Un film avec un Nikos macho au cinéma, mais pas Aliagas…

Maculés de tatouages, percés de métal, braillards, agressifs, la meute testostéronée des machos en débardeurs ou torse nu poussent de la fonte, tirent au gun automatique sur des cibles de carton, dans de périlleuses compétitions entre mâles dominants. Ils tringlent leurs amazones (saphiques à l’occasion) et se shootent à l’anabolisant, soumis à la terreur de Nikos, chef atrabilaire à la gâchette facile, lequel exige de ses roquets serment d’obéissance absolue – sinon bing, t’es mort. Le décor ? Une cité-Etat rétro-kitsch en perdition : les pénuries s’aggravent ; on s’y suicide beaucoup ; les catins racolent au milieu de nulle part, au pied d’édifices décatis et devant des barres d’immeubles qui partent à vau l’eau. Sur la rive adverse, la nuit, scintillent au loin les loupiotes d’une gigantesque raffinerie de pétrole qui a pollué le fleuve.
Sur fond mythologique repeint aux couleurs mêlées du cinéma d’arts martiaux, du film d’art (chromatisme saturé, image hyper stylisée), du mélo chanté et de l’esthétique trash, Gorgona n’entre certes pas dans les casiers où la boutique du cinéma plan plan trouve ses rangements ordinaires. Elaboré par Evi Kalogiropoulou, 41 ans, « artiste visuelle » (c’est comme ça qu’on dit) naviguant entre Athènes et Londres et à qui le Septième art doit, par exemple, Sur le trône de Xerxès, court métrage dystopique (déjà !) couronné par Canal + à Cannes en 2022, ce premier « long » a pimenté la Mostra de Venise l’an passé.
A lire aussi: Médée en abyme
Inutile de chercher quelque cohérence diégétique à cette suite échevelée d’épisodes. Ils vous feront passer sans transition de la putride étoffe du lupanar au débondage d’hémoglobine, d’un cabaret miteux à un terrain vague où s’entraînent ou s’affrontent de virils jeunes gens bigarrés… On croit comprendre que Nikos, malade au dernier stade et se sachant condamné, peine à imposer Maria, sa maîtresse un peu sorcière, parmi les prétendants au trône.
Baroque, capiteux, outrancier, l’exercice de style ne manque pas de saveur… et de noirceur. Dans le dossier de presse, la réalisatrice tient, de façon plutôt consternante, un propos parfaitement convenu : « En Grèce, nous sommes confrontés à une crise majeure. Il y a énormément de féminicides. Des femmes meurent chaque jour. Quand on nous dit que nous avons les mêmes droits… ce sont des conneries. [sic] […] Mon film peut sembler violent, mais il donne à ressentir ce que subissent les femmes dans de trop nombreuses sociétés. Il faut se battre pour faire valoir nos droits légitimes. Et nos désirs ».
Ce bla-bla formaté est paradoxal, car formaté, justement, Gorgona ne l’est à aucun titre. Ne lui en déplaise, la méduse Evi Kalogiropoulou paraît sacrément fascinée par ces torrents de scabreuse masculinité qui déversent jusqu’au vertige leurs stéroïdes. Alors, inutile de nous emballer cette féconde radicalité dans un papier-carton de moralisme. A prendre ou à laisser, la performance de cette fleur du mal – du mâle ? – se suffit à elle-même.
Gorgona. Film de Evi Kalogiropoulou. Grèce/France, 2025. Durée : 1h35
En salles le 22 juillet 2026. Int. moins de 12 ans
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




