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«Le Trouvère» a trouvé sa prima donna: Anna Pirozzi

Le Trouvère de Verdi du 24 janvier au 17 février, à l’Opéra Bastille.


En 1936, dans « Une nuit à l’opéra », perle du septième art, les Marx Brothers se payent la tête de Verdi : il est vrai que par son invraisemblance déchaînée et la déroutante complication de son livret, Il Trovatore se prêtait de façon idéale à ce sabordage hilarant.

Salvatore Cammarano a déjà écrit pour Verdi, quelques années plus tôt, le livret de Luisa Miller, génial opéra tiré du drame de Schiller Kabale und Liebe (Amour et Intrigue), dans la veine intimiste de Verdi deuxième manière.  Le compositeur rumine alors l’espoir d’adapter Le Roi Lear, projet qui n’aboutira jamais. À son librettiste, il va même jusqu’à mander un scénario. Verdi passe à autre chose, écrit rapidement Stiffelio, œuvre mineure. Nous sommes en 1850. L’année suivante, il achève de composer La Maledizione, d’après Le Roi s’amuse, de Victor Hugo, sur un livret de Francesco Maria Piave. Créé en 1851, l’opéra prend le titre de Rigoletto. Donné dans toute l’Italie, puis dans l’Europe entière, Rigoletto rend Verdi riche et célèbre. Tout en pensant déjà à mettre en musique La Dame aux camélias (qui deviendra La Traviata, comme l’on sait), opéra sur lequel il travaillera concurremment, il confie à Cammarano la tâche de plancher sur le matériau d’El Trovador, grand succès de la scène madrilène en 1836, et œuvre majeure du diplomate, dramaturge et homme de lettres espagnol Antonio Garcia Gutiérrez (1813-1884), de l’œuvre duquel Verdi tirera encore un opéra majeur, en 1857 : Simon Boccanegra.

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En attendant, le formalisme de son collaborateur ne laisse pas d’impatienter Verdi, qui presse celui-ci de donner plus de tonus à son adaptation.  Là-dessus meurt Cammarano, brutalement. Verdi, d’ailleurs furieux d’apprendre son décès par hasard, en tombant sur un journal de théâtre, charge alors in extremis un jeune poète napolitain, Leone Emanuele Bardare, de terminer vite fait le livret. Verdi traverse une période déprimante : il vient de perdre sa mère, et s’épuise en tractations avec les impresarios. Gestation douloureuse, en somme, pour ce chef-d’œuvre lyrique où le compositeur déploie une virtuosité sans exemple, dans une profusion mélodique qui fait évoluer le bel canto de façon spectaculaire. Pour produire, enfin, son Trouvère au Teatro Appolo de Rome, il doit, de surcroît, contourner la censure pinailleuse de la cité pontificale. Mais la première, le 19 janvier 1853, est un triomphe.

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À 170 ans de distance, Il Trovatore reste toujours un sommet absolu.  Ce en dépit des obscurités de son intrigue, qu’on reprochera tant à Verdi ! Le Trouvère a failli s’appeler « La Gitane », ou « Azucena », du nom de la bohémienne animée de pulsions vengeresses, qui est au cœur du drame. L’action se situe dans la province aragonaise, au nord de l’Espagne, au début du XVe siècle.  Le comte de Luna se fait raconter l’histoire de son frère cadet, nouveau-né sur lequel une   bohémienne, accusée de lui avoir jeté un sort, fut mise au bûcher, mais dont la fille, pour venger sa mère, enleva l’enfant, jamais retrouvé ! Second tableau, la dame d’honneur de la princesse d’Aragon, Leonora, confie aimer un trouvère mystérieux, tandis qu’elle est aimée par le Comte de Luna, dans les bras duquel, trompée par l’obscurité, elle tombe en croyant embrasser son Trouvère, le vaillant Manrico, par ailleurs adversaire de Luna dans la guerre civile qui fait rage. S’ensuit un duel entre les deux rivaux. Le second acte nous porte dans un campement gitan, où la vieille Azucena, en tête à tête avec Manrico, raconte comment sa mère à elle, brûlée vive, l’a appelée à la vengeance, comment elle-même a, dans sa confusion mentale, jeté son propre fils au bûcher. Mais alors, Manrico n’est-il pas l’enfant d’Azucena ? Mais pourquoi Manrico s’est-il inexplicablement retenu d’occire Luna ? Leonore, croyant Manrico mort au combat, va entrer au couvent. Luna veut l’enlever, mais elle tombe dans les bras de Manrico, qui surgit bien vivant à la tête de ses partisans, et s’enfuit avec elle. Au 3ème acte, le conte de Luna assiège la forteresse de Castellor défendue par Manrico. On amène la captive Azucena à Luna, laquelle révèle être la mère de Manrico, qui prépare son mariage avec Leonora. L’acte 4 nous apprend que Manrico, prisonnier à son tour, attend le supplice aux côtés d’Azucena. Désespoir de Leonora qui, pour sauver son gitan de la potence, fait mine de s’offrir à Luna, non sans avoir avalé en secret un poison mortel. Manrico a compris le sacrifice de son aimée. Luna, sachant qu’il a perdu Leonora, ordonne d’exécuter illico Manrico. Azucena révèle alors à Luna que Manrico était son frère : la voilà vengée !  On ne saurait faire plus sobre, dans le genre.  

Ce romantisme débridé trouve son expression dans une suite ininterrompue d’arias sublimes, de chœurs magnifiques, de duos à tomber. Créée à Amsterdam en 2015 et entrée l’année suivante à l’Opéra de Paris, cette production, signée du célèbre scénographe barcelonais Alex Ollé, pape de la compagnie La Fura dels Baus, et reprise en 2018, a souffert d’une annulation en 2020 pour cause de pandémie. Cette nouvelle reprise est un événement. Ollé choisit de transposer l’intrigue dans un climat incandescent et crépusculaire où les échos de la Grande guerre s’impriment dans les uniformes vert- de-gris d’une soldatesque casquée à l’allemande, tandis que s’enfonce et surgit du plateau un appareillage de monolithes de pierres – tout à la fois tombales et castrales – savamment douchés d’ombres et de lumières, dans un chromatisme raffiné. L’ineffable beauté plastique de ces perspectives minérales, redoublées en profondeur par un effet réfléchissant, l’intelligence des costumes, tout à la fois évocateurs, réalistes et désancrés d’une histoire trop clairement littérale, trouvent leur contrepoint dans une distribution de très haute volée : à commencer par Anna Pirozzi. 

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En décembre dernier, à l’Opéra-Bastille déjà, la soprano napolitaine avait remplacé au pied levé Anna Netrebko, souffrante, dans La Force du destin.  Anna Pirozzi triomphe décidément dans l’emploi de cette autre « Leonora » : articulation parfaite, timbre voluptueux et habité. Dans le rôle de Manrico, le ténor azerbaïdjanais Yusif Eyvasof (mari d’Anna Netrebko au civil) fait véritablement, et à raison, chavirer le public. La mezzo roumaine Judit Kutasi, pour sa première prestation à l’Opéra de Paris, campe une Azucena vocalement fabuleuse. Le baryton canadien Etienne Dupuis incarne quant à lui un Conte de Luna rageur, d’une exceptionnelle densité. Au pupitre, Carlo Rizzi, qu’on avait vu diriger avec une grâce infinie en avril dernier Cendrillon, de Massenet, et sous la baguette duquel, à présent, les volutes verdiennes prennent une amplitude, une rondeur, une délicatesse remarquables. 

La première s’est achevée dans la liesse, sous un tonnerre d’applaudissements et de bravos. Mérités plus que jamais. De toute évidence, Il Trovatore est LE spectacle lyrique à ne pas manquer, cet hiver, à Paris.        

Il Trovatore/ Le Trouvère. Opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi (1853). Direction Carlo Rizzi. Mise en scène Alex Ollé (La Furia dels Baus).  Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Anna Pirozzi, Quin Kelsey, Judit Kutasi, Yusif Eyvazov… Opéra-Bastille, les  24, 27 janvier, 2, 8, 11, 14, 17 février à 19h30 ; le 5 février à 14h30. Durée : 2h55

Joseph de Maistre et la prévision du malaise moderne

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Dans les couloirs oubliés de la crypte de ceux qu’on ne lit plus, Joseph de Maistre (1753-1821) occupe un prestigieux tombeau. Si la plupart des désenchantés que nous sommes n’ont plus les yeux pour lire les vitupérations de l’auteur savoyard, anti-républicain monarchiste et théocratique, il n’en demeure pas moins que celui-ci a apposé un large sceau à la pensée d’un XIXe siècle en pleine reconstruction intellectuelle, au crépuscule de l’ancienne société.


Ses Considérations sur la France, rédigées en 1797, ne laissent pas de montrer que Maistre fut un visionnaire des prévisibles béances de la modernité, et un fieffé écorcheur, un infatigable bourreau de l’esprit d’un XVIIIe siècle pédantesquement qualifié de lumineux. Comme le soulignaient Emil Cioran ou Roland Barthes, sa lecture peut être motivée par un plaisir dilettante plutôt que par une quelconque adhésion, tant ses énoncés peuvent heurter la craintive sensibilité d’une époque qui oublie de penser, tout comme par la curiosité intellectuelle de découvrir celui qui fut, notamment, le maître à penser de Charles Baudelaire.

Critique anthropo-théologique de l’idéal émancipateur des Lumières

Pour lui et nombre d’antimodernes après lui, les individus sont surdéterminés par le péché originel, et un mal inhérent transcende une société inguérissable, que tentent de canaliser l’ordre politique et la religion. Sans la civilisation, qui n’est rien d’autre que le dressage des natures, l’homme n’est pas le «bon sauvage» que Rousseau se plaît à imaginer dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Il est au contraire une créature inféodée par ses appétits, sa volonté de puissance et de conquête. Bien loin des fantasmagories que la littérature de son époque répand, Maistre voit en général dans l’œuvre de Rousseau et de Voltaire les conditions théoriques de la Terreur, que la Révolution ne manquera pas d’incarner dans la brutalité de l’acculturation républicaine.

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Sans se limiter à une critique superficielle des prétendus errements de la politique révolutionnaire, ainsi que le font les historiens qui s’acharnent à l’excuser, Maistre soutient que le XVIIIe siècle est en soi une errance, et que ses idées abritent « un esprit d’insurrection », que ne cesseront pas d’alimenter l’effritement du lien social, l’abolition des corporations, des privilèges et des lois fondamentales du Royaume. Penseur de la violence, il écrit : « l’histoire prouve malheureusement que la guerre est l’état habituel du genre humain », et cet état de fait, qu’il déplore, trouve sa source dans la nature peccamineuse de l’Homme, n’en déplaise aux promoteurs de la raison individuelle, qui est pour lui une plaisante coquecigrue.

Dénonciation des chimères du droit moderne et du constitutionnalisme

Face à un ordre socio-institutionnel façonné par la traversée des âges et le consentement coutumier des gouvernés, ce que Maistre dénonce comme étant une « manie constitutionnelle » – c’est à dire la doctrine selon laquelle la constitution d’un peuple peut être écrite et fixée dans un texte – n’apportera que discorde et instabilité. L’histoire lui donne raison, la France ayant connu pas moins d’une douzaine d’ordonnancements constitutionnels entre la Constitution du 3 septembre 1791 et le passage à la Troisième République le 4 septembre 1870, ce à quoi l’on peut pourtant répondre que le Moyen-Age et la centralisation du pouvoir royal ne sont pas avares en guerres civiles et en bouleversements politiques. Il note dans son Essai sur le principe générateur des constitutions politiques et des autres institutions humaines (1814) que « plus on écrit, plus l’institution est faible », avant d’asséner plus loin que « tout ce qui est écrit n’est rien ». En d’autres termes, tout ce que la Révolution a contribué à détricoter, elle a cherché à le rétablir par l’appui de chétifs succédanés, que sont les lois, toujours plus nombreuses, et les constitutions, toujours moins authentiques.

Sur le temps long, Maistre nous amène à observer que la modernité allait inexorablement faire péricliter les bases de la société, et que l’individualisme, dans ces infâmes mécaniques, allait broyer le ciment social, comme le désenchantement du monde trouverait son incarnation institutionnelle dans la laïcité. Tous les reniements que le monde moderne a infligés à la vieille société, Maistre en apercevait les prodromes dans les écrits licencieux de son siècle, qu’au demeurant il connaissait parfaitement, et dont il adoptait souvent les méthodes pour mieux en révéler leurs extravagances. Ces signes annonciateurs ont quitté la sphère des livres, par le coup d’État parlementaire qui eut lieu le 17 juin 1789, lorsque le Tiers-Etat s’est déclaré motu proprio « Assemblée nationale ». Cette étape charnière, ce point axial de l’histoire de France, était pour Maistre un acte d’une haute gravité. « Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terribles » déclare-t-il à l’égard des attaques perpétrées contre le pouvoir royal. Les suites meurtrières de la République et de l’Empire sont pour lui causées par ces crimes, et il retient que « toute nation a le gouvernement qu’elle mérite », et non pas celui qu’elle prétend s’assigner.

Le dédain qu’appliquaient les révolutionnaires à l’égard de la chrétienté était pour lui impardonnable, et il résumait sa position en formulant que « le principe religieux préside à toutes les créations politiques, tout disparaît dès qu’il se retire ». Cependant, le reproche principal que l’on pourrait objecter à cette assertion est que Maistre se contente, ici comme ailleurs, d’une réfutation des thèses modernes qu’il raille en les qualifiant d’illusions, en se fondant lui-même presque exclusivement sur le registre religieux, circonstance qui ne manquera pas d’embarrasser le sceptique, aussi critique soit-il des idées révolutionnaires…

Une lecture providentialiste de la Révolution

L’incontournable Sainte-Beuve, à l’occasion d’une étude qu’il rédigeait à propos des écrits maistriens en 1851, présente les Considérations sur la France comme un « ouvrage étonnant », soulignant ses « saillies perpétuelles ». Joseph de Maistre assimile la Révolution française, l’écroulement du Royaume, et le sang versé à flots à une œuvre de la Providence. La sanction terrifiante d’une main supernelle détruisant tout pour régénérer, et promettre le redressement d’un tissu social décadent et d’une aristocratie corrompue par sa frivolité immodérée. « Si la Providence efface, c’est sans doute pour écrire » résume-t-il.

A lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: En ce 21 janvier…

La Révolution, par l’effet de laquelle tout s’envole, où les pierres amoncelées des édifices en ruine brillent du sang des victimes, est pour lui une manifestation de la divinité, ayant pour finalité le rétablissement de la monarchie et la reviviscence de la piété et des institutions. En confrontant la France à l’anarchie, en la livrant à la guerre civile et au spectacle de toutes les obscénités, celle-ci redeviendra fidèle à la royauté, éprise d’un amour augmenté par la privation punitive dont elle a été affligée. Pour l’auteur, s’inscrivant au moins sur ce point dans l’héritage de l’Antiquité, il y a un cosmos, un « ordre commun » qui réglerait le monde naturel, moral et politique, souffrant épisodiquement des « exceptions ». La Révolution ne serait qu’une soustraction ponctuelle à cet ordre commun. Aussi pour l’auteur, il ne fait point de doute qu’une Restauration surviendra. Elle allait advenir durant l’été 1814, 17 ans après l’écriture de ces Considérations, date que l’auteur qualifia de « grande explosion », dans la mesure où dès cet instant il passa pour un penseur prophétique et admiré.

Durant cet intervalle, Maistre mena une vie singulière. Il quitta la noblesse de robe et la magistrature pour préférer le loisir des lettres, et préféra se consacrer à l’étude des textes classiques, sans oublier bien sûr les égéries des Lumières. Alors ambassadeur depuis 1802 du Royaume de Sardaigne à Saint-Pétersbourg, Maistre a vécu 11 ans séparé de sa famille, sans que lui fût accordé le droit de les recevoir. En renfort d’une œuvre purement intellectuelle frappante de causticité, Maistre nous a légué une correspondance mouchetée de mélancolie. Ces échanges épistolaires sont pour lui l’occasion de confier qu’il vit le plus souvent retranché dans son cabinet de lecture, et que ses rédactions sont quelquefois interrompues par l’irrésistible écoulement des larmes que lui causent la tournure de l’histoire, et notamment l’épopée de Napoléon, qu’il qualifiait comme nombre de royalistes « d’usurpateur ». Dans le premier entretien de ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821), il écrit : « je n’ai plus de droit à ce qu’on appelle vulgairement bonheur ».

