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Référendum sur l’immigration: les Polonais présentent la France comme un repoussoir

Refonte du règlement de Dublin. Le 15 octobre, les nationalistes au pouvoir invitent le peuple polonais à se prononcer par référendum sur quatre questions. Les Polonais souhaitent-ils « brader les actifs de l’État en les cédant à des entités étrangères » ? Soutiennent-ils « une éventuelle hausse de l’âge de la retraite » ? Sont-ils pour « l’admission de milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne » ? Veulent-ils que la barrière à la frontière avec la Biélorussie soit rouverte ? Analyse.


Les Polonais, dirigés par un Premier ministre « antisémite et d’extrême droite », dixit Emmanuel Macron, auront droit à un référendum sur l’immigration. Mais, pour le “facho” comme pour son adversaire modéré Donald Tusk, la France fait figure d’épouvantail.

Vilain petit canard européen

Ces Polonais de droite, au pouvoir depuis 2015, ne savent vraiment pas se tenir ! Dans leur résistance à l’immigration non-occidentale qui a tant enrichi d’autres pays européens, ils proposent un référendum, le 15 octobre prochain, qui coïncide avec les élections législatives. « Chantage! » fulmine le journal néerlandais NRC. Car consulter le peuple reviendrait à faire comprendre à l’Union européenne que la Pologne compte rester « blanche ». Une chroniqueuse du même quotidien, lu par les élites, accuse dans la foulée les opposants à l’immigration, Polonais et Hongrois en tête, « de mener des guerres culturelles hystériques ». Son ire vise évidemment la promesse de référendum faite aux Polonais, lesquels pourront donc se prononcer sur l’accord migratoire conclu en juin par les 27 membres de l’UE. La Pologne et la Hongrie votèrent contre, mais sont tenues de s’y plier quand même. Si le ‘non’ l’emporte, et le Premier ministre Mateusz Morawiecki s’y emploie, la Pologne se verra renforcée dans sa lutte contre Bruxelles. Le chef du gouvernement polonais vient de donner le coup d’envoi de la campagne référendaire avec une vidéo de villes en flammes, en proie à des émeutiers et des bandes de pilleurs. Un homme noir, le regard hystérique, lèche la lame d’un grand couteau menaçant. Dans cette allusion peu subtile aux horreurs que vient de connaître la France, le dirigeant du parti gouvernemental Droit et Justice (PiS), M. Jaroslaw Kaczynski, y va de son commentaire. « Nous sommes témoins de ce qui se passe dans les rues d’Europe. Voulez-vous connaître pareilles scènes d’horreur en Pologne? Voulez-vous cesser d’être les maîtres du destin de notre pays? »

Début juillet, M. Morawiecki avait déjà posté un message en présentant des familles polonaises passant du bon temps dans des parcs ensoleillés et bien entretenus, au moment même où « les jeunes des quartiers » tenaient un couteau à la gorge des Français. M. Morawiecki terminait son intervention avec un appel « pour des frontières sûres en Europe ».

M. Ciotti et Mme Le Pen observent le référendum polonais

Mateusz Morawiecki prend ainsi une revanche sur l’homme qui l’avait traité « d’antisémite d’extrême droite ». Le président français avait pris ombrage de la critique du Polonais quant à ses efforts vains de persuader Vladimir Poutine de retirer ses troupes d’Ukraine. Ce que M. Morawiecki avait comparé aux efforts d’apaiser Adolf Hitler. De plus, M. Macron accusait alors l’affreux Polonais d’avoir soutenu Marine Le Pen dans les mois précédant les élections présidentielles. M. Morawiecki ne peut cependant pas avoir insufflé à cette dernière l’idée d’un référendum sur l’immigration, car Mme Le Pen le promet depuis belle lurette ! Sur le tard, M. Eric Ciotti s’y est joint.

A lire aussi: Abaya interdite: faudra-t-il sauver le soldat Attal?

Ils suivront donc de près le référendum en Pologne, où les électeurs doivent répondre à la question: « Soutenez-vous l’entrée dans notre pays de milliers d’immigrants illégaux provenant du Moyen-Orient et de l’Afrique sous le système de déplacement mécanique que la bureaucratie européenne est en train de nous imposer ? » Varsovie tance bien ainsi le volet du Pacte sur l’asile et la migration qui force les pays-membres à partager le fardeau de migrants arrivant massivement dans des pays comme l’Italie ou la Grèce. Les pays réfractaires encourent une amende, déguisée en contribution volontaire aux pays en détresse migratoire. La Pologne estime qu’avec l’accueil d’un million d’Ukrainiens, elle n’a pas de leçons à recevoir sur l’hospitalité.

En fait, les illégaux susmentionnés se trouvent déjà massivement à ses portes, en Biélorussie. Depuis le début de l’année, environ 19 000 personnes y attendent leur chance d’entrer en Pologne, contre 16 000 pour l’année dernière. Ces chiffres proviennent du chef des gardes-frontières polonais, cité mi-août par l’agence Reuters. Tout comme en 2021, ces pauvres migrants ont été ‘invités’ par le dictateur Alexandre Loukachenko, qui les utilise comme des armes de déstabilisation massives. Pas étonnant alors que la Pologne érige des barrières et déploie de plus en plus de militaires, faisant fi des appels d’organisations humanitaires à ouvrir ses frontières. Si la Pologne cède, le voisin fou n’hésitera pas à gonfler les rangs de sa ‘légion du désespoir’ qui rappelle l’armada de miséreux du Camp des Saints de l’écrivain Jean Raspail.

Voyage, voyage…

Pendant l’été qui tire à sa fin, les Polonais ont beaucoup voyagé en Europe.

Aux Pays-Bas, le gouvernement se fracassa sur un projet de loi restreignant le regroupement familial. Sur ces entrefaites, la population voisine d’un centre de réfugiés formait des ‘milices’ pour combatte des malfrats nord-africains qui y étaient hébergés.  

En France, nos touristes polonais avaient l’impression de s’être fourvoyés dans une guerre civile. A Londres et à Birmingham, ils ont pu constater que la population blanche d’hier y a été majoritairement remplacée par des migrants de feu l’Empire britannique. Le journal Mail on Sunday a révélé que des conseillers du maire musulman de Londres, Sadiq Khan, jugèrent une photo d’une jeune famille blanche, se promenant le long de la Tamise, « non représentative des Londoniens ». L’indignation fait oublier que cette observation était exacte !

A Berlin, et dans d’autres villes de province de la si proche Allemagne, nos Polonais en vadrouille constatèrent que la population s’y est considérablement obscurcie depuis qu’Angela Merkel a ouvert les vannes en 2015 et 2016. Le sociologue néerlandais Ruud Koopmans, professeur à l’université Humboldt de Berlin, a relevé dans son récent livre L’Industrie de l’Asile les chiffres de criminalité élevés parmi ces nouveaux Allemands. Ce qui n’aura pas échappé à l’attention des autorités polonaises, alors que le référendum sur l’immigration approche.

Bien sûr, le référendum organisé par la Pologne fleure bon le stratagème des ultra-conservateurs du parti PiS permettant d’accuser l’opposition d’‘immigrationnisme’. Mais, la coalition de centre-droit Plate-forme civique, dirigée par l’ex-Premier ministre Donald Tusk, fin connaisseur de l’Union européenne, a flairé le piège. M. Tusk a ainsi fait savoir que les récentes images du chaos en France l’avaient lui aussi « profondément choqué ». Et a laissé transparaître qu’en cas de victoire aux législatives, il ne suivra pas la politique migratoire néfaste d’autres pays. Dans un message vidéo, il reproche même au gouvernement de recruter des extra-Européens pour faire des travaux dédaignés par des Polonais de plus en plus prospères grâce à leur appartenance à l’U.E. honnie. Selon Varsovie, il s’agit d’ ‘immigration contrôlée’. M. Tusk ne s’est pas montré rassuré et a averti: “Les Polonais doivent reprendre le contrôle de leur pays et de leurs frontières.” Son opposant conservateur ne saura pas mieux dire !

Archétypes


En 2023, après 15 années d’absence, le professeur Henry Jones s’est de nouveau invité sur nos écrans pour nous présenter le cinquième volet de ses aventures. J’avoue avoir un peu hésité avant d’acheter mon billet, n’ayant été que très modérément séduit par le précédent opus et ses histoires d’extra-terrestres en dépit de mon amour ancien pour la science-fiction. Mais cette fois-ci je n’ai pas été déçu. Malgré son âge, Harrison Ford tient encore la route et il a remplacé efficacement par l’humour les prouesses physiques qui ne sont plus compatibles avec l’état de sa musculature. Et puis il faut dire que le scénario du film repose sur un projet de voyage dans le temps, thématique qui me passionne depuis toujours.

J’ai donc trouvé le film incontestablement meilleur que le précédent, mais pas seulement pour le ressort de son intrigue. Non, ce qui m’a vraiment plus, il faut bien le dire, ce sont ses méchants. Comme dans les premiers et troisièmes opus de la série, les plus réussis, on a retrouvé dans « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » les adversaires les plus parfaits dont un auteur-scénariste-producteur puisse rêver : les nazis.

Meilleurs ennemis

Ils sont impeccables, les nazis, car ils parviennent à incarner très facilement une notion assez difficile à appréhender hors des voies – peu empruntées de nos jours – de la spiritualité ou de la métaphysique : le mal absolu. On ne peut jamais aimer des nazis. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de gentils nazis au cinéma, hormis Oskar Schindler, encore que ce dernier n’ait eu de nazi que la carte du parti. Alors qu’il y a eu de gentils terroristes (Irlandais, comme dans « Ennemis rapprochés », ou Palestiniens comme dans « Paradise now ») dont la violence pouvait s’expliquer, voire s’excuser. Quant aux communistes, la littérature et le cinéma, même durant la guerre froide, ont regorgé de gentils, malheureuses victimes de la trahison de leurs idéaux par l’implacable appareil militaro-bureaucratique de l’Etat soviétique.

Les nazis sont donc nos meilleurs ennemis, c’est un fait. Mais pourquoi ? Parce que toutes les sociétés se soudent en recourant à des archétypes structurants, et que lorsqu’il s’agit de figurer l’ennemi elles utilisent à cette fin comme repoussoir ce qui s’oppose le plus à leur valeur cardinale, et qui leur fait donc le plus horreur. Ainsi, pour les Grecs et les Romains, qui plaçaient la conscience de leur valeur dans l’éclat de leur civilisation, l’ennemi, c’était le barbare. Pour l’homme médiéval, tout entier dévoué au service de la foi, l’ennemi c’était l’hérétique, ou l’infidèle. Après la Renaissance, et plus encore avec la révolution scientifique des XVIIIe – XIXe siècle, l’ennemi est devenu le sauvage. Voilà pourquoi ensuite, à l’époque contemporaine, notre pire adversaire n’a jamais été le Soviétique, malgré le risque d’apocalypse nucléaire, et pourquoi ce n’est pas aujourd’hui le terroriste, en dépit de toutes les vagues d’attentats. Nous ne pouvons pas les haïr absolument puisque nous partageons avec eux la foi commune en l’égalité, devenue depuis la Révolution (comme l’a si bien montré Tocqueville) la valeur fondamentale de nos sociétés. Seule la forme du combat que nous menons en son nom diffère : alors que le démocrate lutte pour le principe d’égalité par son vote pacifique, le terroriste affirme sa revendication d’un égal traitement (liberté de sa terre ou de son peuple, respect de sa foi, etc.) par la violence individuelle, tandis que le bolchévique vise quant à lui à imposer un égalitarisme formel en recourant à la violence d’Etat.

A relire, du même auteur: Aux origines de la violence contemporaine

Le nazi, en revanche, se place hors de cette communauté. Il n’accorde aucune valeur au principe d’égalité. Pire, il le combat en revendiquant haut et fort son adhésion à l’inégalité naturelle et à son inévitable corollaire, la domination des faibles par les forts. Il n’est pas seulement notre ennemi, il est notre antithèse parfaite. Nous pouvons donc le haïr sans aucune retenue, puisque tout nous révulse chez lui. Alors que depuis Saint Paul nous reconnaissons à tout homme une égale dignité, lui ne s’offusque pas de hiérarchiser les individus et les races. Alors que nous croyons qu’il est du devoir des plus forts de protéger les plus faibles, lui pense au contraire qu’il est totalement légitime de les assujettir et au besoin de les exterminer…

Les nazis étaient éduqués, cultivés et policés

Se pose alors un problème essentiel, auquel nous devrions encore et sans cesse réfléchir, si nous voulons réellement nous prémunir d’éventuelles répliques de cet abominable séisme. Comment une idéologie proposant un tel renversement de valeurs a-t-elle pu voir le jour en Europe, il y a à peine un siècle de cela ? Et comment a-t-elle pu ensuite renverser tous les puissants remparts que la morale et la religion avaient depuis si longtemps opposés à ses sauvages principes ? La plupart des réponses ne font qu’éluder le problème, ramenant les succès du nazisme au triomphe de la bêtise ou de la bestialité. Mais l’histoire ne se paye pas de mots, et elle rappelle à qui veut bien l’entendre que ce ne fut pas le cas : il y eut au sein de l’appareil d’État national-socialiste nombre de personnages éduqués, cultivés et policés. Non, c’est ailleurs qu’a pris racine cette monstrueuse déviance, dans la capacité que s’est arrogée l’homme, depuis qu’il s’est à grand-peine extrait des morales transcendantes, de déterminer par lui-même ce qui était bon ou mauvais. Plus de barrage religieux, plus de remords éthique : il lui était désormais loisible d’agir à sa guise, en légitimant selon ses vues les décisions qu’il était potentiellement amené à prendre, fussent-elles les plus atroces.

À l’heure où nos sociétés occidentales prétendent modifier en profondeur leurs rapports à la filiation et à la fin de vie, peut-être convient-il donc de nous souvenir de ce paradoxe : en croquant la pomme de la connaissance du Bien et du Mal Adam envisageait probablement (comme le lui avait promis le démon) que l’exercice souverain de ses décisions allait le revêtir aussitôt d’une dignité quasi-divine. Il n’avait en revanche certainement pas imaginé qu’il allait acquérir au passage la terrible faculté de faillir…

Résistance

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Dégoût et des douleurs

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Pour la doxa bienpensante, Médine et tous ses copains rappeurs sont des gentils petits diables dominés…


Dans Libération, une syntaxe et une logique approximatives, à l’insu de son plein gré, Olivier Lamm enfonce Juliette Armanet, embourbée au Connemara. La postérité dévisse… « Le manichéisme a beau avoir mauvaise réputation, à l’heure des réseaux sociaux, c’est même un essentiel de la formation du goût que de trancher entre ce qui nous botte et en quoi on se reconnaît, et ce qui nous insupporte et contre quoi on s’est construit » (Libération, 20 août). En France, tout finit par des chansons… et de la politique. À droite : Heidi, heido, La joie scoute, Michel Sardou. À gauche : L’Internationale, Fais comme l’oiseau, les Grammy Awards de la diversité et Victoires de l’indignation.

En chantant

Les insoumis n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. D’un côté les rebelles éclairés, le progrès ; de l’autre l’obscurantisme et les poulagas. Au Wokistan, en chantant, avec Jdanov, le combat continue contre la réaction. Pour tisser le linceul du vieux monde, le temps des cerises, le Big Bazar, la chanson c’est pratique et entrainant ; plus court qu’un discours de Fidel Castro, plus digeste qu’un essai de Thomas Piketty, moins déprimant qu’une interview d’Annie Ernaux. C’est quand qu’on va où ? Vivons pour des idées, d’accord, avec des rentes… « Depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombent, au paradis sur terre on y serait déjà. De grâce, morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas » (Brassens).

A lire aussi: Armanet: Je suis pour!

Sardou en garde à vue, sur qui les portes du pénitencier woke vont-elles se refermer ? Trenet, nostalgique de la douce France, cher pays de son enfance, son village au clocher, aux maisons sages ? Aznavour qui fait des bêtises à Trousse chemise, pleure les lilas morts et la bohème qui ne veut plus rien dire du tout ? Brel qui insiste, s’accroche comme un boulet, lorsqu’elle veut le quitter ? Johnny qui dans le feu de l’action, lourd comme un cheval mort, écrase sa partenaire ? Gainsbourg aussi.

Barbara, Dalida, Marie Laforêt, Nicole Croisille, Véronique Sanson, les grandes amoureuses, les femmes, sont tourmentées par les bad boys, les pervers narcissiques, les nuits d’automne, la charge mentale, le « male gaze » : Toute une vie sans te voir, Pour ne pas vivre seul, Pour en arriver là…L’amant le plus beau de Saint-Jean ne tient pas ses serments. Personne ne murmure « je t’aime » à l’oreille de Françoise Hardy, ne téléphone à Nicole Croisille…  Le plus triste, si l’on en croit Brassens, c’est que 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant…

Quand on n’a que la haine

Pas de panique : roudoudou et berlingot, le monde change de peau, les rythmes et la chanson évoluent. Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu’est le blues.


Une pléiade de sauvageons rimailleurs blasonne le corps féminin, avec entrain. Leurs luttes constellées portent le Soleil noir de la mélancolie. Lomepal, Moha La Squale, le rap, renouvellent la langue française, l’épitre, le haïku, les enjambements… toutes des Calliope ! « Pétard en billets violets, te déshabille pas, je vais te violer » (Jul). « Ferme un peu ta gueule, vas me faire un steak frite » (Booba). Une variante amusante d’Orelsan : « Ferme ta gueule, ou tu vas t’faire Marie–Trintigner ». Nick Conrad veut prendre les Blancs (PLB). Admirateur du Mollah Omar, Freeze Corleone est obsédé par le IIIe Reich et l’antisémitisme : « Rien à foutre de la Shoah ». Médine a un problème avec la république laïque : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha » (Don’t Laïk). Dans un tweet, (« ResKHANpée », 10 août), il s’en prend à l’essayiste Rachel Khan, petite-fille de déportés, l’assaisonne d’un stalinien et convenu, « social-traitre ». Pas de quoi affoler Les Verts et LFI qui convient le ménestrel aux rimes « embarrassées » à leurs universités d’été. Les bobos s’encanaillent, vendent leur âme pour 30 voix en Seine-Saint-Denis. Le bal des nazes. « Les terreurs, moi j’en suis revenue ; elles ont surtout la terreur du boulot » (Arletty, Hôtel du nord).

Ténébreux, inconsolés, peinards dans les paradis fiscaux, Hilton, à Dubaï, en Ferrari, une troupe de barbes sales, rebelles de carnaval, analphabètes autodidactes, s’agitent, investissent le buzzness et la rente mémorielle. Ils sont protégés par la culture de l’excuse, choyés par les médias, islamo-gauchistes, boutefeux post-soixante-huitards, friands de guerres de races, de genres, d’études post-coloniales et autres Tartufferies yankee. Assoiffés de reconnaissance, d’argent et de pouvoir, les indigènes indigents, tirailleurs à blanc, Phèdre en carton-pâte (filles de Minus et de pas s’y fier) rallument des guerres civiles, minent l’universel et notre affectio societatis. « Défiez-vous des gens qui disent qu’il faut renouveler la langue ; c’est qu’ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu’ils ne savent pas produire avec des idées » (François Andrieux).

A lire aussi: Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

Pour la doxa bienpensante, les rappeurs sont des gentils petits diables dominés, opprimés à qui l’on donne le Bourdieu, Sandrine et Jean-Jacques Rousseau, sans confession. Les comiques voyageurs du multiculturalisme, poupées de cirque et de leçons intersectionnelles qui stigmatisent les mâles non « déconstruits », qui dénoncent les ravages du patriarcat à Passy et Tipperary, sont curieusement taisants sur le communautarisme délétère, la condition féminine, le proxénétisme, l’homophobie dans les territoires perdus de la République ; naïvetés, aveuglements et silences assourdissants face à la culture de haine, de violence, la misogynie, les appels aux viols, aux meurtres parfois, des rappeurs oligophrènes.

