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Villepin: le vertige du vide

Le billet sarcastique de Dominique Labarrière


Villepin: le vertige du vide
© Alain ROBERT/SIPA

Quelle surprise ! L’ancien Premier ministre, qui entend être aux avant-postes en 2027, dénonce une normalisation de la droite nationale et minimise la menace de la France insoumise.


M. de Villepin, on le sait adore s’écouter parler. Il adore aussi, si je puis ainsi m’exprimer, s’écouter écrire. Le massacre de Quentin Deranque lui en fournit l’occasion. Il n’allait pas la laisser passer, publiant sur X un long texte bien dans sa manière, celle du verbiage étiré autant qu’ampoulé.

Pourtant, sa position est des plus simples, un tantinet manichéenne certes, mais simple, vraiment, pour ne pas dire simpliste. Elle aurait donc pu être exprimée en quelques phrases bien senties, ce qui aurait eu au moins le mérite de correspondre à l’exigence de clarté revendiquée en exergue. « L’esprit de responsabilité, est-il écrit en effet, exige l’engagement et la clarté. »

Pour M de Villepin l’affaire est donc des plus limpides. Certes, les antifascistes de l’ultra gauche ont à voir avec l’assassinat du jeune homme, mais il ne faudrait pas se tromper, se laisser avoir par les apparences, l’écume des choses. En fait, le vrai, le réel danger c’est bien sûr – je vous le donne en mille ! – l’extrême droite. Quant à la radicalisation, à la violence distillée au quotidien par LFI dans la vie politique du pays, ce ne serait que maladresse, erreur de style, le fond demeurant parfaitement sain, pacifique, respectueux au plus haut point des vertus démocratiques.

Sur la démocratie, l’auteur a d’ailleurs son analyse. « Une démocratie commence là où la force recule. » Joli, non ? C’est oublier qu’une démocratie finit chaque fois qu’elle oublie la force, la sienne, celle qu’elle a le devoir d’exercer, et sombre dans la faiblesse, la suicidaire mollesse du relativisme, ménageant la chèvre et le chou.

Et M. de Villepin de nous dispenser une de ces leçons d’histoire dont il a le secret. La montée du nazisme en 1933 devrait beaucoup à l’intransigeance du parti communiste de l’époque. Là aussi, rien de plus grave qu’une maladresse. On passera donc sous silence l’impéritie affligeante de la République de Weimar, sa corruption, ses compromissions à tiroir.

« Le champ démocratique est un plan incliné », écrit plaisamment M. de Villepin. C’est beau comme l’antique. Incliné dans quel sens à ce jour ? On ne sait trop. Ou plutôt si, ça inclinerait plutôt vers le grand, le seul réel danger, l’extrême droite, le Rassemblement national, insiste l’auteur. D’ailleurs, toujours selon le professeur Villepin, le macabre dénombre des victimes ces cinq dernières années le prouverait : 11 au compteur de cette extrême droite (lesquelles ? Cela ne nous est pas précisé. Exigence de clarté, vous-dis-je) contre une seule imputable à la gauche. Un regrettable accident, sans aucun doute. Que LFI ne condamne jamais les exactions islamistes diverses et variées, voire fournit des excuses si ce n’est les encourage avec un discours victimaire permanent, ne compte évidemment pas aux yeux de M. de Villepin.

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Il nous sort un autre lapin blanc de son grand chapeau. Grand le chapeau, à la mesure du melon qu’il a à coiffer. Là, on aborde la géopolitique, carrément. « Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clefs du pouvoir par les urnes », écrit le presque candidat aux futures présidentielles. Malin, il circonscrit son propos à l’Europe, sans quoi la réalité, qui est tout autre, lui serait revenue en pleine poire tel un boomerang. Je ne sache pas en effet que les dictatures communistes de Chine (où M. le professeur a eu le bonheur lucratif de cantiner ces dernières années), celles de Cuba, du Vietnam, du Cambodge, de Corée du Nord – j’en passe…- aient jamais rendu les clefs. Démocratiquement au non, d’ailleurs.

Et puis il y a cette autre merveille dans ce long texte. LFI stagnant dans les sondages à 10 ou 15%, « rien n’étaye le risque de basculer dans un régime de gauche radicale. » Plaisante ignorance. Quelle était la représentativité de Lénine en octobre 1917, celle de son cher Mao à son commencement, de quel pourcentage auraient-ils été crédités dans les sondages s’il y en avait eu ? M. de Villepin ne saurait s’arrêter à ces broutilles…

Quant à l’extrême droite, ce ne serait que par la rue, la violence qu’elle prospèrerait, atteignant 35 à 40%. Là, voilà que surgit le mépris bien connu de ces gens-là, le mépris de classe. 35 à 40% de sous-citoyens français, de crétins bas de plafond manipulés au gré d’un coup de force permanent, incapables de juger par eux-mêmes, de choisir, de penser. Incapables de constater les effets d’une immigration folle, de souffrir du déclin avéré et accéléré de leur nation, d’accepter la honte permanente de ces faillites à répétition tous domaines confondus.

À cet endroit la pensée de M. de Villepin n’est pas seulement indigente, elle vire obscène. Pour de bon.

Cependant, rendons tout de même grâce à notre homme, qui détient la solution du problème. Il nous la livre à la fin de sa dissertation pour classe terminale : « La République se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis et le refus de sanctuariser l’extrême droite. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. »

Je ne résiste pas à l’impérieux désir de répéter ces derniers mots, tellement ils sont beaux, éclairants et forts : « L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. » Les redisant à mi-voix, voyez-vous, les larmes me montent aux yeux…



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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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