Des policiers marchant en direction du Stade Vélodrome de Marseille où s'affrontent ce jeudi soir Pologne et Portugal (Photo : SIPA.AP21911532_000004)

Flic, franchement, c’est difficile.

Qu’un peuple qui a cru intelligent de garder comme symbole le coq hérité des Gaulois vous traite de « poulet », passe encore. Entre volatiles…

Qu’un gouvernement qui vous paie mal vous enjoigne de réprimer des gens tout aussi mal payés que vous et qui l’admettent mal, bon, c’est le job. Pas drôle, mais c’est le job.

Que des truands ou des islamistes vous prennent pour cibles, quand vous savez que les gilets dont vous disposez n’arrêtent rien au-delà du calibre 7,65 — et certainement pas des balles de kalachnikov, il y a de quoi la trouver saumâtre.

Vous êtes membre de la BAC, en première ligne dans les « quartiers » — et ailleurs, parce que la criminalité n’a pas de frontières, et voici ce que vous lisez tous les jours[1. Photos Jean-Paul Brighelli, tous droits réservés.]  :

Et encore, ça, ce n’est rien. Chargés depuis six mois d’assurer « l’état d’urgence », vous avez de surcroît les supporters à vous coltiner, et le Vieux-Port à déblayer. Et le Vieux-Port des supporters, c’est ça :

Vient se rajouter à ça la répression des manifestants qui trouvent inélégant de la part d’un gouvernement de gauche (ah ah ah !) de vous offrir tout crus aux patrons. Du coup, les manifestants qui vous avaient à la bonne à l’époque de Charlie, quand vous étiez en première ligne contre les massacreurs de Charlie et d’ailleurs — à propos, le gouvernement qui fait apposer des plaques pour célébrer l’événement, si je puis dire, salue bien la mémoire de l’un des vôtres, mais en omettant de signaler que les « terroristes » qui l’ont abattu étaient effectivement islamistes — un gros mot qui suinte d’islamophobie, sans doute :

Ces manifestants, donc, vous vomissent à présent — en franglais dans le texte :

Ça fait du bien de se sentir aimé à ce point. D’être aimé mort :

Sans compter qu’à chaque déplacement de Hollande pour assister à un match de foot, il faut rajouter aux 1 200 CRS censés gérer les supporters (et rester stoïques sous les avalanches d’amabilités) 150 hommes de plus pour assurer la sécurité d’un président si immensément populaire…

Ajoutez qu’une basse vengeance a récemment permis de mettre vos noms et adresses sur le Net, afin d’offrir plus d’opportunités à tous ceux qui veulent vous féliciter à domicile, et vous aurez un panorama presque complet.

Et bientôt il va leur falloir en plus réprimer les émeutes que les services de renseignement voient venir à l’horizon 2017, quand le résultat des élections ne satisfera personne. Et à ce moment-là, qui sait de quel côté ils seront ? Quand l’exaspération s’ajoute à la fatigue…

Des poulets qui font un métier de chien — on dirait une fable, mais ça ne les fait pas rire.

En attendant, depuis hier, il n’est plus possible de siroter une orange pressée dans un verre normal à Marseille. Depuis deux jours, en prévision de l’arrivée des Polonais et des Portugais, le préfet de police ne permet plus que des gobelets plastique, dont les dépouilles traînaient harmonieusement sur le Quai de Rive-Neuve ce matin. Il plane sur la ville une atmosphère étrange — et les CRS reprendront tout à l’heure leur marche machinale autour du Cours d’Estienne d’Orves. C’est bon pour la santé, la marche. Et il ne fait pas trop chaud ce matin — heureux veinards ! Quand je pense qu’il y en a pour les plaindre ! Pff !

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.