Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.
Rien n’y fait. Quand ça ne veut pas… Malgré des efforts soutenus pour atteindre l’excellence, comme on dirait à « Stan », en dépit de solutions égrainées avec l’entrain d’un serveur téléphonique : « Pour avoir des gestionnaires, tapez 1 ; pour des révolutionnaires, tapez 2 », nonobstant la promesse de « réarmement » et de « régénération », l’imaginaire politique d’Emmanuel Macron reste en cale sèche. Le libraire de mon quartier a très certainement perçu ma quête d’épopée quand il m’a conseillé de me plonger dans Les Naufragés du Wager, de David Grann (LeSous-Sol, 2023). Je n’aime rien autant que ces œuvres où le talent de l’écrivain vient harponner le réel. Le va-et-vient entre ce récit et la récente actualité politique fut tout simplement délicieux.
L’autre séparatisme
Imaginez, le vaisseau de ligne de Sa Majesté envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du jeune officier Attal, avec un cap clair et un esprit conquérant. J’ai vécu pendant quelques jours l’emballement médiatique autour de la nomination du « plus jeune Premier ministre » comme celle du commodore Anson sur son navire. Comme frappées par une fièvre soudaine, les rédactions ont été victimes d’un délire attalamaniaque, qui, finalement, n’a pas duré une semaine.
L’expédition, avant de passer le cap Horn des élections européennes, a connu sa première grosse vague avec Amélie Oudéa-Castéra. Je l’apprécie pour sa capacité à dire très clairement l’entre-soi bourgeois, le séparatisme des très hauts revenus. Mais déjà apparaissent à l’horizon les quarantièmes rugissants avec la colère des agriculteurs ; travailleurs de la terre et de la misère. Elle dit beaucoup de l’époque. Quand le travail ne paie pas. Quand le grand désordre libéral, illustré par les traités iniques de libre-échange, va jusqu’à atteindre votre propre dignité, le sens de votre vie.
Pour éviter les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déferlants, Sa Majesté et le jeune commodore Attal regardent la carte de la région. Île de la Désolation. Port de la Famine. Golfe des Peines. Rochers de la Tromperie. Baie de la Séparation des amis. Restent pour eux quelques raisons de ne pas totalement désespérer de la situation. L’équipage du Wager, avant de faire naufrage, a été fortement diminué par le scorbut. Notre système de santé connaît quelques difficultés, mais il devrait pouvoir y faire face. Après avoir échoué sur une île vierge au large de la Patagonie, les survivants s’organisent mais des mutineries éclatent. Je n’évoquerai pas ici les scènes de cannibalisme car, vraiment, nous y échapperons à coup sûr.
Rendez-vous sur l’autre rive
David Grann est un maître du récit. Plus encore, il interroge superbement sur le sens des récits. Face aux crises françaises, nombreuses et complexes, les alternatives et les possibles sont immenses à condition de les rendre désirables. Quand la politique n’est plus une espérance exagérée, elle se réduit à un tableur Excel déshumanisé.
Je vais maintenant lire le dernier Tesson. Ma sensibilité politique n’a jamais cadenassé mes goûts littéraires. Je préfère la compagnie d’un très bon livre d’un auteur de l’autre rive à une soirée avec des poètes « progressistes » qui sont déjà cuits avant même d’être maudits. Quand Ferré chantait « Thank You Satan », cela avait une autre gueule. « Pour le péché que tu fais naître /Au sein des plus raides vertus ».
Monsieur Nostalgie célèbre les 120 ans d’Henri Calet (1904-1956), le journaliste-écrivain des « petites gens »
On l’ouvre au hasard, et, miracle, on le lit encore. À la volée, une chronique, un reportage, un portrait de quelques feuillets, un récit de voyage, comme ça, par plaisir, par désœuvrement, par hygiène intellectuelle aussi. Dans nos bibliothèques garnies de sommités, rares sont les écrivains à tenir la distance et à procurer cette brève et intense immersion dans la littérature avec les rogatons de l’existence. Directe, sans filtre, sans curatelle et appareil critique. Céline et Jules Renard, dans un registre possédé et chirurgical, éruptif et vipérin, offrent le même ondoiement répété. Tant d’autres, couronnés et choyés par les érudits encartés, assomment, jargonnent, grincent, soliloquent, dès la première phrase. Ils sont lourds et souvent inaptes à l’écriture, à la création, en somme, donc, au commerce des mots. Ils ennuient d’abord, puis agacent fermement. On finit par les abandonner dans les rayons les plus élevés, inaccessibles à hauteur d’homme. C’est la punition que je leur inflige dans mon Berry, ma modeste contribution à tous les surcotés de la Terre. Chez Calet, le style est allégé de toutes impuretés et fatuités, il n’en demeure pas moins classique dans sa forme et son équilibre, il est dépourvu d’excès et de flambe ce qui lui donne un éclat toujours nouveau. Il est faussement journalistique dans son esprit. Derrière ce ton informatif de façade, d’un réalisme un peu trop sérieux à mon goût, toutes les personnes qu’il interroge, nous apparaissent alors dans leur dimension fictive. Il les met à plat sur le papier, non pas pour les grandir, plutôt pour leur tendre un miroir psychologique. Calet ne trahit pas leur vérité, il ne les caricature pas, ne les moque pas ; sous sa plume, ces inconnus ne ressortent pas embellis ou transformés. Calet n’est pas un politicien attiré par la misère ou l’un de ces progressistes ébaubis que l’on rencontre aujourd’hui sur les plateaux de télévision, sa fibre sociale n’annihile pas son talent d’écrivain. Ses idées ne sont pas un frein à sa prose. Il creuse, par ses nombreuses enquêtes sur le terrain, une galerie de quidams fatigués, d’anonymes qui nous touchent, d’insignifiants qui peuplent la capitale et ravivent la mémoire des rues. Son œuvre a assurément une valeur documentaire sur l’immédiate Après-guerre mais elle ne se limite pas à une litanie de poncifs sur la pauvreté urbaine ou le mal-logement. Calet est trop subtil et sincère pour servir une quelconque cause.
« Ceux qui ne sont rien », formule punitive de notre président, ont trouvé refuge dans ses livres. Ils en sont le substrat et l’onde nostalgique. Leur déterminisme qui semble, à priori, les accabler ne les dépossède pas totalement de leur propre individualité. Calet ne les indivise jamais, il ne les idolâtre pas non plus, son ironie rieuse s’infiltre souvent dans ses pages, elle vient désamorcer ainsi une charge lacrymale trop pesante. Son acte de naissance l’a poussé vers « le petit peuple » de Paris bien qu’il se soit aventuré, par la suite, dans les hautes sphères avec des prudences de sioux. En vérité, il ne semble à l’aise dans aucun milieu, d’où cette forme de raideur et d’élégance sur les photos d’époque. De réserve à l’évidence, son snobisme à lui. Dans un livre de poche datant de 1966, on le présentait ainsi : « Après ses études, il exerce divers métiers, voyage, enseigne le français à l’étranger. C’est aux Açores qu’il commence son premier roman : La Belle lurette (1935) ». Déjà, on perçoit un goût certain pour le flou, les identités successives, les méandres en héritage, Calet aura marché toute sa vie sur des voies parallèles. Qu’il collabore au journal Combat avec Albert Camus ou pour le Elle d’Hélène Lazareff, qu’il écrive des textes à la radio et à la télévision, qu’il fasse la navette entre le Parisien Libéré et Gallimard, il demeure cet apatride des Lettres. Jamais en pole position et, malgré tout, connu des rédactions ou du milieu de l’édition, il rate de peu le Prix Albert-Londres et remporte le « Prix de l’Humour » en 1950 pour L’Italie à la paresseuse.
Malade du cœur, il s’éteint à Vence en 1956 à l’âge de cinquante-deux ans. Son parcours, hors des clous et des académies, nous le rend proche. Adepte du « fourre-tout », genre hybride mariant l’autofiction et la chronique, parisien viscéral (« J’ai tété son lait, j’ai respiré son souffle »), éternellement repêché par quelques éditeurs et lecteurs fervents depuis bientôt soixante-dix ans, il aura surtout beaucoup écrit pour manger. La gamelle et l’écriture auront été ses priorités absolues. François Nourissier le qualifiait de « classique populiste ». Je ne me lasse pas de son rideau de grisaille et de cette désillusion qui sonne comme une délivrance ; à propos de Paris, il écrivait « Je crois parfois que c’est mon champ. Voilà longtemps que je le laboure et que je le sème : rien n’a germé, rien n’a fleuri ». Peut-être que la meilleure définition de Calet, celle qui s’approche le plus de sa vérité, on la doit à Michel Petrucciani disparu il y a vingt-cinq ans (lire Jazz Magazine de février 2024) parlant de sa musique : « Aujourd’hui, je tourne moins autour de notes elles-mêmes que leur couleur. L’important, c’est de donner au bon moment sa juste couleur à tel ou tel accord ».
En chacun de nous existe probablement un esprit du Nord. Je ne suis jamais allé là-bas physiquement, mais les pays scandinaves ont joué un rôle certain dans ma mythologie personnelle, à travers quelques artistes marquants. Qu’ils appartiennent à la littérature (Stig Dagerman), au cinéma (Bergman, Lars von Trier), à la philosophie (Kierkegaard, peut-être mon philosophe préféré), ou encore à la musique (Sibelius), ils ont introduit incontestablement dans ma sensibilité une prédisposition fondamentale.
Peu de textes, beaucoup d’images
Le beau livre très érudit que nous proposent Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre, toutes deux professeurs de littérature comparée à la Sorbonne et spécialistes du monde scandinave, a le grand mérite de faire une synthèse particulièrement agréable et démonstrative de ce que représentent ces pays de l’extrême. Peu de textes ici, beaucoup d’images, l’essentiel est dit et montré avec goût et simplicité. Les deux universitaires sont parvenues à faire une somme esthétique, nous livrant sur un plateau la quintessence même de tous ces magnifiques pays du Nord que sont la Suède, la Norvège, le Danemark et quelques autres encore.
Il y a une identité scandinave, perceptible à travers les différentes formes d’art que nos deux auteurs scrutent attentivement. Elles notent ainsi « un sentiment profond mais complexe, mêlant l’isolement, l’esseulement, la solitude, la marginalité, un peu de nostalgie aussi ». Les peintures ou les photographies qu’elles ont sélectionnées le prouvent assez, mais aussi les exemples littéraires qu’elles donnent. Elles citent ainsi l’écrivain islandais Gyrðir Elíasson, qui évoque la solitude dans son roman La Fenêtre du sud, paru en français en 2020 : « Celui qui est seul est toujours seul, écrivait-il, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. »
L’âme scandinave
Deux éléments prédominent, pour caractériser l’âme scandinave. Le silence, d’abord, délicat à illustrer, et ensuite sûrement la couleur bleue. Cette couleur a inspiré les poètes et les peintres. Dans son recueil de poésie maritime Baltiques (1974), Tomas Tranströmer écrivait : « Et là-haut, dans les montagnes, le bleu de la mer a rattrapé le ciel. » Quelques pages plus loin, un tableau de Björn Ahlgrennsson de 1901 vient mettre en évidence cette obsession du bleu.
Le froid et la glaciation immergent toute la vie nordique. Le gel est un thème littéraire inépuisable. Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre lui consacrent tout un chapitre, mentionnant l’exemple suivant : « le Danois Peter Høeg, remarquent-elles, dans son roman Smilla et l’amour de la neige (1992), confirme les pouvoirs poétiques de l’immensité glacée et de l’infinie blancheur des espaces nordiques ». Au Groenland, le paysage est évidemment somptueux et d’un blanc immaculé. « Se fondant dans cette nature incolore et glacée, les Inuits semblent parfaitement inaccessibles », comme le soulignent nos deux universitaires.
Une nature grandiose
Ce qui, selon elles, frappe peut-être le plus, dans les pays scandinaves, c’est l’immensité de la nature, et en particulier « les vastes forêts », qui confèrent à ces contrées « une atmosphère surnaturelle ». Le cinéaste islandais Hlynur Pálmason a consacré tout un film, Godland, en 2022, à décrire ce phénomène, « rappelant, si besoin était, que l’âpreté naturelle est une source féconde de puissance esthétique ».
Pour Alessandra Ballottiet Frédérique Toudoire-Surlapierre, le philosophe danois Søren Kierkegaard est celui qui est le plus représentatif de l’esprit scandinave, avec ce qu’il a lui-même appelé, à propos du sacrifice d’Abraham, « la terrible responsabilité de la solitude ». La pensée de Kierkegaard se trouve donc être tout naturellement « au cœur même de la morale nordique ». Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de l’attrait intellectuel que représente cette contrée scandinave apparemment si excentrée, et qui ne révèle ses richesses qu’aux plus vigilants.
Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre, Scandinavie, un voyage magnétique. Éd. De La Martinière.
Laure Adler et François Piquemal face à Estelle Youssouffa: la gauche contre le réel.
À l’instar de leur président Azali Assoumani, les dirigeants des Comores multiplient les provocations contre la France à la tribune de l’ONU. La première opération Wuambushu menée au printemps dernier a échoué et la submersion migratoire se poursuit à Mayotte. Elle met en péril la cohésion sociale d’une île devenue un immense bidonville.
