Accueil Site Page 481

Le monde de la Culture contre l’identité française

À l’heure où Aya Nakamura – chanteuse jusqu’alors surtout connue pour ses couplets salmigondesques – est envisagée pour interpréter du Piaf lors de la Cérémonie d’ouverture des JO1, et où Rachida Dati – ministre de la Culture fraîchement convertie aux joies du « progressisme » – souhaite un lieu dédié aux « grands sportifs issus de l’immigration »2, tout rappel de l’histoire glorieuse de notre nation dans les fictions ou dans l’art fait l’objet de vives critiques. Dans cette tribune, Romain Maréchal s’en indigne.


« La France Rance ! » « Le Puy du Fourbe ! » « Netflix identitaire ! » Autant d’articles et de unes qui ont cherché à dénigrer des initiatives artistiques profondément enracinées. Pourquoi une certaine presse militante s’emploie-t-elle avec autant de zèle à traquer le moindre projet voulant mettre à l’honneur la culture française ?
On le sait depuis Gramsci : aux yeux de la gauche, l’hégémonie culturelle représente la mère de toutes les batailles politiques. Au cinéma ou dans les livres, à l’école ou dans les médias, les “progressistes” la mènent partout et sans répit. Ils imposent leur nébuleuse conception du Bien, entretiennent l’amnésie historique de nos enfants, et modèlent l’imaginaire d’un peuple dont ils entendent convertir les consciences à leurs dogmes post-modernes. La religion diversitaire ayant succédé à l’effondrement de l’utopie marxiste, les partisans de cette nouvelle gauche s’emploient depuis 50 ans à transformer la société avec pour muse cette chimère démiurgique de l’homme nouveau. 

La nouvelle révolution culturelle

Animés aujourd’hui par l’idéal saugrenu d’un homme déconstruit, déraciné, libéré de tous les carcans « réactionnaires » du passé, les partisans de cette idéologie multiculturaliste et progressiste sont les acteurs d’une révolution culturelle dont les conséquences désastreuses ne peuvent aujourd’hui plus qu’être déplorées, à défaut de pouvoir être contestées : submersion migratoire, explosion de l’insécurité, islamisation de nos territoires, chute du niveau scolaire, paupérisation croissante… Et j’en passe. Mais une révolution a ceci de caractéristique qu’elle ne tolère pas la protestation. Dût-elle constater son échec, loin de faire marche arrière, elle se radicalise.

À lire aussi, Renée Fregosi: Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Face à cette tentative d’éradication de l’identité de la nation française, plusieurs citoyens ont investi le terrain métapolitique dans l’optique de renverser la vapeur en renouant le lien amoureux qui unit le peuple français à son histoire et à sa culture. Pensant avoir l’exclusivité des thématiques culturelles, les gardiens de la nouvelle morale nous gratifient systématiquement de leurs réactions épidermiques.
« Le Puy du Fourbe ! », titre ainsi Libération à la veille de la sortie du film Vaincre ou Mourir produit par le Puy du Fou. Les premières lignes de l’éditorial consacré à ce long métrage sont éloquentes quant à la terreur que leur inspire la remise en cause de leur monopole idéologique sur le monde culturel : « C’est un petit signe supplémentaire à ne pas sous-estimer : la sortie mercredi en salles du film Vaincre ou Mourir, premier long-métrage de la société de production Puy du Fou Films, est un indice de plus qui accrédite l’existence d’une offensive conservatrice actuellement en France. » Dans la même veine, alors même qu’Épopée, la plateforme vidéo de streaming dédiée au rayonnement de la culture française que j’ai fondée, n’était pas encore disponible pour le grand public, la même officine s’étranglait en dénonçant avant l’heure un « Netflix identitaire ». Plus largement, on se souvient de l’autodafé de Guillaume Tion à l’encontre de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby à Paris en septembre dernier dans son article Allez la Rance ! Le péché des organisateurs de ce spectacle : mettre en valeur le terroir, l’artisanat, l’art de vivre à la française.

