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Haydn en majesté

Quatuors op. 76:  en CD (Erato), et en concert à la Philharmonie de Paris,  jeudi, par le Quatuor Arod


En 1790 meurt le prince Esterhazy, âgé de 77 ans : Joseph Haydn, qui en a 65, se voit soudain libéré de ses obligations vis-à-vis de son mécène et protecteur austro-hongrois ; il choisit de partir pour Londres ; il y fera plusieurs séjours, jusqu’en 1795. Contemporain de Die Schöpfung (La Création) en 1798, un de ses célébrissimes oratorios, – avec, trois ans plus tard, Die Jahreszeiten (Les Saisons), partition achevée en 1801 -, les six quatuors op.76 sont la quintessence d’un art dont le compositeur est alors le pionnier : celui du quatuor à cordes, promis à s’épanouir, comme l’on sait, dans l’époque romantique et post-romantique…

Délectable

Il y a beau temps déjà que le goût contemporain revisite sur instruments d’époque la musique de chambre de la période classique, – cf. le Quatuor Mosaïques, interprète, dans les années 1990, de sublimes enregistrements de plusieurs opus des quatuors. C’est ce sillage que creuse à nouveau frais le Quatuor Arod, une phalange de jeunes instrumentistes français. Ceux-ci exploraient jusqu’alors par prédilection les compositeurs du XIXème et XXème siècles –  de Schubert à Ravel, en passant par Mendelsshohn, Schoenberg, Debussy…

Pour cette gravure de l’intégrale des six Quatuors op. 76 de Haydn, double CD qui vient de paraître chez Erato, ils ont conservé leurs instruments modernes, mais en y greffant des copies d’archets du XVIIIème siècle, réalisées à partir d’un modèle circa 1770, attribué à François Xavier et Nicolas Léonard Tourte : ces archets sont, paraît-il, plus fins et plus légers que ceux d’aujourd’hui. Choix hybride, donc, puisque les cordes, elles, sont en acier, et non pas en boyau animal tel que dans le standard originel.

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Résultat ? Une netteté, une transparence de son hautement revendiquée. De fait, à l’écoute, ces quelque deux heures et plus que dure ce must de la maturité de Haydn, gagnent un accent de malice, un pétillement, une fraîcheur particulièrement délectable. Musiciens aguerris de cette formation créée en 2013 – Jordan Victoria et Alexandre Vu aux violons, Jérémy Garbarg au violoncelle et, dernier venu de la troupe, Tanguy Parisot à l’alto -, les jeunes gens, exhibant en photos couleur leurs effigies sur la pochette et les disques de l’album, n’hésitent pas à « casser les codes », comme on dit, de la bonne éducation par force grimaces et fou-rires. Mise à part ces inutiles facéties de marketing, leur interprétation pleine de vitalité donne un vrai coup de fouet à cet opus magnum du plus grand compositeur de ce temps – avec Mozart.

Marathon

Rappelons que dans ce corpus mémorable entre tous figure, mouvement lent du n°3 (plage 10 du premier CD), le morceau qui, après avoir été celui de l’Autriche, reste toujours (joué ici, par bonheur, de façon plus grâcieuse que virilement teutonne) l’hymne national allemand. L’adagio du n°4, baptisé « Lever de soleil » par le compositeur lui-même, demeure une des pages les plus émouvantes du répertoire. Et que dire de l’ouverture allegretto du n°5, et du finale presto, lesquels encadrent les mouvements cantabile e mesto (c’est-à-dire « triste avec chagrin ») puis le menuet allegro : un pur régal de douceur, de fantaisie, d’espièglerie jubilatoire, contrastes que le Quatuor Arod n’hésite pas à rendre par des tempos soumis quelquefois à de téméraires accélérations. Grevé par endroits d’effets archaïsants, voire pastichant… la cornemuse, cet opus 76 mérite d’être redécouvert de bout en bout sous ces auspices.

Dans le cadre de la 12ème Biennale de quatuors à corde, la Philharmonie de Paris accueillera en concert le Quatuor Arod, pour une intégrale de cet opus 76, tel que gravé sur ce double CD. La partition dépasse les deux heures –  un vrai marathon pour les interprètes. A vos agendas : ce sera pour jeudi prochain, 15 janvier.   


2 DC Haydn op. 76 par le Quatuor Arod. Warner classics/Erato, avec le soutien du CNM.

Intégrale des 6 quatuors op. 76 de Haydn, en concert le 15 janvier à 20h à la Philharmonie de Paris. Cité de la Musique, 221 av. Jean Jaurès, 75019 Paris.

La France face au mur de la cécité

La France se trouve dans l’impasse, confrontée à un mur de la cécité: l’impuissance politique se conjugue désormais à la peur du peuple. Nos responsables politiques ne craignent plus tellement de voir le Rassemblement national prendre le pouvoir; ce qu’ils redoutent le plus, à présent, c’est une révolte populaire violente. Analyse.


Il faudrait, un jour, entreprendre la chronique de cette France que beaucoup disent finissante, mais qui continue pourtant d’avancer, à pas lents, parfois incertains, retenue au monde par des fils plus résistants qu’on ne le croit : des institutions imparfaites, des habitudes collectives, mais aussi une mémoire diffuse et des attachements profonds qui ne se laissent pas dissoudre si facilement. On la croit épuisée ; elle est surtout fatiguée de ses propres renoncements, comme engourdie par un excès de discours qui l’empêchent de s’entendre. Elle n’est pas morte : elle traverse un long moment de suspension, un temps où le pays semble se chercher sans oser se nommer. Elle demeure là, pourtant, dans cette obstination silencieuse qui a souvent précédé, dans son histoire, les réveils les plus inattendus.

Mais c’est précisément cette persistance inquiète, cette survie entravée, que le pouvoir s’emploie désormais à recouvrir d’illusions, comme si le pays réel devait être tenu à distance de lui-même.

Un cadavre élégant, maquillé d’euphémismes. Un pays qui récite le réel pour mieux l’étouffer. Les discours changent de tonalité mais jamais de nature : ils sont les variations d’un même requiem.

Droite, gauche, centre — trois couleurs d’un crépuscule qui s’étire. Trois inflexions sur une même peur : celle du peuple réel, celui qui vote mal, celui qui gémit sans bruit, celui qui rêve encore d’une France charnelle, non dissoute dans la sacramentalisation du « vivre-ensemble ».

Ils tremblent devant un nom — Rassemblement national — comme s’il contenait le parfum d’une terre ancienne, labourée, inquiète, entêtée de ciel et de mémoire.

Ils tremblent non d’un changement politique, mais de ce retour du réel, brut, inconciliable, farouche — ce monde paysan, provincial, viscéral qu’ils croyaient mort depuis longtemps et qui revient, silhouette obstinée, frapper à la porte de l’Histoire.

La désertion du politique : un vide administré

Ce pays n’est plus gouverné ; il est administré. On y gère l’effritement comme on entretient une ruine qu’on n’a pas le courage d’abattre. La droite panse le désastre, la gauche le sanctifie, le centre s’y prélasse avec cette satisfaction de n’avoir ni racines ni ennemis. Tous s’accordent sur un seul point : surtout ne pas réveiller la France réelle, la France des cicatrices, des salaires maigres, de la langue abîmée, des espoirs comprimés.

Le politique s’est dissous. L’humanitaire a pris sa place. À la nation, on a substitué un catéchisme de valeurs flottantes. Le vivre-ensemble a usurpé l’autorité ; l’antiracisme s’est fait religion ; la diversité, ce mot tendre pour dire la fragmentation, est devenue la nouvelle liturgie où les élites viennent laver leur mauvaise conscience européenne.

Le religieux revient toujours lorsque le politique meurt. C’est ainsi que pullulent prêtres médiatiques, petits confesseurs du Bien, commissaires moraux, croisés de plateau télé distribuant l’onction ou l’excommunication. Dans cet air saturé d’encens laïque, la moindre inquiétude identitaire devient péché capital. Dire qu’on s’interroge sur l’immigration ? Blasphème. Évoquer la fracture culturelle ? Sacrilège. Prononcer le mot France sans trembler ? Hérésie.

Le peuple bâillonné

Pendant ce temps, les milieux populaires subissent la métamorphose du pays dans leur chair, loin des abstractions statistiques. Ils voient les visages changer comme on voit un paysage absorber l’hiver. Ils entendent leur langue perdre du terrain, syllabe après syllabe. Ils découvrent dans l’école de leurs enfants un pays qui ne ressemble plus à celui de leurs parents. Ils perçoivent la montée d’une altérité qui n’a pas demandé l’intégration et qui, portée par la force du nombre, recompose des enclaves où la France n’est qu’un murmure hostilisé.

Christopher Lasch l’avait annoncé : les classes parlantes ont volé la parole. Les classes vivantes n’ont plus que le droit de se taire — ou de voter une fois tous les cinq ans, geste dérisoire que les élites s’empressent ensuite de neutraliser par l’appel rituel à « faire barrage ».

Faire barrage à quoi ? À qui ? Au peuple lui-même.

L’immigration : refoulé national, refoulé civilisationnel

Il y a dans cette immigration de masse quelque chose qui dépasse le social : un séisme d’humanité. Un déplacement tectonique du destin européen. Un changement de lumière spirituelle. On l’interdit de parole ; et ce bâillon est plus corrosif que les chiffres. Ce phénomène révèle l’effondrement du modèle assimilationniste, la transformation de la culpabilité postcoloniale en instrument de gouvernement, et la paralysie d’un État qui craint désormais son propre pouvoir.

Cette immigration vient, massivement, de mondes islamisés porteurs de structures mentales, de hiérarchies sacrées, de représentations du féminin, de la liberté et de l’autorité qui se heurtent frontalement à l’héritage européen.

Il ne s’agit pas d’un « défi ». Il s’agit d’une contradiction ontologique. Une collision d’imaginaires.

Le symptôme juif : un peuple sent la fin avant les autres

Rien ne dit mieux l’état d’un pays que la manière dont il traite ses Juifs. Et la France les laisse partir, les voit glisser hors d’elle comme un souffle qu’on perd à mesure que l’hiver s’installe. Ils ne partent pas par désamour, mais par pressentiment. Ils sentent avant les autres le moment où la promesse républicaine se fracture, où la protection de l’État devient incertaine, où la haine change de visage tout en gardant son vieux parfum. Leur départ est un avertissement. Une prophétie basse, presque chuchotée. Lorsque les Juifs quittent un pays, ce n’est pas leur fidélité qui s’éteint : c’est la civilisation qui chancelle. Car si les Juifs s’en vont, qui restera pour croire encore en la France comme idée universelle ?

Personne — ou alors trop tard.

La cécité organisée

Les dirigeants ne craignent plus l’injustice : ils craignent les chroniqueurs. Ils ne redoutent plus le peuple : ils redoutent la suspicion d’être réactionnaires. Ils ne répondent plus à l’Histoire : ils obéissent aux plateaux télé. La France marche vers un mur. Un mur tissé de déni, de peur, de lâcheté méthodique. Un mur élevé par ceux dont la fonction première est de regarder — et qui ont choisi la cécité. Et leur peur véritable n’est pas celle d’être remplacés par un personnel politique estampillé RN. Leur effroi secret, leur frémissement nocturne, c’est la crainte d’un coup de balai populaire. La peur d’une irruption de la France d’en bas, d’une poussée tellurique du pays réel balayant les façades, renversant les décors, brisant l’illusion d’une démocratie encore tenue.

Ils sentent confusément que l’élection pourrait n’être que l’annonciation d’un chaos — un tumulte sombre, peut-être violent, mais où scintillerait la promesse d’une recréation, d’un monde enfin remis en chantier, d’une société cherchant, à travers la tempête, à guérir de ses mensonges.

On peut survivre longtemps sans vérité ; on ne survit jamais à son reniement.

La question de civilisation

Le départ des Juifs, le mutisme des classes populaires, l’arrogance fébrile des élites : trois symptômes d’une même agonie.

La France ne s’écoute plus. Elle ne se raconte plus à elle-même. Elle n’entend plus la voix intérieure qui lui servait d’axe dans l’Histoire. Elle a perdu la légende qui l’habitait, la mémoire qui la portait, la foi dans son propre souffle. La menace n’est pas politique : elle est spirituelle. C’est le lien invisible — ce fil de lumière entre les vivants et leur passé — qui se déchire. Quand un pays cesse d’être un pays, il devient un décor. Et les peuples, tôt ou tard, quittent les décors.

Le retour du réel

On peut différer mille lois, mille réformes, mille discours. Mais on ne diffère jamais la vérité. Elle revient, toujours, comme un fleuve souterrain qui, un matin, crevasse la pierre et fait vaciller les murs de la maison.

Les peuples qu’on humilie se réveillent. Les communautés qui s’en vont ne reviennent plus. Les élites qui se croyaient immortelles découvrent qu’elles ne tenaient rien. Le mur du déni craquera. Dans les fissures, il y aura de la peur, peut-être du sang — mais il y aura surtout la crispation lumineuse d’un recommencement possible. Ou, au moins, la fin nue, sans liturgie, d’un monde qui aura refusé de se regarder mourir.

La société malade

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Le Mercosur, symbole d’un mondialisme finissant

Alors que les derniers fans d’Emmanuel Macron s’enfuient, les paysans s’enflamment, observe notre chroniqueur


Comme une odeur de roussi alentours du pouvoir. Les résistants de la 25e heure, reniant leurs dithyrambes, se bousculent pour dire le mal qu’ils pensent du chef de l’Etat. Ces enfonceurs de portes ouvertes n’ont pas de mots assez durs contre Emmanuel Macron. La vacuité du personnage, insincère et narcissique, était pourtant identifiable dès ses premiers pas présidentiels. Je ne retirerai pas un mot de la « grande mascarade[1] » décrite en 2017.

