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Faut-il tirer sur le pianiste?

Les réformes en France tardent décidément à voir le jour, malgré les promesses incessantes des présidents successifs: simplifications, décentralisation – tout y passe, mais rien ne change dans les faits. Mais faut-il donc toujours blâmer le président? Alors que les universités d’été du MEDEF ouvrent leurs portes, le coup de gueule de Sophie de Menthon.


Faut-il vraiment continuer à honnir de la sorte le président de la République ? Il faut choisir : on lui reproche de tout faire et en même temps de ne rien faire… « En même temps », il aurait mieux fait ce jour-là de trouver une autre formule que celle qui lui reste scotchée dans le dos comme un poisson d’avril.

Et pourtant la France n’est qu’un magma de « en même temps », les Français ne savent plus comment ils s’appellent, désarçonnés par leurs propres injonctions contradictoires doublées de celles du gouvernement. On veut tout et son contraire toutes catégories confondues, on veut des aides mais stop à l’endettement, on veut moins de fonctionnaires mais on demande de plus en plus à un service public en déroute. Nous sommes libéraux mais protectionnistes, nous voulons moins d’immigrés mais hurlons au racisme dès qu’il s’agit d’en désigner un, nos enfants sont nuls mais dès qu’ils se font réprimander en classe c’est le prof qui se fait engueuler. Nous sommes tous écolos dans l’âme (je n’ai pas dit Verts !) mais pas question de renoncer à quoique ce soit, il faut faire payer les autres; on demande tout à l’État, mais on veut moins d’État ; Un pays laïc ? mais Éric Ciotti souhaite une bonne fête de l’Assomption sous la protection de la Vierge aux Français le 15 août, et en même temps il ne faudra pas de crèche à la mairie, etc.

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Bref, nous n’en sortons pas, la France fonctionne mal, malgré l’efficacité certaine de beaucoup de nos concitoyens, travailleurs remarquables. Répétons-le : nous sommes asphyxiés de mesures stupides, d’une dissuasion permanente à bosser pour mieux nous protéger des chefs d’entreprises et du travail ! De pochettes surprises permanentes, de pseudo aides à tout et n’importe quoi. Dissuadés de nous enrichir, exemptés de responsabilité individuelle…  

La faute du président ?

Mais alors à qui la faute ? Qui dirige ? Qui est responsable par exemple de la ridiculissime aide au raccommodage et au ressemelage des chaussures ? ça ne peut quand même pas être le président de la République ! il ne peut objectivement pas tout voir et contrôler, guetter les minuscules lubies de ses ministres, il ne peut pas être à Playboy pour rhabiller Marlène Schiappa, ni empêcher les sextapes d’un candidat à la mairie de Paris, ni contrôler qu’un ministre ne se goure pas sur les calculs des retraites… Et pourtant il est président donc forcément responsable, alors peut-être faudrait-il commencer par virer immédiatement les coupables ministériels après une bévue sérieuse ? Il faut certes l’impulsion et la volonté, mais surtout la capacité de « manager » la France à l’échelon du dessous, celui des cadres supérieurs comme dans une entreprise avec un DG de poigne… actuellement la Première ministre à l’Assemblée nationale gère un syndic de copropriété, cela n’aide pas pour créer un consensus autour des décisions fondamentales dont le pays a besoin.    

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Tous les secteurs sont à l’abandon, malgré un interventionnisme plutôt nuisible. La santé, par exemple : pourquoi la décision du numerus clausus n’a-t-elle été appliquée que très partiellement (c’est ce que nous expliquent les experts) ? Pourquoi personne n’a-t-il étudié la question des locaux et des profs pour augmenter le nombre d’étudiants en médecine ? pourquoi paie-t-on si mal le personnel hospitalier alors que nous sommes criblés d’impôts et que partout il manque « de moyens »  et de personnel dans la fonction publique ? et pourtant les entreprises paient : nos charges sociales sont les plus élevées et empêchent d’augmenter les salaires. Pourquoi le privé fonctionne-t-il mieux dans tous les domaines ? Et pourquoi méprise-t-on le secteur privé, sans s’appuyer sur lui ? Il faut sous-traiter et confier aux entreprises compétentes, avec un strict cahier des charges, tout ce qui peut leur être confié. Il y a même une plateforme pour cela (« entrepreneurs pour la République »).

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Les contre-pouvoirs ne sont pas là où il faut (je pense par exemple à la Justice). En revanche, pourquoi des ARS (agences régionales de santé) « indépendantes » peuvent bloquer, sans que le ministre de la Santé n’ait son mot à dire ? C’est bien l’organigramme incompréhensible et intouchable français, avec des niveaux hiérarchiques multiples, organisés pour que la paralysie au bout du compte l’emporte sur les initiatives, qui nous tue à petit feu.

Réformer pour de bon

Il faut réformer, mais vraiment reformer, en repensant en profondeur le système entier et en visant l’efficacité et la simplification. Donner des responsabilités et que les vrais responsables le soient sur leur poste ; tolérance zéro pour tous ceux qui sont au pouvoir, y compris dans l’administration, c’est la base. Il faut qu’ils soient plus compétents que les autres, plus responsables – exemplaires en un mot. Arrêter les déclarations-promesses à l’emporte-pièce annonçant des mesures qui ne verront pas le jour. Qui contrôle ces annonces ? Il parait que cela s’appelle « faire de la politique » ! Mais alors qui peut virer et sévir ? ce devrait être le Premier ministre, non ?  Mais en a-t-il le pouvoir ? C’est bien l’entourage du président qui est responsable et coupable, certes, mais en même temps c’est ce dernier qui choisit son entourage ! On peut admettre qu’Emmanuel Macron ait d’autres préoccupations : guerres menaçantes, épidémie, dette abyssale, extrémistes verts, gilets jaunes… bref il en voit de toutes les couleurs.

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Mais la perception qui découle de tout cela, c’est que président de la République lui-même ne sait pas comment s’y prendre pour réformer structurellement et en premier lieu, recadrer et redéfinir précisément les missions régaliennes de l’État. Mais quel président saura donc s’y prendre ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

Dans le cadre des universités d’été de LFI, le Che Guevara de la Canebière a déployé toute une rhétorique guerrière lors d’une conférence, en déconnexion totale avec le réel et les institutions républicaines. Une stratégie qui suscite l’inquiétude, y compris à gauche, alors que les Français estiment désormais LFI plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national.


Décidément,cette rentrée est placée sous le signe du déshonneur pour une partie de la Nupes. On a ainsi appris grâce à EELV et son soutien à Médine qu’une parole antisémite était acceptable si on était stupide ou inculte, l’un n’empêchant pas l’autre. Le parti a même fait un triomphe à un Médine qui a soigneusement évité de discuter de la dimension antisémite de son tweet pour se présenter en victime d’une France raciste et de l’extrême-droite. Il faut croire que jeu de mot antisémite est la nouvelle martingale pour être mis à l’honneur par un parti politique de gauche, puisque Médine est invité à la fête de l’Huma et est encensé par Jean-Luc Mélenchon, qui l’a invité lui aussi à ses universités d’été. On pensait toucher le fond, mais Jean-Luc Mélenchon a décidé de creuser plus profond ! Le voilà qui se vautre dans un discours de rentrée aux accents factieux. Il y déclare que l’extrême-droite – traduire le fascisme et la dictature – commence au macronisme. Comme une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limites, il explique également que la France n’a plus de forces de l’ordre mais est sous la coupe d’une milice aux ordres de Gérald Darmanin. Plus c’est gros…

Des propos inacceptables

Mais jugez plutôt sur pièces. Voilà le verbatim exact de Jean-Luc Mélenchon, à propos du ministre de l’intérieur, et de la police : « Le candidat commun de l’espace idéologique que représente l’orbanisme français, la jonction de la droite et de l’extrême-droite, c’est Monsieur Darmanin. C’est un homme qui dispose d’une audience sur plus de 100 000 personnes dont il est le ministre et qui ont manifesté une manière d’être et de penser que tout le monde connait, qui est la police du pays. Ce n’est pas rien, tout ça. Il n’y a que les naïfs pour croire que cela n’arrive qu’aux autres (…) on doit en tenir compte, comprendre le danger et comprendre le personnage. »

Il se trouve que les mots ont un sens et que ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon est profondément scandaleux et inacceptable. Ce type de rhétorique, qui nie toute légitimité aux institutions et fait de la police la milice du pouvoir est un appel à l’insurrection. En effet, si la police est une milice, alors toute intervention de sa part est illégitime. Elle n’est plus un outil destiné à maintenir l’ordre et à protéger les citoyens, mais une force d’oppression à laquelle il est légitime de répliquer. Attaquer des commissariats devient alors un acte de libération du territoire, et s’en prendre violemment à des miliciens est un acte citoyen, un geste héroïque. Voilà ce que libère ce genre de rhétorique : le ressentiment et la haine. Sans compter qu’une partie du public auquel ce discours est destiné peut passer à l’acte. Il l’a d’ailleurs fait au mois de juillet. Ce discours s’inscrit complètement dans la communication de LFI qui fait des policiers, des cibles, qui défend les violences et les pillages au nom de la justice sociale et qui désigne les policiers comme ontologiquement racistes et fascistes, les accusant de tuer en toute impunité.

Extension du domaine de l’extrême-droite

Un autre passage du meeting est tout aussi éclairant. Après avoir défendu Médine bec et ongles, voilà ce que Jean-Luc Mélenchon explique aux cadres et militants de son parti : « Vous devez vous préparer au choc avec une ligne de front qui s’étend de l’extrême-droite jusqu’au macronisme, d’un seul fil, avec autant de nuances que l’on peut en trouver dans la grisaille. Mais au total c’est la même couleur, la même grisaille. » Et hop, tout ce qui est au-delà du PS est renvoyé à l’infamie ! Au moins on ne pourra pas reprocher à Jean-Luc Mélenchon de faire dans la subtilité, mais on a l’impression qu’en matière de déconnexion avec le réel, lui aussi atteint des sommets.

Le rappeur Médine était présent chez les Verts et chez LFI lors de leurs universités d’été 2023 Photo : HARSIN / SIPA

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Certes, ce type de rhétorique guerrière sert souvent à masquer l’inanité des propositions et le manque de consistance du projet politique. Quand on n’a rien à proposer, on peut toujours bâtir une stratégie de conquête sur la dénonciation. Faute de solutions, proposons donc des coupables à lyncher. Et c’est vrai qu’en politique le manque de finesse associé à l’exacerbation du pulsionnel fonctionne. Mais à quel prix ? Ce type de dérive signifie aussi que l’on est en train de sortir de la démocratie et que la politique redevient violente et dangereuse. C’est une trahison de l’humanisme, une profession de foi antidémocrate et un effondrement moral.

L’hypocrisie des donneurs de leçons

Mais de la part de Jean-Luc Mélenchon, c’est également d’une hypocrisie qui confine à la malhonnêteté. Jean-Luc Mélenchon utilise le terme extrême-droite comme l’insulte suprême. Il l’utilise, comme le fait d’ailleurs Emmanuel Macron en période d’élections, comme il s’est cristallisé dans l’inconscient collectif, autrement dit en lien avec la Seconde Guerre mondiale. La référence à l’extrême-droite ne renvoie pas à l’échiquier politique actuel, il ne caractérise pas une droite réactionnaire, mais l’héritage de la collaboration, la complicité du crime contre l’humanité commis par les nazis. Parler de « l’extrême-droite », dans le substrat politique français, est la manière polie de dire fasciste ou nazi. Le terme est un mot valise qui véhicule une des insultes les plus fortes que l’on peut utiliser en politique, sans avoir besoin de l’expliciter ou de l’argumenter, ce qui est bien pratique. Cela permet de déconsidérer ses adversaires sans avoir besoin de fournir des preuves. Mais à trop servir, la mécanique s’est usée.

Premier problème : si quelqu’un est en train de s’allier à d’authentiques soutiens des nazis, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. La dérive islamogauchiste de son parti l’a rapproché des frères musulmans, qui sont eux, bel et bien, d’authentiques alliés historiques des nazis. Il soutient d’ailleurs les revendications politiques des islamistes : port du voile vendu comme une liberté, tentative de criminaliser toute critique de l’islam via la diffusion du concept d’islamophobie, discours de persécution des musulmans, référence au racisme systémique… Il reprend également leurs discours sur la corruption des institutions et la délégitimation des forces de l’ordre. Il faut dire que leurs objectifs ou leurs fantasmes sont les mêmes : semer le chaos pour faire tomber le système.

Deuxième problème, si quelqu’un est l’héritier de Jean-Marie Le Pen dans sa façon de se mettre en scène, c’est bien le leader de LFI. En le voyant déambuler sur la scène, la rage au ventre, dégageant une agressivité physique contenue et chargeant ses mots d’une grande violence symbolique, je revoyais le président du FN dans les années 80. Dans les extraits de meeting qui passaient au journal télévisé, lui aussi arpentait la scène en haranguant la foule, ivre de lui-même et cherchant à réveiller la force du ressentiment dans son auditoire.

Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon reproche à Gérald Darmanin, des propos conformes à ceux qu’il avait lui-même tenus en 1991. En effet, la colère de Jean-Luc Mélenchon a été déclenchée par les paroles du ministre de l’Intérieur rapportées par La Voix du Nord.

Rififi chez les castors

Le ministre de l’Intérieur évoquait une possible victoire de Marine Le Pen et invitait « Renaissance » à s’intéresser aux classes populaires.« Les gagnants de la mondialisation et les élus des centre-villes, ça ne fait pas 51% des voix ». Et le ministre de se poser comme un rempart contre l’élection de l’extrême-droite. Le problème c’est que tous les adversaires de Marine Le Pen veulent se poser en rempart contre l’extrême-droite car ils n’ont ni projet, ni programme, ni vision. Leur seul axe de campagne est de dénoncer le retour de la bête immonde et de transformer tout adversaire en ventre potentiellement fécond. De ce fait, pour pouvoir décrocher le pompon « d’authentique barrage contre le retour du fascisto-nazisme », il faut renvoyer les autres tribus de castors dans le camp du mal. Tout le monde devient alors susceptible d’obtenir sa casserole « appartient à l’extrême-droite » et personne ne sait plus vraiment ce que cette appartenance signifie.

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Or, nombreux sont les obstacles qui attendent une stratégie politique qui se réduit à ce syndrome du castor, où les électeurs ne sont plus là que pour faire barrage au pire.

  • Le premier obstacle, c’est que tout le monde étant sur cette logique, il devient compliqué de se distinguer pour assurer la captation des voix.
  • Le deuxième obstacle, c’est que l’extrême-gauche, à force de renvoyer tout le monde à l’extrême-droite, affaiblit cette accusation et finit par la rendre ridicule et inefficace.
  • Le troisième obstacle est que le RN d’aujourd’hui n’est pas le FN d’hier. Le parti peut être qualifié de réactionnaire ou de conservateur, et il se positionne clairement sur l’immigration, mais on ne trouve plus dans le discours officiel et dans celui de sa leader, les appels à la violence, la volonté de déstabiliser les institutions, les relents racistes et antisémites ou la dimension factieuse qui apparaissent au grand jour à la LFI. Le RN n’a pas non plus des alliés stratégiques aussi encombrants que les islamistes et les racialistes, ces gens qui se disent antiracistes mais réduisent chacun à la couleur de sa peau.

L’histoire et les racines du RN jettent le doute sur son appartenance à l’arc républicain, mais l’actualité, la pratique politique et les discours de LFI l’en font clairement sortir aujourd’hui.

Les Français jugent LFI plus dangereuse pour la démocratie que le RN

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas : l’attitude agressive de Jean-Luc Mélenchon, la justification de la violence que porte son mouvement, le manque de tenue de ses représentants, leur proximité avec les mouvements islamistes et racialistes ont abimé l’image de la gauche Nupes et de celui qui la domine. Quand les sondeurs ont demandé aux Français quelle était la personnalité politique la plus dangereuse pour la démocratie, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé avant Marine Le Pen. Le dernier sondage IFOP-Fiducial qui confirme cette tendance date du 17 juin 2023. Seuls 21% des sondés estimaient que le RN était un danger pour la démocratie, contre 28% pour LFI. Dans le même ordre d’idées, 30% des sondés pensent que le RN est capable de gouverner, alors qu’ils ne sont que 13% à le penser dans le cas de la France Insoumise. L’image du RN et de Marine Le Pen se notabilise quand la réputation de LFI empire.

