Depuis 2012, Marine Le Pen prône l’interdiction du voile dans l’espace public. L’an dernier, Jordan Bardella nuançait le propos: «L’interdiction dans la rue reste un objectif, mais la priorité est de le faire dans les bâtiments publics. La mise en œuvre dans la rue est plus complexe.» Si la presse se réjouit actuellement d’un flottement interne au sein du RN sur la question, elle oublie évidemment d’expliquer par ailleurs pourquoi ce signe sexiste prolifère. Et occulte surtout une distinction essentielle: même si l’interdiction totale du voile est difficile à défendre dans une démocratie libérale, son expansion reste profondément contraire aux mœurs françaises et non souhaitable.
Les adversaires médiatiques du Rassemblement national jubilent. Il y aurait différence de vues, voire opposition, entre Marine Le Pen et Jordan Bardella sur la question de l’interdiction du port du voile dans l’espace public. La candidate officielle du parti serait pour, ainsi qu’elle l’a affirmé par le passé, le président de ce même parti serait beaucoup plus circonspect sur ce brûlant problème et la solution à y apporter.
Les anti-RN ont beau jeu de jubiler, d’en faire des gorges chaudes, il reste que le mérite n’est pas mince, pour le parti politique d’un(e) présidentialisable, de prendre ce débat si sensible à bras le corps, débat et problème que, dans les autres états-majors, on s’ingénie obstinément à laisser de côté en ce moment.
Les beaux principes
Qu’il y ait « hésitations au RN sur l’interdiction du voile » comme titre Le Parisien dans son édition du samedi 18 juillet, n’a rien d’étonnant, précisément en raison de la complexité du sujet. Et cela montre en fait que le parti n’est ni aussi monolithique, ni aussi verrouillé par le haut qu’on se plaît à le prétendre dans les camps d’en face. Là où il y a « hésitations », là où il y a débat, il y a démocratie active, vivante. Voilà ce que devraient plutôt mettre en avant les détracteurs du binôme RN.
Ils devraient aussi se poser la question du pourquoi. Oui, pourquoi cette question du port du voile, de son hypothétique interdiction, est-elle si complexe à résoudre ? La réponse est tout bonnement – comme fort souvent – à chercher dans le fait que dès l’origine, le problème a été mal posé.
Par lâcheté politique, on a enfermé le port du voile dans sa dimension confessionnelle, religieuse, et on en a appelé au respect des beaux principes de laïcité pour en instruire le procès. Contresens funeste, la laïcité, par essence même, ne pouvant être la solution.
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La laïcité est un principe d’absolue liberté, l’affirmation que toute personne humaine a en elle une part d’intimité spirituelle, mentale, intellectuelle absolument inviolable, radicalement inaliénable. Une part d’intime qu’elle peuple à sa guise, de croyances ou de non-croyances et dont elle n’a de compte à rendre à personne. Comment a-t-on pu s’égarer au point de faire reposer un interdit sur un principe d’absolue de liberté ? Étrange tout de même, avouons-le…
On se souvient des élucubrations grotesques destinées à déterminer à partir de quelle dimension la croix pectorale du fidèle catholique devenait un signe religieux ostentatoire ? Le ridicule même de ce questionnement aurait dû suffire à montrer que la question n’était pas là, et que le problème se trouvait détourné de sa vraie dimension.
Une question aussi politique que religieuse
Ce n’est pas à propos du religieux qu’il convient de poser la question de l’interdiction, mais tout simplement à propos de la loi de la République. Oui, de la loi. Peut-on faire la promotion sur la voie publique de ce qui est illégal ? Là est la question toute crue. La seule qui instaurerait de manière indiscutable la légitimité de l’interdit. Si le voile est l’expression d’une adhésion à un système d’organisation sociale et politique où la femme n’est pas l’égale de l’homme, où l’homosexualité est un délit (si ce n’est un crime) où la polygamie est légitime, etc., alors le port du voile apparaît clairement comme un acte de promotion de données et de pratiques parfaitement illégales chez nous. Donc c’est bien au nom de la loi, de la loi dans toute sa force et sa rigueur, qu’il faut agir. De plus, cela impliquerait – au moins en principe – que les personnes souhaitant le porter, ce voile, se positionnent clairement sur ces questions-là. Ce qui n’est jamais le cas actuellement.

Hésitations
Si l’on s’en tient à la dimension de l’appartenance à une religion, quelle qu’elle soit, cette interdiction risque fort de se transformer en piège à con. Une interdiction impossible à faire respecter, à ajouter donc à toutes celles qui ne relèvent que de la gesticulation et de la bonne conscience acquise à moindre coût. Interdiction, qui plus est aisément détournable en victimisation, stigmatisation, bref toute la lyre si bien chantée dans les prétoires et les rédactions…
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On peut donc penser que c’est autour de ce débat, plus compliqué à démêler qu’il n’y paraît, qu’apparaissent au sein de la direction du RN les « hésitations » évoquées plus haut. Hésitations, redisons-le, qu’on ne risque guère de débusquer chez les autres partis, ceux-là considérant que le simple fait de s’interroger là-dessus, c’est déjà se sauter allègrement des deux pieds dans un piège à cons. Pourtant, le courage politique le plus élémentaire exigerait que tous ceux qui pensent avoir vocation à diriger un jour le pays s’en donnent la peine.
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