Treize minutes, douche froide comprise ! Tant qu’à n’avoir rien à annoncer, autant faire court…
C’est bien la seule chose de marquante de cette intervention. Encore qu’écouter quelqu’un gloser plus de 10 minutes sur du vide, vous parler d’un monde idyllique où lui seul paraît vivre, pour finir sur un numéro puéril d’autosatisfaction sur Notre-Dame où le caprice du Prince tient lieu de feuille de route, peut paraître assez long, finalement !
L’instrumentalisation de Notre-Dame est la pire chose qui pouvait arriver au chantier. Maintenant, si un quelconque retard apparaît, il faudra bâcler, car pour les courtisans, la reconstruction devra être achevée pour complaire au Prince et non en ayant pour souci la qualité du travail effectué. Il faut satisfaire le petit lord, c’est la seule chose qui compte.
Pour le reste, l’hôpital est en train de se casser la figure, les pénuries de médicaments et de matières premières se multiplient, l’école est en train de s’effondrer et les annonces du ministre lui maintiennent bien la tête sous l’eau, la réindustrialisation reste marginale et le pouvoir d’achat est en berne. La France dont Macron parle et qu’il se glorifie d’avoir redressée a autant de consistance que le rêve de Poutine de devenir maître de l’Ukraine en 15 jours. Cet homme se paye de mots et s’enivre de lui-même. Mais plus il se met en scène, moins il touche le public.
Tout comme il est difficile de donner une consistance au néant, il devient de plus en plus compliqué de commenter une parole présidentielle aussi creuse que démonétisée. Le verbe de Macron est devenu contre-performatif. Plus il glose, plus il détruit. Plus il est optimiste, plus il apparaît faux. Plus cet homme occupe l’espace, plus il étouffe le réel. La chute continue et l’infatuation du verbe ne réussit même plus à masquer l’absence de perspectives.
Les promesses du président ne sont plus que le rappel de ses échecs passés et de ses turpitudes présentes. Son verbe n’est pas créateur d’avenir ou d’espoir d’en retrouver un. Tout ce qu’il annonce a déjà été annoncé précédemment sans pour autant accoucher d’aucune amélioration. Cette allocution n’est que son énième « qui m’aime me suive ». Il devrait rester seul sur la route.
Au programme du spectacle «No(s) dames»: déconstruction des classiques opératiques et drag-queeneries en tout genre.
Le 11 avril, le contre-ténor Théophile Alexandre et le quatuor féminin Zaïde donnaient un spectacle intitulé « No(s) dames » au Trianon de Paris.
Ces artistes prétendent revisiter les figures d’« héroïnes d’opéra aux destins tragiques ». Les rôles de Carmen, Manon ou Juliette y sont incarnés par des hommes afin de « déconstruire les codes » et d’aller au-delà des « fatalités de genre ». Selon Emmanuel Greze-Masurel, le directeur artistique du Volcan, le centre culturel du Havre où eurent lieu les premières représentations en 2022 : « D’un certain point de vue, l’opéra est l’un des fleurons du patrimoine patriarcal. » Lui et Théophile Alexandre ont donc choisi de privilégier un quatuor de musiciennes plutôt qu’un « orchestre rugissant – encore aujourd’hui majoritairement masculin – et un chef, avec une grande baguette », nous apprend la revue Causettequi, enthousiaste, décrit les folies vestimentaires et drag-queenesques du contre-ténor jouant « avec des bustiers corsetés, des robes entravées et des talons vertigineux ».
De Diapason à Têtu et France Musique, la presse applaudit à ce spectacle qui « réhumanise les grandes arias de divas composées par des hommes » – Bizet, Grieg, Verdi, Mozart, Rossini, Massenet, des monstres masculinistes qui n’accablèrent leurs héroïnes que pour assouvir leur appétit de domination sur « ces femmes, condamnées depuis des siècles aux rôles d’éternelles victimes ». Le passé coupable, le présent vertueux, l’avenir radieux – adossés à ce triptyque totalitaire, le spectacle propose « un point de vue renouvelé sur ces œuvres, musical et sociétal, pour démuséifier cette musique et la projeter vers l’avenir en incarnant de nouveaux modèles (1) » – c’est-à-dire, aurait dit Mao, pour faire advenir un monde nouveau dans lequel Carmen pourra être indistinctement incarnée par un contre-ténor non binaire, une mezzo-soprano transgenre ou un baryton « avec un utérus ».
Tout ce qu’on voudra, du moment que ce n’est pas… une femme.
La littérature française actuelle se repaît des petits bobos de la vie, des accidents des uns et des maladies des autres lorsqu’elle n’est pas donneuse de leçons… Dans ce paysage navrant, 30 pages, humbles et percutantes, viennent stimuler le lecteur exigeant: La Maison, un inédit de Julien Gracq.
En ce début de printemps, les éditions José Corti publient un court récit inédit de Julien Gracq (1910-2007), La Maison. Cette trentaine de pages, probablement rédigées entre 1946 et 1950 et accompagnées des deux manuscrits de l’auteur, feront le bonheur des amoureux d’un style reconnaissable entre tous : la plénitude d’une écriture descriptive capable de donner à une action toujours ténue le charme décisif de l’événement, et de combler l’attente par une abondance de détails envoûtants susceptibles de changer l’ordonnance du monde. Julien Gracq se définissait lui-même comme un écrivain descriptif presbyte, contrairement à ceux qu’il appelait les descriptifs myopes, son goût pour les lointains plutôt que pour les choses toutes proches lui venant peut-être de son enfance au bord de la Loire, avec ses eaux sauvages qui portaient loin la lumière et les bruits. C’est à cette presbytie descriptive que nous invite La Maison – récit, à la première personne, de la fascination exercée par une demeure d’abord aperçue au loin lors d’un trajet quotidien en autocar. Ceux à qui Julien Gracq, notamment avec Le Rivage des Syrtes (1951), rappelle d’ennuyeux moments de lecture, ne seront pas déçus par ce livre au format atypique et à la couverture printanière. Peut-être cet ouvrage, resté si longtemps silencieux à l’abri de l’érosion que les lectures successives font généralement subir aux textes, à l’abri aussi des changements de notre regard porté sur le monde, leur donnera-t-il le plaisir de renouer avec ce qui, aujourd’hui, relève vraiment de l’inédit : une première personne du singulier qui ne soit pas la voix nue de l’auteur, mais la voix d’un narrateur nous invitant toujours à le suivre lorsqu’il dit « je ».
Une lecture antidote
La Maison de Julien Gracq est, à ce titre, une lecture salutaire, antidote à ce qui se publie à la pelle depuis quelques années, à savoir tout un fatras de récits à la première personne dont les embarrassantes confessions font l’effet d’une expression écrite scolaire (« raconte un événement qui t’a beaucoup marqué ») rédigée à la hâte dans la salle d’attente d’un psychologue. Portraits de soi en majesté, petits moi plaintifs inadaptés au temps présent, nostalgiques sépias des avant-hier qui chantaient encore et, surtout, inlassables sagas du deuil, de la mort du mari à moto à celle du frère atteint d’une maladie génétique, en passant forcément par celle du père adoré et de la petite maman aux seins plats partie de la clinique dans la nuit. L’époque n’est décidément plus à « la rareté de tout, des objets, des images, des explications de soi et du monde » (Annie Ernaux, Les Années), mais au grand déballage de ses petits chagrins narcissiques et de ses grandes peines humaines, étalés avec toute l’immodestie et l’impudeur requises sur les innocentes tables de nos librairies. À mi-chemin entre la rubrique des faits divers et le compte Instagram des états d’âme, cette littérature récente nous inflige l’indigente autobiographie de ses auteurs et décline en exempla latins à usage collectif tout un petit bazar de souvenirs intimes dont le lecteur ne sait que faire. Mais « je » est un hôte : il faut le recevoir et l’écouter parler avec émotion et bienveillance.
Vivre vite (Brigitte Giraud, 2022), Mes fragiles (Jérôme Garcin, 2023), Le Monde d’avant (Marc Lambron, 2023), L’Envers des ombres (Céline Navarre, 2023), L’Exil à domicile (Régis Debray 2022), Inconsolable (Adèle Van Reeth, 2023)… À la lecture – bienveillante, mais sans émotion – de ces ouvrages, une certaine gêne nous prend : autant les petits médaillons tout confits d’orgueil auront probablement la joie furtive de nourrir quelque conversation salonarde (« 1965. À l’âge de 8 ans, je suis déjà un lecteur gourmand, comme si je sentais que les livres abritent tous les secrets du monde », Marc Lambron, Le monde d’avant), autant le récit d’un deuil a quelque chose de bien déroutant. Les deux ne sont d’ailleurs pas exclusifs l’un de l’autre, la fin de vie de maman sous perfusion pouvant garder « une grâce mozartienne » et la mort du frère convoquer de belles ombres tutélaires : « avant de m’effondrer, j’ai pensé à notre mère, dont il était le beau, l’irrésistible souci, et je me suis rappelé alors le mot du général de Gaulle, lorsque sa fille trisomique, Anne, mourut à 20 ans dans ses bras : maintenant elle est comme les autres » (Jérôme Garcin, Mes fragiles). Pas sûr que Mozart ou le général de Gaulle ait été enchanté de figurer dans ce genre de récit. Pensons, de notre côté, au mot de Raymond Aron lequel, coupant court à toute possibilité de confidence trop intime sur l’un de ses drames familiaux, déclarait avec cette pudeur qui n’est au fond que la maîtrise sans gloire des émotions trop vives : « Cela n’intéresse personne. »À l’heure où même le porno devient éthique, ces irrépressibles épanchements gagneraient à rester au creux des âmes plutôt que de venir noircir des pages blanches et ternir le sens que nous donnons, en silence, à nos propres malheurs. À moins que la littérature n’ait trouvé dans le bulletin de santé physique et mentale de ses auteurs et de leurs proches de quoi pallier durablement ses carences en imaginaire. Ce qui serait regrettable, car la vie est, espérons-le du moins, autre chose qu’un « tambour de machine à laver » et la mort peut-être assez étrangère à« 300 F oubliés dans le distributeur de la Société Générale » (Brigitte Giraud, Vivre vite, Prix Goncourt 2022).
Sevrage de la myopie égotique
La littérature peut-elle encore être autre chose que ces miscellanées ego-morbo-pornographiques ? Repus du « je » incontinent d’un bon nombre d’auteurs, le lecteur se réfugiera sans doute dans Avers de J.M.G Le Clézio (2023), ou Histoire d’un ogre d’Erik Orsenna, publiés en ce début d’année. Mais parler d’autres que soi est-il davantage une garantie de qualité littéraire ? Dans ses « Nouvelles des indésirables », généreux sous-titre qu’il donne à Avers, Le Clézio se fixe comme objectif « de faire naître [chez le lecteur] un sentiment de révolte face à l’injustice » de ce qui arrive à ses personnages. Pour une fois que nous avons des personnages, ne boudons pas notre plaisir. Pourtant, « pourquoi inventer des personnages, des histoires ? Est-ce que la vie n’y suffit pas ? » se demande soudain l’auteur. Pensons à poser la question à Victor Hugo, Honoré de Balzac, Émile Zola, Marcel Proust. Et aussi à Michel Houellebecq. En attendant, Maureez, Aminata, Hanné, Renault et les autres sont là pour jouer leur rôle de grands oubliés des joies quotidiennes : tous des damnés de la terre, violés, battus, méprisés, insultés, abandonnés à leur triste sort, des « bon[s] à rien juste à nourrir les cochons et aboyer comme les chiens » ou à « rester assis sur [leur] morceau de rue ». À eux « les choses tristes, douces-amères, la dame employée de bureau assise sur le quai, son mari qui l’a battue, qui l’a trompée, ses enfants qui l’ont abandonnée, ses amis qui se sont détournés ». Quant à Erik Orsenna, ce ne sont pas les pauvres, mais les misérables riches qui font sa raison d’écrire : son ogre, Vincent Bolloré, dont il fait un curieux portrait à la limite de la démence, lui donne l’occasion de montrer, dans un style pseudo-voltairien, et entre deux petites jouissances d’autosatisfaction bien sonore (« votre narrateur, un temps conseiller culturel de François Mitterrand, avait participé activement à la création de cette oasis [Canal+] ») qu’avec le temps, la grammaire a cessé d’être une chanson douce. Quel gâchis, Orsenna était un nom si… gracquien.