Le droit du sol, quoi qu’il en coûte ?
Les bus sont caillassés, les hôpitaux pris d’assaut par des clandestins qui menacent les soignants ; des bandes de « jeunes » armés de machettes détroussent les autochtones. Pas un commerce n’échappe au pillage et alors que les maisons individuelles se couvrent de barbelés, la population organise désormais elle-même sa protection. Aussi, le 11 février, le ministre de l’Intérieur s’est résolu à se rendre sur l’île pour « apporter desréponses ». Gérald Darmanin a annoncé l’opération Wuambushu 2 qui comprendra l’installation d’un rideau de fer maritime, le déploiement de 15 gendarmes du GIGN et la mise en place d’un escadron « Guépard » destiné à réduire la violence. Ce qu’on a retenu, surtout, c’est qu’il a déclaré, vouloir procéder à une « révision constitutionnelle » concernant le droit du sol à Mayotte pour supprimer son automaticité. Cette idée, récemment évoquée lors du projet loi immigration, n’a pas manqué de relancer le débat entre une droite favorable à la suppression dudit droit et une gauche que cette perspective inquiète. Pour l’idéologie de gauche, tout est ouvert : pas de filtre, pas de frontières, pas de « discrimination. » Qu’importent les conséquences pourvu qu’on ait bonne conscience.
C’est dans ces circonstances qu’Estelle Youssouffa, députée de la première circonscription de Mayotte et apparentée à l’Assemblée nationale au groupe centriste Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) est intervenue sur deux plateaux de télévision, mardi 13 février. La Mahoraise, digne et posée, ne mâche pas ses mots. Elle réclame « l’expulsion des migrants en situation irrégulière », la prise de « décisionsradicales » contre la pression migratoire, dénonce « la colonisation de son île » et demande « l’abolition du droit du sol ». La gauche enrage face à cette position résolument identitaire, hélas, la députée est « racisée », il est par conséquent difficile de « l’extrême-droitiser ». Sur LCP, d’abord, on a vu le député insoumis François Piquemal se faire recadrer magistralement par Estelle Youssouffa. Pour rendre les migrants moins violents, il conviendrait, non pas de supprimer le droit du sol à Mayotte, mais d’augmenter l’aide versée aux Comores, a tenté d’expliquer cet apôtre du vivre-ensemble ; le voilà aussitôt mouché : « Je vous ai laissé débiter des âneries et je n’ai rien dit. Donc, vous allez supporter d’entendre des faits vérifiés. » Après ce préambule efficace, elle a développé : « Vous êtes en train de nous expliquer que le sujet, c’est la pauvreté. La pauvreté ne justifie pas la violence.Mayotte est depuis toujours extrêmement pauvre, mais on ne découpe pas les gens en morceaux. Vous comprenez ? À aucun moment, la pauvreté ne justifie la violence que subit Mayotte. »
« Je vous ai laissé débiter des âneries, j'ai rien dit. Donc vous allez supporter d'entendre des faits vérifiés » Échange tendu entre la députée de Mayotte Estelle Youssouffa et le député LFI François Piquemalpic.twitter.com/LZQv5v1oCe
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) February 14, 2024
Laure Adler, hors sol
Ensuite, dans C ce soir, on a réfléchi sur les « dangers de la remise en cause du droit du sol à Mayotte ». Estelle Youssouffa, toujours, et cette fois face à Laure Adler, nous a offert un second moment d’épiphanie. La journaliste, icône de la télévision d’État dont la bien-pensance est devenue le fonds de commerce, lévite aussi en altitude par-dessus les contingences bassement matérielles et les destinées des gueux ; voler au-dessus de la mêlée lui permet assurément de poser les bonnes questions. Aussi, l’a-t-on vue s’interroger gravement : le problème mahorais, n’était-il pas, somme toute, celui d’une jeunesse « sans avenir » qu’il convenait « d’accompagner » ? D’un air pénétré, lentement et d’un ton monocorde, Madame Verdurin a pris la parole : elle ne connaissait pas Mayotte, mais, c’était tout comme ; elle avait lu : « Je ne connais pas votre île, mais j’ai lu un livre, il y a quelques années, qui a d’ailleurs obtenu un grand succès en France, de Nathacha Appanah, qui s’intitule Tropique de la violence. » Et la femme savante de préciser, affichant « cetteattitude de résignation aux souffrances toujours prochaines infligées par le Beau » que Proust lui prête dans La Recherche : « ce livre met en scène de façon magistrale toute cette jeunesse, dans cette île, cette jeunesse en proie au manque d’avenir, en proie au manque de moyen, en proie au manque d’éducation. » Et vint, incantatoire, le questionnement, douloureux, nécessaire : « Et je voulais savoir si, aujourd’hui, ce n’était pas ce problème-là qui était le plus important, (…) ne pas distinguer (…), dans cette jeunesse désorientée que met en scène magistralement Natacha Appana et qui a donné un film qui s’intitule aussi Tropique de la violence de Manuel Schapira. Est-ce que cette jeunesse sans avenir, ce n’est pas ça, le sujet le plus important ? (…) Est-ce que le vrai problème c’est d’être Mahorais ou d’être Comorien ? Quel est le statut de cette jeunesse et comment peut-on remédier à cette absence d’espoir ? »
La réponse d’Estelle Youssouffa au prêche sirupeux est terrible : « Le livre comme le film fontl’objet d’un immense rejet à Mayotte. » Elle précise : « C’est quandmême assez symptomatique que ce livre, qui est présenté pour expliquer ce qu’est la réalité (…) n’a aucun personnage local, indigène. » « Nous,Mahoraises et Mahorais, sommes invisibilisésdans notre propre histoire, dans notre propre territoire. » Elle balance ensuite le vitriol du réel dans la guimauve des bons sentiments : « Ces enfants ne sont pas les nôtres. Nos enfants à nous n’ont pas accès à nos écoles. Nos écoles n’ont pas de cantine. On n’a pas d’eau. »« On ne peut pas faire une politique publique quand on ne connaît pas sa population, qu’on ne peut pas se compter. » Et à la fin de l’envoi, elle touche : « La générosité n’a pas de prix, mais elle aun coût. »
Dès 1998, Philippe Muray, avait déjà tout compris : « Il n’y a plus de différence entre le discours des artistes, celui de l’élite éclairée et ceux de la classe politique (…) la fusion s’est opérée (…), les discriminations ont disparu, tout est noyé dans une même interminable et pitoyable homélie sur la nécessité de la tolérance, l’abjection du racisme (…) »
L’opposant numéro 1 à Vladimir Poutine n’est plus. Qu’il ait été tué ou qu’on l’ait laissé péricliter dans la colonie pénitentiaire où il faisait de fréquents séjours en « cellule de discipline » malgré un état de santé alarmant, le Kremlin voulait sa mort. Les chancelleries occidentales s’indignent de la cruauté du régime russe, et tiennent Vladimir Poutine pour responsable. À un mois des élections qui vont le confirmer à la tête du pays jusqu’en 2030, le dirigeant russe rappelle à l’Occident et à son peuple qu’il fait ce qu’il veut.
Ainsi, vient-on d’apprendre, ce 16 février 2024, la mort, à l’âge de 47 ans seulement, dans une prison – portant la sinistre appellation de « Loup polaire », où il purgeait une peine carcérale de dix-neuf ans pour « extrémisme » – située au-delà du glacial cercle arctique, d’Alexeï Navalny, principal opposant politique au régime dictatorial de Vladimir Poutine.
Stupeur, certes, au sein de nos démocraties et, plus généralement, du monde libre ! Car, par-delà même cette tragique disparition de Navalny, dont on ne louera jamais assez l’immense courage face à ce que beaucoup considéraient malheureusement comme une mort annoncée au vu de la dureté de ses conditions de détention, c’est la liberté, en sa plus noble, haute et belle expression, qui a été, de fait, assassinée là, et par la plus brutale, horrible et cynique des manières !
Le courage de la vérité
Comment, d’ailleurs, ne pas se souvenir, en d’aussi dramatiques circonstances, de ce que le grand Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre des dissidents au sein de l’ex-Union Soviétique, écrivait déjà, dans son Archipel du Goulag (1973), à propos de l’univers concentrationnaire, où il fut lui-même enfermé, au fin fond de la non moins hostile Sibérie, pendant de longues et cruelles années : « Notre univers n’est-il pas une cellule de condamnés à mort ? »
Condamné à mort : c’est cette très lourde sentence, aux funestes contours de peine capitale, que Navalny, le courage de la vérité néanmoins chevillé au corps comme à l’âme, affronta précisément, avec une détermination qui n’avait d’égale que sa lucidité, lorsqu’il revint, le 28 janvier 2021, d’Allemagne, où il avait été hospitalisé après avoir subi, en août 2020, une grave tentative d’empoisonnement (au novitchok, censé paralyser les réflexes neurologiques) de la part des services secrets poutiniens (le FSB, anciennement KGB), pour rentrer en Russie, où il savait pertinemment bien que, faute de soins adéquats au regard de sa santé ainsi fragilisée irrémédiablement, il périrait, reclus en un total isolement, sinon en une de ces terribles « cellules de discipline » dont les pouvoirs les plus tyranniques ont l’impénétrable secret, d’une lente et douloureuse agonie.
Car c’est ainsi, en d’aussi effroyables circonstances, où toute humanité semble même avoir disparu au mortifère horizon de ce monde glacial, que l’on meurt, comme aux pires heures de l’ère stalinienne, dans ce que l’on appelle pudiquement, mais surtout très hypocritement, une « colonie pénitentiaire ». Ce type de totalitarisme, un écrivain aussi talentueux que Franz Kafka l’a, du reste, particulièrement bien décrit lui aussi, en 1919 déjà, dans une nouvelle intitulée, justement, La colonie pénitentiaire. Kafkaïen, précisément !
Le destin d’un héros mort en martyr
Ainsi, est-ce également là, face à un aussi douloureux mais symbolique destin, en véritable martyr, où la mort le rend paradoxalement encore plus vivant, et la clameur de son combat pour la liberté plus que jamais retentissante aujourd’hui, qu’Alexeï Navalny, dont le silencieux mais éloquent sourire se parait infailliblement d’une sorte de politesse du désespoir, s’en est allé en ce morne jour d’hiver.
Que cet héroïque Alexeï Navalny, qui a désormais rejoint ces autres grandes figures de la dissidence russo-soviétique que furent Alexandre Soljenitsyne, Andreï Sakharov ou Alexandre Zinoviev (mémorable auteur, notamment, des Hauteurs Béantes), ne se désole toutefois pas trop là où il est à présent : son combat pour la liberté – l’inaliénable et précieuse liberté – demeurera à jamais, pour tout démocrate digne de ce nom, authentiquement épris de justice, un exemple à suivre, éternellement ! Ainsi, non, la mort d’Alexeï Navalny, qui aura ainsi payé de sa propre vie par sa résistance à l’oppression, ne sera pas vaine : nous, hommes et femmes de bonne volonté, profondément attachés aux imprescriptibles valeurs morales et principes philosophiques de l’humanisme, continuerons son immortel combat pour la liberté, partout dans le monde, y compris en Russie. Gloire à Navalny !
Didier Desrimais a récemment dénoncé les délires wokes, antispécisme y compris. L’essayiste animaliste David Chauvet lui répond.
Dans sa récente chronique pour Causeur évoquant le livre de Jean-François Braunstein La philosophie devenue folle, Didier Desrimais affirme ou à tout le moins laisse entendre que l’antispécisme est une forme de wokisme[1]. Disons-le clairement : cette affirmation n’a aucun fondement, mais Didier Desrimais et Jean-François Braunstein ont tout à fait raison de s’interroger sur les dérives passées et futures de l’antispécisme, comme de toute autre idéologie.
On peut très bien exécrer le wokisme et être antispéciste, si on définit l’antispécisme comme le fait de ne pas porter atteintes aux intérêts fondamentaux des animaux au seul critère qu’ils appartiennent à une autre espèce – je dis bien « intérêts des animaux », ce qui signifie qu’ils sont sensibles et doués de conscience. Chacun comprend qu’il y a une différence entre un moucheron et un cheval, oserai-je croire, et on ne rejettera pas la protection due à ce dernier en prétextant simplement de l’exemple du premier.
Oubliez les singeries de Singer
Donc, l’antispécisme ne devrait pas être considéré, par principe, comme « une philosophie devenue folle ». Se soucier des animaux ne date pas d’hier, et certainement pas de l’antispécisme de Peter Singer. Il suffit de se souvenir, pour parler de la seule civilisation judéo-chrétienne, que dans l’Eden Adam et Eve ne mangeaient pas de viande. On l’ignore souvent, mais cela a donné lieu à une « lecture végétarienne du christianisme », pour citer Olivier Christin et Guillaume Alonge dans leur belle étude Adam et Eve, le paradis, la viande et les légumes, dont le lecteur pourra trouver en ligne une chronique par votre serviteur[2]. En témoigne, l’ouvrage De abstinentia carnis du futur cardinal Silvio Antoniano au seizième siècle. Certes, il s’agissait moins de se soucier des animaux que de retrouver un idéal de pureté et d’humilité. Mais croyez bien que les antispécistes – du moins ceux qui, parmi eux, se soucient sincèrement des animaux – se satisferaient très bien de la fin des abattoirs, serait-elle motivée par tout autre chose que leur idéologie.