« La pire des décadences n’est point celle qui naît d’un excès de raffinement dans une élite, mais de vulgarité et méchanceté générales » (Roger Martin du Gard).

Abaya interdite: faudra-t-il sauver le soldat Attal?

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a donc annoncé l’interdiction du port de l’abaya à l’école. Une mesure évidemment déjà contestée par les islamo-gauchistes…



En une phrase, Gabriel Attal, successeur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, est sorti du centrisme précautionneux pour avaliser la radicalité en politique. « J’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école », a-t-il déclaré dimanche sur TF1.

L’abaya est ce vêtement féminin (similaire au qamis pour les hommes) qui est de plus en plus porté par les élèves des « cités populaires », en signe d’appartenance à l’islam démonstratif et prosélyte. De ce point de vue, cet uniforme militant, qui souligne un séparatisme, peut s’apparenter au port du voile islamique interdit à l’école par la loi de 2004 au nom de la laïcité. Bien que farouche défenseur des libertés d’expression, j’approuve néanmoins la position d’Attal. Elle vient contrer, en effet, l’expansion d’une idéologie théocratique, totalitaire, liberticide. Celle-ci instrumentalise la tolérance de la République pour mieux la subvertir. Il n’est pas interdit pour un Etat de poser des limites quand il s’agit de faire obstacle à une offensive de l’islam politique. Ce n’est pas à lui de définir ce qu’est la laïcité à la française. Cette laïcité oblige à la discrétion religieuse dans l’espace public et singulièrement dans le sanctuaire qu’est l’école de la République. L’abaya ou le qamis sont des panoplies qui, comme le voile, répondent à la stratégie des Frères musulmans, organisation sectaire, conquérante et suprémaciste. Elle-même cherche à occuper les institutions et les territoires par sa visibilité ostensible et son défi porté à la nation des droits de l’homme.

A lire aussi : Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

Il faut donc applaudir Attal, qui rompt avec un déni des réalités. Mais rien ne dit que le nouveau ministre saura aller au bout de sa position, qui reste pour l’instant au stade de la communication. L’ambiguïté d’Emmanuel Macron, qui ne veut analyser les problèmes que sous l’angle économique et social, n’aide pas à imposer une idée claire sur l’enjeu de civilisation que pose l’abaya. « Il faut s’atteler à reciviliser », a déclaré le chef de l’Etat dans un entretien-fleuve au Point. L’essayiste Malika Sorel lui a rappelé, hier dans le même hebdomadaire, qu’ « il ne s’agit point de « décivilisation » mais d’une autre civilisation ». Les vêtements islamiques ne sont qu’une partie d’un phénomène de basculement identitaire, sous la pression d’une immigration musulmane de masse et d’un échec de l’intégration, notamment par l’école. Or cette perspective d’un remplacement culturel enchante le « progressisme » et son culte de la diversité. C’est Bruno Roger-Petit, devenu conseiller à l’Elysée, qui écrivait en 2014 : « Oui la France va changer car elle a déjà changé (…) Oui il y aura un jour, avant la fin de ce siècle, un président de la République dont le prénom sera Mohamed, ou Ahmed, ou Nouredine. C’est une perspective formidable ». L’extrême gauche, qui voit dans l’annonce d’Attal « un rejet obsessionnel des musulmans » (Clémentine Autain, LFI) s’apprête à hurler à l’islamophobie, en se liant toujours un peu plus à l’islam radical, sexiste et antisémite.

Ce dernier, fort de tels zélés collaborateurs et de la faiblesse des belles âmes, ne laissera pas l’offensive anti-abaya sans riposte. Faudra-t-il sauver le soldat Attal ?

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Silence coupable

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« Psychopompe », une potion magique d’espérance

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« L’oiseau est le fort des faibles que nous sommes (…) Quel dommage que Nietzsche n’ait pas reconnu en l’oiseau son surhomme – enfin, son suranimal ! » A.N.


Grande lectrice d’Amélie depuis que je suis entrée en Nothombie à mon retour du Japon en lisant Stupeur et tremblements en 1999, ma rentrée littéraire commence systématiquement par la lecture de son nouveau bébé. Si un écrivain aime pareillement tous ses enfants de papier, le lecteur a quant à lui le droit d’avoir ses chouchous. J’ai les miens : Hygiène de l’assassin, Le Sabotage amoureux, Les Catilinaires, Attentat, Mercure, Métaphysique des tubes, Cosmétique de l’ennemi, Robert des noms propres, Ni d’Eve ni d’Adam, Une forme de vie, Soif.

Guilaine Depis et Amélie Nothomb. D.R.

Psychopompe les supplante-t-il tous dans mon cœur ? En achevant ma lecture à l’aube après l’avoir commencée au crépuscule hier soir, je suis sous un choc si considérable que je serais tentée de l’affirmer. Ce livre-là est sans doute plus grave et moins drôle que d’autres : point de personnage gargantuesque, ni de scènes cocasses auxquelles nous étions habitués. Ici, le sujet est solennel puisqu’il est question de vie et de mort, « du métier d’écrire » et la vocation de l’écrivain. En outre, la licence en philologie romane de l’auteure transpire à travers les pages qui ouvrent une réflexion unique sur le langage, le poids des mots en décortiquant leurs origines. Psychopompe est gigantesque car il concentre à lui seul la justification de toute l’existence et de tous les livres précédents d‘Amélie. Psychopompe est le Nothomb qui va le plus loin et le plus haut, qui dévoile avec le plus de précision les ressorts et les enjeux de son écriture.

On ne doit pas écrire pour publier, encore moins pour vendre !

Bien sûr, l’admirateur assidu et attentif pressentait la dimension sacrée de l’écriture chez Amélie. Nous savions tous la discipline sévère qu’elle s’imposait depuis des années, elle se confiait volontiers sur ses quatre heures quotidiennes et « vitales » d’écriture à jeun dès son réveil au fond de la nuit. Mais peut-être les plus naïfs ou les moins intuitifs d’entre nous s’imaginaient-ils qu’elle s’adonnait à ce sport « parce qu’il faut bien gagner sa vie », comme une corvée que l’on s’inflige, un travail comme un autre.

A lire aussi: George Sanders, canaille aristocratique

Il n’est pas possible d’être davantage à côté de la plaque. Les Béotiens n’avaient pas saisi sa profonde nature aviaire que l’auteure s’emploie à expliquer au fil des pages de cet excellent cru 2023. Amélie Nothomb évoque le péril de l’envol pour l’oisillon, qui y risque sa vie ; c’est aussi le sien dès qu’elle écrit.

« Le privilège de l’oiseau, c’est qu’il sait combien voler est difficile. (…) C’est cette conscience plus que toute technique qui fait de lui un élu. Quand on voit voler un oiseau – surtout certains individus – , on sent son extase, son émerveillement et sa joie. Jamais il n’a l’air de penser que cela va de soi, que c’est bien naturel, qu’il n’y a pas de quoi s’esbaudir. (…) Je voulais vivre au présent, comme lui. Je lui empruntai sa stratégie : effectuer au quotidien ce qui vous semble aussi improbable qu’impossible. Plusieurs heures par jour, il me fallait aller au-delà de mes forces, atteindre cette allure où l’écriture s’évade de tout ancrage, se déploie et renouvelle à chaque seconde le miracle qui lui permet de tenir un instant supplémentaire. Celui qui vit un danger aussi permanent connaît le présent absolu. »

Amélie Nothomb © Jean-Baptiste Mondino

On se souvient que dans Métaphysique des tubes Amélie-San aspirait à trois ans à devenir Dieu. S’être mise à l’écriture lui donne le pouvoir extraordinaire d’enfanter des livres, de créer par la grâce de son imagination et de ses souvenirs des êtres de papier autonomes, libres de faire battre les cœurs et d’émouvoir les autres. Comme un moyen de se relier au monde. De même que l’oiseau voit dans le ciel l’infini des possibles, l’écrivain devant la page blanche jouit de la même palette infinie des possibles pour esquisser son œuvre. La création artistique est l’expression de la liberté totale. Du moins, elle l’est dans son essence. Espérons qu’elle puisse le demeurer encore quelques années à notre époque dangereusement prise en étau entre la double censure des puritains rétrogrades et de la cancel culture des woke… Amélie développe la métaphore entre l’envol, la musique et l’écriture au niveau du rythme et du style dont l’objectif est d’atteindre la perfection, d’approcher le sublime du vol et du chant de l’oiseau. « J’avais découvert la gymnastique qui permettait de s’envoler : il s’agit de se positionner d’une manière particulière à l’intérieur de soi, de saisir le bon angle et la juste distance et de se précipiter (…) dans le précipice ».

Il s’agit dans tous les cas de rompre avec la pesanteur et de trouver la hauteur suffisante qui sépare du réel pour flirter avec les anges. Il faut bien saisir ici qu’Amélie Nothomb n’a jamais écrit dans l’intention de vendre, ni même d’être éditée (être publiée et même best-seller ne sont que des conséquences heureuses d’une situation de survie par l’écriture, nullement des objectifs), mais pour le plaisir que l’écriture lui donne. Comme l’oiseau se réconforte des grands froids par la beauté de son chant.

Les mythes font la part belle à l’ornithologie

Qui avait écouté La Divine comédie d’Amélie Nothomb (audible) réalisé par Laureline Amanieux était sensibilisé au rôle immense que tiennent les mythes pour nourrir son inspiration. Ce fil conducteur se trouve déplié dans Psychopompe où en plus de nous apprendre le sens de ce mot splendide qui donne son titre au roman, Amélie s’épanche sur sa fascination pour le dieu psychopompe Hermès et pour le héros Orphée.

Hermès, qu’on représente chaussé de sandales ailées, invente la lyre avant de la céder à son demi-frère, Apollon, le dieu grec de la musique. Il est surtout connu pour avoir la lourde tâche de conduire les morts vers les Enfers. Sans aucun doute cette attirance pour Hermès habitait-elle inconsciemment Amélie depuis l’enfance, puisqu’elle a déjà donné le nom latin de ce dieu grec à l’un de ses romans, Mercure.

Le lien avec Orphée saute aux yeux puisqu’il décide de descendre aux Enfers chercher Eurydice dont il peut autant charmer les Dieux que les bêtes féroces grâce à la sublime musique qu’il crée avec la lyre dont il a héritée de son père Apollon.

Les ailes et le chant rattachent le panthéon d’Amélie à la figure stellaire de l’oiseau. Et elle n’hésite pas à transposer cet élément de la religion grecque au christianisme à travers l’Esprit Saint aussi traditionnellement symbolisé par un oiseau.

Dans la Conférence des oiseaux, merveilleux conte initiatique soufi, Farid ad-Din Attâr a aussi opté pour la représentation des humains aspirant à retrouver leur « Roi » en oiseaux. Ce choix offre de même que la lecture de Psychopompe un éventail très large d’espèces fort dissemblables, du canard au rossignol. L’érudition ornithologique d’Amélie nous fait croiser successivement la grue blanche du Japon, les corbeaux de la Chine communiste, les pigeons, moineaux et mouettes de New-York, les canaris domestiques Sirocco et Godzilla, la Bergeronnette et l’hirondelle fluviatile du Bengale. On retient surtout l’admiration éperdue de l’auteure pour l’engoulevent oreillard qui a un vol digne des figures de style les plus acrobatiques de la patrouille de France au-dessus de l’Arc de Triomphe un 14 juillet.

Mais revenons au poète Attâr, ses oiseaux découvriront, à la fin d’un long périple leur faisant traverser plusieurs vallées comme autant de défis et de renoncements, que le « Roi », c’est-à-dire la divinité recherchée, se niche au fond de leur propre âme. Amélie Nothomb rejoint donc ce texte fondamental du poète persan en reconnaissant le divin dans l’oiseau, et l’accomplissement de celui-ci dans sa vocation psychopompe d’intermédiaire entre deux mondes.

L’espérance prend toujours sa source dans le désir

Pour Amélie Nothomb, la chose est entendue : l’oiseau est une espèce supérieure qui tient son don de voler d’un désir incommensurable devenu tension perpétuelle pour faire advenir l’impossible. C’est mûs durant 80 millions d’années par leur seul désir que les dinosaures – l’archéoptéryx pour être précise – ont les premiers accompli ce délirant miracle de quitter la terre ferme pour goûter l’ivresse de l’infini céleste. « Entrevoir une patience aussi sublime, c’est soupçonner le principe moteur de l’univers. Ce qui permet de tabler sur un infini pareil, c’est le désir ».

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Si dans le christianisme la perte du jardin d’Eden suite au péché d’Eve est perçue comme une catastrophe, une effroyable punition pour l’humanité qui a perdu l’abondance et se retrouve condamnée à devoir travailler pour gagner sa croûte, j’ai toujours été marquée par le génie soufi pour raconter la même histoire de manière positive. Dans l’islam, la perte du paradis créant le manque est enseignée comme un bienfait. Car la satiété n’est pas intéressante en ceci qu’elle n’offre plus de joie et qu’elle incite à la léthargie, favorise l’avachissement. Au contraire, c’est du manque que peut naître le désir et que l’Homme sera désormais animé par cette tension si stimulante d’aspirer à retrouver le Paradis. Il se mettra en mouvement et sera donc sur le bon chemin de l’Eveil. Les vertus du manque, de la faim, nous rappellent Biographie de la faim, autre chef d’œuvre d’Amélie Nothomb explorant ce thème, cette nécessité de ne jamais être rassasiée pour continuer à désirer.

Un autre grand message d’espérance délivré par ce livre c’est qu’il est possible de surmonter l’expérience ô combien abjecte et assassine du viol. Avec une pudeur aussi digne que l’épreuve que lui ont infligée les quatre garçons de Cox’s Bazar, une station balnéaire du Bangladesh, lui a été sordide « la violence des mains de la mer avait arraché la coquille, je n’étais plus l’œuf que j’avais été. Oisillon dépourvu de plumes, il me faudrait accéder au statut d’oiseau. Cela serait monstrueusement difficile », la jeune Amélie seulement réconfortée par le « Pauvre petite ! » de sa mère sentit mourir l’adolescente de 13 ans qu’elle était, en même temps que son corps se dissocia de son âme. S’ensuivit un conflit durant plus d’une décennie entre son apparence et son intériorité, entre son contenant (le corps) et son contenu (cette âme évaporée). L’anorexie comme opportunité de ressusciter quand l’élan vital triomphera. Là aussi, amor fati, la maladie est vécue comme un passage nécessaire dans un contexte donné (le viol) à l’accomplissement de soi.

Psychopompe est à tous les niveaux un livre d’espérance, qui donne de l’énergie et presque la foi. La communication posthume intense et féconde qu’Amélie a avec son père emporté par un cancer décompartimente les échelons de l’être, réunifie les niveaux d’existence, fait entrevoir l’amour tout puissant qui continue de luire même lorsque l’enveloppe matérielle de nos corps n’est plus. « Premier sang est un livre de vie (…) C’est l’expérience psychopompe qui a rempli ce texte de cette énergie si particulière : l’excès de carburant de mon père a trouvé en moi son récepteur. »

On découvre Amélie physicienne quantique, affirmant l’existence des ondes cérébrales constituant nos pensées. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit le proverbe avec justesse. J’étendrais, pour ma part, son champ d’action. La mort n’est pas la limite des transformations. Ce serait d’autant plus absurde qu’elle en est une elle-même. Un lien raté dans la vie peut sinon se réparer, au moins se métamorphoser dans la mort. »

Avec le soleil de toutes ces espérances comme horizon, Psychopompe est un livre qui fait du bien et donne un éclat particulier à la vie. Il suffit de désirer très fort sur le long terme pour que l’Univers nous récompense de notre énergie et de notre patience en concrétisant nos rêves les plus fous : voler, survivre à un viol, sortir de l’anorexie, échanger avec des morts.

Son tour de force est d’être à la fois une excellente entrée pour qui voudrait s’initier à l’œuvre d’Amélie Nothomb, et un puits inépuisable de trésors à destination des lecteurs les plus exigeants, des spécialistes en étymologie, des docteurs en lettres classiques, des hellénistes et des latinistes chevronnés, et de tous les chercheurs en littérature. C’est à cela qu’on reconnaît un grand écrivain : à ce qu’il touche des publics de profils très variés pour des raisons très différentes.

Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel (2023).

Psychopompe

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Que l’exécutif se saisisse vraiment du sujet de l’immigration!

L’immigration est un sujet au cœur des préoccupations des Français, qui ne doit pas rester le monopole des extrêmes. «La France s’apprête à connaître un déclin de sa population que seule l’immigration pourrait combler à court et moyen termes», écrit Bruno Tertrais, dans une note de l’Institut Montaigne publiée hier. Faute d’accord avec les LR au printemps, le projet de loi immigration/travail porté par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt est reporté à l’automne à une date inconnue…


Tout au long de notre histoire, les mouvements migratoires ont fortement influencé les opinions publiques, qui les perçoivent comme autant de menaces pour nos valeurs, notre cohésion nationale et notre sécurité. La captation partisane de ces problématiques par les organisations politiques contribue aussi à une crispation qui rend inaudible toute tentative d’analyse factuelle, toute proposition modérée ou tout simplement réaliste. Entre une droite censément autoritaire et sécuritaire, et une gauche au discours « humaniste » sans contrepartie, les partis traditionnels modérés n’ont cessé de se fracasser au principe de réalité de la situation migratoire. Aux yeux des électeurs, ils n’expriment plus qu’une opinion partagée, aux corrections partisanes minimes, sans influence sur l’évolution globale de la situation.

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La distorsion entre les discours et les actes a considérablement renforcé la suspicion des Français, nourrissant un rejet de la parole politique, et une méfiance à l’encontre des populations intégrées, victimes de tous les amalgames possibles.

Un sujet à risque pour les partis modérés

Au-delà des études comptables des phénomènes migratoires, c’est à la racine des sentiments générés par cette immigration que les pouvoirs publics doivent réfléchir pour produire des politiques efficaces.

Les droites extrêmes l’ont bien compris en s’appuyant sur la puissance des ressentis pour prôner une politique de rejet total fondée sur l’axiome « zéro immigration » sans développer outre mesure des solutions alternatives pour notre économie comme pour notre société. Quant à la théorie des partis d’extrême gauche, elle repose sur une braderie permanente de notre souveraineté et foule au pied les appréhensions légitimes d’une majorité de la population française face à cette question.

Quand bien même elle constitue aujourd’hui pour les partis modérés, l’un des sujets les plus « à risque » politiquement, la politique migratoire ne doit en aucun cas être abandonnée aux prismes idéologiques des extrêmes. Il existe un problème d’immigration en France (et en Europe), le devoir de tout représentant politique consiste donc à s’y confronter, à développer des visions communes et à imaginer des solutions transpartisanes efficaces et durables (le Danemark nous a démontré que c’est possible).

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Mais la recherche de solutions ne peut intervenir qu’après une analyse objective des phénomènes et de leurs conséquences. Trois types d’immigration coexistent aujourd’hui dans notre pays, dont deux sont à combattre et une à encourager.

« Limmigration agressive » se définit comme une immigration délinquante, qui empoisonne la vie des habitants de nombreuses villes et de nombreux quartiers. Il ne se passe pas une semaine sans une agression, un délit ou un crime commis par un étranger, quelquefois sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Les pouvoirs publics ont enfin reconnu un lien entre la délinquance et une partie de l’immigration. Cette réalité visible et invivable nuit à tous, y compris en termes d’image à la majeure partie des étrangers régulièrement installés., La dénonciation de ce phénomène d’immigration agressive et la volonté de lutter contre, en particulier par le biais des expulsions généralisées, doivent être un marqueur fort du pouvoir en place, afin de jouer sur trois leviers majeurs : une diminution sensible de la criminalité, une satisfaction de l’opinion publique qui plébiscite un retour de l’autorité, la fin d’un monopole de parole de la droite extrême sur ce sujet.