Un traité approuvé vendredi par l’UE malgré le refus de la France

Cependant, dénoncer l’entourloupe de l’ambitieux Eliacin, issu d’une fictive société civile, valait alors d’avoir sur le dos la gauche mondaine, la droite versaillaise et les perroquets médiatiques emballés par les génuflexions de Macron à la pensée obligée. Hormis quelques inébranlables fanatiques, ce beau monde se carapate après avoir découvert, au bout de neuf ans, Néron sous Jupiter. Derrière la diabolisation du populisme, épouvantail brandi par Macron au nom du progressisme, apparaît aussi un système oligarchique immobile et dispendieux, qui répugne à s’adresser au peuple et à le consulter. Or ce sont ces indésirables, injuriés par le régime quand ils étaient en gilets jaunes ou résistaient au liberticide hygiénisme d’Etat, qui ont les idées les plus claires. Le bonnet jaune, porté par la Coordination rurale, est le nouveau signe de la colère française. Les agriculteurs dévoilent, dans leur refus du traité de libre-échange du Mercosur avec l’Amérique du Sud, les choix frivoles des dirigeants convertis au mondialisme et à ses consommateurs indifférenciés.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple indésirable, bête noire d’un régime en fin de vie

L’opposition au Mercosur, approuvé vendredi par l’Union européenne en dépit du refus de la France, résume le basculement idéologique opéré sous la pression d’une opinion excédée. En réalité, ce traité n’est pas l’horreur décrite par ses détracteurs, même s’il risque en effet de mettre en concurrence déloyale certains éleveurs. L’accord pâti d’abord d’être le symbole du monde déraciné que rejette la France enracinée. Celle-ci récuse le sans-frontiérisme indifférent à l’âme des peuples et des nations et qui hisse l’argent en unique valeur d’intégration. Cette vision postnationale et matérialiste est celle de M. Macron. Promoteur lyrique de la souveraineté européenne, il découvre qu’il n’a même plus les moyens de défendre les intérêts vitaux d’une souveraineté alimentaire…

L’insécurité culturelle du monde rural

Ce mépris du monde rural a été jusqu’à pousser la Cour des Comptes à prôner un abattage des vaches accusées, par leurs flatulences, d’aggraver le réchauffement climatique ! J’étais, jeudi matin, avec les agriculteurs qui ont réussi l’exploit tactique d’amener leurs tracteurs, durant la nuit, jusqu’au pied de l’Arc de Triomphe, au cœur de Paris, en se jouant des dispositifs policiers. Aucun élu ne les avait rejoints dans la matinée, hormis la députée LFI Aurélie Trouvé arrivée tôt. Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, non-élus, sont venus en fin de matinée.Florian Philippot ou Sarah Knafo étaient sur d’autres sites. Cette défection des parlementaires français illustre la somnolence de la classe politique, y compris à droite.

Plus que jamais, il revient aux Français eux-mêmes de se débarrasser de ce système finissant : il ne correspond plus à son époque. Accepter l’euthanasie des paysans serait accepter la disparition de la France.

Macron, la grande mascarade: Blocs-notes 2016-2017

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[1] Macron, la grande mascarade (L’Artilleur, 2017)

«Haut-Commissariat aux diasporas»: la nouvelle fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

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Diversité. Jusqu’à présent, la France ne reconnaissait officiellement aucune communauté autre que la « communauté nationale ». En proposant la création d’un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas, composé de trente personnalités — dont certaines figures susceptibles de susciter la controverse, leur attachement au discours républicain ou universaliste ayant parfois été mis en doute (Teddy Riner, Lilian Thuram, Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira…) — le président Macron semble céder à une forme de surenchère identitaire woke. La France ne peut pas combattre le séparatisme avec le même logiciel que Jean-Luc Mélenchon!


Le président Macron souhaite organiser à Nairobi en mai 2026, un sommet franco-africain intitulé « Africa Forward » (les francophones africains apprécieront…). Pour le préparer, il projette de créer un « Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas », révèle L’Opinion[1]. Les personnalités pressenties pour en faire partie, sont en grande majorité d’origines africaines, proches ou lointaines, maghrébines ou subsahariennes. Si cela semble cohérent avec la perspective du sommet « Afrique-France », en revanche, l’intitulé de ce nouvel organe officiel laisse entendre qu’il s’agirait de prendre en compte des populations au-delà du continent africain.

Juifs et Arméniens oubliés ?

D’ailleurs, dans la liste des personnalités déjà évoquées, la présence de Madame Simeng Wang, sociologue spécialiste du racisme anti-asiatique, tendrait à témoigner d’une certaine volonté d’englober toutes les « diasporas » dans leur « diversité ». On pourra alors légitimement s’étonner que parmi les diasporas en question, les diasporas juive et arménienne ne soient pas envisagées.

L’absence de personnalités juives et arméniennes dans ce Haut-Commissariat est en effet d’autant plus saisissante que le terme de diaspora évoque en premier lieu la diaspora juive. En tout cas, le dictionnaire Robert de la langue française, dans sa définition, évoquant d’abord l’Histoire nous dit « Dispersion des Juifs exilés de leur pays », avant d’en donner la définition générique : « Dispersion (d’une communauté) à travers le monde ; la population dispersée », puis en cite un autre exemple : « La diaspora arménienne ». Dans la définition du site du Musée de l’immigration de la Porte Dorée, il est d’ailleurs précisé : « En France, les diasporas juives et arméniennes sont les plus connues ; elles se réfèrent à un territoire perdu, point de départ d’une vie rythmée par la mobilité. »

« Une appropriation culturelle » en toute bonne conscience

Cet « oubli » de la première diaspora historique, dont la France accueille toujours une part importante malgré les menaces et les actes anti-Juifs qui connaissent une augmentation exponentielle ces dernières années et notamment depuis le 7 octobre 2023, s’inscrirait-il dans une volonté « d’appropriation culturelle » à rebours ? On connait bien en effet désormais le caractère revanchard de l’idéologie décoloniale qui préside au dénigrement et aux accusations systématiques de l’Occident dans toutes ses dimensions. Et on a compris également que dans cette perspective, les Juifs sont considérés comme des « super-blancs » jouissant d’un super « privilège blanc », ledit « privilège juif ».

Dans la théorie du privilège social, cette notion de privilège est en effet distordue : le privilège n’y ressort pas d’un droit inégalitaire mais d’une situation de fait qui porterait préjudice à ceux qui n’en bénéficient pas. Dans le cadre de la « théorie critique de la race », Karen Brodkin considère par ailleurs que des personnes ou des groupes peuvent devenir blancs à la suite d’un processus historique d’acculturation/assimilation… La « blanchité » des Juifs est ainsi supposée constituer le point final d’une histoire qui commencerait après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’antisémitisme est devenu honteux à cause de la Shoah, se poursuivrait avec la création de l’État d’Israël, et serait pleinement abouti en 1967, lorsque les Israéliens gagnent la guerre des Six jours, devenant dans cette vision, des « dominateurs » accomplis.

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Dans cette optique, si les Juifs, et dans une moindre mesure les Arméniens remarquablement bien intégrés aux sociétés occidentales après le génocide de 1915, sont devenus des « dominants », il est légitime et même obligé, de tenter de les déposséder de tous leurs privilèges supposés. Et il conviendrait ainsi de transférer le statut de « peuple élu/ peuple paria » des Juifs, à la figure du nouveau damné de la terre par excellence, le Palestinien en premier lieu, et plus généralement à tous les « racisés » et les immigrés. La notion de diaspora, avec toutes les connotations de malheur, de souffrance et de compassion qu’elle porte, devrait donc impérativement être rayée des histoires juive et arménienne, pour être attribuée à ceux à qui elle reviendrait « de droit ».

Ainsi, tandis que dans l’idéologie woke, toute adoption par un « blanc », d’un mot, d’une musique, d’une mode vestimentaire ou d’une coiffure même, d’origine autre qu’occidentale, est accusée de relever de « l’appropriation culturelle » s’apparentant à un vol colonialiste, il serait juste que les racisés s’emparent des biens occidentaux jusque et y compris de leurs mots et de leur histoire. Exclure les Juifs et les Arméniens de la composition du futur Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas ne serait donc que justice, puisque cette création s’inscrit manifestement dans cette vision multiculturaliste de la « diversité ».

L’idéologie inclusive contre l’universalisme républicain

La diversité est en effet le maître-mot de l’idéologie inclusive qui sévit avec de plus en plus de vigueur. Tandis que des dispositions ont été conçues initialement comme une stratégie de quotas participant de la lutte pour l’égalité républicaine, les notions « d’inclusivité » et de « diversité » participent désormais d’une idéologie, d’une vision du monde globale, qui cherche à s’imposer par des injonctions tyranniques relevant bien davantage de la loi morale que de l’ingénierie démocratique.

L’usage du terme « inclusif » a fait en effet dériver le sens originel de l’inclusion. Dans le champ de la logique formelle auquel il appartient originellement, le terme désigne la caractéristique des sous-ensembles, inclus dans un ensemble plus vaste défini par un critère commun à toutes les parties. Mais désormais, l’adjectif « inclusif » signifie non seulement « qui n’exclut aucune différence », mais aussi « qui contient en soi quelque chose d’autre ». Ainsi, réclamer « l’inclusion » en lieu et place de « l’assimilation », c’est à la fois accepter une certaine réalité communautarisée, et réfuter l’universalisme républicain qui sans les nier, secondarise les particularités. C’est imposer une conception différencialiste et à terme, paradoxalement séparatiste de la société contre l’idée républicaine. En parlant de « nos diasporas », le président Macron pourrait sous-entendre que les diasporas présentent sur le sol français sont « nôtres », c’est-à-dire participent de la nation française. Cela est certainement le cas a priori pour tout citoyen français dont les origines se trouvent dans une de ces populations dispersées. Mais alors il conviendrait de mettre en avant l’appartenance française et de choisir dans toutes les diasporas sans exclusive, des personnalités qui valorisent l’adhésion à la conception républicaine universaliste et non pas des tenants de la théorie décoloniale culpabilisatrice comme cela est majoritairement le cas dans la première liste de noms, évoqués spontanément semble-t-il comme allant de soi.


[1] https://www.lopinion.fr/politique/macron-veut-creer-un-haut-commissariat-a-la-diversite-et-aux-diasporas

Iran: qui aura le plus peur?

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La contestation se poursuit en Iran, où Internet est coupé depuis plusieurs jours et où la vie quotidienne est quasi paralysée, selon plusieurs sources. Entre le régime et la société, le contrat social est rompu. Gil Mihaely dessine les trois perspectives qui s’offrent au pays.


La chute brutale du taux de change de la devise iranienne, le toman, qui a franchi de nouveaux seuils psychologiques face au dollar, a constitué l’étincelle immédiate de la vague de protestation actuelle. Cette dévaluation accélérée, perçue comme incontrôlée et désormais irréversible, a frappé de plein fouet les classes commerçantes urbaines, au premier rang desquelles les bazaris. Historiquement pilier social du régime, à la fois relais économique, réseau de solidarité et socle idéologique de la République islamique, le bazar a réagi avec une rapidité révélatrice : fermetures de boutiques, grèves spontanées, refus de fixer des prix dans un contexte de monnaie en chute libre. Ces gestes traduisent une revendication politique explicite exacerbée par un constat brutal d’effondrement de l’ordre économique. Mais cette colère économique est indissociable d’un sentiment plus profond de dépossession stratégique.

Ni prospérité économique, ni victoire géostratégique

Aux yeux d’une partie croissante de la population, l’effondrement du pouvoir d’achat intervient après des années de sacrifices imposés au nom d’une politique régionale présentée comme existentielle, et dont l’échec est désormais patent. La stratégie de confrontation indirecte avec Israël s’est brisée à Gaza comme au Liban, puis s’est soldée par la guerre de douze jours, perçue comme une défaite nette et humiliante. L’argent englouti dans les milices, les missiles et les fronts extérieurs apparaît rétrospectivement comme gaspillé, sans gains stratégiques tangibles, alors même que l’économie intérieure s’asphyxie. Lorsque le bazar cesse de fonctionner, ce n’est pas seulement le signe d’une crise économique aiguë, mais l’indicateur qu’un contrat implicite a été rompu, celui par lequel le régime justifiait la pauvreté au nom de la puissance et découvre aujourd’hui qu’il n’a livré ni prospérité ni victoire.

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Quinze jours après le déclenchement des manifestations, on peut ainsi estimer prudemment que la vague actuelle de protestation pose au régime le défi le plus sérieux à sa survie depuis 1979. À un mois de la commémoration du 47ᵉ anniversaire de la révolution islamique, il n’est même plus certain que celle-ci puisse se dérouler dans des conditions ordinaires. Pour autant, cette intensité ne signifie pas qu’un changement politique soit nécessairement imminent. Même après plusieurs jours de manifestations massives, souvent violentes, il demeure difficile de parler d’un « mouvement de protestation » au sens strict, c’est-à-dire d’une coalition large, structurée et organisée, capable de transformer la colère sociale en projet politique cohérent.

La dynamique actuelle se caractérise plutôt par une agrégation progressive de secteurs sociaux distincts, entrés dans la contestation par des voies différentes. Après les bazaris, touchés directement par l’effondrement monétaire, ce sont les classes moyennes urbaines, les jeunes diplômés précarisés, puis des segments de la petite fonction publique et des services qui ont rejoint le mouvement, portés par l’inflation, la paupérisation rapide et l’absence totale de perspectives. En revanche, aucun indice ne permet encore d’affirmer que des secteurs économiques véritablement stratégiques, tels que le pétrole et le gaz, se soient engagés pleinement dans le mouvement. Or ce sont précisément ces secteurs qui, par des grèves massives et coordonnées, seraient en mesure d’accélérer un effondrement du régime en paralysant les sources vitales de devises et de revenus.

À la dynamique sociale initiale s’est très rapidement ajoutée une géographie spécifique de la contestation, confirmant le rôle moteur des périphéries iraniennes dans les phases de crise aiguë du régime. Dès les premiers jours suivant le 28 décembre 2025, les régions kurdes de l’ouest et du nord-ouest figurent parmi les plus mobilisées. Des rassemblements importants sont signalés à Sanandaj, Saqqez et Mahabad dès le 30 décembre, avec des slogans dépassant largement la question du pouvoir d’achat pour viser directement le système politique. Les forces de sécurité y interviennent précocement et avec une intensité supérieure à celle observée dans les grandes métropoles du centre, faisant état de tirs à balles réelles et d’arrestations massives dès le 31 décembre. Dans le sud-est, le Baloutchistan connaît également une mobilisation rapide à Zahedan et Khash, des manifestations éclatent dès les 2 et 3 janvier 2026, malgré un dispositif sécuritaire particulièrement dense, illustrant la profondeur du ressentiment accumulé dans cette province marginalisée. Dans ces régions, la contestation ne se limite pas à la crise monétaire déclenchée par l’effondrement du toman, mais remet en cause la nature même du lien politique avec Téhéran, perçu avant tout comme coercitif. La répression y est plus dure, plus visible et plus meurtrière que dans le centre du pays, confirmant que le régime continue de traiter ses marges comme des espaces de contrôle prioritaire. Le ralliement plus tardif des régions azéries, observé à partir de la première semaine de janvier 2026 à Tabriz et Ardabil, n’en est que plus significatif. Il intervient malgré l’origine azérie du guide suprême, Ali Khamenei, et marque un seuil politique important ; lorsque même les populations historiquement les plus intégrées à l’État central rejoignent la contestation, c’est que la loyauté identitaire et symbolique ne suffit plus à contenir une colère désormais structurée par l’effondrement économique et la perte de crédibilité du centre.

