Le billet du vaurien


Pour briller en société et pour emballer les filles, il convenait durant ma lointaine jeunesse de faire preuve d’une culture littéraire et philosophique qui agissait comme un aimant.

Woody Allen dans son autobiographie raconte comment il s’acharnait à comprendre Faulkner et Kafka, délaissant parfois les classiques pour lire des romans que personne n’aurait eu l’idée de parcourir comme le récit des amours de jeunesse de Joseph Goebbels, intitulé Michael dont le protagoniste connaît toutes les angoisses du soupirant transi qui rêve de l’amour de toutes les filles.

Mémoires d’une fripouille

Je n’ai jamais poussé la curiosité aussi loin, d’autant que Goebbels lui-même le considérait comme un ratage absolu. Mieux valait connaître par cœur Le Portrait de Dorian Gray et aborder les filles à la piscine Montchoisi, celle de mon adolescence lausannoise, en leur demandant négligemment ce qu’elles pensaient de Lord Henry. Et leur apprendre que George Sanders, peu avant son suicide dans un palace de Barcelone, avait écrit son autobiographie d’un cynisme absolu : Mémoires d’une fripouille.

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Il m’arrivait parfois de le croiser dans les rues de Lausanne en compagnie de Jack Palance. Et de rêver qu’un jour peut-être moi aussi j’aurai ma place dans la mythologie hollywoodienne. Le destin en décida autrement. Mais avant de vous révéler pourquoi, je ne résiste pas au plaisir de citer le mot laissé par George Sanders avant d’absorber un flacon de Nembutal, mélangé

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