Quand je parle de sincérité, je veux dire que l’antispécisme peut aussi bien être un moyen de défendre les animaux qu’une vulgaire posture idéologique. Ou bien un simple jeu intellectuel, propre à sombrer dans les délires dont l’université est coutumière – ce que Didier Desrimais comme Jean-François Braunstein dénoncent brillamment. Mais voudra-t-on en revenir à la hiérarchie des races parce que l’antiracisme vire à présent au wokisme le plus grotesque ? Ou priver les femmes du droit de vote à cause du néoféminisme ? Non, alors de grâce, pas de deux poids deux mesures avec l’antispécisme. Ce n’est pas l’antispécisme en soi qu’il faut condamner mais, de même que l’antiracisme, ses dérives. Refuser qu’on torture ou qu’on tue les animaux n’implique pas d’accepter la zoophilie, de vouloir se marier avec son chat ou toute autre proposition issue d’esprits à la dérive.
Diabolisation
Ne pas faire cette distinction cruciale est non seulement un deux poids deux mesures, mais c’est une grave faute stratégique pour la droite : car la ficelle est grosse et il n’échappe à personne que derrière l’épouvantail de l’antispécisme, c’est la cause animale que certains cherchent à diaboliser, par exemple en assimilant au wokisme, de manière bassement opportuniste, la lutte contre la corrida ou contre la chasse. C’est alors de nos concitoyens, dans leur grande majorité sympathisants de cette cause, qu’on veut couper la droite. On ne le répètera jamais assez, tout comme l’écologie, la cause animale n’est pas essentiellement de gauche, et encore moins un avatar du wokisme[3].
Ou sinon, dites à Brigitte Bardot qu’elle est woke. Nul doute qu’elle goûtera le compliment avec la même volupté qu’une bouchée de viande.
Liberati (Prix Femina 2011 ; Prix Renaudot 2022) aime la récidive, surtout quand il s’agit de nous entraîner dans la débauche à bord d’une grosse Daimler dont les sièges de cuir bleu sentent le miel et le thé. Dans Les Démons (2020), on avait découvert Taïné et Alexis, duo vaguement incestueux. On les avait quittés à New York. On les retrouve à Rome, dans les années 1970.
La sœur, Taïné, photographe de talent, toxicomane, lesbienne de choc soumise à ses fantasmes les plus dingues ; le frère, Alexis, écrivain empêché, attiré par la chute, les partouzes, les bulles de champagne. Ils croisent Truman Capote, l’écrivain qui a foutu en rogne le plus grand acteur de tous les temps, Marlon Brando ; Helmut Berger, surnommé « l’Autrichienne », l’amant de Luchino Visconti ; Andy Warhol, et d’autres déjantés flamboyants qui auraient ouvert leur braguette devant les censeurs du wokisme. Heureusement que la mort les a projetés dans l’autre monde, leur évitant d’être confrontés à cette insupportable régression.
Le style de Liberati continue de faire mouche : baroque, lyrique, nerveux, à l’os. Le lecteur est convié à la table d’extravagants capables de vous occire pour éprouver la plus sublime des jouissances. C’est dionysiaque, fuligineux, insensé, à l’image de l’Occident, lieu de la chute où le soir ne cesse de tomber, pour reprendre l’image heideggérienne. La fête s’achève en 1973. Liberati : « La crise pétrolière de 1973 et le magnétisme énergique de New York finirait de vider la vie nocturne de ses vrais héros, accusant cette décadence qui fit de Rome une voie sans issue et un mouroir dès 1975. » Il ne faut jamais contrarier les plans du capitalisme.
Lors de ces séances de magie noire, nous croisons Dominique Mirhage, « la hyène du Capitole ». Elle apparaît lors d’un dîner, à Rome, un soir d’automne ; on la suit sur une vingtaine de pages, puis elle est rattrapée par son destin ; elle finit mal, dans la puanteur. La photographie de la couverture du roman, prise lors du tournage du film L’Urlo (1970), est celle de Tina Aumont, « la plus belle femme du monde », selon le réalisateur Tinto Brass. Elle a d’immenses yeux noirs, rehaussés de khôl, sa longue chevelure brune encadre un fin visage tourmenté ; elle tient dans la main droite un adorable poussin tout jaune. Elle est Bella dans le roman. « Alexis n’avait jamais remarqué à quel point le regard de Bella était sombre, il en montait une vapeur mélancolique et douce. » On pense qu’elle va être un personnage central. Eh bien, non, elle disparaît presque aussitôt après cette description. C’est comme ça, avec Liberati, et depuis son entrée fracassante en littérature : il faut s’habituer aux apparitions. En revanche, Truman Capote reste un pilier du récit. C’est le privilège de l’écrivain, celui qui vous croque et vous fait entrer, parfois de force, dans ses livres. Il est à Rome, Paris, Palm Springs. Avec sa voix de fausset et son regard lubrique, il virevolte comme le moustique, vous repère et vous suce le sang. Il n’hésite pas à fouiller dans les poubelles de l’élite fortunée et cosmopolite. Taïné et Alexis sont suffisamment désaxés pour finir dans Prières exaucées, son chef-d’œuvre posthume. Mais Liberati offre à ces décadents la pleine lumière dans une histoire contrôlée par le crâne de Yorick.
À propos de la nihiliste Taïné, d’origine russe, Liberati écrit : « Quant à ce que les psychologues appellent ‘’culpabilité’’ et les moralistes ‘’mauvaise conscience’’, elle n’en avait jamais jusqu’ici découvert en elle la trace. » Puritains désexualisés, s’abstenir.
Le «greenwashing» (blanchiment écologique), la communication à outrance visant à faire passer pour verts, durables et vertueux les produits et les stratégies des entreprises, est tellement omniprésent que nous avons fini par ne plus le percevoir. Mais il est pourtant en plein reflux à cause d’un mouvement qui se généralise baptisé «greenhushing» (silence écologique). Il consiste pour les entreprises à revenir sur leurs ambitions vertes proclamées de crainte maintenant d’être trainées en justice pour être incapables de les respecter. On peut à la fois s’en réjouir, la communication a tout de même des limites, et le déplorer.
N’avez-vous pas eu l’impression ces derniers temps que les entreprises communiquaient moins sur leurs engagements climatiques ? Si tel est le cas, votre intuition est la bonne. Ce nouveau phénomène a désormais un nom : le « greenhushing » (ou écosilence en français). Des acteurs économiques tels que BP, Shell ou Amazon l’ont pratiqué en 2023.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pour comprendre ce qu’est le greenhushing, il est nécessaire de revenir sur des années de « greenwashing » (ou écoblanchiment) avec lequel il s’inscrit en rupture. Ce procédé, massivement utilisé depuis les années 1990, est aujourd’hui bien connu du public. Il consiste à maquiller en vert des produits ou des services qui ne le sont pas.
La France, pionnière d’une réglementation coercitive
Afin de juguler cette tendance en plein essor, les pouvoirs publics ont récemment décidé de s’emparer du sujet en mettant sur pied un arsenal législatif de plus en plus coercitif.
Notre pays a été le premier à ouvrir la voie. L’Union européenne s’est depuis engagée dans le bannissement des allégations environnementales génériques sans preuve. L’actualisation en ce sens des règles de consommation a été votée en janvier 2024 par les députés européens. Elle attend désormais l’approbation du Conseil avant d’être retranscrite sous deux ans dans les droits nationaux.
Outre-Atlantique, l’État de Californie a à son tour promulgué le 1er janvier dernier une loi anti-greenwashing. Majoritairement inspirée de la réglementation française, elle propose d’aller plus loin que la dernière mise à jour des « green guides » de la Federal Trade Commission en obligeant les annonceurs à fournir des données normalisées devant attester de la véracité de leurs promesses environnementales.
Contourner l’opinion publique… et la justice
Conséquence directe de ce nouvel environnement légal, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à cesser de communiquer sur leurs engagements climatiques. On appelle cela le greenhushing. Outre le fait de se conformer à la réglementation, elles évitent ainsi de s’exposer au jugement de l’opinion publique, mais aussi de leurs clients, des investisseurs et des médias tout en se protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires.
Il faut dire que le nombre de dossiers portés en justice en raison de communications environnementales trompeuses n’a jamais été aussi nombreux. En particulier aux États-Unis, comme en témoigne l’impressionnante liste de la Federal Trade Commission. En mai dernier, Delta était ainsi poursuivie devant les juges californiens après avoir affirmé être la « première compagnie aérienne neutre en carbone ».
Compte tenu de l’apparition récente du phénomène, il est encore peu documenté. Le cabinet de conseil suisse South Pole fut le premier, dès 2022, à l’évoquer dans son rapport annuel « En route vers le Net Zéro ». Ce rapport a contribué à populariser le greenhushing. À tel point qu’il est à présent mentionné dans de grands titres de presse tels que le New York Times ou le Washington Post.
Il faut dire qu’il a connu un essor fulgurant. Au cours de cette dernière année, le nombre d’entreprises reconnaissant pratiquer le greenhushing a été multiplié par trois, selon South Pole. Au moins une sur cinq serait à présent concernée.
L’édition 2024 du rapport de South Pole, qui vient d’être publiée, nous apprend que tous les secteurs d’activité se livrent à présent au greenhushing. Parmi les 1 400 compagnies sondées, 86% de celles commercialisant des biens de consommation et 72% des compagnies pétrolières disent avoir réduit leur communication.
Mais cette nouvelle pratique ne se limite pas aux activités les plus polluantes. Les entreprises les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique sont même en première ligne. Sur le panel étudié par South Pole, 88% des firmes proposant des services environnementaux déclarent…
Le Quai d’Orsay est-il bien le ministère des Affaires étrangères? Liliane Messika procède à quelques rappels historiques utiles, après la lecture d’un communiqué du gouvernement français concernant les violences des Israéliens en Cisjordanie.
Le Quai d’Orsay est bien le ministère des Affaires étrangères ? Pourtant, c’est à la rue arabe et à ses soumis hexagonaux qu’il a adressé un communiqué le 13 février 2024 : « La France adopte des sanctions à l’encontre de colons israéliens extrémistes qui se sont rendus coupables de violences contre des civils palestiniens en Cisjordanie. À ce titre, 28 individus sont visés par une interdiction administrative du territoire français. (…) La colonisation est illégale en droit international et doit cesser. Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable, qui est la seule solution pour qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre, côte à côte, en paix et en sécurité »[1].
Tout est calibré pour une lecture antisioniste : le choix des mots est un code compris par ceux qu’il vise à apaiser, comme par ceux qui endureront les violences induites. Quant au poids des faux, il pèsera sur les manifestations antisémites, déjà multipliées par 1000 depuis le 7 octobre, dans notre pays.
Explication de texte
« Cisjordanie » est déjà un maître-mot. Il désigne la partie occidentale du Jourdain, que le royaume hachémite de Jordanie avait illégalement annexée lors de la guerre contre Israël, le 15 mai 1948, quand il a déclaré son indépendance vis-à-vis de son colonisateur britannique.
Lorsque Israël l’a reconquise en 1967, ses habitants avaient une carte d’identité jordanienne. Mais en 1970, l’OLP[2] ayant tenté, une fois de trop, d’assassiner le roi Hussein, celui-ci lança l’opération « Septembre Noir », qui tua entre 3500 et 10 000 fedayin et en blessa 110 000 selon les terroristes. Des sources plus fiables parlent de 3500 morts et 10 000 blessés.[3] Les fauteurs de troubles furent expulsés et partirent à Tunis. En 1988, le roi amputa ce membre de son royaume et supprima les cartes d’identité à ses habitants. Les négociations avec Israël étaient probablement déjà engagées, car lorsque le traité fut signé, en 1994, la Jordanie refusa de récupérer ce territoire, arguant qu’elle y avait déjà renoncé et laissant à l’État juif le soin de négocier avec le représentant des ex-Jordaniens, Yasser Arafat.
Jusqu’en 1948, « Judée-Samarie » était l’appellation officielle de cette contrée, y compris dans la Résolution 181 de l’ONU, qui délimita, en 1947, le partage de la Palestine mandataire (exception faite de la Jordanie, déjà constituée en État arabe par les Britanniques en 1922).
À partir de 1967, elle devint « West Bank » (rive ouest) en international dans le texte, et Cisjordanie en langue politique arabe de la France.
Dans le même registre, « colons israéliens extrémistes » est le chiffon rouge qui acte que la France a adopté le narratif palestinien. Elle n’use d’ailleurs du vocable « extrémiste » que contre les Juifs : même les pogromistes du 7 octobre n’y ont pas eu droit.[4]
Alors que l’anglais nomme les villages juifs dans les territoires disputés « settlements », implantations, le Quai d’Orsay utilise le mot « colonies », connoté « occupation française de l’Algérie ». Le sous-entendu est bien entendu : pour la rue arabe de France et ses idiots utiles de l’extrême gauche antisioniste, tout Israélien est un colon, donc un extrémiste, donc un salaud à abattre, l’objectif étant d’en libérer « toute la Palestine du fleuve à la mer ».