La seconde immigration à combattre est « limmigration invasive ». Sondage après sondage, les Français font état d’un malaise face à une arrivée perpétuelle de migrants, qui pousse à un rejet global, incluant là aussi les populations étrangères les mieux intégrées. Avec des augmentations de près de 64% des flux de migrants clandestins en 2022, et près de 50% des demandeurs d’asile en 2021, l’Europe est manifestement incapable aujourd’hui de protéger nos frontières communes. Il y a urgence à ce que les États de l’UE changent collectivement les règles du jeu européen, ou à défaut, agissent individuellement. Le Danemark l’a bien compris en externalisant à la fois ses demandes d’asile et ses prisonniers étrangers dans des pays tiers, orientations menées par les socio-démocrates au pouvoir, qui font l’objet d’un réel consensus entre toutes les formations politiques. Même si la France n’a pas pris la précaution de se prémunir face aux traités européens des mêmes garde-fous que ce pays nordique, les situations ne sont jamais figées et cet exemple est à méditer.

Une opinion publique désabusée

Sur ces deux types d’immigration, il nous faut appliquer un principe de réalité et mener des luttes efficaces, réclamées par nos concitoyens. On ne peut se l’interdire sous prétexte que ces évidences sont déjà dénoncées par d’autres. En clair, il nous faut retrouver un État fort et volontaire.

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Cependant, il est un troisième type d’immigration qui permet aux partis modérés de compléter ce principe de réalité, de façon radicalement différente des thèses extrêmes, qui font peu de cas des considérations humaines ou économiques, c’est « limmigration sélective ». De tout temps, notre civilisation et notre société se sont nourries des apports de l’immigration en termes de main d’œuvre, mais aussi de culture, de savoir, de sciences et techniques. Un apport mesuré et contrôlé de bras et de cerveaux est, aujourd’hui comme hier, nécessaire au développement de nos économies, de notre vie associative et étudiante, de notre dynamisme culturel, sportif et créatif. C’est bien dans cette faille-là, que les partis modérés doivent s’engouffrer en démontrant l’inanité d’affirmations comme le « zéro immigration » ou le « tout immigration ». Mais face à une opinion publique largement désabusée, ils ne pourront être crédibles et efficaces sur cette troisième phase que s’ils s’engagent résolument sur les deux autres.

Les hommes en noir

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«Le Monde» a peur: le RN a décidé de s’intéresser à l’écologie!

Selon un éditorial récent et lunaire du journal du soir, les idées vertes ne sont ni menacées par l’islamo-gauchisme d’une Marine Tondelier, ni par les excès écomisandres d’une Sandrine Rousseau, ni par des mouvements encore plus radicaux comme les Soulèvements de la terre. Non: le quotidien craint que les «idées vertes» de l’écologie autorisée ne soient «dérobées, détournées puis repeintes en brun».


Le Monde est très inquiet. Ce ne sont pas les dizaines d’agressions au couteau par jour ni les viols barbares comme celui qu’a subi cette jeune femme à Cherbourg qui l’inquiètent – d’ailleurs il n’évoque jamais (ou alors longtemps après) ce qu’il considère n’être que des « faits divers » sans importance. L’insécurité, la délinquance, les trafics, l’effrayante brutalité avec laquelle sont commis quotidiennement des vols, viols et agressions, le lien de plus en plus évident entre l’augmentation de ces crimes et l’immigration, n’intéressent pas Le Monde. Mais alors, quelle est la raison de cette inquiétude grandissante qui tétanise les journalistes du quotidien crépusculaire ?

Grosses ficelles

L’éditorial du 14 août dernier est intitulé “Écologie et extrême droite : un dangereux mélange”[1]. Parfaite illustration d’un journalisme qui, devenu militant, est prêt à toutes les outrances, ce papier se contente des anathèmes « contre l’extrême droite » qui font l’essentiel des arguments d’une gauche médiatico-politique qui ne parle plus qu’à elle-même et ne comprend pas, malgré sa présence presque monopolistique dans les instances médiatiques, que le « populisme » de droite gagne du terrain en France comme dans de nombreux pays européens souffrant des mêmes maux. Marine Le Pen ayant décidé de s’intéresser à l’écologie, Le Monde s’attaque au RN en usant des grosses ficelles habituelles: « Entre les mains des démagogues de l’extrême droite, l’idée universaliste et émancipatrice de la protection de la planète et des êtres vivants risque de se transformer en un vecteur de fausses théories, de nationalisme et de xénophobie. » Ce procès d’intention s’accompagne d’un panel des idées nauséabondes qui nourriraient les représentants du RN, entre autres celle d’un « parallèle entre la protection de la biodiversité et celle des “races” essentialisées » afin de « justifier leur défense du repli des peuples sur eux-mêmes et leur phobie du métissage ». Cette grossière argumentation ne distingue pas, pour les discuter, deux notions écologiques distinctes – pour le dire vite : celle combinant conservatisme et foi en l’ingéniosité humaine pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie et celle, radicalisée, sentimentaliste et révolutionnaire, de l’écologisme anticapitaliste et « décroissant » – mais stigmatise uniquement la première en dénonçant une fantasmatique tentation écofasciste reposant, tenez-vous bien, sur… le « rejet des éoliennes » et une « défense de la voiture individuelle, des pavillons et de l’agriculture productiviste au nom de “l’enracinement” ». Bref, tout est bon, jusqu’à la bêtise, pour brunir un programme écologique opposé au programme officiel et qualifié de « greenwashing nationaliste » par les calotins de la religion écologiste guidés par les Saintes Écritures du GIEC…

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Fascisme pour fascisme, les journalistes du Monde auraient pu tout aussi bien souligner les possibles connexions entre l’écologisme contemporain – d’abord allemand (celui des redoutables Grünen), ensuite français et, dans tous les sens du terme, rousseauiste – et la loi sur la protection de la nature du Reich (Reichsnaturschutzgesetz) de 1935, loi qui renoue, écrit le philosophe Luc Ferry[2], « avec la vision romantique d’une histoire à trois temps (âge d’or, chute, restauration) » issue d’une écologie nazie qui opposa en son temps au « classicisme français, rationaliste, humaniste et artificialiste, la représentation allemande d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, authentique, car accessible aux “seules voies du sentiment” », et qui fut par conséquent « hostile à ce que nous appellerions aujourd’hui la “modernisation” économique ». Ces journalistes auraient ainsi pu déceler dans l’écologie sentimentaliste et irrationnelle des Verts l’espoir tout germanique du retour à une « authentique » et idyllique nature originelle, authenticité originaire dont la société, les sciences et les arts nous ont éloignés, pensait Rousseau (Jean-Jacques). Ainsi, Rousseau (Sandrine) dit préférer « les femmes qui jettent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR ». D’auto-proclamés adorateurs de Gaïa souillent des œuvres d’art jugés « inutiles ». Les Verts européens, refusant « le mythe du progrès technique et de la croissance », justifient la nécessité d’une loi sur la « restauration de la nature » et des croyants fanatiques de la Nouvelle Église Verdoyante se livrent à la destruction de biens d’entreprises ou de particuliers au nom d’une vision apocalyptique du destin de « la planète ». Dire que l’écologie actuelle est nazie, fasciste ou brune, serait aussi excessif et insignifiant que les propos insignifiants parce qu’excessifs du Monde. Il n’en reste pas moins vrai que l’écologisme est une religion reposant essentiellement sur l’idée d’un paradis climatique perdu (les époques pré-industrielles)[3], d’un présent coupable de tous les maux climatiques et d’un futur climatiquement radieux parce que débarrassé de ces scories que sont, à ses yeux, le capitalisme, le progrès scientifique, la croissance, ainsi que tout ce qui constitue les fondements politiques, économiques et culturels de l’Occident. D’autres « ismes » eurent les mêmes aspirations de destruction du monde, de tabula rasa, avec les conséquences que l’on sait. Celui-ci a la particularité d’avoir mis en branle une révolution soft, sentimentaliste et émotionnelle, qui la met à l’abri (pour le moment) d’une résistance qui devrait être féroce mais qui reste molle, voire complaisante – le RN lui-même est obligé de jurer ses grands dieux qu’il n’est pas « climatosceptique » –  et qui, de toute manière, est étouffée dans l’œuf par la propagande écolo dispensée à l’école et dans les médias.

Marine et les curés du climat

Marine Le Pen ayant déclaré avoir « un projet qui tient compte de l’environnement et de l’écologie », Le Monde brandit le spectre fasciste. Mais, enfiévré par sa harangue antifasciste, le journal se met à délirer. Il pose une question qu’il juge inquiétante et que nous qualifierons, pour rester poli, d’étrange : « Après avoir dérobé la laïcité, le patriotisme et la valeur travail à la gauche, le RN pourrait-il en faire de même avec l’écologie ? » Le RN n’a rien « dérobé » du tout mais s’est contenté de recueillir des valeurs orphelines, celles qui, choyées par la gauche historique, ont été abandonnées par la gauche et l’extrême gauche actuelles. Avec l’islamo-gauchisme est advenue la remise en cause d’une laïcité qui, jugée trop brutale et discriminante, est maintenant qualifiée, au sein même de la gauche, de « laïcarde ». Grâce à Sandrine Rousseau, le travail est devenu une « valeur de droite » et la nouvelle valeur de gauche est le « droit à la paresse ». Quant au patriotisme, cette valeur réputée être fondatrice de la gauche française depuis la Révolution, l’extrême gauche n’a eu de cesse ces dernières années de le confondre avec un nationalisme qui ne peut être, selon elle, que le réceptacle de pensées « nauséabondes », haineuses et xénophobes – les mots patrie, nation et France ont disparu des discours de la gauche, sauf quand il s’agit de les dénaturer. Concernant la seule écologie politique, ses excès rhétoriques, son absence d’argumentation rationnelle, ses accointances avec le wokisme et son islamo-gauchisme de plus en plus clairement affiché auraient dû jeter le doute quant à ses réelles ambitions « pour la planète » – malheureusement, en plus de soixante-huitards attardés, de jeunes bobos, élevés dans les couveuses écolo-wokes que sont devenues notre école et nos universités et hypnotisés par la vision apocalyptique des évangélistes écologiques, gonflent régulièrement les rangs de cette terrifiante religion et des sectes gravitant autour d’elle, associations et réseaux d’activistes ignares et nuisibles.

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Le Monde aime à se faire peur. Il craint que les « idées vertes » de l’écologie autorisée ne soient « dérobées, détournées puis repeintes en brun ». Peut-être redoute-t-il que d’autres idées ne connaissent le même sort. Imaginons que demain, Marine Le Pen ou, pire, Éric Zemmour, annoncent vouloir promouvoir un gigantesque Plan de recherche médicale contre le cancer. « Recherche contre le cancer et extrême droite : un dangereux mélange », titrerait sans doute alors le quotidien. « Depuis longtemps, écrirait-il, le terrain a été préparé par des théoriciens de l’extrême droite qui ont tissé des liens entre thématiques identitaires et recherche médicale. » L’air de rien, l’éventualité d’expériences chimiothérapiques réalisées uniquement sur des cobayes « racisés » ou des migrants serait évoquée – l’influence de Josef Mengele serait subtilement sous-entendue. En même temps, un « medicalwashing nationaliste » serait dénoncé. « Les progrès médicaux, conclurait le journal, courent un nouveau danger : être dérobés, détournés puis repeints en brun. » Avouez que ça fiche la trouille, non ?

Le climat par les chiffres

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/14/ecologie-et-extreme-droite-un-dangereux-melange_6185342_3232.html

[2] Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, 1992, Éditions Grasset.

[3] Les merveilleuses époques climatiques pré-industrielles fantasmées par les écologistes ont en réalité été caractérisées par des phénomènes paradoxaux et irréguliers. Dans son dernier, excellent et combatif essai, Le climat par les chiffres. Sortir de la science-fiction du GIEC (l’Artilleur, 2023), Christian Gérondeau cite l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie : « L’époque romaine a bénéficié entre 200 avant J.-C. et 200 après J.-C. d’un optimum avec un climat à peu près similaire à celui du XXe siècle. À l’époque mérovingienne, une glaciation modérée a vu le jour vers l’an 500 avant un nouvel optimum connu sous le nom « d’optimum climatique médiéval » survenu entre 900 et 1300, qui fut contemporain de défrichements importants et d’un essor démographique notable. […] Plus proche de nous, un petit âge glaciaire s’ouvre au XVIe siècle et se termine au milieu du XIXe siècle. À partir de 1570 les glaciers alpins progressent fortement, quelques fois de plus de 40 mètres par an. […] À la fin du XVIe siècle, à Chamonix, la Mer de Glace atteint et détruit ainsi des hameaux voisins. Provoquée par les pluies, la famine de 1693 fit 1,3 million de morts sur 20 millions de Français. L’hiver 1709 fut l’un des plus froids jamais connus en Europe, ce qui provoqua près de 600 000 morts dans notre seul pays. […] À partir des années 1850-60, sous l’influence de belles années chaudes, c’est la fin du petit âge glaciaire avec un nouvel optimum. » Ces observations incontestables ont été avalisées par le GIEC, sous forme d’un graphique, dans son premier rapport datant de 1990. Pourtant, précise Christian Gérondeau, dans le sixième rapport du GIEC de 2021, un nouveau graphique, « issu de mystérieux “modèles” », travestit le graphique originel en gommant les écarts climatiques et en faisant surgir un seul « pic » s’élevant à partir du début du XXe siècle. Le GIEC affirme alors que « la température de la surface du globe s’est élevée d’ 1,1°C par rapport à la période pré-industrielle » mais omet de dire que cette période pré-industrielle est celle du « petit âge glaciaire » évoqué ci-dessus – tout est fait pour « faire peur », laisser croire que le « changement climatique » est un phénomène nouveau et corroborer l’idée qu’avant l’ère industrielle et l’utilisation des énergies fossiles, le climat était quasiment linéaire. Les bigots de la religion écologiste gobent sans barguigner ce catéchisme. Pourtant, « à lui seul ce graphique, qui cache en outre le fait que la température terrestre a cessé de croître depuis 2015, disqualifie le GIEC », écrit Christian Gérondeau.

L’opposition sud-africaine en rangs serrés face à l’ANC

Sept partis d’opposition en Afrique du Sud sont parvenus à un accord afin de former une coalition visant à battre l’African National Congress (ANC) aux prochaines élections générales prévues en 2024. Une alliance inédite et historique qui pourrait mettre fin à trois décennies de pouvoir sans conteste du parti de Nelson Mandela. 


Trente ans après la chute du gouvernement de ségrégation raciale, l’Afrique du Sud est plongée dans une crise économique, sociale et politique qui perdure. Le bilan des héritiers de Nelson Mandela a désormais un goût amer pour des millions de Sud-africains. Miné par la corruption, jusqu’au plus haut sommet de l’État, le gouvernement de l’African National Congress pourrait potentiellement perdre le pouvoir aux prochaines élections législatives de 2024 et le céder à une nouvelle coalition inédite qui vient de se former. Le 17 août, après deux jours de réunions intenses, sept partis politiques se sont réunis et ont conjointement signé une « Charte multipartite pour l’Afrique du Sud » afin de mettre fin à l’hégémonie du parti du président Cyril Ramaphosa. Le professeur William Gumede, qui a présidé cette réunion, a déclaré que les partis se sont également entendus sur un partage du pouvoir, la nomination de personnes à des postes gouvernementaux et la structure d’un éventuel cabinet multipartite, en cas de victoire aux élections.

Une clique hétéroclite

Parmi cette nouvelle formation très hétéroclite, on trouve trois partis parlementaires (la Democratic Alliance qui a initié cette rencontre comme principal parti d’opposition ; le Freedom Front + qui milite pour l’établissement d’un volkstaat blanc ; l’Inkhata Freedom Party, ethniquement composé de Zoulous) et quatre partis mineurs (l’Action SA qui s’est récemment posée en « faiseur de rois » aux dernières élections municipales dans la province phare du Gauteng, le libéral-conservateur United Independent Movement, le Spectrum National Party multiconfessionnel et multiracial et l’Independent South African National Civic Organization dont le leader controversé a alimenté les chroniques judiciaires du pays). Un poids électoral non négligeable face à l’ANC, qui n’a cessé de perdre du terrain au fur et à mesure des scrutins qui se sont succédé.

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Face à la presse rassemblée à l’Emperor Hotel, à Kempton Park, le député, John Henry Steenhuisen, s’est dit satisfait par cet accord. Le leader de la DA a rappelé que c’était l’aboutissement d’un projet dans lequel « son parti s’était profondément investi » et a expliqué que cette nouvelle formation « allait apporter des solutions concrètes pour améliorer la vie des Sud-Africains » à travers un programme ambitieux résumé en seize points et « sauver leurs vies ». « Cela concerne l’Afrique du Sud et son peuple. Ce n’est pas un club de partis anti-gouvernementaux. La raison pour laquelle nous nous sommes réunis est bien plus importante. Nous ne détestons pas l’ANC, nous détestons ce qu’ils ont fait à l’Afrique du Sud » a précisé Velenkosini Hlabisa, président de l’IFP. « Je vois cela comme un nouveau changement pour l’Afrique du Sud qui va nous permettre de construire un meilleur avenir pour les générations futures » a même déclaré en anglais et en afrikaans le député Pieter Groenwald, leader du FF+.

Julius Malema mis à l’écart

La nouvelle coalition a rappelé qu’elle excluait tout accord avec le mouvement Economic Freedom Fighters (EFF). Troisième force politique d’Afrique du Sud, le parti est dirigé par Julius Malema, et est tristement célèbre pour ses provocations et incitations à la haine raciale qui s’étalent régulièrement dans les médias locaux. Lors de la dernière convention nationale du parti, M. Malema et ses partisans ont repris en cœur la chanson « Kill the Boer, Kill the Farmer » dont les paroles appellent au meurtre des Afrikaners. Réclamant l’expropriation de ces derniers de leurs terres sans la moindre compensation, l’ancien secrétaire de la ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANCYL) a dénoncé un complot du « capital blanc ». « Chaque développement politique dans ce pays porte l’écriture des Oppenheimer [dynastie sud-africaine d’entrepreneurs miniers et de magnats du diamant -ndlr] derrière lui. Mais il y a une chose qu’ils ne contrôlent pas, c’est l’EFF. C’est ce qui leur donne des cauchemars. Je n’arrive pas à comprendre, je veux découvrir ce que nous avons fait de mal ! On entend parler d’un « moonshot pact » (du nom de l’accord en anglais-ndlr) entre différents partis. Je ne sais pas vraiment ce que cela sous-entend, mais ils peuvent bien aller sur la lune s’ils le souhaitent, nous préférons rester sur terre » a ironisé Julius Malema qui a également fait de la défaite de l’ANC son cheval de bataille…

Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

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En excluant les sinistres abayas et autres grotesques qamis des élèves musulmans de nos collèges et lycées (lire encadré en fin d’article), et en replaçant les épreuves de spécialité du bac en juin, le ministre a fait des annonces bienvenues hier soir. Mais en réalité avec Gabriel Attal, l’acteur change mais le scenario reste. Analyse.


Il aura suffi de quelques mots lâchés lors d’une de ces visites Potemkine dont sont coutumiers les ministres de l’Éducation nationale, pour voir fleurir des paroles d’espérance un peu partout. Le retour à l’ordre et au respect serait là et nous aurions à la fois échappé à une grande braderie de la laïcité et à un relâchement des mœurs par éducation sexuelle intensive en classe. Maîtrisant mieux son sujet, meilleur orateur que son prédécesseur et politicien de métier, Gabriel Attal a, sans surprise, réussi un prologue adapté à notre théâtrocratie. Mais au-delà de notre satisfaction à passer du théâtre amateur de la 6èmeB à la Comédie Française, y a-t-il réellement du mieux à attendre pour le secteur éducatif français ?