La stratégie de la tension, de l’appel au soulèvement et de l’attaque des institutions a pour vocation de faire main basse sur la colère du peuple. Il y a derrière, le vieux rêve de transformer « un peuple révolté en peuple révolutionnaire ». Pour l’instant ce fantasme n’est pas un levier politique. Il marginalise cette gauche Médine à un point tel qu’aujourd’hui, quel que soit le camp du politique interrogé, tous disent en off, qu’en cas d’un second tour Le Pen /Mélenchon, Marine Le Pen serait largement élue.

Ces biens essentiels

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L’emmerdeuse

Jean-Luc Mélenchon a dit « approuver la contribution » surprise de Ségolène Royal à une liste Nupes aux élections européennes…


Méluche a fait un pont de Trotski à Royal,
Émeutiers, débraillés en marche derrière Ségo,
Fallait y penser, la tête que fait petit gros
N’est pas pour déplaire à ce tandem pas banal

Allo Jean-Luc…

– Oui Ségo, ça va?

– On ne peut mieux! J’ai eu mon fils au téléphone, François a les boules…

– Les boulettes en sauce plutôt, ça lui va bien! Il va encore tacher sa chemise.

– C’est un très bon signal, on les emmerde tous là!

– Quand je pense à Roussel avec ses recettes de campeur! Moi j’ai mis la Royal en cuisine! D’ailleurs Ségo, avec notre électorat, faut que tu retrouves tes origines africaines! Que tu nous prépares un bon poulet yassa pour la campagne. Tu arrêtes les conneries avec ta blanquette et tes chabichous mon chou!

Mais, j’avais un boy!

– Et avec François un play-boy! Avec moi, tu vas vite comprendre la tambouille!

Je vais pas sentir la friture, non plus!

– Arrête tes salades, la vinaigrette à partir d’aujourd’hui c’est à l’huile de vidange! Et ta garde-robe, tu peux tout refiler à Bachelot. Depuis qu’elle a récupéré les fringues de la Reine, elle n’a plus rien à se mettre en dehors du vert-pomme, du fushia, du rose-bonbon…

– On n’a pas les mêmes mensurations, si je peux me permettre!

Bon je t’envoie mes girls, on va te relooker LFI, gilet-jaune compatible!

– Quelle horreur!

Ne me gonfle pas mes vieilles roubignoles! Il faut ce qu’il faut, tu crois que ça m’amuse de me trimballer ma veste de plombier sur le dos! J’ai une tête à réparer les fuites? Bon je t’envoie Panot et Obono pour faire du shopping!

Ca va pas non?

Je t’offre ta dernière cartouche pour exister, alors fais un effort!

– Mais de là à me mettre un gilet jaune sur le boubou, il y a des limites quand même!

– Et c’est fini tes bondieuseries du dimanche matin, tes couplets sur la famille et l’éducation des enfants! Tiens, en parlant des gosses, je file ton adresse à p’tit Louis Escobar. Tu verras, il est stupéfiant ce gamin, il a toujours du matos, ça te changera de tes hosties sans sucre.

– Mais je ne fume pas! Si j’avale je tousse!

– Je ne change pas, je fume pas, j’avale pas, Ohhhh! Il te fera des tisanes Pablito! Ça te va comme ça ?

– Des tisanes, je veux bien.

Ben voilà Lulu la Nantaise, quand tu veux on avance. C’est pas gagné, mais on avance…

Bon Jean-Luc, je dois te laisser, j’ai un brunch avec mes petits scouts…

– Mais elle n’a rien compris! Je vais encore me prendre une veste de plombier avec ce cumulus du Poitou…

Heureuse politique où le ridicule ne tue pas!

Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron: ils ne disent pas forcément n’importe quoi, mais ils se laissent aller… Passons leurs dernières (et ridicules?) actus estivales au crible.


J’adore cette période qui est encore teintée de vacances, mais qui sent la reprise. Il y a des propos, des déclarations, des audaces et des provocations qui sont parfumés par cette parenthèse particulière entre le repos atténué et la pleine intensité. On ne dit pas forcément n’importe quoi mais on se laisse aller:

  • à être des conseilleurs puisqu’on n’est plus les payeurs comme l’ex-président Nicolas Sarkozy,
  • ou à des préceptes qu’on n’applique pas soi-même comme le président Macron,
  • enfin à des initiatives surprenantes comme Ségolène Royal qui ne semble guère affectée par la dérision dont certains l’accablent.

Nicolas Sarkozy, qui continue à croire qu’il est légitime et écouté, invite la droite à se choisir pour 2027 une personnalité qui saura faire la synthèse entre Eric Ciotti, Eric Zemmour, Emmanuel Macron et les électeurs du RN.

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D’une part il faudra la trouver. D’autre part, si on a droit à un zeste d’ironie, pourquoi s’arrêter à Emmanuel Macron ? On a compris depuis longtemps que Nicolas Sarkozy rêve de voir LR être absorbé par le macronisme. Un tel mélange donnerait des frissons républicains tellement il serait contre-nature ! Mais, pour poursuivre la politique-fiction, Nicolas Sarkozy aurait pu élargir le spectre. Le parti communiste, grâce à Fabien Roussel, est devenu fréquentable et il a des appétences que la droite ne récuserait pas. Chez les écologistes, si Marine Tondelier n’inspire personne, même pas son propre parti, Yannick Jadot existe toujours et sa vision raisonnable, quoique sobre, de notre futur mérite de l’ajouter à la liste suggérée par Nicolas Sarkozy. On laisserait tout de même de côté le parti socialiste et LFI ! Reconnaissons cependant que Nicolas Sarkozy cible bien la personnalité de Laurent Wauquiez. Il lui reproche de s’être « défilé » à chaque fois que son parti avait besoin de lui. Je ne suis pas convaincu que l’ancien président puisse donner des leçons sur ce plan mais sans doute s’estime-t-il hors concours !

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Le président de la République s’est mêlé de la vie des partis et il leur a demandé de se soucier « d’unité » et « d’efficacité ». Ce n’est pas d’aujourd’hui que je mesure à quel point le plus grand privilège du pouvoir est d’enjoindre aux autres ce qu’il ne s’applique pas à lui-même. L’état de la France prêterait à rire si en effet les deux exigences évoquées par Emmanuel Macron n’étaient pas capitales. Notre pays manque singulièrement d’unité et l’efficacité n’est pas ce qui caractérise la manière dont il est gouverné.

Enfin, Ségolène Royal a un incroyable culot. J’ai toujours apprécié ce tempérament qui ne veut pas rester en marge de la politique mais considère qu’en permanence elle a un rôle à y jouer. Rien ne la décourage, en tout cas pas ses échecs d’hier ou les désillusions qu’on lui cause. Elle réussit ce tour de force d’échapper au ridicule parce que les natures comme la sienne sont uniques. Ses adversaires sont plus effarés par son énergie et sa certitude d’être utile qu’enclins à moquer son ambition jamais lassée. Et ses alliés ne sous-estiment pas le concours qu’elle pourra leur apporter. Elle a déclaré qu’elle était prête à diriger la liste d’une gauche unie aux élections européennes. Avec LFI. Peu importe que la vaillante candidate qu’elle a été en 2007 ait eu un esprit d’ouverture aux antipodes de celui de LFI, elle ne s’encombrera pas d’un tel détail ! Ce que Ségolène veut n’est pas acquis mais on ne pourra pas aisément se débarrasser d’elle ! Au fond, n’ai-je pas tort de qualifier de « ridicules » certaines attitudes politiques ? La politique ne serait-elle pas l’art de tout penser, de dire parfois le contraire et de n’être jamais lié par le moindre engagement ? Les politiques, au fond, osent tout. Le peuple sera-t-il dupe ?

La France en miettes

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Le divertissement d’un gentilhomme exilé

Le comte Roger de Rabutin est une figure du Grande Siècle. Fougueux, batailleur et vaniteux, ce cousin de la marquise de Sévigné réussit avec superbe à irriter Louis XIV. Exilé sur ses terres bourguignonnes, il a fait de son château une œuvre d’art totale. Reportage à Bussy-Rabutin.


L’excès gouverna ses jours. Débauché, insolent, il alternait les corps-à-corps, abandonnant à la hâte une orgie pour se jeter dans une bataille. Aristocrate du Grand Siècle, écrivain talentueux, il tenta vainement de courtiser Louis XIII puis son successeur, mais il les importuna l’un et l’autre, et le cardinal de Richelieu tout autant. Il passa les bornes et connut la chute. C’est ainsi qu’il se replia, par contrainte, dans son château, où l’attendait la postérité. À Bussy, le comte Roger de Rabutin, dit Bussy-Rabutin (1618-1693), a entrepris l’œuvre de sa vie. Et c’est éblouissant !

La surprise de Bussy

Roger de Rabutin

On arrive au château par un sentier pédestre qui n’annonce rien d’exceptionnel. À main droite, en contrebas, on voit des tours rondes et des douves en eau, un pigeonnier imposant ; la végétation est abondante, les arbres couvrent des coteaux assez abrupts qui interdisent une vue dégagée vers cette partie du site. C’est charmant, champêtre, d’aspect médiéval.

Puis on parvient devant la cour d’honneur, et tout, soudain, bascule : le Moyen Âge cède la place à la Renaissance française.

La façade est percée de nombreuses fenêtres : c’est une demeure de prestige, bien faite pour le divertissement et le repos d’un gentilhomme et de ses amis, où la lumière pénètre abondamment. C’est l’héritage de Bussy-Rabutin, qu’il augmentera d’une contribution sans équivalent.

Nous franchissons le seuil de sa demeure, son fantôme goguenard nous entraîne dans sa féerie rationnelle, dans le mouvement de sa vie privée. Et nous réglons notre pas de visiteur sur celui de son humeur et de sa fantaisie.

Le siècle à domicile

Voici donc ce vaillant soldat, fort bel homme de surcroît, ardent au déduit, toujours entre deux duels, deux amours, deux batailles, vaniteux[1], maniant un verbe d’ironie blessante, précédé ou suivi d’une réputation soufrée : tôt engagé dans les armées du roi de France, il descend d’une vieille famille de la noblesse bourguignonne (Roger est le cousin de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. Leur correspondance est un bijou).

Il provoqua la colère de Louis XIV et sut, après Fouquet, mais dans une bien moindre mesure tout de même, ce qu’il en coûtait d’« offusquer le soleil[2] ». Il dut quitter la Cour. « Percé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle[3] », il ne voulut ni se morfondre, ni s’aigrir. Puisqu’on l’enfermait dans ces (ses) murs, il ferait son ultime legs à la postérité par les moyens du verbe et de la peinture (des centaines de portraits commandés à des artistes locaux essentiellement). Il produirait une œuvre totale dans un théâtre sans tréteaux. Et il serait l’auteur, le metteur en scène, le premier rôle, le grand organisateur d’un spectacle où paraîtrait la plus illustre des figurations. Il convoquerait son siècle, les grands hommes de son temps et du passé, et les femmes, et les batailles, les élites enfin, d’un royaume ingrat. Il leur exprimerait sa pensée en latin, en français, par des formules spirituelles, tantôt aimables, tantôt sévères, énigmatiques aussi.

Salle des devises : chaque tableau figure une idée, « rassemblée » dans une brève formule en français, latin, italien, espagnol relative à une personne, un évènement. Autant d’énigmes à résoudre formulées par le seigneur du lieu.

Ce procédé de narration serait également sa biographie corrigée par son caprice. Son portrait souriant reproduit un peu partout, veillerait et régnerait sur cette foule prodigieuse et cruellement épinglée.

Quelques dates, quelques faits

1618 : le 13 avril, au château d’Épiry, Diane de Cugnac, épouse de Léonor de Rabutin, donne naissance à Roger de Rabutin. Il est élève au collège des Jésuites, à Autain, puis au collège dit de Clermont (futur Louis-le-Grand), lorsque sa famille vient s’installer à Paris en 1629 : « […] J’entrai en seconde que je n’avais pas douze ans, et j’étais si bon humaniste qu’à treize on me jugea assez bon […] pour entrer de là en philosophie sans passer par la rhétorique[4]. »

1634 : son père lui confie le commandement de la 1re compagnie de son régiment, qui se dirige immédiatement vers La Mothe (Haute-Marne, guerre de Trente Ans). Il a 16 ans et nulle expérience, ni du combat, ni de l’armée ! Toujours honnête, le jeune Roger apporte cette précision : « […] Le sieur de Chovance, vieil officier d’infanterie, avait en effet le commandement […] que je n’avais qu’en apparence[5]. »

Le métier des armes s’imposant à lui comme une vocation, il se livre à un apprentissage sérieux de la chose militaire. Il progresse rapidement, devient un excellent manœuvrier, un tacticien plein de bravoure. Il conduit ses troupes au combat, il s’expose et ne redoute que l’inaction. Au reste, les batailles relatées dans ses Mémoires, ses propres observations relatives à l’« art de la guerre » en font un passionnant ouvrage sur le sujet. Il courtise aussi les jolies femmes, quand il ne les enlève pas…

1648 : il commet en effet un rapt sur la personne d’une veuve « jeune, belle et riche. [Il] l’enleva et la conduisit dans un château. Tout en y arrivant, elle prononça devant ce qu’il s’y trouva de gens un vœu de chasteté, puis dit à Bussy que c’était à lui à voir ce qu’il voulait faire. Il se trouva étrangement déconcerté de cette action si forte et si publique, et ne songea plus qu’à mettre sa proie en liberté et à tâcher d’accommoder son affaire[6]. »

Bussy-Rabutin affirme qu’il fut la dupe d’un complot, auquel avait pris part le confesseur de la dame. Le scandale fut retentissant. Il en avait provoqué d’autres : ce jour, par exemple, où il abandonna son régiment pour retrouver une jeune comtesse de Bourbon-Busset…

Ou cette autre fois (1659), en plein carême, quand il procède au baptême d’un cochon de lait, avec sa compagnie de débauchés. Le cardinal Mazarin lui désigne alors la direction de la Bourgogne d’un doigt impérieux.

Il commence la rédaction d’un livre d’inspiration satyrique où sont recensées les amours des courtisans versaillais, L’Histoire amoureuse des Gaules. Il ne le destine pas à la publication, en réservant la lecture au cercle de ses intimes, dont sa maîtresse, la marquise de Montglas. Celle-ci le quitte dès qu’il connaît de gros ennuis. Il se vengera d’elle par six devises illustrées, dont sa représentation en sirène (Fugithyemes, « Elle fuit le mauvais temps ») et en hirondelle au-dessus de flots déchaînés (Allicit ut perdat, « Elle attire pour égarer »).

Tenté de rejoindre la Fronde des princes, il se corrige vite et se met au service du jeune Louis XIV.

1665 : Bussy-Rabutin est élu à l’Académie française (fauteuil n° 20, occupé par Thierry Maulnier, José Cabanis et, aujourd’hui, Angelo Rinaldi). La marquise de la Baume dérobe le manuscrit de L’Histoire amoureuse et le fait éditer. Le livre circule. Le roi, furieux, envoie l’auteur à la Bastille, puis l’expédie dans ses terres bourguignonnes avec interdiction de se présenter à Versailles : dix-sept ans d’exil ! Pour vaincre l’ennui, il conçoit et fait réaliser la superbe décoration de son château qui est parvenue jusqu’à nous. Il meurt en 1693.

Remerciements

Causeur remercie vivement François-Xavier Verger, conservateur du château de Bussy-Rabutin, propriété de l’État depuis 1929. En poste depuis dix ans, il conduit, avec une équipe très compétente, une opération de longue haleine et couronnée de succès. M. Verger administre également le château de Ferney-Voltaire (Ain), qui avait consacré en 2022 une exposition à Jean-Pierre Claris de Florian, dont Causeur a rendu compte. Jean-Louis Janin-Daviet, qui nous enchante à Lunéville, a contribué à la restauration de l’aile Sarcus de Bussy-Rabutin, comme il avait apporté son aide à Florian. Et merci à James Gourier pour ses lumières.


[1] « […] M. de Bussy-Rabutin n’avait en somme rien de remarquable que l’admiration sans borne que professait M. de Rabutin pour M. de Bussy » Voltaire, cité par Émile Faguet.

[2] Paul Morand, Fouquet ou le Soleil offusqué, Folio histoire, Gallimard.

[3]. Pierre Corneille, Le Cid, monologue, Acte I, scène 6.

[4]. Comte de Bussy-Rabutin, Mémoires, « Le temps retrouvé », Mercure de France.

[5]. Ibid.

[6]. Saint-Simon, Mémoires, t. 1.