Ceux qui ont inventé ce slogan savent très bien qu’ils parlent de l’intégralité du territoire entre la frontière Est d’Israël, le Jourdain et sa frontière Ouest, la mer Méditerranée. Ceux qui le répètent ignorent souvent de quelle mer et de quel fleuve il s’agit, mais ils comprennent que c’est un synonyme de « Mort aux Juifs ! »
Il ne viendrait pas à l’esprit des premiers de qualifier de colons les 2,1 millions d’Arabes israéliens qui vivent en Israël. Ces citoyens ne risquent aucune violence de la part de leur entourage juif. Les seconds l’ignorent et de toute façon, ils trouveraient que « cépapareil ».
Les partis arabes du pays de l’apartheid
Les députés arabes de la Knesset, le parlement israélien, se plaignent souvent de la violence qui règne dans leurs localités[6] et reprochent au gouvernement de ne pas y mettre le holà avec assez d’énergie.[7]
Si on ne connaissait pas le tropisme palestinolâtre du Monde, on se demanderait pourquoi, quand il en parle, il retire leur nationalité à ces citoyens israéliens en les appelant « Palestiniens d’Israël », alors qu’une majorité d’entre eux est opposée à l’idée de devenir des citoyens palestiniens : « Au sein de l’échantillon arabe, la part des chrétiens et des druzes qui se sentent partie prenante de l’État d’Israël (84%) est nettement plus élevée que celle des musulmans (66%), mais cette part constitue toujours une majorité importante dans tous les groupes religieux. Une ventilation par âge montre que la plus forte augmentation du sentiment d’appartenance à l’État d’Israël et à ses problèmes concerne la cohorte la plus jeune, âgée de 18 à 24 ans (juin, 44 % ; novembre, 70 %) »[8].
Les Israéliens ayant rendu coup pour coup à ceux des Palestiniens qui, jusqu’alors, les attaquaient en toute impunité, sont traités avec sévérité par leur Justice. Comme l’avait été Salah Hamouri, « avocat franco-israélien prisonnier politique » en français et « condamné pour tentative d’assassinat d’un rabbin et participation à un mouvement terroriste » en hébreu. La rue arabe de plusieurs banlieues françaises voulait faire de lui un citoyen d’honneur. Mais quand il a été expulsé d’Israël et qu’il est arrivé sur le sol français, elle s’est vigoureusement indignée de ce qu’elle a appelé une « déportation ».
Les coupables israéliens de déprédations sur des villages palestiniens sont en prison en Israël et rien n’indique qu’ils aient envie de venir goûter l’antisémitisme hexagonal. Le communiqué du Quai d’Orsay leur interdisant l’accès à notre pays est donc purement symbolique.
« La colonisation est illégale en droit international et doit cesser »
Colonisation : « constitution, à une assez grande distance d’une métropole, d’un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d’origine »[9]. Depuis quelle métropole lointaine le peuple juif aurait-il créé un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes ? Et qui, à part lui, sont ces populations ?
Les « réfugiés palestiniens », eux, n’ont qu’à revendiquer un ancêtre qui y a vécu deux ans pour avoir le label. Ils sont les descendants « des personnes dont la résidence normale était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948, et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948 »[10].
Bien que le processus de paix soit en panne, le pacte toujours en vigueur entre Israël et les Palestiniens est le traité des Accords d’Oslo : « Oslo II, article X.2 : Les nouveaux redéploiements des forces militaires israéliennes vers des sites militaires spécifiés commenceront après l’inauguration du Conseil et seront progressivement mis en œuvre à la mesure de la prise en charge de l’ordre public et de la sécurité intérieure par la police palestinienne… Oslo II, Article XI.2.e : Au cours des nouvelles phases de redéploiement, qui seront achevées dans les 18 mois suivant la date de l’investiture du Conseil, les pouvoirs et les responsabilités en matière de territoire seront progressivement transférés à la juridiction palestinienne qui couvrira le territoire de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, à l’exception des questions qui seront négociées dans le cadre des négociations sur le statut permanent »[11].
Ce que les Français appellent « colonies » fait partie des questions qui doivent être discutées pour les échanges territoriaux permettant de dessiner « des frontières sûres et reconnues » selon les termes de la Résolution onusienne n°242. Les « colonies » sont peut-être haram[12], mais elles ne sont pas illégales au regard du droit international.
« Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable »
Pourquoi la France estime-t-elle l’existence de villages juifs incompatible avec un État palestinien, alors qu’elle trouve normale celle des villages arabes dans l’État juif ? Le 7 octobre 2023, cela faisait 18 ans qu’il n’y avait plus un seul juif, donc a fortiori aucune « colonie », dans toute la Bande de Gaza. Le Hamas y régnait sans limite. Ce qui a mis en danger cet État palestinien de facto, c’est son attaque du territoire israélien pour procéder aux massacres que l’on sait, pas la présence d’une quelconque présence juive. A contrario, lorsque la paix a été signée entre l’État juif et l’Égypte en 1979, les Israéliens, qui avaient construit des villages dans le Sinaï après 1967, ont été rapatriés dans Israël intramuros. Les réfractaires ont été évacués de force par Ariel Sharon, Premier ministre de l’époque, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais que leurs parents haïssaient avec autant de passion qu’ils exècrent Netanyahou.
La République française a plus de choses en commun avec la démocratie israélienne qu’avec les républiques islamiques qui pratiquent la charia et le nettoyage ethnique. Pourquoi nos dirigeants sont-ils les derniers à s’en rendre compte ?
[12] Haram = licite selon le Coran. « Les Juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée al-Aqsa de leurs pieds dégoûtants ». Vidéo de Mahmoud Abbas : https://www.memri.org/tv/palestinian-president-mahmoud-abbas-jews-have-no-right-defile-al-aqsa-mosque-their-filthy-feet
Interrogations autour du déclin cognitif de Joe Biden. Il conserve une bonne mémoire, selon son avocat, mais pas question de publier les transcriptions censées le démontrer ! Dimanche dernier, l’avocat du président américain, maitre Robert Bauer a écarté sur CBS la question de la publication des transcriptions de l’audition de Biden par Robert Hur, alors qu’il prétend qu’elles prouvent que les propos de ce dernier sur l’état cognitif du président américain sont sans fondement.
Les défaillances mentales de Joe Biden font les gros titres des journaux outre-Atlantique, ces derniers jours, après la publication des mentions peu flatteuses du rapport du procureur spécial Robert Hur quant à sa mémoire. Nombre de médias assurent que les capacités du président commencent à décliner, mais la question n’est pas nouvelle. Si depuis quelques mois certains articles de presse affirment que Biden est victime d’usure, ses capacités cognitives faisaient déjà l’objet de critiques en 2016. Diverses vidéos le montrent dans des situations inquiétantes, obéissant même sans broncher à un « lapin géant » (!) (notre vidéo ci-dessous). Le 11 février, l’avocat de Biden était l’invité de Margaret Brennan, journaliste animant Face the Nation sur CBS, une émission penchant légèrement vers le centre gauche. Robert Bauer, par ailleurs époux de la conseillère principale de Biden, Anita Dunn, s’est escrimé à tenter de discréditer le rapport de Hur, un républicain nommé par le procureur général des États-Unis, autrement dit le ministre fédéral de la Justice, censé être relativement indépendant du président depuis le scandale du Watergate. Dans sa note interne confidentielle, le procureur spécial Hur recommande de ne pas poursuivre Biden concernant les documents classifiés que ce dernier avait conservés après son départ de la vice-présidence en janvier 2017. Mais il motive son propos en mettant en cause la santé mentale du président, l’illustrant par le fait que Biden ne se souvient plus de la date de la mort de son fils aîné, Beau, ou de celles de son mandat de veep. L’état cognitif de Biden serait tel qu’un tribunal pourrait difficilement obtenir de lui des réponses : « Nous avons également considéré qu’au procès, M. Biden se présenterait probablement à un jury, comme il l’a fait lors de notre interview de lui, comme un vieil homme sympathique, bien intentionné. Il ressort de nos interactions directes avec lui et de nos observations que c’est quelqu’un au sujet de qui de nombreux jurés voudront considérer qu’il y a un doute raisonnable. Il serait difficile de convaincre un jury de le condamner […] pour un crime grave requérant un état mental permettant d’agir volontairement. »
Bob Baueur, l’avocat de Joe Biden, s’est voulu rassurant sur CBS, 11 février. Capture CBS.
Question embarrassante sur CBS
Lorsque Bauer a déployé ses effets de manche, son indignation et déclaré que les allusions du rapport à la mémoire de Biden étaient inexactes, Mme Brennan a souligné qu’il avait assisté à l’interrogatoire de plus de deux jours et lui a demandé si le président avait rencontré des difficultés à se rappeler des détails. Usant de la langue de bois, son avocat a répondu que Biden avait répondu directement aux questions et « livré ses meilleurs souvenirs » dont il pense qu’ils sont utiles à l’enquête. Mme Brennan a poursuivi en lui demandant s’il était favorable à la publication des transcriptions à partir desquels a été rédigé le rapport, mais le conseil juridique du président a répondu que c’était au gouvernement de décider, le document étant classifié. La journaliste n’a pas lâché le morceau et a voulu savoir s’il recommanderait qu’elles soient rendues publiques si elles corroboraient ses propres souvenirs, à quoi l’avocat et époux de la conseillère principale du président a répondu qu’il n’était pas un spécialiste du processus en cours. Sans doute aucun, il n’avait pas été briefé en amont de l’émission !
Hur, un républicain, est accusé de partialité, mais c’est le ministre Merrick Garland qui a publié la note confidentielle que lui a remis le procureur spécial. Il ne pouvait cependant l’enfouir après s’être engagé l’an dernier à publier tous les rapports autant que possible. Le procureur spécial a-t-il orienté ses notes en sachant que la confidentialité mentionnée ne servirait qu’à le dédouaner politiquement ? Les démocrates disent que oui, les républicains soutiennent son approche sur le plan juridique. Toujours est-il que si Garland est fortement critiqué pour ne pas avoir caviardé les remarques ravageuses du rapport, les faits mentionnés ne constituent pas une surprise totale, même si la plupart des médias omettaient de parler du comportement du président.
Des dénégations ne pouvant cacher les faits
Biden et son entourage ont affiché une indignation bien ostensible, le président s’exclamant même : « Comment diable ose-t-il ? » concernant son supposé oubli quant à la disparition de son fils. Peu après, il a confondu ses homologues égyptien et mexicain. Si la question de son état mental fait assez souvent l’objet de gros titres depuis quelques jours, on pouvait cependant déjà constater d’inquiétantes confusions depuis qu’il était revenu sous le feu des projecteurs en vue de l’élection de 2020. Notamment en ce qui concerne son fils décédé. Quelques jours avant la présidentielle, il avait d’abord présenté sa petite-fille comme étant son fils lors d’une visite à Philadelphie. En novembre 2022, il a affirmé que son fils avait perdu la vie en Irak alors qu’il est décédé aux États-Unis. La compassion que l’on peut ressentir pour un père qui a perdu son enfant ne suffit pas à effacer les doutes. Et les doutes sont lourds tant le président américain multiplie les incohérences, les comportements étranges et erratiques que ses défenseurs expliquent par ses difficultés d’élocution. Sans doute ces difficultés expliquent-t-elles qu’il ait mordillé un doigt de son épouse alors qu’elle discourait durant la campagne de 2020, qu’il ait tenté de serrer la main manquante d’un soldat amputé, qu’il serre des mains imaginaires. Etc. Si les multiples chutes de Biden ont été largement relayées par les médias, que ce soit à vélo, sur une estrade ou en embarquant dans Air Force One, des attitudes plus troublantes ont été tout autant ignorées. C’est notamment le cas d’un épisode autour de Pâques, il y a deux ans, où une personne déguisée en lapin a détourné le président des journalistes auxquels il répondait concernant la politique étrangère. Biden s’est plié aux consignes du lagomorphe démocrate !
Le New York Post a souligné que la personne ainsi accoutrée était probablement Meghan Hays, la responsable des relations avec la presse de la Maison-Blanche. On la voit en photo dans ce costume le même jour. Rien qui n’aide à mettre sous le boisseau la question qu’agitent depuis le début de sa présidence de nombreux républicains, celle concernant le réel pouvoir du président. Biden ne semble pas toujours savoir où il va, comme lorsqu’il a fallu qu’un agent du Secret Service lui indique qu’il devait marcher dans l’allée alors qu’il s’égarait quasiment sur la pelouse de la Maison-Blanche après avoir quitté Marine one, l’hélicoptère présidentiel. Mais ses propos et attitudes ne semblent pas inquiéter ses conseillers et l’ensemble de son gouvernement qui ont une direction. Le médecin de la présidence, le Dr Kevin O’Connor, a déclaré l’an dernier que Biden « demeure apte au travail et s’acquitte pleinement de toutes ses responsabilités sans exception ni accommodement ». L’éventualité de son retrait de la course à la présidentielle a été balayée d’un revers de main et le président triomphe dans les urnes des primaires démocrates.
Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.