Une opposition fragmentée

Pourtant, sur le plan politique, les manifestations demeurent largement dépourvues de direction structurée et de centre décisionnel identifiable. Ce déficit organisationnel constitue, à court terme, un avantage tactique évident en privant le régime de sa méthode éprouvée de décapitation du mouvement par l’arrestation ciblée de leaders, de porte-parole ou de comités centraux. La contestation se diffuse ainsi de manière horizontale, fragmentée, difficile à anticiper et à neutraliser durablement. Mais cette force conjoncturelle se transforme, à moyen et long terme, en faiblesse structurelle majeure. L’absence de leadership n’entrave pas l’extension géographique et sociale des protestations, mais elle rend profondément incertaine la capacité du mouvement à se doter d’un projet politique cohérent, d’une stratégie de négociation ou de rupture, et, surtout, d’une alternative de pouvoir crédible et reconnue, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.

Ce vide politique ouvre un espace dans lequel peut émerger une figure d’incarnation, précisément parce qu’aucune autre ne s’impose de l’intérieur. Dans ce contexte, le prince Reza Pahlavi tend à s’affirmer comme la seule voix identifiable et audible de l’opposition iranienne. Sans qu’il soit possible, à ce stade, de mesurer précisément l’adhésion réelle de la société iranienne à sa personne ou au rôle qu’il pourrait jouer dans l’avenir politique du pays, un fait mérite d’être relevé : son nom est le seul à être scandé de manière répétée dans certaines manifestations et relayé de façon constante sur les réseaux sociaux. Cette centralité symbolique ne constitue pas en soi un programme politique ni une légitimité populaire acquise, mais elle témoigne d’un besoin profond de repères, de continuité et de lisibilité politique dans un mouvement qui, faute de structures internes, cherche à projeter une figure capable d’incarner une alternative, même encore largement indéterminée.

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Pour le moment, malgré quelques incidences de fraternisation, un autre point décisif fait encore défaut : l’apparition de fissures visibles au sein de l’élite politique et sécuritaire. Les Gardiens de la révolution, la milice des Bassidjis et les forces de sécurité intérieure continuent, du moins en apparence, d’afficher cohésion et discipline. Aucun phénomène massif de désertion, de refus d’obéir ou d’érosion fonctionnelle n’est observé à ce stade. Le noyau dur du régime, structuré autour du guide suprême et de son entourage, conserve sa capacité de répression. Le régime ne parvient pas à éteindre la contestation, mais les manifestants ne parviennent pas non plus à en ébranler les fondements institutionnels.

Dans ce contexte, l’Iran semble glisser vers une crise politique profonde et prolongée, susceptible d’évoluer selon plusieurs trajectoires. La première demeure celle d’une répression efficace et durable, capable de contenir puis d’étouffer temporairement la protestation. C’est l’option privilégiée par le régime. Elle est cependant risquée, car elle ne fait qu’accumuler frustration, colère et ressentiment, tout en exposant le pays à une pression internationale accrue, notamment américaine. Même en cas de succès tactique, une telle répression ne traiterait aucun des problèmes structurels qui sont derrière la crise en cours – asphyxie économique, effondrement monétaire, corruption systémique et perte de légitimité idéologique. Rappelons également que depuis une petite décennie ces irruptions de colère deviennent de plus en plus récurrentes et rien ne permet de croire que l’échec éventuel de la vague actuelle n’est autre chose que partie remise.

La deuxième trajectoire possible serait une extension continue des manifestations, à la fois numériquement, géographiquement et politiquement, accompagnée d’une radicalisation croissante. Une telle évolution mettrait à rude épreuve les mécanismes de répression et pourrait faire peser une menace directe sur la survie du régime. Elle ouvrirait toutefois la voie à un scénario de chaos, dans lequel des acteurs radicaux, internes ou externes, pourraient tenter de confisquer la dynamique révolutionnaire, voire provoquer une fragmentation territoriale du pays.

La troisième option serait la reconnaissance, par une partie du sommet du pouvoir, de l’incapacité à contenir durablement la crise. En théorie, cela pourrait conduire à un revirement stratégique majeur, notamment sur le dossier nucléaire, afin d’obtenir un allègement des sanctions et une respiration économique. En pratique, ce scénario apparaît extrêmement peu probable. Le guide suprême continue de marteler qu’il ne reculera « pas d’un seul centimètre ». Reste alors l’hypothèse d’une recomposition interne du pouvoir, dans laquelle certaines factions des Gardiens de la révolution pourraient sacrifier le guide, avec ou sans son consentement, pour instaurer un régime de type thermidorien, dominé par les militaires. Une telle évolution ne garantirait ni l’apaisement ni une transition démocratique, mais elle marquerait un basculement du pouvoir des religieux enturbannés à celui de militaires, et l’entrée de la République islamique dans une nouvelle phase de son existence.

Zidane perd la boule

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Le gardien de but des Fennecs a failli en venir aux mains, hier, après le coup de sifflet final. L’arbitre a été évacué sous escorte de sécurité.


Au coup de sifflet final, les esprits s’échauffent, Zidane empoigne un adversaire et provoque un début de bagarre générale ! Nous ne sommes plus en 2006 quand Zinedine Zidane assenait un coup de tête à l’Italien Materazzi en finale de la Coupe du monde de football, mais samedi dernier 10 janvier 2026, à la fin d’un quart de finale de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations) quand Luca Zidane, fils de Zinedine et goal de l’Algérie, battue et éliminée par le Nigeria 2 à 0, a perdu la boule !

Pour disputer cette compétition (organisée au Maroc du 21 décembre au 18 janvier), l’Algérie avait pourtant mobilisé treize mercenaires nés à Paris, Marseille ou Lyon, en Île-de-France à Arpajon, Montreuil ou Sarcelles, en province à Grasse, Arles ou Châlon, des binationaux appelés pour défendre les couleurs de l’équipe nationale algérienne.

A relire, Driss Ghali: Ecoute-moi bien, toi le « supporter » algérien…

Et dans ce contingent, au poste de gardien de but, on trouve Luca Zidane, fils aîné du divin chauve, né à Marseille en 1998. S’il a fait toutes ses classes sous le maillot bleu des équipes de France de jeunes, il a fini par répondre à l’appel du muezzin. En septembre, la FIFA (fédération internationale) annonçait que Luca changeait de nationalité sportive et s’engageait sous le maillot vert des Fennecs. A-t-il agi sur un coup de tête ? Il affirme que c’est uniquement sur un coup de cœur : « Je suis très content d’être ici. C’est une fierté pour moi et je donnerai tout à 100% pour que le peuple algérien soit fier. »

Et qu’en pense son père ? Sur le terrain des relations franco-algériennes, Zinedine Zidane ne s’exprime jamais. Ni sur la Fondation qu’il finance en Algérie, ni sur la condamnation par la justice algérienne de Christophe Gleizes, journaliste sportif français, à 7 ans de prison. Zizou a pris ses distances. Depuis 25 ans il vit en Espagne où après avoir joué et entraîné le Real Madrid, il jouit d’une retraite dorée. C’est pourtant lui que la Fédération française a choisi pour être le prochain sélectionneur de l’équipe de France (quand après la prochaine coupe du monde de juin-juillet, l’actuel titulaire Didier Deschamps rendra son tablier).

Maintenant si on lui demande ce qu’il pense du comportement de son fils Luca à l’issue de Algérie-Nigeria, Zinedine pourra toujours répondre que les chiens ne font pas des chats.

Les nouveaux monstres

Les Hyaines de Bruno Lafourcade est bien plus qu’un recueil de néologismes. C’est une galerie de portraits cruels, désopilants et terriblement justes de nos chers contemporains.


C’est un ouvrage hilarant. Bruno Lafourcade y croque, avec une joyeuse férocité, les néo-monstres engendrés par unmonde qui tourne sur lui-même, comme une toupie. On éclate de rire à chaque page, tant l’auteur a pris du plaisir à épingler comme des papillons les mutants qui sont le fruit d’une hybridation inédite : la Taupe-Modèle, la Bovarhyène, l’Albatroce, le Rastaqueer, l’Âme Bâtée, etc. – chaque chimère bénéficie d’un néologisme, d’un mot-valise, d’un terme hybride lui aussi.

Ce sont en tout quarante-quatre textes, nouvelles et chroniques, où l’on découvre les Nouveaux Monstres, plus effrayants que ceux de Dino Risi ; quarante-quatre textes qui brossent un tableau de l’époque qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jérôme Bosch. Mais que l’on ne s’y méprenne pas : la Hyaine du titre, qui amalgame haine et hyène, c’est l’auteur lui-même qui, dans un autoportrait mélancolique, ne s’exclut pas du zoo global.

Parmi les portraits les plus notables par leur drôlerie ou leur méchanceté : la Mamaggedon, la mère pilotant sa poussette-tank ; l’Albatroce, le poète officiel qui ne sort jamais sans sa principale groupie, « Mémé Césaire » ; le Saltimbank, l’artiste d’État, un « nanti-système », un « riche improductif qui joue à l’indigné » ; les Succubes volant(e)s, ces sorcières de l’écologie, obscurantistes et réactionnaires, qui rêvent d’un « état naturel chimérique », « avant la Faute et la Chute, avant Abel et Babel », « avant les genres et les langues », « avant le Mal et les mâles », où le Végan primordial vivait en paix parmi les lions végétariens.

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On voudrait tout citer, tant Lafourcade, écrivain visuel, portraitiste à la Daumier, a l’art de la formule, du croquis, du raccourci. Ainsi, son Rhinocérat, qui cumule le rhinocéros et le rat, désigne un idéologue qui fonce et qui ronge. C’est par exemple une journaliste qui, alertée par des « auditeurs offusqués », a écouté cent émissions du « Masque et la Plume » pour y traquer du sexisme ; elle en a trouvé, curieusement.

Ainsi également l’Anglobé, qui ouvre le recueil ; ce spécialiste du charabia parle le globish des gestionnaires d’actifs car « comme le corbeau croasse et le chameau blatère, l’Anglobé briefe ». L’Anglobé, dans les couloirs, on ne le croise jamais sans ses écouteurs sans fil : « Ouais, t’as été briefé sur les inputs ? Alors hésite pas à prendre le lead. On prévoit une conf’call ? »

La satire, c’est ce que Lafourcade a trouvé de mieux pour tenir à distance une société qui se perd dans ses ordres contradictoires et sa vertu mensongère, une société où les Nouveaux Monstres ont eu la peau du second degré. Dieu merci, il nous reste encore le rire pour parler du monde. Mais jusqu’à quand ?

Les Hyaines, Bruno Lafourcade, Éditions La Mouette de Minerve, 2025. 224 pages

Les hyaines

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Delpech, chantre de la nostalgie

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Michel Delpech nous a quittés, il y a dix ans, il aurait fêté ses 80 ans à la fin du mois de janvier. Paris Match a dernièrement classé ses 223 chansons et Monsieur Nostalgie n’a pas oublié ce banlieusard aux origines solognotes à la voix ambrée. Alors, pour le plaisir, on se retourne encore du côté de chez Michel…


Depuis plusieurs années, le sujet m’obsède ; je tourne autour, j’essaye d’en trouver la clé, mais il m’échappe. Est-il le réceptacle de nos émotions du passé ou la réinterprétation imaginaire de nos sentiments ? J’ai beaucoup lu, je me suis beaucoup renseigné. En vain. Certains auteurs m’ont guidé vers la lumière et se sont approchés au plus près de cette onde pour en définir l’intensité, en dessiner le halo très grossièrement car aucun n’a touché la mécanique de la nostalgie qui est à la fois une sensation physique et une déambulation de l’esprit. Une harmonie étrange où la tristesse et la joie s’accorderaient, une terre promise où les élans du cœur et les souvenirs reposeraient enfin en paix. L’homme qui vivrait sans nostalgie est, à mon sens, inapte, dépossédé de l’essentiel, il ne comprend que l’écume des jours. Il erre dans le présent en se morfondant sur son futur. La nostalgie fixe, ancre, elle est à la fois cap et borne, elle adoucit le présent sans hypothéquer l’avenir. Elle n’est pas ressassement ou radotage d’un âge d’or. Elle est le temps permanent de la nuance. Notre mausolée à tous. Les mots écrits, un peu secs, maladroits par leur froideur, imprimés sur la page, trop directifs, même de la part des meilleurs romanciers, ne provoquent pas le chavirement, le voyage intérieur et le frisson d’une fin d’été. Ils ne sont pas suffisants pour sonder les aléas, forer les interstices. Fades, imprécis, ils relatent, ils racontent mais passent souvent à côté. Ils sous-estiment les interférences et les collages d’images dispersées. La nostalgie est le territoire béni des contradictions et des fluctuations.  Les mots écrits n’arrivent pas à atteindre ces espace-temps plus flous, plus vagabonds, au goût doux-amer. Ils leur manquent une voix pour les transporter ailleurs.