Les implacables tendances lourdes

En cette rentrée 2023, bien des voyants sont au rouge. Le « choc d’attractivité » n’a pas eu lieu. Les hausses de rémunération, essentiellement concentrées sur les débutants, ont réussi le double exploit de ne pas attirer plus de nouveaux tout en écœurant les anciens. Pour ces derniers, c’est la double peine : le gel du point d’indice a érodé leur pouvoir d’achat (entre 15 et 25% de perte au cours des 20 dernières années selon un rapport du Sénat)  aussi sûrement que les réformes successives ont détruit le sens de leur métier.

Toujours plus de paperasse, toujours moins de contenu à enseigner : ayant vendu la réussite pour tous, l’institution tient à disposer de preuves en cas d’action en justice de la clientèle insatisfaite. P.P.R.E., P.A.P., P.P.S., A.P.C.[1], l’Education nationale n’est pas avare de sigles pour intituler les dossiers à remplir dans ses écoles primaires. Peu importe que Nicolas Sarkozy ait amorcé la suppression de milliers de postes dans les Réseaux d’Aides Spécialisée aux Elèves en Difficulté et qu’il soit de plus en plus en plus difficile d’obtenir un avis ou une aide experte. Peu importe qu’il manque partout des médecins, des infirmières et des psychologues scolaires alors que des cas de plus de plus complexes sont amenés dans les classes par l’utopie de l’ « École inclusive ». La trace papier, rédigée tant bien que mal par l’enseignant, tient lieu d’expertise.

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Les compétences nécessaires à l’analyse des cas complexes, le professeur des écoles les bricole seul car désormais il ne choisit plus sa formation continue, elle lui est imposée, sans aucune prise en compte de ses besoins personnels et se limite à quelques montages sous PowerPoint à ingurgiter en ligne ou à l’observation des pratiques d’un collègue pompeusement appelée « Regards croisés ». Logique de résultat évaluée par compilation de la paperasse en tableaux de bord et compression des coûts, tout est là, conformément à la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui, en 2006 a formalisé l’objectif d’encourager le passage d’une « logique de moyens » à une « logique de résultats ». L’absence d’effets positifs palpables aujourd’hui ne saurait être due qu’à une stratégie pas encore poussée assez loin…

À tout cela s’ajoutent des programmes et consignes loin des exigences disciplinaires auxquelles chaque ministre se prétend pourtant attaché :  chanter le jour de la rentrée pour Jean-Michel Blanquer, semaine olympique pour Pap Ndiaye, toujours plus d’écrans malgré la nocivité démontrée sur les jeunes enfants, passé simple enseigné uniquement à la 3ème personne et géographie limitée à des thèmes sociétaux (« Habiter un éco-quartier », « savoir se déplacer »…). Rien n’est venu freiner la course au néant entamée dès 2000 par les directives du Conseil européen de Lisbonne, ce formidable corpus d’actions dont Jean-Paul Brighelli résume parfaitement les mérites en écrivant qu’il «  a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés ».

Enfin, pour cerner parfaitement le cœur du réacteur idéologique qui irradie dans tous les cercles décisionnels, il faut inclure les théories du capital humain qui font de chaque individu un simple contenant de connaissances valorisables économiquement. Le savoir n’est qu’une marchandise comme une autre et un facteur de production. Le vocabulaire ne trompe pas : nous sommes à l’heure des « ressources humaines ». A l’aune de cette vision, ParcourSup devient outil de maximisation du rendement éducatif. Pourquoi prendre le risque de donner sa chance de se révéler, dans le supérieur, à un élève moyen d’établissement ordinaire quand un algorithme froid peut sélectionner les spécimens présentant la plus grande probabilité de retour sur investissement ?  De même, à quoi bon offrir à tous culture générale et capacité à penser pour et par soi-même lorsque l’on peut se limiter à greffer sur un support humain les seules compétences utiles aux entreprises ?  « Savoir trouver et utiliser de l’information », « savoir communiquer pour travailler en équipe » et « comprendre les relations d’une unité systémique de base » suffisent à suivre un cheminement solitaire de réceptacle à compétences. Exit les corpus disciplinaires mobilisables en soi-même pour élaborer une pensée riche et complexe. Chaque individu est désormais seul avec « la formation tout au long de la vie »  dont le site education.gouv brosse un tableau enthousiaste alors que ce modèle abandonne chaque élève à d’hypothétiques possibilités de se qualifier ultérieurement en entreprise, là où autrefois, l’État validait, par un diplôme reconnu sur tout le territoire et même au-delà, sa qualification. Pour un tel objectif, les programmes très allégés sous François Hollande sont nettement suffisants et sous l’ère Macron pas même une virgule n’en a été changée dans le premier degré.

L’horizon indépassable du scénario de l’Institut Montaigne

Choisir Fanny Anor, ancienne collaboratrice de l’Institut Montaigne comme directrice de cabinet signe l’adhésion totale de Gabriel Attal à ces doctrines qui n’ont, de toute façon, jamais cessé d’être à l’œuvre derrière le paravent Ndiaye. Sa confiance en les préconisations de ce think tank libéral si cher à Jean-Michel Blanquer est perceptible dès ses premières déclarations. Ainsi, concernant l’uniforme, le ministre précise : « Si la communauté éducative d’un établissement demande à l’expérimenter […] j’y suis favorable », se bâtissant à peu de frais l’image d’un acteur volontariste du retour à une forme de rigueur, tout en occupant le monde politico-médiatique autour d’un débat sociétal ponctuel.

Il y a pourtant bien plus à voir dans cette phrase : elle est l’expression claire de l’objectif d’autonomie des établissements, déjà présent dans le premier livre de Jean-Michel Blanquer. Que la Suède, parce que le réel lui a prouvé la toxicité de ce choix, revienne en arrière et invalide cette hypothèse d’efficacité d’un management local des unités d’enseignement, ne fait rien à l’affaire. Que cette « libération de l’intelligence des acteurs de terrain » couplée au libre-choix de son école ait conduit dans les pays où elle est déjà en vigueur  à un accroissement de la ségrégation sociale et ethnique n’altère en rien la foi que le salut du système éducatif passe par la seule mise en concurrence d’écoles-entreprises destinées à des parents-clients.

Sur les idéologues, le réel n’a pas de prise. Il suffit pour s’en convaincre de lire « Le grand décryptage du quinquennat Macron » dans sa partie éducation, rédigée par Baptiste Larseneur, « responsable des projets liés au développement du capital humain » à l’Institut Montaigne. Il s’y enthousiasme sur la politique de dédoublement des CP et CE1 et de plafonnement à 24 élèves des grandes sections de maternelle et souligne les études qui démontrent la corrélation positive entre nombre d’élèves et résultat. En revanche, il oublie la répercussion mathématique sur les effectifs des autres niveaux désormais surchargés par impossibilité d’assurer une répartition plus équitable en jouant sur l’ensemble des classes, quitte à faire cohabiter des niveaux différents. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des classes dépasser la trentaine par impossibilité de faire glisser en cascade quelques élèves sur les niveaux de CP, CE1 ou grande section désormais sanctuarisés. De même, Baptiste Larseneur glorifie sans nuance, l’instruction obligatoire instaurée dès trois ans sans évoquer la dégradation des conditions d’apprentissage d’élèves dont les enseignants et ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sont parfois absorbés par la gestion des changements de couches et l’encadrement d’enfants pas assez matures pour une entrée sereine en maternelle. Pas un mot non plus sur l’école inclusive, objectif louable perverti par l’obligation d’accueil inconditionnel de tout type d’élève handicapé, sans aucune prise en compte de l’impact parfois très lourd sur la qualité de vie des autres élèves. Enfin, il parle de l’assouplissement des rythmes scolaires sans jamais rappeler que l’échec de ce projet phare du quinquennat Hollande démontre à lui seul les ravages d’un pilotage local des activités dans un contexte d’inégalités territoriales… Les hommes changent, mais les pratiques demeurent : aveuglement idéologique et étanchéité au réel vont donc continuer d’orienter les politiques éducatives.

L’insurmontable déni des spécificités du secteur public

À ces œillères idéologiques, s’ajoute un aveuglement spécifique dont le symptôme est la mise en place du Pacte enseignant, présenté par Gabriel Attal comme une source d’augmentations substantielles des rémunérations. Outil de limitation de la nécessaire (et promise) revalorisation des enseignants, puisqu’il ne concernera que quelques-uns, le Pacte permet de céder aux sirènes du salaire au mérite : les professeurs qui accepteront certaines missions sélectionnées par le ministère seront plus méritants, donc mieux rémunérés.

Cette dernière invention relève d’un déni particulier, celui qui consiste à refuser d’envisager comme spécifiques les motivations des enseignants. Le postulat de base est donc l’homogénéité public/privé totale du rapport à leur profession des travailleurs. Or pour les professeurs, les motifs affectifs d’engagement et l’importance du sens de la mission tiennent une place centrale. De plus, la difficulté à fixer des critères et objectifs de « rendement » ou d’excellence pertinents en éducation, les rend attachés à des rémunérations statutaires fixes, par crainte de pratiques opaques, tenant plus de la gratification par connivence que de la juste appréciation d’un objectif atteint.

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Enfin, le cœur de leur travail qu’est la transmission du savoir se fait déjà en assumant de multiples tâches annexes : former en urgence des collègues recrutés en catastrophe par « speed dating », compenser leur inexpérience, lutter contre la violence, le harcèlement, l’obésité, s’improviser éducateur spécialisé, remplir des livrets nébuleux, s’engager dans des projets hors sol destinés à servir la communication et la carrière des cadres… Dans un tel contexte comment ne pas percevoir comme une provocation une individualisation des rémunérations, qui ne valoriserait que certains engagements ? Même si Gabriel Attal prétend être à l’écoute de ses troupes, il ne mettra rien en œuvre pour revenir sur cette gangrène des tâches annexes, porteuse, avec l’allègement des contenus, d’une cruelle perte du sens. Pire, l’opacité des critères de sélection des candidats au Pacte s’apprête à dégrader encore un peu plus l’ambiance dans les équipes, alors que dans la chaleur du mois de juin, le discours régurgité par des directeurs rapidement nourris en amont d’un PowerPoint bien lisse était déjà mal passé.  

La réalité observée est donc bien conforme aux nombreuses études relevées par Virginie Forest, qui démontrent  « un effet mitigé voire négatif »  du salaire au mérite dans la fonction publique, effet dû à des « dysfonctionnement relatifs aux procédures d’évaluation, et l’imprécision, voire l’inadaptation des objectifs ». La publication, en plein cœur de l’été ainsi qu’il est d’usage pour les textes contestables ou impopulaires, de la note de service précisant les modalités de mise en œuvre, achève de nourrir la méfiance d’une très grande majorité d’enseignants. L’adhésion au système devrait donc se limiter à la recherche de compensation d’un salaire trop faible. Nous voici bien loin de toute idée de motivation des personnels, ce qui n’empêchera pas Gabriel Attal de s’afficher dans les cours de soutien du Pacte auprès d’enseignants briefés par son équipe en amont pour assurer un sourire vendeur.

Gabriel Attal ne constitue donc en rien une rupture. Le jeune ministre, fidèle de la première heure et politicien de carrière, vient juste de mettre un terme à l’expérience de communication Ndiaye. Choisi comme tête de gondole électorale, l’universitaire aura été ce que le blanc de Meudon est aux vitrines en cours d’élaboration : un camouflage rapide, suscitant l’attente de la nouvelle collection qui n’entrave en rien la marche du business dans l’espace de vente. Tout comme lui, Gabriel Attal va s’employer à concevoir une chorégraphie éphémère sur le trottoir de la boutique, simple agitation de surface sans effet sur l’écosystème à l’œuvre au fond du marigot. Une fois de plus, il s’agit de tout changer pour que rien ne change à la partition écrite, il y a longtemps, pour l’ensemble des services publics.


Interdiction de l’abaya, coup de com ou action véritable ?
« Gabriel Attal interdit enfin l’abaya ! » peut-on lire et entendre partout. De Twitter aux gazettes, des plateaux de  télé aux radios, sonnez hautbois,  résonnez musettes ! Et si nous prenions le temps de revenir aux mots exacts du ministre et à la réalité du terrain ?
Soyons factuels. Sur le plateau du 20h de TF1, ce dimanche 27 août, Gabriel  Attal a tout d’abord déclaré : « L’école de la République s’est construite autour de valeurs et de principes extrêmement forts, notamment la laïcité. La laïcité, ce n’est pas une contrainte, c’est une liberté. C’est une liberté de se forger son opinion et de s’émanciper par l’école. Pour moi, la laïcité dans un cadre scolaire, c’est quelque chose de très clair : quand vous rentrez dans une salle de classe vous ne devez pas être capable de distinguer et d’identifier la religion des élèves en les regardant ». Libre à lui de penser cela, mais, pour les enseignants, la réalité est moins simple.
Revenons au Code de l’éducation : « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Depuis près de 20 ans, tous les conflits possibles tiennent en un seul mot : « ostensiblement ». Son interprétation est si complexe qu’il ne faut pas moins de trois pages au Vademecum de la laïcité pour tenter d’éclaircir la chose, sans y parvenir vraiment, puisqu’on peut y lire que « les élèves peuvent porter des signes religieux discrets » – ce qui peut largement suffire à identifier la nature de leur foi. Le réel ne se plie donc pas aux rêves du ministre, qu’il l’ignore ou feigne de l’ignorer est inquiétant.
Questionné plus précisément sur l’abaya, Gabriel Attal poursuit: « Je vous annonce, j’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école. Je vais m’entretenir cette semaine avec les chefs d’établissement et je veux leur rendre hommage. On ne parle pas suffisamment d’eux,  les principaux, principaux adjoints, proviseurs,  proviseurs  adjoints. Ils sont en première ligne sur ces questions de laïcité, sur les questions de harcèlement, sur beaucoup de sujets, je vais m’entretenir avec eux, leur donner toutes les clefs pour qu’ils puissent faire appliquer cette règle qui me semble nécessaire et qui est juste ». Gabriel Attal  ignore alors la journaliste qui insiste pendant son monologue en demandant « un texte très précis ? ». « Et les bandanas sur les cheveux? » relance-t-elle, visiblement consciente  que le véritable problème est que tout repose sur une interprétation, au cas par cas, qui laisse les acteurs de terrains seuls responsables. Le ministre reprend : « Il y a des situations qui ont pu se présenter comme ça et les chefs d’établissement ont pris des décisions qui ont été validées par le juge administratif ». Voici là rien de plus qu’un satisfecit pour l’existant, au travers d’un rappel du contenu des fiches du Vademecum de la laïcité qui exposent les textes de référence et les jurisprudences correspondantes. Laisser aux seuls acteurs de terrain une responsabilité d’appréciation, bien plus lourde que la simple application d’un texte clair, semble être le cap à maintenir. Cela n’est pas sans rappeler la piste de l’expérimentation de l’uniforme, limitée aux établissements demandeurs, évoquée récemment par Gabriel Attal, qui, elle aussi, signe un choix d’ajustement territorial basé sur les décisions des acteurs locaux.
Pourtant, le ministre est conscient de la pression que subissent les responsables locaux et du besoin de clarifier le cadre de leur action.  Il prétend y apporter une solution : « Il y a vraiment sur cette question de l’abaya, je l’ai mesuré en échangeant avec des chefs d’établissement cet été, avec leurs représentants, une attente de règle claire au niveau national, elle est donc donnée ». Sous quelle forme ? Une loi ? Un décret ? Une circulaire ? Une note ? Aucun de ces mots techniques et précis n’a été prononcé. Bien de chemins plus ou moins courageux et concrets sont donc ouverts, ce qui appelle à la prudence. Certes, nous sommes un peu plus loin qu’un Pap Ndiaye refusant de nommer la chose à interdire, mais les arguments de ce dernier, lorsqu’il soulignait l’impossibilité de lister tous les vêtements à interdire, demeurent. Tout comme demeure floue la part de responsabilité qui incombera aux  échelons locaux. Car tout est là : la publication d’une loi très précisément rédigée au sommet de l’État n’est pas une réponse de même nature qu’une simple possibilité, donnée par une note, d’inclure localement une interdiction dans le règlement intérieur d’un établissement scolaire. Par l’expression  « donner toutes les clefs », Gabriel Attal ne nous éclaire en rien sur ses choix. Nous n’en sommes donc, pour l’instant, qu’à une parole performative et un peu de brosse à reluire pour les personnels de terrain qui, depuis des années, sont seuls au front. Il serait donc plus sage de ne point trop nous réjouir pour ne pas contribuer à donner une matérialité factice à ce qui pourrait n’être qu’un effet d’annonce sans consistance réelle, comme l’ont été les propos de ce même ministre sur l’uniforme à l’école • 

[1] Plan Personnel de Réussite Educative,  Plan d’Accompagnement Personnalisé, Projet Personnalisé de Scolarisation, Activités Pédagogiques Complémentaires.

La fausse sprinteuse qui a humilié la Somalie

C’est un scandale qui a eu pour effet de replacer temporairement la Somalie au centre de l’actualité…


Fin juillet, la prestation de sa coureuse aux Universiades d’été, organisées en Chine, a été remarquée et largement commentée sur les réseaux sociaux (voir notre vidéo ci-dessous). Nasra Abubakar Ali a mis presque deux fois plus de temps pour achever cette course de 100 mètres que le vainqueur lui-même. Soit 21 secondes et 81 centièmes. Hésitante sur le départ, semblant hagarde, elle a été rapidement distancée par les autres concurrentes, suscitant indignation générale et moqueries dans son pays de naissance. Une piètre performance qui a déclenché l’ire du gouvernement somalien. Une enquête ordonnée par le ministère de la Jeunesse et des Sports a rapidement révélé la supercherie et démontré que cette sprinteuse n’avait rien d’une sportive professionnelle. 

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La présidente de la Fédération somalienne d’athlétisme (FSA), Khadijo Aden Dahir, a été immédiatement mise à pied, accusée « d’abus de pouvoir, de népotisme, et d’avoir sali le nom de la nation sur la scène internationale », comme l’indique le communiqué officiel de presse publié par la FSA sur Twitter (X). Si on ignore le lien entre la coureuse et Khadijo Aden Dahir, des poursuites pourraient être également engagées contre la mystérieuse association sportive universitaire somalienne avec laquelle Nasra Abubakar Ali a pu s’enregistrer si facilement pour cette épreuve… Le ministre Mohamed Barre Mohamud a confirmé que cette association n’avait pas d’existence légale dans le pays. « Ce qui s’est produit n’est pas représentatif du peuple somalien », a déclaré le gouvernement de Mogadiscio. Pour sa défense, Nasra Abubakar Ali a plaidé une entorse (qui ne l’a pas empêchée de sautiller de joie à l’arrivée…) et évoqué un complot organisé contre la dirigeante de la FSA – dont « le cas sera présenté à la prochaine réunion du comité national olympique somalien pour de nouvelles sanctions » a assuré Abdullahi Ahmed Tarabi, le président de ce comité… Pays en guerre civile depuis le début des années 1990, en proie à une insurrection islamiste, sans réel État, la Somalie figure bonne dernière sur les 180 nations recensées, comme étant la plus corrompue par l’ONG Transparency International.