Rien n’y fait. Quand ça ne veut pas… Malgré des efforts soutenus pour atteindre l’excellence, comme on dirait à « Stan », en dépit de solutions égrainées avec l’entrain d’un serveur téléphonique : « Pour avoir des gestionnaires, tapez 1 ; pour des révolutionnaires, tapez 2 », nonobstant la promesse de « réarmement » et de « régénération », l’imaginaire politique d’Emmanuel Macron reste en cale sèche. Le libraire de mon quartier a très certainement perçu ma quête d’épopée quand il m’a conseillé de me plonger dans Les Naufragés du Wager, de David Grann (LeSous-Sol, 2023). Je n’aime rien autant que ces œuvres où le talent de l’écrivain vient harponner le réel. Le va-et-vient entre ce récit et la récente actualité politique fut tout simplement délicieux.
L’autre séparatisme
Imaginez, le vaisseau de ligne de Sa Majesté envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du jeune officier Attal, avec un cap clair et un esprit conquérant. J’ai vécu pendant quelques jours l’emballement médiatique autour de la nomination du « plus jeune Premier ministre » comme celle du commodore Anson sur son navire. Comme frappées par une fièvre soudaine, les rédactions ont été victimes d’un délire attalamaniaque, qui, finalement, n’a pas duré une semaine.
L’expédition, avant de passer le cap Horn des élections européennes, a connu sa première grosse vague avec Amélie Oudéa-Castéra. Je l’apprécie pour sa capacité à dire très clairement l’entre-soi bourgeois, le séparatisme des très hauts revenus. Mais déjà apparaissent à l’horizon les quarantièmes rugissants avec la colère des agriculteurs ; travailleurs de la terre et de la misère. Elle dit beaucoup de l’époque. Quand le travail ne paie pas. Quand le grand désordre libéral, illustré par les traités iniques de libre-échange, va jusqu’à atteindre votre propre dignité, le sens de votre vie.
Pour éviter les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déferlants, Sa Majesté et le jeune commodore Attal regardent la carte de la région. Île de la Désolation. Port de la Famine. Golfe des Peines. Rochers de la Tromperie. Baie de la Séparation des amis. Restent pour eux quelques raisons de ne pas totalement désespérer de la situation. L’équipage du Wager, avant de faire naufrage, a été fortement diminué par le scorbut. Notre système de santé connaît quelques difficultés, mais il devrait pouvoir y faire face. Après avoir échoué sur une île vierge au large de la Patagonie, les survivants s’organisent mais des mutineries éclatent. Je n’évoquerai pas ici les scènes de cannibalisme car, vraiment, nous y échapperons à coup sûr.
Rendez-vous sur l’autre rive
David Grann est un maître du récit. Plus encore, il interroge superbement sur le sens des récits. Face aux crises françaises, nombreuses et complexes, les alternatives et les possibles sont immenses à condition de les rendre désirables. Quand la politique n’est plus une espérance exagérée, elle se réduit à un tableur Excel déshumanisé.
Je vais maintenant lire le dernier Tesson. Ma sensibilité politique n’a jamais cadenassé mes goûts littéraires. Je préfère la compagnie d’un très bon livre d’un auteur de l’autre rive à une soirée avec des poètes « progressistes » qui sont déjà cuits avant même d’être maudits. Quand Ferré chantait « Thank You Satan », cela avait une autre gueule. « Pour le péché que tu fais naître /Au sein des plus raides vertus ».
Monsieur Nostalgie célèbre les 120 ans d’Henri Calet (1904-1956), le journaliste-écrivain des « petites gens »
On l’ouvre au hasard, et, miracle, on le lit encore. À la volée, une chronique, un reportage, un portrait de quelques feuillets, un récit de voyage, comme ça, par plaisir, par désœuvrement, par hygiène intellectuelle aussi. Dans nos bibliothèques garnies de sommités, rares sont les écrivains à tenir la distance et à procurer cette brève et intense immersion dans la littérature avec les rogatons de l’existence. Directe, sans filtre, sans curatelle et appareil critique. Céline et Jules Renard, dans un registre possédé et chirurgical, éruptif et vipérin, offrent le même ondoiement répété. Tant d’autres, couronnés et choyés par les érudits encartés, assomment, jargonnent, grincent, soliloquent, dès la première phrase. Ils sont lourds et souvent inaptes à l’écriture, à la création, en somme, donc, au commerce des mots. Ils ennuient d’abord, puis agacent fermement. On finit par les abandonner dans les rayons les plus élevés, inaccessibles à hauteur d’homme. C’est la punition que je leur inflige dans mon Berry, ma modeste contribution à tous les surcotés de la Terre. Chez Calet, le style est allégé de toutes impuretés et fatuités, il n’en demeure pas moins classique dans sa forme et son équilibre, il est dépourvu d’excès et de flambe ce qui lui donne un éclat toujours nouveau. Il est faussement journalistique dans son esprit. Derrière ce ton informatif de façade, d’un réalisme un peu trop sérieux à mon goût, toutes les personnes qu’il interroge, nous apparaissent alors dans leur dimension fictive. Il les met à plat sur le papier, non pas pour les grandir, plutôt pour leur tendre un miroir psychologique. Calet ne trahit pas leur vérité, il ne les caricature pas, ne les moque pas ; sous sa plume, ces inconnus ne ressortent pas embellis ou transformés. Calet n’est pas un politicien attiré par la misère ou l’un de ces progressistes ébaubis que l’on rencontre aujourd’hui sur les plateaux de télévision, sa fibre sociale n’annihile pas son talent d’écrivain. Ses idées ne sont pas un frein à sa prose. Il creuse, par ses nombreuses enquêtes sur le terrain, une galerie de quidams fatigués, d’anonymes qui nous touchent, d’insignifiants qui peuplent la capitale et ravivent la mémoire des rues. Son œuvre a assurément une valeur documentaire sur l’immédiate Après-guerre mais elle ne se limite pas à une litanie de poncifs sur la pauvreté urbaine ou le mal-logement. Calet est trop subtil et sincère pour servir une quelconque cause.
« Ceux qui ne sont rien », formule punitive de notre président, ont trouvé refuge dans ses livres. Ils en sont le substrat et l’onde nostalgique. Leur déterminisme qui semble, à priori, les accabler ne les dépossède pas totalement de leur propre individualité. Calet ne les indivise jamais, il ne les idolâtre pas non plus, son ironie rieuse s’infiltre souvent dans ses pages, elle vient désamorcer ainsi une charge lacrymale trop pesante. Son acte de naissance l’a poussé vers « le petit peuple » de Paris bien qu’il se soit aventuré, par la suite, dans les hautes sphères avec des prudences de sioux. En vérité, il ne semble à l’aise dans aucun milieu, d’où cette forme de raideur et d’élégance sur les photos d’époque. De réserve à l’évidence, son snobisme à lui. Dans un livre de poche datant de 1966, on le présentait ainsi : « Après ses études, il exerce divers métiers, voyage, enseigne le français à l’étranger. C’est aux Açores qu’il commence son premier roman : La Belle lurette (1935) ». Déjà, on perçoit un goût certain pour le flou, les identités successives, les méandres en héritage, Calet aura marché toute sa vie sur des voies parallèles. Qu’il collabore au journal Combat avec Albert Camus ou pour le Elle d’Hélène Lazareff, qu’il écrive des textes à la radio et à la télévision, qu’il fasse la navette entre le Parisien Libéré et Gallimard, il demeure cet apatride des Lettres. Jamais en pole position et, malgré tout, connu des rédactions ou du milieu de l’édition, il rate de peu le Prix Albert-Londres et remporte le « Prix de l’Humour » en 1950 pour L’Italie à la paresseuse.
Malade du cœur, il s’éteint à Vence en 1956 à l’âge de cinquante-deux ans. Son parcours, hors des clous et des académies, nous le rend proche. Adepte du « fourre-tout », genre hybride mariant l’autofiction et la chronique, parisien viscéral (« J’ai tété son lait, j’ai respiré son souffle »), éternellement repêché par quelques éditeurs et lecteurs fervents depuis bientôt soixante-dix ans, il aura surtout beaucoup écrit pour manger. La gamelle et l’écriture auront été ses priorités absolues. François Nourissier le qualifiait de « classique populiste ». Je ne me lasse pas de son rideau de grisaille et de cette désillusion qui sonne comme une délivrance ; à propos de Paris, il écrivait « Je crois parfois que c’est mon champ. Voilà longtemps que je le laboure et que je le sème : rien n’a germé, rien n’a fleuri ». Peut-être que la meilleure définition de Calet, celle qui s’approche le plus de sa vérité, on la doit à Michel Petrucciani disparu il y a vingt-cinq ans (lire Jazz Magazine de février 2024) parlant de sa musique : « Aujourd’hui, je tourne moins autour de notes elles-mêmes que leur couleur. L’important, c’est de donner au bon moment sa juste couleur à tel ou tel accord ».
En chacun de nous existe probablement un esprit du Nord. Je ne suis jamais allé là-bas physiquement, mais les pays scandinaves ont joué un rôle certain dans ma mythologie personnelle, à travers quelques artistes marquants. Qu’ils appartiennent à la littérature (Stig Dagerman), au cinéma (Bergman, Lars von Trier), à la philosophie (Kierkegaard, peut-être mon philosophe préféré), ou encore à la musique (Sibelius), ils ont introduit incontestablement dans ma sensibilité une prédisposition fondamentale.
Peu de textes, beaucoup d’images
Le beau livre très érudit que nous proposent Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre, toutes deux professeurs de littérature comparée à la Sorbonne et spécialistes du monde scandinave, a le grand mérite de faire une synthèse particulièrement agréable et démonstrative de ce que représentent ces pays de l’extrême. Peu de textes ici, beaucoup d’images, l’essentiel est dit et montré avec goût et simplicité. Les deux universitaires sont parvenues à faire une somme esthétique, nous livrant sur un plateau la quintessence même de tous ces magnifiques pays du Nord que sont la Suède, la Norvège, le Danemark et quelques autres encore.
Il y a une identité scandinave, perceptible à travers les différentes formes d’art que nos deux auteurs scrutent attentivement. Elles notent ainsi « un sentiment profond mais complexe, mêlant l’isolement, l’esseulement, la solitude, la marginalité, un peu de nostalgie aussi ». Les peintures ou les photographies qu’elles ont sélectionnées le prouvent assez, mais aussi les exemples littéraires qu’elles donnent. Elles citent ainsi l’écrivain islandais Gyrðir Elíasson, qui évoque la solitude dans son roman La Fenêtre du sud, paru en français en 2020 : « Celui qui est seul est toujours seul, écrivait-il, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. »
L’âme scandinave
Deux éléments prédominent, pour caractériser l’âme scandinave. Le silence, d’abord, délicat à illustrer, et ensuite sûrement la couleur bleue. Cette couleur a inspiré les poètes et les peintres. Dans son recueil de poésie maritime Baltiques (1974), Tomas Tranströmer écrivait : « Et là-haut, dans les montagnes, le bleu de la mer a rattrapé le ciel. » Quelques pages plus loin, un tableau de Björn Ahlgrennsson de 1901 vient mettre en évidence cette obsession du bleu.
Le froid et la glaciation immergent toute la vie nordique. Le gel est un thème littéraire inépuisable. Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre lui consacrent tout un chapitre, mentionnant l’exemple suivant : « le Danois Peter Høeg, remarquent-elles, dans son roman Smilla et l’amour de la neige (1992), confirme les pouvoirs poétiques de l’immensité glacée et de l’infinie blancheur des espaces nordiques ». Au Groenland, le paysage est évidemment somptueux et d’un blanc immaculé. « Se fondant dans cette nature incolore et glacée, les Inuits semblent parfaitement inaccessibles », comme le soulignent nos deux universitaires.
Une nature grandiose
Ce qui, selon elles, frappe peut-être le plus, dans les pays scandinaves, c’est l’immensité de la nature, et en particulier « les vastes forêts », qui confèrent à ces contrées « une atmosphère surnaturelle ». Le cinéaste islandais Hlynur Pálmason a consacré tout un film, Godland, en 2022, à décrire ce phénomène, « rappelant, si besoin était, que l’âpreté naturelle est une source féconde de puissance esthétique ».
Pour Alessandra Ballottiet Frédérique Toudoire-Surlapierre, le philosophe danois Søren Kierkegaard est celui qui est le plus représentatif de l’esprit scandinave, avec ce qu’il a lui-même appelé, à propos du sacrifice d’Abraham, « la terrible responsabilité de la solitude ». La pensée de Kierkegaard se trouve donc être tout naturellement « au cœur même de la morale nordique ». Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de l’attrait intellectuel que représente cette contrée scandinave apparemment si excentrée, et qui ne révèle ses richesses qu’aux plus vigilants.
Alessandra Ballotti et Frédérique Toudoire-Surlapierre, Scandinavie, un voyage magnétique. Éd. De La Martinière.
Laure Adler et François Piquemal face à Estelle Youssouffa: la gauche contre le réel.
À l’instar de leur président Azali Assoumani, les dirigeants des Comores multiplient les provocations contre la France à la tribune de l’ONU. La première opération Wuambushu menée au printemps dernier a échoué et la submersion migratoire se poursuit à Mayotte. Elle met en péril la cohésion sociale d’une île devenue un immense bidonville.
Le droit du sol, quoi qu’il en coûte ?