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Et puis un jour, à Saint-Georges dans l’Indre, dans ma Mercedes, l’évidence m’est apparue. Elle était là, devant mes yeux, en chemise ouverte sur un médaillon et gros ceinturon, dans les émissions de variété de mon enfance, sur un plateau des Carpentier ou de Monsieur Lux. La lumière m’est enfin venue. Michel Delpech est et restera notre entremetteur souriant, cachant ses doutes sous sa moustache et ses rengaines populaires. Il faisait la kermesse. C’était lui le découvreur, l’inventeur du trésor. Les sachants mirent du temps à s’en rendre compte. Ils daubèrent, ils négligèrent cet artiste majeur, il leur a fallu quarante ans pour se réveiller, pour enfin saisir la portée de Michel Delpech, son aisance vocale, joueuse et tendre ; sans aigus et lamentations, il était bien le seul à ouvrir les portes de l’invisible. Il chantait la nostalgie comme on respire. Naturellement connecté à elle, il en distillait les mille merveilles, les mille délicatesses, les milles routines. Un fil invisible le reliait à un inframonde enfoui d’émotions refoulées, de plaisirs coupables, de plaisirs anodins, de petits riens qui sont un tout indispensable. Vous lui donniez un champ battu par les vents, une route boueuse, un bistrot des copains, un zinc des solitudes, une ville de banlieue, il vous transformait la banalité en cantate, un divorce en mélancolie soyeuse, un flirt en poème épique. Ce chanteur-artisan, qui tournait dans nos provinces et dont les tubes s’exfiltraient du transistor de nos grands-mères pendant qu’elles équeutaient des haricots verts, avait un cousin du grand Nord, le québécois Robert Charlebois. Plus gouailleur, plus rockeur, avec la langue juteuse de nos frères acadiens, il parlait lui aussi de cette nostalgie, de cet Eldorado. Quand l’un chantait « Je reviendrai à Montréal » en février 1976, quelques mois auparavant, l’autre entonnait « Quand j’étais chanteur » que Paris Match a classé 2ème dans son Top 223. Il y a entre les deux, un même terroir, la même symphonie des égratignures, la même recherche esthétique. On leur pardonnait tous leurs écarts. Michel, au-delà de distraire nos vies, fut et demeure notre éclaireur.  

Il y a une vie après l’Assemblée

83 % des Français estiment que les députés donnent une mauvaise image de l’Assemblée nationale. La contestation des crèches de Noël, l’activisme des néo-féministes, la tolérance de l’immigration irrégulière et le lâchage des agriculteurs donnent aussi une mauvaise image de la France.


Début décembre, un sondage OpinionWay pour Le Figaro révélait que « 83 % des personnes interrogées jugent que les députés donnent une mauvaise image de l’Assemblée. » Et 66 % des Français estiment qu’ils sont mal représentés par les partis politiques. En cette période de « bonnes résolutions », j’ai quelques idées d’économies à proposer les concernant…

Laïcité

29 novembre 2025 : inauguration de la crèche de Noël de l’hôtel de ville de Béziers en présence de plusieurs centaines de personnes venues l’applaudir et l’admirer, dont des représentants des différents cultes (catholique bien sûr, mais aussi juif, musulman, protestant et évangélique). En face, entre 50 (selon la police) et 100 (selon les organisateurs : Ligue des droits de l’homme, CGT, Libre Pensée et quelques-uns de nos opposants locaux…) manifestants pour la vilipender aux cris de « Ménard délinquant » ou « Ménard en prison ». Pour exprimer leur courroux, ils ont immédiatement et copieusement sifflé les chants de Noël entonnés par la chorale de nos « petits chanteurs »… Bon, je vous le dis tout de suite, siffler et huer des enfants qui chantent des cantiques de Noël ne les a pas rendus très populaires. Mais la meilleure réponse à toute cette agitation, c’est vous qui l’apportez : selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le JDD, 79 % des Français sont favorables à la présence de crèches de Noël dans les mairies. Allez, circulez !

Marianne d’or

Une récompense au goût de revanche… Le 9 décembre dernier, Béziers (eh oui, encore !) a reçu une Marianne d’Or, symbole de l’engagement républicain et de l’innovation au service de la collectivité, pour la brigade antistupéfiants de sa police municipale. Composée d’une dizaine d’agents particulièrement aguerris (je les surnomme « les Golgoths »), l’unité opère jour et nuit. Elle ne mène pas d’enquêtes judiciaires – elle n’en a pas le droit –, mais elle occupe le terrain et perturbe les trafics par une présence dissuasive constante. Le principe est simple : moins il y aura de points de deal actifs, moins il y aura de consommateurs… Mais figurez-vous que cette initiative n’a pas été du goût de tout le monde. Des dealers, on s’en doute. Mais pas non plus d’un certain syndicat de Police nationale, qui y a vu une sorte de « concurrence déloyale »… On croit rêver !

Décourageant

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi socialiste instaurant une présomption de minorité pour les mineurs étrangers non accompagnés. Actuellement, lorsqu’une première évaluation de leur âge conclut à leur majorité, ils ne sont plus considérés comme des mineurs et ne peuvent plus être pris en charge par les services de protection de l’enfance. Avec ce nouveau texte, il leur suffira de se déclarer « mineur » pour être considéré comme tel par l’administration française. Et puisqu’on n’est pas à une aberration près, les députés ont également supprimé les examens radiologiques osseux, dentaires ou du développement pubertaire qui permettent justement de déterminer l’âge de la personne contrôlée. Bah voyons ! Petite précision : cette proposition de loi a pu être votée du fait de l’absence massive des députés LR et du RN… On comprend mieux les 66 % de Français qui estiment être mal représentés par les partis politiques ! CQFD…

Crèche de Noël suite…

Et de deux ! Deux procès en référé perdus pour nos détracteurs qui espéraient faire condamner la Ville de Béziers pour sa crèche de Noël et la faire déplacer. Les juges montpelliérains ont jugé qu’il n’y avait pas d’urgence à statuer et que ces polémiques pouvaient bien attendre… Au fait, au 19 décembre, soit quelques jours avant Noël, c’est déjà 34 137 personnes qui étaient venues admirer notre crèche. Record largement battu !

Jacquerie

Nos agriculteurs sont de nouveau dans la rue, sur les ronds-points, sur les autoroutes. Je les comprends. Ce n’est plus une question de prix, de concurrence déloyale, de vaccins ou de pesticides. C’est une question de dignité. Travailler soixante-dix heures par semaine et gagner 500 à 600 euros par mois n’est pas acceptable. Un paysan se suicide chaque jour dans notre pays. Attention à leur colère ! Et prenez garde à la jacquerie ! Contrairement aux apparences, cela pourrait bien être un mot d’avenir…

Bis repetita

Désireux de rester « fidèle à ses convictions », Olivier Bourjot, le maire de Chessy (Seine-et-Marne), refuse de marier une femme finlandaise et un Algérien visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et dont les déclarations laissent à penser que le fiancé souhaite se marier pour régulariser sa situation administrative en France. Ça vous rappelle quelqu’un ? Sommés par la justice de procéder au mariage avant la fin de l’année 2025, le maire et ses adjoints décident alors de présenter leur démission. Laquelle est refusée par la préfecture. Aïe ! C’était pourtant bien pensé. Et plutôt courageux ! Je vous rappelle la peine encourue pour refuser de marier quelqu’un : cinq ans de prison, 75 000 euros d’amende et cinq années d’inéligibilité… Rien que ça ! Mais pourquoi un maire devrait-il, sous peine de sanctions pénales, obéir à une décision de justice quand c’est l’État lui-même qui est défaillant dans l’exécution de ses propres décisions que sont les OQTF. Personne ne demande de comptes à l’État pour ses carences quand le maire doit, lui, répondre à la fois devant la justice et devant ses administrés ! La jacquerie dont je parlais plus haut pourrait aussi s’étendre à nos communes…

Sales connes

Nous vivons une époque formidable ! Prenez l’épisode des « sales connes ». Ce ne sont pas les féministes du collectif #NousToutes qui ont été dénoncées pour avoir perturbé le spectacle de Ary Abittan, et tenté ainsi de se substituer à la justice en accusant, en toute connaissance de cause, le comédien d’un crime dont il a été blanchi. Non, c’est bien Brigitte Macron qui a été soumise à la vindicte populaire. Son tort ? Avoir traité de « sales connes », non pas les victimes de violences sexuelles, mais les militantes en question. Soyons réalistes, la présomption d’innocence a du plomb dans l’aile. Aucune raison que ça s’arrange en 2026 !

Avoir raison avec Jean-Pierre Winter

Le psychanalyste et écrivain, compagnon de route de Causeur, est mort le 9 décembre 2025. Penseur lucide, il refusait le consensus, appelait à parler vrai, à accepter le conflit, à assumer la peur et à renoncer à l’illusion de l’innocence. Tout ce que refuse l’air du temps qui, lentement, décompose les sociétés occidentales.


Jean-Pierre Winter est mort dans un monde qui n’attend plus des penseurs qu’ils éclairent le réel, mais qu’ils l’adoucissent, le travestissent, le rendent tolérable à force de précautions morales. Sa disparition ne fera pas événement, car il n’était ni conciliant ni récupérable. Il parlait trop droit dans une époque vouée au flou, refusait trop nettement dans une société qui confond la pensée avec l’adhésion émotive. Il appartenait à cette catégorie désormais rare d’hommes que l’on écoute de loin, par intermittence, avant de les effacer sans remords, soulagé qu’ils cessent de rappeler ce que l’on s’efforce d’oublier.

Winter n’a jamais consenti à faire de la psychanalyse une technique d’adaptation à la déréliction générale. Il rappelait, avec une constance presque entêtante, que dès qu’elle renonce à affronter le réel, elle se mue en industrie de la consolation, en auxiliaire discret du mensonge social. Il refusait de réparer les individus pour mieux les ajuster à un monde malade. Il insistait sur une vérité devenue indécente : l’homme n’est pas d’abord une victime, mais un être capable de violence, et toute société qui feint de l’ignorer prépare le retour de cette violence sous ses formes les plus brutes.

Ce qu’il analysait, à rebours de l’air du temps, c’est la décomposition lente, presque imperceptible, des sociétés occidentales. Non pas une chute spectaculaire, mais un effondrement par renoncements successifs. Renoncement à la loi sous couvert de compassion, renoncement à la transmission au nom de la protection. L’anomie, montrait-il, n’est plus ressentie comme une crise à surmonter, mais comme une norme moralement acceptable, parfois même revendiquée, et l’on finit par prendre pour humanité ce qui n’est souvent qu’une démission.

Dans ce paysage appauvri, l’individu n’est pas libéré, il est abandonné. Et l’abandon crée toujours un appel d’air. Winter voyait dans la fragmentation contemporaine moins une promesse qu’un péril : celui de la concurrence de loyautés incompatibles, là où la loi commune n’ose plus s’imposer. Quand l’État se tait, d’autres discours s’engouffrent dans le vide, et l’obéissance revient, plus rigide, plus close, souvent plus violente, sous les habits trompeurs du choix et de l’émancipation. On croit multiplier les libertés, on ne fait souvent que multiplier les dépendances. Et l’on appelle tolérance ce qui n’est parfois qu’une peur panique de nommer.

Il y avait, chez Winter, une solitude presque structurelle. Non pas une posture d’ermite, mais la conséquence d’une fidélité à la parole tenue dans un monde qui ne supporte plus la contradiction. Car notre temps ne réfute pas, il disqualifie. Il ne débat pas, il soupçonne. Il ne pense pas, il moralise. Et dans cette police douce des consciences, l’intellectuel n’est plus celui qui trouble, mais celui qui certifie. La psychanalyse elle-même, trop souvent, se rêve en supplément de bienveillance, en onction de l’air du temps. Winter, lui, refusait d’être l’employé du consensus.

Il a abordé sans détour la question de l’antisémitisme, notamment dans « De l’antisémitisme comme perversion[1] », l’analysant comme un symptôme central des sociétés en crise. Il invitait à y voir non une opinion marginale, mais une pathologie du lien : la désignation d’un responsable lorsque la division interne devient insupportable. Sous ses formes contemporaines, morales ou idéologiques, l’antisémitisme lui apparaissait comme une tentative désespérée de fermer le sens par la haine, de suturer le manque par la fabrication d’un ennemi absolu.

Cette analyse s’enracinait dans une filiation plus profonde, perceptible dans son rapport à la loi, au conflit et à la responsabilité, et que l’on peut relier à la pensée juive profane. Non comme identité proclamée, mais comme structure intime de la pensée. Refus de l’innocence, conscience de la faute, acceptation d’un monde qui ne se réconcilie pas. Une pensée pour laquelle le lien social ne se construit ni dans la fusion ni dans la rédemption collective, mais dans la tension assumée et le prix payé pour cette tension.

Winter rappelait que le conflit n’est pas une pathologie du vivre-ensemble, mais sa condition même. Ce qui détruit les sociétés, selon lui, ce n’est pas la violence reconnue et travaillée, mais la violence niée, moralisée et déplacée vers des abstractions commodes. D’où sa défiance envers les discours qui promettent la paix au prix du renoncement à la loi et à la responsabilité.

Il invitait également à comprendre le retour du religieux et des offres de sens closes comme un symptôme d’un monde qui ne supporte plus ni l’incertitude, ni la division, ni le temps long de la transmission. Lorsque le langage commun ne contient plus la peur, d’autres récits s’imposent, porteurs d’un ordre total qui exige la soumission en échange du sens.

Winter refusait toute posture de sauveur. Il ne proposait ni programme politique, ni récit de rédemption collective. Convaincu que toute promesse de guérison globale dissimule une tentation de domination, il se méfiait des nouveaux prêtres du sens. Il ne laissait qu’une exigence rude, presque ascétique : parler vrai, accepter le conflit, assumer la peur, renoncer à l’illusion de l’innocence.

Jean-Pierre Winter est mort. Son œuvre restera sans doute marginale, parce que notre temps ne cherche pas la lucidité, mais l’apaisement. Pourtant, à travers cette œuvre se dessine un avertissement que notre époque ferait bien d’entendre : une démocratie qui renonce à nommer le réel, par crainte d’offenser ou de préserver sa bonne conscience, abdique en silence et prépare elle-même les maîtres qu’elle prétendra ensuite combattre.


[1] In Pardès, 2004/2, n° 37, pages 35 à 42.