Tenue de flic!

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Dans sa dernière chronique de l’été, Thomas Morales nous livre ses impressions sur la révolution vestimentaire qui se manifeste dans le film « La Guerre des polices », sorti en 1979, avec l’avènement du tee-shirt-roi et l’abandon du costume-cravate…


Pour ce dernier dossier de l’été, nous ne parlerons pas du fond, lutte entre directions, rivalités à la Tour pointue, méthodes barbouzardes, égo des commissaires et bastos en guise de solde de tout compte. Tout ce qui fait d’habitude le folklore policier sur grand écran. Ni du flic justicier, ni du flic lampiste, et surtout pas du déterminisme social des voyous. Nous resterons en dehors des deux pôles qui sédimentent aujourd’hui notre société médiatique: la culture de l’ordre et celle de l’excuse.

Affiche du film D.R.

Marlène Jobert au volant d’une Renault 12 break, puissamment érotique

Nous nous éloignerons donc du propos politico-sociologico-romantique de Robin Davis, le réalisateur de « La Guerre des polices », polar musclé et légèrement surjoué, un peu périmé et crépusculaire, caricatural et néanmoins très agréable à revoir sur cette période de notre histoire gouvernementale qui précéda l’alternance à gauche. Nous nous intéresserons à la forme, au style des acteurs, à la lumière et aux automobiles disparues, par exemple à la Fiat Ritmo et au fourgon Ford Transit. D’abord, je crois sincèrement n’avoir jamais rien vu d’aussi puissamment érotique, à l’incandescence charnelle, c’est-à-dire émouvant et délicatement ébréché que Marlène Jobert conduisant un break Renault 12 de la préfecture. Au cours de ce film, la peau tachetée et perlante de l’actrice dans sa quarantaine, au pinacle de sa domination sexuelle, sera dévoilée à plusieurs reprises. Facilité scénaristique ou machisme inhérent des productions d’alors, je ne me prononcerai pas. D’autres que moi en déconstructivisme et patriarcat sont plus calés. Je tiens juste à signaler que le spectateur adolescent que je fus ne se plaignit pas de cette image d’une Marlène à poil pointant son arme de service sur des collègues lourdingues. La fiction se nourrit aussi de raccourcis.

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La déferlante western ou l’assaut du blouson et du jean

Quarante ans plus tard, ce qui me fascine vraiment, ce n’est pas la nudité triomphante de Marlène mais bel et bien, les changements vestimentaires opérés dans les rangs de la police. Le costume-cravate, sous l’influence du cinéma américain et d’une démocratisation de l’institution, laisse brutalement la place à une forme de décontraction nerveuse et militante. En clair, le tee-shirt vient de remporter la bataille idéologique du vestiaire. Il ne reste guère que François Périer, impeccable haut-fonctionnaire de l’intérieur, inégalable dans la distinction et la vacherie complice, pour s’afficher en croisé et montrer ostensiblement la rosette au revers de son veston. Pour le reste de la distribution, la chemise amidonnée et le pantalon à pinces ont cédé aux assauts du blouson et du jean. Le trench vit ses dernières heures, on lui préfère désormais le cuir en format court ou trois quart ceinturé à la taille. La mode western fait des ravages même chez les gradés. L’inspecteur Marie Garcin (Marlène Jobert) a une panoplie de tee-shirts qui coûterait une fortune actuellement sur le marché de la fripe, Mickey Mouse pour la nuit et Fruit of the Loom en journée, « oversize » of course. Elle alterne entre une veste en vachette sauvage et une « Field Jacket » de type M65 qui met ses cheveux frisés à la Julia Migenes en valeur. Elle a comme un air de Jennifer Beals, près de quatre ans avant la sortie de « Flashdance ». Les autres flics, à l’exception des préretraités attachés au tergal et au paletot en acrylique, enfilent tous des tee-shirts, notamment à l’enseigne de la « New York University », idéal pour une planque dans le quartier latin. Mention spéciale au regretté Jean-François Stévenin qui ne se sépare pas de sa fine moustache et d’une belle veste Belstaff de motard. L’esprit cowboy règne en maître dans ce long-métrage. À la fin du générique, tout naturellement, la boutique « Western House » située jadis au 13, avenue de la Grande-Armée est vivement remerciée. « Le premier véritable bazar western à Paris », selon la célèbre formule publicitaire, dirigé par Maurice Chorenslup, décédé en début d’année 2023 fut le rendez-vous des stars des années 1960/1980.

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C’est grâce à l’activisme de ce visionnaire de la santiag et du jean que la mode US a déferlé dans notre pays. Claude Brasseur en patron de l’antigang (Fuch) n’est pas encore le père de Vic. Dentiste à l’imper mastic, il profite de sa post-adolescence en sweat Wrangler et en baskets Adidas Rom. Il met seulement le nœud papillon quand il doit convaincre une juge dans les allées d’un supermarché. Son alter-ego, le commissaire Ballestrat (Claude Rich), plus académique dans sa mise, résiste au confort du sportswear, il conserve ainsi le foulard de soie au volant de sa Peugeot 305. Sa seule concession au relâchement ambiant réside dans le port d’une barbe quelque peu brouillonne. Malgré cette évolution des penderies, Ballestrat n’oublie pas les fondamentaux : « Vous avez de la chance Marie, vous n’avez qu’à obéir, moi je dois décider ».

Monsieur Nostalgie

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Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Brassens ou Goldman: qui a raison?

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Georges Brassens et Jean-Jacques Goldman ont chacun un passé, et leurs opinions sur la société et le monde, qui parfois divergent, comme le démontre Ivan Jablonka dans son récent ouvrage. Dans sa chronique, Philippe Bilger, admirateur des deux chanteurs, nous livre ses vues.


Qu’on se rassure ; je ne suis pas obsédé par Jean-Jacques Goldman au point de lui consacrer billet sur billet. Malgré l’excellent livre d’Ivan Jablonka sur lui auquel je ne ferai qu’un reproche : avoir oublié que Jean-Jacques Goldman déniait être « un gourou » et qu’il se voulait « chanteur ». Cela n’infirme pas les analyses pertinentes de l’auteur sur le plan politique et social, mais incite à les relativiser : il y a de la joie, du rythme, un entraînement vif et allègre dans les chansons de Goldman et si on peut chercher dans beaucoup de leurs paroles une conception civique et morale de la société, du monde et des rapports avec autrui, il est loisible à chacun de les interpréter avec une écoute fondée sur le pur plaisir. Et « avec les pieds pour danser ».


Goldman et Brassens: le génie en commun

Ivan Jablonka a été questionné par l’Obs et les journalistes ont évoqué « le coup de gueule de Jean-Jacques Goldman contre Brassens, dont il jugeait « obscène » la chanson « Mourir pour des idées » ». Ivan Jablonka a répondu qu’en effet Jean-Jacques Goldman avait été « choqué par cette chanson un peu défaitiste et munichoise, qui dit en substance: laissons les autres mourir pour notre liberté, pendant que nous nous planquons dans la France de l’Occupation« . On apprend que Jean-Jacques Goldman demeure plus que jamais fidèle à lui-même : il désapprouve la médiatisation autour de ce livre dont l’auteur n’a pu échanger ni avec lui ni avec aucun de ses amis et donc craint que les lecteurs soient dupes (Source: Le Canard enchaîné). Je suis écartelé, pour ma part, entre deux admirations essentielles : celle de Georges Brassens, le poète impeccable et salubre dont pas une chanson n’est à refaire et n’a vieilli et celle de Jean-Jacques Goldman. Elles m’ont habité dès l’origine et, pour la seconde, elle s’est nourrie, en particulier et à rebours, du mépris scandaleux dont de prétendues élites l’accablaient. Je perçois d’ailleurs deux similitudes capitales entre eux qui me les rendent encore plus proches et chers. La première est que ces deux personnalités, au cours des multiples entretiens qu’ils ont accordés – l’un et l’autre n’en étant pas friands – n’ont jamais proféré à mon sens la moindre bêtise, la plus petite absurdité. La seconde est qu’au-delà de leur génie musical et d’auteurs, dans un registre évidemment différent, un attachement profond était voué à leur personne, à leur être, grâce à une même qualité d’humanité et de générosité.

A lire aussi : Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

Je comprends bien ce qui immédiatement a pu paraître « obscène » à Jean-Jacques Goldman dans le texte de « Mourir pour des idées » de Georges Brassens. Celui-ci est imprégné d’une conception individualiste, anarchiste de la vie et éprouve la plus grande méfiance à l’égard des idéologies et même – ce qui déçoit Jean-Jacques Goldman – à l’égard des idées les plus nobles, des combats les plus nécessaires, des solidarités les plus éclatantes. Là où Jean-Jacques Goldman, grâce à l’exemple de son père qui a refusé stalinisme et nazisme, ne discute pas une seconde l’obligation de certaines luttes, le devoir de certaines résistances en paraissant accepter toutes leurs conséquences, la rançon à payer, la mort à affronter, Georges Brassens, au contraire, a pour ennemie principale la mort des hommes. Il y a même, à bien l’écouter, une tragique ironie à se laisser embarquer dans des conflits et des disputes fatals, mortifères, qui demain seront dépassés, devenus caducs. De la mort pour rien donc ! Georges Brassens, par ailleurs, éprouve la plus vive détestation pour les boutefeux poussant à la mort au nom des idées mais demeurant eux à l’abri, durant plus longtemps que « Mathusalem ».

Réconcilier Brassens et Goldman

Je suis persuadé que Georges Brassens, même s’il est parti au STO sans chercher à y échapper, dans la suite de son existence, à titre individuel, n’aurait pas hésité à faire preuve de courage et de solidarité pour aider autrui. Ce qui le distingue de Jean-Jacques Goldman est son anarchisme, sa haine de la guerre, sa volonté de fraternité universelle qui le conduisent sans doute à « mourir pour des idées mais de mort lente« . Il y a une gravité chez Jean-Jacques Goldman tenant au passé familial, des deux côtés, l’adhésion à un engagement non négociable dès lors que des valeurs fondamentales sont offensées, niées : racisme, antisémitisme, humiliation des modestes et des humbles. Sans prétendre aboutir à une impossible concordance, l’accord aurait pu se faire, j’en suis sûr, entre ces deux artistes si pleinement humains, sur les quelques idées justifiant les sacrifices pour Jean-Jacques Goldman et moins d’apparent retrait et détachement chez Georges Brassens.

Il n’est pas concevable qu’on les laisse à distance l’un de l’autre.

Goldman

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Libres propos d'un inclassable

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George Sanders, canaille aristocratique

Portrait de l’acteur hollywoodien dont les mémoires, sorties en langue anglaise en 1960, viennent d’être rééditées en français sous le titre, Profession fripouille. Une allusion à ses rôles typiques de gentleman aussi charmant qu’immoral.


« S’il est vrai que le caractère d’un homme penche dans le sens du bien en fonction du plaisir, du degré de bonheur et de la quantité de tendre amour dont il a joui durant l’enfance, alors je devrais avoir le caractère le plus noble et le plus magnifique du monde. Personnellement, je pense être la preuve vivante de cette affirmation. Toutefois, un nombre surprenant de personnes sont d’un avis contraire ». Tout est dit en quelques lignes de et par cet acteur d’allure anglo-saxonne, George Sanders (1906-1972), qui, plus de trente ans durant, a joué sous la direction des plus grands réalisateurs, d’Alfred Hitchcock à Fritz Lang, de Joseph Mankiewicz à Julien Divivier, d’Otto Preminger à Roberto Rossellini.

Salaud élégant

Le titre original de ses amusants mémoires, Memoirs of a Professionnal Cad, donne le ton : cad, en anglais, désigne la crapule ou le goujat en version distinguée. Très vite, il se spécialise en effet dans le rôle du salaud élégant, espion nazi ou escroc cosmopolite : « J’étais décidément un très bon méchant. Ma méchanceté toutefois était d’un genre nouveau. J’étais infect, mais jamais grossier. J’étais une sorte de canaille aristocratique. […] J’étais le type de traître qui déteste avoir une tache de sang sur ses vêtements ; pas tant parce que je redoutais d’être découvert que parce que j’aimais avoir l’air propre sur moi ».

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L’homme naît à Saint-Pétersbourg, « dans un monde appelé à disparaître », au sein d’une famille de la haute société, d’origine anglo-écossaise ou, selon certains, dont son traducteur Romain Slocombe, fils naturel d’un prince proche de la famille impériale – ce qui est autrement plus romanesque. Maison à Saint-Pétersbourg, résidences d’été en Estonie et en Courlande, fêtes somptueuses – le jeune George fait alors partie des privilégiés, ses parents fréquentant la Cour. En 1917, dès les premiers troubles, George est envoyé en Angleterre au même moment où Lénine, une autre canaille, prolétarienne celle-là, débarque en Russie, avec l’aide des services allemands. Restés là-bas, ses parents échapperont non sans peine à la terreur bolchevique et se réfugieront, ruinés, en Grande-Bretagne. Après des études dans un collège privé, il connaît les boulots sans gloire mais lointains : l’Argentine et la Patagonie des années 1920…


Venu un peu par hasard au cinéma par le biais du chant (il est baryton), Sanders va tourner, en Angleterre puis à Holywood, une bonne centaine de films en trente-cinq ans, interprétant tour à tour Vidocq et Landru, Bel-Ami et Gauguin. Dans ces films, il promène une silhouette de dandy cynique très Vieille Europe : d’après lui, il ne joue jamais que son propre rôle ! Ses mémoires fourmillent d’anecdotes drôles sur des tournages, par exemple pour Viaggio in Italia, de Rossellini, avec Ingrid Bergman, où il nous apprend que le réalisateur italien travaillait sans réel scénario et à son rythme, en donnant la priorité à la plongée sous-marine ou aux courses en Ferrari avec les trains italiens !

Marié à Zsa Zsa Gabor

Marié un temps à la très riche actrice hongroise Zsa Zsa Gabor, il mène une vie de luxe : Cannes au Carlton, etc. Sa vision du monde tranche par sa totale lucidité, par exemple quand il décrit les États-Unis des années 1950 : « Le principe d’obsolescence, le principe de recherche de motivation et le principe de perception subliminale semblent avoir été inventés seulement pour améliorer des méthodes par lesquelles les gens sont cyniquement induits à s’enchaîner pour payer des choses dont ils n’ont pas besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas ».

Puis vient le déclin, les navets remplacent les grands films, l’argent manque et les affaires plus ou moins douteuses n’arrangent rien. Tout se termine mal, mais avec style, par un suicide dans un palace espagnol. Dans ses poches, un mot en anglais : « Cher monde, je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous laisse avec vos soucis dans cette charmante fosse d’aisance. Bonne chance ».

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L’interview de «Moi, je» président: beaucoup de pages pour rien

« La grande explication », voilà le titre du nouvel opus de « Moi, je », président qui déploie, sur 16 pages d’interview dans le magazine Le Point, la vision de son action ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas guetté par l’excès d’humilité. Céline Pina revient sur les annonces peu convaincantes de l’Élysée. Concernant les difficultés de l’école, elles semblent insurmontables tant les niveaux de l’immigration non assimilée et des menaces islamistes sont élevés.


Après la « grande confession », livrée déjà au Point en avril 2022, et avant la « grande consternation » qui pourrait conduire au « grand déménagement » de 2027, notre président prend le temps d’expliquer aux peines-à-comprendre que nous sommes, à quel point il enchaîne les succès, prend à bras-le-corps les problèmes et domine la situation. De ce fait, à la sortie de ce très long et peu passionnant exercice d’autosatisfaction, on se demande si on vit bien dans le même pays et à la même époque. Une fois de plus, le président parait confondre exercice du pouvoir et démonstration d’aisance dans un grand oral médiatique.

Amphigouri du verbe, pauvreté des annonces

Le plus amusant est peut-être cet amphigouri du langage où, plus les mots visent haut, plus leur traduction en actes rate sa cible. Ainsi, le cœur de l’interview est de donner un contenu à « l’initiative politique d’ampleur » annoncée par le président le 2 août dans le Figaro magazine. Eh bien, la réponse consiste en un énième comité Théodule. Il s’agit donc de proposer, je cite, « aux forces politiques représentées dans nos assemblées d’essayer d’agir ensemble, c’est pourquoi je veux les réunir sur la situation internationale et ses conséquences sur la France et sur les nuits d’émeutes que nous avons vécues ». 