En somme, qui entreprend de retracer la genèse du malaise moderne voire des intarissables folies que nous offre l’actualité, ne peut s’abstraire de l’œuvre maistrienne qui, aussi dissonante qu’elle soit pour nos oreilles, a influencé la pensée d’êtres aussi divers que Lamennais, Taine, Comte, Renan ou encore Proudhon. Sa verve étincelante, tout comme ses écrits marqués à l’encre de l’amertume, font de lui un penseur à part, refusant les systèmes, et foudroyant les idées reçues de son époque, celle pourtant qui s’était jurée de les combattre toutes. Dressé contre un siècle qui allait enfouir le vieux monde dans la suie de l’aliénation industrielle et le néant du matérialisme, Joseph de Maistre restera, selon la formule de Léon Bloy, celui à qui revient le triste honneur d’avoir « prononcé l’oraison funèbre de l’Europe civilisée ».

Retour de Sarajevo

À l’invitation du président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, nous nous sommes rendus les 8 et 9 janvier derniers, au lendemain de la célébration de Noël orthodoxe, aux cérémonies de la fête nationale de cette entité serbe de Bosnie-Herzégovine, fondée il y a 31 ans (le 9 janvier 1992), et placée depuis les Accords de Dayton sous la tutelle de l’Union Européenne.


Les Accords de Dayton, conduits par le département d’État américain et l’OTAN, visent depuis le 21 novembre 1995 à diriger la Bosnie-Herzégovine sur la voie de son entière intégration dans les institutions occidentales.  

Nos expériences initiales de ce pays ont en commun d’être celles de deux officiers de l’armée française, engagés, pour l’un, Patrick Barriot, sous le drapeau de l’ONU comme casque bleu en Krajina dès 1994, en tant que médecin anesthésiste-réanimateur de l’antenne chirurgicale du bataillon français, pour l’autre, Jacques Hogard, en tant que chef du groupement des forces spéciales déployé sous pavillon de l’OTAN en Macédoine puis au Kosovo en 1999.

Deux expériences à l’évidence très différentes à beaucoup d’égards, mais qui, toutes deux, ont marqué nos vies, nous conduisant à en modifier le cours radicalement, en nous amenant à quelques années d’écart à quitter cette armée française que nous aimions et considérons toujours comme notre famille, et à rejoindre la vie civile.

Nous en avons tiré chacun un maître-ouvrage : On assassine un peuple, les Serbes de Krajina en 1995 pour Patrick Barriot, L’Europe est morte à Pristina, guerre au Kosovo – printemps, été 1999 pour Jacques Hogard, en 2014. Ouvrages dans lesquels nous avons mis toute notre âme, tout notre cœur pour dire, pour raconter aux Français qui voudraient bien nous lire, ce que nous avions vécu  chacun sur le terrain, dans des circonstances tragiques qui nous ont marqués pour le restant de nos jours. 

A l’époque des faits, nous ne nous connaissions pas. Ce n’est que des années plus tard, en 2003, que nous ferons connaissance et qu’en dépit de leurs différences, les analogies entre nos expériences vécues nous seront alors évidentes et que nous deviendrons des amis très proches. Au point naturellement de poursuivre ensemble depuis lors notre quête de vérité sur la dislocation de la Yougoslavie et le cortège de drames sans fins qui l’ont accompagnée. 

Nous avions vécu en direct en effet, chacun dans une région différente, la diabolisation du peuple serbe, son ostracisation par la « communauté internationale » et la volonté, notamment de l’OTAN et de l’UE (« les deux faces d’une même pièce », pour reprendre l’expression sans ambiguïté de l’actuel secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg) de l’accabler, de l’affaiblir, de le fractionner en plusieurs entités à la faveur du démantèlement de la Yougoslavie, cette République fédérale d’obédience communiste ayant succédé en 1945 au Royaume de Yougoslavie, initialement dénommé « Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes ». 

Depuis lors, outre les ouvrages cités, et quelques autres, articles, conférences, nous avions tenu à manifester notre volonté de contribuer au rétablissement de la vérité, au nom de la justice qui lui est dû et du maintien, à notre modeste niveau, de cette très ancienne amitié franco-serbe qui remonte au Moyen-Âge, à la princesse Hélène d’Anjou, épouse du Roi Uros, canonisée par l’église orthodoxe, à la bataille de Kosovo Poljé (1389) et à Notre-Dame-de-Paris dont les cloches annoncèrent successivement la victoire de la chevalerie serbe et chrétienne sur l’envahisseur turc, puis hélas sa défaite, et puis bien sûr, plus près de nous, lors des deux guerres mondiales où nous combattirent côte à côte, fraternellement, l’ennemi allemand. 

Il nous était en effet apparu que la fidélité à cette alliance répondait aux intérêts véritables de la France, mais aussi, qu’au-delà de cette alliance, il existait un véritable devoir d’honneur et de fidélité à l’amitié franco-serbe, scellée par le sang versé en commun au cours de la Grande Guerre. Une alliance dure ce qu’elle dure. En fonction des seuls intérêts de ceux qui l’ont établie. Une amitié, elle, est scellée pour toujours.

C’est dans cet esprit que nous avons répondu à l’invitation les 8 et 9 janvier du président de la « Republika Srpska ».  

Au moment où les tensions internationales dues au conflit en Ukraine occupent tous les esprits, mais où on parle aussi beaucoup des fortes tensions entre la Serbie et le pouvoir de fait mis en place par l’OTAN et l’UE dans sa province du Kosovo, en violation de la Résolution 1244 de l’ONU, nous voulions saisir l’opportunité de cette invitation pour venir assurer les Serbes de notre solidarité dans cette partie de l’ex-Yougoslavie marquée par tant d’épreuves. L’accueil chaleureux qui nous a été réservé a connu un point d’orgue par la remise le dimanche 9 janvier de la légion d’honneur nationale des mains du président Dodik devant une assemblée nombreuse représentant toutes les composantes sociales et professionnelles de la Republika Srpska.

Auparavant, nous avions assisté tôt dans la matinée, dans la cathédrale de Banja Luka, à une magnifique cérémonie dominicale, de celles qui, par la beauté de la liturgie et le sens du sacré qui s’en dégage, élèvent l’âme et transcendent la nature humaine.

L’après-midi, un meeting impressionnant réunissait quelques milliers de personnes au « Sports Center Borik » de Banja Luka, alternant discours très politiques, notamment du président Dodik et du nouveau président de l’Assemblée nationale serbe, mais aussi morceaux de musiques, poèmes et films de rétrospective historique, relatant la douloureuse épopée des Serbes au cours de l’histoire.

Tout comme le matin, au cours de la cérémonie de remise des décorations, nous avons été frappés par le fait que le drapeau de la Republika Srpska et son hymne, étaient systématiquement associés au drapeau et à l’hymne de la République de Serbie, envoyant ainsi un message très clair à tous. De fait, lorsque nous le verrons au cours d’un entretien le lendemain à Sarajevo, le président Dodik ne nous cachera pas que 96% des Serbes de Bosnie-Herzégovine vivant désormais pour leur sécurité sur le territoire de la Republika Srpska, ils sont fondés légitimement à choisir leur avenir politique, et à rejoindre la Serbie si telle est leur volonté. Le principe d’autodétermination des peuples, en somme, opposé à celui des frontières d’Etats artificiels issus d’une époque révolue.

A Sarajevo, nous avons été frappés par la renaissance à Sarajevo-Est d’un quartier serbe moderne. C’est là, non loin de l’aéroport international, que s’est déroulée la parade, à la fois populaire et militaire, de la Fête nationale. Une foule très nombreuse y assistait, arborant drapeaux de la Republika Srpska et drapeaux de la République de Serbie. Plus qu’une « démonstration de force », il s’agissait à l’évidence d’une volonté farouche d’affirmer une détermination totale : celle d’assurer la paix, la liberté et la sécurité aux générations à venir, dans le refus de l’abandon des valeurs et des traditions.

Cette fête nationale, dont la célébration était contestée à la fois par la Cour suprême de Bosnie-Herégovine, la Fédération croato-musulmane et le haut-commissaire allemand nommé par l’Union Européenne (mais non reconnu par l’ONU), a pourtant un sens profond pour les Serbes de Bosnie-Herzégovine, et pour la nation serbe toute entière. Elle commémore en effet sept siècles de célébration de Saint Etienne, saint Patron des « Serbes de la Bosnie, du Littoral, des pays de l’Ouest et du Sud, du bassin de la Drina et d’autres », selon les termes de la Charte donnée aux habitants de Dubrovnik en 1362 par le roi Etienne Trvtko 1er Kotromanić.

Dans la louange qu’il fait à Saint Etienne, prononcée dans l’esprit de la culture judéo-chrétienne qui sous-tend la civilisation européenne, le souverain de la Bosnie médiévale professe à la fois des valeurs civilisationnelles, mais également les valeurs héritées par la société et l’Etat qu’il dirige. Cette identité religieuse et culturelle qui existait sur les terres serbes subit au quinzième siècle l’agression des troupes ottomanes puis l’occupation ottomane pendant quatre siècles.

C’est alors que, selon le grand poète et philosophe monténégrin Petar II Petrović-Njegos, « les lâches et les cupides se convertirent à l’islam ». Néanmoins, nombreux furent ceux qui, au prix de lourds sacrifices et de grandes souffrances, restèrent fidèles à leur foi chrétienne. Plus tard, libérés entre temps du joug ottoman, les Serbes se retrouvèrent confrontés au cours du XXème siècle, à de véritables tentatives d’anéantissement de leur identité culturelle et religieuse. Il faut à cet égard relire La crevasse, bouleversant ouvrage de Vladimir Volkoff.

Un intellectuel serbe, Dusan Pavlović, cite cette phrase du général allemand Löhr qui au cours de son procès en 1947 explique ainsi la raison pour laquelle la Bibliothèque nationale de Serbie a été bombardée : « parce qu’elle conservait l’ADN culturel et multiséculaire de ce peuple ». Il rappelle également les atrocités génocidaires de l’Etat Indépendant de Croatie durant la Seconde Guerre mondiale, visant à éliminer à jamais le peuple serbe de Bosnie avec son Eglise orthodoxe et sa culture.

Au sein de la Yougoslavie communiste, les Serbes furent à nouveau confrontés au déni de leur identité culturelle et religieuse. Le président Tito joua la carte systématique du démembrement de la nation serbe. Puis avec l’éclatement de la Yougoslavie de Tito, les fantômes du passé ont réinvesti la scène. Au début des années 90, les génocidaires oustachis ont été glorifiés et leurs emblèmes exhibés en Croatie. Et à la faveur du soutien américain aux Bosniaques, ce sont les unités de musulmans bosniaques ayant participé au génocide perpétré par les Oustachis, notamment la division SS Handschar, qui ont enflammé les mémoires. S’ensuivit une guerre atroce qui prit fin avec les Accords de Dayton. La « Republika Srpska », autrement dit la République serbe de Bosnie, sera alors créée, avec pour vocation première de regrouper et d’assurer la sécurité des Serbes de Bosnie.

Pour reprendre les termes de Dusan Pavlović, déjà cité, « en créant la République Serbe, nous avons défendu notre civilisation et son système de valeurs en le payant de nos têtes coupées, plusieurs décennies avant que le reste de l’Europe ne soit confronté au même problème. Nous poursuivons notre marche historique en portant le flambeau de nos ancêtres, en préservant notre identité culturelle, et en poursuivant son édification, et nous témoignons que le mal et la destruction n’ont pas vaincu, mais que l’affirmation de la vie et les valeurs universelles ont survécu et qu’elles perdureront ».

Quittant Banja Luka pour rejoindre Zagreb et rentrer en France après ces trois journées intenses en République serbe de Bosnie, nous avons fait un détour par Jasenovać, ce camp de la mort, situé sur les rives de la Save, « l’Auschwitz des Balkans » où furent massacrés dans d’atroces conditions par le régime oustachi croate des centaines de milliers de Serbes, de Juifs et de Roms. Un film remarquable vient de sortir récemment, « Dara de Jasenovać ».


Il faut absolument aller le voir ! D’abord parce que ce film magnifique nous a fait franchir une étape supérieure qui est celle au bout du compte, de l’humanité victorieuse ! « Dara de Jasenovac » est  un film dur, certes, mais juste, sobre, qui dénonce la barbarie de l’homme soi-disant civilisé, que l’idéologie a définitivement perverti, mais qui nous laisse aussi une extraordinaire leçon d’espérance, incarnée par le visage grave de cette toute jeune fille serbe, qui sauve son petit frère envers et contre tout. Mais il faut également aller le voir car ce film est une fresque de ce qui constitue une part essentielle de l’histoire moderne des Balkans. Il permet de mieux comprendre hélas comme le prouvent des évènements plus récents, que l’histoire des hommes n’en finit pas de se répéter et que celle-ci ne supporte pas le manichéisme.

C’est donc pour remplir un double devoir de justice et de fidélité, fidélité à l’Europe chrétienne des nations, et fidélité à l’amitié séculaire franco-serbe, définitivement scellée par le sang versé dans les combats contre l’ennemi commun lors de la Grande Guerre, que nous avons entrepris de venir souhaiter une « bonne et belle fête de Saint Etienne » aux Serbes de Bosnie-Herzégovine.

L'Europe est morte à Pristina

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La crevasse

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Patrick Barriot est médecin anesthésiste-réanimateur, ex-médecin en chef de l’armée de terre où il a servi durant 21 ans (1973-1995), dont une grande partie à la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), puis au 6ème Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (RPIMa) et en Antenne Chirurgicale Avancée (ACA) en ex-Yougoslavie. Il a terminé sa carrière en tant que médecin chef des Unités d’Intervention de la Sécurité Civile (UISC). Il a écrit deux livres sur l’ex-Yougoslavie : « On assassine un peuple – Les Serbes de Krajina » et « Le Procès Milošević ou l’inculpation du Peuple serbe ».

Jacques Hogard est ex colonel de l’armée de terre où il a servi durant 26 ans (1974-2000), dont une grande partie à la Légion Etrangère (notamment comme commandant de compagnie au 2ème REP, puis commandant du Groupement de Légion Etrangère au Rwanda (opération Turquoise, 1994) ; il termine sa carrière au Commandement des Opérations Spéciales et commande le Groupement Interarmées des Forces Spéciales au Kosovo (1999) avant de quitter l’armée. Il a écrit deux livres : sur son expérience au Rwanda, « les larmes de l’Honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, été 1994 », et sur son expérience au Kosovo « L’Europe est morte à Pristina, guerre au Kosovo, printemps-été 1999 ».

«La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie»

Pour le publicitaire à l’origine des mythiques campagnes Citroën depuis un demi-siècle, la voiture est un membre de la famille et une éternelle histoire d’amour. À l’occasion du dossier de Causeur de janvier, « Arrêtez d’emmerder les automobilistes », il s’entretient avec la patronne.


Causeur. Votre vie d’homme et de publicitaire épouse largement l’histoire de la voiture.

Jacques Séguéla. J’ai fait deux grands mariages, à la vie à la mort : avec mon épouse Sophie et avec Citroën.

Jacques Séguéla à 20 ans, lors de son tour du monde en 2CV. D.R

Ça commence lorsqu’à 20 ans, en 1954, vous partez faire le tour du monde en 2 CV avec votre ami Jean-Claude.