Référendum sur l’immigration: les Polonais présentent la France comme un repoussoir

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Capture Twitter PIS

Refonte du règlement de Dublin. Le 15 octobre, les nationalistes au pouvoir invitent le peuple polonais à se prononcer par référendum sur quatre questions. Les Polonais souhaitent-ils « brader les actifs de l’État en les cédant à des entités étrangères » ? Soutiennent-ils « une éventuelle hausse de l’âge de la retraite » ? Sont-ils pour « l’admission de milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne » ? Veulent-ils que la barrière à la frontière avec la Biélorussie soit rouverte ? Analyse.


Les Polonais, dirigés par un Premier ministre « antisémite et d’extrême droite », dixit Emmanuel Macron, auront droit à un référendum sur l’immigration. Mais, pour le “facho” comme pour son adversaire modéré Donald Tusk, la France fait figure d’épouvantail.

Vilain petit canard européen

Ces Polonais de droite, au pouvoir depuis 2015, ne savent vraiment pas se tenir ! Dans leur résistance à l’immigration non-occidentale qui a tant enrichi d’autres pays européens, ils proposent un référendum, le 15 octobre prochain, qui coïncide avec les élections législatives. « Chantage! » fulmine le journal néerlandais NRC. Car consulter le peuple reviendrait à faire comprendre à l’Union européenne que la Pologne compte rester « blanche ». Une chroniqueuse du même quotidien, lu par les élites, accuse dans la foulée les opposants à l’immigration, Polonais et Hongrois en tête, « de mener des guerres culturelles hystériques ». Son ire vise évidemment la promesse de référendum faite aux Polonais, lesquels pourront donc se prononcer sur l’accord migratoire conclu en juin par les 27 membres de l’UE. La Pologne et la Hongrie votèrent contre, mais sont tenues de s’y plier quand même. Si le ‘non’ l’emporte, et le Premier ministre Mateusz Morawiecki s’y emploie, la Pologne se verra renforcée dans sa lutte contre Bruxelles. Le chef du gouvernement polonais vient de donner le coup d’envoi de la campagne référendaire avec une vidéo de villes en flammes, en proie à des émeutiers et des bandes de pilleurs. Un homme noir, le regard hystérique, lèche la lame d’un grand couteau menaçant. Dans cette allusion peu subtile aux horreurs que vient de connaître la France, le dirigeant du parti gouvernemental Droit et Justice (PiS), M. Jaroslaw Kaczynski, y va de son commentaire. « Nous sommes témoins de ce qui se passe dans les rues d’Europe. Voulez-vous connaître pareilles scènes d’horreur en Pologne? Voulez-vous cesser d’être les maîtres du destin de notre pays? »

Début juillet, M. Morawiecki avait déjà posté un message en présentant des familles polonaises passant du bon temps dans des parcs ensoleillés et bien entretenus, au moment même où « les jeunes des quartiers » tenaient un couteau à la gorge des Français. M. Morawiecki terminait son intervention avec un appel « pour des frontières sûres en Europe ».

M. Ciotti et Mme Le Pen observent le référendum polonais

Mateusz Morawiecki prend ainsi une revanche sur l’homme qui l’avait traité « d’antisémite d’extrême droite ». Le président français avait pris ombrage de la critique du Polonais quant à ses efforts vains de persuader Vladimir Poutine de retirer ses troupes d’Ukraine. Ce que M. Morawiecki avait comparé aux efforts d’apaiser Adolf Hitler. De plus, M. Macron accusait alors l’affreux Polonais d’avoir soutenu Marine Le Pen dans les mois précédant les élections présidentielles. M. Morawiecki ne peut cependant pas avoir insufflé à cette dernière l’idée d’un référendum sur l’immigration, car Mme Le Pen le promet depuis belle lurette ! Sur le tard, M. Eric Ciotti s’y est joint.

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Ils suivront donc de près le référendum en Pologne, où les électeurs doivent répondre à la question: « Soutenez-vous l’entrée dans notre pays de milliers d’immigrants illégaux provenant du Moyen-Orient et de l’Afrique sous le système de déplacement mécanique que la bureaucratie européenne est en train de nous imposer ? » Varsovie tance bien ainsi le volet du Pacte sur l’asile et la migration qui force les pays-membres à partager le fardeau de migrants arrivant massivement dans des pays comme l’Italie ou la Grèce. Les pays réfractaires encourent une amende, déguisée en contribution volontaire aux pays en détresse migratoire. La Pologne estime qu’avec l’accueil d’un million d’Ukrainiens, elle n’a pas de leçons à recevoir sur l’hospitalité.

En fait, les illégaux susmentionnés se trouvent déjà massivement à ses portes, en Biélorussie. Depuis le début de l’année, environ 19 000 personnes y attendent leur chance d’entrer en Pologne, contre 16 000 pour l’année dernière. Ces chiffres proviennent du chef des gardes-frontières polonais, cité mi-août par l’agence Reuters. Tout comme en 2021, ces pauvres migrants ont été ‘invités’ par le dictateur Alexandre Loukachenko, qui les utilise comme des armes de déstabilisation massives. Pas étonnant alors que la Pologne érige des barrières et déploie de plus en plus de militaires, faisant fi des appels d’organisations humanitaires à ouvrir ses frontières. Si la Pologne cède, le voisin fou n’hésitera pas à gonfler les rangs de sa ‘légion du désespoir’ qui rappelle l’armada de miséreux du Camp des Saints de l’écrivain Jean Raspail.

Voyage, voyage…

Pendant l’été qui tire à sa fin, les Polonais ont beaucoup voyagé en Europe.

Aux Pays-Bas, le gouvernement se fracassa sur un projet de loi restreignant le regroupement familial. Sur ces entrefaites, la population voisine d’un centre de réfugiés formait des ‘milices’ pour combatte des malfrats nord-africains qui y étaient hébergés.  

En France, nos touristes polonais avaient l’impression de s’être fourvoyés dans une guerre civile. A Londres et à Birmingham, ils ont pu constater que la population blanche d’hier y a été majoritairement remplacée par des migrants de feu l’Empire britannique. Le journal Mail on Sunday a révélé que des conseillers du maire musulman de Londres, Sadiq Khan, jugèrent une photo d’une jeune famille blanche, se promenant le long de la Tamise, « non représentative des Londoniens ». L’indignation fait oublier que cette observation était exacte !

A Berlin, et dans d’autres villes de province de la si proche Allemagne, nos Polonais en vadrouille constatèrent que la population s’y est considérablement obscurcie depuis qu’Angela Merkel a ouvert les vannes en 2015 et 2016. Le sociologue néerlandais Ruud Koopmans, professeur à l’université Humboldt de Berlin, a relevé dans son récent livre L’Industrie de l’Asile les chiffres de criminalité élevés parmi ces nouveaux Allemands. Ce qui n’aura pas échappé à l’attention des autorités polonaises, alors que le référendum sur l’immigration approche.

Bien sûr, le référendum organisé par la Pologne fleure bon le stratagème des ultra-conservateurs du parti PiS permettant d’accuser l’opposition d’‘immigrationnisme’. Mais, la coalition de centre-droit Plate-forme civique, dirigée par l’ex-Premier ministre Donald Tusk, fin connaisseur de l’Union européenne, a flairé le piège. M. Tusk a ainsi fait savoir que les récentes images du chaos en France l’avaient lui aussi « profondément choqué ». Et a laissé transparaître qu’en cas de victoire aux législatives, il ne suivra pas la politique migratoire néfaste d’autres pays. Dans un message vidéo, il reproche même au gouvernement de recruter des extra-Européens pour faire des travaux dédaignés par des Polonais de plus en plus prospères grâce à leur appartenance à l’U.E. honnie. Selon Varsovie, il s’agit d’ ‘immigration contrôlée’. M. Tusk ne s’est pas montré rassuré et a averti: “Les Polonais doivent reprendre le contrôle de leur pays et de leurs frontières.” Son opposant conservateur ne saura pas mieux dire !

Archétypes

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Les Aventuriers de l'arche perdue, 1981 image: Capture YouTube

En 2023, après 15 années d’absence, le professeur Henry Jones s’est de nouveau invité sur nos écrans pour nous présenter le cinquième volet de ses aventures. J’avoue avoir un peu hésité avant d’acheter mon billet, n’ayant été que très modérément séduit par le précédent opus et ses histoires d’extra-terrestres en dépit de mon amour ancien pour la science-fiction. Mais cette fois-ci je n’ai pas été déçu. Malgré son âge, Harrison Ford tient encore la route et il a remplacé efficacement par l’humour les prouesses physiques qui ne sont plus compatibles avec l’état de sa musculature. Et puis il faut dire que le scénario du film repose sur un projet de voyage dans le temps, thématique qui me passionne depuis toujours.

J’ai donc trouvé le film incontestablement meilleur que le précédent, mais pas seulement pour le ressort de son intrigue. Non, ce qui m’a vraiment plus, il faut bien le dire, ce sont ses méchants. Comme dans les premiers et troisièmes opus de la série, les plus réussis, on a retrouvé dans « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » les adversaires les plus parfaits dont un auteur-scénariste-producteur puisse rêver : les nazis.

Meilleurs ennemis

Ils sont impeccables, les nazis, car ils parviennent à incarner très facilement une notion assez difficile à appréhender hors des voies – peu empruntées de nos jours – de la spiritualité ou de la métaphysique : le mal absolu. On ne peut jamais aimer des nazis. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de gentils nazis au cinéma, hormis Oskar Schindler, encore que ce dernier n’ait eu de nazi que la carte du parti. Alors qu’il y a eu de gentils terroristes (Irlandais, comme dans « Ennemis rapprochés », ou Palestiniens comme dans « Paradise now ») dont la violence pouvait s’expliquer, voire s’excuser. Quant aux communistes, la littérature et le cinéma, même durant la guerre froide, ont regorgé de gentils, malheureuses victimes de la trahison de leurs idéaux par l’implacable appareil militaro-bureaucratique de l’Etat soviétique.

Les nazis sont donc nos meilleurs ennemis, c’est un fait. Mais pourquoi ? Parce que toutes les sociétés se soudent en recourant à des archétypes structurants, et que lorsqu’il s’agit de figurer l’ennemi elles utilisent à cette fin comme repoussoir ce qui s’oppose le plus à leur valeur cardinale, et qui leur fait donc le plus horreur. Ainsi, pour les Grecs et les Romains, qui plaçaient la conscience de leur valeur dans l’éclat de leur civilisation, l’ennemi, c’était le barbare. Pour l’homme médiéval, tout entier dévoué au service de la foi, l’ennemi c’était l’hérétique, ou l’infidèle. Après la Renaissance, et plus encore avec la révolution scientifique des XVIIIe – XIXe siècle, l’ennemi est devenu le sauvage. Voilà pourquoi ensuite, à l’époque contemporaine, notre pire adversaire n’a jamais été le Soviétique, malgré le risque d’apocalypse nucléaire, et pourquoi ce n’est pas aujourd’hui le terroriste, en dépit de toutes les vagues d’attentats. Nous ne pouvons pas les haïr absolument puisque nous partageons avec eux la foi commune en l’égalité, devenue depuis la Révolution (comme l’a si bien montré Tocqueville) la valeur fondamentale de nos sociétés. Seule la forme du combat que nous menons en son nom diffère : alors que le démocrate lutte pour le principe d’égalité par son vote pacifique, le terroriste affirme sa revendication d’un égal traitement (liberté de sa terre ou de son peuple, respect de sa foi, etc.) par la violence individuelle, tandis que le bolchévique vise quant à lui à imposer un égalitarisme formel en recourant à la violence d’Etat.

A relire, du même auteur: Aux origines de la violence contemporaine

Le nazi, en revanche, se place hors de cette communauté. Il n’accorde aucune valeur au principe d’égalité. Pire, il le combat en revendiquant haut et fort son adhésion à l’inégalité naturelle et à son inévitable corollaire, la domination des faibles par les forts. Il n’est pas seulement notre ennemi, il est notre antithèse parfaite. Nous pouvons donc le haïr sans aucune retenue, puisque tout nous révulse chez lui. Alors que depuis Saint Paul nous reconnaissons à tout homme une égale dignité, lui ne s’offusque pas de hiérarchiser les individus et les races. Alors que nous croyons qu’il est du devoir des plus forts de protéger les plus faibles, lui pense au contraire qu’il est totalement légitime de les assujettir et au besoin de les exterminer…

Les nazis étaient éduqués, cultivés et policés

Se pose alors un problème essentiel, auquel nous devrions encore et sans cesse réfléchir, si nous voulons réellement nous prémunir d’éventuelles répliques de cet abominable séisme. Comment une idéologie proposant un tel renversement de valeurs a-t-elle pu voir le jour en Europe, il y a à peine un siècle de cela ? Et comment a-t-elle pu ensuite renverser tous les puissants remparts que la morale et la religion avaient depuis si longtemps opposés à ses sauvages principes ? La plupart des réponses ne font qu’éluder le problème, ramenant les succès du nazisme au triomphe de la bêtise ou de la bestialité. Mais l’histoire ne se paye pas de mots, et elle rappelle à qui veut bien l’entendre que ce ne fut pas le cas : il y eut au sein de l’appareil d’État national-socialiste nombre de personnages éduqués, cultivés et policés. Non, c’est ailleurs qu’a pris racine cette monstrueuse déviance, dans la capacité que s’est arrogée l’homme, depuis qu’il s’est à grand-peine extrait des morales transcendantes, de déterminer par lui-même ce qui était bon ou mauvais. Plus de barrage religieux, plus de remords éthique : il lui était désormais loisible d’agir à sa guise, en légitimant selon ses vues les décisions qu’il était potentiellement amené à prendre, fussent-elles les plus atroces.

À l’heure où nos sociétés occidentales prétendent modifier en profondeur leurs rapports à la filiation et à la fin de vie, peut-être convient-il donc de nous souvenir de ce paradoxe : en croquant la pomme de la connaissance du Bien et du Mal Adam envisageait probablement (comme le lui avait promis le démon) que l’exercice souverain de ses décisions allait le revêtir aussitôt d’une dignité quasi-divine. Il n’avait en revanche certainement pas imaginé qu’il allait acquérir au passage la terrible faculté de faillir…

Résistance

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Dégoût et des douleurs

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Elie Yaffa dit "Booba", Dour, Belgique, juillet 2022 © CHANG MARTIN/SIPA

Pour la doxa bienpensante, Médine et tous ses copains rappeurs sont des gentils petits diables dominés…


Dans Libération, une syntaxe et une logique approximatives, à l’insu de son plein gré, Olivier Lamm enfonce Juliette Armanet, embourbée au Connemara. La postérité dévisse… « Le manichéisme a beau avoir mauvaise réputation, à l’heure des réseaux sociaux, c’est même un essentiel de la formation du goût que de trancher entre ce qui nous botte et en quoi on se reconnaît, et ce qui nous insupporte et contre quoi on s’est construit » (Libération, 20 août). En France, tout finit par des chansons… et de la politique. À droite : Heidi, heido, La joie scoute, Michel Sardou. À gauche : L’Internationale, Fais comme l’oiseau, les Grammy Awards de la diversité et Victoires de l’indignation.

En chantant

Les insoumis n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. D’un côté les rebelles éclairés, le progrès ; de l’autre l’obscurantisme et les poulagas. Au Wokistan, en chantant, avec Jdanov, le combat continue contre la réaction. Pour tisser le linceul du vieux monde, le temps des cerises, le Big Bazar, la chanson c’est pratique et entrainant ; plus court qu’un discours de Fidel Castro, plus digeste qu’un essai de Thomas Piketty, moins déprimant qu’une interview d’Annie Ernaux. C’est quand qu’on va où ? Vivons pour des idées, d’accord, avec des rentes… « Depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombent, au paradis sur terre on y serait déjà. De grâce, morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas » (Brassens).

A lire aussi: Armanet: Je suis pour!

Sardou en garde à vue, sur qui les portes du pénitencier woke vont-elles se refermer ? Trenet, nostalgique de la douce France, cher pays de son enfance, son village au clocher, aux maisons sages ? Aznavour qui fait des bêtises à Trousse chemise, pleure les lilas morts et la bohème qui ne veut plus rien dire du tout ? Brel qui insiste, s’accroche comme un boulet, lorsqu’elle veut le quitter ? Johnny qui dans le feu de l’action, lourd comme un cheval mort, écrase sa partenaire ? Gainsbourg aussi.

Barbara, Dalida, Marie Laforêt, Nicole Croisille, Véronique Sanson, les grandes amoureuses, les femmes, sont tourmentées par les bad boys, les pervers narcissiques, les nuits d’automne, la charge mentale, le « male gaze » : Toute une vie sans te voir, Pour ne pas vivre seul, Pour en arriver là…L’amant le plus beau de Saint-Jean ne tient pas ses serments. Personne ne murmure « je t’aime » à l’oreille de Françoise Hardy, ne téléphone à Nicole Croisille…  Le plus triste, si l’on en croit Brassens, c’est que 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant…

Quand on n’a que la haine

Pas de panique : roudoudou et berlingot, le monde change de peau, les rythmes et la chanson évoluent. Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu’est le blues.


Une pléiade de sauvageons rimailleurs blasonne le corps féminin, avec entrain. Leurs luttes constellées portent le Soleil noir de la mélancolie. Lomepal, Moha La Squale, le rap, renouvellent la langue française, l’épitre, le haïku, les enjambements… toutes des Calliope ! « Pétard en billets violets, te déshabille pas, je vais te violer » (Jul). « Ferme un peu ta gueule, vas me faire un steak frite » (Booba). Une variante amusante d’Orelsan : « Ferme ta gueule, ou tu vas t’faire Marie–Trintigner ». Nick Conrad veut prendre les Blancs (PLB). Admirateur du Mollah Omar, Freeze Corleone est obsédé par le IIIe Reich et l’antisémitisme : « Rien à foutre de la Shoah ». Médine a un problème avec la république laïque : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha » (Don’t Laïk). Dans un tweet, (« ResKHANpée », 10 août), il s’en prend à l’essayiste Rachel Khan, petite-fille de déportés, l’assaisonne d’un stalinien et convenu, « social-traitre ». Pas de quoi affoler Les Verts et LFI qui convient le ménestrel aux rimes « embarrassées » à leurs universités d’été. Les bobos s’encanaillent, vendent leur âme pour 30 voix en Seine-Saint-Denis. Le bal des nazes. « Les terreurs, moi j’en suis revenue ; elles ont surtout la terreur du boulot » (Arletty, Hôtel du nord).

Ténébreux, inconsolés, peinards dans les paradis fiscaux, Hilton, à Dubaï, en Ferrari, une troupe de barbes sales, rebelles de carnaval, analphabètes autodidactes, s’agitent, investissent le buzzness et la rente mémorielle. Ils sont protégés par la culture de l’excuse, choyés par les médias, islamo-gauchistes, boutefeux post-soixante-huitards, friands de guerres de races, de genres, d’études post-coloniales et autres Tartufferies yankee. Assoiffés de reconnaissance, d’argent et de pouvoir, les indigènes indigents, tirailleurs à blanc, Phèdre en carton-pâte (filles de Minus et de pas s’y fier) rallument des guerres civiles, minent l’universel et notre affectio societatis. « Défiez-vous des gens qui disent qu’il faut renouveler la langue ; c’est qu’ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu’ils ne savent pas produire avec des idées » (François Andrieux).

A lire aussi: Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

Pour la doxa bienpensante, les rappeurs sont des gentils petits diables dominés, opprimés à qui l’on donne le Bourdieu, Sandrine et Jean-Jacques Rousseau, sans confession. Les comiques voyageurs du multiculturalisme, poupées de cirque et de leçons intersectionnelles qui stigmatisent les mâles non « déconstruits », qui dénoncent les ravages du patriarcat à Passy et Tipperary, sont curieusement taisants sur le communautarisme délétère, la condition féminine, le proxénétisme, l’homophobie dans les territoires perdus de la République ; naïvetés, aveuglements et silences assourdissants face à la culture de haine, de violence, la misogynie, les appels aux viols, aux meurtres parfois, des rappeurs oligophrènes.

