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Planter son drapeau sur des ruines

Le billet politique de Jérôme Leroy

Planter son drapeau sur des ruines
Le député Renaissance Mathieu Lefèvre lors des séances de questions au Gouvernement, en octobre 2022. © Jacques Witt/SIPA

La loi sur l’obligation de pavoiser les mairies avec le drapeau européen révèle surtout l’arrogance des macronistes.


C’est étonnant, tout de même, ce goût des libéraux français pour les lois inutiles. Naïvement, on croyait que le libéral préférait le contrat. Mais peut-être que le libéral, notamment en France, est libéral quand il s’agit du travail ou de la fiscalité mais beaucoup moins quand il s’agit d’imposer son idéologie, car le libéralisme n’est pas « naturel » contrairement à ce que voudraient faire croire ses thuriféraires de plus en plus nombreux. C’est une construction philosophique, comme le fascisme, le royalisme ou le communisme.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos drapeaux. Voilà que le groupe « Renaissance » a fait passer une loi rendant obligatoire la présence du drapeau européen sur les mairies de plus de 1500 habitants. On nous dit que 78% des mairies échapperont à cette obligation, façon sans doute de faire passer la pilule mais on peut aussi dire que, de facto, toutes les mairies des grandes villes et des villes moyennes seront pavoisées en bleu et or.

Un symbole détourné

Ce qui me gêne un peu, dans cette histoire, ce n’est pas tant le drapeau européen, c’est ce qu’il a fini par symboliser bien malgré lui. Pour aller vite: une zone de libre-échange fondée sur toujours plus de moins-disant social, une zone où est imposée une austérité sans fin, où la répartition des richesses produites par le continent  favorise toujours plus le capital et toujours moins le travail. Une zone dont les promoteurs les plus acharnés sont allés contre la volonté des peuples (remember le non de 2005) et ont fini par faire basculer un certain nombre de pays dans les bras de l’extrême-droite.

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D’ailleurs, derrière les cris d’orfraie des amis de l’UE, « Mon dieu ! la Pologne ; mon dieu ! la Hongrie ; mon dieu ! l’Italie », on voit que finalement, ils s’en accommodent très bien,  les libéraux, des législations restrictives sur l’avortement, sur la fin d’une justice indépendante et autre joyeusetés xénophobes.

Petit Grec, le FMI c’est plus fort que toi !

Tant qu’ils sont dans les clous budgétaires, ces pays-là peuvent tranquillement chasser le migrant. Mais qu’ils ne s’avisent pas de vouloir protéger leur peuple de la violence de la mondialisation en gardant un modèle social avancé, c’est-à-dire en étant de gauche ; là, ils seront punis comme l’U.R.S.S. punissait les « pays frères », à cette différence que c’est le FMI et la BCE qui jouent le rôle du tank.

Alors cette histoire de drapeau, toute symbolique qu’elle soit, elle fait un peu penser à ces armées victorieuses qui plantent leur étendard sur les ruines du rêve de ceux qui croyaient que l’Europe voudrait dire la paix, la prospérité et un modèle social avancé, le rêve de ces utopistes qui n’ont même plus le droit d’exprimer la moindre réserve sur le génie bruxellois, sur l’excellence de la Commission, sans se voir rejeter dans les ténèbres extérieures en compagnie des nationalistes de la pire espèce…




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