Revenons donc à La Maison, de Julien Gracq, et comparons : « Tout était léger, ouvert, cristallin, facile – d’un autre monde – comme si le rideau de pluie brusquement levé m’eût été ce fondu enchaîné des films qui soude en une seconde les rues aux forêts et les minutes aux années. Quelques pas plus loin, la maison soudain fut là. Je la touchai presque de la main, gainée qu’elle était presque jusqu’au rebord du toit d’un treillissage de branches sèches, ses volets déboîtés enchevêtrés déjà dans les ronces, son balcon de fer tordu sombré dans le feuillage comme la passerelle d’un bateau coulé. » Ce que l’on trouvera dans ces quelques pages sauvées de l’oubli sera le plaisir, si rare aujourd’hui, de voir décrit le monde. À l’heure où certains sont intarissables sur la solastalgie –pompeux néologisme désignant la nostalgie devant un paysage disparu sous l’effet de l’activité humaine–sans être pour autant capables de dépeindre, par l’écriture, un visage aimé, un coin de nature ou un morceau de ciel, Julien Gracq nous lave les yeux et nous fait voir ce que décrire veut dire. Il nous montre aussi qu’un livre publié en 2023 grâce aux ruses du temps peut ne parler ni des petites misères ni des grands malheurs de son auteur. Rendons un discret hommage, en le lisant, à celui qui, en écrivant, nous sèvre d’un coup des mesquineries de la myopie égotique et nous rappelle les charmes de la presbytie en littérature.
La dernière allocution de notre Impuissant de la République qui vient de promulguer sa Réforme des retraites est, on en a pris l’habitude, aussi incantatoire que nébuleuse. Elle ne manquera pas, on s’en doute, d’attiser l’incendie qui couve sous toute poubelle en France. Notre thaumaturge sollicite 100 jours pour redresser, à coups de projets improbables pilotés par des comités Théodule, un pays qui vacille. 100 jours, puis, l’exil à Sainte-Hélène pour un président stendhalien, épigone de Julien Sorel, qui rejouerait son Waterloo personnel ? Voilà de quoi conforter dans leur volonté d’allumer le feu, blacks blocs et autres illuminés adeptes du désordre comme ultime finalité ou activistes au service d’une écologie sectaire.
C’est le Grand Soir? Non, Madame, juste le crépuscule!
Les manifestations réitérées contre la réforme des retraites, la joyeuse réunion de Sainte-Soline et, peut-être même le printemps, avaient déjà ragaillardi les blacks blocs et les faibles d’esprit de tout poil, séduits par le chaos. Après la dernière sortie présidentielle, on en est à peu près sûr, nos jeunes sots, produits d’une école en faillite et d’une autorité en crise, dûment remobilisés, sont regonflés à…bloc. Encapuchonnés et tout de noir vêtus, ces révolutionnaires d’opérette, aussi décérébrés que nuisibles, vont pouvoir perpétuer leurs ravages dans les centres de nos villes et continuer à attaquer nos policiers. Ces fantoches, confortés dans leurs exactions par certains politiques qui ont pour eux les yeux de Chimène, sont à la contestation citoyenne ce qu’est la grêle aux vignes.
Jeunes sots infatués, ils s’imaginent préparer un nouveau Grand Soir. Las, ce n’est que la tombée du crépuscule qu’ils hâtent. L’histoire, on le savait, se répète, bégayant, de la tragédie à la farce. Mais voilà maintenant qu’elle éructe ; on a perdu jusqu’aux mots que l’école a cessé d’enseigner. Des vocables frustes et grossiers qui confinent à l’onomatopée, badigeonnés à la hâte sur les murs de nos villes par ces Huns modernes, attestent de cette inquiétante volatilisation du langage. La violence tend à se substituer à toute possibilité de verbalisation.
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Au XIXè siècle, déjà, une génération s’égare…
Au début du XIXe siècle, dans une situation de perte de repères semblable à la nôtre, le tout jeune Musset pouvait encore formuler l’absence de perspectives et l’inaction qui corrodent lentement la vie d’une jeunesse rendue veule par l’inertie. Ainsi, dans La Confession d’un enfant du siècle, après la succession des révolutions et la fin des Guerres napoléoniennes, Alfred écrivait, commentant son époque : «Trois éléments partageaient (…) la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes… quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique (…)Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toutes espèces, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leurs bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. (…) »
Les mots qui tenaient la nuit en respect ont disparu au profit des comportements décadents et violents. J’ai pu le constater lors de la manifestation lyonnaise du 13 avril. Voyez plutôt: la préfecture, modifiant le parcours de la procession a permis à la médiocrité intellectuelle d’une partie de la jeunesse, biberonnée à la haine de l’effort comme à celle de la réussite et au mépris la culture de s’afficher sans complexe. Ce jour-là, on avait eu, en haut lieu, la géniale idée de faire passer le cortège par le vénérable boulevard des Belges, bordé d’hôtels particuliers qui jouxtent le Parc de la Tête d’Or. Bien sûr, les précédentes journées avaient été, elles aussi, chaotiques : destruction systématique des abris bus, des vitrines des banques, assurances et agences immobilières, sans oublier la pause- café chez Nespresso. Le tout sur fond de feu de poubelles et de provocation des forces de l’ordre. Maintenant, il s’agissait de faire trembler ces salauds de nantis, totale réussite : intrusions dans les propriétés, jets de projectiles sur les façades des bâtiments, slogans anti-riches et tags qui, tels des crachats, souillaient les murs.
Misère des slogans
Voici un florilège de cette expression rupestre d’un genre nouveau, assez inquiétante pour l’avenir de la jeunesse et par voie de conséquence pour les moins jeunes : « Macron pendaison », « Mangez les bourgeois », « Tout le monde déteste les bourgeois », « Vengeance pour Sainte-Soline : vengeance SS (sic) », « On est né pour la retraite », « On veut des cunis pas des képis » et bien sûr, les inévitables « ACAB », ou autre « Tout le monde déteste la police. » Le seul hôtel particulier épargné lors de cet après-midi festif, l’aurait été, selon ce qu’on m’a rapporté, parce que ses propriétaires qui montaient la garde sur le pas de la porte auraient précisé aux jeunes vandales soutenir la cause palestinienne !
Quand l’école préfère s’occuper du sexe des anges et du bien-être de ses usagers plutôt que de nourrir des esprits qui ne tournent plus qu’à vide, craignons que cette minorité facétieuse ne devienne rapidement majorité. La nuit est peut-être sur le point de tomber.
L’actualité nationale masque en ce moment certains grands enjeux internationaux, à commencer par l’interdiction de facto de la vente de voitures à moteurs thermiques au profit de véhicules électriques à partir de 2035 dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. L’enjeu écologique s’est toutefois doublé d’un enjeu de souveraineté européenne qui, sur son volet énergétique, a pris une nouvelle dimension avec la guerre en Ukraine qui a démontré la grande dépendance d’une partie des pays membres de l’Union au gaz russe à bas coût.
Un duel franco-allemand
L’Allemagne fait ainsi l’objet de nombreuses critiques pour sa politique en la matière, obstinée et incomprise par ses voisins. Samedi 15 avril, Berlin a fermé ses trois derniers réacteurs nucléaires. Isar 2, Neckarwestheim et Emsland ont été déconnectées du réseau électrique alors que l’Allemagne est aujourd’hui le pays qui émet le plus de Co2 de l’Union. Une hausse de 8% de ces émissions a d’ailleurs été enregistrée l’an passé, l’Allemagne ayant relancé plus encore l’exploitation des énergies fossiles du fait de la crise gazière.
Sex is good but have you tried having your country shutting down its last nuclear power plants in 30 mn? pic.twitter.com/H06tK1IeHe
Lors du dernier sommet européen de mars de cette année, l’Elysée a demandé aux Etats membres de se prononcer sur le nucléaire. Le texte Net Zero Industry Act vise à ce que d’ici 2030, 40% des besoins de l’Union pour développer des technologies non émettrices soient couverts par des capacités industrielles européennes. Bien évidemment, il y a un hic. Le nucléaire n’est ici traité que comme une technologie à « émission nette », et encore ne s’agit-il que de nouvelles centrales nucléaires prévoyant un minimum de déchets et de petits réacteurs modulaires. Cette énergie n’est pas considérée comme stratégique par l’Europe.
De l’autre côté de l’Atlantique, Joe Biden semble avoir moins de pudeurs de gazelle à l’égard de l’énergie nucléaire. L’IRA (Inflation Reduction Act) de Joe Biden qui inquiète à juste titre les Européens, notamment Emmanuel Macron qui n’a pourtant pas nommé la chose lors de son déplacement chinois, est une initiative offensive de soutien à l’industrie américaine, beaucoup plus ambitieuse que les politiques européennes. Du reste, les Américains ont prévu des crédits d’impôts et des incitations pour acheter l’électricité des centrales déjà existantes, ainsi que des subventions directes pour le financement des prochaines générations de réacteurs…
Electrifier le parc automobile européen est une ambition qui va pourtant demander d’importantes sources de production d’énergie, mais aussi des infrastructures adéquates. Dans la guerre économique induite par la mondialisation, les Etats-Unis semblent prêts à mieux s’armer que nous autres. Pour commencer, ils sont de gros producteurs de gaz et de pétrole. Nous n’en avons que peu, hors les Pays-Bas, et les Îles Britanniques et la Scandinavie qui n’appartiennent pas à l’Union mais en sont proches. Nous devons donc remplacer le gaz russe.
Energie : nucléaire et GNL
Pour l’instant, l’hiver n’est pas venu et nous y sommes assez bien parvenus, mais il va falloir diversifier nos sources d’approvisionnement. Le gaz naturel liquéfié est une bonne ressource qui dépend aussi d’acteurs auxquels nous ne pouvons toutefois pas pleinement accorder notre confiance, à commencer par l’Algérie. Il importe donc de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement afin de parer à toutes les éventualités d’un monde instable.
L’Afrique pourrait s’avérer être un « eldorado » gazier aux richesses encore inexploitées. Malin, Olaf Scholz avait entamé l’an passé sa tournée sur le continent par une étape au Sénégal, pays aux réserves gazières encore intactes qui fonde de grands espoirs dans ses champs de gaz et de pétrole au large de l’Atlantique. La production devrait commencer en 2023 avec 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié les cinq premières années et 10 millions à partir de 2030. Par ailleurs, ce pays présente l’avantage d’un environnement politique stable et offre un acheminement moins polluant que via le Qatar ou les Etats-Unis.
Danke für den herzlichen Empfang, @Macky_Sall! Das ist meine erste Reise als Kanzler auf den afrikanischen Kontinent. Als erste Station habe ich mich bewusst für Senegal entschieden. Denn die Partnerschaft, die uns verbindet, wird immer wichtiger. Wir können aufeinander zählen! pic.twitter.com/G3xmDFEh2V
— Bundeskanzler Olaf Scholz (@Bundeskanzler) May 22, 2022
Olaf Scholz avait d’ailleurs, à l’occasion de sa visite, su habilement se positionner vis-à-vis de son homologue Macky Sall, ingénieur géologue de formation et ancien ministre de l’Energie de son pays, en s’insurgeant contre l’arrêt des financements de l’exploitation des énergies fossiles au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Les États-Unis et la France s’étaient en effet engagés lors de la COP26 en 2021, à cesser les financements à l’étranger de projets d’exploitation d’énergies fossiles sans techniques de capture du carbone.
La lutte contre le réchauffement climatique ne va donc pas sans heurts et l’Allemagne sait y tirer son épingle du jeu – elle a d’ailleurs réussi avec sa puissante industrie automobile à prévoir une exception pour le e-fuel dans le pack d’électrification du parc automobile, chose à laquelle s’opposaient les constructeurs français qui n’en font pas -. Etonnant d’ailleurs, car comme l’indiquait un certain Antoine Testu sur LinkedIn : « Il faut ainsi cinq fois plus d’électricité pour produire assez de carburant synthétique pour parcourir 100km qu’il n’en faut pour alimenter une batterie de VEB pour la même distance ».
L’électrification du parc automobile : une opportunité pour la France ?
Ce même expert se montre d’ailleurs optimiste quant au devenir du marché du véhicule électrique, à l’image de certains professionnels du secteur ; bien qu’il soit opposé à la réglementation interdisant la production des moteurs thermiques à partir de 2035 : « Cette réglementation est en réalité inutile, car les moteurs thermiques et le VT seront obsolètes en Europe bien avant 2035 et sont déjà condamnés à une extinction rapide. Le marché a déjà choisi la meilleure solution, tant d’un point de vue technologique qu’économique : la voiture électrique à batterie. A quoi bon adopter une règlementation complexe, non dénuée d’effets indésirables pour tenter de hâter une évolution déjà en marche ? Les Etats-Unis et la Chine n’ont d’ailleurs adopté aucune mesure coercitive de ce type. Tout en agissant ambitieusement pour faire de leurs pays le champion du VEB. »
De fait, il est surtout à craindre que notre macroéconomie et notre industrie ne soient tout simplement pas capables d’accompagner cette évolution du secteur automobile. Rien n’a été fait pour nous protéger des deux mastodontes chinois et américain. Quand Emmanuel Macron a maladroitement parlé en Chine, il a d’ailleurs tapé à côté plutôt que de tancer directement nos partenaires européens en les invitant à se mettre autour d’une table pour riposter face au protectionnisme de nos rivaux. Grande gueule et petit bras, notre président n’agit pas concrètement, ou du moins, n’obtient pas les résultats escomptés alors que s’opère une transformation majeure du parc industriel mondial. Nous pourrions exploiter les minerais (lithium, nickel), nous ne le faisons pas. Idem pour le raffinage et la transformation des métaux, la prospection à l’étranger, la fabrication de batteries, l’installation des bornes ou encore les chaînes d’assemblages.