« La pire des décadences n’est point celle qui naît d’un excès de raffinement dans une élite, mais de vulgarité et méchanceté générales » (Roger Martin du Gard).

Abaya interdite: faudra-t-il sauver le soldat Attal?

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Capture BFMTV

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a donc annoncé l’interdiction du port de l’abaya à l’école. Une mesure évidemment déjà contestée par les islamo-gauchistes…



En une phrase, Gabriel Attal, successeur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, est sorti du centrisme précautionneux pour avaliser la radicalité en politique. « J’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école », a-t-il déclaré dimanche sur TF1.

L’abaya est ce vêtement féminin (similaire au qamis pour les hommes) qui est de plus en plus porté par les élèves des « cités populaires », en signe d’appartenance à l’islam démonstratif et prosélyte. De ce point de vue, cet uniforme militant, qui souligne un séparatisme, peut s’apparenter au port du voile islamique interdit à l’école par la loi de 2004 au nom de la laïcité. Bien que farouche défenseur des libertés d’expression, j’approuve néanmoins la position d’Attal. Elle vient contrer, en effet, l’expansion d’une idéologie théocratique, totalitaire, liberticide. Celle-ci instrumentalise la tolérance de la République pour mieux la subvertir. Il n’est pas interdit pour un Etat de poser des limites quand il s’agit de faire obstacle à une offensive de l’islam politique. Ce n’est pas à lui de définir ce qu’est la laïcité à la française. Cette laïcité oblige à la discrétion religieuse dans l’espace public et singulièrement dans le sanctuaire qu’est l’école de la République. L’abaya ou le qamis sont des panoplies qui, comme le voile, répondent à la stratégie des Frères musulmans, organisation sectaire, conquérante et suprémaciste. Elle-même cherche à occuper les institutions et les territoires par sa visibilité ostensible et son défi porté à la nation des droits de l’homme.

A lire aussi : Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

Il faut donc applaudir Attal, qui rompt avec un déni des réalités. Mais rien ne dit que le nouveau ministre saura aller au bout de sa position, qui reste pour l’instant au stade de la communication. L’ambiguïté d’Emmanuel Macron, qui ne veut analyser les problèmes que sous l’angle économique et social, n’aide pas à imposer une idée claire sur l’enjeu de civilisation que pose l’abaya. « Il faut s’atteler à reciviliser », a déclaré le chef de l’Etat dans un entretien-fleuve au Point. L’essayiste Malika Sorel lui a rappelé, hier dans le même hebdomadaire, qu’ « il ne s’agit point de « décivilisation » mais d’une autre civilisation ». Les vêtements islamiques ne sont qu’une partie d’un phénomène de basculement identitaire, sous la pression d’une immigration musulmane de masse et d’un échec de l’intégration, notamment par l’école. Or cette perspective d’un remplacement culturel enchante le « progressisme » et son culte de la diversité. C’est Bruno Roger-Petit, devenu conseiller à l’Elysée, qui écrivait en 2014 : « Oui la France va changer car elle a déjà changé (…) Oui il y aura un jour, avant la fin de ce siècle, un président de la République dont le prénom sera Mohamed, ou Ahmed, ou Nouredine. C’est une perspective formidable ». L’extrême gauche, qui voit dans l’annonce d’Attal « un rejet obsessionnel des musulmans » (Clémentine Autain, LFI) s’apprête à hurler à l’islamophobie, en se liant toujours un peu plus à l’islam radical, sexiste et antisémite.

Ce dernier, fort de tels zélés collaborateurs et de la faiblesse des belles âmes, ne laissera pas l’offensive anti-abaya sans riposte. Faudra-t-il sauver le soldat Attal ?

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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« Psychopompe », une potion magique d’espérance

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La romancière belge Amélie Nothomb © Jean-Baptiste Mondino

« L’oiseau est le fort des faibles que nous sommes (…) Quel dommage que Nietzsche n’ait pas reconnu en l’oiseau son surhomme – enfin, son suranimal ! » A.N.


Grande lectrice d’Amélie depuis que je suis entrée en Nothombie à mon retour du Japon en lisant Stupeur et tremblements en 1999, ma rentrée littéraire commence systématiquement par la lecture de son nouveau bébé. Si un écrivain aime pareillement tous ses enfants de papier, le lecteur a quant à lui le droit d’avoir ses chouchous. J’ai les miens : Hygiène de l’assassin, Le Sabotage amoureux, Les Catilinaires, Attentat, Mercure, Métaphysique des tubes, Cosmétique de l’ennemi, Robert des noms propres, Ni d’Eve ni d’Adam, Une forme de vie, Soif.

Guilaine Depis et Amélie Nothomb. D.R.

Psychopompe les supplante-t-il tous dans mon cœur ? En achevant ma lecture à l’aube après l’avoir commencée au crépuscule hier soir, je suis sous un choc si considérable que je serais tentée de l’affirmer. Ce livre-là est sans doute plus grave et moins drôle que d’autres : point de personnage gargantuesque, ni de scènes cocasses auxquelles nous étions habitués. Ici, le sujet est solennel puisqu’il est question de vie et de mort, « du métier d’écrire » et la vocation de l’écrivain. En outre, la licence en philologie romane de l’auteure transpire à travers les pages qui ouvrent une réflexion unique sur le langage, le poids des mots en décortiquant leurs origines. Psychopompe est gigantesque car il concentre à lui seul la justification de toute l’existence et de tous les livres précédents d‘Amélie. Psychopompe est le Nothomb qui va le plus loin et le plus haut, qui dévoile avec le plus de précision les ressorts et les enjeux de son écriture.

On ne doit pas écrire pour publier, encore moins pour vendre !

Bien sûr, l’admirateur assidu et attentif pressentait la dimension sacrée de l’écriture chez Amélie. Nous savions tous la discipline sévère qu’elle s’imposait depuis des années, elle se confiait volontiers sur ses quatre heures quotidiennes et « vitales » d’écriture à jeun dès son réveil au fond de la nuit. Mais peut-être les plus naïfs ou les moins intuitifs d’entre nous s’imaginaient-ils qu’elle s’adonnait à ce sport « parce qu’il faut bien gagner sa vie », comme une corvée que l’on s’inflige, un travail comme un autre.

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Il n’est pas possible d’être davantage à côté de la plaque. Les Béotiens n’avaient pas saisi sa profonde nature aviaire que l’auteure s’emploie à expliquer au fil des pages de cet excellent cru 2023. Amélie Nothomb évoque le péril de l’envol pour l’oisillon, qui y risque sa vie ; c’est aussi le sien dès qu’elle écrit.

« Le privilège de l’oiseau, c’est qu’il sait combien voler est difficile. (…) C’est cette conscience plus que toute technique qui fait de lui un élu. Quand on voit voler un oiseau – surtout certains individus – , on sent son extase, son émerveillement et sa joie. Jamais il n’a l’air de penser que cela va de soi, que c’est bien naturel, qu’il n’y a pas de quoi s’esbaudir. (…) Je voulais vivre au présent, comme lui. Je lui empruntai sa stratégie : effectuer au quotidien ce qui vous semble aussi improbable qu’impossible. Plusieurs heures par jour, il me fallait aller au-delà de mes forces, atteindre cette allure où l’écriture s’évade de tout ancrage, se déploie et renouvelle à chaque seconde le miracle qui lui permet de tenir un instant supplémentaire. Celui qui vit un danger aussi permanent connaît le présent absolu. »

Amélie Nothomb © Jean-Baptiste Mondino

On se souvient que dans Métaphysique des tubes Amélie-San aspirait à trois ans à devenir Dieu. S’être mise à l’écriture lui donne le pouvoir extraordinaire d’enfanter des livres, de créer par la grâce de son imagination et de ses souvenirs des êtres de papier autonomes, libres de faire battre les cœurs et d’émouvoir les autres. Comme un moyen de se relier au monde. De même que l’oiseau voit dans le ciel l’infini des possibles, l’écrivain devant la page blanche jouit de la même palette infinie des possibles pour esquisser son œuvre. La création artistique est l’expression de la liberté totale. Du moins, elle l’est dans son essence. Espérons qu’elle puisse le demeurer encore quelques années à notre époque dangereusement prise en étau entre la double censure des puritains rétrogrades et de la cancel culture des woke… Amélie développe la métaphore entre l’envol, la musique et l’écriture au niveau du rythme et du style dont l’objectif est d’atteindre la perfection, d’approcher le sublime du vol et du chant de l’oiseau. « J’avais découvert la gymnastique qui permettait de s’envoler : il s’agit de se positionner d’une manière particulière à l’intérieur de soi, de saisir le bon angle et la juste distance et de se précipiter (…) dans le précipice ».

Il s’agit dans tous les cas de rompre avec la pesanteur et de trouver la hauteur suffisante qui sépare du réel pour flirter avec les anges. Il faut bien saisir ici qu’Amélie Nothomb n’a jamais écrit dans l’intention de vendre, ni même d’être éditée (être publiée et même best-seller ne sont que des conséquences heureuses d’une situation de survie par l’écriture, nullement des objectifs), mais pour le plaisir que l’écriture lui donne. Comme l’oiseau se réconforte des grands froids par la beauté de son chant.

Les mythes font la part belle à l’ornithologie

Qui avait écouté La Divine comédie d’Amélie Nothomb (audible) réalisé par Laureline Amanieux était sensibilisé au rôle immense que tiennent les mythes pour nourrir son inspiration. Ce fil conducteur se trouve déplié dans Psychopompe où en plus de nous apprendre le sens de ce mot splendide qui donne son titre au roman, Amélie s’épanche sur sa fascination pour le dieu psychopompe Hermès et pour le héros Orphée.

Hermès, qu’on représente chaussé de sandales ailées, invente la lyre avant de la céder à son demi-frère, Apollon, le dieu grec de la musique. Il est surtout connu pour avoir la lourde tâche de conduire les morts vers les Enfers. Sans aucun doute cette attirance pour Hermès habitait-elle inconsciemment Amélie depuis l’enfance, puisqu’elle a déjà donné le nom latin de ce dieu grec à l’un de ses romans, Mercure.

Le lien avec Orphée saute aux yeux puisqu’il décide de descendre aux Enfers chercher Eurydice dont il peut autant charmer les Dieux que les bêtes féroces grâce à la sublime musique qu’il crée avec la lyre dont il a héritée de son père Apollon.

Les ailes et le chant rattachent le panthéon d’Amélie à la figure stellaire de l’oiseau. Et elle n’hésite pas à transposer cet élément de la religion grecque au christianisme à travers l’Esprit Saint aussi traditionnellement symbolisé par un oiseau.

Dans la Conférence des oiseaux, merveilleux conte initiatique soufi, Farid ad-Din Attâr a aussi opté pour la représentation des humains aspirant à retrouver leur « Roi » en oiseaux. Ce choix offre de même que la lecture de Psychopompe un éventail très large d’espèces fort dissemblables, du canard au rossignol. L’érudition ornithologique d’Amélie nous fait croiser successivement la grue blanche du Japon, les corbeaux de la Chine communiste, les pigeons, moineaux et mouettes de New-York, les canaris domestiques Sirocco et Godzilla, la Bergeronnette et l’hirondelle fluviatile du Bengale. On retient surtout l’admiration éperdue de l’auteure pour l’engoulevent oreillard qui a un vol digne des figures de style les plus acrobatiques de la patrouille de France au-dessus de l’Arc de Triomphe un 14 juillet.

Mais revenons au poète Attâr, ses oiseaux découvriront, à la fin d’un long périple leur faisant traverser plusieurs vallées comme autant de défis et de renoncements, que le « Roi », c’est-à-dire la divinité recherchée, se niche au fond de leur propre âme. Amélie Nothomb rejoint donc ce texte fondamental du poète persan en reconnaissant le divin dans l’oiseau, et l’accomplissement de celui-ci dans sa vocation psychopompe d’intermédiaire entre deux mondes.

L’espérance prend toujours sa source dans le désir

Pour Amélie Nothomb, la chose est entendue : l’oiseau est une espèce supérieure qui tient son don de voler d’un désir incommensurable devenu tension perpétuelle pour faire advenir l’impossible. C’est mûs durant 80 millions d’années par leur seul désir que les dinosaures – l’archéoptéryx pour être précise – ont les premiers accompli ce délirant miracle de quitter la terre ferme pour goûter l’ivresse de l’infini céleste. « Entrevoir une patience aussi sublime, c’est soupçonner le principe moteur de l’univers. Ce qui permet de tabler sur un infini pareil, c’est le désir ».

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Si dans le christianisme la perte du jardin d’Eden suite au péché d’Eve est perçue comme une catastrophe, une effroyable punition pour l’humanité qui a perdu l’abondance et se retrouve condamnée à devoir travailler pour gagner sa croûte, j’ai toujours été marquée par le génie soufi pour raconter la même histoire de manière positive. Dans l’islam, la perte du paradis créant le manque est enseignée comme un bienfait. Car la satiété n’est pas intéressante en ceci qu’elle n’offre plus de joie et qu’elle incite à la léthargie, favorise l’avachissement. Au contraire, c’est du manque que peut naître le désir et que l’Homme sera désormais animé par cette tension si stimulante d’aspirer à retrouver le Paradis. Il se mettra en mouvement et sera donc sur le bon chemin de l’Eveil. Les vertus du manque, de la faim, nous rappellent Biographie de la faim, autre chef d’œuvre d’Amélie Nothomb explorant ce thème, cette nécessité de ne jamais être rassasiée pour continuer à désirer.

Un autre grand message d’espérance délivré par ce livre c’est qu’il est possible de surmonter l’expérience ô combien abjecte et assassine du viol. Avec une pudeur aussi digne que l’épreuve que lui ont infligée les quatre garçons de Cox’s Bazar, une station balnéaire du Bangladesh, lui a été sordide « la violence des mains de la mer avait arraché la coquille, je n’étais plus l’œuf que j’avais été. Oisillon dépourvu de plumes, il me faudrait accéder au statut d’oiseau. Cela serait monstrueusement difficile », la jeune Amélie seulement réconfortée par le « Pauvre petite ! » de sa mère sentit mourir l’adolescente de 13 ans qu’elle était, en même temps que son corps se dissocia de son âme. S’ensuivit un conflit durant plus d’une décennie entre son apparence et son intériorité, entre son contenant (le corps) et son contenu (cette âme évaporée). L’anorexie comme opportunité de ressusciter quand l’élan vital triomphera. Là aussi, amor fati, la maladie est vécue comme un passage nécessaire dans un contexte donné (le viol) à l’accomplissement de soi.

Psychopompe est à tous les niveaux un livre d’espérance, qui donne de l’énergie et presque la foi. La communication posthume intense et féconde qu’Amélie a avec son père emporté par un cancer décompartimente les échelons de l’être, réunifie les niveaux d’existence, fait entrevoir l’amour tout puissant qui continue de luire même lorsque l’enveloppe matérielle de nos corps n’est plus. « Premier sang est un livre de vie (…) C’est l’expérience psychopompe qui a rempli ce texte de cette énergie si particulière : l’excès de carburant de mon père a trouvé en moi son récepteur. »

On découvre Amélie physicienne quantique, affirmant l’existence des ondes cérébrales constituant nos pensées. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit le proverbe avec justesse. J’étendrais, pour ma part, son champ d’action. La mort n’est pas la limite des transformations. Ce serait d’autant plus absurde qu’elle en est une elle-même. Un lien raté dans la vie peut sinon se réparer, au moins se métamorphoser dans la mort. »

Avec le soleil de toutes ces espérances comme horizon, Psychopompe est un livre qui fait du bien et donne un éclat particulier à la vie. Il suffit de désirer très fort sur le long terme pour que l’Univers nous récompense de notre énergie et de notre patience en concrétisant nos rêves les plus fous : voler, survivre à un viol, sortir de l’anorexie, échanger avec des morts.

Son tour de force est d’être à la fois une excellente entrée pour qui voudrait s’initier à l’œuvre d’Amélie Nothomb, et un puits inépuisable de trésors à destination des lecteurs les plus exigeants, des spécialistes en étymologie, des docteurs en lettres classiques, des hellénistes et des latinistes chevronnés, et de tous les chercheurs en littérature. C’est à cela qu’on reconnaît un grand écrivain : à ce qu’il touche des publics de profils très variés pour des raisons très différentes.

Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel (2023).

Psychopompe

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Que l’exécutif se saisisse vraiment du sujet de l’immigration!

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Saint-Ouen (93), octobre 2020 © Michel Setboun/SIPA

L’immigration est un sujet au cœur des préoccupations des Français, qui ne doit pas rester le monopole des extrêmes. «La France s’apprête à connaître un déclin de sa population que seule l’immigration pourrait combler à court et moyen termes», écrit Bruno Tertrais, dans une note de l’Institut Montaigne publiée hier. Faute d’accord avec les LR au printemps, le projet de loi immigration/travail porté par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt est reporté à l’automne à une date inconnue…


Tout au long de notre histoire, les mouvements migratoires ont fortement influencé les opinions publiques, qui les perçoivent comme autant de menaces pour nos valeurs, notre cohésion nationale et notre sécurité. La captation partisane de ces problématiques par les organisations politiques contribue aussi à une crispation qui rend inaudible toute tentative d’analyse factuelle, toute proposition modérée ou tout simplement réaliste. Entre une droite censément autoritaire et sécuritaire, et une gauche au discours « humaniste » sans contrepartie, les partis traditionnels modérés n’ont cessé de se fracasser au principe de réalité de la situation migratoire. Aux yeux des électeurs, ils n’expriment plus qu’une opinion partagée, aux corrections partisanes minimes, sans influence sur l’évolution globale de la situation.

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La distorsion entre les discours et les actes a considérablement renforcé la suspicion des Français, nourrissant un rejet de la parole politique, et une méfiance à l’encontre des populations intégrées, victimes de tous les amalgames possibles.

Un sujet à risque pour les partis modérés

Au-delà des études comptables des phénomènes migratoires, c’est à la racine des sentiments générés par cette immigration que les pouvoirs publics doivent réfléchir pour produire des politiques efficaces.

Les droites extrêmes l’ont bien compris en s’appuyant sur la puissance des ressentis pour prôner une politique de rejet total fondée sur l’axiome « zéro immigration » sans développer outre mesure des solutions alternatives pour notre économie comme pour notre société. Quant à la théorie des partis d’extrême gauche, elle repose sur une braderie permanente de notre souveraineté et foule au pied les appréhensions légitimes d’une majorité de la population française face à cette question.

Quand bien même elle constitue aujourd’hui pour les partis modérés, l’un des sujets les plus « à risque » politiquement, la politique migratoire ne doit en aucun cas être abandonnée aux prismes idéologiques des extrêmes. Il existe un problème d’immigration en France (et en Europe), le devoir de tout représentant politique consiste donc à s’y confronter, à développer des visions communes et à imaginer des solutions transpartisanes efficaces et durables (le Danemark nous a démontré que c’est possible).

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Mais la recherche de solutions ne peut intervenir qu’après une analyse objective des phénomènes et de leurs conséquences. Trois types d’immigration coexistent aujourd’hui dans notre pays, dont deux sont à combattre et une à encourager.

« Limmigration agressive » se définit comme une immigration délinquante, qui empoisonne la vie des habitants de nombreuses villes et de nombreux quartiers. Il ne se passe pas une semaine sans une agression, un délit ou un crime commis par un étranger, quelquefois sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Les pouvoirs publics ont enfin reconnu un lien entre la délinquance et une partie de l’immigration. Cette réalité visible et invivable nuit à tous, y compris en termes d’image à la majeure partie des étrangers régulièrement installés., La dénonciation de ce phénomène d’immigration agressive et la volonté de lutter contre, en particulier par le biais des expulsions généralisées, doivent être un marqueur fort du pouvoir en place, afin de jouer sur trois leviers majeurs : une diminution sensible de la criminalité, une satisfaction de l’opinion publique qui plébiscite un retour de l’autorité, la fin d’un monopole de parole de la droite extrême sur ce sujet.