J’ai beaucoup de reconnaissance pour mes parents qui ont pris sur eux pour laisser partir leur fils unique. Il faut dire que mon père, radiologue, était aussi un bourlingueur. C’est lui qui m’a offert une « deuche », ce mythe libertaire sur quatre roues. J’ai décidé de suivre son conseil d’aller « frotter ma cervelle à celle des autres peuples ». Ça a duré deux ans, nous avons traversé huit déserts. Quand on arrivait dans une ville, on n’allait pas voir les musées, on cherchait du boulot pour continuer. Aujourd’hui, on aurait un hélico au-dessus de nous, des GPS, des téléphones. À l’époque, on avait une boussole. On n’aurait jamais pu faire ça avec une autre voiture, à notre première panne on serait restés bloqués. Une 2 CV, on pouvait la soulever, la tirer, la pousser. Le livre qu’on a écrit, sur les instances de Citroën, a été un best-seller. Ma vie a été transformée par la 2 CV.

Dans votre livre, vous racontez de délicieuses péripéties, comme « l’anti tape-cul », une pub pour l’Ami refusée, ou le crash test avec Claudia Schiffer. Mais arrêtons-nous sur le blasphème Picasso.

En 1981, le patron de Citroën me parle d’un modèle qu’il va lancer, qui, me dit-il, n’a rien de spécial. Et il me lâche un nom à dormir debout. J’avais quarante-huit heures pour en proposer un nouveau, car il était gravé sur les moteurs. Par chance, je déjeunais avec le petit-fils Picasso et je suis parvenu à le convaincre qu’on ferait un tabac avec son nom. J’achète une pleine page dans Le Figaro, on voyait le peintre avec sa marinière et un petit garçon qui disait, de son écriture enfantine : « Dis maman, pourquoi le monsieur, il s’appelle comme une voiture ? » Scandale, engueulade, retrait de la pub. N’empêche, on a fait un tabac et la voiture a duré dix ans. Si j’avais appelé Picasso une machine à laver, j’aurais été en taule !

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Pourquoi était-ce possible avec une voiture ?

Parce que c’est le seul objet de consommation qui possède une âme ! C’est un membre de la famille qui vient juste après le chien. En vacances, j’aime laver ma voiture moi-même, vous m’imaginez laver le téléviseur ? Malgré toutes les attaques dont elle est l’objet, la voiture reste un objet de désir, l’achat le plus important après la maison, même si le crédit a tout changé heureusement. D’ailleurs, avec les montres, elle est l’objet le plus collectionné. La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie : le design est sublime, mais à l’intérieur, c’est du bas de gamme. Seulement, il y a cet écran géant qui ne sert pas à grand-chose mais qui fait la différence. Et alors qu’elle vaut deux fois son prix, et qu’il n’y a aucune pub, c’est un énorme succès. Aujourd’hui, c’est un marché très malmené par les décisions politiques, parce qu’on lui fait porter tous les maux de la planète, à cette pauvre auto qui n’y est pas pour grand-chose. Mais qu’on le veuille ou non, la voiture, c’est la liberté et ça reste une histoire d’amour.

90 ans d’amour, de Jacques Séguéla, éd. Plon, 272 p., 2022

Martinique: le drapeau de la discorde

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Le projet de changer le drapeau de l’île est sur le point d’aboutir, après de nombreuses polémiques. Découvrez le drapeau qui devrait être retenu…


Appelés récemment à participer à une consultation populaire organisée par la Collectivité territoriale de la Martinique (CTM), une majorité d’habitants ont voté pour un changement du drapeau actuel jugé trop colonial aux yeux de certaines associations. Une affaire qui divise profondément ce département français d’Outre-mer et dans laquelle était directement intervenu le président Emmanuel Macron…

L’idée était pourtant bonne au départ. Avant qu’elle ne tourne finalement au vinaigre. En 2018, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) fait part de sa décision d’organiser une consultation populaire afin qu’un nouveau drapeau soit adopté pour que l’île puisse se faire identifier lors de certaines compétitions sportives ou culturelles.

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Très rapidement, cette proposition a tourné à la polémique. Plusieurs élus ont protesté contre cette volonté de la CTM d’abolir le drapeau officiel à la croix-blanche et bleue, orné de quatre serpents fer de lance, qui sert de symbole à cette île des Caraïbes depuis le XVIIe siècle. « Poser la question du drapeau revient à poser la question de la souveraineté. L’hymne et le drapeau sont des attributs d’une nation. Si l’on veut qu’il y ait une nation martiniquaise, qu’on le dise franchement » avait alors déclaré Fred-Michel Tirault, maire de la ville de Saint-Esprit. Dans la foulée, diverses associations s’étaient engouffrées dans l’affaire pour dénoncer ce drapeau, témoin du passé esclavagiste de la France en Martinique (il était notamment arboré sur les navires négriers), imaginé par Louis XIV lui-même. Face aux débats houleux menaçant de dégénérer en affrontements, la CTM avait été contrainte de mettre en suspens son projet.

Cédant aux demandes du Mouvement international des réparations et du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France, qui avait déposé plainte contre la présence de ce symbole « raciste » au sein de la République, dans un souci d’apaisement, le président Emmanuel Macron avait consenti à faire retirer l’écusson martiniquais controversé des uniformes des gendarmes représentant l’État dans ce département d’Outre-mer. Pour les mouvements indépendantistes, seul le drapeau tricolore rouge (la vie et à la liberté) – vert (nature) – noir (« qui rend hommage à tous ceux qui ont été bafoués») doit être arboré en Martinique. Inventé par Victor Lessort, un militant de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM), il a fait son apparition en 1962 et est régulièrement mis en avant lors de manifestations anti-gouvernementales ou lors de grèves. Quand il n’est pas hissé en guise de provocations sur le fronton des mairies (comme en 2019, à Fort de France) ! Le choix de ses couleurs est loin d’être anodin. Selon les indépendantistes, le drapeau trouverait son origine première dans les révoltes esclavagistes fomentées par les « neg’ marrons » contre les planteurs blancs Békés et reste une référence aux thèses panafricaines. Chantre de la négritude (un mouvement littéraire), le poète anticolonialiste Aimée Césaire avait eu droit à ce drapeau sur son cercueil en 2008, agité sans complexe par le Parti progressiste martiniquais (PPM) qu’il a fondé.

Le 28 juillet 2022, la CTM a ressorti son projet (l’année précédente, une tentative similaire avait été annulée par la justice administrative) et a appelé les Martiniquais à se prononcer sur le sujet et sur un nouvel hymne officiel. Exit l’actuel drapeau « colonialiste », plusieurs dérivés du fameux tricolore rouge-vert-noir ont été présentés aux habitants de l’île. Mais, encore une fois, les polémiques ont ressurgi. Notamment lorsqu’on a découvert que le vote virtuel permettait toutes les fraudes possibles. La plateforme choisie pour recueillir les votes a été vite suspendue, à peine 24 heures après sa mise en ligne, le 2 janvier 2023, afin d’être mieux sécurisée. 27 000 personnes ont participé au scrutin participatif (sur une population recensée de 360 000 personnes) et 73% d’entre-deux ont choisi le fameux drapeau indépendantiste auquel on a rajouté une silhouette de colibri noir. Mais la contestation continue. Selon les détracteurs, la créatrice du nouveau drapeau, Anaïs Delwaulle, aurait plagié un logo que l’on peut voir sur la banque d’images en ligne Shutterstock ! Cette accusation est fermement démentie par l’intéressée, qui s’en est longuement expliqué dans un droit de réponse publié dans la presse locale.

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Peu commenté par les médias de l’hexagone, ce changement est pourtant loin d’être anodin et soulève des questions. Il intervient alors que certains sur l’île songent à revoir les relations avec la métropole et à obtenir plus d’autonomie (à l’instar de la Nouvelle-Calédonie), à défaut l’indépendance totale. Une idée que réfute néanmoins Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique qui explique à qui veut l’entendre que la Martinique ne souhaite « pas sortir de la République mais qu’on lui permette d’y vivre dignement ». Un combat idéologique ne fait que commencer, dans une île où l’économie est encore aux mains de la minorité blanche de Martinique. Des « Békés » qui restent encore parfois considérés comme des colons métropolitains par les associations indépendantistes proches du mouvement Black Lives Matter (BLM)…

Le drapeau retenu D.R.

Immigration subsaharienne: un enjeu de Paris à Casablanca, en passant par Callac et Lampedusa


Les flux migratoires en provenance d’Afrique sont, comme nous le savons bien, l’un des grands enjeux du siècle à venir pour le continent européen. En revanche, nous ignorons que le phénomène s’est déplacé vers le sud et l’est.

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Bien sûr, le cas de la Libye est scruté depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi, mais il ne s’agit que d’un pays de transit. A contrario, des puissances régionales renaissantes à proximité de zones de départs, telles que la Turquie et le Maroc, sont actuellement des pays d’émigration mais aussi d’immigration, souffrant des maux qui nous affligent depuis longtemps : expatriation d’une partie de la jeunesse diplômée et arrivées importantes de réfugiés, ou de personnes se réclamant du statut.

D’autres pays, tels que le Nigéria ou l’Afrique-du-Sud, sont pareillement devenus des terres d’accueil.  Comme l’explique Sylvie Bredeloup dans son article Migrations intra-africaines : changer de focale pour la revue Politique Africaine ; « Les migrations africaines ont été principalement étudiées sous l’angle des départs vers l’Occident: d’abord attirer les travailleurs quand la main-d’œuvre européenne devenait insuffisante puis freiner les flux d’immigration dans un contexte post-fordiste ». L’auteur ajoute, lucide, que la « forte empathie de chercheurs européens à l’endroit des migrants, sous-tendue par leur implication militante, semble les avoir empêchés, un temps, d’objectiver la dimension individuelle du projet migratoire et d’apprécier comment elle pouvait se conjuguer aux stratégies collectives, familiales ou villageoises ».

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Cette vue étroite de militants se targuant de l’objectivité scientifique nous empêche de jauger le phénomène dans toute sa complexité et de le combattre correctement, y compris en Afrique où les migrations intracontinentales représentent environ 70% du total des exils. Evidemment, en Europe comme en Afrique, les « migrants » se jouent souvent des lois et choisissent des pays plus riches pour s’installer, dans lesquels ils finissent par reconstituer une communauté nationale à petite échelle, profitant de la solidarité de leurs compatriotes. Cet exode massif n’est pas sans conséquences pour les pays d’accueil et leurs habitants.

À Casablanca, les locaux ont peur de sortir la nuit

Dans une petite vidéo diffusée par Pierre Sautarel qui a fait grand bruit en France comme au Maroc, on peut ainsi voir les habitants de Casablanca confier leur désarroi quant aux conséquences de l’arrivée de milliers de migrants subsahariens. Un homme déclare notamment que les nouveaux arrivants provoquent une telle insécurité qu’il devient difficile aux locaux de circuler la nuit et même d’accéder paisiblement à leur domicile personnel : « Ils t’encerclent à quatre ou cinq, c’est exagéré ». Excédés, les Casablancais ont donc décidé de manifester en demandant l’expulsion des indésirables. De quoi rappeler des scènes déjà vues en France un peu partout, singulièrement dans notre capitale.

De fait, si l’on parle beaucoup de l’émigration de Marocains à destination de l’Europe, on oublie que le royaume est aussi un pays qui reçoit de l’immigration non seulement de transit mais aussi de migrants qui s’installent au long cours, parfois dans l’espoir de pouvoir rallier plus tard l’Europe en traversant le détroit de Gibraltar ou en passant par les enclaves de Ceuta et Melilla. Il s’agit donc d’une passerelle stratégique d’une importance capitale pour l’ouest de l’Europe, de la même manière que la Turquie l’est pour la Méditerranée orientale.

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Il est évident que cette question ne pourra être traitée sans lutter contre les mafias qui profitent de la misère et encouragent les candidats à l’exil sur la base de fausses promesses. Chaque pays doit pouvoir souverainement contrôler qui entre et qui sort de son territoire, en choisissant les individus qui peuvent s’adapter à la culture et à l’économie locales. Malheureusement, l’immigration est maintenant un phénomène subi et instrumentalisé, tant par des idéologues d’extrême-gauche qui entendent casser le principe même des frontières que par des criminels qui ne sont intéressés que par le profit qu’ils peuvent en tirer. Les premiers mettent d’ailleurs en place un environnement favorable au développement des seconds.

Des donneurs de leçons sans frontières

Quand des pays prennent les mesures qui s’imposent pour décourager l’immigration illégale, ils sont visés par des attaques d’associations et d’ONG qui ont un agenda politique en tête. Exactement les mêmes qui ont voulu installer des migrants à Callac, petit village breton qui n’en demandait pas tant, afin de « redynamiser » cet espace rural. Pourquoi les instigateurs du phénomène n’ont-ils pas eux-mêmes quitté New York et Paris ? Il est trop facile de faire la leçon aux peuples prospères et à ceux qui aspirent à la prospérité sur leur supposé « manque de générosité ». Ce sont pourtant ces pays qui voient leur jeunesse s’exporter en Amérique du Nord ou en Australie, pendant que nous devons accueillir des migrants non qualifiés, venant parfois chargés de casiers criminels ou de traumatismes majeurs.

Que trouveront-ils à Casablanca ou à Paris ? Rien. Très majoritairement masculins, ces migrants finiront par errer et s’abandonner à une misère bien plus grande que celle qui était leur quotidien chez eux. Manipulés et dupés par des marchands de rêve, ils rencontrent en bout de chemin les marchands de drogue et de mort. La lutte contre l’immigration subie est donc un sujet qui concerne tous les pays qui veulent rester souverains et conserver leur identité, c’est ensemble qu’ils y mettront un terme.

Féministes: arrêtez de castrer nos mecs!

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Quand les féministes veulent la peau des hommes!


Et des femmes par la même occasion ! Cette pseudo égalité des sexes finit par être un problème sociétal. Que les femmes aient les mêmes droits que les hommes et les mêmes salaires, on est d’accord. Mais indéfiniment vouloir réduire les différences à des conséquences déplorables sur nos comportements et le bonheur des unes et des autres?

Certes, les femmes ont été dominées par les hommes depuis… que le monde existe ! Faut-il pour autant « venger sa race » comme le revendique notre prix Nobel de littérature Annie Ernaux ? Certes, il faut rétablir la situation, mais occupons-nous d’abord et surtout des dernières esclaves de l’humanité que l’on cache à nos yeux en les voilant dans des pays en guerre idéologique et religieuse. Iran, Pakistan…

Vers l’indifférenciation

Mais stop à ce féminisme qui relève plus d’une idéologie anti-masculine. Et arrêtons de penser que toutes les femmes sont battues, car cela nuit à celles qui le sont vraiment.

A relire, du même auteur: J’aime les hommes…

Pour soi-disant remédier une bonne fois pour toutes à ce qu’on appelle les “violences sexistes et sexuelles”, il faudrait désormais indistinctement considérer les femmes et les hommes en toute circonstance, ne plus les différencier. Le gout du nivellement n’est pas que professionnel, il est sociétal. Or, les hommes ont une force physique que n’auront jamais les femmes, ils n’aiment pas les mêmes choses, ils n’ont pas les mêmes instincts, pas la même forme d’amitié ou même parfois d’amour, et ils n’ont pas envie, ne vous en déplaise, de faire forcément les mêmes métiers etc. Et c’est tant mieux ! On sait bien tout ça, mais on est obligé de le redire, tant que cela sera nié par nos ultras féministes aux grands cœurs… haineux ! Laisse tomber chéri, je te laisse ton barbecue.

Sandrine Rousseau à Poitiers, 20 août 2021 © NOSSANT/HARSIN ISABELLE/SIPA

Je ne suis pas forcément d’accord sur le fait que les filles doivent absolument jouer au foot. Et si elles préfèrent les tutus ? Les hommes sont priés de se mettre à la couture, d’accoucher en même temps que leur femme : si certaines peuvent se satisfaire que les pères adoptent la couvade africaine, point trop n’en faut non plus. Laissons aux femmes le triomphe de la maternité. Les pères ne doivent pas être des mères comme les autres, et surtout avec toutes les mêmes attributions. 