Haydn en majesté

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Le Quatuor Arod. De gauche à droite: Tanguy Parisot, Jordan Victoria, Alexandre Vu et Jérémy Garbarg © Le Philtre - Marc de Pierrefeu

Quatuors op. 76:  en CD (Erato), et en concert à la Philharmonie de Paris,  jeudi, par le Quatuor Arod


En 1790 meurt le prince Esterhazy, âgé de 77 ans : Joseph Haydn, qui en a 65, se voit soudain libéré de ses obligations vis-à-vis de son mécène et protecteur austro-hongrois ; il choisit de partir pour Londres ; il y fera plusieurs séjours, jusqu’en 1795. Contemporain de Die Schöpfung (La Création) en 1798, un de ses célébrissimes oratorios, – avec, trois ans plus tard, Die Jahreszeiten (Les Saisons), partition achevée en 1801 -, les six quatuors op.76 sont la quintessence d’un art dont le compositeur est alors le pionnier : celui du quatuor à cordes, promis à s’épanouir, comme l’on sait, dans l’époque romantique et post-romantique…

Délectable

Il y a beau temps déjà que le goût contemporain revisite sur instruments d’époque la musique de chambre de la période classique, – cf. le Quatuor Mosaïques, interprète, dans les années 1990, de sublimes enregistrements de plusieurs opus des quatuors. C’est ce sillage que creuse à nouveau frais le Quatuor Arod, une phalange de jeunes instrumentistes français. Ceux-ci exploraient jusqu’alors par prédilection les compositeurs du XIXème et XXème siècles –  de Schubert à Ravel, en passant par Mendelsshohn, Schoenberg, Debussy…

Pour cette gravure de l’intégrale des six Quatuors op. 76 de Haydn, double CD qui vient de paraître chez Erato, ils ont conservé leurs instruments modernes, mais en y greffant des copies d’archets du XVIIIème siècle, réalisées à partir d’un modèle circa 1770, attribué à François Xavier et Nicolas Léonard Tourte : ces archets sont, paraît-il, plus fins et plus légers que ceux d’aujourd’hui. Choix hybride, donc, puisque les cordes, elles, sont en acier, et non pas en boyau animal tel que dans le standard originel.

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Résultat ? Une netteté, une transparence de son hautement revendiquée. De fait, à l’écoute, ces quelque deux heures et plus que dure ce must de la maturité de Haydn, gagnent un accent de malice, un pétillement, une fraîcheur particulièrement délectable. Musiciens aguerris de cette formation créée en 2013 – Jordan Victoria et Alexandre Vu aux violons, Jérémy Garbarg au violoncelle et, dernier venu de la troupe, Tanguy Parisot à l’alto -, les jeunes gens, exhibant en photos couleur leurs effigies sur la pochette et les disques de l’album, n’hésitent pas à « casser les codes », comme on dit, de la bonne éducation par force grimaces et fou-rires. Mise à part ces inutiles facéties de marketing, leur interprétation pleine de vitalité donne un vrai coup de fouet à cet opus magnum du plus grand compositeur de ce temps – avec Mozart.

Marathon

Rappelons que dans ce corpus mémorable entre tous figure, mouvement lent du n°3 (plage 10 du premier CD), le morceau qui, après avoir été celui de l’Autriche, reste toujours (joué ici, par bonheur, de façon plus grâcieuse que virilement teutonne) l’hymne national allemand. L’adagio du n°4, baptisé « Lever de soleil » par le compositeur lui-même, demeure une des pages les plus émouvantes du répertoire. Et que dire de l’ouverture allegretto du n°5, et du finale presto, lesquels encadrent les mouvements cantabile e mesto (c’est-à-dire « triste avec chagrin ») puis le menuet allegro : un pur régal de douceur, de fantaisie, d’espièglerie jubilatoire, contrastes que le Quatuor Arod n’hésite pas à rendre par des tempos soumis quelquefois à de téméraires accélérations. Grevé par endroits d’effets archaïsants, voire pastichant… la cornemuse, cet opus 76 mérite d’être redécouvert de bout en bout sous ces auspices.

Dans le cadre de la 12ème Biennale de quatuors à corde, la Philharmonie de Paris accueillera en concert le Quatuor Arod, pour une intégrale de cet opus 76, tel que gravé sur ce double CD. La partition dépasse les deux heures –  un vrai marathon pour les interprètes. A vos agendas : ce sera pour jeudi prochain, 15 janvier.   


2 DC Haydn op. 76 par le Quatuor Arod. Warner classics/Erato, avec le soutien du CNM.

Intégrale des 6 quatuors op. 76 de Haydn, en concert le 15 janvier à 20h à la Philharmonie de Paris. Cité de la Musique, 221 av. Jean Jaurès, 75019 Paris.

La France face au mur de la cécité

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La militante Alice Cordier venue soutenir les agriculteurs en colère à Paris, 8 janvier 2026 © HENRI WELSCHINGER/OLA NEW/SIPA

La France se trouve dans l’impasse, confrontée à un mur de la cécité: l’impuissance politique se conjugue désormais à la peur du peuple. Nos responsables politiques ne craignent plus tellement de voir le Rassemblement national prendre le pouvoir; ce qu’ils redoutent le plus, à présent, c’est une révolte populaire violente. Analyse.


Il faudrait, un jour, entreprendre la chronique de cette France que beaucoup disent finissante, mais qui continue pourtant d’avancer, à pas lents, parfois incertains, retenue au monde par des fils plus résistants qu’on ne le croit : des institutions imparfaites, des habitudes collectives, mais aussi une mémoire diffuse et des attachements profonds qui ne se laissent pas dissoudre si facilement. On la croit épuisée ; elle est surtout fatiguée de ses propres renoncements, comme engourdie par un excès de discours qui l’empêchent de s’entendre. Elle n’est pas morte : elle traverse un long moment de suspension, un temps où le pays semble se chercher sans oser se nommer. Elle demeure là, pourtant, dans cette obstination silencieuse qui a souvent précédé, dans son histoire, les réveils les plus inattendus.

Mais c’est précisément cette persistance inquiète, cette survie entravée, que le pouvoir s’emploie désormais à recouvrir d’illusions, comme si le pays réel devait être tenu à distance de lui-même.

Un cadavre élégant, maquillé d’euphémismes. Un pays qui récite le réel pour mieux l’étouffer. Les discours changent de tonalité mais jamais de nature : ils sont les variations d’un même requiem.

Droite, gauche, centre — trois couleurs d’un crépuscule qui s’étire. Trois inflexions sur une même peur : celle du peuple réel, celui qui vote mal, celui qui gémit sans bruit, celui qui rêve encore d’une France charnelle, non dissoute dans la sacramentalisation du « vivre-ensemble ».

Ils tremblent devant un nom — Rassemblement national — comme s’il contenait le parfum d’une terre ancienne, labourée, inquiète, entêtée de ciel et de mémoire.

Ils tremblent non d’un changement politique, mais de ce retour du réel, brut, inconciliable, farouche — ce monde paysan, provincial, viscéral qu’ils croyaient mort depuis longtemps et qui revient, silhouette obstinée, frapper à la porte de l’Histoire.

La désertion du politique : un vide administré

Ce pays n’est plus gouverné ; il est administré. On y gère l’effritement comme on entretient une ruine qu’on n’a pas le courage d’abattre. La droite panse le désastre, la gauche le sanctifie, le centre s’y prélasse avec cette satisfaction de n’avoir ni racines ni ennemis. Tous s’accordent sur un seul point : surtout ne pas réveiller la France réelle, la France des cicatrices, des salaires maigres, de la langue abîmée, des espoirs comprimés.

Le politique s’est dissous. L’humanitaire a pris sa place. À la nation, on a substitué un catéchisme de valeurs flottantes. Le vivre-ensemble a usurpé l’autorité ; l’antiracisme s’est fait religion ; la diversité, ce mot tendre pour dire la fragmentation, est devenue la nouvelle liturgie où les élites viennent laver leur mauvaise conscience européenne.

Le religieux revient toujours lorsque le politique meurt. C’est ainsi que pullulent prêtres médiatiques, petits confesseurs du Bien, commissaires moraux, croisés de plateau télé distribuant l’onction ou l’excommunication. Dans cet air saturé d’encens laïque, la moindre inquiétude identitaire devient péché capital. Dire qu’on s’interroge sur l’immigration ? Blasphème. Évoquer la fracture culturelle ? Sacrilège. Prononcer le mot France sans trembler ? Hérésie.

Le peuple bâillonné

Pendant ce temps, les milieux populaires subissent la métamorphose du pays dans leur chair, loin des abstractions statistiques. Ils voient les visages changer comme on voit un paysage absorber l’hiver. Ils entendent leur langue perdre du terrain, syllabe après syllabe. Ils découvrent dans l’école de leurs enfants un pays qui ne ressemble plus à celui de leurs parents. Ils perçoivent la montée d’une altérité qui n’a pas demandé l’intégration et qui, portée par la force du nombre, recompose des enclaves où la France n’est qu’un murmure hostilisé.

Christopher Lasch l’avait annoncé : les classes parlantes ont volé la parole. Les classes vivantes n’ont plus que le droit de se taire — ou de voter une fois tous les cinq ans, geste dérisoire que les élites s’empressent ensuite de neutraliser par l’appel rituel à « faire barrage ».

Faire barrage à quoi ? À qui ? Au peuple lui-même.

L’immigration : refoulé national, refoulé civilisationnel

Il y a dans cette immigration de masse quelque chose qui dépasse le social : un séisme d’humanité. Un déplacement tectonique du destin européen. Un changement de lumière spirituelle. On l’interdit de parole ; et ce bâillon est plus corrosif que les chiffres. Ce phénomène révèle l’effondrement du modèle assimilationniste, la transformation de la culpabilité postcoloniale en instrument de gouvernement, et la paralysie d’un État qui craint désormais son propre pouvoir.

Cette immigration vient, massivement, de mondes islamisés porteurs de structures mentales, de hiérarchies sacrées, de représentations du féminin, de la liberté et de l’autorité qui se heurtent frontalement à l’héritage européen.

Il ne s’agit pas d’un « défi ». Il s’agit d’une contradiction ontologique. Une collision d’imaginaires.

Le symptôme juif : un peuple sent la fin avant les autres

Rien ne dit mieux l’état d’un pays que la manière dont il traite ses Juifs. Et la France les laisse partir, les voit glisser hors d’elle comme un souffle qu’on perd à mesure que l’hiver s’installe. Ils ne partent pas par désamour, mais par pressentiment. Ils sentent avant les autres le moment où la promesse républicaine se fracture, où la protection de l’État devient incertaine, où la haine change de visage tout en gardant son vieux parfum. Leur départ est un avertissement. Une prophétie basse, presque chuchotée. Lorsque les Juifs quittent un pays, ce n’est pas leur fidélité qui s’éteint : c’est la civilisation qui chancelle. Car si les Juifs s’en vont, qui restera pour croire encore en la France comme idée universelle ?

Personne — ou alors trop tard.

La cécité organisée

Les dirigeants ne craignent plus l’injustice : ils craignent les chroniqueurs. Ils ne redoutent plus le peuple : ils redoutent la suspicion d’être réactionnaires. Ils ne répondent plus à l’Histoire : ils obéissent aux plateaux télé. La France marche vers un mur. Un mur tissé de déni, de peur, de lâcheté méthodique. Un mur élevé par ceux dont la fonction première est de regarder — et qui ont choisi la cécité. Et leur peur véritable n’est pas celle d’être remplacés par un personnel politique estampillé RN. Leur effroi secret, leur frémissement nocturne, c’est la crainte d’un coup de balai populaire. La peur d’une irruption de la France d’en bas, d’une poussée tellurique du pays réel balayant les façades, renversant les décors, brisant l’illusion d’une démocratie encore tenue.

Ils sentent confusément que l’élection pourrait n’être que l’annonciation d’un chaos — un tumulte sombre, peut-être violent, mais où scintillerait la promesse d’une recréation, d’un monde enfin remis en chantier, d’une société cherchant, à travers la tempête, à guérir de ses mensonges.

On peut survivre longtemps sans vérité ; on ne survit jamais à son reniement.

La question de civilisation

Le départ des Juifs, le mutisme des classes populaires, l’arrogance fébrile des élites : trois symptômes d’une même agonie.

La France ne s’écoute plus. Elle ne se raconte plus à elle-même. Elle n’entend plus la voix intérieure qui lui servait d’axe dans l’Histoire. Elle a perdu la légende qui l’habitait, la mémoire qui la portait, la foi dans son propre souffle. La menace n’est pas politique : elle est spirituelle. C’est le lien invisible — ce fil de lumière entre les vivants et leur passé — qui se déchire. Quand un pays cesse d’être un pays, il devient un décor. Et les peuples, tôt ou tard, quittent les décors.

Le retour du réel

On peut différer mille lois, mille réformes, mille discours. Mais on ne diffère jamais la vérité. Elle revient, toujours, comme un fleuve souterrain qui, un matin, crevasse la pierre et fait vaciller les murs de la maison.

Les peuples qu’on humilie se réveillent. Les communautés qui s’en vont ne reviennent plus. Les élites qui se croyaient immortelles découvrent qu’elles ne tenaient rien. Le mur du déni craquera. Dans les fissures, il y aura de la peur, peut-être du sang — mais il y aura surtout la crispation lumineuse d’un recommencement possible. Ou, au moins, la fin nue, sans liturgie, d’un monde qui aura refusé de se regarder mourir.

La société malade

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Le Mercosur, symbole d’un mondialisme finissant

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Paris, 8 janvier 2026 © Samuel Sotto/SIPA

Alors que les derniers fans d’Emmanuel Macron s’enfuient, les paysans s’enflamment, observe notre chroniqueur


Comme une odeur de roussi alentours du pouvoir. Les résistants de la 25e heure, reniant leurs dithyrambes, se bousculent pour dire le mal qu’ils pensent du chef de l’Etat. Ces enfonceurs de portes ouvertes n’ont pas de mots assez durs contre Emmanuel Macron. La vacuité du personnage, insincère et narcissique, était pourtant identifiable dès ses premiers pas présidentiels. Je ne retirerai pas un mot de la « grande mascarade[1] » décrite en 2017.