La seconde immigration à combattre est « limmigration invasive ». Sondage après sondage, les Français font état d’un malaise face à une arrivée perpétuelle de migrants, qui pousse à un rejet global, incluant là aussi les populations étrangères les mieux intégrées. Avec des augmentations de près de 64% des flux de migrants clandestins en 2022, et près de 50% des demandeurs d’asile en 2021, l’Europe est manifestement incapable aujourd’hui de protéger nos frontières communes. Il y a urgence à ce que les États de l’UE changent collectivement les règles du jeu européen, ou à défaut, agissent individuellement. Le Danemark l’a bien compris en externalisant à la fois ses demandes d’asile et ses prisonniers étrangers dans des pays tiers, orientations menées par les socio-démocrates au pouvoir, qui font l’objet d’un réel consensus entre toutes les formations politiques. Même si la France n’a pas pris la précaution de se prémunir face aux traités européens des mêmes garde-fous que ce pays nordique, les situations ne sont jamais figées et cet exemple est à méditer.

Une opinion publique désabusée

Sur ces deux types d’immigration, il nous faut appliquer un principe de réalité et mener des luttes efficaces, réclamées par nos concitoyens. On ne peut se l’interdire sous prétexte que ces évidences sont déjà dénoncées par d’autres. En clair, il nous faut retrouver un État fort et volontaire.

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Cependant, il est un troisième type d’immigration qui permet aux partis modérés de compléter ce principe de réalité, de façon radicalement différente des thèses extrêmes, qui font peu de cas des considérations humaines ou économiques, c’est « limmigration sélective ». De tout temps, notre civilisation et notre société se sont nourries des apports de l’immigration en termes de main d’œuvre, mais aussi de culture, de savoir, de sciences et techniques. Un apport mesuré et contrôlé de bras et de cerveaux est, aujourd’hui comme hier, nécessaire au développement de nos économies, de notre vie associative et étudiante, de notre dynamisme culturel, sportif et créatif. C’est bien dans cette faille-là, que les partis modérés doivent s’engouffrer en démontrant l’inanité d’affirmations comme le « zéro immigration » ou le « tout immigration ». Mais face à une opinion publique largement désabusée, ils ne pourront être crédibles et efficaces sur cette troisième phase que s’ils s’engagent résolument sur les deux autres.

Les hommes en noir

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«Le Monde» a peur: le RN a décidé de s’intéresser à l’écologie!

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Jordan Bardella photographié en 2019 © Jacques Witt/SIPA

Selon un éditorial récent et lunaire du journal du soir, les idées vertes ne sont ni menacées par l’islamo-gauchisme d’une Marine Tondelier, ni par les excès écomisandres d’une Sandrine Rousseau, ni par des mouvements encore plus radicaux comme les Soulèvements de la terre. Non: le quotidien craint que les «idées vertes» de l’écologie autorisée ne soient «dérobées, détournées puis repeintes en brun».


Le Monde est très inquiet. Ce ne sont pas les dizaines d’agressions au couteau par jour ni les viols barbares comme celui qu’a subi cette jeune femme à Cherbourg qui l’inquiètent – d’ailleurs il n’évoque jamais (ou alors longtemps après) ce qu’il considère n’être que des « faits divers » sans importance. L’insécurité, la délinquance, les trafics, l’effrayante brutalité avec laquelle sont commis quotidiennement des vols, viols et agressions, le lien de plus en plus évident entre l’augmentation de ces crimes et l’immigration, n’intéressent pas Le Monde. Mais alors, quelle est la raison de cette inquiétude grandissante qui tétanise les journalistes du quotidien crépusculaire ?

Grosses ficelles

L’éditorial du 14 août dernier est intitulé “Écologie et extrême droite : un dangereux mélange”[1]. Parfaite illustration d’un journalisme qui, devenu militant, est prêt à toutes les outrances, ce papier se contente des anathèmes « contre l’extrême droite » qui font l’essentiel des arguments d’une gauche médiatico-politique qui ne parle plus qu’à elle-même et ne comprend pas, malgré sa présence presque monopolistique dans les instances médiatiques, que le « populisme » de droite gagne du terrain en France comme dans de nombreux pays européens souffrant des mêmes maux. Marine Le Pen ayant décidé de s’intéresser à l’écologie, Le Monde s’attaque au RN en usant des grosses ficelles habituelles: « Entre les mains des démagogues de l’extrême droite, l’idée universaliste et émancipatrice de la protection de la planète et des êtres vivants risque de se transformer en un vecteur de fausses théories, de nationalisme et de xénophobie. » Ce procès d’intention s’accompagne d’un panel des idées nauséabondes qui nourriraient les représentants du RN, entre autres celle d’un « parallèle entre la protection de la biodiversité et celle des “races” essentialisées » afin de « justifier leur défense du repli des peuples sur eux-mêmes et leur phobie du métissage ». Cette grossière argumentation ne distingue pas, pour les discuter, deux notions écologiques distinctes – pour le dire vite : celle combinant conservatisme et foi en l’ingéniosité humaine pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie et celle, radicalisée, sentimentaliste et révolutionnaire, de l’écologisme anticapitaliste et « décroissant » – mais stigmatise uniquement la première en dénonçant une fantasmatique tentation écofasciste reposant, tenez-vous bien, sur… le « rejet des éoliennes » et une « défense de la voiture individuelle, des pavillons et de l’agriculture productiviste au nom de “l’enracinement” ». Bref, tout est bon, jusqu’à la bêtise, pour brunir un programme écologique opposé au programme officiel et qualifié de « greenwashing nationaliste » par les calotins de la religion écologiste guidés par les Saintes Écritures du GIEC…

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Fascisme pour fascisme, les journalistes du Monde auraient pu tout aussi bien souligner les possibles connexions entre l’écologisme contemporain – d’abord allemand (celui des redoutables Grünen), ensuite français et, dans tous les sens du terme, rousseauiste – et la loi sur la protection de la nature du Reich (Reichsnaturschutzgesetz) de 1935, loi qui renoue, écrit le philosophe Luc Ferry[2], « avec la vision romantique d’une histoire à trois temps (âge d’or, chute, restauration) » issue d’une écologie nazie qui opposa en son temps au « classicisme français, rationaliste, humaniste et artificialiste, la représentation allemande d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, authentique, car accessible aux “seules voies du sentiment” », et qui fut par conséquent « hostile à ce que nous appellerions aujourd’hui la “modernisation” économique ». Ces journalistes auraient ainsi pu déceler dans l’écologie sentimentaliste et irrationnelle des Verts l’espoir tout germanique du retour à une « authentique » et idyllique nature originelle, authenticité originaire dont la société, les sciences et les arts nous ont éloignés, pensait Rousseau (Jean-Jacques). Ainsi, Rousseau (Sandrine) dit préférer « les femmes qui jettent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR ». D’auto-proclamés adorateurs de Gaïa souillent des œuvres d’art jugés « inutiles ». Les Verts européens, refusant « le mythe du progrès technique et de la croissance », justifient la nécessité d’une loi sur la « restauration de la nature » et des croyants fanatiques de la Nouvelle Église Verdoyante se livrent à la destruction de biens d’entreprises ou de particuliers au nom d’une vision apocalyptique du destin de « la planète ». Dire que l’écologie actuelle est nazie, fasciste ou brune, serait aussi excessif et insignifiant que les propos insignifiants parce qu’excessifs du Monde. Il n’en reste pas moins vrai que l’écologisme est une religion reposant essentiellement sur l’idée d’un paradis climatique perdu (les époques pré-industrielles)[3], d’un présent coupable de tous les maux climatiques et d’un futur climatiquement radieux parce que débarrassé de ces scories que sont, à ses yeux, le capitalisme, le progrès scientifique, la croissance, ainsi que tout ce qui constitue les fondements politiques, économiques et culturels de l’Occident. D’autres « ismes » eurent les mêmes aspirations de destruction du monde, de tabula rasa, avec les conséquences que l’on sait. Celui-ci a la particularité d’avoir mis en branle une révolution soft, sentimentaliste et émotionnelle, qui la met à l’abri (pour le moment) d’une résistance qui devrait être féroce mais qui reste molle, voire complaisante – le RN lui-même est obligé de jurer ses grands dieux qu’il n’est pas « climatosceptique » –  et qui, de toute manière, est étouffée dans l’œuf par la propagande écolo dispensée à l’école et dans les médias.

Marine et les curés du climat

Marine Le Pen ayant déclaré avoir « un projet qui tient compte de l’environnement et de l’écologie », Le Monde brandit le spectre fasciste. Mais, enfiévré par sa harangue antifasciste, le journal se met à délirer. Il pose une question qu’il juge inquiétante et que nous qualifierons, pour rester poli, d’étrange : « Après avoir dérobé la laïcité, le patriotisme et la valeur travail à la gauche, le RN pourrait-il en faire de même avec l’écologie ? » Le RN n’a rien « dérobé » du tout mais s’est contenté de recueillir des valeurs orphelines, celles qui, choyées par la gauche historique, ont été abandonnées par la gauche et l’extrême gauche actuelles. Avec l’islamo-gauchisme est advenue la remise en cause d’une laïcité qui, jugée trop brutale et discriminante, est maintenant qualifiée, au sein même de la gauche, de « laïcarde ». Grâce à Sandrine Rousseau, le travail est devenu une « valeur de droite » et la nouvelle valeur de gauche est le « droit à la paresse ». Quant au patriotisme, cette valeur réputée être fondatrice de la gauche française depuis la Révolution, l’extrême gauche n’a eu de cesse ces dernières années de le confondre avec un nationalisme qui ne peut être, selon elle, que le réceptacle de pensées « nauséabondes », haineuses et xénophobes – les mots patrie, nation et France ont disparu des discours de la gauche, sauf quand il s’agit de les dénaturer. Concernant la seule écologie politique, ses excès rhétoriques, son absence d’argumentation rationnelle, ses accointances avec le wokisme et son islamo-gauchisme de plus en plus clairement affiché auraient dû jeter le doute quant à ses réelles ambitions « pour la planète » – malheureusement, en plus de soixante-huitards attardés, de jeunes bobos, élevés dans les couveuses écolo-wokes que sont devenues notre école et nos universités et hypnotisés par la vision apocalyptique des évangélistes écologiques, gonflent régulièrement les rangs de cette terrifiante religion et des sectes gravitant autour d’elle, associations et réseaux d’activistes ignares et nuisibles.

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Le Monde aime à se faire peur. Il craint que les « idées vertes » de l’écologie autorisée ne soient « dérobées, détournées puis repeintes en brun ». Peut-être redoute-t-il que d’autres idées ne connaissent le même sort. Imaginons que demain, Marine Le Pen ou, pire, Éric Zemmour, annoncent vouloir promouvoir un gigantesque Plan de recherche médicale contre le cancer. « Recherche contre le cancer et extrême droite : un dangereux mélange », titrerait sans doute alors le quotidien. « Depuis longtemps, écrirait-il, le terrain a été préparé par des théoriciens de l’extrême droite qui ont tissé des liens entre thématiques identitaires et recherche médicale. » L’air de rien, l’éventualité d’expériences chimiothérapiques réalisées uniquement sur des cobayes « racisés » ou des migrants serait évoquée – l’influence de Josef Mengele serait subtilement sous-entendue. En même temps, un « medicalwashing nationaliste » serait dénoncé. « Les progrès médicaux, conclurait le journal, courent un nouveau danger : être dérobés, détournés puis repeints en brun. » Avouez que ça fiche la trouille, non ?

Le climat par les chiffres

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/14/ecologie-et-extreme-droite-un-dangereux-melange_6185342_3232.html

[2] Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, 1992, Éditions Grasset.

[3] Les merveilleuses époques climatiques pré-industrielles fantasmées par les écologistes ont en réalité été caractérisées par des phénomènes paradoxaux et irréguliers. Dans son dernier, excellent et combatif essai, Le climat par les chiffres. Sortir de la science-fiction du GIEC (l’Artilleur, 2023), Christian Gérondeau cite l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie : « L’époque romaine a bénéficié entre 200 avant J.-C. et 200 après J.-C. d’un optimum avec un climat à peu près similaire à celui du XXe siècle. À l’époque mérovingienne, une glaciation modérée a vu le jour vers l’an 500 avant un nouvel optimum connu sous le nom « d’optimum climatique médiéval » survenu entre 900 et 1300, qui fut contemporain de défrichements importants et d’un essor démographique notable. […] Plus proche de nous, un petit âge glaciaire s’ouvre au XVIe siècle et se termine au milieu du XIXe siècle. À partir de 1570 les glaciers alpins progressent fortement, quelques fois de plus de 40 mètres par an. […] À la fin du XVIe siècle, à Chamonix, la Mer de Glace atteint et détruit ainsi des hameaux voisins. Provoquée par les pluies, la famine de 1693 fit 1,3 million de morts sur 20 millions de Français. L’hiver 1709 fut l’un des plus froids jamais connus en Europe, ce qui provoqua près de 600 000 morts dans notre seul pays. […] À partir des années 1850-60, sous l’influence de belles années chaudes, c’est la fin du petit âge glaciaire avec un nouvel optimum. » Ces observations incontestables ont été avalisées par le GIEC, sous forme d’un graphique, dans son premier rapport datant de 1990. Pourtant, précise Christian Gérondeau, dans le sixième rapport du GIEC de 2021, un nouveau graphique, « issu de mystérieux “modèles” », travestit le graphique originel en gommant les écarts climatiques et en faisant surgir un seul « pic » s’élevant à partir du début du XXe siècle. Le GIEC affirme alors que « la température de la surface du globe s’est élevée d’ 1,1°C par rapport à la période pré-industrielle » mais omet de dire que cette période pré-industrielle est celle du « petit âge glaciaire » évoqué ci-dessus – tout est fait pour « faire peur », laisser croire que le « changement climatique » est un phénomène nouveau et corroborer l’idée qu’avant l’ère industrielle et l’utilisation des énergies fossiles, le climat était quasiment linéaire. Les bigots de la religion écologiste gobent sans barguigner ce catéchisme. Pourtant, « à lui seul ce graphique, qui cache en outre le fait que la température terrestre a cessé de croître depuis 2015, disqualifie le GIEC », écrit Christian Gérondeau.

L’opposition sud-africaine en rangs serrés face à l’ANC

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17 août 2023, le "Moonshot Pact" à Johannesbourg, Afrique du Sud D.R.

Sept partis d’opposition en Afrique du Sud sont parvenus à un accord afin de former une coalition visant à battre l’African National Congress (ANC) aux prochaines élections générales prévues en 2024. Une alliance inédite et historique qui pourrait mettre fin à trois décennies de pouvoir sans conteste du parti de Nelson Mandela. 


Trente ans après la chute du gouvernement de ségrégation raciale, l’Afrique du Sud est plongée dans une crise économique, sociale et politique qui perdure. Le bilan des héritiers de Nelson Mandela a désormais un goût amer pour des millions de Sud-africains. Miné par la corruption, jusqu’au plus haut sommet de l’État, le gouvernement de l’African National Congress pourrait potentiellement perdre le pouvoir aux prochaines élections législatives de 2024 et le céder à une nouvelle coalition inédite qui vient de se former. Le 17 août, après deux jours de réunions intenses, sept partis politiques se sont réunis et ont conjointement signé une « Charte multipartite pour l’Afrique du Sud » afin de mettre fin à l’hégémonie du parti du président Cyril Ramaphosa. Le professeur William Gumede, qui a présidé cette réunion, a déclaré que les partis se sont également entendus sur un partage du pouvoir, la nomination de personnes à des postes gouvernementaux et la structure d’un éventuel cabinet multipartite, en cas de victoire aux élections.

Une clique hétéroclite

Parmi cette nouvelle formation très hétéroclite, on trouve trois partis parlementaires (la Democratic Alliance qui a initié cette rencontre comme principal parti d’opposition ; le Freedom Front + qui milite pour l’établissement d’un volkstaat blanc ; l’Inkhata Freedom Party, ethniquement composé de Zoulous) et quatre partis mineurs (l’Action SA qui s’est récemment posée en « faiseur de rois » aux dernières élections municipales dans la province phare du Gauteng, le libéral-conservateur United Independent Movement, le Spectrum National Party multiconfessionnel et multiracial et l’Independent South African National Civic Organization dont le leader controversé a alimenté les chroniques judiciaires du pays). Un poids électoral non négligeable face à l’ANC, qui n’a cessé de perdre du terrain au fur et à mesure des scrutins qui se sont succédé.

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Face à la presse rassemblée à l’Emperor Hotel, à Kempton Park, le député, John Henry Steenhuisen, s’est dit satisfait par cet accord. Le leader de la DA a rappelé que c’était l’aboutissement d’un projet dans lequel « son parti s’était profondément investi » et a expliqué que cette nouvelle formation « allait apporter des solutions concrètes pour améliorer la vie des Sud-Africains » à travers un programme ambitieux résumé en seize points et « sauver leurs vies ». « Cela concerne l’Afrique du Sud et son peuple. Ce n’est pas un club de partis anti-gouvernementaux. La raison pour laquelle nous nous sommes réunis est bien plus importante. Nous ne détestons pas l’ANC, nous détestons ce qu’ils ont fait à l’Afrique du Sud » a précisé Velenkosini Hlabisa, président de l’IFP. « Je vois cela comme un nouveau changement pour l’Afrique du Sud qui va nous permettre de construire un meilleur avenir pour les générations futures » a même déclaré en anglais et en afrikaans le député Pieter Groenwald, leader du FF+.

Julius Malema mis à l’écart

La nouvelle coalition a rappelé qu’elle excluait tout accord avec le mouvement Economic Freedom Fighters (EFF). Troisième force politique d’Afrique du Sud, le parti est dirigé par Julius Malema, et est tristement célèbre pour ses provocations et incitations à la haine raciale qui s’étalent régulièrement dans les médias locaux. Lors de la dernière convention nationale du parti, M. Malema et ses partisans ont repris en cœur la chanson « Kill the Boer, Kill the Farmer » dont les paroles appellent au meurtre des Afrikaners. Réclamant l’expropriation de ces derniers de leurs terres sans la moindre compensation, l’ancien secrétaire de la ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANCYL) a dénoncé un complot du « capital blanc ». « Chaque développement politique dans ce pays porte l’écriture des Oppenheimer [dynastie sud-africaine d’entrepreneurs miniers et de magnats du diamant -ndlr] derrière lui. Mais il y a une chose qu’ils ne contrôlent pas, c’est l’EFF. C’est ce qui leur donne des cauchemars. Je n’arrive pas à comprendre, je veux découvrir ce que nous avons fait de mal ! On entend parler d’un « moonshot pact » (du nom de l’accord en anglais-ndlr) entre différents partis. Je ne sais pas vraiment ce que cela sous-entend, mais ils peuvent bien aller sur la lune s’ils le souhaitent, nous préférons rester sur terre » a ironisé Julius Malema qui a également fait de la défaite de l’ANC son cheval de bataille…

Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

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Le ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, à Dijon, 22 août 2024 © KONRAD K./SIPA

En excluant les sinistres abayas et autres grotesques qamis des élèves musulmans de nos collèges et lycées (lire encadré en fin d’article), et en replaçant les épreuves de spécialité du bac en juin, le ministre a fait des annonces bienvenues hier soir. Mais en réalité avec Gabriel Attal, l’acteur change mais le scenario reste. Analyse.