Cellezéceux 

La mode suit et nos vêtements tendent vers une homogénéité dans le style cool, jeans et sweats taille unique, qui rendent les corps des jeunes filles informes. L’objectif : se ressembler toutes-et-tous. « Tous les garçons et les filles …»  On aurait encore le droit d’écrire cette chanson ? « Ils » sont devenus une catégorie unisexe, nos djeun’s. Parlons-en encore de l’unisexe, car nier une certaine féminité a contribué à évincer l’élégance et le raffinement dans nos rues, la coquetterie a disparu du vocabulaire, et être crado semble désormais plus tendance. Même la haute couture ne sait plus à quel code se vouer…

Le cellezéceux qui a envahi les discours (un véritable échec oratoire !) ne reflète pas la réalité de ce qui est en train de se produire, car en fait on nous veut de plus en plus identiques ou interchangeables. Tout cela est assez malsain, le sous-jacent étant que l’homme est par définition coupable et qu’il faut le punir et le déviriliser, qu’il ne doit pas être dominant (moi, j’aime bien) et surtout ce n’est pas ainsi que l’on empêchera les femmes d’être maltraitées, voilées, ou violées. Simultanément, la sexualité elle-même est devenue… unisexe ! Attaquons-nous sérieusement à cette invasion terrible du porno, surtout celui qui est à la portée des jeunes et qui est une violence faite à la sexualité d’une toute jeune fille, éliminant tout romantisme lié au sexe, le respect des femmes, et rangeant la pudeur au rayon du ringard, détruisant les interdits psychologiques et moraux qui avaient du bon quoiqu’on en dise, empêchant de libérer les instincts les plus violents. 

Confusion des genres

Confusion des genres ! Il faudrait que les hommes se féminisent, qu’ils luttent contre leur nature profonde qui serait de brimer et écraser les femmes. Gommer toutes les caractéristiques dites masculines dans la vie quotidienne, ah bon ? 

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J’aime bien que les hommes portent ma valise, ils sont plus forts quand même ! Mais je dois la tirer grâce aux roulettes c’est plus égalitaire. Je ne suis pas capable de changer de chaîne, de zapper correctement, je ne veux pas descendre la poubelle mais je ne veux pas non plus que mon homme repasse mon chemisier, je ne trouve pas ça sexy ! Et je veux bien lui repasser, sa chemise. Je n’ai pas un sens inouï de l’orientation et je suis tellement conditionnée que je pense que lui est meilleur pour ça, et ça me va… c’est bon d’être un peu conditionnée, qu’il m’ouvre la porte, qu’il s’efface devant moi, qu’il se lève quand j’arrive à la table du restaurant. Le plus terrible c’est que je suis certaine qu’il y en a qui ne voient même pas de quoi je parle. « Je suis une femme, et toi c’est quoi ton superpouvoir ? » !

Laissez-nous des gentlemen, des romantiques, des bricoleurs du dimanche, des soupirants, quelques machos au cœur tendre, des rugueux affectifs, des sigisbées… Pas des brutes ! J’aggrave mon cas: Laissez-nous nos « vrais » hommes. Là, je risque la garde à vue sur le thème : c’est qui les « faux » ?

Une femme est un être sans défense…  Mais jusqu’à ce que son vernis soit sec !

“Babylon”: mort et résurrection de Brad Pitt

Attention chef-d’œuvre! clame notre chroniqueur. Ah oui? Un film avec Brad Pitt, vraiment? Une exaltation de l’âge d’or d’Hollywood, dans le passage du muet au parlant? Allons donc! Mais on a vu cela dix fois — à commencer par Chantons sous la pluie, non? Ou The Artist? Alors, qu’a donc de plus le film de Damien Chazelle?


Nous savions depuis Whiplash que Damien Chazelle dirige admirablement les acteurs. Et qu’il est le petit génie des plans-séquences, voir ce fabuleux travelling dans la séquence d’introduction de Lalaland. Il a additionné ces deux qualités, si rares dans le cinéma contemporain où l’on détaille toute scène en petits morceaux, faute de pouvoir compter sur des acteurs compétents, pour penser Babylon, qui vous laissera sans voix. 

À la sortie du cinéma, le seul mot qui me venait, en boucle, était « virtuosité ». Je sais que dans notre ère de petits esprits raisonneurs, la brillance n’est pas recommandable ; mais Chazelle est un réalisateur brillant, d’un bout à l’autre d’un film qui dure pourtant 189 minutes, que l’on ne voit pas passer. 

Le cinéma est étymologiquement ce qui bouge. Et pour bouger, Babylon déménage. Dans la première demi-heure, la séquence de la fête chez Don Wallach (un producteur auquel on a fait la tête de Harvey Weinstein) est une frénésie, un feu d’artifice d’une précision millimétrée : Chazelle, comme jadis les grands artistes baroques, est capable de filmer la folie en la réglant au centimètre près.

Je n’ai pas toujours été tendre avec Brad Pitt, qui a souvent été un gros paresseux. Angelina Jolie, qui n’a jamais été que la démonstratrice de ce que l’on peut faire à une paire de seins avec un peu d’hélium, l’a pétrifié longtemps dans des rôles insignifiants. Le comble de cette insignifiance fut le Il était une fois Hollywood de cette outre pleine de vent et d’autosatisfaction qu’est Quentin Tarantino.
Je n’avais pas aimé cette pâtisserie écœurante. A mon avis, Damien Chazelle non plus : il a récupéré deux acteurs essentiels qui y jouaient, Brad Pitt et Marot Robbie, et a tourné son film dans le même quartier de Los Angeles, Bel air, mais en situant l’action à l’époque où ce n’était qu’un moutonnement de collines arides.
Sauf qu’il a insufflé à Brad Pitt l’ambition de prouver qu’il était un grand acteur. Il aura 60 ans à la fin de l’année. Un sex symbol sexagénaire, cela ne se peut pas : alors Chazelle filme en gros plan les rides et les poches sous les yeux de sa star, et son regard désabusé. Il y a une séquence qui sera d’anthologie dans toutes les vraies écoles de cinéma, où la star en train de dégringoler vient demander des comptes à la journaliste impitoyable que joue Jean Smart— qui est septuagénaire, elle. Maquillée, plâtrée, marquée déjà par la mort, elle inflige à Brad Pitt un petit cours sur le destin des acteurs : ils s’étiolent, ils disparaissent, mais ils existent pour l’éternité sur la pellicule. Les gens qui les ont connus disparaîtront aussi, mais des millions d’enfants à venir s’extasieront devant eux. Si, comme le proclamait Céline, l’amour, c’est l’éternité à la portée des caniches, le cinéma est l’éternité à la portée des fantômes.

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Damien Chazelle les a poussés, l’un et l’autre, si loin dans leur zone d’inconfort, face au miroir impitoyable que chacun tend à l’autre, qu’ils y ont trouvé l’étincelle de génie qui transmue un dialogue ordinaire en scène d’anthologie.

Margot Robbie, plus belle et mieux filmée qu’elle ne l’a jamais été, défoncée d’un bout à l’autre, tient là le rôle de sa vie : elle ne vieillira pas, elle, elle restera éternellement jeune, dans les mémoires, comme Garbo.

Quant à Tobey « Spiderman » Maguire, en truand maladif sadico-paranoïaque, il est tout bonnement époustouflant.

Puis il y a le petit dernier, Diego Calva, un acteur mexicain qui joue le Latino de service, l’homme à tout faire qui sera brièvement le génie du passage au parlant. Et qui finira, à moitié chauve, dans un cinéma de 1952, à regarder Chantons sous la pluie, à se souvenir, à pleurer sur sa jeunesse enfuie, et à rire devant le spectacle de l’immortalité. Qui parmi nous prétendrait que Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor ou Jean Hagen sont morts pour de bon, quand il suffit d’un clic pour les faire revivre ? Eh bien grâce à ce film, quelques acteurs sont entrés dans l’éternité.

Babylon ne camoufle pas ses références, c’est un film pour cinéphiles avertis qui peut se regarder sans rien y connaître. L’amateur d’histoire du cinéma y reconnaîtra l’éléphant qui ornait les décors de Griffith (rappelez-vous Good morning Babilonia, ce très beau film des frères Taviani en 1987). Ou le meurtre de la jeune Virginia Rappe par Roscoe Arbuckle, dit Fatty, lors d’une orgie en septembre 1921. Ou la succulente Clara Bow, star des années 1920, qui passait pour s’être offert les services amoureux d’une équipe entière de football américain. Quant à Brad Pitt, son personnage s’inspire évidemment de John Gilbert.

Le cinéaste Kenneth Anger a raconté ça, entre autres frasques inimaginables en nos temps de wokisme et de morale étroite, dans son Hollywood Babylon, dont Vincent Roussel a dit tout le bien que j’en pense il y a une dizaine d’années sur Causeur. Pas de hasard, les grands films sont faits de films et de livres — pas de bonnes intentions.

Le cinéphile reconnaîtra des références encore plus enfouies. Lorsque Margot Robbie / Nellie La Roy va voir sa mère dans un asile d’aliénés, comment ne pas se rappeler que Marilyn Monroe (qui apparaît fugacement, sur une affiche) allait visiter la sienne dans un autre asile ? Joyce Carol Oates a magnifiquement raconté ça, dans Blonde, le livre que vous avez lu pour vous consoler du navet pitoyable que Netflix en a tiré.

Au passage, Babylon tue par avance les films minables dont les bandes-annonces nous ont été infligées dans les dix minutes qui précédaient la séance. Du cinéma français bourré de bonnes intentions — mais on ne fait pas un chef-d’œuvre avec de bonnes intentions.
Babylon, dont la réalisation a été différée pour cause de Covid, a été mal accueilli aux USA : ils ont du mal à se concentrer sur trois heures d’intelligence et de virtuosité, là-bas, il leur faut le temps bref et répétitif des séries. Netflix va tuer le vrai cinéma. À vous de leur prouver que nous sommes globalement bien plus intelligents et artistes qu’eux : précipitez-vous, vous ne le regretterez pas.

Louis Boyard, l’ignorant qui voulait être une star

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Le jeune député LFI du Val-de-Marne apparait dans un clip de rap menaçant évoquant le “grand remplacement”, dans les paroles duquel le taux de natalité est qualifié d’”arme démographique”, où il est question de “fachos à saigner” et où l’on peut entendre “Je péterai l’champ’ à la mort du borgne, J’le péterai à la mort de sa fille, Je péterai le champ’ à la mort d’Maréchal”.


Il fut un temps où les jeunes rappeurs avaient du talent. Joey Starr rugit comme un lion précoce, et cofonda NTM à l’âge de 22 ans. Frère de Vincent Cassel au moins aussi talentueux, Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat, se fit connaître avec le groupe Assassin vers l’âge de 20 ans.

Génération télé-réalité 

Louis Boyard, lui, n’a pas de talent. Mais Louis Boyard veut quand même être une star. Né en l’année 2000, un an avant la première saison de Loft Story, Louis Boyard est de celles-et-ceux qui ont été biberonnés à la télé-réalité, celles-et-ceux qui s’imaginent qu’il suffit de passer à la télé pour briller. 

Dans un monde sous le signe de la vertu et de l’humilité, Louis Boyard serait resté un parfait inconnu. Seulement, il y a deux ans, l’émission “Les Grandes Gueules” sur RMC et surtout “Touche pas à mon poste”, sur la chaîne C8, lui offrent l’occasion de prendre la parole.

De la Vendée à la télé

Dès lors, le jeune homme, qui n’est alors jamais sorti de Vendée, prend la route de la célébrité. Sous les auspices de C8 et Bolloré, Louis Boyard ose. Comme disait Lino Ventura dans « Les Tontons flingueurs », ceux qui osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît. 

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Le problème, c’est que Louis Boyard n’a pas dû voir « Les Tontons flingueurs », alors, il ose encore. À l’étroit dans son costume de chroniqueur, le jeune Louis se présente l’année dernière à la députation sous les couleurs de LFI, et il est élu.

Du tiers-mondisme au rap 

Le 10 novembre, lors de l’affaire de l’Océan Viking, Cyril Hanouna invite sur son plateau le monstre qu’il a lui-même créé. Le député LFI, qui n’a sans doute jamais foutu les pieds de sa vie dans un pays du Tiers-Monde, ni en Amérique centrale, ni en Afrique, ni dans un pays communiste – et pas dans un hôtel de La Havane, dans la campagne cubaine, camarade ! – se fait le chantre du tiers-mondisme.

Récitant une série de lieux communs qui nous font regretter Frantz Fanon, le jeune Louis s’en prend alors au grand patron propriétaire de C8, qu’il accuse de déforester le Cameroun. Avec tout le tact qui le caractérise, Cyril Hanouna lui répond : « Arrête de te la raconter, j’m’en bats les couilles que tu sois élu, si t’es député, c’est grâce à nous ».


Du rap et des frites pour le jeune Louis

S’il avait un poil d’humilité, Louis Boyard serait alors retourné en Vendée, mais non, Louis continue d’oser. Aujourd’hui, il est à l’honneur d’un titre du rappeur Yanni. Dans un obscur clip nommé « Louis Boyard », où le rappeur évoque pêle-mêle drapeau algérien sur une mairie française, « fachos à saigner » et « Allah Akhbar », Louis Boyard apparaît tout guilleret devant un kebab frites. À défaut de savoir chanter, Louis Boyard fait de la figuration dans le clip d’un rappeur que personne ne connaît. Pourquoi fait-il ça ? Parce qu’il est bien moins con qu’il en a l’air. Déjà, l’avocat Gilbert Collard et Marion Maréchal s’indignent sur Twitter. C’est lui faire trop d’honneur, le jeune Louis sait très bien qu’il ne peut exister qu’en faisant du buzz médiatique.

Louis Boyard n’est qu’un symptôme de la décadence de la France : cette partie de la jeunesse qui baigne dans le confort, qui ne connaît rien à la vie mais qui passe son temps à pleurnicher sur son sort. Un jour petit Louis deviendra grand. Reste qu’à 22 ans, il serait temps.

Grossophobie

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Cachemire au rabais

Le président israélien d’un festival de cinéma accuse un film réalisé par un hindou de propagande… anti-musulmane.


Un film indien est au centre d’une controverse entre hindous, musulmans et Israéliens. The Kashmir Files, du cinéaste Vivek Ranjan Agnihotri, revisite les événements des années 1989-1990 quand des rebelles musulmans ont forcé des hindous à fuir la région du Cachemire amèrement disputée par l’Inde et le Pakistan. Sorti en mars et promu par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party du Premier ministre indien, Narendra Modi, le film a connu un véritable succès commercial. Mais il a enflammé les tensions en Inde et a même provoqué des émeutes lors des premières projections en salle. Les condamnations proviennent de la communauté musulmane qui l’accuse d’islamophobie.

A lire aussi: Pierre-André Taguieff contre les déconstructeurs

Lors du festival du film international de Goa, fin novembre, le président du jury, le cinéaste israélien Nadav Lapid, a abondé dans ce sens, qualifiant l’opus d’Agnihotri de « propagande » vulgaire indigne d’un festival artistique. Il a tout de suite fait l’objet d’attaques de la part des nationalistes hindous et même de la part de l’ambassadeur israélien à New Delhi qui, soucieux de préserver les bonnes relations intergouvernementales, a tweeté une lettre ouverte à son compatriote, déclarant : « Vous devriez avoir honte. » Agnihotri et ses défenseurs, comme le journaliste vedette Aditya Raj Kaul, font souvent le parallèle entre son film et La Liste de Schindler (et parfois Le Pianiste de Polanski) car, à leurs yeux, les deux révèlent la vérité sur un génocide. Agnihotri traite ceux qui n’acceptent pas sa vision des événements du Cachemire de « négationnistes » (genocide-deniers). Le vocabulaire et les références cinématographiques de la Shoah se sont installés dans les disputes interreligieuses en Inde.

«Le Trouvère» a trouvé sa prima donna: Anna Pirozzi

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La soprano Anna Pirozzi interprète Leonora © Julian Hargreaves

Le Trouvère de Verdi du 24 janvier au 17 février, à l’Opéra Bastille.


En 1936, dans « Une nuit à l’opéra », perle du septième art, les Marx Brothers se payent la tête de Verdi : il est vrai que par son invraisemblance déchaînée et la déroutante complication de son livret, Il Trovatore se prêtait de façon idéale à ce sabordage hilarant.

