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Macron et l’État palestinien: un an après, que reste-t-il des sourires?

Politique arabe de la France: avec sa diplomatie du gros câlin, le président Macron distribue les chèques en blanc


Macron et l’État palestinien: un an après, que reste-t-il des sourires?
Nations-Unies, New-York, 22 septembre 2025 © Bianca Otero/ZUMA/SIPA

Un an après la reconnaissance de l’État palestinien, l’heure est au premier bilan. De la Palestine à la Syrie, Emmanuel Macron semble reproduire la même méthode: multiplier les gestes de reconnaissance et de normalisation avant d’avoir obtenu les contreparties qui devraient les conditionner.


Il y a un an, jour pour jour, Emmanuel Macron reconnaissait l’État palestinien. Il présentait cette décision comme un moyen « d’ouvrir ce chemin de paix » et de préserver la solution à deux États. Il avait préparé tout un dispositif diplomatique autour de cette reconnaissance, avec notamment une initiative commune avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Celui-ci devait s’exprimer avec lui à l’ONU pour entériner cette reconnaissance. Il n’est finalement pas venu. Pire, le même jour, l’Arabie saoudite, comme plusieurs pays musulmans, se retrouvait à la Maison-Blanche autour de Donald Trump et de son plan, sans même qu’Emmanuel Macron soit invité. Le président français s’est retrouvé seul à errer dans les rues de New York. Quelle humiliation. Un an après, une question simple s’impose : qu’est-ce que cette reconnaissance a réellement changé ?

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Le Hamas n’a pas été désarmé. Les programmes scolaires palestiniens restent un sujet de controverse. Le système de versements de l’Autorité palestinienne aux prisonniers et aux familles de terroristes, appelé « Pay-for-Slay », continue de susciter de sérieuses accusations malgré les réformes promises par Mahmoud Abbas. Et les relations entre la France et Israël ont traversé depuis une crise particulièrement grave.

Pourquoi reconnaître avant d’obtenir ?

On peut donc continuer à s’interroger sur les véritables motivations de cette reconnaissance : obsession contre Israël ? Volonté de plaire à ses adversaires ? Politique intérieure ? Cette dernière hypothèse serait particulièrement préoccupante. Car cela signifierait que le président de la République adapte une décision de politique étrangère à ce qu’il suppose être les attentes d’une partie de l’opinion française, notamment de milieux profondément hostiles à Israël. Après son absence à la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, la question ne peut qu’interroger. On aura noté, d’ailleurs, que cette reconnaissance, intervenue après le pogrom du 7-Octobre, a été perçue comme une récompense par les soutiens du Hamas, une validation de l’acte, de quoi encourager à poursuivre sur le même chemin : la violence et le terrorisme. Quelle lourde erreur politique ce serait si ceux qui ont justifié ou célébré le massacre avaient pu y voir la confirmation qu’après le terrorisme viendrait la reconnaissance politique.

Mais au-delà même du choix palestinien, quelque chose frappe dans la méthode d’Emmanuel Macron : on accorde d’abord et on espère obtenir ensuite. Pourquoi ne pas avoir fait de la reconnaissance l’aboutissement d’un processus ? Pourquoi ne pas avoir exigé auparavant des transformations vérifiables de l’Autorité palestinienne : gouvernance, programmes scolaires, incitation à la haine, système de rémunération des prisonniers et des familles, préparation concrète de l’après-Hamas ? Une reconnaissance internationale est précisément un levier. Une fois accordée, ce levier disparaît en partie.

En Syrie, la même précipitation

Je retrouve aujourd’hui cette mécanique en Syrie. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa, la France a choisi une normalisation extrêmement rapide. Emmanuel Macron fut le premier dirigeant occidental à le recevoir à l’Élysée. L’Europe a levé ses sanctions économiques. Les relations diplomatiques se reconstruisent. Et les États-Unis viennent encore de lever certaines restrictions juridiques spécifiques qui pesaient sur les ventes d’armes et leur financement à destination de la Syrie. Cela ne signifie évidemment pas que Washington va livrer des armes à Damas demain. Mais cela montre la vitesse à laquelle avance la normalisation. Et je pose exactement la même question : qu’obtient-on avant de donner ? Quelles garanties concrètes avons-nous obtenues pour les Druzes, les Alaouites, les Kurdes ou les chrétiens ? Quelle rupture vérifiable avec les réseaux et l’idéologie djihadistes ? Quelle évolution de l’endoctrinement anti-israélien et antisémite qui a façonné plusieurs générations de Syriens ? Quelles garanties pour la sécurité d’Israël ? Les programmes scolaires qui viennent d’être validés enseignent le djihad contre Israël et énumèrent les « fautes divines des Juifs ».

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Dialoguer avec Damas est nécessaire. Aider demain la Syrie à se reconstruire le sera aussi. Mais précisément parce que la Syrie a besoin de l’Occident, nous disposons d’un levier considérable. Il ne s’agit pas de refuser le dialogue avec ceux qui nous dérangent. Une diplomatie qui ne parlerait qu’à ses amis ne serait pas une diplomatie, évidemment. Il s’agit de faire du dialogue un levier et non une récompense accordée par avance.

La diplomatie des images

C’est peut-être ce qui me gêne le plus dans la diplomatie d’Emmanuel Macron : cette fascination pour le geste et l’image qui semblent trop souvent précéder le résultat. Mahmoud Abbas hier. Joulani[1] aujourd’hui. Mais prendre un dirigeant dans ses bras ne transforme ni une société ni un système. On ne réforme pas l’Autorité palestinienne en reconnaissant par avance l’État qu’elle réclame. On ne transforme pas la Syrie parce que Joulani porte désormais un costume et fréquente les palais présidentiels.

Car derrière les hommes demeurent des matrices idéologiques. La matrice de la haine, elle, continue de fonctionner, dans les territoires administrés par l’Autorité palestinienne comme en Syrie, avec la reconnaissance et le soutien financier de l’Occident.

Un an après la reconnaissance de l’État palestinien, c’est donc moins le sourire d’Emmanuel Macron sur les photographies officielles qui m’intéresse que ce qu’il a obtenu en échange. La diplomatie ne peut pas se contenter des sourires. Elle doit être jugée sur ses résultats. Même les sourires et les accolades doivent avoir un prix. Ce qu’Emmanuel Macron ne semble toujours pas comprendre.


[1] Nom de guerre de Ahmed al-Charaa, ndlr.



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