L’acteur français Jean Dujardin lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby, au Stade de France, 8 septembre 2023 © Thibault Camus/AP/SIPA

Toutes ces invectives nous rappellent une leçon d’histoire : le cinéma, la littérature, le théâtre ou encore le spectacle sont, comme pour tout régime tenté par la domination sur les esprits, des outils de propagande dont le rôle est de magnifier les idéologies nouvelles. La culture doit être politisée à défaut de promouvoir le beau, en se mettant au service d’une réécriture multiculturaliste de l’histoire et en projetant des psychoses qui légitiment certains discours politiques.

Nouveaux dogmes

Dans ce contexte, des sketchs des « Inconnus » au film « La cage aux folles », combien d’œuvres artistiques auraient-elles aujourd’hui réussi à passer le crible des impératifs idéologiques dictés par les inquisiteurs de la bien-pensance aux sociétés de production ? Puisqu’il faut se soumettre au paradigme imposé par la gauche dogmatique pour avoir une chance d’être produit, les auteurs de scénarios intériorisent les interdits et se conforment : le risque de censure engendre l’autocensure. Tout dérapage idéologique doit être sanctionné et corrigé, la presse de gauche y veille. Comme le disait Trotsky, « les journaux sont pour nous une arme ».

À lire aussi, Georges Liébert: Philippe Muray, Pythie sans pitié

C’est pourquoi ces commissaires politiques du XXIe siècle qui déversent leurs fantasmes de progressistes tourmentés sur les ondes du service public ou dans des médias privés largement subventionnés par le contribuable, ne peuvent tolérer l’émergence d’entrepreneurs et d’artistes enracinés dont la réussite pourrait signer la mise en échec progressive de leur programme idéologique.

Romain Maréchal est fondateur de la société de production audiovisuelle enracinée, LA POINTE DE L’ÉPÉE et d’ÉPOPÉE, “la première plateforme de vidéo 100% française”. L’ancienne députée Marion Maréchal est sa soeur aînée. Photo DR.

Le défi majeur est de poursuivre ce travail d’émancipation intellectuelle face aux diktats de ces maîtres chanteurs. Comprendre qui nous sommes et d’où nous venons, perpétuer les rêves, les aspirations et les prouesses de nos ancêtres, défendre cet héritage civilisationnel à l’origine de la grandeur et de la prospérité de la France. Et ainsi continuer d’entretenir une vision optimiste pour l’avenir.
En nous engageant et en agissant dans toutes les strates de la société, nous pourrons réparer et conserver cette chaîne de transmission si précieuse à l’épanouissement des jeunes générations et celles à venir. C’est pourquoi il en va de la survie de notre nation de proclamer haut et fort que, oui, nous sommes fiers d’être français !


  1. https://www.causeur.fr/affaire-aya-nakamura-jo-edith-piaf-assimilation-a-lenvers-278501 ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/sports/jeux-olympiques/jo-paris-2024-rachida-dati-souhaiterait-un-lieu-dedie-aux-grands-sportifs-issus-de-l-immigration-20240311 ↩︎

Maria Montessori béatifiée

Le film de Léa Todorov est une longue publicité pour les écoles Montessori. On peut tout à fait se dispenser de son visionnage.


Et un biopic de plus, un, et circonstance aggravante, consacré à une figure iconique de l’éducation alternative : Maria Montessori. Sous le titre radicalement modeste de La Nouvelle Femme, la cinéaste Léa Todorov nous livre un film tout droit sorti des studios d’Épinal, haut lieu des images convenues et convenables. Ce « sainte Maria, éduquez-les » déploie durant une heure quarante la pieuse légende d’une pionnière pédagogique en proie, bien évidemment, à une abominable communauté scientifique et éducative à la fois italienne et patriarcale.

A lire aussi: «La Salle des profs», milieu scolaire orthonormé et franchement hostile

On reste quand même sidéré par le caractère partisan et unilatéral du propos. Comme si la méthode Montessori allait de soi, comme si elle ne faisait pas l’objet de critiques récurrentes, comme si ses limites n’avaient pas été maintes fois mises en avant. De nos jours, sans réel contrôle, sans cadre breveté et estampillé, les écoles Montessori prospèrent allégrement et ce film ressemble à un étrange dépliant publicitaire sans l’ombre d’un soupçon d’esprit critique.

Aujourd’hui en salles.

Comparaisons (pas si) hasardeuses

On l’a connu ministre de l’Education nationale de Sarkozy, se dandinant sur le lipdub de l’UMP. On l’a vu chahuté sur le plateau du Grand Journal, grand-messe bobo des années 2010. Mais Xavier Darcos est d’abord un agrégé de lettres classiques, et depuis 2013, un académicien ! Dans Tacite, ses vérités sont les nôtres (Les Belles Lettres), il revient pour nous aux temps troublés des deux premiers siècles, non sans dresser quelques ponts avec notre époque.


Tibère. Caligula. Claude. Néron. Trajan. Ce sont les principaux empereurs qui se succèdent du vivant de Tacite (58-120 ap JC), personnages au cœur des Annales et des Histoires. Ils ont laissé à la postérité des réputations plus ou moins flatteuses.
« Vers la fin du Ier siècle, l’historien latin s’interroge sur le destin du monde. Il fait la revue des mœurs collectives et des caractères privés, révèle les calculs et les manœuvres des acteurs politiques, décrit la folie contagieuse, provoquée par la volonté de puissance, tout en se souvenant d’une cause déjà perdue : l’idéal républicain » de Rome. Car la République, malgré son expansion méditerranéenne (ou peut-être à cause d’elle), n’a guère survécu aux luttes intestines entre les factions. Le nouveau régime monarchique a été instauré par Auguste, au prix d’un sévère recul de la classe sénatoriale, à laquelle appartient Tacite. Ce dernier trouve un refuge dans le stoïcisme et l’écriture de l’histoire. L’Empire n’a pourtant pas totalement restauré la paix civile. Pour la seule année 69, quatre empereurs se succèdent.

Tacite ethnologue

L’historien observe le délitement en cours avec une truculence laconique. Au sujet de Galba, éphémère empereur romain, Tacite écrit : « … exempt de vices plutôt que doué de vertus, il était jugé par tous comme capable de gouverner l’empire, s’il n’avait pas été empereur ». Tacite est aussi, en quelque sorte, avec son ouvrage sur la Germanie, l’inventeur de l’ethnologie. Chez les Barbares primaires, Tacite retrouve malgré tous les vertus et la frugalité de la Rome des origines. Mais à Rome, les airs graves des statues de la période précédente, les « vieux bougons rouspéteurs » ont laissé place à la décontraction morale, au « luxe grec et oriental » et aux meurtres sordides… Pour décrire l’horreur, Tacite recourt à l’humour noir, remède puissant en temps troublés.
Xavier Darcos nous dit que, « de toute façon, les comparaisons avec les problèmes que nous connaissons aujourd’hui sont hasardeuses » et en même temps, les va-et-vient avec le temps présent sont un peu la promesse du titre du livre.

À lire aussi, Renée Fregosi: Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Bien sûr, quand on lit que Caligula nomme son cheval consul, qu’Agrippine, seconde épouse de Claude, assassine la famille impériale à coup de plats de champignons empoisonnés, que Néron, déguisé en canaille, descend la nuit tombée pour molester les passants, à la manière d’un Alex DeLarge, on se dit que nos mœurs politiques sont plus tranquilles – au moins en Occident.

