Encore une exposition consacrée au Pop art ! Beaucoup trouveront d’abord que la prestigieuse Modern Tate de Londres pèche par manque d’originalité. Les conserves de Campbell’s soup et les personnages de BD peints à l’acrylique, on les a tellement vus et revus qu’on serait enchantés de pouvoir un peu les oublier. Heureusement la Modern Tate fait le pari de montrer un Pop art totalement inconnu du grand public. Pas de Warhol, pas de Lichtenstein, pas de Jasper Johns. L’exposition « The World Goes Pop » déterre des œuvres conçues dans de lointaines périphéries de l’axe principal du Pop art, tendu entre New York et Londres. Autant dire du jamais-vu. Quant à savoir si l’événement mérite de l’intérêt, c’est une autre affaire.

Si la force du Pop art, comme celle de n’importe quel courant artistique d’ailleurs, tient aux réflexions qu’il développe sur son époque, il faut bien admettre que ce n’est ni à SoHo ni à Chelsea qu’ont émergé des analyses incisives de la société de consommation. La première section de l’exposition met ainsi en évidence la forte contribution au mouvement Pop de pays alors dictatoriaux, républiques populaires en tête. Les œuvres des artistes brésiliens, roumains ou polonais, moins iconiques que leurs sœurs américaines dès lors qu’elles outrepassent la simple dénonciation du consumérisme pour s’intéresser à la censure, à l’émancipation des femmes, aux droits civiques, à la violence et aux nouveaux déséquilibres sociaux, entrent néanmoins dans les critères du genre : même bruit visuel, mêmes techniques, même attention portée aux objets quotidiens, toujours détournés de leur usage habituel, même influence de la publicité et des mass media.

« The World Goes Pop », jusqu’au 24 janvier 2016, The Modern Tate Gallery, Londres (de dimanche à jeudi de 10 à 18 heures, vendredi et samedi de 10 à 22 heures).

*Photo: Sipa. Numéro de reportage: AP21792673_000003

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Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.
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