Il est temps de passer à la vitesse supérieure et d’arrêter de subir les décisions des autres.
La vie pour de vrai (sortie le 19 avril), le nouvel opus de Danny Boon, est niaiseux à souhait…
Il n’y a pas de mystère Dany Boon. Hélas. La martingale du petit gars du Nord sympa fonctionne à plein régime de film en film. Surfant sur l’éternelle vague de l’idiot du village, il refait à chaque fois le même film sur des scénarios que Paul Guth aurait pu signer en son temps. À l’époque, on l’aurait appelé « le Naïf ». Mais, dans un registre proche, n’est pas Bourvil qui veut. Ici, tout se concentre sur l’extrême gentillesse du personnage principal qui évidemment se heurte à la méchanceté du monde, mais parvient à l’enchanter parfois. C’est donc niaiseux à souhait. On devrait rire sans cesse et on se surprend à regarder sa montre. Kad Merad et Charlotte Gainsbourg semblent se demander ce qu’ils font là, à jouer les faire-valoir d’un clown pas drôle. Il n’y a pas de mystère Dany Boon, mais il y a des recettes sonnantes et trébuchantes à la clé : grosse comédie, gros sabots, gros profits. Rendez-nous De Broca et Rappeneau, s’il vous plaît.
Si l’allocution du président n’a pas cassé des briques, elle a eu le mérite de se trouver un son d’ambiance identifiable dès la première note. C’est pas du Gershwin, pas besoin d’avoir l’oreille absolue pour en apprécier sa finesse harmonique mais cela sent le tube de l’été à plein nez. Notre Top Chef de président et son concert de casseroles part pour 100 jours en tournée.
Borne à la plonge. Sans traverser la rue Macron lui a trouvé le job saisonnier de l’année. 100 jours pour apaiser les Français. Entre des citoyens tendus comme des arbalètes et son talent pour le stand-up qui détend les lombaires, c’est pas gagné. Flanquée par les Hells Angels Veran, Dussopt et les autres 3 roues du gouvernement et de l’Assemblée, c’est vraiment pas gagné. Comme tout ce beau monde sera attendu partout par des batteries de casseroles, les 100 jours vont leur paraitre plus longs que l’ascension du GR20 en tongs. Oui mais voilà, Macron n’avait rien à annoncer. Ni remaniement, ni dissolution, ni référendum. Rien. Si ce n’est une nouvelle feuille de route pour une Borne à la rue.
Berger au piano. Et si l’orgueil de Macron lui ouvrait un boulevard pour passer de la street-food sociale à la gastronomie politique ? Dans quatre ans tous ceux que l’on pourra associer de près ou de loin à Macron seront carbos. De la droite à la gauche ils sont tous cramés. Mélenchon fera plus peur que l’hologramme d’un pangolin salafiste. Le Pen, c’est la Sylvie Vartan du sketch de Coluche. Elle aura encore fait des progrès, juste ce qu’il faut pour faire deuxième. Donc, dans la quête de l’homme ou la femme providentiel(le), ce Berger a un bon profil. Il est suffisamment ouvert pour plaire des deux côtes de l’échiquier, compétent pour réformer sans brutalité et il a en plus la bobine d’un honnête homme.
Macron à l’acouphène.Macron, ce fort en métaphore, a remis son casque de chantier sur les oreilles. En prenant la restauration de Notre-Dame pour illustrer sa vision de l’avenir. Nouvelle hallu mystique ou pas, Notre-Flèche d’Amiens est toujours aussi perché. Il dit et répète ne pas être sourd aux colères et évacue le dossier retraite en deux minutes. On a déjà vu des sourds entendre mieux que lui. Pour ceux qui espèrent du concret sur le pouvoir d’achat, la dette, la pression fiscale, la casserole est vide. Pour ceux qui croient encore au Père Emmanuel, il nous invente un nouveau gadget. Le pacte social. Attention, sans aucun tabou. Tout peut être mis sur la table. Tout. La réforme des retraites aussi? Oh mon gars, faut pas déconner non plus! Pour les promesses sur la sécurité, le contrôle de l’immigration, l’éducation et la santé on est comblé. C’est prévu. Mais toujours rien de concret dans la marmite. Bref, sans un mea culpa il nous a encore fumé le jambon avec le bois dont on fait du pipeau.
Être offensé par une œuvre écrite il y a cinquante, cent ou deux mille ans, et justifier une censure au nom de cette offense, c’est partir du principe qu’un auteur devrait écrire pour un lectorat invariable.
Au risque de faire réagir certains lecteurs, j’oserai dire que les partisans de l’idéologie woke, celle des « sensitivity readers » et de la « cancel culture », n’analysent pas toujours à tort les ressorts complexes, et profonds, de nos civilisations occidentales : c’est même ce qui les rend, parfois, si difficiles à contredire – les conclusions qu’ils tirent de leurs observations, en revanche, et, surtout, les solutions qu’ils préconisent pour mettre celles-ci à exécution, laissent invariablement pantois.
Sensitivity readers: les censeurs du wokisme
Ainsi se heurtent-ils l’esprit à intervalles réguliers, sans d’ailleurs qu’on ne leur ait rien demandé, en lisant ou relisant les œuvres de celle que l’on surnomma en son temps la « Duchesse de la Mort », Agatha Christie. En 2020, déjà, ils obtenaient que le roman les Dix petits nègres fût renommé en Ils étaient dix. Et voilà que, coup de tonnerre prévisible d’un ciel de plus en plus nègre, (« un ciel si noir ne s’éclaircit pas sans orage », écrivait Shakespeare), l’éditeur français – Le Masque – de l’auteur du Crime de l’Orient Express, de Mort sur le Nil, et de ce petit chef-d’œuvre méconnu qu’est La Nuit qui ne finit pas, annonce ce 17 avril, avec fracas (mais peut-être cherche-t-il la polémique pour vendre ?) qu’après Roald Dahl et Ian Fleming, Christie va passer à son tour – encore ! – à la moulinette de la « révision », c’est-à-dire de la censure.
Si je disais en préambule que les wokistes n’ont pas toujours tort, c’est parce que le lecteur sinon passionné, du moins régulier, que j’ai toujours été des aventures de Marple et de Poirot, a souvent sursauté, tel un « sensible » (toute proportion gardée…), en découvrant, par-ci, par-là, des termes, des expressions, des tournures de phrases, qui aujourd’hui (aujourd’hui seulement, la nuance a son importance !) paraissent en effet d’un racisme décomplexé, d’une misogynie crasse, voire d’un antisémitisme parfaitement assumé – c’est dire que l’esprit d’Agatha Christie a pu être façonné par un ensemble de facteurs qui, de nos jours, la rendraient assurément persona non grata des plateaux de télévision. Il serait, bien entendu, plutôt malvenu d’utiliser en 2023 le terme de nègre pour parler d’un noir, ou de se livrer à une caricature de juif.
Et alors ? – c’est offensant ! diront les plus candides, qui n’auront pas voulu comprendre qu’il existe bel et bien, derrière l’argumentation superbement rodée de toute la cohorte des brillants universitaires qui justifient ces censures, une probable lutte de races (la haine, triste, de l’homme blanc occidental) comme on eût, pourtant, aimé ne pas en voir de sitôt.
La bienveillance, atroce idée
Et alors ? dis-je à nouveau – et moi dont l’œil, comme celui des censeurs, a été titillé par un langage libre dans son expression, celle-ci fût-elle offensante, et dont l’atroce idée de bienveillance, toute moderne, a depuis longtemps cessé de nous habituer, je ne réponds rien à cette question rhétorique, et ainsi je ne verse pas dans l’anachronisme, qui est l’une des plus grandes fautes de la pensée rationnelle. Car l’anachronisme est dangereux, à maints égards. Être offensé par une œuvre écrite il y a cinquante, cent, cinq cents, ou deux mille ans, et justifier une censure au nom de cette offense, c’est confondre en un seul bloc tous les horizons d’attente : c’est partir du principe qu’un auteur, quand il écrit – étant entendu qu’il devrait lui-même être une sorte d’être supérieur jamais soumis aux déterminismes de son époque –, devrait écrire pour un lectorat invariable, qui aurait en tout temps les mêmes sensibilités. On voit le vice : aujourd’hui, l’on corrige au nom de l’idéologie woke, qui n’est qu’une idéologie d’époque, et dont il ne restera peut-être rien ; mais les œuvres, elles, auront été réécrites, et ne seront, peut-être, plus connues de nos descendants que sous ces nouvelles formes aseptisées ; alors, à n’en pas douter, une nouvelle idéologie totalitaire, aussi vaine, haineuse, et véhémente que le wokisme, prendra le pouvoir à l’Université, et au nom de nouvelles sensibleries ridicules, censurera l’œuvre censurée. Au bout du bout, il n’en restera rien : l’on aura oublié l’histoire (celle racontée par le livre, mais aussi celle du livre lui-même, et finalement l’Histoire avec un grand H), à force de vouloir en gommer les imperfections.
La littérature est comme un manuscrit continué de main en main, pendant des siècles et des siècles, par des milliers et des milliers de mains. Si, à chaque nouvelle génération, des intellectuels, qui se croient plus intelligents que leurs prédécesseurs, reprennent les travaux de leurs pères, alors le bel ouvrage disparaît sous un océan de ratures. Ceux qui se livrent aujourd’hui sans vergogne à la censure ne devraient pas se croire si malins : car eux aussi se retourneront dans leurs tombes, quand leurs fils les auront censurés ! Une subjectivité d’époque, à l’échelle du temps long, est fugace comme la vie d’un papillon : la sensibilité change avec les ans qui passent – et c’est pourquoi s’en prendre aux œuvres dont le caractère est immuable, avec des sentiments changeants, c’est brouiller le passé, et c’est se rendre aveugle.
Et puis, enfin, au nom de quoi certaines minorités auraient droit d’être outrées, et pas d’autres ? Bientôt, l’on ira censurer La Terre de Zola, roman particulièrement insultant à l’encontre des paysans ; et l’on aura qu’à s’en prendre, dans la foulée, au Bourgeois gentilhomme, de Molière – les bourgeois, après tout, sont l’objet de tant de haine, qu’à coup sûr, on leur ouvrira bientôt les droits à la « minorité persécutée ». C’est déjà la course à la victimisation : l’on s’interrogera, par exemple, sur l’opportunité de changer les termes « oriental », « nubien », ou « indigène » (les juger offensants, ne serait-ce pas un peu raciste ?) – à coup sûr, « personne de couleur », ou « de petite taille », qui remplacent déjà « noir » et « nain », deviendront à leur tour offensants… et l’on frémit, en imaginant ce que les sensibles feraient à des œuvres comme Salammbô ! Bref, la censure est sans fin.
Les citoyens français continuent de trépigner, sur le mode « s’il ne retire pas son texte, j’arrête de respirer ! » s’amuse Elisabeth Lévy. Pendant que le président parlait, hier soir à 20 heures, les casseroles ont tintinnabulé…
D’après l’ONG altermondialiste ATTAC, alors que le président prononçait son allocution télévisée, les manifestants ont agité leurs gamelles dans pas moins de 300 villes en France. Selon moi, ces casseroles, c’est un peu le stade infantile de la politique. Il nous écoute pas, alors nous non plus on l’écoute pas, nananère ! Que l’on soit contre la réforme des retraites ou toute autre décision de l’exécutif est bien évidemment légitime. Mais tout ce discours sur le « mépris » que l’on entend actuellement est vraiment hors sujet.
Passions françaises
On s’en fiche que le président nous aime ou nous considère ! La seule chose qui compte –et qui personnellement m’inquiète d’ailleurs – c’est son projet pour la France. Chirac nous aimait, il était éminemment sympathique, et pourtant il n’a rien fait. Et maintenant, nous trépignons sur le mode « s’il ne retire pas son texte, j’arrête de respirer ! » Nous ne voulons pas de l’acclimatation à la mondialisation via l’Union européenne, présentée comme la seule politique possible ? Nous ne sommes pas de vulgaires Hollandais pour travailler jusqu’à 67 ans ? Fort bien. Inventons une voie française, mais elle ne naîtra pas du merveilleux mouvement social actuel me semble-t-il. En attendant, on joue à la Révolution, mais en réalité la vraie passion française, c’est le statu quo.
