « préfigure ce qui se passerait si les racistes arrivaient aux responsabilités », reproche à l’Arcom de ne pas avoir su empêcher un « déferlement de racisme nauséabond » et exige qu’il y ait « vraiment un cordon sanitaire ».
Son magistère moral n’ayant plus de prise dans l’opinion publique, la gauche dans son ensemble se voit obligée de dévoiler d’un coup et sans artifices sa véritable nature, son autoritarisme, sa brutalité dogmatique et, finalement, son aversion pour les principes démocratiques qu’elle prétend défendre et représenter. L’antiracisme dont elle se prévaut est en réalité une escroquerie morale destinée à fermer la bouche de ceux qui remettent en question la société « métissée » et multiculturelle qu’elle appelle de ses vœux. Dans un entretien récent donné à Libération, l’historienPatrick Boucheron affirme que, dès qu’il s’est agi de remettre en cause l’immigration, « les digues de la parole raciste ont lâché ». Comme le constatait, dès 1990, le sociologue Paul Yonnet, l’immigrationnisme s’est donné pour allié naturel le néo-antiracisme enfanté par SOS Racisme : « Être antiraciste, pour ceux qui en font bruyante profession publique, ce n’est plus lutter contre une pratique de ségrégation ou une théorie de domination raciale expansive, c’est tenter de faire échec à toute mesure visant à prévenir l’arrivée massive et incontrôlée d’étrangers en France[2] ». La gauche et l’extrême gauche ont récemment complété l’équation originelle – critique de l’immigration = racisme – en y insérant une intention criminelle : « le meurtre raciste de Pengo Bossio Wangi en est la sinistre conséquence », décrète M. Boucheron. Une centaine d’artistes et de personnalités du monde médiatico-culturel – ce sont toujours les mêmes : Omar Sy, Camille Cottin, Gilles Lellouche, Marina Foïs, Rokhaya Diallo, Audrey Pulvar, Maboula Soumahoro et Lilian Thuram, entre autres belles âmes – signent, de leur côté, une tribune dénonçant le « racisme le plus décomplexé qui soit », celui de « l’extrême droite en majesté ». Ces parangons de vertu antiraciste réclament une minute de silence à l’Assemblée nationale en hommage à la victime – ils ont eu gain de cause – mais regrettent qu’une telle minute de silence ait été respectée pour « Quentin Deranque, le militant néo-nazi (sic), mort en février 2026, lors d’une rixe à Lyon (resic et envie de vomir) ». Cette tribune dégoûtante est parue dans le numéro de l’hebdomadaire d’extrême gauche Politis intitulé : Racisme, l’indifférence blanche. C’est décidément une obsession. Personne ne sera étonné d’apprendre que la toute nouvelle directrice de publication de cette revue s’appelle… Rokhaya Diallo.
Le jeudi 29 octobre, Ali Baddou recevait sur France Inter trois personnalités pour débattre, après le crime de Trappes, sur le racisme en France. « Débattre » est un bien grand mot : les trois invités étaient globalement d’accord sur tout et, en particulier, sur le fait que les Français vivraient dans « une société qui est largement organisée par ce que j’appelle l’ordre racial », dixit l’historienne Aurélia Michel qui considère par ailleurs, il fallait oser, que « la France est dans un déni de son histoire coloniale et esclavagiste ». La deuxième invitée de cette causerie antiraciste était Constance Rivière. Ex-chargée de la culture à l’Élysée sous la présidence de François Hollande, actuelle directrice générale du musée national de l’Histoire de l’immigration – entre parenthèses, la Maison de l’Histoire de France, un temps envisagée sous la présidence Sarkozy, n’a, elle, jamais vu le jour, victime d’une décision lapidaire de la ministre socialiste Aurélie Filippetti – Mme Rivière a, en 2020, rédigé avec Pap Ndiaye un rapport sur la diversité à l’Opéra national de Paris qui n’émut pas plus que ça les hérauts patentés de l’antiracisme officiel. Ce rapport était pourtant truffé de termes et d’expressions problématiques relevant d’un vocabulaire strictement racial et possiblement raciste : blanc, non-blanc, blanchité, cesser de blanchir les peaux, éliminer l’universalité du corps blanc, diversité mélanique, uniformité chromatique, public monochrome, etc. Passons rapidement sur les accusations délirantes de racisme soi-disant véhiculé par les danses chinoises et arabes du ballet de Tchaïkovsky, Casse-Noisette, ou par les maquillages noirs, jaunes ou rouges des interprètes chorégraphiques[3]. Mme Rivière est le résultat chimiquement pur d’un parcours universitaire et politique empreint de socialisme bourgeois, de progressisme allant de soi et de wokisme bon teint. Issu du même sérail, Ali Baddou boit goulûment ses paroles, lesquelles sont grosso modo les mêmes que celles d’Aurélia Michel accusant la France d’être un pays pratiquant un « racisme institutionnel ». Il semble toutefois impatient de s’abreuver à une autre source intellectuelle, de plonger dans le puits de science qu’est son troisième invité, le docteur honoris causa en sciences sociales des universités de Stockholm et de Stirling, l’incomparable, l’inégalable, l’inimitable Lilian Thuram.