Salvatore Cammarano a déjà écrit pour Verdi, quelques années plus tôt, le livret de Luisa Miller, génial opéra tiré du drame de Schiller Kabale und Liebe (Amour et Intrigue), dans la veine intimiste de Verdi deuxième manière.  Le compositeur rumine alors l’espoir d’adapter Le Roi Lear, projet qui n’aboutira jamais. À son librettiste, il va même jusqu’à mander un scénario. Verdi passe à autre chose, écrit rapidement Stiffelio, œuvre mineure. Nous sommes en 1850. L’année suivante, il achève de composer La Maledizione, d’après Le Roi s’amuse, de Victor Hugo, sur un livret de Francesco Maria Piave. Créé en 1851, l’opéra prend le titre de Rigoletto. Donné dans toute l’Italie, puis dans l’Europe entière, Rigoletto rend Verdi riche et célèbre. Tout en pensant déjà à mettre en musique La Dame aux camélias (qui deviendra La Traviata, comme l’on sait), opéra sur lequel il travaillera concurremment, il confie à Cammarano la tâche de plancher sur le matériau d’El Trovador, grand succès de la scène madrilène en 1836, et œuvre majeure du diplomate, dramaturge et homme de lettres espagnol Antonio Garcia Gutiérrez (1813-1884), de l’œuvre duquel Verdi tirera encore un opéra majeur, en 1857 : Simon Boccanegra.

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En attendant, le formalisme de son collaborateur ne laisse pas d’impatienter Verdi, qui presse celui-ci de donner plus de tonus à son adaptation.  Là-dessus meurt Cammarano, brutalement. Verdi, d’ailleurs furieux d’apprendre son décès par hasard, en tombant sur un journal de théâtre, charge alors in extremis un jeune poète napolitain, Leone Emanuele Bardare, de terminer vite fait le livret. Verdi traverse une période déprimante : il vient de perdre sa mère, et s’épuise en tractations avec les impresarios. Gestation douloureuse, en somme, pour ce chef-d’œuvre lyrique où le compositeur déploie une virtuosité sans exemple, dans une profusion mélodique qui fait évoluer le bel canto de façon spectaculaire. Pour produire, enfin, son Trouvère au Teatro Appolo de Rome, il doit, de surcroît, contourner la censure pinailleuse de la cité pontificale. Mais la première, le 19 janvier 1853, est un triomphe.

A lire aussi, du même auteur: L’amour à mort? Mise en scène mythique, Isolde sacrifiée

À 170 ans de distance, Il Trovatore reste toujours un sommet absolu.  Ce en dépit des obscurités de son intrigue, qu’on reprochera tant à Verdi ! Le Trouvère a failli s’appeler « La Gitane », ou « Azucena », du nom de la bohémienne animée de pulsions vengeresses, qui est au cœur du drame. L’action se situe dans la province aragonaise, au nord de l’Espagne, au début du XVe siècle.  Le comte de Luna se fait raconter l’histoire de son frère cadet, nouveau-né sur lequel une   bohémienne, accusée de lui avoir jeté un sort, fut mise au bûcher, mais dont la fille, pour venger sa mère, enleva l’enfant, jamais retrouvé ! Second tableau, la dame d’honneur de la princesse d’Aragon, Leonora, confie aimer un trouvère mystérieux, tandis qu’elle est aimée par le Comte de Luna, dans les bras duquel, trompée par l’obscurité, elle tombe en croyant embrasser son Trouvère, le vaillant Manrico, par ailleurs adversaire de Luna dans la guerre civile qui fait rage. S’ensuit un duel entre les deux rivaux. Le second acte nous porte dans un campement gitan, où la vieille Azucena, en tête à tête avec Manrico, raconte comment sa mère à elle, brûlée vive, l’a appelée à la vengeance, comment elle-même a, dans sa confusion mentale, jeté son propre fils au bûcher. Mais alors, Manrico n’est-il pas l’enfant d’Azucena ? Mais pourquoi Manrico s’est-il inexplicablement retenu d’occire Luna ? Leonore, croyant Manrico mort au combat, va entrer au couvent. Luna veut l’enlever, mais elle tombe dans les bras de Manrico, qui surgit bien vivant à la tête de ses partisans, et s’enfuit avec elle. Au 3ème acte, le conte de Luna assiège la forteresse de Castellor défendue par Manrico. On amène la captive Azucena à Luna, laquelle révèle être la mère de Manrico, qui prépare son mariage avec Leonora. L’acte 4 nous apprend que Manrico, prisonnier à son tour, attend le supplice aux côtés d’Azucena. Désespoir de Leonora qui, pour sauver son gitan de la potence, fait mine de s’offrir à Luna, non sans avoir avalé en secret un poison mortel. Manrico a compris le sacrifice de son aimée. Luna, sachant qu’il a perdu Leonora, ordonne d’exécuter illico Manrico. Azucena révèle alors à Luna que Manrico était son frère : la voilà vengée !  On ne saurait faire plus sobre, dans le genre.  

Ce romantisme débridé trouve son expression dans une suite ininterrompue d’arias sublimes, de chœurs magnifiques, de duos à tomber. Créée à Amsterdam en 2015 et entrée l’année suivante à l’Opéra de Paris, cette production, signée du célèbre scénographe barcelonais Alex Ollé, pape de la compagnie La Fura dels Baus, et reprise en 2018, a souffert d’une annulation en 2020 pour cause de pandémie. Cette nouvelle reprise est un événement. Ollé choisit de transposer l’intrigue dans un climat incandescent et crépusculaire où les échos de la Grande guerre s’impriment dans les uniformes vert- de-gris d’une soldatesque casquée à l’allemande, tandis que s’enfonce et surgit du plateau un appareillage de monolithes de pierres – tout à la fois tombales et castrales – savamment douchés d’ombres et de lumières, dans un chromatisme raffiné. L’ineffable beauté plastique de ces perspectives minérales, redoublées en profondeur par un effet réfléchissant, l’intelligence des costumes, tout à la fois évocateurs, réalistes et désancrés d’une histoire trop clairement littérale, trouvent leur contrepoint dans une distribution de très haute volée : à commencer par Anna Pirozzi. 

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En décembre dernier, à l’Opéra-Bastille déjà, la soprano napolitaine avait remplacé au pied levé Anna Netrebko, souffrante, dans La Force du destin.  Anna Pirozzi triomphe décidément dans l’emploi de cette autre « Leonora » : articulation parfaite, timbre voluptueux et habité. Dans le rôle de Manrico, le ténor azerbaïdjanais Yusif Eyvasof (mari d’Anna Netrebko au civil) fait véritablement, et à raison, chavirer le public. La mezzo roumaine Judit Kutasi, pour sa première prestation à l’Opéra de Paris, campe une Azucena vocalement fabuleuse. Le baryton canadien Etienne Dupuis incarne quant à lui un Conte de Luna rageur, d’une exceptionnelle densité. Au pupitre, Carlo Rizzi, qu’on avait vu diriger avec une grâce infinie en avril dernier Cendrillon, de Massenet, et sous la baguette duquel, à présent, les volutes verdiennes prennent une amplitude, une rondeur, une délicatesse remarquables. 

La première s’est achevée dans la liesse, sous un tonnerre d’applaudissements et de bravos. Mérités plus que jamais. De toute évidence, Il Trovatore est LE spectacle lyrique à ne pas manquer, cet hiver, à Paris.        

Il Trovatore/ Le Trouvère. Opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi (1853). Direction Carlo Rizzi. Mise en scène Alex Ollé (La Furia dels Baus).  Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Anna Pirozzi, Quin Kelsey, Judit Kutasi, Yusif Eyvazov… Opéra-Bastille, les  24, 27 janvier, 2, 8, 11, 14, 17 février à 19h30 ; le 5 février à 14h30. Durée : 2h55

Joseph de Maistre et la prévision du malaise moderne

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Joseph de Maistre (1753-1821), peint par Karl Vogel von Vogelstein. Image: Wikimedia Commons

Dans les couloirs oubliés de la crypte de ceux qu’on ne lit plus, Joseph de Maistre (1753-1821) occupe un prestigieux tombeau. Si la plupart des désenchantés que nous sommes n’ont plus les yeux pour lire les vitupérations de l’auteur savoyard, anti-républicain monarchiste et théocratique, il n’en demeure pas moins que celui-ci a apposé un large sceau à la pensée d’un XIXe siècle en pleine reconstruction intellectuelle, au crépuscule de l’ancienne société.


Ses Considérations sur la France, rédigées en 1797, ne laissent pas de montrer que Maistre fut un visionnaire des prévisibles béances de la modernité, et un fieffé écorcheur, un infatigable bourreau de l’esprit d’un XVIIIe siècle pédantesquement qualifié de lumineux. Comme le soulignaient Emil Cioran ou Roland Barthes, sa lecture peut être motivée par un plaisir dilettante plutôt que par une quelconque adhésion, tant ses énoncés peuvent heurter la craintive sensibilité d’une époque qui oublie de penser, tout comme par la curiosité intellectuelle de découvrir celui qui fut, notamment, le maître à penser de Charles Baudelaire.

Critique anthropo-théologique de l’idéal émancipateur des Lumières

Pour lui et nombre d’antimodernes après lui, les individus sont surdéterminés par le péché originel, et un mal inhérent transcende une société inguérissable, que tentent de canaliser l’ordre politique et la religion. Sans la civilisation, qui n’est rien d’autre que le dressage des natures, l’homme n’est pas le «bon sauvage» que Rousseau se plaît à imaginer dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Il est au contraire une créature inféodée par ses appétits, sa volonté de puissance et de conquête. Bien loin des fantasmagories que la littérature de son époque répand, Maistre voit en général dans l’œuvre de Rousseau et de Voltaire les conditions théoriques de la Terreur, que la Révolution ne manquera pas d’incarner dans la brutalité de l’acculturation républicaine.

A lire aussi, du même auteur: “Qu’est-ce qu’une Nation”, d’Ernest Renan, autopsie d’un discours mal compris

Sans se limiter à une critique superficielle des prétendus errements de la politique révolutionnaire, ainsi que le font les historiens qui s’acharnent à l’excuser, Maistre soutient que le XVIIIe siècle est en soi une errance, et que ses idées abritent « un esprit d’insurrection », que ne cesseront pas d’alimenter l’effritement du lien social, l’abolition des corporations, des privilèges et des lois fondamentales du Royaume. Penseur de la violence, il écrit : « l’histoire prouve malheureusement que la guerre est l’état habituel du genre humain », et cet état de fait, qu’il déplore, trouve sa source dans la nature peccamineuse de l’Homme, n’en déplaise aux promoteurs de la raison individuelle, qui est pour lui une plaisante coquecigrue.

Dénonciation des chimères du droit moderne et du constitutionnalisme

Face à un ordre socio-institutionnel façonné par la traversée des âges et le consentement coutumier des gouvernés, ce que Maistre dénonce comme étant une « manie constitutionnelle » – c’est à dire la doctrine selon laquelle la constitution d’un peuple peut être écrite et fixée dans un texte – n’apportera que discorde et instabilité. L’histoire lui donne raison, la France ayant connu pas moins d’une douzaine d’ordonnancements constitutionnels entre la Constitution du 3 septembre 1791 et le passage à la Troisième République le 4 septembre 1870, ce à quoi l’on peut pourtant répondre que le Moyen-Age et la centralisation du pouvoir royal ne sont pas avares en guerres civiles et en bouleversements politiques. Il note dans son Essai sur le principe générateur des constitutions politiques et des autres institutions humaines (1814) que « plus on écrit, plus l’institution est faible », avant d’asséner plus loin que « tout ce qui est écrit n’est rien ». En d’autres termes, tout ce que la Révolution a contribué à détricoter, elle a cherché à le rétablir par l’appui de chétifs succédanés, que sont les lois, toujours plus nombreuses, et les constitutions, toujours moins authentiques.

Sur le temps long, Maistre nous amène à observer que la modernité allait inexorablement faire péricliter les bases de la société, et que l’individualisme, dans ces infâmes mécaniques, allait broyer le ciment social, comme le désenchantement du monde trouverait son incarnation institutionnelle dans la laïcité. Tous les reniements que le monde moderne a infligés à la vieille société, Maistre en apercevait les prodromes dans les écrits licencieux de son siècle, qu’au demeurant il connaissait parfaitement, et dont il adoptait souvent les méthodes pour mieux en révéler leurs extravagances. Ces signes annonciateurs ont quitté la sphère des livres, par le coup d’État parlementaire qui eut lieu le 17 juin 1789, lorsque le Tiers-Etat s’est déclaré motu proprio « Assemblée nationale ». Cette étape charnière, ce point axial de l’histoire de France, était pour Maistre un acte d’une haute gravité. « Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terribles » déclare-t-il à l’égard des attaques perpétrées contre le pouvoir royal. Les suites meurtrières de la République et de l’Empire sont pour lui causées par ces crimes, et il retient que « toute nation a le gouvernement qu’elle mérite », et non pas celui qu’elle prétend s’assigner.

Le dédain qu’appliquaient les révolutionnaires à l’égard de la chrétienté était pour lui impardonnable, et il résumait sa position en formulant que « le principe religieux préside à toutes les créations politiques, tout disparaît dès qu’il se retire ». Cependant, le reproche principal que l’on pourrait objecter à cette assertion est que Maistre se contente, ici comme ailleurs, d’une réfutation des thèses modernes qu’il raille en les qualifiant d’illusions, en se fondant lui-même presque exclusivement sur le registre religieux, circonstance qui ne manquera pas d’embarrasser le sceptique, aussi critique soit-il des idées révolutionnaires…

Une lecture providentialiste de la Révolution

L’incontournable Sainte-Beuve, à l’occasion d’une étude qu’il rédigeait à propos des écrits maistriens en 1851, présente les Considérations sur la France comme un « ouvrage étonnant », soulignant ses « saillies perpétuelles ». Joseph de Maistre assimile la Révolution française, l’écroulement du Royaume, et le sang versé à flots à une œuvre de la Providence. La sanction terrifiante d’une main supernelle détruisant tout pour régénérer, et promettre le redressement d’un tissu social décadent et d’une aristocratie corrompue par sa frivolité immodérée. « Si la Providence efface, c’est sans doute pour écrire » résume-t-il.

A lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: En ce 21 janvier…

La Révolution, par l’effet de laquelle tout s’envole, où les pierres amoncelées des édifices en ruine brillent du sang des victimes, est pour lui une manifestation de la divinité, ayant pour finalité le rétablissement de la monarchie et la reviviscence de la piété et des institutions. En confrontant la France à l’anarchie, en la livrant à la guerre civile et au spectacle de toutes les obscénités, celle-ci redeviendra fidèle à la royauté, éprise d’un amour augmenté par la privation punitive dont elle a été affligée. Pour l’auteur, s’inscrivant au moins sur ce point dans l’héritage de l’Antiquité, il y a un cosmos, un « ordre commun » qui réglerait le monde naturel, moral et politique, souffrant épisodiquement des « exceptions ». La Révolution ne serait qu’une soustraction ponctuelle à cet ordre commun. Aussi pour l’auteur, il ne fait point de doute qu’une Restauration surviendra. Elle allait advenir durant l’été 1814, 17 ans après l’écriture de ces Considérations, date que l’auteur qualifia de « grande explosion », dans la mesure où dès cet instant il passa pour un penseur prophétique et admiré.

Durant cet intervalle, Maistre mena une vie singulière. Il quitta la noblesse de robe et la magistrature pour préférer le loisir des lettres, et préféra se consacrer à l’étude des textes classiques, sans oublier bien sûr les égéries des Lumières. Alors ambassadeur depuis 1802 du Royaume de Sardaigne à Saint-Pétersbourg, Maistre a vécu 11 ans séparé de sa famille, sans que lui fût accordé le droit de les recevoir. En renfort d’une œuvre purement intellectuelle frappante de causticité, Maistre nous a légué une correspondance mouchetée de mélancolie. Ces échanges épistolaires sont pour lui l’occasion de confier qu’il vit le plus souvent retranché dans son cabinet de lecture, et que ses rédactions sont quelquefois interrompues par l’irrésistible écoulement des larmes que lui causent la tournure de l’histoire, et notamment l’épopée de Napoléon, qu’il qualifiait comme nombre de royalistes « d’usurpateur ». Dans le premier entretien de ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821), il écrit : « je n’ai plus de droit à ce qu’on appelle vulgairement bonheur ».