Ai-je pour autant trouvé le président convaincant ? Non, mais il a fait tout ce qu’on attendait de lui. Il nous a rassurés. Il nous a dit qu’il nous aimait. Qu’il nous avait compris. Ses conseillers lui avaient dit : « pas d’arrogance » ! Et il n’a donc pas employé de mots bizarres comme « croquignolet ». Il a dit qu’il savait que les Français ne voulaient pas de sa réforme, qu’il savait que nous étions en colère. Il a dit qu’il avait compris qu’on voulait plus de sens au travail (en fait, on veut surtout des vacances !). La réforme, c’est dur mais c’est pour notre bien. D’ailleurs, l’avenir radieux c’est pour demain. Dans 100 jours, très précisément.
Nous avons ensuite eu droit à un catalogue de promesses usées. Les élèves apprendront à l’école, la Justice aura des moyens, mille usines s’épanouiront et la bureaucratie s’allègera. On en finira avec l’immigration clandestine et la fraude sociale, et on relancera l’intégration… Mieux, en prime, j’ai appris que nous allions inventer l’industrie écolo et l’intelligence artificielle qui rase gratis. Pourquoi ? Parce qu’on est champions du monde et qu’on a le meilleur Papa du monde !
Dommage, parce qu’au début de son intervention, Emmanuel Macron avait commencé par effleurer la vérité, en déclarant que l’indépendance cela ne se décrète pas, cela se conquiert. Pour les Français, toute réforme est une régression. Oui, parce qu’après 40 ans au-dessus de nos moyens, toute réforme est forcément une facture à payer. Sauf que ce n’est pas la réforme qui entraîne l’appauvrissement, c’est l’appauvrissement qui impose la réforme. Et c’est effectivement le prix du retour à l’indépendance. Emmanuel Macron devrait promettre du sang, de la sueur et des larmes, mais nous sommes au moins d’accord là-dessus: cette vérité, personne ne veut l’entendre.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale, à 8 heures.
La visite d’Emmanuel Macron en Algérie prévue les 2 et 3 mai prochains a été reportée, en raison d’un « manque de préparation des dossiers », l’occasion pour nous de faire un point avec un spécialiste. Officier supérieur dans l’infanterie de marine et enseignant en intelligence stratégique à l’École de guerre économique, Raphaël Chauvancy a notamment obtenu le prix de la Plume et l’Epée 2022 pour son essai Les nouveaux visages de la guerre. Il s’exprime ici à titre personnel sur les enjeux sécuritaires du continent africain.
Causeur. Les questions de sécurité militaire en Méditerranée sont aussi saillantes que mises de côté médiatiquement du fait de la guerre à l’Est. Récemment, la France a montré des signes de faiblesse en Afrique. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, Abdoulaye Diop a accusé la France de soutenir et d’armer les terroristes au Mali. Comment interprétez-vous cela ?
Raphaël Chauvancy. Alors qu’elle apparaissait plus que jamais comme le gendarme de l’Afrique et qu’aucune puissance militaire locale ou extérieure ne pouvait se targuer de succès tactiques comparables, la France a vu ses efforts réduits à néant par une offensive informationnelle orchestrée par la Russie. Successivement chassée de Centrafrique, du Mali et du Burkina Faso en l’espace de quelques mois, elle a découvert avec stupeur la fragilité de ses positions dans une région où elle les croyait intangibles.
La vérité est que le « pré-carré » n’était pas une expression de la puissance française mais un anachronisme rendu possible par l’indifférence de ses compétiteurs. Lorsque leur intérêt s’est éveillé, Paris s’est fait surprendre et battre sur tous les théâtres où elle a été défiée. Il a suffi que la Chine convoite certaines ressources africaines pour que les entreprises françaises s’effacent. Les Etats-Unis se sont penchés sur le Rwanda et ce pays a quitté l’Organisation Internationale de la Francophonie et remplacé l’enseignement du français par celui de l’anglais. Le Royaume-Uni s’est intéressée au Golfe de Guinée : le Togo et le Gabon ont rejoint le Commonwealth. La Russie a été la dernière à opérer son retour sur le continent ; elle n’a éprouvé aucune difficulté à supplanter la France où elle l’avait choisi, intoxiquant cyniquement des populations désespérées avec des élucubrations du type de celles que vous évoquez.
Au-delà de la blessure d’amour-propre et d’une évidente perte de prestige, le retrait forcé d’une poignée de pays déshérités du Sahel n’obère heureusement en rien la puissance française. Il apparaît même plutôt comme une opportunité. Les reliquats de la parenthèse coloniale sont liquidés. La Françafrique, qui n’en finissait plus de mourir, appartient enfin à l’histoire. Les Africains ont eux-mêmes relevé Paris de la charge d’assurer leur sécurité à leur place. Débarrassée de ce fardeau, la France peut enfin normaliser ses relations avec ses partenaires selon des relations contractuelles et non plus incestueuses.
Raphaël Chauvancy. D.R.
La menace terroriste au Sahel demeure particulièrement élevée, tant dans les pays de la zone que dans les pays limitrophes. L’autre sujet d’inquiétude, notamment du côté marocain est le Sahara. Que peut faire la France en la matière ?
Au Sahel, trop d’États faillis et corrompus sont malheureusement incapables d’assumer leurs charges sécuritaires et de combattre la misère hors de contrôle sur laquelle prospèrent groupes mafieux et terroristes. La France ne peut, ne veut ni ne doit plus pour autant se substituer aux autorités locales pour régler leurs problèmes systémiques. En revanche, l’expertise reconnue de ses forces armées et son expérience diplomatique lui donnent toute légitimité pour appuyer la mise en place de structures de sécurité collective régionale.
Le Maroc est un pôle de stabilité important et une puissance régionale avec laquelle il faudra compter de plus en plus. La solidité de ses structures étatiques et le prestige de son roi, qui est aussi commandeur des Croyants, le préservent a priori des affres du terrorisme à grande échelle. Même les séparatistes sahraouis ne sont pas en mesure de le menacer sérieusement par eux-mêmes, mais le soutien que leur apporte l’Algérie est lourd de menaces. L’hypothèse d’un affrontement militaire entre Rabat et Alger n’est pas à écarter, d’autant plus que les autorités d’Alger utilisent volontiers la surenchère nationaliste pour masquer leurs multiples échecs.
Cette hypothèse extrême fragiliserait toute la région en laissant le champ libre aux groupes armés transnationaux. Vaincu, le Maroc n’aurait de cesse de préparer sa revanche tant la marocanité du Sahara occidental est ancrée dans son récit national. Une défaite de l’Algérie sonnerait probablement pour sa part le glas d’un régime à bout de souffle, auquel il n’existe aujourd’hui pourtant pas d’alternative crédible. Le scénario le plus dramatique serait celui d’une plongée de l’Algérie dans le chaos qui provoquerait un déferlement migratoire vers l’Europe, incontrôlable dans les conditions et avec les règles actuelles. Les marges de manœuvre françaises sont malheureusement assez limitées.
Que peut faire la France contre les puissances néocoloniales qui menacent ses intérêts et ses relations en Afrique. La présence de la société militaire privée Wagner a notamment suscité de nombreux commentaires. Peut-on limiter l’influence de ces campagnes hostiles de désinformation ?
Un officier sénégalais me disait récemment que les Africains n’ont pas cessé d’apprendre le mythe de nos ancêtres les Gaulois pour qu’on leur inflige celui des sexes interchangeables. Que les Français adoptent les névroses des classes privilégiées de la côte ouest américaine si bon leur chante, mais qu’ils cessent de vouloir faire la classe aux Africains s’ils veulent demeurer leurs amis. Ces derniers attendent un partenariat politique franc, pas des leçons de morale plus ou moins douteuses qui les exaspèrent et les disposent à prendre pour argent comptant les campagnes de désinformation tournées contre Paris.
Les Russes livrent à la France une guerre hybride décomplexée. Le seul moyen d’y mettre fin est d’adopter une posture offensive avec suffisamment de mordant pour les dissuader de poursuivre leurs intoxications. Les thèmes et les angles d’attaques contre la Russie sont d’ailleurs innombrables, en partant des plus simples, comme la démonstration de ses mensonges, aux plus dévastateurs, comme le maintien de son empire colonial en Asie centrale sur les autochtones musulmans.
Enfin, une approche intégrée est indispensable pour redresser l’image de la France. Bien que l’influence ait été élevée au rang de fonction stratégique, trop d’acteurs français interviennent en ordre dispersé ou conçoivent pas naïvement leur action comme une finalité en elle-même. La culture de la discrétion de l’Agence Française de Développement (AFD) fait ainsi passer les réalisations françaises sous les écrans radars ; il serait temps qu’elle s’inspire de l’USAID qui affiche sans complexe ses origines gouvernementales américaines.
Peut-être faudrait-il également faire tomber un tabou et développer des sociétés militaires privées françaises, non pour copier les porte-flingues de Wagner mais pour sous-traiter certaines actions d’influence et de formation, en étroite coordination avec nos forces armées.
Le pont entre notre continent et l’Afrique est la mer méditerranée. À votre avis, sur quel pays la France peut compter au Maghreb ? Comment se fait-il que les relations avec le Maroc, partenaire historique de la lutte contre le terrorisme islamiste, se soient à ce point dégradées ?
L’intérêt commun serait naturellement de voir la Méditerranée occidentale devenir un lieu d’échanges et de coprospérité euro-africaine. La montée de l’islamisme a malheureusement tué dans l’œuf les belles promesses tunisiennes. Le combat entre les forces laïques et la réaction islamiste est loin d’être terminé et la révolution de jasmin laisse finalement un parfum amer.
De l’autre côté du Maghreb, les relations entre les services de renseignement français et marocains sont bonnes, la qualité et la fiabilité de ces derniers sont un atout dans la lutte contre le terrorisme en France même et pour le maintien de la stabilité régionale. Mais le Maroc a moins besoin de la France depuis que les États-Unis et l’Espagne ont reconnu ses revendications sur le Sahara occidental. Le souhait de Paris de maintenir de bonnes relations avec Rabat et de renouer en même temps avec son rival algérien était peut-être ambitieux dans ce contexte. Le refus du royaume chérifien de récupérer ses ressortissants expulsés du territoire français, l’affaire Pégasus qui a vu le Maroc espionner un millier de dirigeants français dont Emmanuel Macron et le scandale de la corruption marocaine à Bruxelles ont naturellement laissé des traces. Au-delà des frictions conjoncturelles, l’attitude de Rabat ne signifie-t-elle pas simplement que, si la France y est toujours considérée comme un partenaire important, elle ne l’est plus comme une puissance incontournable ?
Quid de l’Algérie ?
Nous l’avons vu, l’Algérie est une bombe amorcée dont la France craint à juste titre les retombées si elle venait à éclater. Les autorités d’Alger en jouent d’ailleurs en pratiquant avec efficacité un chantage induit auprès de Paris.
Pour conclure, pouvez-vous nous dire quels sont les atouts tactiques et stratégiques dont la France bénéficie encore dans cette région du monde si importante pour notre avenir ?
Il faut d’abord rappeler en quoi l’Afrique est si importante pour nos intérêts fondamentaux. La légende du pillage néocolonial français en Afrique est à peu près aussi sérieuse que les leçons d’histoire de Maître Gims. Les pays de la zone Franc ne pèsent rien dans l’économie française et l’objectif français n’est plus une domination coûteuse et inutile mais, au contraire, de favoriser l’émergence de puissances régionales pour éviter le Grand Effondrement du continent.
Avec une démographie hors de contrôle, des Etats faillis et des élites corrompues, l’Afrique sub-saharienne concentrait un quart des très pauvres du globe en 1990. Le chiffre est monté à 60% aujourd’hui et les projections sont de 90 % pour 2030. Pour commencer à résorber la pauvreté, la Banque Mondiale estime qu’il lui faudrait une croissance de 9 % au moins pendant une décennie. Elle devrait être de 3% à peine en 2023.
La France est probablement la puissance extérieure la plus à même d’aider les Africains à surmonter les immenses défis qui les attendent. Sa connaissance inégalée de la région et de ses problématiques (à condition de daigner en faire usage et de ne pas livrer sa politique africaine aux inspirations contradictoires du moment) ; l’existence de diasporas françaises en Afrique et africaines en France ; la proximité linguistique avec de nombreux États et le maintien d’une présence militaire, même allégée, constituent autant d’atouts pour tenter d’empêcher un naufrage dont l’Europe subirait les conséquences de plein fouet.