On ne va pas reprocher au président de discuter avec l’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée nationale, mais le moins que l’on puisse dire est que cette posture donne l’impression qu’il est dépourvu de toute ligne et de toute capacité d’action sur ces questions et qu’il cherche à diluer ses responsabilités en mettant en scène l’incapacité de faire naitre un processus d’union nationale. 

Celui-ci étant voué à l’échec, la mise en scène lui permettra de dénoncer l’égoïsme et la courte vue de ses adversaires, et de faire passer son incapacité à se doter d’une ligne claire pour la rançon du manque d’engagement des partis concurrents. Une ficelle usée mais toujours utile en politique. Le problème c’est que l’on ne crée pas de dynamique politique en l’absence de projet. Et force est de constater qu’au terme des 16 pages, on ne sait toujours pas où le président veut conduire la France et encore moins comment.

Des paroles fortes sur l’immigration ?

De cette longue interview, tout n’est pas à jeter. Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron peut dire des choses très fortes en interview pour poser un acte juste après qui dément tous ses mots. Le deuxième problème est qu’il n’est pas d’une grande honnêteté intellectuelle et que certains exemples qu’il donne sont tout simplement faux.

Mais revenons au positif. Le président durcit le ton sur l’immigration, expliquant « qu’il faut réduire significativement l’immigration », mais il dit tout aussi clairement que « les gens qui sont de plus en plus sécession, par rapport à nos valeurs sont souvent nés chez nous. » Tout cela peut paraitre incohérent puisque notre principal problème est le refus d’assimilation d’une partie de la jeunesse d’origine immigrée, pour qui les papiers français ne traduisent pas l’adhésion à un contrat social et à une civilisation. Donc derrière ce qui pourrait être vu comme une parole forte, Emmanuel Macron ne va pas au bout du raisonnement. En effet, si dans ce même paragraphe, il explique bien les défaillances de l’école en matière de transmission pour expliquer en partie l’ensauvagement, il ne regarde pas en face le fait que nos valeurs universalistes sont également contestées par une force organisée, un islam en pleine renaissance, aux mains de fondamentalistes et de politiques, qui exercent une pression identitaire sur la jeunesse des banlieues. La violence et le pillage sont justifiés par une représentation de la France comme colonialiste, dont il est juste de se venger en piétinant ses lois et ses principes et en se livrant au pillage. Or ces représentations ne viennent pas de nulle part, elles sont le fruit d’un travail politique et sont aujourd’hui relayées par l’extrême-gauche. Toutes les immigrations ne posent pas les mêmes problèmes, car toutes ne font pas l’objet d’un projet communautariste comme le porte l’islamisme. 

Refuser de le regarder en face, c’est laisser une partie de la population musulmane à la merci des semeurs de radicalité, alors qu’elle est parfois venue en France pour les fuir. L’affaire Médine illustre la réalité de cette tension.

L’évocation de la nécessité d’une recivilisation 

Autre point positif, le fait d’aborder la question de la décivilisation. Après les razzias et violences du début de l’été, il eut été impossible de passer ce phénomène sous silence. Le président le lie bien à un problème d’intégration mais évite de s’étendre sur le sujet, alors que pour résoudre cette question il faudrait déjà oser l’aborder de front. 

Emmanuel Macron met le doigt sur quelque chose de juste quand il parle de relation « qui n’est pas réglée entre une partie de la jeunesse et l’autorité ». Le problème reste que ce diagnostic n’est suivi d’aucune proposition forte. Quant au satisfecit que s’accorde le locataire de l’Élysée sur la gestion des émeutes, il est audible, de même que la partie sur les embauches réalisées ou les augmentations de budget. Là où le bât blesse et où la communication est très manipulatrice, c’est lorsque le président cite des chiffres mirobolants sur les interpellations et les déferrements, en oubliant soigneusement de donner le chiffre du nombre de condamnations. 

De la même façon, on peut se réjouir de la prise de conscience du fait que l’histoire se comprend mieux quand elle est enseignée chronologiquement. Un peu de bon sens en la matière fait toujours du bien. On peut également se féliciter de ce que la formation des enseignants soit renforcée. Mais une telle phrase fleure quand même bon le bla bla. On dit aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais on agit a minima. Alors que s’il avait évoqué par exemple une re-création de l’Ecole normale, cela voudrait dire que le problème était vraiment pris à bras-le-corps.

Dans le même temps, l’interview achoppe sur de dommageables mensonges. Par exemple, concernant la santé, quand Emmanuel Macron se gargarise d’avoir supprimé le numérus clausus. C’est faux. Il a juste été relevé de 15%, ce qui veut dire que nous atteignons le même nombre de médecins en formation que dans les années 70, où les Français étaient 15 millions de moins. 

Des paroles sur l’école peu convaincantes

Tout n’est pas à jeter dans l’extrait de l’interview sur l’école, mais il y a un moment qui exprime un tel déni du réel que cela rejaillit sur la consistance même de l’ensemble et abime la crédibilité de la parole présidentielle. Les journalistes du Point demandent à Emmanuel Macron s’il comprend que sa logique puisse être difficile à suivre quand il passe de Jean-Michel Blanquer à Pap N’Diaye à l’Education nationale.

Bien entendu, le président nie. Il faut dire que dans sa réponse, on comprend que les deux n’étaient que des exécutants interchangeables, simplement là pour faire appliquer sa politique. Le problème c’est que ce n’est pas le cas et que la dimension symbolique que portait ce changement n’a pas échappé aux islamistes, pour qui l’école est une place à conquérir…

Les islamistes testent la résistance de l’école

Le Figaro raconte, dans un article paru jeudi, qu’une note des services de l’État montre l’explosion des atteintes à la laïcité à l’école à travers notamment l’augmentation du port de signes et vêtements religieux. Des chiffres ? De septembre à novembre 2021, 91 signalements étaient remontés au ministère ; d’avril à juillet 2023 ce sont 923 signalements qui ont été relevés. Au-delà de ce phénomène, ce sont les atteintes à la laïcité qui augmentent de manière inquiétante; 4710 atteintes ont été relevées pour l’année 2022/2023, contre 2167 l’année précédente. Or, on sait parfaitement que ces provocations ne sont pas des mouvements spontanés. Les réseaux islamistes, les personnalités influencées par eux ont relayé mots d’ordre et vidéos. 

Ils ont choisi de mener cette offensive car ils savaient que Pap Ndiaye ne saurait pas se positionner. Le ministre déchu épousait en partie le discours de persécution et le discours identitaire de ces personnes et vient des rangs des militants dits décoloniaux. Le ministre avait d’ailleurs réagi comme les islamistes s’y attendaient : il a été ambigu et a laissé les responsables d’établissement en première ligne, comme lors de l’affaire du foulard en 89. Les mêmes lâchetés provoquant les mêmes évolutions, les provocations ont augmenté, les responsables d’établissement se sont sentis abandonnés, l’autorité de l’État a reculé.

Un président mal à l’aise sur la laïcité

D’ailleurs, lorsque Etienne Gernelle, Mathilde Siraud et Valérie Toranian lui font remarquer qu’il évoque peu la laïcité, Emmanuel Macron la noie au milieu de référentiels divers sans voir à quel point celle-ci est au cœur de la contestation de l’école. Pour les islamistes, l’idée de liberté de penser, de liberté de conscience, l’idée que ce sont les hommes qui en faisant usage de la raison créent et mettent en œuvre la loi est insupportable. Ils attaquent la laïcité en tant que pilier de la liberté de conscience, auxquels ils veulent substituer la soumission au dogme et l’interdiction du blasphème. On est au cœur du combat de décivilisation, mais jamais notre président ne lèvera les yeux sur cette réalité. À sa décharge, la faiblesse de son pouvoir et son absence de majorité lui font craindre qu’en abordant ces sujets sans moyen d’action réel, il ne fragilise la situation de l’ensemble des musulmans sans réussir à réduire pour autant l’influence des islamistes.

L’école, une véritable priorité pour le président ?

On peut douter de son engagement pour une école favorisant le redémarrage de l’ascenseur social. On a certes eu droit à quelques annonces rationnelles, sur le fait que certaines épreuves du bac ont lieu tellement tôt que cela ne fait plus sens, sur le fait que le mois de juin devienne un mois de garderie, sur le fait d’étendre la politique de soutien scolaire… Le problème, c’est que dans le même temps, le manque d’attractivité du métier d’enseignant n’est pas abordé. Le locataire de l’Elysée fait comme s’il suffisait de le vouloir pour que chaque élève ait la garantie d’avoir ses heures d’enseignement effectuées ! Or c’est loin d’être le cas et on ne voit pas comment avec des concours attirant moins de candidats que de postes offerts, on va résoudre le problème… Mais dans le monde merveilleux du président, le « yaka faukon » semble être devenu une annonce politique sérieuse.

Rien de bien consistant n’est dit non plus sur la question de l’autorité à l’école, sur les classes de niveaux, sur la possibilité d’expulser les éléments perturbateurs, sur la volonté de remettre l’exigence au cœur de l’enseignement pour tirer tout le monde vers le haut… À la place, on a droit à une phrase hallucinante où le président nous explique que dans l’école revisitée, les élèves pourront être debout, assis ou à genoux pendant la classe et cela nous est présenté comme « un autre rapport aux savoirs ». C’est aussi drôle qu’indigent mais ce n’est pas très rassurant pour l’avenir.

Emmanuel Macron évite aussi les sujets qui fâchent en faisant semblant de les aborder. Il dit bien que l’accès à l’université sans limite n’est pas une chose positive, mais détourne aussitôt le tir en se penchant sur la question des filières professionnelles. L’évitement de la question de la sélection à l’université ou de la création d’un bac plus sélectif est une erreur. Mais là aussi, la matière est inflammable, surtout quand on a un électorat de retraités et que la jeunesse la plus active sur ces questions est aux mains d’une extrême-gauche en quête de chaos social.

Une interview qui ne devrait pas relever l’image d’Emmanuel Macron

Il y a tellement de moments d’autosatisfaction pure qu’il est difficile de partager, voire de comprendre où va vraiment le président Macron. Pire, nous avons le sentiment d’une perte de sens des réalités de celui qui nous gouverne. C’est un peu Tartarin de Tarascon en mode 2.0 et avec cravate ! Ce personnage hâbleur, qui se vantait de succès qu’il n’avait pas remportés, faisait néanmoins de l’effet sur son entourage. 

Espérons que ce soit le cas pour Emmanuel Macron car la longueur de l’interview a quand même du mal à masquer l’absence de vision, de colonne vertébrale et de perspective d’avenir. Encore un coup pour rien.

Quand les progressistes creusent leur propre tombe

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La stratégie Terra Nova a poussé la gauche à se faire hara-kiri


Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rappeur Médine est un personnage « controversé ». Ses critiques l’accusent tour à tour d’être hostile à la laïcité, proche des Frères musulmans, homophobe, misogyne, ou encore antisémite. Et pourtant, malgré son profil sulfureux, le rappeur a ouvert les journées d’été des écologistes. Il enchainera par une rencontre avec les Insoumis, avant de se joindre à la fête de l’Humanité.

Marine Tondelier (EELV) débattait avec le rappeur Médine, le 24 août au Havre, malgré le tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Des valeurs culturelles communes, vraiment ?

En réalité, cette tournée aurait très bien pu s’appeler le « Terra Nova Tour » de Médine, du nom de cette note, rédigée en 2011 par Bruno Jeanbart et Olivier Ferrand, le président fondateur de ce groupe de réflexion orientée à gauche. Au travers de cette note, ces derniers souhaitaient dessiner une nouvelle majorité électorale qui permettrait aux socialistes de renouer avec le pouvoir qui lui échappait depuis le retrait de Lionel Jospin en 2002. Et pour ce faire, les experts de Terra Nova conseillaient à la gauche de se tourner vers un nouvel électorat urbain réunissant « les diplômés », « les jeunes », « les femmes » mais également « les minorités des quartiers populaires » : tous unis par « des valeurs culturelles progressistes ».

Lionel Jospin: « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »

Les récents succès électoraux de la Nupes, et plus particulièrement de la France Insoumise (LFI), dans les quartiers populaires, sont venus démontrer que la vision politique de Terra Nova est en train de se réaliser. Pour les progressistes, le prolétariat blanc n’est plus la classe qui s’oppose à la classe bourgeoise capitaliste. Ce rôle est maintenant tenu par les « minorités ». Les opprimés et les ennemis de l’oppression sont appelés à travailler main dans la main pour faire avancer la cause du progressisme.

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Sauf que cette « alliance » repose sur des fondations fragiles, car les valeurs des minorités n’ont que peu en commun avec celles des progressistes habitant les centres-villes gentrifiés des grandes métropoles.

Un électorat de gauche avec des valeurs d’extrême-droite

En effet, si par progrès, l’on entend par là les valeurs historiques de gauche telles que l’anti-cléricalisme, la reconnaissance des communautés LGBT, l’égalité homme-femme, l’anti-consumérisme, ou encore l’écologie… Alors force est de constater que les minorités des quartiers populaires adhèrent à des valeurs aux antipodes de celles prônées par ceux qui se réclament du progressisme.

En réalité, la France « racisée » est profondément conservatrice. Plusieurs études démontrent que les quartiers populaires adhèrent à des normes culturelles qui n’ont rien à envier à celles traditionnellement défendues par la droite la plus dure. Si une large majorité de Français soutient le mariage pour tous et la parentalité pour les couples de même sexe, il n’en va pas de même pour les habitants des quartiers populaires islamisés. Selon un sondage IFOP de juin 2019, 63% des musulmans estiment que l’homosexualité est « une maladie » ou « une perversion sexuelle ». Ils ne sont que 14% chez les catholiques et 10% chez les sans religion. Aujourd’hui, la situation est telle que les homosexuels vivant en banlieues fuient les quartiers islamisés.

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Autre grande victime de la montée en puissance du prolétariat « racisé » : la laïcité. Une autre étude de l’Ifop, publiée en décembre 2022 et menée auprès de 1009 enseignants, révèle une forte augmentation des atteintes à la laïcité à l’école. De 2018 à 2022, le nombre de professeurs s’étant déjà autocensurés pour éviter des incidents sur les questions de religion est passé de 36% (Étude Ifop-CNAL), à 56% (Étude Ifop), soit une hausse de 20 points en quatre ans. Or, selon ces deux enquêtes, cette « spirale du silence » affecte toujours plus les zones d’éducation prioritaire (65%), CQFD.

L’illusion de la convergence des luttes

Les progressistes se bercent d’illusions, eux qui semblent croire que la montée en puissance d’un prolétariat non-européen compensera la fuite des classes ouvrières blanches vers le Rassemblement national. Le prolétariat « racisé » est culturellement déconnecté  de la nation française et des combats menés par son peuple. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la composition ethnique des cortèges des grandes manifestations populaires telles que les gilets jaunes ou ceux de la contestation de la réforme des retraites : la banlieue est la grande absente de la contestation sociale en France. Et quand cette dernière se mobilise, c’est pour défendre l’islam ou pour piller les Nike Stores. Qu’on se le dise, la convergence des luttes est une chimère.

Nuits de heurts à Bordeaux, 29 juin 2023 © Stéphane Dupra/Sipa

Qui plus est, les progressistes sous-estiment les valeurs consuméristes véhiculées par la culture du « quartier ». Les habitants des cités HLM de France se contrefichent de la décroissance ou de la transition écologique. Dans leurs chansons, les rappeurs originaires des quartiers populaires chantent la gloire de l’argent-roi et du matérialisme. Dans les faits, les habitants des quartiers rêvent bien davantage de coupés BMW et de montres Rolex que de pistes cyclables et de marchés fermiers.

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Victimes d’une profonde dissonance cognitive, les grandes figures progressistes refusent de reconnaitre l’existence d’un profond conflit de valeurs entre les deux rives de la Méditerranée. D’un côté, un Occident libéral s’interrogeant sur les dérives de la société de consommation, et de l’autre, les civilisations islamiques et africaines, conservatrices, et qui rêvent de rejoindre ses rangs.

Faut-il tirer sur le pianiste?

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Les réformes en France tardent décidément à voir le jour, malgré les promesses incessantes des présidents successifs: simplifications, décentralisation – tout y passe, mais rien ne change dans les faits. Mais faut-il donc toujours blâmer le président? Alors que les universités d’été du MEDEF ouvrent leurs portes, le coup de gueule de Sophie de Menthon.


Faut-il vraiment continuer à honnir de la sorte le président de la République ? Il faut choisir : on lui reproche de tout faire et en même temps de ne rien faire… « En même temps », il aurait mieux fait ce jour-là de trouver une autre formule que celle qui lui reste scotchée dans le dos comme un poisson d’avril.