Il aura suffi de quelques mots lâchés lors d’une de ces visites Potemkine dont sont coutumiers les ministres de l’Éducation nationale, pour voir fleurir des paroles d’espérance un peu partout. Le retour à l’ordre et au respect serait là et nous aurions à la fois échappé à une grande braderie de la laïcité et à un relâchement des mœurs par éducation sexuelle intensive en classe. Maîtrisant mieux son sujet, meilleur orateur que son prédécesseur et politicien de métier, Gabriel Attal a, sans surprise, réussi un prologue adapté à notre théâtrocratie. Mais au-delà de notre satisfaction à passer du théâtre amateur de la 6èmeB à la Comédie Française, y a-t-il réellement du mieux à attendre pour le secteur éducatif français ?


Les implacables tendances lourdes

En cette rentrée 2023, bien des voyants sont au rouge. Le « choc d’attractivité » n’a pas eu lieu. Les hausses de rémunération, essentiellement concentrées sur les débutants, ont réussi le double exploit de ne pas attirer plus de nouveaux tout en écœurant les anciens. Pour ces derniers, c’est la double peine : le gel du point d’indice a érodé leur pouvoir d’achat (entre 15 et 25% de perte au cours des 20 dernières années selon un rapport du Sénat)  aussi sûrement que les réformes successives ont détruit le sens de leur métier.

Toujours plus de paperasse, toujours moins de contenu à enseigner : ayant vendu la réussite pour tous, l’institution tient à disposer de preuves en cas d’action en justice de la clientèle insatisfaite. P.P.R.E., P.A.P., P.P.S., A.P.C.[1], l’Education nationale n’est pas avare de sigles pour intituler les dossiers à remplir dans ses écoles primaires. Peu importe que Nicolas Sarkozy ait amorcé la suppression de milliers de postes dans les Réseaux d’Aides Spécialisée aux Elèves en Difficulté et qu’il soit de plus en plus en plus difficile d’obtenir un avis ou une aide experte. Peu importe qu’il manque partout des médecins, des infirmières et des psychologues scolaires alors que des cas de plus de plus complexes sont amenés dans les classes par l’utopie de l’ « École inclusive ». La trace papier, rédigée tant bien que mal par l’enseignant, tient lieu d’expertise.

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Les compétences nécessaires à l’analyse des cas complexes, le professeur des écoles les bricole seul car désormais il ne choisit plus sa formation continue, elle lui est imposée, sans aucune prise en compte de ses besoins personnels et se limite à quelques montages sous PowerPoint à ingurgiter en ligne ou à l’observation des pratiques d’un collègue pompeusement appelée « Regards croisés ». Logique de résultat évaluée par compilation de la paperasse en tableaux de bord et compression des coûts, tout est là, conformément à la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui, en 2006 a formalisé l’objectif d’encourager le passage d’une « logique de moyens » à une « logique de résultats ». L’absence d’effets positifs palpables aujourd’hui ne saurait être due qu’à une stratégie pas encore poussée assez loin…

À tout cela s’ajoutent des programmes et consignes loin des exigences disciplinaires auxquelles chaque ministre se prétend pourtant attaché :  chanter le jour de la rentrée pour Jean-Michel Blanquer, semaine olympique pour Pap Ndiaye, toujours plus d’écrans malgré la nocivité démontrée sur les jeunes enfants, passé simple enseigné uniquement à la 3ème personne et géographie limitée à des thèmes sociétaux (« Habiter un éco-quartier », « savoir se déplacer »…). Rien n’est venu freiner la course au néant entamée dès 2000 par les directives du Conseil européen de Lisbonne, ce formidable corpus d’actions dont Jean-Paul Brighelli résume parfaitement les mérites en écrivant qu’il «  a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés ».

Enfin, pour cerner parfaitement le cœur du réacteur idéologique qui irradie dans tous les cercles décisionnels, il faut inclure les théories du capital humain qui font de chaque individu un simple contenant de connaissances valorisables économiquement. Le savoir n’est qu’une marchandise comme une autre et un facteur de production. Le vocabulaire ne trompe pas : nous sommes à l’heure des « ressources humaines ». A l’aune de cette vision, ParcourSup devient outil de maximisation du rendement éducatif. Pourquoi prendre le risque de donner sa chance de se révéler, dans le supérieur, à un élève moyen d’établissement ordinaire quand un algorithme froid peut sélectionner les spécimens présentant la plus grande probabilité de retour sur investissement ?  De même, à quoi bon offrir à tous culture générale et capacité à penser pour et par soi-même lorsque l’on peut se limiter à greffer sur un support humain les seules compétences utiles aux entreprises ?  « Savoir trouver et utiliser de l’information », « savoir communiquer pour travailler en équipe » et « comprendre les relations d’une unité systémique de base » suffisent à suivre un cheminement solitaire de réceptacle à compétences. Exit les corpus disciplinaires mobilisables en soi-même pour élaborer une pensée riche et complexe. Chaque individu est désormais seul avec « la formation tout au long de la vie »  dont le site education.gouv brosse un tableau enthousiaste alors que ce modèle abandonne chaque élève à d’hypothétiques possibilités de se qualifier ultérieurement en entreprise, là où autrefois, l’État validait, par un diplôme reconnu sur tout le territoire et même au-delà, sa qualification. Pour un tel objectif, les programmes très allégés sous François Hollande sont nettement suffisants et sous l’ère Macron pas même une virgule n’en a été changée dans le premier degré.

L’horizon indépassable du scénario de l’Institut Montaigne

Choisir Fanny Anor, ancienne collaboratrice de l’Institut Montaigne comme directrice de cabinet signe l’adhésion totale de Gabriel Attal à ces doctrines qui n’ont, de toute façon, jamais cessé d’être à l’œuvre derrière le paravent Ndiaye. Sa confiance en les préconisations de ce think tank libéral si cher à Jean-Michel Blanquer est perceptible dès ses premières déclarations. Ainsi, concernant l’uniforme, le ministre précise : « Si la communauté éducative d’un établissement demande à l’expérimenter […] j’y suis favorable », se bâtissant à peu de frais l’image d’un acteur volontariste du retour à une forme de rigueur, tout en occupant le monde politico-médiatique autour d’un débat sociétal ponctuel.

Il y a pourtant bien plus à voir dans cette phrase : elle est l’expression claire de l’objectif d’autonomie des établissements, déjà présent dans le premier livre de Jean-Michel Blanquer. Que la Suède, parce que le réel lui a prouvé la toxicité de ce choix, revienne en arrière et invalide cette hypothèse d’efficacité d’un management local des unités d’enseignement, ne fait rien à l’affaire. Que cette « libération de l’intelligence des acteurs de terrain » couplée au libre-choix de son école ait conduit dans les pays où elle est déjà en vigueur  à un accroissement de la ségrégation sociale et ethnique n’altère en rien la foi que le salut du système éducatif passe par la seule mise en concurrence d’écoles-entreprises destinées à des parents-clients.

Sur les idéologues, le réel n’a pas de prise. Il suffit pour s’en convaincre de lire « Le grand décryptage du quinquennat Macron » dans sa partie éducation, rédigée par Baptiste Larseneur, « responsable des projets liés au développement du capital humain » à l’Institut Montaigne. Il s’y enthousiasme sur la politique de dédoublement des CP et CE1 et de plafonnement à 24 élèves des grandes sections de maternelle et souligne les études qui démontrent la corrélation positive entre nombre d’élèves et résultat. En revanche, il oublie la répercussion mathématique sur les effectifs des autres niveaux désormais surchargés par impossibilité d’assurer une répartition plus équitable en jouant sur l’ensemble des classes, quitte à faire cohabiter des niveaux différents. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des classes dépasser la trentaine par impossibilité de faire glisser en cascade quelques élèves sur les niveaux de CP, CE1 ou grande section désormais sanctuarisés. De même, Baptiste Larseneur glorifie sans nuance, l’instruction obligatoire instaurée dès trois ans sans évoquer la dégradation des conditions d’apprentissage d’élèves dont les enseignants et ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sont parfois absorbés par la gestion des changements de couches et l’encadrement d’enfants pas assez matures pour une entrée sereine en maternelle. Pas un mot non plus sur l’école inclusive, objectif louable perverti par l’obligation d’accueil inconditionnel de tout type d’élève handicapé, sans aucune prise en compte de l’impact parfois très lourd sur la qualité de vie des autres élèves. Enfin, il parle de l’assouplissement des rythmes scolaires sans jamais rappeler que l’échec de ce projet phare du quinquennat Hollande démontre à lui seul les ravages d’un pilotage local des activités dans un contexte d’inégalités territoriales… Les hommes changent, mais les pratiques demeurent : aveuglement idéologique et étanchéité au réel vont donc continuer d’orienter les politiques éducatives.

L’insurmontable déni des spécificités du secteur public

À ces œillères idéologiques, s’ajoute un aveuglement spécifique dont le symptôme est la mise en place du Pacte enseignant, présenté par Gabriel Attal comme une source d’augmentations substantielles des rémunérations. Outil de limitation de la nécessaire (et promise) revalorisation des enseignants, puisqu’il ne concernera que quelques-uns, le Pacte permet de céder aux sirènes du salaire au mérite : les professeurs qui accepteront certaines missions sélectionnées par le ministère seront plus méritants, donc mieux rémunérés.

Cette dernière invention relève d’un déni particulier, celui qui consiste à refuser d’envisager comme spécifiques les motivations des enseignants. Le postulat de base est donc l’homogénéité public/privé totale du rapport à leur profession des travailleurs. Or pour les professeurs, les motifs affectifs d’engagement et l’importance du sens de la mission tiennent une place centrale. De plus, la difficulté à fixer des critères et objectifs de « rendement » ou d’excellence pertinents en éducation, les rend attachés à des rémunérations statutaires fixes, par crainte de pratiques opaques, tenant plus de la gratification par connivence que de la juste appréciation d’un objectif atteint.

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Enfin, le cœur de leur travail qu’est la transmission du savoir se fait déjà en assumant de multiples tâches annexes : former en urgence des collègues recrutés en catastrophe par « speed dating », compenser leur inexpérience, lutter contre la violence, le harcèlement, l’obésité, s’improviser éducateur spécialisé, remplir des livrets nébuleux, s’engager dans des projets hors sol destinés à servir la communication et la carrière des cadres… Dans un tel contexte comment ne pas percevoir comme une provocation une individualisation des rémunérations, qui ne valoriserait que certains engagements ? Même si Gabriel Attal prétend être à l’écoute de ses troupes, il ne mettra rien en œuvre pour revenir sur cette gangrène des tâches annexes, porteuse, avec l’allègement des contenus, d’une cruelle perte du sens. Pire, l’opacité des critères de sélection des candidats au Pacte s’apprête à dégrader encore un peu plus l’ambiance dans les équipes, alors que dans la chaleur du mois de juin, le discours régurgité par des directeurs rapidement nourris en amont d’un PowerPoint bien lisse était déjà mal passé.  

La réalité observée est donc bien conforme aux nombreuses études relevées par Virginie Forest, qui démontrent  « un effet mitigé voire négatif »  du salaire au mérite dans la fonction publique, effet dû à des « dysfonctionnement relatifs aux procédures d’évaluation, et l’imprécision, voire l’inadaptation des objectifs ». La publication, en plein cœur de l’été ainsi qu’il est d’usage pour les textes contestables ou impopulaires, de la note de service précisant les modalités de mise en œuvre, achève de nourrir la méfiance d’une très grande majorité d’enseignants. L’adhésion au système devrait donc se limiter à la recherche de compensation d’un salaire trop faible. Nous voici bien loin de toute idée de motivation des personnels, ce qui n’empêchera pas Gabriel Attal de s’afficher dans les cours de soutien du Pacte auprès d’enseignants briefés par son équipe en amont pour assurer un sourire vendeur.

Gabriel Attal ne constitue donc en rien une rupture. Le jeune ministre, fidèle de la première heure et politicien de carrière, vient juste de mettre un terme à l’expérience de communication Ndiaye. Choisi comme tête de gondole électorale, l’universitaire aura été ce que le blanc de Meudon est aux vitrines en cours d’élaboration : un camouflage rapide, suscitant l’attente de la nouvelle collection qui n’entrave en rien la marche du business dans l’espace de vente. Tout comme lui, Gabriel Attal va s’employer à concevoir une chorégraphie éphémère sur le trottoir de la boutique, simple agitation de surface sans effet sur l’écosystème à l’œuvre au fond du marigot. Une fois de plus, il s’agit de tout changer pour que rien ne change à la partition écrite, il y a longtemps, pour l’ensemble des services publics.


Interdiction de l’abaya, coup de com ou action véritable ?
« Gabriel Attal interdit enfin l’abaya ! » peut-on lire et entendre partout. De Twitter aux gazettes, des plateaux de  télé aux radios, sonnez hautbois,  résonnez musettes ! Et si nous prenions le temps de revenir aux mots exacts du ministre et à la réalité du terrain ?
Soyons factuels. Sur le plateau du 20h de TF1, ce dimanche 27 août, Gabriel  Attal a tout d’abord déclaré : « L’école de la République s’est construite autour de valeurs et de principes extrêmement forts, notamment la laïcité. La laïcité, ce n’est pas une contrainte, c’est une liberté. C’est une liberté de se forger son opinion et de s’émanciper par l’école. Pour moi, la laïcité dans un cadre scolaire, c’est quelque chose de très clair : quand vous rentrez dans une salle de classe vous ne devez pas être capable de distinguer et d’identifier la religion des élèves en les regardant ». Libre à lui de penser cela, mais, pour les enseignants, la réalité est moins simple.
Revenons au Code de l’éducation : « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Depuis près de 20 ans, tous les conflits possibles tiennent en un seul mot : « ostensiblement ». Son interprétation est si complexe qu’il ne faut pas moins de trois pages au Vademecum de la laïcité pour tenter d’éclaircir la chose, sans y parvenir vraiment, puisqu’on peut y lire que « les élèves peuvent porter des signes religieux discrets » – ce qui peut largement suffire à identifier la nature de leur foi. Le réel ne se plie donc pas aux rêves du ministre, qu’il l’ignore ou feigne de l’ignorer est inquiétant.
Questionné plus précisément sur l’abaya, Gabriel Attal poursuit: « Je vous annonce, j’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école. Je vais m’entretenir cette semaine avec les chefs d’établissement et je veux leur rendre hommage. On ne parle pas suffisamment d’eux,  les principaux, principaux adjoints, proviseurs,  proviseurs  adjoints. Ils sont en première ligne sur ces questions de laïcité, sur les questions de harcèlement, sur beaucoup de sujets, je vais m’entretenir avec eux, leur donner toutes les clefs pour qu’ils puissent faire appliquer cette règle qui me semble nécessaire et qui est juste ». Gabriel Attal  ignore alors la journaliste qui insiste pendant son monologue en demandant « un texte très précis ? ». « Et les bandanas sur les cheveux? » relance-t-elle, visiblement consciente  que le véritable problème est que tout repose sur une interprétation, au cas par cas, qui laisse les acteurs de terrains seuls responsables. Le ministre reprend : « Il y a des situations qui ont pu se présenter comme ça et les chefs d’établissement ont pris des décisions qui ont été validées par le juge administratif ». Voici là rien de plus qu’un satisfecit pour l’existant, au travers d’un rappel du contenu des fiches du Vademecum de la laïcité qui exposent les textes de référence et les jurisprudences correspondantes. Laisser aux seuls acteurs de terrain une responsabilité d’appréciation, bien plus lourde que la simple application d’un texte clair, semble être le cap à maintenir. Cela n’est pas sans rappeler la piste de l’expérimentation de l’uniforme, limitée aux établissements demandeurs, évoquée récemment par Gabriel Attal, qui, elle aussi, signe un choix d’ajustement territorial basé sur les décisions des acteurs locaux.
Pourtant, le ministre est conscient de la pression que subissent les responsables locaux et du besoin de clarifier le cadre de leur action.  Il prétend y apporter une solution : « Il y a vraiment sur cette question de l’abaya, je l’ai mesuré en échangeant avec des chefs d’établissement cet été, avec leurs représentants, une attente de règle claire au niveau national, elle est donc donnée ». Sous quelle forme ? Une loi ? Un décret ? Une circulaire ? Une note ? Aucun de ces mots techniques et précis n’a été prononcé. Bien de chemins plus ou moins courageux et concrets sont donc ouverts, ce qui appelle à la prudence. Certes, nous sommes un peu plus loin qu’un Pap Ndiaye refusant de nommer la chose à interdire, mais les arguments de ce dernier, lorsqu’il soulignait l’impossibilité de lister tous les vêtements à interdire, demeurent. Tout comme demeure floue la part de responsabilité qui incombera aux  échelons locaux. Car tout est là : la publication d’une loi très précisément rédigée au sommet de l’État n’est pas une réponse de même nature qu’une simple possibilité, donnée par une note, d’inclure localement une interdiction dans le règlement intérieur d’un établissement scolaire. Par l’expression  « donner toutes les clefs », Gabriel Attal ne nous éclaire en rien sur ses choix. Nous n’en sommes donc, pour l’instant, qu’à une parole performative et un peu de brosse à reluire pour les personnels de terrain qui, depuis des années, sont seuls au front. Il serait donc plus sage de ne point trop nous réjouir pour ne pas contribuer à donner une matérialité factice à ce qui pourrait n’être qu’un effet d’annonce sans consistance réelle, comme l’ont été les propos de ce même ministre sur l’uniforme à l’école • 

[1] Plan Personnel de Réussite Educative,  Plan d’Accompagnement Personnalisé, Projet Personnalisé de Scolarisation, Activités Pédagogiques Complémentaires.

La fausse sprinteuse qui a humilié la Somalie

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C’est un scandale qui a eu pour effet de replacer temporairement la Somalie au centre de l’actualité…


Fin juillet, la prestation de sa coureuse aux Universiades d’été, organisées en Chine, a été remarquée et largement commentée sur les réseaux sociaux (voir notre vidéo ci-dessous). Nasra Abubakar Ali a mis presque deux fois plus de temps pour achever cette course de 100 mètres que le vainqueur lui-même. Soit 21 secondes et 81 centièmes. Hésitante sur le départ, semblant hagarde, elle a été rapidement distancée par les autres concurrentes, suscitant indignation générale et moqueries dans son pays de naissance. Une piètre performance qui a déclenché l’ire du gouvernement somalien. Une enquête ordonnée par le ministère de la Jeunesse et des Sports a rapidement révélé la supercherie et démontré que cette sprinteuse n’avait rien d’une sportive professionnelle. 

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La présidente de la Fédération somalienne d’athlétisme (FSA), Khadijo Aden Dahir, a été immédiatement mise à pied, accusée « d’abus de pouvoir, de népotisme, et d’avoir sali le nom de la nation sur la scène internationale », comme l’indique le communiqué officiel de presse publié par la FSA sur Twitter (X). Si on ignore le lien entre la coureuse et Khadijo Aden Dahir, des poursuites pourraient être également engagées contre la mystérieuse association sportive universitaire somalienne avec laquelle Nasra Abubakar Ali a pu s’enregistrer si facilement pour cette épreuve… Le ministre Mohamed Barre Mohamud a confirmé que cette association n’avait pas d’existence légale dans le pays. « Ce qui s’est produit n’est pas représentatif du peuple somalien », a déclaré le gouvernement de Mogadiscio. Pour sa défense, Nasra Abubakar Ali a plaidé une entorse (qui ne l’a pas empêchée de sautiller de joie à l’arrivée…) et évoqué un complot organisé contre la dirigeante de la FSA – dont « le cas sera présenté à la prochaine réunion du comité national olympique somalien pour de nouvelles sanctions » a assuré Abdullahi Ahmed Tarabi, le président de ce comité… Pays en guerre civile depuis le début des années 1990, en proie à une insurrection islamiste, sans réel État, la Somalie figure bonne dernière sur les 180 nations recensées, comme étant la plus corrompue par l’ONG Transparency International.