En somme, qui entreprend de retracer la genèse du malaise moderne voire des intarissables folies que nous offre l’actualité, ne peut s’abstraire de l’œuvre maistrienne qui, aussi dissonante qu’elle soit pour nos oreilles, a influencé la pensée d’êtres aussi divers que Lamennais, Taine, Comte, Renan ou encore Proudhon. Sa verve étincelante, tout comme ses écrits marqués à l’encre de l’amertume, font de lui un penseur à part, refusant les systèmes, et foudroyant les idées reçues de son époque, celle pourtant qui s’était jurée de les combattre toutes. Dressé contre un siècle qui allait enfouir le vieux monde dans la suie de l’aliénation industrielle et le néant du matérialisme, Joseph de Maistre restera, selon la formule de Léon Bloy, celui à qui revient le triste honneur d’avoir « prononcé l’oraison funèbre de l’Europe civilisée ».

Retour de Sarajevo

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Le président de la république serbe de Bosnie Milorad Dodik prononce un discours à Sarajevo, à l'occasion de la fête nationale, 9 janvier 2023 © Armin Durgut/AP/SIPA

À l’invitation du président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, nous nous sommes rendus les 8 et 9 janvier derniers, au lendemain de la célébration de Noël orthodoxe, aux cérémonies de la fête nationale de cette entité serbe de Bosnie-Herzégovine, fondée il y a 31 ans (le 9 janvier 1992), et placée depuis les Accords de Dayton sous la tutelle de l’Union Européenne.


Les Accords de Dayton, conduits par le département d’État américain et l’OTAN, visent depuis le 21 novembre 1995 à diriger la Bosnie-Herzégovine sur la voie de son entière intégration dans les institutions occidentales.  

Nos expériences initiales de ce pays ont en commun d’être celles de deux officiers de l’armée française, engagés, pour l’un, Patrick Barriot, sous le drapeau de l’ONU comme casque bleu en Krajina dès 1994, en tant que médecin anesthésiste-réanimateur de l’antenne chirurgicale du bataillon français, pour l’autre, Jacques Hogard, en tant que chef du groupement des forces spéciales déployé sous pavillon de l’OTAN en Macédoine puis au Kosovo en 1999.

Deux expériences à l’évidence très différentes à beaucoup d’égards, mais qui, toutes deux, ont marqué nos vies, nous conduisant à en modifier le cours radicalement, en nous amenant à quelques années d’écart à quitter cette armée française que nous aimions et considérons toujours comme notre famille, et à rejoindre la vie civile.

Nous en avons tiré chacun un maître-ouvrage : On assassine un peuple, les Serbes de Krajina en 1995 pour Patrick Barriot, L’Europe est morte à Pristina, guerre au Kosovo – printemps, été 1999 pour Jacques Hogard, en 2014. Ouvrages dans lesquels nous avons mis toute notre âme, tout notre cœur pour dire, pour raconter aux Français qui voudraient bien nous lire, ce que nous avions vécu  chacun sur le terrain, dans des circonstances tragiques qui nous ont marqués pour le restant de nos jours. 

A l’époque des faits, nous ne nous connaissions pas. Ce n’est que des années plus tard, en 2003, que nous ferons connaissance et qu’en dépit de leurs différences, les analogies entre nos expériences vécues nous seront alors évidentes et que nous deviendrons des amis très proches. Au point naturellement de poursuivre ensemble depuis lors notre quête de vérité sur la dislocation de la Yougoslavie et le cortège de drames sans fins qui l’ont accompagnée. 

Nous avions vécu en direct en effet, chacun dans une région différente, la diabolisation du peuple serbe, son ostracisation par la « communauté internationale » et la volonté, notamment de l’OTAN et de l’UE (« les deux faces d’une même pièce », pour reprendre l’expression sans ambiguïté de l’actuel secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg) de l’accabler, de l’affaiblir, de le fractionner en plusieurs entités à la faveur du démantèlement de la Yougoslavie, cette République fédérale d’obédience communiste ayant succédé en 1945 au Royaume de Yougoslavie, initialement dénommé « Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes ». 

Depuis lors, outre les ouvrages cités, et quelques autres, articles, conférences, nous avions tenu à manifester notre volonté de contribuer au rétablissement de la vérité, au nom de la justice qui lui est dû et du maintien, à notre modeste niveau, de cette très ancienne amitié franco-serbe qui remonte au Moyen-Âge, à la princesse Hélène d’Anjou, épouse du Roi Uros, canonisée par l’église orthodoxe, à la bataille de Kosovo Poljé (1389) et à Notre-Dame-de-Paris dont les cloches annoncèrent successivement la victoire de la chevalerie serbe et chrétienne sur l’envahisseur turc, puis hélas sa défaite, et puis bien sûr, plus près de nous, lors des deux guerres mondiales où nous combattirent côte à côte, fraternellement, l’ennemi allemand. 

Il nous était en effet apparu que la fidélité à cette alliance répondait aux intérêts véritables de la France, mais aussi, qu’au-delà de cette alliance, il existait un véritable devoir d’honneur et de fidélité à l’amitié franco-serbe, scellée par le sang versé en commun au cours de la Grande Guerre. Une alliance dure ce qu’elle dure. En fonction des seuls intérêts de ceux qui l’ont établie. Une amitié, elle, est scellée pour toujours.

C’est dans cet esprit que nous avons répondu à l’invitation les 8 et 9 janvier du président de la « Republika Srpska ».  

Au moment où les tensions internationales dues au conflit en Ukraine occupent tous les esprits, mais où on parle aussi beaucoup des fortes tensions entre la Serbie et le pouvoir de fait mis en place par l’OTAN et l’UE dans sa province du Kosovo, en violation de la Résolution 1244 de l’ONU, nous voulions saisir l’opportunité de cette invitation pour venir assurer les Serbes de notre solidarité dans cette partie de l’ex-Yougoslavie marquée par tant d’épreuves. L’accueil chaleureux qui nous a été réservé a connu un point d’orgue par la remise le dimanche 9 janvier de la légion d’honneur nationale des mains du président Dodik devant une assemblée nombreuse représentant toutes les composantes sociales et professionnelles de la Republika Srpska.

Auparavant, nous avions assisté tôt dans la matinée, dans la cathédrale de Banja Luka, à une magnifique cérémonie dominicale, de celles qui, par la beauté de la liturgie et le sens du sacré qui s’en dégage, élèvent l’âme et transcendent la nature humaine.

L’après-midi, un meeting impressionnant réunissait quelques milliers de personnes au « Sports Center Borik » de Banja Luka, alternant discours très politiques, notamment du président Dodik et du nouveau président de l’Assemblée nationale serbe, mais aussi morceaux de musiques, poèmes et films de rétrospective historique, relatant la douloureuse épopée des Serbes au cours de l’histoire.

Tout comme le matin, au cours de la cérémonie de remise des décorations, nous avons été frappés par le fait que le drapeau de la Republika Srpska et son hymne, étaient systématiquement associés au drapeau et à l’hymne de la République de Serbie, envoyant ainsi un message très clair à tous. De fait, lorsque nous le verrons au cours d’un entretien le lendemain à Sarajevo, le président Dodik ne nous cachera pas que 96% des Serbes de Bosnie-Herzégovine vivant désormais pour leur sécurité sur le territoire de la Republika Srpska, ils sont fondés légitimement à choisir leur avenir politique, et à rejoindre la Serbie si telle est leur volonté. Le principe d’autodétermination des peuples, en somme, opposé à celui des frontières d’Etats artificiels issus d’une époque révolue.

A Sarajevo, nous avons été frappés par la renaissance à Sarajevo-Est d’un quartier serbe moderne. C’est là, non loin de l’aéroport international, que s’est déroulée la parade, à la fois populaire et militaire, de la Fête nationale. Une foule très nombreuse y assistait, arborant drapeaux de la Republika Srpska et drapeaux de la République de Serbie. Plus qu’une « démonstration de force », il s’agissait à l’évidence d’une volonté farouche d’affirmer une détermination totale : celle d’assurer la paix, la liberté et la sécurité aux générations à venir, dans le refus de l’abandon des valeurs et des traditions.

Cette fête nationale, dont la célébration était contestée à la fois par la Cour suprême de Bosnie-Herégovine, la Fédération croato-musulmane et le haut-commissaire allemand nommé par l’Union Européenne (mais non reconnu par l’ONU), a pourtant un sens profond pour les Serbes de Bosnie-Herzégovine, et pour la nation serbe toute entière. Elle commémore en effet sept siècles de célébration de Saint Etienne, saint Patron des « Serbes de la Bosnie, du Littoral, des pays de l’Ouest et du Sud, du bassin de la Drina et d’autres », selon les termes de la Charte donnée aux habitants de Dubrovnik en 1362 par le roi Etienne Trvtko 1er Kotromanić.

Dans la louange qu’il fait à Saint Etienne, prononcée dans l’esprit de la culture judéo-chrétienne qui sous-tend la civilisation européenne, le souverain de la Bosnie médiévale professe à la fois des valeurs civilisationnelles, mais également les valeurs héritées par la société et l’Etat qu’il dirige. Cette identité religieuse et culturelle qui existait sur les terres serbes subit au quinzième siècle l’agression des troupes ottomanes puis l’occupation ottomane pendant quatre siècles.

C’est alors que, selon le grand poète et philosophe monténégrin Petar II Petrović-Njegos, « les lâches et les cupides se convertirent à l’islam ». Néanmoins, nombreux furent ceux qui, au prix de lourds sacrifices et de grandes souffrances, restèrent fidèles à leur foi chrétienne. Plus tard, libérés entre temps du joug ottoman, les Serbes se retrouvèrent confrontés au cours du XXème siècle, à de véritables tentatives d’anéantissement de leur identité culturelle et religieuse. Il faut à cet égard relire La crevasse, bouleversant ouvrage de Vladimir Volkoff.

Un intellectuel serbe, Dusan Pavlović, cite cette phrase du général allemand Löhr qui au cours de son procès en 1947 explique ainsi la raison pour laquelle la Bibliothèque nationale de Serbie a été bombardée : « parce qu’elle conservait l’ADN culturel et multiséculaire de ce peuple ». Il rappelle également les atrocités génocidaires de l’Etat Indépendant de Croatie durant la Seconde Guerre mondiale, visant à éliminer à jamais le peuple serbe de Bosnie avec son Eglise orthodoxe et sa culture.

Au sein de la Yougoslavie communiste, les Serbes furent à nouveau confrontés au déni de leur identité culturelle et religieuse. Le président Tito joua la carte systématique du démembrement de la nation serbe. Puis avec l’éclatement de la Yougoslavie de Tito, les fantômes du passé ont réinvesti la scène. Au début des années 90, les génocidaires oustachis ont été glorifiés et leurs emblèmes exhibés en Croatie. Et à la faveur du soutien américain aux Bosniaques, ce sont les unités de musulmans bosniaques ayant participé au génocide perpétré par les Oustachis, notamment la division SS Handschar, qui ont enflammé les mémoires. S’ensuivit une guerre atroce qui prit fin avec les Accords de Dayton. La « Republika Srpska », autrement dit la République serbe de Bosnie, sera alors créée, avec pour vocation première de regrouper et d’assurer la sécurité des Serbes de Bosnie.

Pour reprendre les termes de Dusan Pavlović, déjà cité, « en créant la République Serbe, nous avons défendu notre civilisation et son système de valeurs en le payant de nos têtes coupées, plusieurs décennies avant que le reste de l’Europe ne soit confronté au même problème. Nous poursuivons notre marche historique en portant le flambeau de nos ancêtres, en préservant notre identité culturelle, et en poursuivant son édification, et nous témoignons que le mal et la destruction n’ont pas vaincu, mais que l’affirmation de la vie et les valeurs universelles ont survécu et qu’elles perdureront ».

Quittant Banja Luka pour rejoindre Zagreb et rentrer en France après ces trois journées intenses en République serbe de Bosnie, nous avons fait un détour par Jasenovać, ce camp de la mort, situé sur les rives de la Save, « l’Auschwitz des Balkans » où furent massacrés dans d’atroces conditions par le régime oustachi croate des centaines de milliers de Serbes, de Juifs et de Roms. Un film remarquable vient de sortir récemment, « Dara de Jasenovać ».


Il faut absolument aller le voir ! D’abord parce que ce film magnifique nous a fait franchir une étape supérieure qui est celle au bout du compte, de l’humanité victorieuse ! « Dara de Jasenovac » est  un film dur, certes, mais juste, sobre, qui dénonce la barbarie de l’homme soi-disant civilisé, que l’idéologie a définitivement perverti, mais qui nous laisse aussi une extraordinaire leçon d’espérance, incarnée par le visage grave de cette toute jeune fille serbe, qui sauve son petit frère envers et contre tout. Mais il faut également aller le voir car ce film est une fresque de ce qui constitue une part essentielle de l’histoire moderne des Balkans. Il permet de mieux comprendre hélas comme le prouvent des évènements plus récents, que l’histoire des hommes n’en finit pas de se répéter et que celle-ci ne supporte pas le manichéisme.

C’est donc pour remplir un double devoir de justice et de fidélité, fidélité à l’Europe chrétienne des nations, et fidélité à l’amitié séculaire franco-serbe, définitivement scellée par le sang versé dans les combats contre l’ennemi commun lors de la Grande Guerre, que nous avons entrepris de venir souhaiter une « bonne et belle fête de Saint Etienne » aux Serbes de Bosnie-Herzégovine.

L'Europe est morte à Pristina

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La crevasse

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Patrick Barriot est médecin anesthésiste-réanimateur, ex-médecin en chef de l’armée de terre où il a servi durant 21 ans (1973-1995), dont une grande partie à la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), puis au 6ème Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (RPIMa) et en Antenne Chirurgicale Avancée (ACA) en ex-Yougoslavie. Il a terminé sa carrière en tant que médecin chef des Unités d’Intervention de la Sécurité Civile (UISC). Il a écrit deux livres sur l’ex-Yougoslavie : « On assassine un peuple – Les Serbes de Krajina » et « Le Procès Milošević ou l’inculpation du Peuple serbe ».

Jacques Hogard est ex colonel de l’armée de terre où il a servi durant 26 ans (1974-2000), dont une grande partie à la Légion Etrangère (notamment comme commandant de compagnie au 2ème REP, puis commandant du Groupement de Légion Etrangère au Rwanda (opération Turquoise, 1994) ; il termine sa carrière au Commandement des Opérations Spéciales et commande le Groupement Interarmées des Forces Spéciales au Kosovo (1999) avant de quitter l’armée. Il a écrit deux livres : sur son expérience au Rwanda, « les larmes de l’Honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, été 1994 », et sur son expérience au Kosovo « L’Europe est morte à Pristina, guerre au Kosovo, printemps-été 1999 ».

«La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie»

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Jacques Séguéla © Jacques BENAROCH/SIPA 00883403_000017

Pour le publicitaire à l’origine des mythiques campagnes Citroën depuis un demi-siècle, la voiture est un membre de la famille et une éternelle histoire d’amour. À l’occasion du dossier de Causeur de janvier, « Arrêtez d’emmerder les automobilistes », il s’entretient avec la patronne.


Causeur. Votre vie d’homme et de publicitaire épouse largement l’histoire de la voiture.

Jacques Séguéla. J’ai fait deux grands mariages, à la vie à la mort : avec mon épouse Sophie et avec Citroën.

Jacques Séguéla à 20 ans, lors de son tour du monde en 2CV. D.R

Ça commence lorsqu’à 20 ans, en 1954, vous partez faire le tour du monde en 2 CV avec votre ami Jean-Claude.