Et pourtant la France n’est qu’un magma de « en même temps », les Français ne savent plus comment ils s’appellent, désarçonnés par leurs propres injonctions contradictoires doublées de celles du gouvernement. On veut tout et son contraire toutes catégories confondues, on veut des aides mais stop à l’endettement, on veut moins de fonctionnaires mais on demande de plus en plus à un service public en déroute. Nous sommes libéraux mais protectionnistes, nous voulons moins d’immigrés mais hurlons au racisme dès qu’il s’agit d’en désigner un, nos enfants sont nuls mais dès qu’ils se font réprimander en classe c’est le prof qui se fait engueuler. Nous sommes tous écolos dans l’âme (je n’ai pas dit Verts !) mais pas question de renoncer à quoique ce soit, il faut faire payer les autres; on demande tout à l’État, mais on veut moins d’État ; Un pays laïc ? mais Éric Ciotti souhaite une bonne fête de l’Assomption sous la protection de la Vierge aux Français le 15 août, et en même temps il ne faudra pas de crèche à la mairie, etc.

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Bref, nous n’en sortons pas, la France fonctionne mal, malgré l’efficacité certaine de beaucoup de nos concitoyens, travailleurs remarquables. Répétons-le : nous sommes asphyxiés de mesures stupides, d’une dissuasion permanente à bosser pour mieux nous protéger des chefs d’entreprises et du travail ! De pochettes surprises permanentes, de pseudo aides à tout et n’importe quoi. Dissuadés de nous enrichir, exemptés de responsabilité individuelle…  

La faute du président ?

Mais alors à qui la faute ? Qui dirige ? Qui est responsable par exemple de la ridiculissime aide au raccommodage et au ressemelage des chaussures ? ça ne peut quand même pas être le président de la République ! il ne peut objectivement pas tout voir et contrôler, guetter les minuscules lubies de ses ministres, il ne peut pas être à Playboy pour rhabiller Marlène Schiappa, ni empêcher les sextapes d’un candidat à la mairie de Paris, ni contrôler qu’un ministre ne se goure pas sur les calculs des retraites… Et pourtant il est président donc forcément responsable, alors peut-être faudrait-il commencer par virer immédiatement les coupables ministériels après une bévue sérieuse ? Il faut certes l’impulsion et la volonté, mais surtout la capacité de « manager » la France à l’échelon du dessous, celui des cadres supérieurs comme dans une entreprise avec un DG de poigne… actuellement la Première ministre à l’Assemblée nationale gère un syndic de copropriété, cela n’aide pas pour créer un consensus autour des décisions fondamentales dont le pays a besoin.    

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Tous les secteurs sont à l’abandon, malgré un interventionnisme plutôt nuisible. La santé, par exemple : pourquoi la décision du numerus clausus n’a-t-elle été appliquée que très partiellement (c’est ce que nous expliquent les experts) ? Pourquoi personne n’a-t-il étudié la question des locaux et des profs pour augmenter le nombre d’étudiants en médecine ? pourquoi paie-t-on si mal le personnel hospitalier alors que nous sommes criblés d’impôts et que partout il manque « de moyens »  et de personnel dans la fonction publique ? et pourtant les entreprises paient : nos charges sociales sont les plus élevées et empêchent d’augmenter les salaires. Pourquoi le privé fonctionne-t-il mieux dans tous les domaines ? Et pourquoi méprise-t-on le secteur privé, sans s’appuyer sur lui ? Il faut sous-traiter et confier aux entreprises compétentes, avec un strict cahier des charges, tout ce qui peut leur être confié. Il y a même une plateforme pour cela (« entrepreneurs pour la République »).

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Les contre-pouvoirs ne sont pas là où il faut (je pense par exemple à la Justice). En revanche, pourquoi des ARS (agences régionales de santé) « indépendantes » peuvent bloquer, sans que le ministre de la Santé n’ait son mot à dire ? C’est bien l’organigramme incompréhensible et intouchable français, avec des niveaux hiérarchiques multiples, organisés pour que la paralysie au bout du compte l’emporte sur les initiatives, qui nous tue à petit feu.

Réformer pour de bon

Il faut réformer, mais vraiment reformer, en repensant en profondeur le système entier et en visant l’efficacité et la simplification. Donner des responsabilités et que les vrais responsables le soient sur leur poste ; tolérance zéro pour tous ceux qui sont au pouvoir, y compris dans l’administration, c’est la base. Il faut qu’ils soient plus compétents que les autres, plus responsables – exemplaires en un mot. Arrêter les déclarations-promesses à l’emporte-pièce annonçant des mesures qui ne verront pas le jour. Qui contrôle ces annonces ? Il parait que cela s’appelle « faire de la politique » ! Mais alors qui peut virer et sévir ? ce devrait être le Premier ministre, non ?  Mais en a-t-il le pouvoir ? C’est bien l’entourage du président qui est responsable et coupable, certes, mais en même temps c’est ce dernier qui choisit son entourage ! On peut admettre qu’Emmanuel Macron ait d’autres préoccupations : guerres menaçantes, épidémie, dette abyssale, extrémistes verts, gilets jaunes… bref il en voit de toutes les couleurs.

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Mais la perception qui découle de tout cela, c’est que président de la République lui-même ne sait pas comment s’y prendre pour réformer structurellement et en premier lieu, recadrer et redéfinir précisément les missions régaliennes de l’État. Mais quel président saura donc s’y prendre ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

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Jean-Luc Mélenchon, Chateauneuf-sur-Isere (26), 25 août 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Dans le cadre des universités d’été de LFI, le Che Guevara de la Canebière a déployé toute une rhétorique guerrière lors d’une conférence, en déconnexion totale avec le réel et les institutions républicaines. Une stratégie qui suscite l’inquiétude, y compris à gauche, alors que les Français estiment désormais LFI plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national.


Décidément,cette rentrée est placée sous le signe du déshonneur pour une partie de la Nupes. On a ainsi appris grâce à EELV et son soutien à Médine qu’une parole antisémite était acceptable si on était stupide ou inculte, l’un n’empêchant pas l’autre. Le parti a même fait un triomphe à un Médine qui a soigneusement évité de discuter de la dimension antisémite de son tweet pour se présenter en victime d’une France raciste et de l’extrême-droite. Il faut croire que jeu de mot antisémite est la nouvelle martingale pour être mis à l’honneur par un parti politique de gauche, puisque Médine est invité à la fête de l’Huma et est encensé par Jean-Luc Mélenchon, qui l’a invité lui aussi à ses universités d’été. On pensait toucher le fond, mais Jean-Luc Mélenchon a décidé de creuser plus profond ! Le voilà qui se vautre dans un discours de rentrée aux accents factieux. Il y déclare que l’extrême-droite – traduire le fascisme et la dictature – commence au macronisme. Comme une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limites, il explique également que la France n’a plus de forces de l’ordre mais est sous la coupe d’une milice aux ordres de Gérald Darmanin. Plus c’est gros…

Des propos inacceptables

Mais jugez plutôt sur pièces. Voilà le verbatim exact de Jean-Luc Mélenchon, à propos du ministre de l’intérieur, et de la police : « Le candidat commun de l’espace idéologique que représente l’orbanisme français, la jonction de la droite et de l’extrême-droite, c’est Monsieur Darmanin. C’est un homme qui dispose d’une audience sur plus de 100 000 personnes dont il est le ministre et qui ont manifesté une manière d’être et de penser que tout le monde connait, qui est la police du pays. Ce n’est pas rien, tout ça. Il n’y a que les naïfs pour croire que cela n’arrive qu’aux autres (…) on doit en tenir compte, comprendre le danger et comprendre le personnage. »

Il se trouve que les mots ont un sens et que ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon est profondément scandaleux et inacceptable. Ce type de rhétorique, qui nie toute légitimité aux institutions et fait de la police la milice du pouvoir est un appel à l’insurrection. En effet, si la police est une milice, alors toute intervention de sa part est illégitime. Elle n’est plus un outil destiné à maintenir l’ordre et à protéger les citoyens, mais une force d’oppression à laquelle il est légitime de répliquer. Attaquer des commissariats devient alors un acte de libération du territoire, et s’en prendre violemment à des miliciens est un acte citoyen, un geste héroïque. Voilà ce que libère ce genre de rhétorique : le ressentiment et la haine. Sans compter qu’une partie du public auquel ce discours est destiné peut passer à l’acte. Il l’a d’ailleurs fait au mois de juillet. Ce discours s’inscrit complètement dans la communication de LFI qui fait des policiers, des cibles, qui défend les violences et les pillages au nom de la justice sociale et qui désigne les policiers comme ontologiquement racistes et fascistes, les accusant de tuer en toute impunité.

Extension du domaine de l’extrême-droite

Un autre passage du meeting est tout aussi éclairant. Après avoir défendu Médine bec et ongles, voilà ce que Jean-Luc Mélenchon explique aux cadres et militants de son parti : « Vous devez vous préparer au choc avec une ligne de front qui s’étend de l’extrême-droite jusqu’au macronisme, d’un seul fil, avec autant de nuances que l’on peut en trouver dans la grisaille. Mais au total c’est la même couleur, la même grisaille. » Et hop, tout ce qui est au-delà du PS est renvoyé à l’infamie ! Au moins on ne pourra pas reprocher à Jean-Luc Mélenchon de faire dans la subtilité, mais on a l’impression qu’en matière de déconnexion avec le réel, lui aussi atteint des sommets.

Le rappeur Médine était présent chez les Verts et chez LFI lors de leurs universités d’été 2023 Photo : HARSIN / SIPA

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Certes, ce type de rhétorique guerrière sert souvent à masquer l’inanité des propositions et le manque de consistance du projet politique. Quand on n’a rien à proposer, on peut toujours bâtir une stratégie de conquête sur la dénonciation. Faute de solutions, proposons donc des coupables à lyncher. Et c’est vrai qu’en politique le manque de finesse associé à l’exacerbation du pulsionnel fonctionne. Mais à quel prix ? Ce type de dérive signifie aussi que l’on est en train de sortir de la démocratie et que la politique redevient violente et dangereuse. C’est une trahison de l’humanisme, une profession de foi antidémocrate et un effondrement moral.

L’hypocrisie des donneurs de leçons

Mais de la part de Jean-Luc Mélenchon, c’est également d’une hypocrisie qui confine à la malhonnêteté. Jean-Luc Mélenchon utilise le terme extrême-droite comme l’insulte suprême. Il l’utilise, comme le fait d’ailleurs Emmanuel Macron en période d’élections, comme il s’est cristallisé dans l’inconscient collectif, autrement dit en lien avec la Seconde Guerre mondiale. La référence à l’extrême-droite ne renvoie pas à l’échiquier politique actuel, il ne caractérise pas une droite réactionnaire, mais l’héritage de la collaboration, la complicité du crime contre l’humanité commis par les nazis. Parler de « l’extrême-droite », dans le substrat politique français, est la manière polie de dire fasciste ou nazi. Le terme est un mot valise qui véhicule une des insultes les plus fortes que l’on peut utiliser en politique, sans avoir besoin de l’expliciter ou de l’argumenter, ce qui est bien pratique. Cela permet de déconsidérer ses adversaires sans avoir besoin de fournir des preuves. Mais à trop servir, la mécanique s’est usée.

Premier problème : si quelqu’un est en train de s’allier à d’authentiques soutiens des nazis, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. La dérive islamogauchiste de son parti l’a rapproché des frères musulmans, qui sont eux, bel et bien, d’authentiques alliés historiques des nazis. Il soutient d’ailleurs les revendications politiques des islamistes : port du voile vendu comme une liberté, tentative de criminaliser toute critique de l’islam via la diffusion du concept d’islamophobie, discours de persécution des musulmans, référence au racisme systémique… Il reprend également leurs discours sur la corruption des institutions et la délégitimation des forces de l’ordre. Il faut dire que leurs objectifs ou leurs fantasmes sont les mêmes : semer le chaos pour faire tomber le système.

Deuxième problème, si quelqu’un est l’héritier de Jean-Marie Le Pen dans sa façon de se mettre en scène, c’est bien le leader de LFI. En le voyant déambuler sur la scène, la rage au ventre, dégageant une agressivité physique contenue et chargeant ses mots d’une grande violence symbolique, je revoyais le président du FN dans les années 80. Dans les extraits de meeting qui passaient au journal télévisé, lui aussi arpentait la scène en haranguant la foule, ivre de lui-même et cherchant à réveiller la force du ressentiment dans son auditoire.

Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon reproche à Gérald Darmanin, des propos conformes à ceux qu’il avait lui-même tenus en 1991. En effet, la colère de Jean-Luc Mélenchon a été déclenchée par les paroles du ministre de l’Intérieur rapportées par La Voix du Nord.

Rififi chez les castors

Le ministre de l’Intérieur évoquait une possible victoire de Marine Le Pen et invitait « Renaissance » à s’intéresser aux classes populaires.« Les gagnants de la mondialisation et les élus des centre-villes, ça ne fait pas 51% des voix ». Et le ministre de se poser comme un rempart contre l’élection de l’extrême-droite. Le problème c’est que tous les adversaires de Marine Le Pen veulent se poser en rempart contre l’extrême-droite car ils n’ont ni projet, ni programme, ni vision. Leur seul axe de campagne est de dénoncer le retour de la bête immonde et de transformer tout adversaire en ventre potentiellement fécond. De ce fait, pour pouvoir décrocher le pompon « d’authentique barrage contre le retour du fascisto-nazisme », il faut renvoyer les autres tribus de castors dans le camp du mal. Tout le monde devient alors susceptible d’obtenir sa casserole « appartient à l’extrême-droite » et personne ne sait plus vraiment ce que cette appartenance signifie.

A lire ensuite, Catherine Santeff: Affaire Médine: cela fait longtemps que Rachel Khan a les “racisés” à ses trousses

Or, nombreux sont les obstacles qui attendent une stratégie politique qui se réduit à ce syndrome du castor, où les électeurs ne sont plus là que pour faire barrage au pire.

  • Le premier obstacle, c’est que tout le monde étant sur cette logique, il devient compliqué de se distinguer pour assurer la captation des voix.
  • Le deuxième obstacle, c’est que l’extrême-gauche, à force de renvoyer tout le monde à l’extrême-droite, affaiblit cette accusation et finit par la rendre ridicule et inefficace.
  • Le troisième obstacle est que le RN d’aujourd’hui n’est pas le FN d’hier. Le parti peut être qualifié de réactionnaire ou de conservateur, et il se positionne clairement sur l’immigration, mais on ne trouve plus dans le discours officiel et dans celui de sa leader, les appels à la violence, la volonté de déstabiliser les institutions, les relents racistes et antisémites ou la dimension factieuse qui apparaissent au grand jour à la LFI. Le RN n’a pas non plus des alliés stratégiques aussi encombrants que les islamistes et les racialistes, ces gens qui se disent antiracistes mais réduisent chacun à la couleur de sa peau.

L’histoire et les racines du RN jettent le doute sur son appartenance à l’arc républicain, mais l’actualité, la pratique politique et les discours de LFI l’en font clairement sortir aujourd’hui.

Les Français jugent LFI plus dangereuse pour la démocratie que le RN

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas : l’attitude agressive de Jean-Luc Mélenchon, la justification de la violence que porte son mouvement, le manque de tenue de ses représentants, leur proximité avec les mouvements islamistes et racialistes ont abimé l’image de la gauche Nupes et de celui qui la domine. Quand les sondeurs ont demandé aux Français quelle était la personnalité politique la plus dangereuse pour la démocratie, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé avant Marine Le Pen. Le dernier sondage IFOP-Fiducial qui confirme cette tendance date du 17 juin 2023. Seuls 21% des sondés estimaient que le RN était un danger pour la démocratie, contre 28% pour LFI. Dans le même ordre d’idées, 30% des sondés pensent que le RN est capable de gouverner, alors qu’ils ne sont que 13% à le penser dans le cas de la France Insoumise. L’image du RN et de Marine Le Pen se notabilise quand la réputation de LFI empire.

La stratégie de la tension, de l’appel au soulèvement et de l’attaque des institutions a pour vocation de faire main basse sur la colère du peuple. Il y a derrière, le vieux rêve de transformer « un peuple révolté en peuple révolutionnaire ». Pour l’instant ce fantasme n’est pas un levier politique. Il marginalise cette gauche Médine à un point tel qu’aujourd’hui, quel que soit le camp du politique interrogé, tous disent en off, qu’en cas d’un second tour Le Pen /Mélenchon, Marine Le Pen serait largement élue.