Les bus sont caillassés, les hôpitaux pris d’assaut par des clandestins qui menacent les soignants ; des bandes de « jeunes » armés de machettes détroussent les autochtones. Pas un commerce n’échappe au pillage et alors que les maisons individuelles se couvrent de barbelés, la population organise désormais elle-même sa protection. Aussi, le 11 février, le ministre de l’Intérieur s’est résolu à se rendre sur l’île pour « apporter desréponses ». Gérald Darmanin a annoncé l’opération Wuambushu 2 qui comprendra l’installation d’un rideau de fer maritime, le déploiement de 15 gendarmes du GIGN et la mise en place d’un escadron « Guépard » destiné à réduire la violence. Ce qu’on a retenu, surtout, c’est qu’il a déclaré, vouloir procéder à une « révision constitutionnelle » concernant le droit du sol à Mayotte pour supprimer son automaticité. Cette idée, récemment évoquée lors du projet loi immigration, n’a pas manqué de relancer le débat entre une droite favorable à la suppression dudit droit et une gauche que cette perspective inquiète. Pour l’idéologie de gauche, tout est ouvert : pas de filtre, pas de frontières, pas de « discrimination. » Qu’importent les conséquences pourvu qu’on ait bonne conscience.
C’est dans ces circonstances qu’Estelle Youssouffa, députée de la première circonscription de Mayotte et apparentée à l’Assemblée nationale au groupe centriste Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) est intervenue sur deux plateaux de télévision, mardi 13 février. La Mahoraise, digne et posée, ne mâche pas ses mots. Elle réclame « l’expulsion des migrants en situation irrégulière », la prise de « décisionsradicales » contre la pression migratoire, dénonce « la colonisation de son île » et demande « l’abolition du droit du sol ». La gauche enrage face à cette position résolument identitaire, hélas, la députée est « racisée », il est par conséquent difficile de « l’extrême-droitiser ». Sur LCP, d’abord, on a vu le député insoumis François Piquemal se faire recadrer magistralement par Estelle Youssouffa. Pour rendre les migrants moins violents, il conviendrait, non pas de supprimer le droit du sol à Mayotte, mais d’augmenter l’aide versée aux Comores, a tenté d’expliquer cet apôtre du vivre-ensemble ; le voilà aussitôt mouché : « Je vous ai laissé débiter des âneries et je n’ai rien dit. Donc, vous allez supporter d’entendre des faits vérifiés. » Après ce préambule efficace, elle a développé : « Vous êtes en train de nous expliquer que le sujet, c’est la pauvreté. La pauvreté ne justifie pas la violence.Mayotte est depuis toujours extrêmement pauvre, mais on ne découpe pas les gens en morceaux. Vous comprenez ? À aucun moment, la pauvreté ne justifie la violence que subit Mayotte. »
« Je vous ai laissé débiter des âneries, j'ai rien dit. Donc vous allez supporter d'entendre des faits vérifiés » Échange tendu entre la députée de Mayotte Estelle Youssouffa et le député LFI François Piquemalpic.twitter.com/LZQv5v1oCe
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) February 14, 2024
Laure Adler, hors sol
Ensuite, dans C ce soir, on a réfléchi sur les « dangers de la remise en cause du droit du sol à Mayotte ». Estelle Youssouffa, toujours, et cette fois face à Laure Adler, nous a offert un second moment d’épiphanie. La journaliste, icône de la télévision d’État dont la bien-pensance est devenue le fonds de commerce, lévite aussi en altitude par-dessus les contingences bassement matérielles et les destinées des gueux ; voler au-dessus de la mêlée lui permet assurément de poser les bonnes questions. Aussi, l’a-t-on vue s’interroger gravement : le problème mahorais, n’était-il pas, somme toute, celui d’une jeunesse « sans avenir » qu’il convenait « d’accompagner » ? D’un air pénétré, lentement et d’un ton monocorde, Madame Verdurin a pris la parole : elle ne connaissait pas Mayotte, mais, c’était tout comme ; elle avait lu : « Je ne connais pas votre île, mais j’ai lu un livre, il y a quelques années, qui a d’ailleurs obtenu un grand succès en France, de Nathacha Appanah, qui s’intitule Tropique de la violence. » Et la femme savante de préciser, affichant « cetteattitude de résignation aux souffrances toujours prochaines infligées par le Beau » que Proust lui prête dans La Recherche : « ce livre met en scène de façon magistrale toute cette jeunesse, dans cette île, cette jeunesse en proie au manque d’avenir, en proie au manque de moyen, en proie au manque d’éducation. » Et vint, incantatoire, le questionnement, douloureux, nécessaire : « Et je voulais savoir si, aujourd’hui, ce n’était pas ce problème-là qui était le plus important, (…) ne pas distinguer (…), dans cette jeunesse désorientée que met en scène magistralement Natacha Appana et qui a donné un film qui s’intitule aussi Tropique de la violence de Manuel Schapira. Est-ce que cette jeunesse sans avenir, ce n’est pas ça, le sujet le plus important ? (…) Est-ce que le vrai problème c’est d’être Mahorais ou d’être Comorien ? Quel est le statut de cette jeunesse et comment peut-on remédier à cette absence d’espoir ? »
La réponse d’Estelle Youssouffa au prêche sirupeux est terrible : « Le livre comme le film fontl’objet d’un immense rejet à Mayotte. » Elle précise : « C’est quandmême assez symptomatique que ce livre, qui est présenté pour expliquer ce qu’est la réalité (…) n’a aucun personnage local, indigène. » « Nous,Mahoraises et Mahorais, sommes invisibilisésdans notre propre histoire, dans notre propre territoire. » Elle balance ensuite le vitriol du réel dans la guimauve des bons sentiments : « Ces enfants ne sont pas les nôtres. Nos enfants à nous n’ont pas accès à nos écoles. Nos écoles n’ont pas de cantine. On n’a pas d’eau. »« On ne peut pas faire une politique publique quand on ne connaît pas sa population, qu’on ne peut pas se compter. » Et à la fin de l’envoi, elle touche : « La générosité n’a pas de prix, mais elle aun coût. »
Dès 1998, Philippe Muray, avait déjà tout compris : « Il n’y a plus de différence entre le discours des artistes, celui de l’élite éclairée et ceux de la classe politique (…) la fusion s’est opérée (…), les discriminations ont disparu, tout est noyé dans une même interminable et pitoyable homélie sur la nécessité de la tolérance, l’abjection du racisme (…) »
L’opposant numéro 1 à Vladimir Poutine n’est plus. Qu’il ait été tué ou qu’on l’ait laissé péricliter dans la colonie pénitentiaire où il faisait de fréquents séjours en « cellule de discipline » malgré un état de santé alarmant, le Kremlin voulait sa mort. Les chancelleries occidentales s’indignent de la cruauté du régime russe, et tiennent Vladimir Poutine pour responsable. À un mois des élections qui vont le confirmer à la tête du pays jusqu’en 2030, le dirigeant russe rappelle à l’Occident et à son peuple qu’il fait ce qu’il veut.
Ainsi, vient-on d’apprendre, ce 16 février 2024, la mort, à l’âge de 47 ans seulement, dans une prison – portant la sinistre appellation de « Loup polaire », où il purgeait une peine carcérale de dix-neuf ans pour « extrémisme » – située au-delà du glacial cercle arctique, d’Alexeï Navalny, principal opposant politique au régime dictatorial de Vladimir Poutine.
Stupeur, certes, au sein de nos démocraties et, plus généralement, du monde libre ! Car, par-delà même cette tragique disparition de Navalny, dont on ne louera jamais assez l’immense courage face à ce que beaucoup considéraient malheureusement comme une mort annoncée au vu de la dureté de ses conditions de détention, c’est la liberté, en sa plus noble, haute et belle expression, qui a été, de fait, assassinée là, et par la plus brutale, horrible et cynique des manières !
Le courage de la vérité
Comment, d’ailleurs, ne pas se souvenir, en d’aussi dramatiques circonstances, de ce que le grand Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre des dissidents au sein de l’ex-Union Soviétique, écrivait déjà, dans son Archipel du Goulag (1973), à propos de l’univers concentrationnaire, où il fut lui-même enfermé, au fin fond de la non moins hostile Sibérie, pendant de longues et cruelles années : « Notre univers n’est-il pas une cellule de condamnés à mort ? »
Condamné à mort : c’est cette très lourde sentence, aux funestes contours de peine capitale, que Navalny, le courage de la vérité néanmoins chevillé au corps comme à l’âme, affronta précisément, avec une détermination qui n’avait d’égale que sa lucidité, lorsqu’il revint, le 28 janvier 2021, d’Allemagne, où il avait été hospitalisé après avoir subi, en août 2020, une grave tentative d’empoisonnement (au novitchok, censé paralyser les réflexes neurologiques) de la part des services secrets poutiniens (le FSB, anciennement KGB), pour rentrer en Russie, où il savait pertinemment bien que, faute de soins adéquats au regard de sa santé ainsi fragilisée irrémédiablement, il périrait, reclus en un total isolement, sinon en une de ces terribles « cellules de discipline » dont les pouvoirs les plus tyranniques ont l’impénétrable secret, d’une lente et douloureuse agonie.
Car c’est ainsi, en d’aussi effroyables circonstances, où toute humanité semble même avoir disparu au mortifère horizon de ce monde glacial, que l’on meurt, comme aux pires heures de l’ère stalinienne, dans ce que l’on appelle pudiquement, mais surtout très hypocritement, une « colonie pénitentiaire ». Ce type de totalitarisme, un écrivain aussi talentueux que Franz Kafka l’a, du reste, particulièrement bien décrit lui aussi, en 1919 déjà, dans une nouvelle intitulée, justement, La colonie pénitentiaire. Kafkaïen, précisément !
Le destin d’un héros mort en martyr
Ainsi, est-ce également là, face à un aussi douloureux mais symbolique destin, en véritable martyr, où la mort le rend paradoxalement encore plus vivant, et la clameur de son combat pour la liberté plus que jamais retentissante aujourd’hui, qu’Alexeï Navalny, dont le silencieux mais éloquent sourire se parait infailliblement d’une sorte de politesse du désespoir, s’en est allé en ce morne jour d’hiver.
Que cet héroïque Alexeï Navalny, qui a désormais rejoint ces autres grandes figures de la dissidence russo-soviétique que furent Alexandre Soljenitsyne, Andreï Sakharov ou Alexandre Zinoviev (mémorable auteur, notamment, des Hauteurs Béantes), ne se désole toutefois pas trop là où il est à présent : son combat pour la liberté – l’inaliénable et précieuse liberté – demeurera à jamais, pour tout démocrate digne de ce nom, authentiquement épris de justice, un exemple à suivre, éternellement ! Ainsi, non, la mort d’Alexeï Navalny, qui aura ainsi payé de sa propre vie par sa résistance à l’oppression, ne sera pas vaine : nous, hommes et femmes de bonne volonté, profondément attachés aux imprescriptibles valeurs morales et principes philosophiques de l’humanisme, continuerons son immortel combat pour la liberté, partout dans le monde, y compris en Russie. Gloire à Navalny !
Didier Desrimais a récemment dénoncé les délires wokes, antispécisme y compris. L’essayiste animaliste David Chauvet lui répond.
Dans sa récente chronique pour Causeur évoquant le livre de Jean-François Braunstein La philosophie devenue folle, Didier Desrimais affirme ou à tout le moins laisse entendre que l’antispécisme est une forme de wokisme[1]. Disons-le clairement : cette affirmation n’a aucun fondement, mais Didier Desrimais et Jean-François Braunstein ont tout à fait raison de s’interroger sur les dérives passées et futures de l’antispécisme, comme de toute autre idéologie.
On peut très bien exécrer le wokisme et être antispéciste, si on définit l’antispécisme comme le fait de ne pas porter atteintes aux intérêts fondamentaux des animaux au seul critère qu’ils appartiennent à une autre espèce – je dis bien « intérêts des animaux », ce qui signifie qu’ils sont sensibles et doués de conscience. Chacun comprend qu’il y a une différence entre un moucheron et un cheval, oserai-je croire, et on ne rejettera pas la protection due à ce dernier en prétextant simplement de l’exemple du premier.
Oubliez les singeries de Singer
Donc, l’antispécisme ne devrait pas être considéré, par principe, comme « une philosophie devenue folle ». Se soucier des animaux ne date pas d’hier, et certainement pas de l’antispécisme de Peter Singer. Il suffit de se souvenir, pour parler de la seule civilisation judéo-chrétienne, que dans l’Eden Adam et Eve ne mangeaient pas de viande. On l’ignore souvent, mais cela a donné lieu à une « lecture végétarienne du christianisme », pour citer Olivier Christin et Guillaume Alonge dans leur belle étude Adam et Eve, le paradis, la viande et les légumes, dont le lecteur pourra trouver en ligne une chronique par votre serviteur[2]. En témoigne, l’ouvrage De abstinentia carnis du futur cardinal Silvio Antoniano au seizième siècle. Certes, il s’agissait moins de se soucier des animaux que de retrouver un idéal de pureté et d’humilité. Mais croyez bien que les antispécistes – du moins ceux qui, parmi eux, se soucient sincèrement des animaux – se satisferaient très bien de la fin des abattoirs, serait-elle motivée par tout autre chose que leur idéologie.