Un traité approuvé vendredi par l’UE malgré le refus de la France

Cependant, dénoncer l’entourloupe de l’ambitieux Eliacin, issu d’une fictive société civile, valait alors d’avoir sur le dos la gauche mondaine, la droite versaillaise et les perroquets médiatiques emballés par les génuflexions de Macron à la pensée obligée. Hormis quelques inébranlables fanatiques, ce beau monde se carapate après avoir découvert, au bout de neuf ans, Néron sous Jupiter. Derrière la diabolisation du populisme, épouvantail brandi par Macron au nom du progressisme, apparaît aussi un système oligarchique immobile et dispendieux, qui répugne à s’adresser au peuple et à le consulter. Or ce sont ces indésirables, injuriés par le régime quand ils étaient en gilets jaunes ou résistaient au liberticide hygiénisme d’Etat, qui ont les idées les plus claires. Le bonnet jaune, porté par la Coordination rurale, est le nouveau signe de la colère française. Les agriculteurs dévoilent, dans leur refus du traité de libre-échange du Mercosur avec l’Amérique du Sud, les choix frivoles des dirigeants convertis au mondialisme et à ses consommateurs indifférenciés.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple indésirable, bête noire d’un régime en fin de vie

L’opposition au Mercosur, approuvé vendredi par l’Union européenne en dépit du refus de la France, résume le basculement idéologique opéré sous la pression d’une opinion excédée. En réalité, ce traité n’est pas l’horreur décrite par ses détracteurs, même s’il risque en effet de mettre en concurrence déloyale certains éleveurs. L’accord pâti d’abord d’être le symbole du monde déraciné que rejette la France enracinée. Celle-ci récuse le sans-frontiérisme indifférent à l’âme des peuples et des nations et qui hisse l’argent en unique valeur d’intégration. Cette vision postnationale et matérialiste est celle de M. Macron. Promoteur lyrique de la souveraineté européenne, il découvre qu’il n’a même plus les moyens de défendre les intérêts vitaux d’une souveraineté alimentaire…

L’insécurité culturelle du monde rural

Ce mépris du monde rural a été jusqu’à pousser la Cour des Comptes à prôner un abattage des vaches accusées, par leurs flatulences, d’aggraver le réchauffement climatique ! J’étais, jeudi matin, avec les agriculteurs qui ont réussi l’exploit tactique d’amener leurs tracteurs, durant la nuit, jusqu’au pied de l’Arc de Triomphe, au cœur de Paris, en se jouant des dispositifs policiers. Aucun élu ne les avait rejoints dans la matinée, hormis la députée LFI Aurélie Trouvé arrivée tôt. Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, non-élus, sont venus en fin de matinée.Florian Philippot ou Sarah Knafo étaient sur d’autres sites. Cette défection des parlementaires français illustre la somnolence de la classe politique, y compris à droite.

Plus que jamais, il revient aux Français eux-mêmes de se débarrasser de ce système finissant : il ne correspond plus à son époque. Accepter l’euthanasie des paysans serait accepter la disparition de la France.

Macron, la grande mascarade: Blocs-notes 2016-2017

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[1] Macron, la grande mascarade (L’Artilleur, 2017)

«Haut-Commissariat aux diasporas»: la nouvelle fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron et Teddy Riner lors d’une cérémonie de remise de prix au pied de l’Arc de Triomphe, à l’issue du défilé des athlètes français ayant participé aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, le 14 septembre 2024 © Eric Tschaen-POOL/SIPA

Diversité. Jusqu’à présent, la France ne reconnaissait officiellement aucune communauté autre que la « communauté nationale ». En proposant la création d’un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas, composé de trente personnalités — dont certaines figures susceptibles de susciter la controverse, leur attachement au discours républicain ou universaliste ayant parfois été mis en doute (Teddy Riner, Lilian Thuram, Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira…) — le président Macron semble céder à une forme de surenchère identitaire woke. La France ne peut pas combattre le séparatisme avec le même logiciel que Jean-Luc Mélenchon!


Le président Macron souhaite organiser à Nairobi en mai 2026, un sommet franco-africain intitulé « Africa Forward » (les francophones africains apprécieront…). Pour le préparer, il projette de créer un « Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas », révèle L’Opinion[1]. Les personnalités pressenties pour en faire partie, sont en grande majorité d’origines africaines, proches ou lointaines, maghrébines ou subsahariennes. Si cela semble cohérent avec la perspective du sommet « Afrique-France », en revanche, l’intitulé de ce nouvel organe officiel laisse entendre qu’il s’agirait de prendre en compte des populations au-delà du continent africain.

Juifs et Arméniens oubliés ?

D’ailleurs, dans la liste des personnalités déjà évoquées, la présence de Madame Simeng Wang, sociologue spécialiste du racisme anti-asiatique, tendrait à témoigner d’une certaine volonté d’englober toutes les « diasporas » dans leur « diversité ». On pourra alors légitimement s’étonner que parmi les diasporas en question, les diasporas juive et arménienne ne soient pas envisagées.

L’absence de personnalités juives et arméniennes dans ce Haut-Commissariat est en effet d’autant plus saisissante que le terme de diaspora évoque en premier lieu la diaspora juive. En tout cas, le dictionnaire Robert de la langue française, dans sa définition, évoquant d’abord l’Histoire nous dit « Dispersion des Juifs exilés de leur pays », avant d’en donner la définition générique : « Dispersion (d’une communauté) à travers le monde ; la population dispersée », puis en cite un autre exemple : « La diaspora arménienne ». Dans la définition du site du Musée de l’immigration de la Porte Dorée, il est d’ailleurs précisé : « En France, les diasporas juives et arméniennes sont les plus connues ; elles se réfèrent à un territoire perdu, point de départ d’une vie rythmée par la mobilité. »

« Une appropriation culturelle » en toute bonne conscience

Cet « oubli » de la première diaspora historique, dont la France accueille toujours une part importante malgré les menaces et les actes anti-Juifs qui connaissent une augmentation exponentielle ces dernières années et notamment depuis le 7 octobre 2023, s’inscrirait-il dans une volonté « d’appropriation culturelle » à rebours ? On connait bien en effet désormais le caractère revanchard de l’idéologie décoloniale qui préside au dénigrement et aux accusations systématiques de l’Occident dans toutes ses dimensions. Et on a compris également que dans cette perspective, les Juifs sont considérés comme des « super-blancs » jouissant d’un super « privilège blanc », ledit « privilège juif ».

Dans la théorie du privilège social, cette notion de privilège est en effet distordue : le privilège n’y ressort pas d’un droit inégalitaire mais d’une situation de fait qui porterait préjudice à ceux qui n’en bénéficient pas. Dans le cadre de la « théorie critique de la race », Karen Brodkin considère par ailleurs que des personnes ou des groupes peuvent devenir blancs à la suite d’un processus historique d’acculturation/assimilation… La « blanchité » des Juifs est ainsi supposée constituer le point final d’une histoire qui commencerait après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’antisémitisme est devenu honteux à cause de la Shoah, se poursuivrait avec la création de l’État d’Israël, et serait pleinement abouti en 1967, lorsque les Israéliens gagnent la guerre des Six jours, devenant dans cette vision, des « dominateurs » accomplis.

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Dans cette optique, si les Juifs, et dans une moindre mesure les Arméniens remarquablement bien intégrés aux sociétés occidentales après le génocide de 1915, sont devenus des « dominants », il est légitime et même obligé, de tenter de les déposséder de tous leurs privilèges supposés. Et il conviendrait ainsi de transférer le statut de « peuple élu/ peuple paria » des Juifs, à la figure du nouveau damné de la terre par excellence, le Palestinien en premier lieu, et plus généralement à tous les « racisés » et les immigrés. La notion de diaspora, avec toutes les connotations de malheur, de souffrance et de compassion qu’elle porte, devrait donc impérativement être rayée des histoires juive et arménienne, pour être attribuée à ceux à qui elle reviendrait « de droit ».

Ainsi, tandis que dans l’idéologie woke, toute adoption par un « blanc », d’un mot, d’une musique, d’une mode vestimentaire ou d’une coiffure même, d’origine autre qu’occidentale, est accusée de relever de « l’appropriation culturelle » s’apparentant à un vol colonialiste, il serait juste que les racisés s’emparent des biens occidentaux jusque et y compris de leurs mots et de leur histoire. Exclure les Juifs et les Arméniens de la composition du futur Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas ne serait donc que justice, puisque cette création s’inscrit manifestement dans cette vision multiculturaliste de la « diversité ».

L’idéologie inclusive contre l’universalisme républicain

La diversité est en effet le maître-mot de l’idéologie inclusive qui sévit avec de plus en plus de vigueur. Tandis que des dispositions ont été conçues initialement comme une stratégie de quotas participant de la lutte pour l’égalité républicaine, les notions « d’inclusivité » et de « diversité » participent désormais d’une idéologie, d’une vision du monde globale, qui cherche à s’imposer par des injonctions tyranniques relevant bien davantage de la loi morale que de l’ingénierie démocratique.

L’usage du terme « inclusif » a fait en effet dériver le sens originel de l’inclusion. Dans le champ de la logique formelle auquel il appartient originellement, le terme désigne la caractéristique des sous-ensembles, inclus dans un ensemble plus vaste défini par un critère commun à toutes les parties. Mais désormais, l’adjectif « inclusif » signifie non seulement « qui n’exclut aucune différence », mais aussi « qui contient en soi quelque chose d’autre ». Ainsi, réclamer « l’inclusion » en lieu et place de « l’assimilation », c’est à la fois accepter une certaine réalité communautarisée, et réfuter l’universalisme républicain qui sans les nier, secondarise les particularités. C’est imposer une conception différencialiste et à terme, paradoxalement séparatiste de la société contre l’idée républicaine. En parlant de « nos diasporas », le président Macron pourrait sous-entendre que les diasporas présentent sur le sol français sont « nôtres », c’est-à-dire participent de la nation française. Cela est certainement le cas a priori pour tout citoyen français dont les origines se trouvent dans une de ces populations dispersées. Mais alors il conviendrait de mettre en avant l’appartenance française et de choisir dans toutes les diasporas sans exclusive, des personnalités qui valorisent l’adhésion à la conception républicaine universaliste et non pas des tenants de la théorie décoloniale culpabilisatrice comme cela est majoritairement le cas dans la première liste de noms, évoqués spontanément semble-t-il comme allant de soi.


[1] https://www.lopinion.fr/politique/macron-veut-creer-un-haut-commissariat-a-la-diversite-et-aux-diasporas

Iran: qui aura le plus peur?

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Protestations à Bojnord, Iran, 7 janvier 2026 © MEK/ The Media Express/SIPA

La contestation se poursuit en Iran, où Internet est coupé depuis plusieurs jours et où la vie quotidienne est quasi paralysée, selon plusieurs sources. Entre le régime et la société, le contrat social est rompu. Gil Mihaely dessine les trois perspectives qui s’offrent au pays.


La chute brutale du taux de change de la devise iranienne, le toman, qui a franchi de nouveaux seuils psychologiques face au dollar, a constitué l’étincelle immédiate de la vague de protestation actuelle. Cette dévaluation accélérée, perçue comme incontrôlée et désormais irréversible, a frappé de plein fouet les classes commerçantes urbaines, au premier rang desquelles les bazaris. Historiquement pilier social du régime, à la fois relais économique, réseau de solidarité et socle idéologique de la République islamique, le bazar a réagi avec une rapidité révélatrice : fermetures de boutiques, grèves spontanées, refus de fixer des prix dans un contexte de monnaie en chute libre. Ces gestes traduisent une revendication politique explicite exacerbée par un constat brutal d’effondrement de l’ordre économique. Mais cette colère économique est indissociable d’un sentiment plus profond de dépossession stratégique.

Ni prospérité économique, ni victoire géostratégique

Aux yeux d’une partie croissante de la population, l’effondrement du pouvoir d’achat intervient après des années de sacrifices imposés au nom d’une politique régionale présentée comme existentielle, et dont l’échec est désormais patent. La stratégie de confrontation indirecte avec Israël s’est brisée à Gaza comme au Liban, puis s’est soldée par la guerre de douze jours, perçue comme une défaite nette et humiliante. L’argent englouti dans les milices, les missiles et les fronts extérieurs apparaît rétrospectivement comme gaspillé, sans gains stratégiques tangibles, alors même que l’économie intérieure s’asphyxie. Lorsque le bazar cesse de fonctionner, ce n’est pas seulement le signe d’une crise économique aiguë, mais l’indicateur qu’un contrat implicite a été rompu, celui par lequel le régime justifiait la pauvreté au nom de la puissance et découvre aujourd’hui qu’il n’a livré ni prospérité ni victoire.

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Quinze jours après le déclenchement des manifestations, on peut ainsi estimer prudemment que la vague actuelle de protestation pose au régime le défi le plus sérieux à sa survie depuis 1979. À un mois de la commémoration du 47ᵉ anniversaire de la révolution islamique, il n’est même plus certain que celle-ci puisse se dérouler dans des conditions ordinaires. Pour autant, cette intensité ne signifie pas qu’un changement politique soit nécessairement imminent. Même après plusieurs jours de manifestations massives, souvent violentes, il demeure difficile de parler d’un « mouvement de protestation » au sens strict, c’est-à-dire d’une coalition large, structurée et organisée, capable de transformer la colère sociale en projet politique cohérent.

La dynamique actuelle se caractérise plutôt par une agrégation progressive de secteurs sociaux distincts, entrés dans la contestation par des voies différentes. Après les bazaris, touchés directement par l’effondrement monétaire, ce sont les classes moyennes urbaines, les jeunes diplômés précarisés, puis des segments de la petite fonction publique et des services qui ont rejoint le mouvement, portés par l’inflation, la paupérisation rapide et l’absence totale de perspectives. En revanche, aucun indice ne permet encore d’affirmer que des secteurs économiques véritablement stratégiques, tels que le pétrole et le gaz, se soient engagés pleinement dans le mouvement. Or ce sont précisément ces secteurs qui, par des grèves massives et coordonnées, seraient en mesure d’accélérer un effondrement du régime en paralysant les sources vitales de devises et de revenus.

À la dynamique sociale initiale s’est très rapidement ajoutée une géographie spécifique de la contestation, confirmant le rôle moteur des périphéries iraniennes dans les phases de crise aiguë du régime. Dès les premiers jours suivant le 28 décembre 2025, les régions kurdes de l’ouest et du nord-ouest figurent parmi les plus mobilisées. Des rassemblements importants sont signalés à Sanandaj, Saqqez et Mahabad dès le 30 décembre, avec des slogans dépassant largement la question du pouvoir d’achat pour viser directement le système politique. Les forces de sécurité y interviennent précocement et avec une intensité supérieure à celle observée dans les grandes métropoles du centre, faisant état de tirs à balles réelles et d’arrestations massives dès le 31 décembre. Dans le sud-est, le Baloutchistan connaît également une mobilisation rapide à Zahedan et Khash, des manifestations éclatent dès les 2 et 3 janvier 2026, malgré un dispositif sécuritaire particulièrement dense, illustrant la profondeur du ressentiment accumulé dans cette province marginalisée. Dans ces régions, la contestation ne se limite pas à la crise monétaire déclenchée par l’effondrement du toman, mais remet en cause la nature même du lien politique avec Téhéran, perçu avant tout comme coercitif. La répression y est plus dure, plus visible et plus meurtrière que dans le centre du pays, confirmant que le régime continue de traiter ses marges comme des espaces de contrôle prioritaire. Le ralliement plus tardif des régions azéries, observé à partir de la première semaine de janvier 2026 à Tabriz et Ardabil, n’en est que plus significatif. Il intervient malgré l’origine azérie du guide suprême, Ali Khamenei, et marque un seuil politique important ; lorsque même les populations historiquement les plus intégrées à l’État central rejoignent la contestation, c’est que la loyauté identitaire et symbolique ne suffit plus à contenir une colère désormais structurée par l’effondrement économique et la perte de crédibilité du centre.