Treize minutes, douche froide comprise ! Tant qu’à n’avoir rien à annoncer, autant faire court…
C’est bien la seule chose de marquante de cette intervention. Encore qu’écouter quelqu’un gloser plus de 10 minutes sur du vide, vous parler d’un monde idyllique où lui seul paraît vivre, pour finir sur un numéro puéril d’autosatisfaction sur Notre-Dame où le caprice du Prince tient lieu de feuille de route, peut paraître assez long, finalement !
L’instrumentalisation de Notre-Dame est la pire chose qui pouvait arriver au chantier. Maintenant, si un quelconque retard apparaît, il faudra bâcler, car pour les courtisans, la reconstruction devra être achevée pour complaire au Prince et non en ayant pour souci la qualité du travail effectué. Il faut satisfaire le petit lord, c’est la seule chose qui compte.
Pour le reste, l’hôpital est en train de se casser la figure, les pénuries de médicaments et de matières premières se multiplient, l’école est en train de s’effondrer et les annonces du ministre lui maintiennent bien la tête sous l’eau, la réindustrialisation reste marginale et le pouvoir d’achat est en berne. La France dont Macron parle et qu’il se glorifie d’avoir redressée a autant de consistance que le rêve de Poutine de devenir maître de l’Ukraine en 15 jours. Cet homme se paye de mots et s’enivre de lui-même. Mais plus il se met en scène, moins il touche le public.
Tout comme il est difficile de donner une consistance au néant, il devient de plus en plus compliqué de commenter une parole présidentielle aussi creuse que démonétisée. Le verbe de Macron est devenu contre-performatif. Plus il glose, plus il détruit. Plus il est optimiste, plus il apparaît faux. Plus cet homme occupe l’espace, plus il étouffe le réel. La chute continue et l’infatuation du verbe ne réussit même plus à masquer l’absence de perspectives.
Les promesses du président ne sont plus que le rappel de ses échecs passés et de ses turpitudes présentes. Son verbe n’est pas créateur d’avenir ou d’espoir d’en retrouver un. Tout ce qu’il annonce a déjà été annoncé précédemment sans pour autant accoucher d’aucune amélioration. Cette allocution n’est que son énième « qui m’aime me suive ». Il devrait rester seul sur la route.
Au programme du spectacle «No(s) dames»: déconstruction des classiques opératiques et drag-queeneries en tout genre.
Le 11 avril, le contre-ténor Théophile Alexandre et le quatuor féminin Zaïde donnaient un spectacle intitulé « No(s) dames » au Trianon de Paris.
Ces artistes prétendent revisiter les figures d’« héroïnes d’opéra aux destins tragiques ». Les rôles de Carmen, Manon ou Juliette y sont incarnés par des hommes afin de « déconstruire les codes » et d’aller au-delà des « fatalités de genre ». Selon Emmanuel Greze-Masurel, le directeur artistique du Volcan, le centre culturel du Havre où eurent lieu les premières représentations en 2022 : « D’un certain point de vue, l’opéra est l’un des fleurons du patrimoine patriarcal. » Lui et Théophile Alexandre ont donc choisi de privilégier un quatuor de musiciennes plutôt qu’un « orchestre rugissant – encore aujourd’hui majoritairement masculin – et un chef, avec une grande baguette », nous apprend la revue Causettequi, enthousiaste, décrit les folies vestimentaires et drag-queenesques du contre-ténor jouant « avec des bustiers corsetés, des robes entravées et des talons vertigineux ».
De Diapason à Têtu et France Musique, la presse applaudit à ce spectacle qui « réhumanise les grandes arias de divas composées par des hommes » – Bizet, Grieg, Verdi, Mozart, Rossini, Massenet, des monstres masculinistes qui n’accablèrent leurs héroïnes que pour assouvir leur appétit de domination sur « ces femmes, condamnées depuis des siècles aux rôles d’éternelles victimes ». Le passé coupable, le présent vertueux, l’avenir radieux – adossés à ce triptyque totalitaire, le spectacle propose « un point de vue renouvelé sur ces œuvres, musical et sociétal, pour démuséifier cette musique et la projeter vers l’avenir en incarnant de nouveaux modèles (1) » – c’est-à-dire, aurait dit Mao, pour faire advenir un monde nouveau dans lequel Carmen pourra être indistinctement incarnée par un contre-ténor non binaire, une mezzo-soprano transgenre ou un baryton « avec un utérus ».
Tout ce qu’on voudra, du moment que ce n’est pas… une femme.
La littérature française actuelle se repaît des petits bobos de la vie, des accidents des uns et des maladies des autres lorsqu’elle n’est pas donneuse de leçons… Dans ce paysage navrant, 30 pages, humbles et percutantes, viennent stimuler le lecteur exigeant: La Maison, un inédit de Julien Gracq.
En ce début de printemps, les éditions José Corti publient un court récit inédit de Julien Gracq (1910-2007), La Maison. Cette trentaine de pages, probablement rédigées entre 1946 et 1950 et accompagnées des deux manuscrits de l’auteur, feront le bonheur des amoureux d’un style reconnaissable entre tous : la plénitude d’une écriture descriptive capable de donner à une action toujours ténue le charme décisif de l’événement, et de combler l’attente par une abondance de détails envoûtants susceptibles de changer l’ordonnance du monde. Julien Gracq se définissait lui-même comme un écrivain descriptif presbyte, contrairement à ceux qu’il appelait les descriptifs myopes, son goût pour les lointains plutôt que pour les choses toutes proches lui venant peut-être de son enfance au bord de la Loire, avec ses eaux sauvages qui portaient loin la lumière et les bruits. C’est à cette presbytie descriptive que nous invite La Maison – récit, à la première personne, de la fascination exercée par une demeure d’abord aperçue au loin lors d’un trajet quotidien en autocar. Ceux à qui Julien Gracq, notamment avec Le Rivage des Syrtes (1951), rappelle d’ennuyeux moments de lecture, ne seront pas déçus par ce livre au format atypique et à la couverture printanière. Peut-être cet ouvrage, resté si longtemps silencieux à l’abri de l’érosion que les lectures successives font généralement subir aux textes, à l’abri aussi des changements de notre regard porté sur le monde, leur donnera-t-il le plaisir de renouer avec ce qui, aujourd’hui, relève vraiment de l’inédit : une première personne du singulier qui ne soit pas la voix nue de l’auteur, mais la voix d’un narrateur nous invitant toujours à le suivre lorsqu’il dit « je ».
Une lecture antidote
La Maison de Julien Gracq est, à ce titre, une lecture salutaire, antidote à ce qui se publie à la pelle depuis quelques années, à savoir tout un fatras de récits à la première personne dont les embarrassantes confessions font l’effet d’une expression écrite scolaire (« raconte un événement qui t’a beaucoup marqué ») rédigée à la hâte dans la salle d’attente d’un psychologue. Portraits de soi en majesté, petits moi plaintifs inadaptés au temps présent, nostalgiques sépias des avant-hier qui chantaient encore et, surtout, inlassables sagas du deuil, de la mort du mari à moto à celle du frère atteint d’une maladie génétique, en passant forcément par celle du père adoré et de la petite maman aux seins plats partie de la clinique dans la nuit. L’époque n’est décidément plus à « la rareté de tout, des objets, des images, des explications de soi et du monde » (Annie Ernaux, Les Années), mais au grand déballage de ses petits chagrins narcissiques et de ses grandes peines humaines, étalés avec toute l’immodestie et l’impudeur requises sur les innocentes tables de nos librairies. À mi-chemin entre la rubrique des faits divers et le compte Instagram des états d’âme, cette littérature récente nous inflige l’indigente autobiographie de ses auteurs et décline en exempla latins à usage collectif tout un petit bazar de souvenirs intimes dont le lecteur ne sait que faire. Mais « je » est un hôte : il faut le recevoir et l’écouter parler avec émotion et bienveillance.
Vivre vite (Brigitte Giraud, 2022), Mes fragiles (Jérôme Garcin, 2023), Le Monde d’avant (Marc Lambron, 2023), L’Envers des ombres (Céline Navarre, 2023), L’Exil à domicile (Régis Debray 2022), Inconsolable (Adèle Van Reeth, 2023)… À la lecture – bienveillante, mais sans émotion – de ces ouvrages, une certaine gêne nous prend : autant les petits médaillons tout confits d’orgueil auront probablement la joie furtive de nourrir quelque conversation salonarde (« 1965. À l’âge de 8 ans, je suis déjà un lecteur gourmand, comme si je sentais que les livres abritent tous les secrets du monde », Marc Lambron, Le monde d’avant), autant le récit d’un deuil a quelque chose de bien déroutant. Les deux ne sont d’ailleurs pas exclusifs l’un de l’autre, la fin de vie de maman sous perfusion pouvant garder « une grâce mozartienne » et la mort du frère convoquer de belles ombres tutélaires : « avant de m’effondrer, j’ai pensé à notre mère, dont il était le beau, l’irrésistible souci, et je me suis rappelé alors le mot du général de Gaulle, lorsque sa fille trisomique, Anne, mourut à 20 ans dans ses bras : maintenant elle est comme les autres » (Jérôme Garcin, Mes fragiles). Pas sûr que Mozart ou le général de Gaulle ait été enchanté de figurer dans ce genre de récit. Pensons, de notre côté, au mot de Raymond Aron lequel, coupant court à toute possibilité de confidence trop intime sur l’un de ses drames familiaux, déclarait avec cette pudeur qui n’est au fond que la maîtrise sans gloire des émotions trop vives : « Cela n’intéresse personne. »À l’heure où même le porno devient éthique, ces irrépressibles épanchements gagneraient à rester au creux des âmes plutôt que de venir noircir des pages blanches et ternir le sens que nous donnons, en silence, à nos propres malheurs. À moins que la littérature n’ait trouvé dans le bulletin de santé physique et mentale de ses auteurs et de leurs proches de quoi pallier durablement ses carences en imaginaire. Ce qui serait regrettable, car la vie est, espérons-le du moins, autre chose qu’un « tambour de machine à laver » et la mort peut-être assez étrangère à« 300 F oubliés dans le distributeur de la Société Générale » (Brigitte Giraud, Vivre vite, Prix Goncourt 2022).
Sevrage de la myopie égotique
La littérature peut-elle encore être autre chose que ces miscellanées ego-morbo-pornographiques ? Repus du « je » incontinent d’un bon nombre d’auteurs, le lecteur se réfugiera sans doute dans Avers de J.M.G Le Clézio (2023), ou Histoire d’un ogre d’Erik Orsenna, publiés en ce début d’année. Mais parler d’autres que soi est-il davantage une garantie de qualité littéraire ? Dans ses « Nouvelles des indésirables », généreux sous-titre qu’il donne à Avers, Le Clézio se fixe comme objectif « de faire naître [chez le lecteur] un sentiment de révolte face à l’injustice » de ce qui arrive à ses personnages. Pour une fois que nous avons des personnages, ne boudons pas notre plaisir. Pourtant, « pourquoi inventer des personnages, des histoires ? Est-ce que la vie n’y suffit pas ? » se demande soudain l’auteur. Pensons à poser la question à Victor Hugo, Honoré de Balzac, Émile Zola, Marcel Proust. Et aussi à Michel Houellebecq. En attendant, Maureez, Aminata, Hanné, Renault et les autres sont là pour jouer leur rôle de grands oubliés des joies quotidiennes : tous des damnés de la terre, violés, battus, méprisés, insultés, abandonnés à leur triste sort, des « bon[s] à rien juste à nourrir les cochons et aboyer comme les chiens » ou à « rester assis sur [leur] morceau de rue ». À eux « les choses tristes, douces-amères, la dame employée de bureau assise sur le quai, son mari qui l’a battue, qui l’a trompée, ses enfants qui l’ont abandonnée, ses amis qui se sont détournés ». Quant à Erik Orsenna, ce ne sont pas les pauvres, mais les misérables riches qui font sa raison d’écrire : son ogre, Vincent Bolloré, dont il fait un curieux portrait à la limite de la démence, lui donne l’occasion de montrer, dans un style pseudo-voltairien, et entre deux petites jouissances d’autosatisfaction bien sonore (« votre narrateur, un temps conseiller culturel de François Mitterrand, avait participé activement à la création de cette oasis [Canal+] ») qu’avec le temps, la grammaire a cessé d’être une chanson douce. Quel gâchis, Orsenna était un nom si… gracquien.
