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Warm Blue: dystopie apocalyptique

Warm Blue: dystopie apocalyptique
Mel Gibson Mad Max 3 Au-delà du dôme du tonnerre REX FEATURES/SIPA REX43021352_000005

Le deuxième roman d’Elie Maucourant, jeune professeur de lettres modernes, nous offre une vision sombre de notre avenir. Le destin dystopique de l’humanité est le résultat, moins d’un complot ourdi par un petit nombre de méchants, que de sa propre indécision.


Roman foncièrement dystopique, à la frontière peut-être de l’apocalypse, Warm Blue nous plonge dans une atmosphère qui oscille entre Robocop et Mad Max. Le monde baigne dans une basse-fosse à ciel ouvert. Des dealers s’entretuent tranquillement tandis que les flics doivent baisser le regard de ceux qu’ils sont censés appréhender. Les masses survivent dans un quotidien déglingué dont le lecteur sentirait presque les effluves de cigarette et de sueur sous un ciel grisâtre qui se confond avec la bétonisation du monde. De Paris à Berlin, en passant par une réserve de Nouvelle-Zélande, c’est une époque où justement le monde n’existe en fin de compte peut-être plus.

Délabrement général

Les ultimes animaux vivants sont des clones parqués dans d’immenses réserves surveillées par des drones et des « Sentinels » ; derniers vestiges d’une dévastation menée par l’humanité à l’insu de son plein gré. Ces mêmes animaux qui attirent toujours une hyper-classe mondialisée pour qui le braconnage ou le safari illégal relèvent de l’encanaillement raisonnable. Le roman ne s’inscrit pas tant dans une dystopie issue de Huxley ou Orwell que dans le délabrement général. L’idée du bonheur mis en œuvre par le pouvoir, qu’il soit politique ou autre, n’est pas présente ici. L’avenir ressemble à une banlieue crasseuse de Stuttgart, comme le dirait Ballard. Paris est entièrement gangrénée par les conséquences ultimes d’un multiculturalisme jusquauboutiste, Berlin ne semble être plus que sa vie souterraine, et le reste du monde ne donne pas envie d’être connu. Nos trois protagonistes évoluent dans ce futur fait de rouille et de tétanos. Il n’y a plus rien, puisque même le rien est privatisé. L’État est anéanti au profit de la bureaucratie qui administre des choses et le gouvernement des citoyens vacille entre le souvenir et l’idéalisme. Il y a un vide du pouvoir, même directif. Ou alors évolue-t-il ailleurs, loin des hommes, dans des logiques absurdes qui échappent à tous. Les colonies martiennes paraissent être le seul semblant d’alternative, pour peu que la guerre civile qui gronde soit préférable à la vie de zombie.

Ni morale, ni solution

Mars, éternel fantasme des écrivains de Science-Fiction, occupe une place prépondérante dans le récit d’Elie Maucourant. Elle se situe en filigrane, évoquée parfois, avant de prendre la place qui lui revient dans la trame, au moment où le lecteur remonte les fils jusqu’à apercevoir les mains du marionnettiste. Parce que si l’idée d’une conjuration, d’un dessein à grande échelle et tissé dans l’ombre est la toile de fond sur laquelle nos protagonistes sont jetés en pâture, Elie Maucourant ne propose pas de morale, ni de réelle solution. « Nous sommes nos choix », professait Sartre d’une façon simpliste. Elie Maucourant pose les enjeux d’une façon différente : que sommes-nous si nous refusons de choisir ? Les enjeux qu’un choix soupesé peuvent-ils réellement faire de nous quelque chose de différent selon que l’on se prononce pour l’option A ou B ?

Il y a une thèse du pessimisme dans Warm Blue. Non pas que les problématiques exposées par l’auteur soient insolubles, mais que la solution recourt à un moyen trop extrême pour être soutenable pour l’individu. Le refus de choisir fait-il de nous des inconscients ou des êtres infiniment faibles ? Plus avant, avons-nous réellement envie de choisir quoi que ce soit ? En réalité, ce n’est pas le choix qui est effrayant, mais la décision, car c’est bien elle qui emporte des conséquences. Le choix n’est qu’une proposition, et c’est bien sur l’équilibre précaire de ce pivot qu’Elie Maucourant emmène le lecteur. Il faut composer avec le gouffre de l’indécision provoquée par manque de rationalisme, peut-être de cynisme, sans réconfort, ni rédemption.

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