Quand je parle de sincérité, je veux dire que l’antispécisme peut aussi bien être un moyen de défendre les animaux qu’une vulgaire posture idéologique. Ou bien un simple jeu intellectuel, propre à sombrer dans les délires dont l’université est coutumière – ce que Didier Desrimais comme Jean-François Braunstein dénoncent brillamment. Mais voudra-t-on en revenir à la hiérarchie des races parce que l’antiracisme vire à présent au wokisme le plus grotesque ? Ou priver les femmes du droit de vote à cause du néoféminisme ? Non, alors de grâce, pas de deux poids deux mesures avec l’antispécisme. Ce n’est pas l’antispécisme en soi qu’il faut condamner mais, de même que l’antiracisme, ses dérives. Refuser qu’on torture ou qu’on tue les animaux n’implique pas d’accepter la zoophilie, de vouloir se marier avec son chat ou toute autre proposition issue d’esprits à la dérive.
Diabolisation
Ne pas faire cette distinction cruciale est non seulement un deux poids deux mesures, mais c’est une grave faute stratégique pour la droite : car la ficelle est grosse et il n’échappe à personne que derrière l’épouvantail de l’antispécisme, c’est la cause animale que certains cherchent à diaboliser, par exemple en assimilant au wokisme, de manière bassement opportuniste, la lutte contre la corrida ou contre la chasse. C’est alors de nos concitoyens, dans leur grande majorité sympathisants de cette cause, qu’on veut couper la droite. On ne le répètera jamais assez, tout comme l’écologie, la cause animale n’est pas essentiellement de gauche, et encore moins un avatar du wokisme[3].
Ou sinon, dites à Brigitte Bardot qu’elle est woke. Nul doute qu’elle goûtera le compliment avec la même volupté qu’une bouchée de viande.
Liberati (Prix Femina 2011 ; Prix Renaudot 2022) aime la récidive, surtout quand il s’agit de nous entraîner dans la débauche à bord d’une grosse Daimler dont les sièges de cuir bleu sentent le miel et le thé. Dans Les Démons (2020), on avait découvert Taïné et Alexis, duo vaguement incestueux. On les avait quittés à New York. On les retrouve à Rome, dans les années 1970.
La sœur, Taïné, photographe de talent, toxicomane, lesbienne de choc soumise à ses fantasmes les plus dingues ; le frère, Alexis, écrivain empêché, attiré par la chute, les partouzes, les bulles de champagne. Ils croisent Truman Capote, l’écrivain qui a foutu en rogne le plus grand acteur de tous les temps, Marlon Brando ; Helmut Berger, surnommé « l’Autrichienne », l’amant de Luchino Visconti ; Andy Warhol, et d’autres déjantés flamboyants qui auraient ouvert leur braguette devant les censeurs du wokisme. Heureusement que la mort les a projetés dans l’autre monde, leur évitant d’être confrontés à cette insupportable régression.
Le style de Liberati continue de faire mouche : baroque, lyrique, nerveux, à l’os. Le lecteur est convié à la table d’extravagants capables de vous occire pour éprouver la plus sublime des jouissances. C’est dionysiaque, fuligineux, insensé, à l’image de l’Occident, lieu de la chute où le soir ne cesse de tomber, pour reprendre l’image heideggérienne. La fête s’achève en 1973. Liberati : « La crise pétrolière de 1973 et le magnétisme énergique de New York finirait de vider la vie nocturne de ses vrais héros, accusant cette décadence qui fit de Rome une voie sans issue et un mouroir dès 1975. » Il ne faut jamais contrarier les plans du capitalisme.
Lors de ces séances de magie noire, nous croisons Dominique Mirhage, « la hyène du Capitole ». Elle apparaît lors d’un dîner, à Rome, un soir d’automne ; on la suit sur une vingtaine de pages, puis elle est rattrapée par son destin ; elle finit mal, dans la puanteur. La photographie de la couverture du roman, prise lors du tournage du film L’Urlo (1970), est celle de Tina Aumont, « la plus belle femme du monde », selon le réalisateur Tinto Brass. Elle a d’immenses yeux noirs, rehaussés de khôl, sa longue chevelure brune encadre un fin visage tourmenté ; elle tient dans la main droite un adorable poussin tout jaune. Elle est Bella dans le roman. « Alexis n’avait jamais remarqué à quel point le regard de Bella était sombre, il en montait une vapeur mélancolique et douce. » On pense qu’elle va être un personnage central. Eh bien, non, elle disparaît presque aussitôt après cette description. C’est comme ça, avec Liberati, et depuis son entrée fracassante en littérature : il faut s’habituer aux apparitions. En revanche, Truman Capote reste un pilier du récit. C’est le privilège de l’écrivain, celui qui vous croque et vous fait entrer, parfois de force, dans ses livres. Il est à Rome, Paris, Palm Springs. Avec sa voix de fausset et son regard lubrique, il virevolte comme le moustique, vous repère et vous suce le sang. Il n’hésite pas à fouiller dans les poubelles de l’élite fortunée et cosmopolite. Taïné et Alexis sont suffisamment désaxés pour finir dans Prières exaucées, son chef-d’œuvre posthume. Mais Liberati offre à ces décadents la pleine lumière dans une histoire contrôlée par le crâne de Yorick.
À propos de la nihiliste Taïné, d’origine russe, Liberati écrit : « Quant à ce que les psychologues appellent ‘’culpabilité’’ et les moralistes ‘’mauvaise conscience’’, elle n’en avait jamais jusqu’ici découvert en elle la trace. » Puritains désexualisés, s’abstenir.
La société américaine Delta Airlines affirmait dans un message en 2020 qu'elle allait devenir la première compagnie aérienne neutre en carbone. La voici désormais poursuivie devant la justice en Californie pour communication fallacieuse... Image: DR.
Le «greenwashing» (blanchiment écologique), la communication à outrance visant à faire passer pour verts, durables et vertueux les produits et les stratégies des entreprises, est tellement omniprésent que nous avons fini par ne plus le percevoir. Mais il est pourtant en plein reflux à cause d’un mouvement qui se généralise baptisé «greenhushing» (silence écologique). Il consiste pour les entreprises à revenir sur leurs ambitions vertes proclamées de crainte maintenant d’être trainées en justice pour être incapables de les respecter. On peut à la fois s’en réjouir, la communication a tout de même des limites, et le déplorer.
N’avez-vous pas eu l’impression ces derniers temps que les entreprises communiquaient moins sur leurs engagements climatiques ? Si tel est le cas, votre intuition est la bonne. Ce nouveau phénomène a désormais un nom : le « greenhushing » (ou écosilence en français). Des acteurs économiques tels que BP, Shell ou Amazon l’ont pratiqué en 2023.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pour comprendre ce qu’est le greenhushing, il est nécessaire de revenir sur des années de « greenwashing » (ou écoblanchiment) avec lequel il s’inscrit en rupture. Ce procédé, massivement utilisé depuis les années 1990, est aujourd’hui bien connu du public. Il consiste à maquiller en vert des produits ou des services qui ne le sont pas.
La France, pionnière d’une réglementation coercitive
Afin de juguler cette tendance en plein essor, les pouvoirs publics ont récemment décidé de s’emparer du sujet en mettant sur pied un arsenal législatif de plus en plus coercitif.
Notre pays a été le premier à ouvrir la voie. L’Union européenne s’est depuis engagée dans le bannissement des allégations environnementales génériques sans preuve. L’actualisation en ce sens des règles de consommation a été votée en janvier 2024 par les députés européens. Elle attend désormais l’approbation du Conseil avant d’être retranscrite sous deux ans dans les droits nationaux.
Outre-Atlantique, l’État de Californie a à son tour promulgué le 1er janvier dernier une loi anti-greenwashing. Majoritairement inspirée de la réglementation française, elle propose d’aller plus loin que la dernière mise à jour des « green guides » de la Federal Trade Commission en obligeant les annonceurs à fournir des données normalisées devant attester de la véracité de leurs promesses environnementales.
Contourner l’opinion publique… et la justice
Conséquence directe de ce nouvel environnement légal, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à cesser de communiquer sur leurs engagements climatiques. On appelle cela le greenhushing. Outre le fait de se conformer à la réglementation, elles évitent ainsi de s’exposer au jugement de l’opinion publique, mais aussi de leurs clients, des investisseurs et des médias tout en se protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires.
Il faut dire que le nombre de dossiers portés en justice en raison de communications environnementales trompeuses n’a jamais été aussi nombreux. En particulier aux États-Unis, comme en témoigne l’impressionnante liste de la Federal Trade Commission. En mai dernier, Delta était ainsi poursuivie devant les juges californiens après avoir affirmé être la « première compagnie aérienne neutre en carbone ».
Compte tenu de l’apparition récente du phénomène, il est encore peu documenté. Le cabinet de conseil suisse South Pole fut le premier, dès 2022, à l’évoquer dans son rapport annuel « En route vers le Net Zéro ». Ce rapport a contribué à populariser le greenhushing. À tel point qu’il est à présent mentionné dans de grands titres de presse tels que le New York Times ou le Washington Post.
Il faut dire qu’il a connu un essor fulgurant. Au cours de cette dernière année, le nombre d’entreprises reconnaissant pratiquer le greenhushing a été multiplié par trois, selon South Pole. Au moins une sur cinq serait à présent concernée.
L’édition 2024 du rapport de South Pole, qui vient d’être publiée, nous apprend que tous les secteurs d’activité se livrent à présent au greenhushing. Parmi les 1 400 compagnies sondées, 86% de celles commercialisant des biens de consommation et 72% des compagnies pétrolières disent avoir réduit leur communication.
Mais cette nouvelle pratique ne se limite pas aux activités les plus polluantes. Les entreprises les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique sont même en première ligne. Sur le panel étudié par South Pole, 88% des firmes proposant des services environnementaux déclarent…
Le Quai d’Orsay est-il bien le ministère des Affaires étrangères? Liliane Messika procède à quelques rappels historiques utiles, après la lecture d’un communiqué du gouvernement français concernant les violences des Israéliens en Cisjordanie.
Le Quai d’Orsay est bien le ministère des Affaires étrangères ? Pourtant, c’est à la rue arabe et à ses soumis hexagonaux qu’il a adressé un communiqué le 13 février 2024 : « La France adopte des sanctions à l’encontre de colons israéliens extrémistes qui se sont rendus coupables de violences contre des civils palestiniens en Cisjordanie. À ce titre, 28 individus sont visés par une interdiction administrative du territoire français. (…) La colonisation est illégale en droit international et doit cesser. Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable, qui est la seule solution pour qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre, côte à côte, en paix et en sécurité »[1].
Tout est calibré pour une lecture antisioniste : le choix des mots est un code compris par ceux qu’il vise à apaiser, comme par ceux qui endureront les violences induites. Quant au poids des faux, il pèsera sur les manifestations antisémites, déjà multipliées par 1000 depuis le 7 octobre, dans notre pays.
Explication de texte
« Cisjordanie » est déjà un maître-mot. Il désigne la partie occidentale du Jourdain, que le royaume hachémite de Jordanie avait illégalement annexée lors de la guerre contre Israël, le 15 mai 1948, quand il a déclaré son indépendance vis-à-vis de son colonisateur britannique.
Lorsque Israël l’a reconquise en 1967, ses habitants avaient une carte d’identité jordanienne. Mais en 1970, l’OLP[2] ayant tenté, une fois de trop, d’assassiner le roi Hussein, celui-ci lança l’opération « Septembre Noir », qui tua entre 3500 et 10 000 fedayin et en blessa 110 000 selon les terroristes. Des sources plus fiables parlent de 3500 morts et 10 000 blessés.[3] Les fauteurs de troubles furent expulsés et partirent à Tunis. En 1988, le roi amputa ce membre de son royaume et supprima les cartes d’identité à ses habitants. Les négociations avec Israël étaient probablement déjà engagées, car lorsque le traité fut signé, en 1994, la Jordanie refusa de récupérer ce territoire, arguant qu’elle y avait déjà renoncé et laissant à l’État juif le soin de négocier avec le représentant des ex-Jordaniens, Yasser Arafat.
Jusqu’en 1948, « Judée-Samarie » était l’appellation officielle de cette contrée, y compris dans la Résolution 181 de l’ONU, qui délimita, en 1947, le partage de la Palestine mandataire (exception faite de la Jordanie, déjà constituée en État arabe par les Britanniques en 1922).
À partir de 1967, elle devint « West Bank » (rive ouest) en international dans le texte, et Cisjordanie en langue politique arabe de la France.
Dans le même registre, « colons israéliens extrémistes » est le chiffon rouge qui acte que la France a adopté le narratif palestinien. Elle n’use d’ailleurs du vocable « extrémiste » que contre les Juifs : même les pogromistes du 7 octobre n’y ont pas eu droit.[4]
Alors que l’anglais nomme les villages juifs dans les territoires disputés « settlements », implantations, le Quai d’Orsay utilise le mot « colonies », connoté « occupation française de l’Algérie ». Le sous-entendu est bien entendu : pour la rue arabe de France et ses idiots utiles de l’extrême gauche antisioniste, tout Israélien est un colon, donc un extrémiste, donc un salaud à abattre, l’objectif étant d’en libérer « toute la Palestine du fleuve à la mer ».
Ceux qui ont inventé ce slogan savent très bien qu’ils parlent de l’intégralité du territoire entre la frontière Est d’Israël, le Jourdain et sa frontière Ouest, la mer Méditerranée. Ceux qui le répètent ignorent souvent de quelle mer et de quel fleuve il s’agit, mais ils comprennent que c’est un synonyme de « Mort aux Juifs ! »
Il ne viendrait pas à l’esprit des premiers de qualifier de colons les 2,1 millions d’Arabes israéliens qui vivent en Israël. Ces citoyens ne risquent aucune violence de la part de leur entourage juif. Les seconds l’ignorent et de toute façon, ils trouveraient que « cépapareil ».
Les partis arabes du pays de l’apartheid
Les députés arabes de la Knesset, le parlement israélien, se plaignent souvent de la violence qui règne dans leurs localités[6] et reprochent au gouvernement de ne pas y mettre le holà avec assez d’énergie.[7]
Si on ne connaissait pas le tropisme palestinolâtre du Monde, on se demanderait pourquoi, quand il en parle, il retire leur nationalité à ces citoyens israéliens en les appelant « Palestiniens d’Israël », alors qu’une majorité d’entre eux est opposée à l’idée de devenir des citoyens palestiniens : « Au sein de l’échantillon arabe, la part des chrétiens et des druzes qui se sentent partie prenante de l’État d’Israël (84%) est nettement plus élevée que celle des musulmans (66%), mais cette part constitue toujours une majorité importante dans tous les groupes religieux. Une ventilation par âge montre que la plus forte augmentation du sentiment d’appartenance à l’État d’Israël et à ses problèmes concerne la cohorte la plus jeune, âgée de 18 à 24 ans (juin, 44 % ; novembre, 70 %) »[8].
Les Israéliens ayant rendu coup pour coup à ceux des Palestiniens qui, jusqu’alors, les attaquaient en toute impunité, sont traités avec sévérité par leur Justice. Comme l’avait été Salah Hamouri, « avocat franco-israélien prisonnier politique » en français et « condamné pour tentative d’assassinat d’un rabbin et participation à un mouvement terroriste » en hébreu. La rue arabe de plusieurs banlieues françaises voulait faire de lui un citoyen d’honneur. Mais quand il a été expulsé d’Israël et qu’il est arrivé sur le sol français, elle s’est vigoureusement indignée de ce qu’elle a appelé une « déportation ».
Les coupables israéliens de déprédations sur des villages palestiniens sont en prison en Israël et rien n’indique qu’ils aient envie de venir goûter l’antisémitisme hexagonal. Le communiqué du Quai d’Orsay leur interdisant l’accès à notre pays est donc purement symbolique.
« La colonisation est illégale en droit international et doit cesser »
Colonisation : « constitution, à une assez grande distance d’une métropole, d’un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d’origine »[9]. Depuis quelle métropole lointaine le peuple juif aurait-il créé un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes ? Et qui, à part lui, sont ces populations ?
Les « réfugiés palestiniens », eux, n’ont qu’à revendiquer un ancêtre qui y a vécu deux ans pour avoir le label. Ils sont les descendants « des personnes dont la résidence normale était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948, et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948 »[10].
Bien que le processus de paix soit en panne, le pacte toujours en vigueur entre Israël et les Palestiniens est le traité des Accords d’Oslo : « Oslo II, article X.2 : Les nouveaux redéploiements des forces militaires israéliennes vers des sites militaires spécifiés commenceront après l’inauguration du Conseil et seront progressivement mis en œuvre à la mesure de la prise en charge de l’ordre public et de la sécurité intérieure par la police palestinienne… Oslo II, Article XI.2.e : Au cours des nouvelles phases de redéploiement, qui seront achevées dans les 18 mois suivant la date de l’investiture du Conseil, les pouvoirs et les responsabilités en matière de territoire seront progressivement transférés à la juridiction palestinienne qui couvrira le territoire de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, à l’exception des questions qui seront négociées dans le cadre des négociations sur le statut permanent »[11].
Ce que les Français appellent « colonies » fait partie des questions qui doivent être discutées pour les échanges territoriaux permettant de dessiner « des frontières sûres et reconnues » selon les termes de la Résolution onusienne n°242. Les « colonies » sont peut-être haram[12], mais elles ne sont pas illégales au regard du droit international.
« Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable »
Pourquoi la France estime-t-elle l’existence de villages juifs incompatible avec un État palestinien, alors qu’elle trouve normale celle des villages arabes dans l’État juif ? Le 7 octobre 2023, cela faisait 18 ans qu’il n’y avait plus un seul juif, donc a fortiori aucune « colonie », dans toute la Bande de Gaza. Le Hamas y régnait sans limite. Ce qui a mis en danger cet État palestinien de facto, c’est son attaque du territoire israélien pour procéder aux massacres que l’on sait, pas la présence d’une quelconque présence juive. A contrario, lorsque la paix a été signée entre l’État juif et l’Égypte en 1979, les Israéliens, qui avaient construit des villages dans le Sinaï après 1967, ont été rapatriés dans Israël intramuros. Les réfractaires ont été évacués de force par Ariel Sharon, Premier ministre de l’époque, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais que leurs parents haïssaient avec autant de passion qu’ils exècrent Netanyahou.
La République française a plus de choses en commun avec la démocratie israélienne qu’avec les républiques islamiques qui pratiquent la charia et le nettoyage ethnique. Pourquoi nos dirigeants sont-ils les derniers à s’en rendre compte ?
[12] Haram = licite selon le Coran. « Les Juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée al-Aqsa de leurs pieds dégoûtants ». Vidéo de Mahmoud Abbas : https://www.memri.org/tv/palestinian-president-mahmoud-abbas-jews-have-no-right-defile-al-aqsa-mosque-their-filthy-feet
Interrogations autour du déclin cognitif de Joe Biden. Il conserve une bonne mémoire, selon son avocat, mais pas question de publier les transcriptions censées le démontrer ! Dimanche dernier, l’avocat du président américain, maitre Robert Bauer a écarté sur CBS la question de la publication des transcriptions de l’audition de Biden par Robert Hur, alors qu’il prétend qu’elles prouvent que les propos de ce dernier sur l’état cognitif du président américain sont sans fondement.
Les défaillances mentales de Joe Biden font les gros titres des journaux outre-Atlantique, ces derniers jours, après la publication des mentions peu flatteuses du rapport du procureur spécial Robert Hur quant à sa mémoire. Nombre de médias assurent que les capacités du président commencent à décliner, mais la question n’est pas nouvelle. Si depuis quelques mois certains articles de presse affirment que Biden est victime d’usure, ses capacités cognitives faisaient déjà l’objet de critiques en 2016. Diverses vidéos le montrent dans des situations inquiétantes, obéissant même sans broncher à un « lapin géant » (!) (notre vidéo ci-dessous). Le 11 février, l’avocat de Biden était l’invité de Margaret Brennan, journaliste animant Face the Nation sur CBS, une émission penchant légèrement vers le centre gauche. Robert Bauer, par ailleurs époux de la conseillère principale de Biden, Anita Dunn, s’est escrimé à tenter de discréditer le rapport de Hur, un républicain nommé par le procureur général des États-Unis, autrement dit le ministre fédéral de la Justice, censé être relativement indépendant du président depuis le scandale du Watergate. Dans sa note interne confidentielle, le procureur spécial Hur recommande de ne pas poursuivre Biden concernant les documents classifiés que ce dernier avait conservés après son départ de la vice-présidence en janvier 2017. Mais il motive son propos en mettant en cause la santé mentale du président, l’illustrant par le fait que Biden ne se souvient plus de la date de la mort de son fils aîné, Beau, ou de celles de son mandat de veep. L’état cognitif de Biden serait tel qu’un tribunal pourrait difficilement obtenir de lui des réponses : « Nous avons également considéré qu’au procès, M. Biden se présenterait probablement à un jury, comme il l’a fait lors de notre interview de lui, comme un vieil homme sympathique, bien intentionné. Il ressort de nos interactions directes avec lui et de nos observations que c’est quelqu’un au sujet de qui de nombreux jurés voudront considérer qu’il y a un doute raisonnable. Il serait difficile de convaincre un jury de le condamner […] pour un crime grave requérant un état mental permettant d’agir volontairement. »
Bob Baueur, l’avocat de Joe Biden, s’est voulu rassurant sur CBS, 11 février. Capture CBS.
Question embarrassante sur CBS
Lorsque Bauer a déployé ses effets de manche, son indignation et déclaré que les allusions du rapport à la mémoire de Biden étaient inexactes, Mme Brennan a souligné qu’il avait assisté à l’interrogatoire de plus de deux jours et lui a demandé si le président avait rencontré des difficultés à se rappeler des détails. Usant de la langue de bois, son avocat a répondu que Biden avait répondu directement aux questions et « livré ses meilleurs souvenirs » dont il pense qu’ils sont utiles à l’enquête. Mme Brennan a poursuivi en lui demandant s’il était favorable à la publication des transcriptions à partir desquels a été rédigé le rapport, mais le conseil juridique du président a répondu que c’était au gouvernement de décider, le document étant classifié. La journaliste n’a pas lâché le morceau et a voulu savoir s’il recommanderait qu’elles soient rendues publiques si elles corroboraient ses propres souvenirs, à quoi l’avocat et époux de la conseillère principale du président a répondu qu’il n’était pas un spécialiste du processus en cours. Sans doute aucun, il n’avait pas été briefé en amont de l’émission !
Hur, un républicain, est accusé de partialité, mais c’est le ministre Merrick Garland qui a publié la note confidentielle que lui a remis le procureur spécial. Il ne pouvait cependant l’enfouir après s’être engagé l’an dernier à publier tous les rapports autant que possible. Le procureur spécial a-t-il orienté ses notes en sachant que la confidentialité mentionnée ne servirait qu’à le dédouaner politiquement ? Les démocrates disent que oui, les républicains soutiennent son approche sur le plan juridique. Toujours est-il que si Garland est fortement critiqué pour ne pas avoir caviardé les remarques ravageuses du rapport, les faits mentionnés ne constituent pas une surprise totale, même si la plupart des médias omettaient de parler du comportement du président.
Des dénégations ne pouvant cacher les faits
Biden et son entourage ont affiché une indignation bien ostensible, le président s’exclamant même : « Comment diable ose-t-il ? » concernant son supposé oubli quant à la disparition de son fils. Peu après, il a confondu ses homologues égyptien et mexicain. Si la question de son état mental fait assez souvent l’objet de gros titres depuis quelques jours, on pouvait cependant déjà constater d’inquiétantes confusions depuis qu’il était revenu sous le feu des projecteurs en vue de l’élection de 2020. Notamment en ce qui concerne son fils décédé. Quelques jours avant la présidentielle, il avait d’abord présenté sa petite-fille comme étant son fils lors d’une visite à Philadelphie. En novembre 2022, il a affirmé que son fils avait perdu la vie en Irak alors qu’il est décédé aux États-Unis. La compassion que l’on peut ressentir pour un père qui a perdu son enfant ne suffit pas à effacer les doutes. Et les doutes sont lourds tant le président américain multiplie les incohérences, les comportements étranges et erratiques que ses défenseurs expliquent par ses difficultés d’élocution. Sans doute ces difficultés expliquent-t-elles qu’il ait mordillé un doigt de son épouse alors qu’elle discourait durant la campagne de 2020, qu’il ait tenté de serrer la main manquante d’un soldat amputé, qu’il serre des mains imaginaires. Etc. Si les multiples chutes de Biden ont été largement relayées par les médias, que ce soit à vélo, sur une estrade ou en embarquant dans Air Force One, des attitudes plus troublantes ont été tout autant ignorées. C’est notamment le cas d’un épisode autour de Pâques, il y a deux ans, où une personne déguisée en lapin a détourné le président des journalistes auxquels il répondait concernant la politique étrangère. Biden s’est plié aux consignes du lagomorphe démocrate !
Le New York Post a souligné que la personne ainsi accoutrée était probablement Meghan Hays, la responsable des relations avec la presse de la Maison-Blanche. On la voit en photo dans ce costume le même jour. Rien qui n’aide à mettre sous le boisseau la question qu’agitent depuis le début de sa présidence de nombreux républicains, celle concernant le réel pouvoir du président. Biden ne semble pas toujours savoir où il va, comme lorsqu’il a fallu qu’un agent du Secret Service lui indique qu’il devait marcher dans l’allée alors qu’il s’égarait quasiment sur la pelouse de la Maison-Blanche après avoir quitté Marine one, l’hélicoptère présidentiel. Mais ses propos et attitudes ne semblent pas inquiéter ses conseillers et l’ensemble de son gouvernement qui ont une direction. Le médecin de la présidence, le Dr Kevin O’Connor, a déclaré l’an dernier que Biden « demeure apte au travail et s’acquitte pleinement de toutes ses responsabilités sans exception ni accommodement ». L’éventualité de son retrait de la course à la présidentielle a été balayée d’un revers de main et le président triomphe dans les urnes des primaires démocrates.