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L’emmerdeuse

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La socialiste Ségolène Royal et le LFI Manuel Bompard, Châteauneuf-sur-Isère (26), le 25 août 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Jean-Luc Mélenchon a dit « approuver la contribution » surprise de Ségolène Royal à une liste Nupes aux élections européennes…


Méluche a fait un pont de Trotski à Royal,
Émeutiers, débraillés en marche derrière Ségo,
Fallait y penser, la tête que fait petit gros
N’est pas pour déplaire à ce tandem pas banal

Allo Jean-Luc…

– Oui Ségo, ça va?

– On ne peut mieux! J’ai eu mon fils au téléphone, François a les boules…

– Les boulettes en sauce plutôt, ça lui va bien! Il va encore tacher sa chemise.

– C’est un très bon signal, on les emmerde tous là!

– Quand je pense à Roussel avec ses recettes de campeur! Moi j’ai mis la Royal en cuisine! D’ailleurs Ségo, avec notre électorat, faut que tu retrouves tes origines africaines! Que tu nous prépares un bon poulet yassa pour la campagne. Tu arrêtes les conneries avec ta blanquette et tes chabichous mon chou!

Mais, j’avais un boy!

– Et avec François un play-boy! Avec moi, tu vas vite comprendre la tambouille!

Je vais pas sentir la friture, non plus!

– Arrête tes salades, la vinaigrette à partir d’aujourd’hui c’est à l’huile de vidange! Et ta garde-robe, tu peux tout refiler à Bachelot. Depuis qu’elle a récupéré les fringues de la Reine, elle n’a plus rien à se mettre en dehors du vert-pomme, du fushia, du rose-bonbon…

– On n’a pas les mêmes mensurations, si je peux me permettre!

Bon je t’envoie mes girls, on va te relooker LFI, gilet-jaune compatible!

– Quelle horreur!

Ne me gonfle pas mes vieilles roubignoles! Il faut ce qu’il faut, tu crois que ça m’amuse de me trimballer ma veste de plombier sur le dos! J’ai une tête à réparer les fuites? Bon je t’envoie Panot et Obono pour faire du shopping!

Ca va pas non?

Je t’offre ta dernière cartouche pour exister, alors fais un effort!

– Mais de là à me mettre un gilet jaune sur le boubou, il y a des limites quand même!

– Et c’est fini tes bondieuseries du dimanche matin, tes couplets sur la famille et l’éducation des enfants! Tiens, en parlant des gosses, je file ton adresse à p’tit Louis Escobar. Tu verras, il est stupéfiant ce gamin, il a toujours du matos, ça te changera de tes hosties sans sucre.

– Mais je ne fume pas! Si j’avale je tousse!

– Je ne change pas, je fume pas, j’avale pas, Ohhhh! Il te fera des tisanes Pablito! Ça te va comme ça ?

– Des tisanes, je veux bien.

Ben voilà Lulu la Nantaise, quand tu veux on avance. C’est pas gagné, mais on avance…

Bon Jean-Luc, je dois te laisser, j’ai un brunch avec mes petits scouts…

– Mais elle n’a rien compris! Je vais encore me prendre une veste de plombier avec ce cumulus du Poitou…

Heureuse politique où le ridicule ne tue pas!

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Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, en 2007 à l'Elysée © HADJ/SIPA

Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron: ils ne disent pas forcément n’importe quoi, mais ils se laissent aller… Passons leurs dernières (et ridicules?) actus estivales au crible.


J’adore cette période qui est encore teintée de vacances, mais qui sent la reprise. Il y a des propos, des déclarations, des audaces et des provocations qui sont parfumés par cette parenthèse particulière entre le repos atténué et la pleine intensité. On ne dit pas forcément n’importe quoi mais on se laisse aller:

  • à être des conseilleurs puisqu’on n’est plus les payeurs comme l’ex-président Nicolas Sarkozy,
  • ou à des préceptes qu’on n’applique pas soi-même comme le président Macron,
  • enfin à des initiatives surprenantes comme Ségolène Royal qui ne semble guère affectée par la dérision dont certains l’accablent.

Nicolas Sarkozy, qui continue à croire qu’il est légitime et écouté, invite la droite à se choisir pour 2027 une personnalité qui saura faire la synthèse entre Eric Ciotti, Eric Zemmour, Emmanuel Macron et les électeurs du RN.

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D’une part il faudra la trouver. D’autre part, si on a droit à un zeste d’ironie, pourquoi s’arrêter à Emmanuel Macron ? On a compris depuis longtemps que Nicolas Sarkozy rêve de voir LR être absorbé par le macronisme. Un tel mélange donnerait des frissons républicains tellement il serait contre-nature ! Mais, pour poursuivre la politique-fiction, Nicolas Sarkozy aurait pu élargir le spectre. Le parti communiste, grâce à Fabien Roussel, est devenu fréquentable et il a des appétences que la droite ne récuserait pas. Chez les écologistes, si Marine Tondelier n’inspire personne, même pas son propre parti, Yannick Jadot existe toujours et sa vision raisonnable, quoique sobre, de notre futur mérite de l’ajouter à la liste suggérée par Nicolas Sarkozy. On laisserait tout de même de côté le parti socialiste et LFI ! Reconnaissons cependant que Nicolas Sarkozy cible bien la personnalité de Laurent Wauquiez. Il lui reproche de s’être « défilé » à chaque fois que son parti avait besoin de lui. Je ne suis pas convaincu que l’ancien président puisse donner des leçons sur ce plan mais sans doute s’estime-t-il hors concours !

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Le président de la République s’est mêlé de la vie des partis et il leur a demandé de se soucier « d’unité » et « d’efficacité ». Ce n’est pas d’aujourd’hui que je mesure à quel point le plus grand privilège du pouvoir est d’enjoindre aux autres ce qu’il ne s’applique pas à lui-même. L’état de la France prêterait à rire si en effet les deux exigences évoquées par Emmanuel Macron n’étaient pas capitales. Notre pays manque singulièrement d’unité et l’efficacité n’est pas ce qui caractérise la manière dont il est gouverné.

Enfin, Ségolène Royal a un incroyable culot. J’ai toujours apprécié ce tempérament qui ne veut pas rester en marge de la politique mais considère qu’en permanence elle a un rôle à y jouer. Rien ne la décourage, en tout cas pas ses échecs d’hier ou les désillusions qu’on lui cause. Elle réussit ce tour de force d’échapper au ridicule parce que les natures comme la sienne sont uniques. Ses adversaires sont plus effarés par son énergie et sa certitude d’être utile qu’enclins à moquer son ambition jamais lassée. Et ses alliés ne sous-estiment pas le concours qu’elle pourra leur apporter. Elle a déclaré qu’elle était prête à diriger la liste d’une gauche unie aux élections européennes. Avec LFI. Peu importe que la vaillante candidate qu’elle a été en 2007 ait eu un esprit d’ouverture aux antipodes de celui de LFI, elle ne s’encombrera pas d’un tel détail ! Ce que Ségolène veut n’est pas acquis mais on ne pourra pas aisément se débarrasser d’elle ! Au fond, n’ai-je pas tort de qualifier de « ridicules » certaines attitudes politiques ? La politique ne serait-elle pas l’art de tout penser, de dire parfois le contraire et de n’être jamais lié par le moindre engagement ? Les politiques, au fond, osent tout. Le peuple sera-t-il dupe ?

La France en miettes

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Le divertissement d’un gentilhomme exilé

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La cour d'honneur du Château de Bussy-Rabutin (21)

Le comte Roger de Rabutin est une figure du Grande Siècle. Fougueux, batailleur et vaniteux, ce cousin de la marquise de Sévigné réussit avec superbe à irriter Louis XIV. Exilé sur ses terres bourguignonnes, il a fait de son château une œuvre d’art totale. Reportage à Bussy-Rabutin.


L’excès gouverna ses jours. Débauché, insolent, il alternait les corps-à-corps, abandonnant à la hâte une orgie pour se jeter dans une bataille. Aristocrate du Grand Siècle, écrivain talentueux, il tenta vainement de courtiser Louis XIII puis son successeur, mais il les importuna l’un et l’autre, et le cardinal de Richelieu tout autant. Il passa les bornes et connut la chute. C’est ainsi qu’il se replia, par contrainte, dans son château, où l’attendait la postérité. À Bussy, le comte Roger de Rabutin, dit Bussy-Rabutin (1618-1693), a entrepris l’œuvre de sa vie. Et c’est éblouissant !

La surprise de Bussy

Roger de Rabutin

On arrive au château par un sentier pédestre qui n’annonce rien d’exceptionnel. À main droite, en contrebas, on voit des tours rondes et des douves en eau, un pigeonnier imposant ; la végétation est abondante, les arbres couvrent des coteaux assez abrupts qui interdisent une vue dégagée vers cette partie du site. C’est charmant, champêtre, d’aspect médiéval.

Puis on parvient devant la cour d’honneur, et tout, soudain, bascule : le Moyen Âge cède la place à la Renaissance française.

La façade est percée de nombreuses fenêtres : c’est une demeure de prestige, bien faite pour le divertissement et le repos d’un gentilhomme et de ses amis, où la lumière pénètre abondamment. C’est l’héritage de Bussy-Rabutin, qu’il augmentera d’une contribution sans équivalent.

Nous franchissons le seuil de sa demeure, son fantôme goguenard nous entraîne dans sa féerie rationnelle, dans le mouvement de sa vie privée. Et nous réglons notre pas de visiteur sur celui de son humeur et de sa fantaisie.

Le siècle à domicile

Voici donc ce vaillant soldat, fort bel homme de surcroît, ardent au déduit, toujours entre deux duels, deux amours, deux batailles, vaniteux[1], maniant un verbe d’ironie blessante, précédé ou suivi d’une réputation soufrée : tôt engagé dans les armées du roi de France, il descend d’une vieille famille de la noblesse bourguignonne (Roger est le cousin de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. Leur correspondance est un bijou).

Il provoqua la colère de Louis XIV et sut, après Fouquet, mais dans une bien moindre mesure tout de même, ce qu’il en coûtait d’« offusquer le soleil[2] ». Il dut quitter la Cour. « Percé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle[3] », il ne voulut ni se morfondre, ni s’aigrir. Puisqu’on l’enfermait dans ces (ses) murs, il ferait son ultime legs à la postérité par les moyens du verbe et de la peinture (des centaines de portraits commandés à des artistes locaux essentiellement). Il produirait une œuvre totale dans un théâtre sans tréteaux. Et il serait l’auteur, le metteur en scène, le premier rôle, le grand organisateur d’un spectacle où paraîtrait la plus illustre des figurations. Il convoquerait son siècle, les grands hommes de son temps et du passé, et les femmes, et les batailles, les élites enfin, d’un royaume ingrat. Il leur exprimerait sa pensée en latin, en français, par des formules spirituelles, tantôt aimables, tantôt sévères, énigmatiques aussi.

Salle des devises : chaque tableau figure une idée, « rassemblée » dans une brève formule en français, latin, italien, espagnol relative à une personne, un évènement. Autant d’énigmes à résoudre formulées par le seigneur du lieu.

Ce procédé de narration serait également sa biographie corrigée par son caprice. Son portrait souriant reproduit un peu partout, veillerait et régnerait sur cette foule prodigieuse et cruellement épinglée.

Quelques dates, quelques faits

1618 : le 13 avril, au château d’Épiry, Diane de Cugnac, épouse de Léonor de Rabutin, donne naissance à Roger de Rabutin. Il est élève au collège des Jésuites, à Autain, puis au collège dit de Clermont (futur Louis-le-Grand), lorsque sa famille vient s’installer à Paris en 1629 : « […] J’entrai en seconde que je n’avais pas douze ans, et j’étais si bon humaniste qu’à treize on me jugea assez bon […] pour entrer de là en philosophie sans passer par la rhétorique[4]. »

1634 : son père lui confie le commandement de la 1re compagnie de son régiment, qui se dirige immédiatement vers La Mothe (Haute-Marne, guerre de Trente Ans). Il a 16 ans et nulle expérience, ni du combat, ni de l’armée ! Toujours honnête, le jeune Roger apporte cette précision : « […] Le sieur de Chovance, vieil officier d’infanterie, avait en effet le commandement […] que je n’avais qu’en apparence[5]. »

Le métier des armes s’imposant à lui comme une vocation, il se livre à un apprentissage sérieux de la chose militaire. Il progresse rapidement, devient un excellent manœuvrier, un tacticien plein de bravoure. Il conduit ses troupes au combat, il s’expose et ne redoute que l’inaction. Au reste, les batailles relatées dans ses Mémoires, ses propres observations relatives à l’« art de la guerre » en font un passionnant ouvrage sur le sujet. Il courtise aussi les jolies femmes, quand il ne les enlève pas…

1648 : il commet en effet un rapt sur la personne d’une veuve « jeune, belle et riche. [Il] l’enleva et la conduisit dans un château. Tout en y arrivant, elle prononça devant ce qu’il s’y trouva de gens un vœu de chasteté, puis dit à Bussy que c’était à lui à voir ce qu’il voulait faire. Il se trouva étrangement déconcerté de cette action si forte et si publique, et ne songea plus qu’à mettre sa proie en liberté et à tâcher d’accommoder son affaire[6]. »

Bussy-Rabutin affirme qu’il fut la dupe d’un complot, auquel avait pris part le confesseur de la dame. Le scandale fut retentissant. Il en avait provoqué d’autres : ce jour, par exemple, où il abandonna son régiment pour retrouver une jeune comtesse de Bourbon-Busset…

Ou cette autre fois (1659), en plein carême, quand il procède au baptême d’un cochon de lait, avec sa compagnie de débauchés. Le cardinal Mazarin lui désigne alors la direction de la Bourgogne d’un doigt impérieux.

Il commence la rédaction d’un livre d’inspiration satyrique où sont recensées les amours des courtisans versaillais, L’Histoire amoureuse des Gaules. Il ne le destine pas à la publication, en réservant la lecture au cercle de ses intimes, dont sa maîtresse, la marquise de Montglas. Celle-ci le quitte dès qu’il connaît de gros ennuis. Il se vengera d’elle par six devises illustrées, dont sa représentation en sirène (Fugithyemes, « Elle fuit le mauvais temps ») et en hirondelle au-dessus de flots déchaînés (Allicit ut perdat, « Elle attire pour égarer »).

Tenté de rejoindre la Fronde des princes, il se corrige vite et se met au service du jeune Louis XIV.

1665 : Bussy-Rabutin est élu à l’Académie française (fauteuil n° 20, occupé par Thierry Maulnier, José Cabanis et, aujourd’hui, Angelo Rinaldi). La marquise de la Baume dérobe le manuscrit de L’Histoire amoureuse et le fait éditer. Le livre circule. Le roi, furieux, envoie l’auteur à la Bastille, puis l’expédie dans ses terres bourguignonnes avec interdiction de se présenter à Versailles : dix-sept ans d’exil ! Pour vaincre l’ennui, il conçoit et fait réaliser la superbe décoration de son château qui est parvenue jusqu’à nous. Il meurt en 1693.

Remerciements

Causeur remercie vivement François-Xavier Verger, conservateur du château de Bussy-Rabutin, propriété de l’État depuis 1929. En poste depuis dix ans, il conduit, avec une équipe très compétente, une opération de longue haleine et couronnée de succès. M. Verger administre également le château de Ferney-Voltaire (Ain), qui avait consacré en 2022 une exposition à Jean-Pierre Claris de Florian, dont Causeur a rendu compte. Jean-Louis Janin-Daviet, qui nous enchante à Lunéville, a contribué à la restauration de l’aile Sarcus de Bussy-Rabutin, comme il avait apporté son aide à Florian. Et merci à James Gourier pour ses lumières.


[1] « […] M. de Bussy-Rabutin n’avait en somme rien de remarquable que l’admiration sans borne que professait M. de Rabutin pour M. de Bussy » Voltaire, cité par Émile Faguet.

[2] Paul Morand, Fouquet ou le Soleil offusqué, Folio histoire, Gallimard.

[3]. Pierre Corneille, Le Cid, monologue, Acte I, scène 6.

[4]. Comte de Bussy-Rabutin, Mémoires, « Le temps retrouvé », Mercure de France.

[5]. Ibid.

[6]. Saint-Simon, Mémoires, t. 1.

Tenue de flic!

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D.R.