J’ai beaucoup de reconnaissance pour mes parents qui ont pris sur eux pour laisser partir leur fils unique. Il faut dire que mon père, radiologue, était aussi un bourlingueur. C’est lui qui m’a offert une « deuche », ce mythe libertaire sur quatre roues. J’ai décidé de suivre son conseil d’aller « frotter ma cervelle à celle des autres peuples ». Ça a duré deux ans, nous avons traversé huit déserts. Quand on arrivait dans une ville, on n’allait pas voir les musées, on cherchait du boulot pour continuer. Aujourd’hui, on aurait un hélico au-dessus de nous, des GPS, des téléphones. À l’époque, on avait une boussole. On n’aurait jamais pu faire ça avec une autre voiture, à notre première panne on serait restés bloqués. Une 2 CV, on pouvait la soulever, la tirer, la pousser. Le livre qu’on a écrit, sur les instances de Citroën, a été un best-seller. Ma vie a été transformée par la 2 CV.

Dans votre livre, vous racontez de délicieuses péripéties, comme « l’anti tape-cul », une pub pour l’Ami refusée, ou le crash test avec Claudia Schiffer. Mais arrêtons-nous sur le blasphème Picasso.

En 1981, le patron de Citroën me parle d’un modèle qu’il va lancer, qui, me dit-il, n’a rien de spécial. Et il me lâche un nom à dormir debout. J’avais quarante-huit heures pour en proposer un nouveau, car il était gravé sur les moteurs. Par chance, je déjeunais avec le petit-fils Picasso et je suis parvenu à le convaincre qu’on ferait un tabac avec son nom. J’achète une pleine page dans Le Figaro, on voyait le peintre avec sa marinière et un petit garçon qui disait, de son écriture enfantine : « Dis maman, pourquoi le monsieur, il s’appelle comme une voiture ? » Scandale, engueulade, retrait de la pub. N’empêche, on a fait un tabac et la voiture a duré dix ans. Si j’avais appelé Picasso une machine à laver, j’aurais été en taule !

A lire aussi, Thomas Morales: À la recherche de l’automobile perdue

Pourquoi était-ce possible avec une voiture ?

Parce que c’est le seul objet de consommation qui possède une âme ! C’est un membre de la famille qui vient juste après le chien. En vacances, j’aime laver ma voiture moi-même, vous m’imaginez laver le téléviseur ? Malgré toutes les attaques dont elle est l’objet, la voiture reste un objet de désir, l’achat le plus important après la maison, même si le crédit a tout changé heureusement. D’ailleurs, avec les montres, elle est l’objet le plus collectionné. La preuve que l’automobile reste identitaire, c’est le succès de la Tesla, une escroquerie de génie : le design est sublime, mais à l’intérieur, c’est du bas de gamme. Seulement, il y a cet écran géant qui ne sert pas à grand-chose mais qui fait la différence. Et alors qu’elle vaut deux fois son prix, et qu’il n’y a aucune pub, c’est un énorme succès. Aujourd’hui, c’est un marché très malmené par les décisions politiques, parce qu’on lui fait porter tous les maux de la planète, à cette pauvre auto qui n’y est pas pour grand-chose. Mais qu’on le veuille ou non, la voiture, c’est la liberté et ça reste une histoire d’amour.

90 ans d’amour, de Jacques Séguéla, éd. Plon, 272 p., 2022

Martinique: le drapeau de la discorde

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Le président du conseil exécutif de Martinique Serge Letchimy et le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur l'île, le 1 octobre 2022 © GILLES MOREL/SIMAX/SIPA

Le projet de changer le drapeau de l’île est sur le point d’aboutir, après de nombreuses polémiques. Découvrez le drapeau qui devrait être retenu…


Appelés récemment à participer à une consultation populaire organisée par la Collectivité territoriale de la Martinique (CTM), une majorité d’habitants ont voté pour un changement du drapeau actuel jugé trop colonial aux yeux de certaines associations. Une affaire qui divise profondément ce département français d’Outre-mer et dans laquelle était directement intervenu le président Emmanuel Macron…

L’idée était pourtant bonne au départ. Avant qu’elle ne tourne finalement au vinaigre. En 2018, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) fait part de sa décision d’organiser une consultation populaire afin qu’un nouveau drapeau soit adopté pour que l’île puisse se faire identifier lors de certaines compétitions sportives ou culturelles.

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Très rapidement, cette proposition a tourné à la polémique. Plusieurs élus ont protesté contre cette volonté de la CTM d’abolir le drapeau officiel à la croix-blanche et bleue, orné de quatre serpents fer de lance, qui sert de symbole à cette île des Caraïbes depuis le XVIIe siècle. « Poser la question du drapeau revient à poser la question de la souveraineté. L’hymne et le drapeau sont des attributs d’une nation. Si l’on veut qu’il y ait une nation martiniquaise, qu’on le dise franchement » avait alors déclaré Fred-Michel Tirault, maire de la ville de Saint-Esprit. Dans la foulée, diverses associations s’étaient engouffrées dans l’affaire pour dénoncer ce drapeau, témoin du passé esclavagiste de la France en Martinique (il était notamment arboré sur les navires négriers), imaginé par Louis XIV lui-même. Face aux débats houleux menaçant de dégénérer en affrontements, la CTM avait été contrainte de mettre en suspens son projet.

Cédant aux demandes du Mouvement international des réparations et du Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France, qui avait déposé plainte contre la présence de ce symbole « raciste » au sein de la République, dans un souci d’apaisement, le président Emmanuel Macron avait consenti à faire retirer l’écusson martiniquais controversé des uniformes des gendarmes représentant l’État dans ce département d’Outre-mer. Pour les mouvements indépendantistes, seul le drapeau tricolore rouge (la vie et à la liberté) – vert (nature) – noir (« qui rend hommage à tous ceux qui ont été bafoués») doit être arboré en Martinique. Inventé par Victor Lessort, un militant de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM), il a fait son apparition en 1962 et est régulièrement mis en avant lors de manifestations anti-gouvernementales ou lors de grèves. Quand il n’est pas hissé en guise de provocations sur le fronton des mairies (comme en 2019, à Fort de France) ! Le choix de ses couleurs est loin d’être anodin. Selon les indépendantistes, le drapeau trouverait son origine première dans les révoltes esclavagistes fomentées par les « neg’ marrons » contre les planteurs blancs Békés et reste une référence aux thèses panafricaines. Chantre de la négritude (un mouvement littéraire), le poète anticolonialiste Aimée Césaire avait eu droit à ce drapeau sur son cercueil en 2008, agité sans complexe par le Parti progressiste martiniquais (PPM) qu’il a fondé.

Le 28 juillet 2022, la CTM a ressorti son projet (l’année précédente, une tentative similaire avait été annulée par la justice administrative) et a appelé les Martiniquais à se prononcer sur le sujet et sur un nouvel hymne officiel. Exit l’actuel drapeau « colonialiste », plusieurs dérivés du fameux tricolore rouge-vert-noir ont été présentés aux habitants de l’île. Mais, encore une fois, les polémiques ont ressurgi. Notamment lorsqu’on a découvert que le vote virtuel permettait toutes les fraudes possibles. La plateforme choisie pour recueillir les votes a été vite suspendue, à peine 24 heures après sa mise en ligne, le 2 janvier 2023, afin d’être mieux sécurisée. 27 000 personnes ont participé au scrutin participatif (sur une population recensée de 360 000 personnes) et 73% d’entre-deux ont choisi le fameux drapeau indépendantiste auquel on a rajouté une silhouette de colibri noir. Mais la contestation continue. Selon les détracteurs, la créatrice du nouveau drapeau, Anaïs Delwaulle, aurait plagié un logo que l’on peut voir sur la banque d’images en ligne Shutterstock ! Cette accusation est fermement démentie par l’intéressée, qui s’en est longuement expliqué dans un droit de réponse publié dans la presse locale.

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Peu commenté par les médias de l’hexagone, ce changement est pourtant loin d’être anodin et soulève des questions. Il intervient alors que certains sur l’île songent à revoir les relations avec la métropole et à obtenir plus d’autonomie (à l’instar de la Nouvelle-Calédonie), à défaut l’indépendance totale. Une idée que réfute néanmoins Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique qui explique à qui veut l’entendre que la Martinique ne souhaite « pas sortir de la République mais qu’on lui permette d’y vivre dignement ». Un combat idéologique ne fait que commencer, dans une île où l’économie est encore aux mains de la minorité blanche de Martinique. Des « Békés » qui restent encore parfois considérés comme des colons métropolitains par les associations indépendantistes proches du mouvement Black Lives Matter (BLM)…

Le drapeau retenu D.R.

Immigration subsaharienne: un enjeu de Paris à Casablanca, en passant par Callac et Lampedusa

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Capture d'écran Twitter

Les flux migratoires en provenance d’Afrique sont, comme nous le savons bien, l’un des grands enjeux du siècle à venir pour le continent européen. En revanche, nous ignorons que le phénomène s’est déplacé vers le sud et l’est.

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Bien sûr, le cas de la Libye est scruté depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi, mais il ne s’agit que d’un pays de transit. A contrario, des puissances régionales renaissantes à proximité de zones de départs, telles que la Turquie et le Maroc, sont actuellement des pays d’émigration mais aussi d’immigration, souffrant des maux qui nous affligent depuis longtemps : expatriation d’une partie de la jeunesse diplômée et arrivées importantes de réfugiés, ou de personnes se réclamant du statut.

D’autres pays, tels que le Nigéria ou l’Afrique-du-Sud, sont pareillement devenus des terres d’accueil.  Comme l’explique Sylvie Bredeloup dans son article Migrations intra-africaines : changer de focale pour la revue Politique Africaine ; « Les migrations africaines ont été principalement étudiées sous l’angle des départs vers l’Occident: d’abord attirer les travailleurs quand la main-d’œuvre européenne devenait insuffisante puis freiner les flux d’immigration dans un contexte post-fordiste ». L’auteur ajoute, lucide, que la « forte empathie de chercheurs européens à l’endroit des migrants, sous-tendue par leur implication militante, semble les avoir empêchés, un temps, d’objectiver la dimension individuelle du projet migratoire et d’apprécier comment elle pouvait se conjuguer aux stratégies collectives, familiales ou villageoises ».

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Cette vue étroite de militants se targuant de l’objectivité scientifique nous empêche de jauger le phénomène dans toute sa complexité et de le combattre correctement, y compris en Afrique où les migrations intracontinentales représentent environ 70% du total des exils. Evidemment, en Europe comme en Afrique, les « migrants » se jouent souvent des lois et choisissent des pays plus riches pour s’installer, dans lesquels ils finissent par reconstituer une communauté nationale à petite échelle, profitant de la solidarité de leurs compatriotes. Cet exode massif n’est pas sans conséquences pour les pays d’accueil et leurs habitants.

À Casablanca, les locaux ont peur de sortir la nuit

Dans une petite vidéo diffusée par Pierre Sautarel qui a fait grand bruit en France comme au Maroc, on peut ainsi voir les habitants de Casablanca confier leur désarroi quant aux conséquences de l’arrivée de milliers de migrants subsahariens. Un homme déclare notamment que les nouveaux arrivants provoquent une telle insécurité qu’il devient difficile aux locaux de circuler la nuit et même d’accéder paisiblement à leur domicile personnel : « Ils t’encerclent à quatre ou cinq, c’est exagéré ». Excédés, les Casablancais ont donc décidé de manifester en demandant l’expulsion des indésirables. De quoi rappeler des scènes déjà vues en France un peu partout, singulièrement dans notre capitale.

De fait, si l’on parle beaucoup de l’émigration de Marocains à destination de l’Europe, on oublie que le royaume est aussi un pays qui reçoit de l’immigration non seulement de transit mais aussi de migrants qui s’installent au long cours, parfois dans l’espoir de pouvoir rallier plus tard l’Europe en traversant le détroit de Gibraltar ou en passant par les enclaves de Ceuta et Melilla. Il s’agit donc d’une passerelle stratégique d’une importance capitale pour l’ouest de l’Europe, de la même manière que la Turquie l’est pour la Méditerranée orientale.

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Il est évident que cette question ne pourra être traitée sans lutter contre les mafias qui profitent de la misère et encouragent les candidats à l’exil sur la base de fausses promesses. Chaque pays doit pouvoir souverainement contrôler qui entre et qui sort de son territoire, en choisissant les individus qui peuvent s’adapter à la culture et à l’économie locales. Malheureusement, l’immigration est maintenant un phénomène subi et instrumentalisé, tant par des idéologues d’extrême-gauche qui entendent casser le principe même des frontières que par des criminels qui ne sont intéressés que par le profit qu’ils peuvent en tirer. Les premiers mettent d’ailleurs en place un environnement favorable au développement des seconds.

Des donneurs de leçons sans frontières

Quand des pays prennent les mesures qui s’imposent pour décourager l’immigration illégale, ils sont visés par des attaques d’associations et d’ONG qui ont un agenda politique en tête. Exactement les mêmes qui ont voulu installer des migrants à Callac, petit village breton qui n’en demandait pas tant, afin de « redynamiser » cet espace rural. Pourquoi les instigateurs du phénomène n’ont-ils pas eux-mêmes quitté New York et Paris ? Il est trop facile de faire la leçon aux peuples prospères et à ceux qui aspirent à la prospérité sur leur supposé « manque de générosité ». Ce sont pourtant ces pays qui voient leur jeunesse s’exporter en Amérique du Nord ou en Australie, pendant que nous devons accueillir des migrants non qualifiés, venant parfois chargés de casiers criminels ou de traumatismes majeurs.

Que trouveront-ils à Casablanca ou à Paris ? Rien. Très majoritairement masculins, ces migrants finiront par errer et s’abandonner à une misère bien plus grande que celle qui était leur quotidien chez eux. Manipulés et dupés par des marchands de rêve, ils rencontrent en bout de chemin les marchands de drogue et de mort. La lutte contre l’immigration subie est donc un sujet qui concerne tous les pays qui veulent rester souverains et conserver leur identité, c’est ensemble qu’ils y mettront un terme.

Féministes: arrêtez de castrer nos mecs!

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Sophie de Menthon Photo: D.R.

Quand les féministes veulent la peau des hommes!


Et des femmes par la même occasion ! Cette pseudo égalité des sexes finit par être un problème sociétal. Que les femmes aient les mêmes droits que les hommes et les mêmes salaires, on est d’accord. Mais indéfiniment vouloir réduire les différences à des conséquences déplorables sur nos comportements et le bonheur des unes et des autres?

Certes, les femmes ont été dominées par les hommes depuis… que le monde existe ! Faut-il pour autant « venger sa race » comme le revendique notre prix Nobel de littérature Annie Ernaux ? Certes, il faut rétablir la situation, mais occupons-nous d’abord et surtout des dernières esclaves de l’humanité que l’on cache à nos yeux en les voilant dans des pays en guerre idéologique et religieuse. Iran, Pakistan…

Vers l’indifférenciation

Mais stop à ce féminisme qui relève plus d’une idéologie anti-masculine. Et arrêtons de penser que toutes les femmes sont battues, car cela nuit à celles qui le sont vraiment.

A relire, du même auteur: J’aime les hommes…

Pour soi-disant remédier une bonne fois pour toutes à ce qu’on appelle les “violences sexistes et sexuelles”, il faudrait désormais indistinctement considérer les femmes et les hommes en toute circonstance, ne plus les différencier. Le gout du nivellement n’est pas que professionnel, il est sociétal. Or, les hommes ont une force physique que n’auront jamais les femmes, ils n’aiment pas les mêmes choses, ils n’ont pas les mêmes instincts, pas la même forme d’amitié ou même parfois d’amour, et ils n’ont pas envie, ne vous en déplaise, de faire forcément les mêmes métiers etc. Et c’est tant mieux ! On sait bien tout ça, mais on est obligé de le redire, tant que cela sera nié par nos ultras féministes aux grands cœurs… haineux ! Laisse tomber chéri, je te laisse ton barbecue.

Sandrine Rousseau à Poitiers, 20 août 2021 © NOSSANT/HARSIN ISABELLE/SIPA

Je ne suis pas forcément d’accord sur le fait que les filles doivent absolument jouer au foot. Et si elles préfèrent les tutus ? Les hommes sont priés de se mettre à la couture, d’accoucher en même temps que leur femme : si certaines peuvent se satisfaire que les pères adoptent la couvade africaine, point trop n’en faut non plus. Laissons aux femmes le triomphe de la maternité. Les pères ne doivent pas être des mères comme les autres, et surtout avec toutes les mêmes attributions. 