Revenons donc à La Maison, de Julien Gracq, et comparons : « Tout était léger, ouvert, cristallin, facile – d’un autre monde – comme si le rideau de pluie brusquement levé m’eût été ce fondu enchaîné des films qui soude en une seconde les rues aux forêts et les minutes aux années. Quelques pas plus loin, la maison soudain fut là. Je la touchai presque de la main, gainée qu’elle était presque jusqu’au rebord du toit d’un treillissage de branches sèches, ses volets déboîtés enchevêtrés déjà dans les ronces, son balcon de fer tordu sombré dans le feuillage comme la passerelle d’un bateau coulé. » Ce que l’on trouvera dans ces quelques pages sauvées de l’oubli sera le plaisir, si rare aujourd’hui, de voir décrit le monde. À l’heure où certains sont intarissables sur la solastalgie –pompeux néologisme désignant la nostalgie devant un paysage disparu sous l’effet de l’activité humaine–sans être pour autant capables de dépeindre, par l’écriture, un visage aimé, un coin de nature ou un morceau de ciel, Julien Gracq nous lave les yeux et nous fait voir ce que décrire veut dire. Il nous montre aussi qu’un livre publié en 2023 grâce aux ruses du temps peut ne parler ni des petites misères ni des grands malheurs de son auteur. Rendons un discret hommage, en le lisant, à celui qui, en écrivant, nous sèvre d’un coup des mesquineries de la myopie égotique et nous rappelle les charmes de la presbytie en littérature.
La dernière allocution de notre Impuissant de la République qui vient de promulguer sa Réforme des retraites est, on en a pris l’habitude, aussi incantatoire que nébuleuse. Elle ne manquera pas, on s’en doute, d’attiser l’incendie qui couve sous toute poubelle en France. Notre thaumaturge sollicite 100 jours pour redresser, à coups de projets improbables pilotés par des comités Théodule, un pays qui vacille. 100 jours, puis, l’exil à Sainte-Hélène pour un président stendhalien, épigone de Julien Sorel, qui rejouerait son Waterloo personnel ? Voilà de quoi conforter dans leur volonté d’allumer le feu, blacks blocs et autres illuminés adeptes du désordre comme ultime finalité ou activistes au service d’une écologie sectaire.
C’est le Grand Soir? Non, Madame, juste le crépuscule!
Les manifestations réitérées contre la réforme des retraites, la joyeuse réunion de Sainte-Soline et, peut-être même le printemps, avaient déjà ragaillardi les blacks blocs et les faibles d’esprit de tout poil, séduits par le chaos. Après la dernière sortie présidentielle, on en est à peu près sûr, nos jeunes sots, produits d’une école en faillite et d’une autorité en crise, dûment remobilisés, sont regonflés à…bloc. Encapuchonnés et tout de noir vêtus, ces révolutionnaires d’opérette, aussi décérébrés que nuisibles, vont pouvoir perpétuer leurs ravages dans les centres de nos villes et continuer à attaquer nos policiers. Ces fantoches, confortés dans leurs exactions par certains politiques qui ont pour eux les yeux de Chimène, sont à la contestation citoyenne ce qu’est la grêle aux vignes.
Jeunes sots infatués, ils s’imaginent préparer un nouveau Grand Soir. Las, ce n’est que la tombée du crépuscule qu’ils hâtent. L’histoire, on le savait, se répète, bégayant, de la tragédie à la farce. Mais voilà maintenant qu’elle éructe ; on a perdu jusqu’aux mots que l’école a cessé d’enseigner. Des vocables frustes et grossiers qui confinent à l’onomatopée, badigeonnés à la hâte sur les murs de nos villes par ces Huns modernes, attestent de cette inquiétante volatilisation du langage. La violence tend à se substituer à toute possibilité de verbalisation.
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Au XIXè siècle, déjà, une génération s’égare…
Au début du XIXe siècle, dans une situation de perte de repères semblable à la nôtre, le tout jeune Musset pouvait encore formuler l’absence de perspectives et l’inaction qui corrodent lentement la vie d’une jeunesse rendue veule par l’inertie. Ainsi, dans La Confession d’un enfant du siècle, après la succession des révolutions et la fin des Guerres napoléoniennes, Alfred écrivait, commentant son époque : «Trois éléments partageaient (…) la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes… quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique (…)Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toutes espèces, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leurs bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. (…) »
Les mots qui tenaient la nuit en respect ont disparu au profit des comportements décadents et violents. J’ai pu le constater lors de la manifestation lyonnaise du 13 avril. Voyez plutôt: la préfecture, modifiant le parcours de la procession a permis à la médiocrité intellectuelle d’une partie de la jeunesse, biberonnée à la haine de l’effort comme à celle de la réussite et au mépris la culture de s’afficher sans complexe. Ce jour-là, on avait eu, en haut lieu, la géniale idée de faire passer le cortège par le vénérable boulevard des Belges, bordé d’hôtels particuliers qui jouxtent le Parc de la Tête d’Or. Bien sûr, les précédentes journées avaient été, elles aussi, chaotiques : destruction systématique des abris bus, des vitrines des banques, assurances et agences immobilières, sans oublier la pause- café chez Nespresso. Le tout sur fond de feu de poubelles et de provocation des forces de l’ordre. Maintenant, il s’agissait de faire trembler ces salauds de nantis, totale réussite : intrusions dans les propriétés, jets de projectiles sur les façades des bâtiments, slogans anti-riches et tags qui, tels des crachats, souillaient les murs.
Misère des slogans
Voici un florilège de cette expression rupestre d’un genre nouveau, assez inquiétante pour l’avenir de la jeunesse et par voie de conséquence pour les moins jeunes : « Macron pendaison », « Mangez les bourgeois », « Tout le monde déteste les bourgeois », « Vengeance pour Sainte-Soline : vengeance SS (sic) », « On est né pour la retraite », « On veut des cunis pas des képis » et bien sûr, les inévitables « ACAB », ou autre « Tout le monde déteste la police. » Le seul hôtel particulier épargné lors de cet après-midi festif, l’aurait été, selon ce qu’on m’a rapporté, parce que ses propriétaires qui montaient la garde sur le pas de la porte auraient précisé aux jeunes vandales soutenir la cause palestinienne !
Quand l’école préfère s’occuper du sexe des anges et du bien-être de ses usagers plutôt que de nourrir des esprits qui ne tournent plus qu’à vide, craignons que cette minorité facétieuse ne devienne rapidement majorité. La nuit est peut-être sur le point de tomber.
L’actualité nationale masque en ce moment certains grands enjeux internationaux, à commencer par l’interdiction de facto de la vente de voitures à moteurs thermiques au profit de véhicules électriques à partir de 2035 dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. L’enjeu écologique s’est toutefois doublé d’un enjeu de souveraineté européenne qui, sur son volet énergétique, a pris une nouvelle dimension avec la guerre en Ukraine qui a démontré la grande dépendance d’une partie des pays membres de l’Union au gaz russe à bas coût.
Un duel franco-allemand
L’Allemagne fait ainsi l’objet de nombreuses critiques pour sa politique en la matière, obstinée et incomprise par ses voisins. Samedi 15 avril, Berlin a fermé ses trois derniers réacteurs nucléaires. Isar 2, Neckarwestheim et Emsland ont été déconnectées du réseau électrique alors que l’Allemagne est aujourd’hui le pays qui émet le plus de Co2 de l’Union. Une hausse de 8% de ces émissions a d’ailleurs été enregistrée l’an passé, l’Allemagne ayant relancé plus encore l’exploitation des énergies fossiles du fait de la crise gazière.
Sex is good but have you tried having your country shutting down its last nuclear power plants in 30 mn? pic.twitter.com/H06tK1IeHe
Lors du dernier sommet européen de mars de cette année, l’Elysée a demandé aux Etats membres de se prononcer sur le nucléaire. Le texte Net Zero Industry Act vise à ce que d’ici 2030, 40% des besoins de l’Union pour développer des technologies non émettrices soient couverts par des capacités industrielles européennes. Bien évidemment, il y a un hic. Le nucléaire n’est ici traité que comme une technologie à « émission nette », et encore ne s’agit-il que de nouvelles centrales nucléaires prévoyant un minimum de déchets et de petits réacteurs modulaires. Cette énergie n’est pas considérée comme stratégique par l’Europe.
De l’autre côté de l’Atlantique, Joe Biden semble avoir moins de pudeurs de gazelle à l’égard de l’énergie nucléaire. L’IRA (Inflation Reduction Act) de Joe Biden qui inquiète à juste titre les Européens, notamment Emmanuel Macron qui n’a pourtant pas nommé la chose lors de son déplacement chinois, est une initiative offensive de soutien à l’industrie américaine, beaucoup plus ambitieuse que les politiques européennes. Du reste, les Américains ont prévu des crédits d’impôts et des incitations pour acheter l’électricité des centrales déjà existantes, ainsi que des subventions directes pour le financement des prochaines générations de réacteurs…
Electrifier le parc automobile européen est une ambition qui va pourtant demander d’importantes sources de production d’énergie, mais aussi des infrastructures adéquates. Dans la guerre économique induite par la mondialisation, les Etats-Unis semblent prêts à mieux s’armer que nous autres. Pour commencer, ils sont de gros producteurs de gaz et de pétrole. Nous n’en avons que peu, hors les Pays-Bas, et les Îles Britanniques et la Scandinavie qui n’appartiennent pas à l’Union mais en sont proches. Nous devons donc remplacer le gaz russe.
Energie : nucléaire et GNL
Pour l’instant, l’hiver n’est pas venu et nous y sommes assez bien parvenus, mais il va falloir diversifier nos sources d’approvisionnement. Le gaz naturel liquéfié est une bonne ressource qui dépend aussi d’acteurs auxquels nous ne pouvons toutefois pas pleinement accorder notre confiance, à commencer par l’Algérie. Il importe donc de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement afin de parer à toutes les éventualités d’un monde instable.
L’Afrique pourrait s’avérer être un « eldorado » gazier aux richesses encore inexploitées. Malin, Olaf Scholz avait entamé l’an passé sa tournée sur le continent par une étape au Sénégal, pays aux réserves gazières encore intactes qui fonde de grands espoirs dans ses champs de gaz et de pétrole au large de l’Atlantique. La production devrait commencer en 2023 avec 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié les cinq premières années et 10 millions à partir de 2030. Par ailleurs, ce pays présente l’avantage d’un environnement politique stable et offre un acheminement moins polluant que via le Qatar ou les Etats-Unis.
Danke für den herzlichen Empfang, @Macky_Sall! Das ist meine erste Reise als Kanzler auf den afrikanischen Kontinent. Als erste Station habe ich mich bewusst für Senegal entschieden. Denn die Partnerschaft, die uns verbindet, wird immer wichtiger. Wir können aufeinander zählen! pic.twitter.com/G3xmDFEh2V
— Bundeskanzler Olaf Scholz (@Bundeskanzler) May 22, 2022
Olaf Scholz avait d’ailleurs, à l’occasion de sa visite, su habilement se positionner vis-à-vis de son homologue Macky Sall, ingénieur géologue de formation et ancien ministre de l’Energie de son pays, en s’insurgeant contre l’arrêt des financements de l’exploitation des énergies fossiles au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Les États-Unis et la France s’étaient en effet engagés lors de la COP26 en 2021, à cesser les financements à l’étranger de projets d’exploitation d’énergies fossiles sans techniques de capture du carbone.
La lutte contre le réchauffement climatique ne va donc pas sans heurts et l’Allemagne sait y tirer son épingle du jeu – elle a d’ailleurs réussi avec sa puissante industrie automobile à prévoir une exception pour le e-fuel dans le pack d’électrification du parc automobile, chose à laquelle s’opposaient les constructeurs français qui n’en font pas -. Etonnant d’ailleurs, car comme l’indiquait un certain Antoine Testu sur LinkedIn : « Il faut ainsi cinq fois plus d’électricité pour produire assez de carburant synthétique pour parcourir 100km qu’il n’en faut pour alimenter une batterie de VEB pour la même distance ».
L’électrification du parc automobile : une opportunité pour la France ?
Ce même expert se montre d’ailleurs optimiste quant au devenir du marché du véhicule électrique, à l’image de certains professionnels du secteur ; bien qu’il soit opposé à la réglementation interdisant la production des moteurs thermiques à partir de 2035 : « Cette réglementation est en réalité inutile, car les moteurs thermiques et le VT seront obsolètes en Europe bien avant 2035 et sont déjà condamnés à une extinction rapide. Le marché a déjà choisi la meilleure solution, tant d’un point de vue technologique qu’économique : la voiture électrique à batterie. A quoi bon adopter une règlementation complexe, non dénuée d’effets indésirables pour tenter de hâter une évolution déjà en marche ? Les Etats-Unis et la Chine n’ont d’ailleurs adopté aucune mesure coercitive de ce type. Tout en agissant ambitieusement pour faire de leurs pays le champion du VEB. »
De fait, il est surtout à craindre que notre macroéconomie et notre industrie ne soient tout simplement pas capables d’accompagner cette évolution du secteur automobile. Rien n’a été fait pour nous protéger des deux mastodontes chinois et américain. Quand Emmanuel Macron a maladroitement parlé en Chine, il a d’ailleurs tapé à côté plutôt que de tancer directement nos partenaires européens en les invitant à se mettre autour d’une table pour riposter face au protectionnisme de nos rivaux. Grande gueule et petit bras, notre président n’agit pas concrètement, ou du moins, n’obtient pas les résultats escomptés alors que s’opère une transformation majeure du parc industriel mondial. Nous pourrions exploiter les minerais (lithium, nickel), nous ne le faisons pas. Idem pour le raffinage et la transformation des métaux, la prospection à l’étranger, la fabrication de batteries, l’installation des bornes ou encore les chaînes d’assemblages.