Dans sa dernière chronique de l’été, Thomas Morales nous livre ses impressions sur la révolution vestimentaire qui se manifeste dans le film « La Guerre des polices », sorti en 1979, avec l’avènement du tee-shirt-roi et l’abandon du costume-cravate…


Pour ce dernier dossier de l’été, nous ne parlerons pas du fond, lutte entre directions, rivalités à la Tour pointue, méthodes barbouzardes, égo des commissaires et bastos en guise de solde de tout compte. Tout ce qui fait d’habitude le folklore policier sur grand écran. Ni du flic justicier, ni du flic lampiste, et surtout pas du déterminisme social des voyous. Nous resterons en dehors des deux pôles qui sédimentent aujourd’hui notre société médiatique: la culture de l’ordre et celle de l’excuse.

Affiche du film D.R.

Marlène Jobert au volant d’une Renault 12 break, puissamment érotique

Nous nous éloignerons donc du propos politico-sociologico-romantique de Robin Davis, le réalisateur de « La Guerre des polices », polar musclé et légèrement surjoué, un peu périmé et crépusculaire, caricatural et néanmoins très agréable à revoir sur cette période de notre histoire gouvernementale qui précéda l’alternance à gauche. Nous nous intéresserons à la forme, au style des acteurs, à la lumière et aux automobiles disparues, par exemple à la Fiat Ritmo et au fourgon Ford Transit. D’abord, je crois sincèrement n’avoir jamais rien vu d’aussi puissamment érotique, à l’incandescence charnelle, c’est-à-dire émouvant et délicatement ébréché que Marlène Jobert conduisant un break Renault 12 de la préfecture. Au cours de ce film, la peau tachetée et perlante de l’actrice dans sa quarantaine, au pinacle de sa domination sexuelle, sera dévoilée à plusieurs reprises. Facilité scénaristique ou machisme inhérent des productions d’alors, je ne me prononcerai pas. D’autres que moi en déconstructivisme et patriarcat sont plus calés. Je tiens juste à signaler que le spectateur adolescent que je fus ne se plaignit pas de cette image d’une Marlène à poil pointant son arme de service sur des collègues lourdingues. La fiction se nourrit aussi de raccourcis.

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La déferlante western ou l’assaut du blouson et du jean

Quarante ans plus tard, ce qui me fascine vraiment, ce n’est pas la nudité triomphante de Marlène mais bel et bien, les changements vestimentaires opérés dans les rangs de la police. Le costume-cravate, sous l’influence du cinéma américain et d’une démocratisation de l’institution, laisse brutalement la place à une forme de décontraction nerveuse et militante. En clair, le tee-shirt vient de remporter la bataille idéologique du vestiaire. Il ne reste guère que François Périer, impeccable haut-fonctionnaire de l’intérieur, inégalable dans la distinction et la vacherie complice, pour s’afficher en croisé et montrer ostensiblement la rosette au revers de son veston. Pour le reste de la distribution, la chemise amidonnée et le pantalon à pinces ont cédé aux assauts du blouson et du jean. Le trench vit ses dernières heures, on lui préfère désormais le cuir en format court ou trois quart ceinturé à la taille. La mode western fait des ravages même chez les gradés. L’inspecteur Marie Garcin (Marlène Jobert) a une panoplie de tee-shirts qui coûterait une fortune actuellement sur le marché de la fripe, Mickey Mouse pour la nuit et Fruit of the Loom en journée, « oversize » of course. Elle alterne entre une veste en vachette sauvage et une « Field Jacket » de type M65 qui met ses cheveux frisés à la Julia Migenes en valeur. Elle a comme un air de Jennifer Beals, près de quatre ans avant la sortie de « Flashdance ». Les autres flics, à l’exception des préretraités attachés au tergal et au paletot en acrylique, enfilent tous des tee-shirts, notamment à l’enseigne de la « New York University », idéal pour une planque dans le quartier latin. Mention spéciale au regretté Jean-François Stévenin qui ne se sépare pas de sa fine moustache et d’une belle veste Belstaff de motard. L’esprit cowboy règne en maître dans ce long-métrage. À la fin du générique, tout naturellement, la boutique « Western House » située jadis au 13, avenue de la Grande-Armée est vivement remerciée. « Le premier véritable bazar western à Paris », selon la célèbre formule publicitaire, dirigé par Maurice Chorenslup, décédé en début d’année 2023 fut le rendez-vous des stars des années 1960/1980.

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C’est grâce à l’activisme de ce visionnaire de la santiag et du jean que la mode US a déferlé dans notre pays. Claude Brasseur en patron de l’antigang (Fuch) n’est pas encore le père de Vic. Dentiste à l’imper mastic, il profite de sa post-adolescence en sweat Wrangler et en baskets Adidas Rom. Il met seulement le nœud papillon quand il doit convaincre une juge dans les allées d’un supermarché. Son alter-ego, le commissaire Ballestrat (Claude Rich), plus académique dans sa mise, résiste au confort du sportswear, il conserve ainsi le foulard de soie au volant de sa Peugeot 305. Sa seule concession au relâchement ambiant réside dans le port d’une barbe quelque peu brouillonne. Malgré cette évolution des penderies, Ballestrat n’oublie pas les fondamentaux : « Vous avez de la chance Marie, vous n’avez qu’à obéir, moi je dois décider ».

Monsieur Nostalgie

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Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Brassens ou Goldman: qui a raison?

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George Brassens (FRANCE : Emission "Escale en Languedoc" sur TF1, 01/05/1981, © GALMICHE/TF1/SIPA) et Jean-Jacques Goldman (FRANCE, Paris: Jean-Jacques Goldman, 06/12/1986, © GINIES/SIPA)

Georges Brassens et Jean-Jacques Goldman ont chacun un passé, et leurs opinions sur la société et le monde, qui parfois divergent, comme le démontre Ivan Jablonka dans son récent ouvrage. Dans sa chronique, Philippe Bilger, admirateur des deux chanteurs, nous livre ses vues.


Qu’on se rassure ; je ne suis pas obsédé par Jean-Jacques Goldman au point de lui consacrer billet sur billet. Malgré l’excellent livre d’Ivan Jablonka sur lui auquel je ne ferai qu’un reproche : avoir oublié que Jean-Jacques Goldman déniait être « un gourou » et qu’il se voulait « chanteur ». Cela n’infirme pas les analyses pertinentes de l’auteur sur le plan politique et social, mais incite à les relativiser : il y a de la joie, du rythme, un entraînement vif et allègre dans les chansons de Goldman et si on peut chercher dans beaucoup de leurs paroles une conception civique et morale de la société, du monde et des rapports avec autrui, il est loisible à chacun de les interpréter avec une écoute fondée sur le pur plaisir. Et « avec les pieds pour danser ».


Goldman et Brassens: le génie en commun

Ivan Jablonka a été questionné par l’Obs et les journalistes ont évoqué « le coup de gueule de Jean-Jacques Goldman contre Brassens, dont il jugeait « obscène » la chanson « Mourir pour des idées » ». Ivan Jablonka a répondu qu’en effet Jean-Jacques Goldman avait été « choqué par cette chanson un peu défaitiste et munichoise, qui dit en substance: laissons les autres mourir pour notre liberté, pendant que nous nous planquons dans la France de l’Occupation« . On apprend que Jean-Jacques Goldman demeure plus que jamais fidèle à lui-même : il désapprouve la médiatisation autour de ce livre dont l’auteur n’a pu échanger ni avec lui ni avec aucun de ses amis et donc craint que les lecteurs soient dupes (Source: Le Canard enchaîné). Je suis écartelé, pour ma part, entre deux admirations essentielles : celle de Georges Brassens, le poète impeccable et salubre dont pas une chanson n’est à refaire et n’a vieilli et celle de Jean-Jacques Goldman. Elles m’ont habité dès l’origine et, pour la seconde, elle s’est nourrie, en particulier et à rebours, du mépris scandaleux dont de prétendues élites l’accablaient. Je perçois d’ailleurs deux similitudes capitales entre eux qui me les rendent encore plus proches et chers. La première est que ces deux personnalités, au cours des multiples entretiens qu’ils ont accordés – l’un et l’autre n’en étant pas friands – n’ont jamais proféré à mon sens la moindre bêtise, la plus petite absurdité. La seconde est qu’au-delà de leur génie musical et d’auteurs, dans un registre évidemment différent, un attachement profond était voué à leur personne, à leur être, grâce à une même qualité d’humanité et de générosité.

A lire aussi : Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

Je comprends bien ce qui immédiatement a pu paraître « obscène » à Jean-Jacques Goldman dans le texte de « Mourir pour des idées » de Georges Brassens. Celui-ci est imprégné d’une conception individualiste, anarchiste de la vie et éprouve la plus grande méfiance à l’égard des idéologies et même – ce qui déçoit Jean-Jacques Goldman – à l’égard des idées les plus nobles, des combats les plus nécessaires, des solidarités les plus éclatantes. Là où Jean-Jacques Goldman, grâce à l’exemple de son père qui a refusé stalinisme et nazisme, ne discute pas une seconde l’obligation de certaines luttes, le devoir de certaines résistances en paraissant accepter toutes leurs conséquences, la rançon à payer, la mort à affronter, Georges Brassens, au contraire, a pour ennemie principale la mort des hommes. Il y a même, à bien l’écouter, une tragique ironie à se laisser embarquer dans des conflits et des disputes fatals, mortifères, qui demain seront dépassés, devenus caducs. De la mort pour rien donc ! Georges Brassens, par ailleurs, éprouve la plus vive détestation pour les boutefeux poussant à la mort au nom des idées mais demeurant eux à l’abri, durant plus longtemps que « Mathusalem ».

Réconcilier Brassens et Goldman

Je suis persuadé que Georges Brassens, même s’il est parti au STO sans chercher à y échapper, dans la suite de son existence, à titre individuel, n’aurait pas hésité à faire preuve de courage et de solidarité pour aider autrui. Ce qui le distingue de Jean-Jacques Goldman est son anarchisme, sa haine de la guerre, sa volonté de fraternité universelle qui le conduisent sans doute à « mourir pour des idées mais de mort lente« . Il y a une gravité chez Jean-Jacques Goldman tenant au passé familial, des deux côtés, l’adhésion à un engagement non négociable dès lors que des valeurs fondamentales sont offensées, niées : racisme, antisémitisme, humiliation des modestes et des humbles. Sans prétendre aboutir à une impossible concordance, l’accord aurait pu se faire, j’en suis sûr, entre ces deux artistes si pleinement humains, sur les quelques idées justifiant les sacrifices pour Jean-Jacques Goldman et moins d’apparent retrait et détachement chez Georges Brassens.

Il n’est pas concevable qu’on les laisse à distance l’un de l’autre.

Goldman

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George Sanders, canaille aristocratique

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L'acteur britannique George Sanders, dans le film "Le village des damnés" (1960) © REX FEATURES/SIPA

Portrait de l’acteur hollywoodien dont les mémoires, sorties en langue anglaise en 1960, viennent d’être rééditées en français sous le titre, Profession fripouille. Une allusion à ses rôles typiques de gentleman aussi charmant qu’immoral.


« S’il est vrai que le caractère d’un homme penche dans le sens du bien en fonction du plaisir, du degré de bonheur et de la quantité de tendre amour dont il a joui durant l’enfance, alors je devrais avoir le caractère le plus noble et le plus magnifique du monde. Personnellement, je pense être la preuve vivante de cette affirmation. Toutefois, un nombre surprenant de personnes sont d’un avis contraire ». Tout est dit en quelques lignes de et par cet acteur d’allure anglo-saxonne, George Sanders (1906-1972), qui, plus de trente ans durant, a joué sous la direction des plus grands réalisateurs, d’Alfred Hitchcock à Fritz Lang, de Joseph Mankiewicz à Julien Divivier, d’Otto Preminger à Roberto Rossellini.

Salaud élégant

Le titre original de ses amusants mémoires, Memoirs of a Professionnal Cad, donne le ton : cad, en anglais, désigne la crapule ou le goujat en version distinguée. Très vite, il se spécialise en effet dans le rôle du salaud élégant, espion nazi ou escroc cosmopolite : « J’étais décidément un très bon méchant. Ma méchanceté toutefois était d’un genre nouveau. J’étais infect, mais jamais grossier. J’étais une sorte de canaille aristocratique. […] J’étais le type de traître qui déteste avoir une tache de sang sur ses vêtements ; pas tant parce que je redoutais d’être découvert que parce que j’aimais avoir l’air propre sur moi ».

A lire aussi: « Un paon parmi les pigeons »: au coeur de l’élégance londonienne

L’homme naît à Saint-Pétersbourg, « dans un monde appelé à disparaître », au sein d’une famille de la haute société, d’origine anglo-écossaise ou, selon certains, dont son traducteur Romain Slocombe, fils naturel d’un prince proche de la famille impériale – ce qui est autrement plus romanesque. Maison à Saint-Pétersbourg, résidences d’été en Estonie et en Courlande, fêtes somptueuses – le jeune George fait alors partie des privilégiés, ses parents fréquentant la Cour. En 1917, dès les premiers troubles, George est envoyé en Angleterre au même moment où Lénine, une autre canaille, prolétarienne celle-là, débarque en Russie, avec l’aide des services allemands. Restés là-bas, ses parents échapperont non sans peine à la terreur bolchevique et se réfugieront, ruinés, en Grande-Bretagne. Après des études dans un collège privé, il connaît les boulots sans gloire mais lointains : l’Argentine et la Patagonie des années 1920…


Venu un peu par hasard au cinéma par le biais du chant (il est baryton), Sanders va tourner, en Angleterre puis à Holywood, une bonne centaine de films en trente-cinq ans, interprétant tour à tour Vidocq et Landru, Bel-Ami et Gauguin. Dans ces films, il promène une silhouette de dandy cynique très Vieille Europe : d’après lui, il ne joue jamais que son propre rôle ! Ses mémoires fourmillent d’anecdotes drôles sur des tournages, par exemple pour Viaggio in Italia, de Rossellini, avec Ingrid Bergman, où il nous apprend que le réalisateur italien travaillait sans réel scénario et à son rythme, en donnant la priorité à la plongée sous-marine ou aux courses en Ferrari avec les trains italiens !

Marié à Zsa Zsa Gabor

Marié un temps à la très riche actrice hongroise Zsa Zsa Gabor, il mène une vie de luxe : Cannes au Carlton, etc. Sa vision du monde tranche par sa totale lucidité, par exemple quand il décrit les États-Unis des années 1950 : « Le principe d’obsolescence, le principe de recherche de motivation et le principe de perception subliminale semblent avoir été inventés seulement pour améliorer des méthodes par lesquelles les gens sont cyniquement induits à s’enchaîner pour payer des choses dont ils n’ont pas besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas ».

Puis vient le déclin, les navets remplacent les grands films, l’argent manque et les affaires plus ou moins douteuses n’arrangent rien. Tout se termine mal, mais avec style, par un suicide dans un palace espagnol. Dans ses poches, un mot en anglais : « Cher monde, je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous laisse avec vos soucis dans cette charmante fosse d’aisance. Bonne chance ».

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L’interview de «Moi, je» président: beaucoup de pages pour rien

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Bormes les mimosas, 17 août 2023 © PHILIPPE MAGONI/SIPA

« La grande explication », voilà le titre du nouvel opus de « Moi, je », président qui déploie, sur 16 pages d’interview dans le magazine Le Point, la vision de son action ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas guetté par l’excès d’humilité. Céline Pina revient sur les annonces peu convaincantes de l’Élysée. Concernant les difficultés de l’école, elles semblent insurmontables tant les niveaux de l’immigration non assimilée et des menaces islamistes sont élevés.


Après la « grande confession », livrée déjà au Point en avril 2022, et avant la « grande consternation » qui pourrait conduire au « grand déménagement » de 2027, notre président prend le temps d’expliquer aux peines-à-comprendre que nous sommes, à quel point il enchaîne les succès, prend à bras-le-corps les problèmes et domine la situation. De ce fait, à la sortie de ce très long et peu passionnant exercice d’autosatisfaction, on se demande si on vit bien dans le même pays et à la même époque. Une fois de plus, le président parait confondre exercice du pouvoir et démonstration d’aisance dans un grand oral médiatique.

Amphigouri du verbe, pauvreté des annonces

Le plus amusant est peut-être cet amphigouri du langage où, plus les mots visent haut, plus leur traduction en actes rate sa cible. Ainsi, le cœur de l’interview est de donner un contenu à « l’initiative politique d’ampleur » annoncée par le président le 2 août dans le Figaro magazine. Eh bien, la réponse consiste en un énième comité Théodule. Il s’agit donc de proposer, je cite, « aux forces politiques représentées dans nos assemblées d’essayer d’agir ensemble, c’est pourquoi je veux les réunir sur la situation internationale et ses conséquences sur la France et sur les nuits d’émeutes que nous avons vécues ». 