Une opposition fragmentée

Pourtant, sur le plan politique, les manifestations demeurent largement dépourvues de direction structurée et de centre décisionnel identifiable. Ce déficit organisationnel constitue, à court terme, un avantage tactique évident en privant le régime de sa méthode éprouvée de décapitation du mouvement par l’arrestation ciblée de leaders, de porte-parole ou de comités centraux. La contestation se diffuse ainsi de manière horizontale, fragmentée, difficile à anticiper et à neutraliser durablement. Mais cette force conjoncturelle se transforme, à moyen et long terme, en faiblesse structurelle majeure. L’absence de leadership n’entrave pas l’extension géographique et sociale des protestations, mais elle rend profondément incertaine la capacité du mouvement à se doter d’un projet politique cohérent, d’une stratégie de négociation ou de rupture, et, surtout, d’une alternative de pouvoir crédible et reconnue, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.

Ce vide politique ouvre un espace dans lequel peut émerger une figure d’incarnation, précisément parce qu’aucune autre ne s’impose de l’intérieur. Dans ce contexte, le prince Reza Pahlavi tend à s’affirmer comme la seule voix identifiable et audible de l’opposition iranienne. Sans qu’il soit possible, à ce stade, de mesurer précisément l’adhésion réelle de la société iranienne à sa personne ou au rôle qu’il pourrait jouer dans l’avenir politique du pays, un fait mérite d’être relevé : son nom est le seul à être scandé de manière répétée dans certaines manifestations et relayé de façon constante sur les réseaux sociaux. Cette centralité symbolique ne constitue pas en soi un programme politique ni une légitimité populaire acquise, mais elle témoigne d’un besoin profond de repères, de continuité et de lisibilité politique dans un mouvement qui, faute de structures internes, cherche à projeter une figure capable d’incarner une alternative, même encore largement indéterminée.

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Pour le moment, malgré quelques incidences de fraternisation, un autre point décisif fait encore défaut : l’apparition de fissures visibles au sein de l’élite politique et sécuritaire. Les Gardiens de la révolution, la milice des Bassidjis et les forces de sécurité intérieure continuent, du moins en apparence, d’afficher cohésion et discipline. Aucun phénomène massif de désertion, de refus d’obéir ou d’érosion fonctionnelle n’est observé à ce stade. Le noyau dur du régime, structuré autour du guide suprême et de son entourage, conserve sa capacité de répression. Le régime ne parvient pas à éteindre la contestation, mais les manifestants ne parviennent pas non plus à en ébranler les fondements institutionnels.

Dans ce contexte, l’Iran semble glisser vers une crise politique profonde et prolongée, susceptible d’évoluer selon plusieurs trajectoires. La première demeure celle d’une répression efficace et durable, capable de contenir puis d’étouffer temporairement la protestation. C’est l’option privilégiée par le régime. Elle est cependant risquée, car elle ne fait qu’accumuler frustration, colère et ressentiment, tout en exposant le pays à une pression internationale accrue, notamment américaine. Même en cas de succès tactique, une telle répression ne traiterait aucun des problèmes structurels qui sont derrière la crise en cours – asphyxie économique, effondrement monétaire, corruption systémique et perte de légitimité idéologique. Rappelons également que depuis une petite décennie ces irruptions de colère deviennent de plus en plus récurrentes et rien ne permet de croire que l’échec éventuel de la vague actuelle n’est autre chose que partie remise.

La deuxième trajectoire possible serait une extension continue des manifestations, à la fois numériquement, géographiquement et politiquement, accompagnée d’une radicalisation croissante. Une telle évolution mettrait à rude épreuve les mécanismes de répression et pourrait faire peser une menace directe sur la survie du régime. Elle ouvrirait toutefois la voie à un scénario de chaos, dans lequel des acteurs radicaux, internes ou externes, pourraient tenter de confisquer la dynamique révolutionnaire, voire provoquer une fragmentation territoriale du pays.

La troisième option serait la reconnaissance, par une partie du sommet du pouvoir, de l’incapacité à contenir durablement la crise. En théorie, cela pourrait conduire à un revirement stratégique majeur, notamment sur le dossier nucléaire, afin d’obtenir un allègement des sanctions et une respiration économique. En pratique, ce scénario apparaît extrêmement peu probable. Le guide suprême continue de marteler qu’il ne reculera « pas d’un seul centimètre ». Reste alors l’hypothèse d’une recomposition interne du pouvoir, dans laquelle certaines factions des Gardiens de la révolution pourraient sacrifier le guide, avec ou sans son consentement, pour instaurer un régime de type thermidorien, dominé par les militaires. Une telle évolution ne garantirait ni l’apaisement ni une transition démocratique, mais elle marquerait un basculement du pouvoir des religieux enturbannés à celui de militaires, et l’entrée de la République islamique dans une nouvelle phase de son existence.

Zidane perd la boule

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Le gardien de but algérien Luca Zidane, au centre, et ses coéquipiers s’affrontent avec les joueurs nigérians après le match de quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations entre l’Algérie et le Nigeria, à Marrakech, au Maroc, le samedi 10 janvier 2026 © Themba Hadebe/AP/SIPA

Le gardien de but des Fennecs a failli en venir aux mains, hier, après le coup de sifflet final. L’arbitre a été évacué sous escorte de sécurité.


Au coup de sifflet final, les esprits s’échauffent, Zidane empoigne un adversaire et provoque un début de bagarre générale ! Nous ne sommes plus en 2006 quand Zinedine Zidane assenait un coup de tête à l’Italien Materazzi en finale de la Coupe du monde de football, mais samedi dernier 10 janvier 2026, à la fin d’un quart de finale de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations) quand Luca Zidane, fils de Zinedine et goal de l’Algérie, battue et éliminée par le Nigeria 2 à 0, a perdu la boule !

Pour disputer cette compétition (organisée au Maroc du 21 décembre au 18 janvier), l’Algérie avait pourtant mobilisé treize mercenaires nés à Paris, Marseille ou Lyon, en Île-de-France à Arpajon, Montreuil ou Sarcelles, en province à Grasse, Arles ou Châlon, des binationaux appelés pour défendre les couleurs de l’équipe nationale algérienne.

A relire, Driss Ghali: Ecoute-moi bien, toi le « supporter » algérien…

Et dans ce contingent, au poste de gardien de but, on trouve Luca Zidane, fils aîné du divin chauve, né à Marseille en 1998. S’il a fait toutes ses classes sous le maillot bleu des équipes de France de jeunes, il a fini par répondre à l’appel du muezzin. En septembre, la FIFA (fédération internationale) annonçait que Luca changeait de nationalité sportive et s’engageait sous le maillot vert des Fennecs. A-t-il agi sur un coup de tête ? Il affirme que c’est uniquement sur un coup de cœur : « Je suis très content d’être ici. C’est une fierté pour moi et je donnerai tout à 100% pour que le peuple algérien soit fier. »

Et qu’en pense son père ? Sur le terrain des relations franco-algériennes, Zinedine Zidane ne s’exprime jamais. Ni sur la Fondation qu’il finance en Algérie, ni sur la condamnation par la justice algérienne de Christophe Gleizes, journaliste sportif français, à 7 ans de prison. Zizou a pris ses distances. Depuis 25 ans il vit en Espagne où après avoir joué et entraîné le Real Madrid, il jouit d’une retraite dorée. C’est pourtant lui que la Fédération française a choisi pour être le prochain sélectionneur de l’équipe de France (quand après la prochaine coupe du monde de juin-juillet, l’actuel titulaire Didier Deschamps rendra son tablier).

Maintenant si on lui demande ce qu’il pense du comportement de son fils Luca à l’issue de Algérie-Nigeria, Zinedine pourra toujours répondre que les chiens ne font pas des chats.

Les nouveaux monstres

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Bruno Lafourcade © Hannah Assouline

Les Hyaines de Bruno Lafourcade est bien plus qu’un recueil de néologismes. C’est une galerie de portraits cruels, désopilants et terriblement justes de nos chers contemporains.


C’est un ouvrage hilarant. Bruno Lafourcade y croque, avec une joyeuse férocité, les néo-monstres engendrés par unmonde qui tourne sur lui-même, comme une toupie. On éclate de rire à chaque page, tant l’auteur a pris du plaisir à épingler comme des papillons les mutants qui sont le fruit d’une hybridation inédite : la Taupe-Modèle, la Bovarhyène, l’Albatroce, le Rastaqueer, l’Âme Bâtée, etc. – chaque chimère bénéficie d’un néologisme, d’un mot-valise, d’un terme hybride lui aussi.

Ce sont en tout quarante-quatre textes, nouvelles et chroniques, où l’on découvre les Nouveaux Monstres, plus effrayants que ceux de Dino Risi ; quarante-quatre textes qui brossent un tableau de l’époque qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jérôme Bosch. Mais que l’on ne s’y méprenne pas : la Hyaine du titre, qui amalgame haine et hyène, c’est l’auteur lui-même qui, dans un autoportrait mélancolique, ne s’exclut pas du zoo global.

Parmi les portraits les plus notables par leur drôlerie ou leur méchanceté : la Mamaggedon, la mère pilotant sa poussette-tank ; l’Albatroce, le poète officiel qui ne sort jamais sans sa principale groupie, « Mémé Césaire » ; le Saltimbank, l’artiste d’État, un « nanti-système », un « riche improductif qui joue à l’indigné » ; les Succubes volant(e)s, ces sorcières de l’écologie, obscurantistes et réactionnaires, qui rêvent d’un « état naturel chimérique », « avant la Faute et la Chute, avant Abel et Babel », « avant les genres et les langues », « avant le Mal et les mâles », où le Végan primordial vivait en paix parmi les lions végétariens.

A lire aussi, Didier Desrimais: 50 nuances d’antiracisme

On voudrait tout citer, tant Lafourcade, écrivain visuel, portraitiste à la Daumier, a l’art de la formule, du croquis, du raccourci. Ainsi, son Rhinocérat, qui cumule le rhinocéros et le rat, désigne un idéologue qui fonce et qui ronge. C’est par exemple une journaliste qui, alertée par des « auditeurs offusqués », a écouté cent émissions du « Masque et la Plume » pour y traquer du sexisme ; elle en a trouvé, curieusement.

Ainsi également l’Anglobé, qui ouvre le recueil ; ce spécialiste du charabia parle le globish des gestionnaires d’actifs car « comme le corbeau croasse et le chameau blatère, l’Anglobé briefe ». L’Anglobé, dans les couloirs, on ne le croise jamais sans ses écouteurs sans fil : « Ouais, t’as été briefé sur les inputs ? Alors hésite pas à prendre le lead. On prévoit une conf’call ? »

La satire, c’est ce que Lafourcade a trouvé de mieux pour tenir à distance une société qui se perd dans ses ordres contradictoires et sa vertu mensongère, une société où les Nouveaux Monstres ont eu la peau du second degré. Dieu merci, il nous reste encore le rire pour parler du monde. Mais jusqu’à quand ?

Les Hyaines, Bruno Lafourcade, Éditions La Mouette de Minerve, 2025. 224 pages

Les hyaines

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Delpech, chantre de la nostalgie

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Michel Delpech et Sheila, 1975 © BENAROCH/SIPA

Michel Delpech nous a quittés, il y a dix ans, il aurait fêté ses 80 ans à la fin du mois de janvier. Paris Match a dernièrement classé ses 223 chansons et Monsieur Nostalgie n’a pas oublié ce banlieusard aux origines solognotes à la voix ambrée. Alors, pour le plaisir, on se retourne encore du côté de chez Michel…


Depuis plusieurs années, le sujet m’obsède ; je tourne autour, j’essaye d’en trouver la clé, mais il m’échappe. Est-il le réceptacle de nos émotions du passé ou la réinterprétation imaginaire de nos sentiments ? J’ai beaucoup lu, je me suis beaucoup renseigné. En vain. Certains auteurs m’ont guidé vers la lumière et se sont approchés au plus près de cette onde pour en définir l’intensité, en dessiner le halo très grossièrement car aucun n’a touché la mécanique de la nostalgie qui est à la fois une sensation physique et une déambulation de l’esprit. Une harmonie étrange où la tristesse et la joie s’accorderaient, une terre promise où les élans du cœur et les souvenirs reposeraient enfin en paix. L’homme qui vivrait sans nostalgie est, à mon sens, inapte, dépossédé de l’essentiel, il ne comprend que l’écume des jours. Il erre dans le présent en se morfondant sur son futur. La nostalgie fixe, ancre, elle est à la fois cap et borne, elle adoucit le présent sans hypothéquer l’avenir. Elle n’est pas ressassement ou radotage d’un âge d’or. Elle est le temps permanent de la nuance. Notre mausolée à tous. Les mots écrits, un peu secs, maladroits par leur froideur, imprimés sur la page, trop directifs, même de la part des meilleurs romanciers, ne provoquent pas le chavirement, le voyage intérieur et le frisson d’une fin d’été. Ils ne sont pas suffisants pour sonder les aléas, forer les interstices. Fades, imprécis, ils relatent, ils racontent mais passent souvent à côté. Ils sous-estiment les interférences et les collages d’images dispersées. La nostalgie est le territoire béni des contradictions et des fluctuations.  Les mots écrits n’arrivent pas à atteindre ces espace-temps plus flous, plus vagabonds, au goût doux-amer. Ils leur manquent une voix pour les transporter ailleurs.