Il est temps de passer à la vitesse supérieure et d’arrêter de subir les décisions des autres.
La vie pour de vrai (sortie le 19 avril), le nouvel opus de Danny Boon, est niaiseux à souhait…
Il n’y a pas de mystère Dany Boon. Hélas. La martingale du petit gars du Nord sympa fonctionne à plein régime de film en film. Surfant sur l’éternelle vague de l’idiot du village, il refait à chaque fois le même film sur des scénarios que Paul Guth aurait pu signer en son temps. À l’époque, on l’aurait appelé « le Naïf ». Mais, dans un registre proche, n’est pas Bourvil qui veut. Ici, tout se concentre sur l’extrême gentillesse du personnage principal qui évidemment se heurte à la méchanceté du monde, mais parvient à l’enchanter parfois. C’est donc niaiseux à souhait. On devrait rire sans cesse et on se surprend à regarder sa montre. Kad Merad et Charlotte Gainsbourg semblent se demander ce qu’ils font là, à jouer les faire-valoir d’un clown pas drôle. Il n’y a pas de mystère Dany Boon, mais il y a des recettes sonnantes et trébuchantes à la clé : grosse comédie, gros sabots, gros profits. Rendez-nous De Broca et Rappeneau, s’il vous plaît.
Si l’allocution du président n’a pas cassé des briques, elle a eu le mérite de se trouver un son d’ambiance identifiable dès la première note. C’est pas du Gershwin, pas besoin d’avoir l’oreille absolue pour en apprécier sa finesse harmonique mais cela sent le tube de l’été à plein nez. Notre Top Chef de président et son concert de casseroles part pour 100 jours en tournée.
Borne à la plonge. Sans traverser la rue Macron lui a trouvé le job saisonnier de l’année. 100 jours pour apaiser les Français. Entre des citoyens tendus comme des arbalètes et son talent pour le stand-up qui détend les lombaires, c’est pas gagné. Flanquée par les Hells Angels Veran, Dussopt et les autres 3 roues du gouvernement et de l’Assemblée, c’est vraiment pas gagné. Comme tout ce beau monde sera attendu partout par des batteries de casseroles, les 100 jours vont leur paraitre plus longs que l’ascension du GR20 en tongs. Oui mais voilà, Macron n’avait rien à annoncer. Ni remaniement, ni dissolution, ni référendum. Rien. Si ce n’est une nouvelle feuille de route pour une Borne à la rue.
Berger au piano. Et si l’orgueil de Macron lui ouvrait un boulevard pour passer de la street-food sociale à la gastronomie politique ? Dans quatre ans tous ceux que l’on pourra associer de près ou de loin à Macron seront carbos. De la droite à la gauche ils sont tous cramés. Mélenchon fera plus peur que l’hologramme d’un pangolin salafiste. Le Pen, c’est la Sylvie Vartan du sketch de Coluche. Elle aura encore fait des progrès, juste ce qu’il faut pour faire deuxième. Donc, dans la quête de l’homme ou la femme providentiel(le), ce Berger a un bon profil. Il est suffisamment ouvert pour plaire des deux côtes de l’échiquier, compétent pour réformer sans brutalité et il a en plus la bobine d’un honnête homme.
Macron à l’acouphène.Macron, ce fort en métaphore, a remis son casque de chantier sur les oreilles. En prenant la restauration de Notre-Dame pour illustrer sa vision de l’avenir. Nouvelle hallu mystique ou pas, Notre-Flèche d’Amiens est toujours aussi perché. Il dit et répète ne pas être sourd aux colères et évacue le dossier retraite en deux minutes. On a déjà vu des sourds entendre mieux que lui. Pour ceux qui espèrent du concret sur le pouvoir d’achat, la dette, la pression fiscale, la casserole est vide. Pour ceux qui croient encore au Père Emmanuel, il nous invente un nouveau gadget. Le pacte social. Attention, sans aucun tabou. Tout peut être mis sur la table. Tout. La réforme des retraites aussi? Oh mon gars, faut pas déconner non plus! Pour les promesses sur la sécurité, le contrôle de l’immigration, l’éducation et la santé on est comblé. C’est prévu. Mais toujours rien de concret dans la marmite. Bref, sans un mea culpa il nous a encore fumé le jambon avec le bois dont on fait du pipeau.
Être offensé par une œuvre écrite il y a cinquante, cent ou deux mille ans, et justifier une censure au nom de cette offense, c’est partir du principe qu’un auteur devrait écrire pour un lectorat invariable.
Au risque de faire réagir certains lecteurs, j’oserai dire que les partisans de l’idéologie woke, celle des « sensitivity readers » et de la « cancel culture », n’analysent pas toujours à tort les ressorts complexes, et profonds, de nos civilisations occidentales : c’est même ce qui les rend, parfois, si difficiles à contredire – les conclusions qu’ils tirent de leurs observations, en revanche, et, surtout, les solutions qu’ils préconisent pour mettre celles-ci à exécution, laissent invariablement pantois.
Sensitivity readers: les censeurs du wokisme
Ainsi se heurtent-ils l’esprit à intervalles réguliers, sans d’ailleurs qu’on ne leur ait rien demandé, en lisant ou relisant les œuvres de celle que l’on surnomma en son temps la « Duchesse de la Mort », Agatha Christie. En 2020, déjà, ils obtenaient que le roman les Dix petits nègres fût renommé en Ils étaient dix. Et voilà que, coup de tonnerre prévisible d’un ciel de plus en plus nègre, (« un ciel si noir ne s’éclaircit pas sans orage », écrivait Shakespeare), l’éditeur français – Le Masque – de l’auteur du Crime de l’Orient Express, de Mort sur le Nil, et de ce petit chef-d’œuvre méconnu qu’est La Nuit qui ne finit pas, annonce ce 17 avril, avec fracas (mais peut-être cherche-t-il la polémique pour vendre ?) qu’après Roald Dahl et Ian Fleming, Christie va passer à son tour – encore ! – à la moulinette de la « révision », c’est-à-dire de la censure.
Si je disais en préambule que les wokistes n’ont pas toujours tort, c’est parce que le lecteur sinon passionné, du moins régulier, que j’ai toujours été des aventures de Marple et de Poirot, a souvent sursauté, tel un « sensible » (toute proportion gardée…), en découvrant, par-ci, par-là, des termes, des expressions, des tournures de phrases, qui aujourd’hui (aujourd’hui seulement, la nuance a son importance !) paraissent en effet d’un racisme décomplexé, d’une misogynie crasse, voire d’un antisémitisme parfaitement assumé – c’est dire que l’esprit d’Agatha Christie a pu être façonné par un ensemble de facteurs qui, de nos jours, la rendraient assurément persona non grata des plateaux de télévision. Il serait, bien entendu, plutôt malvenu d’utiliser en 2023 le terme de nègre pour parler d’un noir, ou de se livrer à une caricature de juif.
Et alors ? – c’est offensant ! diront les plus candides, qui n’auront pas voulu comprendre qu’il existe bel et bien, derrière l’argumentation superbement rodée de toute la cohorte des brillants universitaires qui justifient ces censures, une probable lutte de races (la haine, triste, de l’homme blanc occidental) comme on eût, pourtant, aimé ne pas en voir de sitôt.
La bienveillance, atroce idée
Et alors ? dis-je à nouveau – et moi dont l’œil, comme celui des censeurs, a été titillé par un langage libre dans son expression, celle-ci fût-elle offensante, et dont l’atroce idée de bienveillance, toute moderne, a depuis longtemps cessé de nous habituer, je ne réponds rien à cette question rhétorique, et ainsi je ne verse pas dans l’anachronisme, qui est l’une des plus grandes fautes de la pensée rationnelle. Car l’anachronisme est dangereux, à maints égards. Être offensé par une œuvre écrite il y a cinquante, cent, cinq cents, ou deux mille ans, et justifier une censure au nom de cette offense, c’est confondre en un seul bloc tous les horizons d’attente : c’est partir du principe qu’un auteur, quand il écrit – étant entendu qu’il devrait lui-même être une sorte d’être supérieur jamais soumis aux déterminismes de son époque –, devrait écrire pour un lectorat invariable, qui aurait en tout temps les mêmes sensibilités. On voit le vice : aujourd’hui, l’on corrige au nom de l’idéologie woke, qui n’est qu’une idéologie d’époque, et dont il ne restera peut-être rien ; mais les œuvres, elles, auront été réécrites, et ne seront, peut-être, plus connues de nos descendants que sous ces nouvelles formes aseptisées ; alors, à n’en pas douter, une nouvelle idéologie totalitaire, aussi vaine, haineuse, et véhémente que le wokisme, prendra le pouvoir à l’Université, et au nom de nouvelles sensibleries ridicules, censurera l’œuvre censurée. Au bout du bout, il n’en restera rien : l’on aura oublié l’histoire (celle racontée par le livre, mais aussi celle du livre lui-même, et finalement l’Histoire avec un grand H), à force de vouloir en gommer les imperfections.
La littérature est comme un manuscrit continué de main en main, pendant des siècles et des siècles, par des milliers et des milliers de mains. Si, à chaque nouvelle génération, des intellectuels, qui se croient plus intelligents que leurs prédécesseurs, reprennent les travaux de leurs pères, alors le bel ouvrage disparaît sous un océan de ratures. Ceux qui se livrent aujourd’hui sans vergogne à la censure ne devraient pas se croire si malins : car eux aussi se retourneront dans leurs tombes, quand leurs fils les auront censurés ! Une subjectivité d’époque, à l’échelle du temps long, est fugace comme la vie d’un papillon : la sensibilité change avec les ans qui passent – et c’est pourquoi s’en prendre aux œuvres dont le caractère est immuable, avec des sentiments changeants, c’est brouiller le passé, et c’est se rendre aveugle.
Et puis, enfin, au nom de quoi certaines minorités auraient droit d’être outrées, et pas d’autres ? Bientôt, l’on ira censurer La Terre de Zola, roman particulièrement insultant à l’encontre des paysans ; et l’on aura qu’à s’en prendre, dans la foulée, au Bourgeois gentilhomme, de Molière – les bourgeois, après tout, sont l’objet de tant de haine, qu’à coup sûr, on leur ouvrira bientôt les droits à la « minorité persécutée ». C’est déjà la course à la victimisation : l’on s’interrogera, par exemple, sur l’opportunité de changer les termes « oriental », « nubien », ou « indigène » (les juger offensants, ne serait-ce pas un peu raciste ?) – à coup sûr, « personne de couleur », ou « de petite taille », qui remplacent déjà « noir » et « nain », deviendront à leur tour offensants… et l’on frémit, en imaginant ce que les sensibles feraient à des œuvres comme Salammbô ! Bref, la censure est sans fin.
Les citoyens français continuent de trépigner, sur le mode « s’il ne retire pas son texte, j’arrête de respirer ! » s’amuse Elisabeth Lévy. Pendant que le président parlait, hier soir à 20 heures, les casseroles ont tintinnabulé…
D’après l’ONG altermondialiste ATTAC, alors que le président prononçait son allocution télévisée, les manifestants ont agité leurs gamelles dans pas moins de 300 villes en France. Selon moi, ces casseroles, c’est un peu le stade infantile de la politique. Il nous écoute pas, alors nous non plus on l’écoute pas, nananère ! Que l’on soit contre la réforme des retraites ou toute autre décision de l’exécutif est bien évidemment légitime. Mais tout ce discours sur le « mépris » que l’on entend actuellement est vraiment hors sujet.
Passions françaises
On s’en fiche que le président nous aime ou nous considère ! La seule chose qui compte –et qui personnellement m’inquiète d’ailleurs – c’est son projet pour la France. Chirac nous aimait, il était éminemment sympathique, et pourtant il n’a rien fait. Et maintenant, nous trépignons sur le mode « s’il ne retire pas son texte, j’arrête de respirer ! » Nous ne voulons pas de l’acclimatation à la mondialisation via l’Union européenne, présentée comme la seule politique possible ? Nous ne sommes pas de vulgaires Hollandais pour travailler jusqu’à 67 ans ? Fort bien. Inventons une voie française, mais elle ne naîtra pas du merveilleux mouvement social actuel me semble-t-il. En attendant, on joue à la Révolution, mais en réalité la vraie passion française, c’est le statu quo.