On ne va pas reprocher au président de discuter avec l’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée nationale, mais le moins que l’on puisse dire est que cette posture donne l’impression qu’il est dépourvu de toute ligne et de toute capacité d’action sur ces questions et qu’il cherche à diluer ses responsabilités en mettant en scène l’incapacité de faire naitre un processus d’union nationale. 

Celui-ci étant voué à l’échec, la mise en scène lui permettra de dénoncer l’égoïsme et la courte vue de ses adversaires, et de faire passer son incapacité à se doter d’une ligne claire pour la rançon du manque d’engagement des partis concurrents. Une ficelle usée mais toujours utile en politique. Le problème c’est que l’on ne crée pas de dynamique politique en l’absence de projet. Et force est de constater qu’au terme des 16 pages, on ne sait toujours pas où le président veut conduire la France et encore moins comment.

Des paroles fortes sur l’immigration ?

De cette longue interview, tout n’est pas à jeter. Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron peut dire des choses très fortes en interview pour poser un acte juste après qui dément tous ses mots. Le deuxième problème est qu’il n’est pas d’une grande honnêteté intellectuelle et que certains exemples qu’il donne sont tout simplement faux.

Mais revenons au positif. Le président durcit le ton sur l’immigration, expliquant « qu’il faut réduire significativement l’immigration », mais il dit tout aussi clairement que « les gens qui sont de plus en plus sécession, par rapport à nos valeurs sont souvent nés chez nous. » Tout cela peut paraitre incohérent puisque notre principal problème est le refus d’assimilation d’une partie de la jeunesse d’origine immigrée, pour qui les papiers français ne traduisent pas l’adhésion à un contrat social et à une civilisation. Donc derrière ce qui pourrait être vu comme une parole forte, Emmanuel Macron ne va pas au bout du raisonnement. En effet, si dans ce même paragraphe, il explique bien les défaillances de l’école en matière de transmission pour expliquer en partie l’ensauvagement, il ne regarde pas en face le fait que nos valeurs universalistes sont également contestées par une force organisée, un islam en pleine renaissance, aux mains de fondamentalistes et de politiques, qui exercent une pression identitaire sur la jeunesse des banlieues. La violence et le pillage sont justifiés par une représentation de la France comme colonialiste, dont il est juste de se venger en piétinant ses lois et ses principes et en se livrant au pillage. Or ces représentations ne viennent pas de nulle part, elles sont le fruit d’un travail politique et sont aujourd’hui relayées par l’extrême-gauche. Toutes les immigrations ne posent pas les mêmes problèmes, car toutes ne font pas l’objet d’un projet communautariste comme le porte l’islamisme. 

Refuser de le regarder en face, c’est laisser une partie de la population musulmane à la merci des semeurs de radicalité, alors qu’elle est parfois venue en France pour les fuir. L’affaire Médine illustre la réalité de cette tension.

L’évocation de la nécessité d’une recivilisation 

Autre point positif, le fait d’aborder la question de la décivilisation. Après les razzias et violences du début de l’été, il eut été impossible de passer ce phénomène sous silence. Le président le lie bien à un problème d’intégration mais évite de s’étendre sur le sujet, alors que pour résoudre cette question il faudrait déjà oser l’aborder de front. 

Emmanuel Macron met le doigt sur quelque chose de juste quand il parle de relation « qui n’est pas réglée entre une partie de la jeunesse et l’autorité ». Le problème reste que ce diagnostic n’est suivi d’aucune proposition forte. Quant au satisfecit que s’accorde le locataire de l’Élysée sur la gestion des émeutes, il est audible, de même que la partie sur les embauches réalisées ou les augmentations de budget. Là où le bât blesse et où la communication est très manipulatrice, c’est lorsque le président cite des chiffres mirobolants sur les interpellations et les déferrements, en oubliant soigneusement de donner le chiffre du nombre de condamnations. 

De la même façon, on peut se réjouir de la prise de conscience du fait que l’histoire se comprend mieux quand elle est enseignée chronologiquement. Un peu de bon sens en la matière fait toujours du bien. On peut également se féliciter de ce que la formation des enseignants soit renforcée. Mais une telle phrase fleure quand même bon le bla bla. On dit aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais on agit a minima. Alors que s’il avait évoqué par exemple une re-création de l’Ecole normale, cela voudrait dire que le problème était vraiment pris à bras-le-corps.

Dans le même temps, l’interview achoppe sur de dommageables mensonges. Par exemple, concernant la santé, quand Emmanuel Macron se gargarise d’avoir supprimé le numérus clausus. C’est faux. Il a juste été relevé de 15%, ce qui veut dire que nous atteignons le même nombre de médecins en formation que dans les années 70, où les Français étaient 15 millions de moins. 

Des paroles sur l’école peu convaincantes

Tout n’est pas à jeter dans l’extrait de l’interview sur l’école, mais il y a un moment qui exprime un tel déni du réel que cela rejaillit sur la consistance même de l’ensemble et abime la crédibilité de la parole présidentielle. Les journalistes du Point demandent à Emmanuel Macron s’il comprend que sa logique puisse être difficile à suivre quand il passe de Jean-Michel Blanquer à Pap N’Diaye à l’Education nationale.

Bien entendu, le président nie. Il faut dire que dans sa réponse, on comprend que les deux n’étaient que des exécutants interchangeables, simplement là pour faire appliquer sa politique. Le problème c’est que ce n’est pas le cas et que la dimension symbolique que portait ce changement n’a pas échappé aux islamistes, pour qui l’école est une place à conquérir…

Les islamistes testent la résistance de l’école

Le Figaro raconte, dans un article paru jeudi, qu’une note des services de l’État montre l’explosion des atteintes à la laïcité à l’école à travers notamment l’augmentation du port de signes et vêtements religieux. Des chiffres ? De septembre à novembre 2021, 91 signalements étaient remontés au ministère ; d’avril à juillet 2023 ce sont 923 signalements qui ont été relevés. Au-delà de ce phénomène, ce sont les atteintes à la laïcité qui augmentent de manière inquiétante; 4710 atteintes ont été relevées pour l’année 2022/2023, contre 2167 l’année précédente. Or, on sait parfaitement que ces provocations ne sont pas des mouvements spontanés. Les réseaux islamistes, les personnalités influencées par eux ont relayé mots d’ordre et vidéos. 

Ils ont choisi de mener cette offensive car ils savaient que Pap Ndiaye ne saurait pas se positionner. Le ministre déchu épousait en partie le discours de persécution et le discours identitaire de ces personnes et vient des rangs des militants dits décoloniaux. Le ministre avait d’ailleurs réagi comme les islamistes s’y attendaient : il a été ambigu et a laissé les responsables d’établissement en première ligne, comme lors de l’affaire du foulard en 89. Les mêmes lâchetés provoquant les mêmes évolutions, les provocations ont augmenté, les responsables d’établissement se sont sentis abandonnés, l’autorité de l’État a reculé.

Un président mal à l’aise sur la laïcité

D’ailleurs, lorsque Etienne Gernelle, Mathilde Siraud et Valérie Toranian lui font remarquer qu’il évoque peu la laïcité, Emmanuel Macron la noie au milieu de référentiels divers sans voir à quel point celle-ci est au cœur de la contestation de l’école. Pour les islamistes, l’idée de liberté de penser, de liberté de conscience, l’idée que ce sont les hommes qui en faisant usage de la raison créent et mettent en œuvre la loi est insupportable. Ils attaquent la laïcité en tant que pilier de la liberté de conscience, auxquels ils veulent substituer la soumission au dogme et l’interdiction du blasphème. On est au cœur du combat de décivilisation, mais jamais notre président ne lèvera les yeux sur cette réalité. À sa décharge, la faiblesse de son pouvoir et son absence de majorité lui font craindre qu’en abordant ces sujets sans moyen d’action réel, il ne fragilise la situation de l’ensemble des musulmans sans réussir à réduire pour autant l’influence des islamistes.

L’école, une véritable priorité pour le président ?

On peut douter de son engagement pour une école favorisant le redémarrage de l’ascenseur social. On a certes eu droit à quelques annonces rationnelles, sur le fait que certaines épreuves du bac ont lieu tellement tôt que cela ne fait plus sens, sur le fait que le mois de juin devienne un mois de garderie, sur le fait d’étendre la politique de soutien scolaire… Le problème, c’est que dans le même temps, le manque d’attractivité du métier d’enseignant n’est pas abordé. Le locataire de l’Elysée fait comme s’il suffisait de le vouloir pour que chaque élève ait la garantie d’avoir ses heures d’enseignement effectuées ! Or c’est loin d’être le cas et on ne voit pas comment avec des concours attirant moins de candidats que de postes offerts, on va résoudre le problème… Mais dans le monde merveilleux du président, le « yaka faukon » semble être devenu une annonce politique sérieuse.

Rien de bien consistant n’est dit non plus sur la question de l’autorité à l’école, sur les classes de niveaux, sur la possibilité d’expulser les éléments perturbateurs, sur la volonté de remettre l’exigence au cœur de l’enseignement pour tirer tout le monde vers le haut… À la place, on a droit à une phrase hallucinante où le président nous explique que dans l’école revisitée, les élèves pourront être debout, assis ou à genoux pendant la classe et cela nous est présenté comme « un autre rapport aux savoirs ». C’est aussi drôle qu’indigent mais ce n’est pas très rassurant pour l’avenir.

Emmanuel Macron évite aussi les sujets qui fâchent en faisant semblant de les aborder. Il dit bien que l’accès à l’université sans limite n’est pas une chose positive, mais détourne aussitôt le tir en se penchant sur la question des filières professionnelles. L’évitement de la question de la sélection à l’université ou de la création d’un bac plus sélectif est une erreur. Mais là aussi, la matière est inflammable, surtout quand on a un électorat de retraités et que la jeunesse la plus active sur ces questions est aux mains d’une extrême-gauche en quête de chaos social.

Une interview qui ne devrait pas relever l’image d’Emmanuel Macron

Il y a tellement de moments d’autosatisfaction pure qu’il est difficile de partager, voire de comprendre où va vraiment le président Macron. Pire, nous avons le sentiment d’une perte de sens des réalités de celui qui nous gouverne. C’est un peu Tartarin de Tarascon en mode 2.0 et avec cravate ! Ce personnage hâbleur, qui se vantait de succès qu’il n’avait pas remportés, faisait néanmoins de l’effet sur son entourage. 

Espérons que ce soit le cas pour Emmanuel Macron car la longueur de l’interview a quand même du mal à masquer l’absence de vision, de colonne vertébrale et de perspective d’avenir. Encore un coup pour rien.

Quand les progressistes creusent leur propre tombe

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Pillage d'une bijouterie, Marseille, 30 juin 2023 © SENER YILMAZ ASLAN/SIPA

La stratégie Terra Nova a poussé la gauche à se faire hara-kiri


Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rappeur Médine est un personnage « controversé ». Ses critiques l’accusent tour à tour d’être hostile à la laïcité, proche des Frères musulmans, homophobe, misogyne, ou encore antisémite. Et pourtant, malgré son profil sulfureux, le rappeur a ouvert les journées d’été des écologistes. Il enchainera par une rencontre avec les Insoumis, avant de se joindre à la fête de l’Humanité.

Marine Tondelier (EELV) débattait avec le rappeur Médine, le 24 août au Havre, malgré le tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Des valeurs culturelles communes, vraiment ?

En réalité, cette tournée aurait très bien pu s’appeler le « Terra Nova Tour » de Médine, du nom de cette note, rédigée en 2011 par Bruno Jeanbart et Olivier Ferrand, le président fondateur de ce groupe de réflexion orientée à gauche. Au travers de cette note, ces derniers souhaitaient dessiner une nouvelle majorité électorale qui permettrait aux socialistes de renouer avec le pouvoir qui lui échappait depuis le retrait de Lionel Jospin en 2002. Et pour ce faire, les experts de Terra Nova conseillaient à la gauche de se tourner vers un nouvel électorat urbain réunissant « les diplômés », « les jeunes », « les femmes » mais également « les minorités des quartiers populaires » : tous unis par « des valeurs culturelles progressistes ».

Lionel Jospin: « Et qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ? »

Les récents succès électoraux de la Nupes, et plus particulièrement de la France Insoumise (LFI), dans les quartiers populaires, sont venus démontrer que la vision politique de Terra Nova est en train de se réaliser. Pour les progressistes, le prolétariat blanc n’est plus la classe qui s’oppose à la classe bourgeoise capitaliste. Ce rôle est maintenant tenu par les « minorités ». Les opprimés et les ennemis de l’oppression sont appelés à travailler main dans la main pour faire avancer la cause du progressisme.

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Sauf que cette « alliance » repose sur des fondations fragiles, car les valeurs des minorités n’ont que peu en commun avec celles des progressistes habitant les centres-villes gentrifiés des grandes métropoles.

Un électorat de gauche avec des valeurs d’extrême-droite

En effet, si par progrès, l’on entend par là les valeurs historiques de gauche telles que l’anti-cléricalisme, la reconnaissance des communautés LGBT, l’égalité homme-femme, l’anti-consumérisme, ou encore l’écologie… Alors force est de constater que les minorités des quartiers populaires adhèrent à des valeurs aux antipodes de celles prônées par ceux qui se réclament du progressisme.

En réalité, la France « racisée » est profondément conservatrice. Plusieurs études démontrent que les quartiers populaires adhèrent à des normes culturelles qui n’ont rien à envier à celles traditionnellement défendues par la droite la plus dure. Si une large majorité de Français soutient le mariage pour tous et la parentalité pour les couples de même sexe, il n’en va pas de même pour les habitants des quartiers populaires islamisés. Selon un sondage IFOP de juin 2019, 63% des musulmans estiment que l’homosexualité est « une maladie » ou « une perversion sexuelle ». Ils ne sont que 14% chez les catholiques et 10% chez les sans religion. Aujourd’hui, la situation est telle que les homosexuels vivant en banlieues fuient les quartiers islamisés.

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Autre grande victime de la montée en puissance du prolétariat « racisé » : la laïcité. Une autre étude de l’Ifop, publiée en décembre 2022 et menée auprès de 1009 enseignants, révèle une forte augmentation des atteintes à la laïcité à l’école. De 2018 à 2022, le nombre de professeurs s’étant déjà autocensurés pour éviter des incidents sur les questions de religion est passé de 36% (Étude Ifop-CNAL), à 56% (Étude Ifop), soit une hausse de 20 points en quatre ans. Or, selon ces deux enquêtes, cette « spirale du silence » affecte toujours plus les zones d’éducation prioritaire (65%), CQFD.

L’illusion de la convergence des luttes

Les progressistes se bercent d’illusions, eux qui semblent croire que la montée en puissance d’un prolétariat non-européen compensera la fuite des classes ouvrières blanches vers le Rassemblement national. Le prolétariat « racisé » est culturellement déconnecté  de la nation française et des combats menés par son peuple. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la composition ethnique des cortèges des grandes manifestations populaires telles que les gilets jaunes ou ceux de la contestation de la réforme des retraites : la banlieue est la grande absente de la contestation sociale en France. Et quand cette dernière se mobilise, c’est pour défendre l’islam ou pour piller les Nike Stores. Qu’on se le dise, la convergence des luttes est une chimère.

Nuits de heurts à Bordeaux, 29 juin 2023 © Stéphane Dupra/Sipa

Qui plus est, les progressistes sous-estiment les valeurs consuméristes véhiculées par la culture du « quartier ». Les habitants des cités HLM de France se contrefichent de la décroissance ou de la transition écologique. Dans leurs chansons, les rappeurs originaires des quartiers populaires chantent la gloire de l’argent-roi et du matérialisme. Dans les faits, les habitants des quartiers rêvent bien davantage de coupés BMW et de montres Rolex que de pistes cyclables et de marchés fermiers.

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Victimes d’une profonde dissonance cognitive, les grandes figures progressistes refusent de reconnaitre l’existence d’un profond conflit de valeurs entre les deux rives de la Méditerranée. D’un côté, un Occident libéral s’interrogeant sur les dérives de la société de consommation, et de l’autre, les civilisations islamiques et africaines, conservatrices, et qui rêvent de rejoindre ses rangs.

La Fracture

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