A lire aussi, Pascal Louvrier: Michel Delpech, c’est toujours chouette

Et puis un jour, à Saint-Georges dans l’Indre, dans ma Mercedes, l’évidence m’est apparue. Elle était là, devant mes yeux, en chemise ouverte sur un médaillon et gros ceinturon, dans les émissions de variété de mon enfance, sur un plateau des Carpentier ou de Monsieur Lux. La lumière m’est enfin venue. Michel Delpech est et restera notre entremetteur souriant, cachant ses doutes sous sa moustache et ses rengaines populaires. Il faisait la kermesse. C’était lui le découvreur, l’inventeur du trésor. Les sachants mirent du temps à s’en rendre compte. Ils daubèrent, ils négligèrent cet artiste majeur, il leur a fallu quarante ans pour se réveiller, pour enfin saisir la portée de Michel Delpech, son aisance vocale, joueuse et tendre ; sans aigus et lamentations, il était bien le seul à ouvrir les portes de l’invisible. Il chantait la nostalgie comme on respire. Naturellement connecté à elle, il en distillait les mille merveilles, les mille délicatesses, les milles routines. Un fil invisible le reliait à un inframonde enfoui d’émotions refoulées, de plaisirs coupables, de plaisirs anodins, de petits riens qui sont un tout indispensable. Vous lui donniez un champ battu par les vents, une route boueuse, un bistrot des copains, un zinc des solitudes, une ville de banlieue, il vous transformait la banalité en cantate, un divorce en mélancolie soyeuse, un flirt en poème épique. Ce chanteur-artisan, qui tournait dans nos provinces et dont les tubes s’exfiltraient du transistor de nos grands-mères pendant qu’elles équeutaient des haricots verts, avait un cousin du grand Nord, le québécois Robert Charlebois. Plus gouailleur, plus rockeur, avec la langue juteuse de nos frères acadiens, il parlait lui aussi de cette nostalgie, de cet Eldorado. Quand l’un chantait « Je reviendrai à Montréal » en février 1976, quelques mois auparavant, l’autre entonnait « Quand j’étais chanteur » que Paris Match a classé 2ème dans son Top 223. Il y a entre les deux, un même terroir, la même symphonie des égratignures, la même recherche esthétique. On leur pardonnait tous leurs écarts. Michel, au-delà de distraire nos vies, fut et demeure notre éclaireur.  

Il y a une vie après l’Assemblée

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© Mairie de Béziers

83 % des Français estiment que les députés donnent une mauvaise image de l’Assemblée nationale. La contestation des crèches de Noël, l’activisme des néo-féministes, la tolérance de l’immigration irrégulière et le lâchage des agriculteurs donnent aussi une mauvaise image de la France.


Début décembre, un sondage OpinionWay pour Le Figaro révélait que « 83 % des personnes interrogées jugent que les députés donnent une mauvaise image de l’Assemblée. » Et 66 % des Français estiment qu’ils sont mal représentés par les partis politiques. En cette période de « bonnes résolutions », j’ai quelques idées d’économies à proposer les concernant…

Laïcité

29 novembre 2025 : inauguration de la crèche de Noël de l’hôtel de ville de Béziers en présence de plusieurs centaines de personnes venues l’applaudir et l’admirer, dont des représentants des différents cultes (catholique bien sûr, mais aussi juif, musulman, protestant et évangélique). En face, entre 50 (selon la police) et 100 (selon les organisateurs : Ligue des droits de l’homme, CGT, Libre Pensée et quelques-uns de nos opposants locaux…) manifestants pour la vilipender aux cris de « Ménard délinquant » ou « Ménard en prison ». Pour exprimer leur courroux, ils ont immédiatement et copieusement sifflé les chants de Noël entonnés par la chorale de nos « petits chanteurs »… Bon, je vous le dis tout de suite, siffler et huer des enfants qui chantent des cantiques de Noël ne les a pas rendus très populaires. Mais la meilleure réponse à toute cette agitation, c’est vous qui l’apportez : selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le JDD, 79 % des Français sont favorables à la présence de crèches de Noël dans les mairies. Allez, circulez !

Marianne d’or

Une récompense au goût de revanche… Le 9 décembre dernier, Béziers (eh oui, encore !) a reçu une Marianne d’Or, symbole de l’engagement républicain et de l’innovation au service de la collectivité, pour la brigade antistupéfiants de sa police municipale. Composée d’une dizaine d’agents particulièrement aguerris (je les surnomme « les Golgoths »), l’unité opère jour et nuit. Elle ne mène pas d’enquêtes judiciaires – elle n’en a pas le droit –, mais elle occupe le terrain et perturbe les trafics par une présence dissuasive constante. Le principe est simple : moins il y aura de points de deal actifs, moins il y aura de consommateurs… Mais figurez-vous que cette initiative n’a pas été du goût de tout le monde. Des dealers, on s’en doute. Mais pas non plus d’un certain syndicat de Police nationale, qui y a vu une sorte de « concurrence déloyale »… On croit rêver !

Décourageant

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi socialiste instaurant une présomption de minorité pour les mineurs étrangers non accompagnés. Actuellement, lorsqu’une première évaluation de leur âge conclut à leur majorité, ils ne sont plus considérés comme des mineurs et ne peuvent plus être pris en charge par les services de protection de l’enfance. Avec ce nouveau texte, il leur suffira de se déclarer « mineur » pour être considéré comme tel par l’administration française. Et puisqu’on n’est pas à une aberration près, les députés ont également supprimé les examens radiologiques osseux, dentaires ou du développement pubertaire qui permettent justement de déterminer l’âge de la personne contrôlée. Bah voyons ! Petite précision : cette proposition de loi a pu être votée du fait de l’absence massive des députés LR et du RN… On comprend mieux les 66 % de Français qui estiment être mal représentés par les partis politiques ! CQFD…

Crèche de Noël suite…

Et de deux ! Deux procès en référé perdus pour nos détracteurs qui espéraient faire condamner la Ville de Béziers pour sa crèche de Noël et la faire déplacer. Les juges montpelliérains ont jugé qu’il n’y avait pas d’urgence à statuer et que ces polémiques pouvaient bien attendre… Au fait, au 19 décembre, soit quelques jours avant Noël, c’est déjà 34 137 personnes qui étaient venues admirer notre crèche. Record largement battu !

Jacquerie

Nos agriculteurs sont de nouveau dans la rue, sur les ronds-points, sur les autoroutes. Je les comprends. Ce n’est plus une question de prix, de concurrence déloyale, de vaccins ou de pesticides. C’est une question de dignité. Travailler soixante-dix heures par semaine et gagner 500 à 600 euros par mois n’est pas acceptable. Un paysan se suicide chaque jour dans notre pays. Attention à leur colère ! Et prenez garde à la jacquerie ! Contrairement aux apparences, cela pourrait bien être un mot d’avenir…

Bis repetita

Désireux de rester « fidèle à ses convictions », Olivier Bourjot, le maire de Chessy (Seine-et-Marne), refuse de marier une femme finlandaise et un Algérien visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et dont les déclarations laissent à penser que le fiancé souhaite se marier pour régulariser sa situation administrative en France. Ça vous rappelle quelqu’un ? Sommés par la justice de procéder au mariage avant la fin de l’année 2025, le maire et ses adjoints décident alors de présenter leur démission. Laquelle est refusée par la préfecture. Aïe ! C’était pourtant bien pensé. Et plutôt courageux ! Je vous rappelle la peine encourue pour refuser de marier quelqu’un : cinq ans de prison, 75 000 euros d’amende et cinq années d’inéligibilité… Rien que ça ! Mais pourquoi un maire devrait-il, sous peine de sanctions pénales, obéir à une décision de justice quand c’est l’État lui-même qui est défaillant dans l’exécution de ses propres décisions que sont les OQTF. Personne ne demande de comptes à l’État pour ses carences quand le maire doit, lui, répondre à la fois devant la justice et devant ses administrés ! La jacquerie dont je parlais plus haut pourrait aussi s’étendre à nos communes…

Sales connes

Nous vivons une époque formidable ! Prenez l’épisode des « sales connes ». Ce ne sont pas les féministes du collectif #NousToutes qui ont été dénoncées pour avoir perturbé le spectacle de Ary Abittan, et tenté ainsi de se substituer à la justice en accusant, en toute connaissance de cause, le comédien d’un crime dont il a été blanchi. Non, c’est bien Brigitte Macron qui a été soumise à la vindicte populaire. Son tort ? Avoir traité de « sales connes », non pas les victimes de violences sexuelles, mais les militantes en question. Soyons réalistes, la présomption d’innocence a du plomb dans l’aile. Aucune raison que ça s’arrange en 2026 !

Avoir raison avec Jean-Pierre Winter

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Jean-Pierre Winter © Hannah Assouline

Le psychanalyste et écrivain, compagnon de route de Causeur, est mort le 9 décembre 2025. Penseur lucide, il refusait le consensus, appelait à parler vrai, à accepter le conflit, à assumer la peur et à renoncer à l’illusion de l’innocence. Tout ce que refuse l’air du temps qui, lentement, décompose les sociétés occidentales.


Jean-Pierre Winter est mort dans un monde qui n’attend plus des penseurs qu’ils éclairent le réel, mais qu’ils l’adoucissent, le travestissent, le rendent tolérable à force de précautions morales. Sa disparition ne fera pas événement, car il n’était ni conciliant ni récupérable. Il parlait trop droit dans une époque vouée au flou, refusait trop nettement dans une société qui confond la pensée avec l’adhésion émotive. Il appartenait à cette catégorie désormais rare d’hommes que l’on écoute de loin, par intermittence, avant de les effacer sans remords, soulagé qu’ils cessent de rappeler ce que l’on s’efforce d’oublier.

Winter n’a jamais consenti à faire de la psychanalyse une technique d’adaptation à la déréliction générale. Il rappelait, avec une constance presque entêtante, que dès qu’elle renonce à affronter le réel, elle se mue en industrie de la consolation, en auxiliaire discret du mensonge social. Il refusait de réparer les individus pour mieux les ajuster à un monde malade. Il insistait sur une vérité devenue indécente : l’homme n’est pas d’abord une victime, mais un être capable de violence, et toute société qui feint de l’ignorer prépare le retour de cette violence sous ses formes les plus brutes.

Ce qu’il analysait, à rebours de l’air du temps, c’est la décomposition lente, presque imperceptible, des sociétés occidentales. Non pas une chute spectaculaire, mais un effondrement par renoncements successifs. Renoncement à la loi sous couvert de compassion, renoncement à la transmission au nom de la protection. L’anomie, montrait-il, n’est plus ressentie comme une crise à surmonter, mais comme une norme moralement acceptable, parfois même revendiquée, et l’on finit par prendre pour humanité ce qui n’est souvent qu’une démission.

Dans ce paysage appauvri, l’individu n’est pas libéré, il est abandonné. Et l’abandon crée toujours un appel d’air. Winter voyait dans la fragmentation contemporaine moins une promesse qu’un péril : celui de la concurrence de loyautés incompatibles, là où la loi commune n’ose plus s’imposer. Quand l’État se tait, d’autres discours s’engouffrent dans le vide, et l’obéissance revient, plus rigide, plus close, souvent plus violente, sous les habits trompeurs du choix et de l’émancipation. On croit multiplier les libertés, on ne fait souvent que multiplier les dépendances. Et l’on appelle tolérance ce qui n’est parfois qu’une peur panique de nommer.

Il y avait, chez Winter, une solitude presque structurelle. Non pas une posture d’ermite, mais la conséquence d’une fidélité à la parole tenue dans un monde qui ne supporte plus la contradiction. Car notre temps ne réfute pas, il disqualifie. Il ne débat pas, il soupçonne. Il ne pense pas, il moralise. Et dans cette police douce des consciences, l’intellectuel n’est plus celui qui trouble, mais celui qui certifie. La psychanalyse elle-même, trop souvent, se rêve en supplément de bienveillance, en onction de l’air du temps. Winter, lui, refusait d’être l’employé du consensus.

Il a abordé sans détour la question de l’antisémitisme, notamment dans « De l’antisémitisme comme perversion[1] », l’analysant comme un symptôme central des sociétés en crise. Il invitait à y voir non une opinion marginale, mais une pathologie du lien : la désignation d’un responsable lorsque la division interne devient insupportable. Sous ses formes contemporaines, morales ou idéologiques, l’antisémitisme lui apparaissait comme une tentative désespérée de fermer le sens par la haine, de suturer le manque par la fabrication d’un ennemi absolu.

Cette analyse s’enracinait dans une filiation plus profonde, perceptible dans son rapport à la loi, au conflit et à la responsabilité, et que l’on peut relier à la pensée juive profane. Non comme identité proclamée, mais comme structure intime de la pensée. Refus de l’innocence, conscience de la faute, acceptation d’un monde qui ne se réconcilie pas. Une pensée pour laquelle le lien social ne se construit ni dans la fusion ni dans la rédemption collective, mais dans la tension assumée et le prix payé pour cette tension.

Winter rappelait que le conflit n’est pas une pathologie du vivre-ensemble, mais sa condition même. Ce qui détruit les sociétés, selon lui, ce n’est pas la violence reconnue et travaillée, mais la violence niée, moralisée et déplacée vers des abstractions commodes. D’où sa défiance envers les discours qui promettent la paix au prix du renoncement à la loi et à la responsabilité.

Il invitait également à comprendre le retour du religieux et des offres de sens closes comme un symptôme d’un monde qui ne supporte plus ni l’incertitude, ni la division, ni le temps long de la transmission. Lorsque le langage commun ne contient plus la peur, d’autres récits s’imposent, porteurs d’un ordre total qui exige la soumission en échange du sens.

Winter refusait toute posture de sauveur. Il ne proposait ni programme politique, ni récit de rédemption collective. Convaincu que toute promesse de guérison globale dissimule une tentation de domination, il se méfiait des nouveaux prêtres du sens. Il ne laissait qu’une exigence rude, presque ascétique : parler vrai, accepter le conflit, assumer la peur, renoncer à l’illusion de l’innocence.

Jean-Pierre Winter est mort. Son œuvre restera sans doute marginale, parce que notre temps ne cherche pas la lucidité, mais l’apaisement. Pourtant, à travers cette œuvre se dessine un avertissement que notre époque ferait bien d’entendre : une démocratie qui renonce à nommer le réel, par crainte d’offenser ou de préserver sa bonne conscience, abdique en silence et prépare elle-même les maîtres qu’elle prétendra ensuite combattre.


[1] In Pardès, 2004/2, n° 37, pages 35 à 42.