Ai-je pour autant trouvé le président convaincant ? Non, mais il a fait tout ce qu’on attendait de lui. Il nous a rassurés. Il nous a dit qu’il nous aimait. Qu’il nous avait compris. Ses conseillers lui avaient dit : « pas d’arrogance » ! Et il n’a donc pas employé de mots bizarres comme « croquignolet ». Il a dit qu’il savait que les Français ne voulaient pas de sa réforme, qu’il savait que nous étions en colère. Il a dit qu’il avait compris qu’on voulait plus de sens au travail (en fait, on veut surtout des vacances !). La réforme, c’est dur mais c’est pour notre bien. D’ailleurs, l’avenir radieux c’est pour demain. Dans 100 jours, très précisément.
Nous avons ensuite eu droit à un catalogue de promesses usées. Les élèves apprendront à l’école, la Justice aura des moyens, mille usines s’épanouiront et la bureaucratie s’allègera. On en finira avec l’immigration clandestine et la fraude sociale, et on relancera l’intégration… Mieux, en prime, j’ai appris que nous allions inventer l’industrie écolo et l’intelligence artificielle qui rase gratis. Pourquoi ? Parce qu’on est champions du monde et qu’on a le meilleur Papa du monde !
Dommage, parce qu’au début de son intervention, Emmanuel Macron avait commencé par effleurer la vérité, en déclarant que l’indépendance cela ne se décrète pas, cela se conquiert. Pour les Français, toute réforme est une régression. Oui, parce qu’après 40 ans au-dessus de nos moyens, toute réforme est forcément une facture à payer. Sauf que ce n’est pas la réforme qui entraîne l’appauvrissement, c’est l’appauvrissement qui impose la réforme. Et c’est effectivement le prix du retour à l’indépendance. Emmanuel Macron devrait promettre du sang, de la sueur et des larmes, mais nous sommes au moins d’accord là-dessus: cette vérité, personne ne veut l’entendre.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale, à 8 heures.
La visite d’Emmanuel Macron en Algérie prévue les 2 et 3 mai prochains a été reportée, en raison d’un « manque de préparation des dossiers », l’occasion pour nous de faire un point avec un spécialiste. Officier supérieur dans l’infanterie de marine et enseignant en intelligence stratégique à l’École de guerre économique, Raphaël Chauvancy a notamment obtenu le prix de la Plume et l’Epée 2022 pour son essai Les nouveaux visages de la guerre. Il s’exprime ici à titre personnel sur les enjeux sécuritaires du continent africain.
Causeur. Les questions de sécurité militaire en Méditerranée sont aussi saillantes que mises de côté médiatiquement du fait de la guerre à l’Est. Récemment, la France a montré des signes de faiblesse en Afrique. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, Abdoulaye Diop a accusé la France de soutenir et d’armer les terroristes au Mali. Comment interprétez-vous cela ?
Raphaël Chauvancy. Alors qu’elle apparaissait plus que jamais comme le gendarme de l’Afrique et qu’aucune puissance militaire locale ou extérieure ne pouvait se targuer de succès tactiques comparables, la France a vu ses efforts réduits à néant par une offensive informationnelle orchestrée par la Russie. Successivement chassée de Centrafrique, du Mali et du Burkina Faso en l’espace de quelques mois, elle a découvert avec stupeur la fragilité de ses positions dans une région où elle les croyait intangibles.
La vérité est que le « pré-carré » n’était pas une expression de la puissance française mais un anachronisme rendu possible par l’indifférence de ses compétiteurs. Lorsque leur intérêt s’est éveillé, Paris s’est fait surprendre et battre sur tous les théâtres où elle a été défiée. Il a suffi que la Chine convoite certaines ressources africaines pour que les entreprises françaises s’effacent. Les Etats-Unis se sont penchés sur le Rwanda et ce pays a quitté l’Organisation Internationale de la Francophonie et remplacé l’enseignement du français par celui de l’anglais. Le Royaume-Uni s’est intéressée au Golfe de Guinée : le Togo et le Gabon ont rejoint le Commonwealth. La Russie a été la dernière à opérer son retour sur le continent ; elle n’a éprouvé aucune difficulté à supplanter la France où elle l’avait choisi, intoxiquant cyniquement des populations désespérées avec des élucubrations du type de celles que vous évoquez.
Au-delà de la blessure d’amour-propre et d’une évidente perte de prestige, le retrait forcé d’une poignée de pays déshérités du Sahel n’obère heureusement en rien la puissance française. Il apparaît même plutôt comme une opportunité. Les reliquats de la parenthèse coloniale sont liquidés. La Françafrique, qui n’en finissait plus de mourir, appartient enfin à l’histoire. Les Africains ont eux-mêmes relevé Paris de la charge d’assurer leur sécurité à leur place. Débarrassée de ce fardeau, la France peut enfin normaliser ses relations avec ses partenaires selon des relations contractuelles et non plus incestueuses.
Raphaël Chauvancy. D.R.
La menace terroriste au Sahel demeure particulièrement élevée, tant dans les pays de la zone que dans les pays limitrophes. L’autre sujet d’inquiétude, notamment du côté marocain est le Sahara. Que peut faire la France en la matière ?
Au Sahel, trop d’États faillis et corrompus sont malheureusement incapables d’assumer leurs charges sécuritaires et de combattre la misère hors de contrôle sur laquelle prospèrent groupes mafieux et terroristes. La France ne peut, ne veut ni ne doit plus pour autant se substituer aux autorités locales pour régler leurs problèmes systémiques. En revanche, l’expertise reconnue de ses forces armées et son expérience diplomatique lui donnent toute légitimité pour appuyer la mise en place de structures de sécurité collective régionale.
Le Maroc est un pôle de stabilité important et une puissance régionale avec laquelle il faudra compter de plus en plus. La solidité de ses structures étatiques et le prestige de son roi, qui est aussi commandeur des Croyants, le préservent a priori des affres du terrorisme à grande échelle. Même les séparatistes sahraouis ne sont pas en mesure de le menacer sérieusement par eux-mêmes, mais le soutien que leur apporte l’Algérie est lourd de menaces. L’hypothèse d’un affrontement militaire entre Rabat et Alger n’est pas à écarter, d’autant plus que les autorités d’Alger utilisent volontiers la surenchère nationaliste pour masquer leurs multiples échecs.
Cette hypothèse extrême fragiliserait toute la région en laissant le champ libre aux groupes armés transnationaux. Vaincu, le Maroc n’aurait de cesse de préparer sa revanche tant la marocanité du Sahara occidental est ancrée dans son récit national. Une défaite de l’Algérie sonnerait probablement pour sa part le glas d’un régime à bout de souffle, auquel il n’existe aujourd’hui pourtant pas d’alternative crédible. Le scénario le plus dramatique serait celui d’une plongée de l’Algérie dans le chaos qui provoquerait un déferlement migratoire vers l’Europe, incontrôlable dans les conditions et avec les règles actuelles. Les marges de manœuvre françaises sont malheureusement assez limitées.
Que peut faire la France contre les puissances néocoloniales qui menacent ses intérêts et ses relations en Afrique. La présence de la société militaire privée Wagner a notamment suscité de nombreux commentaires. Peut-on limiter l’influence de ces campagnes hostiles de désinformation ?
Un officier sénégalais me disait récemment que les Africains n’ont pas cessé d’apprendre le mythe de nos ancêtres les Gaulois pour qu’on leur inflige celui des sexes interchangeables. Que les Français adoptent les névroses des classes privilégiées de la côte ouest américaine si bon leur chante, mais qu’ils cessent de vouloir faire la classe aux Africains s’ils veulent demeurer leurs amis. Ces derniers attendent un partenariat politique franc, pas des leçons de morale plus ou moins douteuses qui les exaspèrent et les disposent à prendre pour argent comptant les campagnes de désinformation tournées contre Paris.
Les Russes livrent à la France une guerre hybride décomplexée. Le seul moyen d’y mettre fin est d’adopter une posture offensive avec suffisamment de mordant pour les dissuader de poursuivre leurs intoxications. Les thèmes et les angles d’attaques contre la Russie sont d’ailleurs innombrables, en partant des plus simples, comme la démonstration de ses mensonges, aux plus dévastateurs, comme le maintien de son empire colonial en Asie centrale sur les autochtones musulmans.
Enfin, une approche intégrée est indispensable pour redresser l’image de la France. Bien que l’influence ait été élevée au rang de fonction stratégique, trop d’acteurs français interviennent en ordre dispersé ou conçoivent pas naïvement leur action comme une finalité en elle-même. La culture de la discrétion de l’Agence Française de Développement (AFD) fait ainsi passer les réalisations françaises sous les écrans radars ; il serait temps qu’elle s’inspire de l’USAID qui affiche sans complexe ses origines gouvernementales américaines.
Peut-être faudrait-il également faire tomber un tabou et développer des sociétés militaires privées françaises, non pour copier les porte-flingues de Wagner mais pour sous-traiter certaines actions d’influence et de formation, en étroite coordination avec nos forces armées.
Le pont entre notre continent et l’Afrique est la mer méditerranée. À votre avis, sur quel pays la France peut compter au Maghreb ? Comment se fait-il que les relations avec le Maroc, partenaire historique de la lutte contre le terrorisme islamiste, se soient à ce point dégradées ?
L’intérêt commun serait naturellement de voir la Méditerranée occidentale devenir un lieu d’échanges et de coprospérité euro-africaine. La montée de l’islamisme a malheureusement tué dans l’œuf les belles promesses tunisiennes. Le combat entre les forces laïques et la réaction islamiste est loin d’être terminé et la révolution de jasmin laisse finalement un parfum amer.
De l’autre côté du Maghreb, les relations entre les services de renseignement français et marocains sont bonnes, la qualité et la fiabilité de ces derniers sont un atout dans la lutte contre le terrorisme en France même et pour le maintien de la stabilité régionale. Mais le Maroc a moins besoin de la France depuis que les États-Unis et l’Espagne ont reconnu ses revendications sur le Sahara occidental. Le souhait de Paris de maintenir de bonnes relations avec Rabat et de renouer en même temps avec son rival algérien était peut-être ambitieux dans ce contexte. Le refus du royaume chérifien de récupérer ses ressortissants expulsés du territoire français, l’affaire Pégasus qui a vu le Maroc espionner un millier de dirigeants français dont Emmanuel Macron et le scandale de la corruption marocaine à Bruxelles ont naturellement laissé des traces. Au-delà des frictions conjoncturelles, l’attitude de Rabat ne signifie-t-elle pas simplement que, si la France y est toujours considérée comme un partenaire important, elle ne l’est plus comme une puissance incontournable ?
Quid de l’Algérie ?
Nous l’avons vu, l’Algérie est une bombe amorcée dont la France craint à juste titre les retombées si elle venait à éclater. Les autorités d’Alger en jouent d’ailleurs en pratiquant avec efficacité un chantage induit auprès de Paris.
Pour conclure, pouvez-vous nous dire quels sont les atouts tactiques et stratégiques dont la France bénéficie encore dans cette région du monde si importante pour notre avenir ?
Il faut d’abord rappeler en quoi l’Afrique est si importante pour nos intérêts fondamentaux. La légende du pillage néocolonial français en Afrique est à peu près aussi sérieuse que les leçons d’histoire de Maître Gims. Les pays de la zone Franc ne pèsent rien dans l’économie française et l’objectif français n’est plus une domination coûteuse et inutile mais, au contraire, de favoriser l’émergence de puissances régionales pour éviter le Grand Effondrement du continent.
Avec une démographie hors de contrôle, des Etats faillis et des élites corrompues, l’Afrique sub-saharienne concentrait un quart des très pauvres du globe en 1990. Le chiffre est monté à 60% aujourd’hui et les projections sont de 90 % pour 2030. Pour commencer à résorber la pauvreté, la Banque Mondiale estime qu’il lui faudrait une croissance de 9 % au moins pendant une décennie. Elle devrait être de 3% à peine en 2023.
La France est probablement la puissance extérieure la plus à même d’aider les Africains à surmonter les immenses défis qui les attendent. Sa connaissance inégalée de la région et de ses problématiques (à condition de daigner en faire usage et de ne pas livrer sa politique africaine aux inspirations contradictoires du moment) ; l’existence de diasporas françaises en Afrique et africaines en France ; la proximité linguistique avec de nombreux États et le maintien d’une présence militaire, même allégée, constituent autant d’atouts pour tenter d’empêcher un naufrage dont l’Europe subirait les conséquences de plein fouet.