La petite boutique de M. Thuram
Il y a quelques années, M. Thuram a troqué ses chaussures à crampons de footballeur pour des lunettes à verres progressistes et antiracistes d’intellectuel. Ce n’est pas lui faire injure que de dire qu’il était plus à l’aise sur un terrain de foot que dans les milieux universitaires et politico-médiatiques fréquentés par ses mentors, Rokhaya Diallo, Éric Fassin ou Pascal Blanchard. Le fonds de commerce théorique de ces derniers repose sur une idéologie racialiste importée des États-Unis. Simplifiée à l’extrême pour la rendre accessible à n’importe quel artiste ou sportif ayant quelques prétentions intellectuelles et aspirant à devenir le porte-étendard médiatique d’une « noble cause », cette idéologie binaire et bicolore semble avoir été taillée sur mesure pour des personnalités comme Lilian Thuram. Le plus étonnant est l’accueil chaleureux généralement réservé dans les médias à la parole tout à la fois nébuleuse et saugrenue de cet homme qui peine à aligner deux phrases cohérentes[4]. Il essaie, pourtant ; le ton se veut didactique, quasi-professoral, mais la phrase est à peine commencée qu’elle s’égare, patauge, trébuche et se prend les mots dans le tapis jusqu’à devenir absconse ou grotesque : « Lorsque je parle avec des enfants, je leur demande à quel âge ils sont devenus blancs. Parce que, on devient blanc – sauf que les Blancs, en règle générale, sont éduqués à se penser être la norme. » Les propos de M. Thuram ne sont pas que saugrenus, ils sont parfois outranciers et malhonnêtes : « Toutes les personnes noires, toutes les personnes musulmanes souffrent et ne comprennent pas pourquoi, depuis des années, on peut entendre tranquillement, dans les médias, des discours racistes. » L’assassinat de Pengo Bossio Wangi a fini de convaincre M. Thuram que sa vie était en danger en France. Il en est maintenant persuadé : « Potentiellement, lorsque je fais mon marché, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que je suis noir. » L’émotion est à son comble et explique sûrement l’absence de réaction de l’agrégé en philosophie qu’est M. Baddou. S’il n’avait pas été à ce point bouleversé, sans doute ce dernier aurait-il pu montrer que, malheureusement, à la suite des nombreux événements tragiques ayant frappé notre pays, ce genre de raisonnement déductif est déclinable à l’infini. Ç’aurait pu donner ça :
En France, potentiellement, lorsque je vais au bal, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que je suis blanc. En France, potentiellement, lorsque j’attends mes enfants devant leur école, il y a quelqu’un qui peut me poignarder à mort parce que je suis blanc et supposément catholique. En France, potentiellement, lorsque j’enseigne l’histoire dans un collège, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que j’ai fait un cours sur la liberté d’expression. En France, potentiellement, lorsque je vais prier dans une église, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que je suis catholique. En France, potentiellement, lorsque je me rends à un rendez-vous amoureux (qui s’avèrera être un traquenard), un « gang de barbares » peut m’enlever, me torturer puis me tuer parce que je suis juif. En France, potentiellement, lorsque je suis tranquillement chez moi, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que je suis juive. En France, potentiellement, lorsque je rentre chez moi, il y a quelqu’un qui peut me tuer, ainsi que ma compagne, devant notre enfant, parce que je suis commandant de police. En France, potentiellement, lorsque je vais à un concert ou que je bois un verre à une terrasse de café, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce que je représente à ses yeux le comble de la décadence. En France, potentiellement, lorsque je travaille pour un journal satirique, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce qu’il considère que c’est ainsi qu’il va « venger le prophète ». En France, potentiellement, lorsque je protège un groupe de jeunes femmes manifestant dans la rue, il y a quelqu’un qui peut me tuer parce qu’il considère que je suis un « nazi ».
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Par ailleurs, s’il n’avait pas craint d’offusquer son invité, M. Baddou aurait pu ajouter que :
En France, lorsque je suis une journaliste noire travaillant dans ce que les médias dominants appellent les « médias Bollorisés », je peux être injuriée et menacée sur les réseaux sociaux ou mon accent antillais peut être moqué sur RMC, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, lorsque je suis un professeur de philosophie, je peux être menacé de mort suite à une campagne de dénigrement orchestrée par le maire de la commune dans laquelle j’enseigne, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, un rappeur noir peut appeler à « pendre les Blancs », sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, des associations et des syndicats ont pu organiser des réunions non-mixtes, c’est-à-dire sans Blancs, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, des collégiens blancs peuvent être traités de babtous, agressés, rackettés par de jeunes racisés, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, une étudiante peut être violée puis tuée par un homme racisé déjà condamné pour viol et sous OQTF, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, une jeune fille âgée de 12 ans peut être torturée puis tuée par une Algérienne en situation irrégulière sur le territoire, sans que M. Thuram y trouve à redire. En France, lors de manifestations organisées par des associations « antiracistes », des gendarmes et des policiers noirs peuvent être l’objet de propos abjects et d’insultes racistes, sans que M. Thuram y trouve à redire.
Dernières nouvelles du racisme antiblanc (qui n’existe pas). Le 31 octobre, à Rouen, des supporters du FC Rouen ont été sauvagement agressés par une trentaine de racailles aux cris de « bande de blancs de fils de pute » et un petit groupe de jeunes hommes catholiques a été violemment attaqué par une bande d’individus encagoulés aux cris de « fachos », « sales gwers » et « sales blancs ». Au moment où j’écris ces lignes, soit trois jours après les faits, ni Lilian Thuram, ni aucun des signataires de la tribune « antiraciste » susmentionnée, ni la LDH, ni SOS Racisme, n’ont encore réagi…
[1] François Bousquet, Le racisme antiblanc, l’enquête interdite, 2025, et « Sale Blanc », le racisme qu’on ne veut pas voir, 2026, La Nouvelle Librairie.
[2] Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français, l’antiracisme et le roman national, 2022, Éditions de L’Artilleur.
[3] https://www.caribopera.fr/wp-content/uploads/2021/03/RapportsurladiversiteONP21.pdf
[4] https://www.causeur.fr/xavier-mauduit-journaliste-et-agrege-dhistoire-a-trouve-en-lilian-thuram-un-maitre-202543
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