L’air de rien…

Pourtant, au détour d’une phrase, Xavier Darcos exprime des opinions plutôt décapantes sur notre époque. En fait, l’ancien ministre fait partie des gens bien élevés et cultivés qui, tout en commentant des textes latins du Ier siècle, expriment l’air de rien des points de vue politiquement peu corrects.
Sur les vagues migratoires germaniques qui s’installent le long du limes, et qui finiront quelques siècles plus tard par faire effondrer le régime romain, Darcos écrit : « L’arrivée massive d’un prolétariat immigré, chassé de chez lui par la misère, n’implique pas automatiquement un apport culturel ou un enrichissement intellectuel ». Suivez mon regard.
Sur la langue, défendue par Tacite, il lâche carrément : « Il n’est donc pas nécessaire de s’extasier, comme s’il s’agissait de salutaires îlots de résistance, devant les écarts de langage, tels argots grossiers, verlans, sabirs des banlieues, slams, charabias, ni de se pencher avec révérences sur les borborygmes agressifs des rappeurs ».
Monsieur Darcos passera sans doute un excellent moment quand Aya Nakamura reprendra les chansons Edith Piaf lors des JO l’été prochain.

Tacite, ses vérités sont les nôtres

Price: ---

0 used & new available from

Ambre Kahan, amoureuse des périls, triomphe avec «L’Art de la joie»

0

L’Art de la joie, de Goliarda Sapienza est un livre culte – aussi puissant que, par exemple, Sous le volcan de Malcolm Lowry. Il est devenu un spectacle culte. Que s’est-il passé ?


Elles sont assez rares, les adaptations (théâtre ou cinéma) qui sont à la hauteur de l’œuvre adaptée. Citons-en une, parce qu’elle est magistrale : Les Noces rebelles, de Sam Mendes, adaptation cinématographique de La Fenêtre panoramique du romancier américain Richard Yates – les deux sont inoubliables.

Love story aussi est un film que l’on chérit, comme on avait beaucoup aimé le livre d’Erich Segal (vous savez : « Aimer, c’est ne jamais avoir à dire qu’on est désolé ») – Segal, professeur de Lettres Classiques à Harvard, Yale, puis Princeton, devenu l’auteur de cette petite merveille (pour qui l’a lu, bien sûr ; pas pour celui ou celle qui en a entendu parler, a sa petite idée à son propos – « petite » étant ici le mot important).

L’Art de la joie, livre-fleuve dément (800 pages en poche), écrit à Rome entre 1967 et 1976, fut publié, posthume, en 1998 : Sapienza (1924-1996) était morte deux ans auparavant. Vingt-cinq ans plus tard, ceux qui l’ont lu l’ont rangé parmi les chefs d’œuvre du XXème siècle. Une expérience de lecture mémorable.

© Christophe Raynaud de Lage

Ambre Kahan, quasi inconnue de 38 ans, dont c’est seulement le deuxième spectacle, a pris le risque de l’adaptation et de la mise en scène – « risque » au carré, d’une ambition qui impressionne et oblige.

Et puis elle a explosé. Du jour au lendemain, de la veille… au soir de la « première », elle aussi est devenue culte. Nous n’oublierons pas Ambre Kahan – vous non plus, vous verrez : l’avenir lui est offert, et grand ouvert.

Inoubliable Noémie Gantier

C’est l’histoire d’une vie, celle de Modesta, née dans un petit village sicilien en 1900, dont on suit la trajectoire, de l’orphelinat à l’accomplissement. De la découverte de la sexualité à celle de l’amour. De la conquête du pouvoir et de ses aléas. Destin de Modesta, femme solaire, puissante – tellement incarnée dans le roman, tellement singulière, ambitieuse, audacieuse, insolente, ingrate : libre, et unique. Kahan a travaillé plus de cinq ans pour aboutir à « ça ». Définissons « ça » – ce chef d’œuvre.

A lire aussi, Pascal Louvrier: La boîte du bouquiniste

« Ça », par exemple, c’est qu’il ne sera plus possible de relire L’Art de la joie, sans se remémorer Bobigny 2024, l’épiphanie Kahan, et ses 13 comédiens et comédiennes (pour 32 personnages) – une distribution impeccable où il est difficile de ne pas « isoler » Noémie Gantier-Modesta. Elle est éblouissante et de toutes les scènes (drôles, voire burlesques, crues, douloureuses, nues), dans tous les registres (sensuelle, forte, pathétique, cassante, amoureuse) – comme la Modesta de Sapienza.
Nous ne la connaissions pas. Nous l’avion vue une fois ou deux, sans retenir son nom. Elle est, elle aussi, devenue inoubliable. Kahan et Sapienza lui offrent un texte puissant qu’elle sert avec une puissance égale. On a rarement vu cela. Habitée : Noémie Gantier était habitée par son rôle le soir où nous l’avons vue. Précisons que TOUS les comédiens (et comédiennes, oui) étaient à l’unisson.

On a éprouvé la préméditation, la concertation, l’attention – la minutie obsessionnelle de Kahan qui a, évidence, beaucoup travaillé et demandé à sa troupe. Et beaucoup reçu : celle-ci donne tout en effet – et on l’éprouve aussi : cette densité, cette intensité, cette nécessité de chaque scène, ce trouble, cette porosité entre la vie (de la troupe) et le roman (de Sapienza). Ils ne jouent pas : ils vivent les scènes. Cliché ? Vous n’avez pas vu Noémie Gantier et ses acolytes sur la scène de Bobigny.

Faut-il que ce spectacle vienne de loin – pour marquer autant… (Kahan a dit les résonances intimes puissantes que ce roman figurait pour elle et on n’en doute pas).

Précision de taille

Nous avons omis une précision de taille : il dure 5H30. Vous imaginez ? 800 personnes (jauge de la MC Bobigny) dans un silence de cathédrale – pendant 5H (entracte 30 mn). Et Noémie Gantier, de toutes les scènes.
Au début, tout le monde est assis. A la fin, tout le monde est debout : cela s’appelle une standing ovation. Étonnant, rare – et irrépressible. La seule façon pour un public conquis, édifié, de dire sa gratitude. Ou son admiration – pour employer un mot que l’on ne galvaude pourtant pas.
Comment ne pas dire MERCI, après avoir TANT reçu ? C’est ce qu’on a ressenti alors. Il fallait dire MERCI – et la salle s’est levée. Les comédiens et les comédiennes sont venus saluer. Certains, dans la salle, étaient très émus, voire plus : bouleversés, oui. On se souvient.

Avec Austerlitz, de Gaëlle Bourges, L’Art de la joie d’Ambre Kahan a donc vitrifié ce début d’année théâtral. Il est certain – zéro doute – que Kahan refera parler d’elle. Les 5H de cette adaptation de L’Art de la joie ne représentent qu’une (bonne) partie du livre : la suite et la fin sont à venir et Kahan y travaille, dit-on. Gageons que l’ouverture du Festival d’Avignon 2025 lui est promise. On prend les paris.

NB L’Art de la Joie a été publié une première fois en 2005 chez Viviane Hamy. Depuis 2015, toute l’œuvre de Goliarda Sapienza est disponible aux éditions Le Tripode. Deux titres viennent de paraître, derniers inédits ou presque : Destins piégés et Le Fil de Midi.


L’Art de la Joie, d’Ambre Kahan, MC 93 à Bobigny. Coproduction avec le Théâtre Nanterre-Amandiers. Représentations terminées (hélas). Tournée à venir.
16/03 – 17 / 03 / 2024 L’ Azimut / Antony – Châtenay-Malabry
28/03 – 29 / 03 / 2024 Malraux SN de Chambéry
11/10 – 12 / 10 / 2024 Châteauvallon-Liberté SN

Art de la joie

Price: ---

0 used & new available from

Destins piégés

Price: ---

0 used & new available from

Le Fil de midi

Price: ---

0 used & new available from

L’enfer, c’est les idées des autres

L’offensive de Rapporteurs sans frontières contre CNews, validée par le Conseil d’État, a bénéficié du silence complice de la majorité des journalistes. Ces antifascistes professionnels ne s’indignent pas de l’instauration d’une police politique des médias et demandent davantage de censure. Dans ce climat, Delphine Ernotte a eu le courage de répondre à nos questions et de défendre la liberté d’expression.


