Après l’Argentine, l’Equateur ou encore la Bolivie, la droite enregistre une nouvelle victoire, cette fois-ci en Colombie, avec l’élection d’Abelardo de la Espriella. Présenté par nombre de médias occidentaux comme un dirigeant “pro-Trump” d’extrême droite, cet avocat et homme d’affaires promet avant tout de restaurer l’autorité de l’Etat dans un pays miné par le narcotrafic, les guérillas et la corruption.
Et une victoire électorale de plus pour la droite latino-américaine : après Javier Milei en Argentine, Daniel Noboa en Équateur, Rodrigo Paz Pereira en Bolivie, José Antonio Kast au Chili, Nasry Asfura au Honduras et Keiko Fujimori au Pérou, elle a décroché, dimanche 21 juin, en Colombie, son sixième succès consécutif depuis 2023. Le candidat d’une droite radicale (que d’aucuns qualifient d’extrême et d’autres de populiste, par facilité), M. Abelardo de la Espriella, 47 ans, célèbre avocat sulfureux et homme d’affaires millionnaire, a été élu, certes de peu, mais néanmoins élu, à la présidence de son pays.

Après la capture par Trump de Nicolás Maduro, ex-président du Venezuela, aujourd’hui détenu à New York et accusé de narcoterrorisme, il ne reste plus, en Amérique latine, que le Mexique, le Nicaragua, Cuba, l’Uruguay et le Brésil à gauche. Le sort du Nicaragua et de Cuba est très précaire. Il suffirait que Trump baisse le pouce pour que leurs régimes tombent. L’Uruguay a à sa tête une gauche très modérée et accommodante. Le destin du Brésil se jouera lors des élections générales qui se tiendront en octobre prochain. Selon les sondages, le second tour, qui s’annonce très serré, devrait opposer Lula, le sortant, à Flávio, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour une très discutable tentative de coup d’État.
Mauvais perdants
À 99,99 % des suffrages décomptés (lundi soir, heure de Paris), De la Espriella avait obtenu 49,70 % des voix contre 48,70 % à son rival de gauche, Iván Cepeda, 63 ans, sénateur et ancien philosophe défenseur des droits de l’homme. À ce stade du dépouillement, malgré une marge très réduite, le résultat était considéré comme irréversible par la presse locale, dont le quotidien de référence El Tiempo. En Colombie, les votes blancs et nuls sont pris en considération (ils seraient de l’ordre de 1,5 %), ce qui explique qu’il n’est pas indispensable de franchir la barre des 50 % pour être proclamé vainqueur.
A lire aussi: 🎙️ Podcast: Lula versus Bolsonaro: socialisme et corruption au Brésil et ailleurs
Implicitement, Cepeda, piètre orateur qui endort son auditoire à peine prend-il la parole, avait reconnu sa défaite dans un message au ton sourdement menaçant, au lieu de reconnaître celle-ci et de féliciter son adversaire comme le veut la courtoisie démocratique. « Nous userons de la force de la démocratie, de la mobilisation et de l’action politique pour défendre les conquêtes sociales de ces dernières années », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « Nous avons de l’expérience en matière de résistance. » À quelle expérience fait-il allusion ? Dimanche soir, alors que la défaite de la gauche se dessinait, des groupes violents sont descendus dans les rues et ont provoqué des incidents à Cali, troisième ville du pays, ainsi qu’à Bogota, la capitale, estimant qu’« on avait volé son vote au peuple ».
Question « conquêtes sociales », le bilan est pour le moins léger : une hausse, à l’évidence motivée par des arrière-pensées électorales, de 23 % du salaire minimum au début de l’année, le portant à 311 euros, ainsi qu’une réduction de la pauvreté de 3,8 %, ramenant la proportion de pauvres de 32 % à 28 %. Cette décrue lente de la pauvreté s’est amorcée il y a plus d’une décennie et résulte surtout d’un ruissellement, certes limité, de la rente du narcotrafic.
Une déferlante de droite
Avant même ces premiers incidents du dimanche soir, De la Espriella, qui se réclame à la fois de Trump, de Milei et de Nayib Bukele, président du Salvador, auquel il ressemble physiquement — même silhouette, faciès presque identique, même barbe courte soigneusement taillée, même chevelure noir de jais rejetée en arrière —, n’a pas hésité à mettre en garde le président sortant Gustavo Petro et ses partisans. « Abstenez-vous de provoquer un incendie, leur a-t-il lancé. Ici, il n’y aura pas de troisième tour dans la rue. » Il ne sera investi que le 7 août. Son élection ne s’inscrit pas seulement dans cette déferlante de droite qui s’étend à presque tout le sous-continent américain. Elle met également un terme à ce qui apparaît désormais comme un intermède de gauche à la tête de l’État. Elle renoue en effet avec une longue tradition politique. Depuis son indépendance en 1819, la Colombie n’avait connu que des gouvernements de droite ou de centre droit.

Élu en 2022 à la surprise générale, Petro, ancien guérillero, a été le premier président de gauche de l’histoire du pays et, pour le moment, le seul. Son principal mérite politique est d’être parvenu à fédérer une gauche jusque-là très atomisée au sein d’une alliance baptisée « Pacte historique », qui fait aujourd’hui presque jeu égal avec la droite. Sur le plan international, il a fortement irrité Trump en raison de sa complaisance tacite envers le narcotrafic. À cet égard, un seul chiffre en dit long : sous son mandat, la superficie consacrée à la culture de la coca, matière première de la cocaïne, est passée de 200 000 à 250 000 hectares. On lui reproche également une attitude similaire envers une guérilla endémique implantée précisément dans les zones de culture de la coca. Sous son règne, on estime que le nombre de rebelles armés est passé de 13 000 à 27 000. À sa décharge, on peut dire qu’être guérillero en Colombie est devenu une profession de secours pour les chômeurs de longue durée.
A lire aussi: Cuba communiste: jusqu’à quand?
Dimanche soir, lorsqu’il a proclamé sa victoire depuis Barranquilla, grande ville de la côte caraïbe où il réside et patrie du prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez, M. De la Espriella a résumé son programme en une phrase : « Aux narcos, aux terroristes, aux preneurs d’otages, aux escrocs et aux corrompus, je les préviens que, depuis ce soir, la Colombie a un gouvernement. » Pour ce faire, il entend construire des méga-prisons sur le modèle salvadorien et donner de grands coups de machette dans la bureaucratie de l’État, principale source, selon lui, de la corruption. Mais, pour mettre en œuvre cette politique de main de fer, son problème est qu’au Parlement élu en mars dernier, il ne dispose de la majorité dans aucune des deux chambres. Dès lors, même si le régime est présidentiel, il devra nouer des alliances. Et celles-ci ont un coût…
Amazonie mangeuse d'hommes. Incroyables aventures dans l'Enfer vert (Esprit d'aventure)
Price: ---
0 used & new available from
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !





