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Je vous ai rendu service, j’ai lu “Sodoma” pour vous

Sex and the (eternal) city

Je vous ai rendu service, j’ai lu “Sodoma” pour vous
©Massimo Valicchia/NurPhoto

Mes bien chers frères, en ces premiers jours de carême, il m’a paru opportun de vous parler essentiellement religion. Mais rassurez-vous : comme j’ai lu Sodoma, il y aura aussi du cul !


Le rose pourpre du clerc

À la une du Point aujourd’hui : « Le grand secret, l’homosexualité au Vatican ». Et en pages intérieures, un dossier complet sur Sodoma, le « livre-événement » de Frédéric Martel.

À vrai dire, l’auteur ne découvre pas son sujet. Depuis une vingtaine d’années, il enchaîne les livres de révélation (pour ne pas dire les bouquins à scandale) sur les gays en France, dans le monde et ailleurs.

Mais ce coup-ci, fameux timing ! Surfant sur une actualité qui accable déjà de toutes parts une Église pédophile, « grâce à Dieu », et abuseuse de nonnes par surcroît, son pamphlet contre le lobby homosexuel au Vatican tombe à pic ! Traduit en huit langues, il cartonne partout depuis sa sortie simultanée dans vingt pays (y compris l’ex-URSS).

A lire aussi: C’est la lâcheté de l’Église qui a vidé les églises

Pour être juste, l’auteur ne s’est pas foutu de nous : quatre ans d’enquête, au terme desquels il aura recueilli, à l’en croire, les confidences de 1 500 ecclésiastiques, dont 41 cardinaux et 52 évêques. C’est en sa qualité de gay, précise-t-il, et sans hésiter à jouer à l’occasion la carte de la complicité, voire de la « séduction », qu’il a réussi ce miracle : se faire ouvrir grand les portes de la curie, réputées infranchissables, ainsi que le robinet des confidences les plus « hot » – avec leur lot de ragots invérifiables et de règlements de compte post-mortem.

Compte tenu de son engagement gay-athée-progressiste, le citoyen Martel ne s’est évidemment lancé dans cette vaste entreprise que pour conclure à son « intuition » originelle : l’hypocrisie consubstantielle à l’Église catholique, fondée sur le « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »

Le comble de l’hypocrisie, affirme-t-il, est atteint par une camarilla de prélats « de la paroisse », qui s’adonnent en privé à ces pratiques « intrinsèquement désordonnées » avec d’autant plus de vigueur qu’ils les fustigent en public avec rigueur. Car les plus réacs sont aussi les plus obsédés, martèle Martel – sans pour autant préciser par quelle méthode il est parvenu à cette dernière statistique.

Dans la foulée, Super Freddie élucide même le mystère de l’impunité des prêtres pédophiles : tous « couverts » par une hiérarchie de « honteuses » tradis, qui se taisent de crainte de voir révélées leurs propres mœurs… « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette », etc.

Pour l’auteur, aucun doute : c’est bien la tartufferie schizophrénique d’une institution homophobe et en même temps homophile qui explique, de fil en aiguille, tous les maux de l’Église actuelle.

Une conclusion qui, en fait, n’est qu’un vulgaire CQFD. Appliquez à n’importe quel sujet une grille de lecture 100 % gay, et je vous fiche mon billet que vous trouverez, in fine, l’unique clé qui va avec !

Macron et le burn-out français

À vélo en podcast (et non l’inverse), j’entends sur France Culture un certain Vincent de Gaulejac, sociologue, coauteur de @ la recherche du temps (Érès), causer à « La grande table ». Au début, je ne comprends pas tout ; mais plus le type parle, plus je suis agréablement surpris :

« Emmanuel Macron, explique-t-il, est le prototype même du président-manager. (…) À l’en croire, une bonne gestion allait « optimiser les ressources de l’entreprise France ». Résultat : il a mis en burn-out ses collaborateurs, son gouvernement et la France entière. »

Quant au « Grand Débat », notre sociologue n’a pas l’air de croire qu’il suffira à résoudre la crise de confiance actuelle – dont les gilets jaunes ne sont qu’une partie émergée : « Aujourd’hui, résume-t-il, les gens disent : “Écoutez-nous, on a un problème de fin de mois, ou d’accès aux services publics…” Et d’en haut, on leur répond : “Oui, mais nous, on a un cap qui va permettre de répondre à tous ces problèmes-là, et donc on n’en changera pas, parce que c’est le bon !” »

Ce genre de malentendu, ça peut durer longtemps… Ou plutôt, non.

Retour à Sodoma…

Le diable porte pierre ! Ce pénible Sodoma dont je vous entretenais plus haut, pavé de 638 pages et de mauvaises intentions, n’en met pas le moins le doigt, si l’on ose dire, sur un vrai problème.

Confessons-le d’emblée : quoi que censément « tradi », j’ai toujours ressenti, puis considéré l’enseignement de l’Église en matière de morale sexuelle comme, au mieux, maladroit.

Petit rappel : en fait de sexe, la seule pratique reconnue par l’Église, c’est le coït vaginal entre époux de sexes opposés, si possible dans le but de procréer. Tout le reste, sans même parler de la pédophilie, relève du péché capital de « luxure » – de l’onanisme à l’homosexualité en passant par Jacquie & Michel, le recours aux putes et la simple infidélité.

Mais le risque, quand on met la barre trop haut, c’est que tout le monde ou presque passe en dessous. Et je ne doute pas que certains fidèles en éprouvent un découragement qui risque de les éloigner de cette foi à la morale inaccessible…

Or j’imagine mal le Dieu d’amour auquel je crois – et encore moins Jésus, que je connais un peu mieux – s’acharnant avec une telle violence contre le péché de chair.

Notre créateur, qui sait tout de nous et nous aime quand même, sait aussi que « la chair est faible ». Il eût fallu un Dieu genre pervers narcissique pour imposer à ses enfants humains, sous peine de mort spirituelle, une discipline sexuelle tellement stricte qu’elle ne puisse être tenue que par des saints – et encore, pas tous (moi aussi, j’ai mes fiches…).

Même ce facho de saint Paul manifeste une certaine compréhension envers ses frères écartelés entre leur condition humaine et leurs aspirations divines – d’autant plus qu’il s’y inclut : « Nous savons que la Loi est spirituelle, mais moi je suis un être de chair (…) Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » (Romains 7,14-15 – je cite de mémoire.)

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux un aggiornamento urgent – déjà manqué il y a un demi-siècle par Vatican II. Finissons-en avec le rigorisme hypocrite ! Il est temps que l’Église prêche sa morale sexuelle pour ce qu’elle est : un idéal de vie vers lequel tendre, et non le règlement intérieur d’un pénitencier.

À force de scandales sexuels à rebondissements, l’Église traverse une crise de crédibilité qui menace sa survie même. Mais elle en a vu d’autres, et je gage qu’une fois encore elle saura puiser en elle-même l’inspiration nécessaire pour s’adapter aux circonstances et éviter le pire – comme elle l’avait fait magistralement avec la Contre-Réforme catholique.

Et si, dans cet esprit, au lieu d’énumérer en boucle les « sens interdits », l’Église inversait la perspective en commençant par témoigner de l’essentiel : le sens de la vie chrétienne – à laquelle nous sommes tous appelés, puisque l’Éternité a déjà commencé ?

On le voit : la « révolution » à laquelle j’aspire n’est qu’une « suggestion de présentation », comme on dit chez Marmiton.org.

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Mars 2019 - Causeur #66

Article extrait du Magazine Causeur


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