Cellezéceux 

La mode suit et nos vêtements tendent vers une homogénéité dans le style cool, jeans et sweats taille unique, qui rendent les corps des jeunes filles informes. L’objectif : se ressembler toutes-et-tous. « Tous les garçons et les filles …»  On aurait encore le droit d’écrire cette chanson ? « Ils » sont devenus une catégorie unisexe, nos djeun’s. Parlons-en encore de l’unisexe, car nier une certaine féminité a contribué à évincer l’élégance et le raffinement dans nos rues, la coquetterie a disparu du vocabulaire, et être crado semble désormais plus tendance. Même la haute couture ne sait plus à quel code se vouer…

Le cellezéceux qui a envahi les discours (un véritable échec oratoire !) ne reflète pas la réalité de ce qui est en train de se produire, car en fait on nous veut de plus en plus identiques ou interchangeables. Tout cela est assez malsain, le sous-jacent étant que l’homme est par définition coupable et qu’il faut le punir et le déviriliser, qu’il ne doit pas être dominant (moi, j’aime bien) et surtout ce n’est pas ainsi que l’on empêchera les femmes d’être maltraitées, voilées, ou violées. Simultanément, la sexualité elle-même est devenue… unisexe ! Attaquons-nous sérieusement à cette invasion terrible du porno, surtout celui qui est à la portée des jeunes et qui est une violence faite à la sexualité d’une toute jeune fille, éliminant tout romantisme lié au sexe, le respect des femmes, et rangeant la pudeur au rayon du ringard, détruisant les interdits psychologiques et moraux qui avaient du bon quoiqu’on en dise, empêchant de libérer les instincts les plus violents. 

Confusion des genres

Confusion des genres ! Il faudrait que les hommes se féminisent, qu’ils luttent contre leur nature profonde qui serait de brimer et écraser les femmes. Gommer toutes les caractéristiques dites masculines dans la vie quotidienne, ah bon ? 

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J’aime bien que les hommes portent ma valise, ils sont plus forts quand même ! Mais je dois la tirer grâce aux roulettes c’est plus égalitaire. Je ne suis pas capable de changer de chaîne, de zapper correctement, je ne veux pas descendre la poubelle mais je ne veux pas non plus que mon homme repasse mon chemisier, je ne trouve pas ça sexy ! Et je veux bien lui repasser, sa chemise. Je n’ai pas un sens inouï de l’orientation et je suis tellement conditionnée que je pense que lui est meilleur pour ça, et ça me va… c’est bon d’être un peu conditionnée, qu’il m’ouvre la porte, qu’il s’efface devant moi, qu’il se lève quand j’arrive à la table du restaurant. Le plus terrible c’est que je suis certaine qu’il y en a qui ne voient même pas de quoi je parle. « Je suis une femme, et toi c’est quoi ton superpouvoir ? » !

Laissez-nous des gentlemen, des romantiques, des bricoleurs du dimanche, des soupirants, quelques machos au cœur tendre, des rugueux affectifs, des sigisbées… Pas des brutes ! J’aggrave mon cas: Laissez-nous nos « vrais » hommes. Là, je risque la garde à vue sur le thème : c’est qui les « faux » ?

Une femme est un être sans défense…  Mais jusqu’à ce que son vernis soit sec !

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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“Babylon”: mort et résurrection de Brad Pitt

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Brad Pitt et Diego Calva dans "Babylon" (2023), film de Damien Chazelle © Paramount Pictures

Attention chef-d’œuvre! clame notre chroniqueur. Ah oui? Un film avec Brad Pitt, vraiment? Une exaltation de l’âge d’or d’Hollywood, dans le passage du muet au parlant? Allons donc! Mais on a vu cela dix fois — à commencer par Chantons sous la pluie, non? Ou The Artist? Alors, qu’a donc de plus le film de Damien Chazelle?


Nous savions depuis Whiplash que Damien Chazelle dirige admirablement les acteurs. Et qu’il est le petit génie des plans-séquences, voir ce fabuleux travelling dans la séquence d’introduction de Lalaland. Il a additionné ces deux qualités, si rares dans le cinéma contemporain où l’on détaille toute scène en petits morceaux, faute de pouvoir compter sur des acteurs compétents, pour penser Babylon, qui vous laissera sans voix. 

À la sortie du cinéma, le seul mot qui me venait, en boucle, était « virtuosité ». Je sais que dans notre ère de petits esprits raisonneurs, la brillance n’est pas recommandable ; mais Chazelle est un réalisateur brillant, d’un bout à l’autre d’un film qui dure pourtant 189 minutes, que l’on ne voit pas passer. 

Le cinéma est étymologiquement ce qui bouge. Et pour bouger, Babylon déménage. Dans la première demi-heure, la séquence de la fête chez Don Wallach (un producteur auquel on a fait la tête de Harvey Weinstein) est une frénésie, un feu d’artifice d’une précision millimétrée : Chazelle, comme jadis les grands artistes baroques, est capable de filmer la folie en la réglant au centimètre près.

Je n’ai pas toujours été tendre avec Brad Pitt, qui a souvent été un gros paresseux. Angelina Jolie, qui n’a jamais été que la démonstratrice de ce que l’on peut faire à une paire de seins avec un peu d’hélium, l’a pétrifié longtemps dans des rôles insignifiants. Le comble de cette insignifiance fut le Il était une fois Hollywood de cette outre pleine de vent et d’autosatisfaction qu’est Quentin Tarantino.
Je n’avais pas aimé cette pâtisserie écœurante. A mon avis, Damien Chazelle non plus : il a récupéré deux acteurs essentiels qui y jouaient, Brad Pitt et Marot Robbie, et a tourné son film dans le même quartier de Los Angeles, Bel air, mais en situant l’action à l’époque où ce n’était qu’un moutonnement de collines arides.
Sauf qu’il a insufflé à Brad Pitt l’ambition de prouver qu’il était un grand acteur. Il aura 60 ans à la fin de l’année. Un sex symbol sexagénaire, cela ne se peut pas : alors Chazelle filme en gros plan les rides et les poches sous les yeux de sa star, et son regard désabusé. Il y a une séquence qui sera d’anthologie dans toutes les vraies écoles de cinéma, où la star en train de dégringoler vient demander des comptes à la journaliste impitoyable que joue Jean Smart— qui est septuagénaire, elle. Maquillée, plâtrée, marquée déjà par la mort, elle inflige à Brad Pitt un petit cours sur le destin des acteurs : ils s’étiolent, ils disparaissent, mais ils existent pour l’éternité sur la pellicule. Les gens qui les ont connus disparaîtront aussi, mais des millions d’enfants à venir s’extasieront devant eux. Si, comme le proclamait Céline, l’amour, c’est l’éternité à la portée des caniches, le cinéma est l’éternité à la portée des fantômes.

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Damien Chazelle les a poussés, l’un et l’autre, si loin dans leur zone d’inconfort, face au miroir impitoyable que chacun tend à l’autre, qu’ils y ont trouvé l’étincelle de génie qui transmue un dialogue ordinaire en scène d’anthologie.

Margot Robbie, plus belle et mieux filmée qu’elle ne l’a jamais été, défoncée d’un bout à l’autre, tient là le rôle de sa vie : elle ne vieillira pas, elle, elle restera éternellement jeune, dans les mémoires, comme Garbo.

Quant à Tobey « Spiderman » Maguire, en truand maladif sadico-paranoïaque, il est tout bonnement époustouflant.

Puis il y a le petit dernier, Diego Calva, un acteur mexicain qui joue le Latino de service, l’homme à tout faire qui sera brièvement le génie du passage au parlant. Et qui finira, à moitié chauve, dans un cinéma de 1952, à regarder Chantons sous la pluie, à se souvenir, à pleurer sur sa jeunesse enfuie, et à rire devant le spectacle de l’immortalité. Qui parmi nous prétendrait que Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor ou Jean Hagen sont morts pour de bon, quand il suffit d’un clic pour les faire revivre ? Eh bien grâce à ce film, quelques acteurs sont entrés dans l’éternité.

Babylon ne camoufle pas ses références, c’est un film pour cinéphiles avertis qui peut se regarder sans rien y connaître. L’amateur d’histoire du cinéma y reconnaîtra l’éléphant qui ornait les décors de Griffith (rappelez-vous Good morning Babilonia, ce très beau film des frères Taviani en 1987). Ou le meurtre de la jeune Virginia Rappe par Roscoe Arbuckle, dit Fatty, lors d’une orgie en septembre 1921. Ou la succulente Clara Bow, star des années 1920, qui passait pour s’être offert les services amoureux d’une équipe entière de football américain. Quant à Brad Pitt, son personnage s’inspire évidemment de John Gilbert.

Le cinéaste Kenneth Anger a raconté ça, entre autres frasques inimaginables en nos temps de wokisme et de morale étroite, dans son Hollywood Babylon, dont Vincent Roussel a dit tout le bien que j’en pense il y a une dizaine d’années sur Causeur. Pas de hasard, les grands films sont faits de films et de livres — pas de bonnes intentions.

Le cinéphile reconnaîtra des références encore plus enfouies. Lorsque Margot Robbie / Nellie La Roy va voir sa mère dans un asile d’aliénés, comment ne pas se rappeler que Marilyn Monroe (qui apparaît fugacement, sur une affiche) allait visiter la sienne dans un autre asile ? Joyce Carol Oates a magnifiquement raconté ça, dans Blonde, le livre que vous avez lu pour vous consoler du navet pitoyable que Netflix en a tiré.

Au passage, Babylon tue par avance les films minables dont les bandes-annonces nous ont été infligées dans les dix minutes qui précédaient la séance. Du cinéma français bourré de bonnes intentions — mais on ne fait pas un chef-d’œuvre avec de bonnes intentions.
Babylon, dont la réalisation a été différée pour cause de Covid, a été mal accueilli aux USA : ils ont du mal à se concentrer sur trois heures d’intelligence et de virtuosité, là-bas, il leur faut le temps bref et répétitif des séries. Netflix va tuer le vrai cinéma. À vous de leur prouver que nous sommes globalement bien plus intelligents et artistes qu’eux : précipitez-vous, vous ne le regretterez pas.

Louis Boyard, l’ignorant qui voulait être une star

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Louis Boyard (assis) et le rappeur Yanni. Capture d'écran du clip.

Le jeune député LFI du Val-de-Marne apparait dans un clip de rap menaçant évoquant le “grand remplacement”, dans les paroles duquel le taux de natalité est qualifié d’”arme démographique”, où il est question de “fachos à saigner” et où l’on peut entendre “Je péterai l’champ’ à la mort du borgne, J’le péterai à la mort de sa fille, Je péterai le champ’ à la mort d’Maréchal”.


Il fut un temps où les jeunes rappeurs avaient du talent. Joey Starr rugit comme un lion précoce, et cofonda NTM à l’âge de 22 ans. Frère de Vincent Cassel au moins aussi talentueux, Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat, se fit connaître avec le groupe Assassin vers l’âge de 20 ans.

Génération télé-réalité 

Louis Boyard, lui, n’a pas de talent. Mais Louis Boyard veut quand même être une star. Né en l’année 2000, un an avant la première saison de Loft Story, Louis Boyard est de celles-et-ceux qui ont été biberonnés à la télé-réalité, celles-et-ceux qui s’imaginent qu’il suffit de passer à la télé pour briller. 

Dans un monde sous le signe de la vertu et de l’humilité, Louis Boyard serait resté un parfait inconnu. Seulement, il y a deux ans, l’émission “Les Grandes Gueules” sur RMC et surtout “Touche pas à mon poste”, sur la chaîne C8, lui offrent l’occasion de prendre la parole.

De la Vendée à la télé

Dès lors, le jeune homme, qui n’est alors jamais sorti de Vendée, prend la route de la célébrité. Sous les auspices de C8 et Bolloré, Louis Boyard ose. Comme disait Lino Ventura dans « Les Tontons flingueurs », ceux qui osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît. 

A lire ensuite, Jérôme Leroy: Prise de tête pour la tête du PS

Le problème, c’est que Louis Boyard n’a pas dû voir « Les Tontons flingueurs », alors, il ose encore. À l’étroit dans son costume de chroniqueur, le jeune Louis se présente l’année dernière à la députation sous les couleurs de LFI, et il est élu.

Du tiers-mondisme au rap 

Le 10 novembre, lors de l’affaire de l’Océan Viking, Cyril Hanouna invite sur son plateau le monstre qu’il a lui-même créé. Le député LFI, qui n’a sans doute jamais foutu les pieds de sa vie dans un pays du Tiers-Monde, ni en Amérique centrale, ni en Afrique, ni dans un pays communiste – et pas dans un hôtel de La Havane, dans la campagne cubaine, camarade ! – se fait le chantre du tiers-mondisme.

Récitant une série de lieux communs qui nous font regretter Frantz Fanon, le jeune Louis s’en prend alors au grand patron propriétaire de C8, qu’il accuse de déforester le Cameroun. Avec tout le tact qui le caractérise, Cyril Hanouna lui répond : « Arrête de te la raconter, j’m’en bats les couilles que tu sois élu, si t’es député, c’est grâce à nous ».


Du rap et des frites pour le jeune Louis

S’il avait un poil d’humilité, Louis Boyard serait alors retourné en Vendée, mais non, Louis continue d’oser. Aujourd’hui, il est à l’honneur d’un titre du rappeur Yanni. Dans un obscur clip nommé « Louis Boyard », où le rappeur évoque pêle-mêle drapeau algérien sur une mairie française, « fachos à saigner » et « Allah Akhbar », Louis Boyard apparaît tout guilleret devant un kebab frites. À défaut de savoir chanter, Louis Boyard fait de la figuration dans le clip d’un rappeur que personne ne connaît. Pourquoi fait-il ça ? Parce qu’il est bien moins con qu’il en a l’air. Déjà, l’avocat Gilbert Collard et Marion Maréchal s’indignent sur Twitter. C’est lui faire trop d’honneur, le jeune Louis sait très bien qu’il ne peut exister qu’en faisant du buzz médiatique.

Louis Boyard n’est qu’un symptôme de la décadence de la France : cette partie de la jeunesse qui baigne dans le confort, qui ne connaît rien à la vie mais qui passe son temps à pleurnicher sur son sort. Un jour petit Louis deviendra grand. Reste qu’à 22 ans, il serait temps.

Grossophobie

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Cachemire au rabais

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Affiche du film « The Kashmir Files » / D.R

Le président israélien d’un festival de cinéma accuse un film réalisé par un hindou de propagande… anti-musulmane.


Un film indien est au centre d’une controverse entre hindous, musulmans et Israéliens. The Kashmir Files, du cinéaste Vivek Ranjan Agnihotri, revisite les événements des années 1989-1990 quand des rebelles musulmans ont forcé des hindous à fuir la région du Cachemire amèrement disputée par l’Inde et le Pakistan. Sorti en mars et promu par les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party du Premier ministre indien, Narendra Modi, le film a connu un véritable succès commercial. Mais il a enflammé les tensions en Inde et a même provoqué des émeutes lors des premières projections en salle. Les condamnations proviennent de la communauté musulmane qui l’accuse d’islamophobie.

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Lors du festival du film international de Goa, fin novembre, le président du jury, le cinéaste israélien Nadav Lapid, a abondé dans ce sens, qualifiant l’opus d’Agnihotri de « propagande » vulgaire indigne d’un festival artistique. Il a tout de suite fait l’objet d’attaques de la part des nationalistes hindous et même de la part de l’ambassadeur israélien à New Delhi qui, soucieux de préserver les bonnes relations intergouvernementales, a tweeté une lettre ouverte à son compatriote, déclarant : « Vous devriez avoir honte. » Agnihotri et ses défenseurs, comme le journaliste vedette Aditya Raj Kaul, font souvent le parallèle entre son film et La Liste de Schindler (et parfois Le Pianiste de Polanski) car, à leurs yeux, les deux révèlent la vérité sur un génocide. Agnihotri traite ceux qui n’acceptent pas sa vision des événements du Cachemire de « négationnistes » (genocide-deniers). Le vocabulaire et les références cinématographiques de la Shoah se sont installés dans les disputes interreligieuses en Inde.