« Tout le monde se lève pour CNews. » Je ne sais pas ce qu’avaient consommé les confrères de Valeurs quand ils ont fait cette « une », mais saluons leur rafraîchissant optimisme. La réalité, c’est qu’il n’y a pas eu grand-monde pour se lever, si on considère la gravité de l’attaque menée contre nos libertés par une institution qui devrait être l’une de leurs protectrices. Et si on ajoute que le Conseil constitutionnel, autre garant des libertés publiques, vient de priver le Parlement, donc les Français, de celle de choisir qui et comment ils accueillent, il y a de quoi nourrir les fantasmes les plus nauséabonds[1] sur la République des juges et, plus largement, sur ces élites méprisant la volonté du peuple.

Élégances journalistiques

Une organisation prétendument vouée à la liberté des médias, s’autoproclamant juge des élégances journalistiques, décide qu’il faut placer sous surveillance une chaîne de télévision coupable selon lui de défaut de pluralisme – en réalité de défendre une vision conservatrice du monde[2]. Elle va donc cafter auprès du régulateur –M’sieur, ils ont triché !– en le sommant d’agir. On avait un gendarme des médias, on a maintenant un flic.

A lire aussi : La déroute de la pensée unique est programmée

Le régulateur l’envoie bouler, arguant qu’il a déjà inspecté ladite chaîne. Nos rapporteurs sans frontières ne se découragent pas. Ils vont alors tirer la manche du juge administratif. Et là, divine surprise, on se comprend. On est entre gens bien. Le Conseil d’État marche donc dans cette combine et se fend d’un arrêt scandaleusement liberticide, demandant à mots couverts le fichage politique des intervenants de CNews. En clair, une police de la pensée.

Alors j’ai fait un rêve. Tous les journalistes défilaient en rangs serrés pour défendre la liberté de confrères. Nous ne partageons pas leurs idées et nous nous battrons pour qu’ils puissent… etc., etc. Un instant, j’ai oublié que, depuis belle lurette, la demande de censure ne vient pas des pouvoirs, mais des journalistes eux-mêmes. L’enfer, c’est les idées des autres.

Dans la presse généraliste, seul Le Point défend CNews

Bien sûr, de nombreuses personnalités de droite ont exprimé leur colère et leur soutien. Quelques éminents confrères, comme Franz-Olivier Giesbert, ont protesté, d’autres ont fait dans le « oui, mais » – oui, il faut défendre la liberté, mais tout de même CNews, ce n’est pas bien. L’immense majorité de la profession a regardé ses pieds, quand elle n’a pas applaudi façon Thomas Legrand sur France Inter. Il faut donc saluer Étienne Gernelle, l’un des rares patrons de presse à avoir enfourché son cheval de bataille bien qu’il soit franchement éloigné de la sensibilité CNews.

Il a fallu une semaine pour que certains se réveillent, pas par amour de la liberté, mais parce qu’ils ont fini par comprendre que la foudre n’allait pas tomber sur la seule CNews. Convaincus d’incarner le bien, ils n’avaient pas imaginé qu’on puisse leur demander des comptes. Ces antifascistes professionnels ne savent pas que, s’ils se soumettent aujourd’hui, il n’y aura plus personne pour les défendre quand on viendra les chercher – enfin si, on sera là, à condition que les petits cochons ne nous aient pas mangés.

A lire aussi : Richard Malka sur l’affaire CNews/RSF: «L’interdiction revient toujours en boomerang»

À France Inter, les moins nigauds savent parfaitement que, quelle que soit la définition que l’on donne du pluralisme, Inter est loin du compte. S’il s’agissait d’une radio privée, cela serait indifférent : jusque-là, comme l’explique Jean-Éric Schoettl, anciennement secrétaire général du CSA, on considérait que la diversité des sources d’information permettait de laisser à chaque média une très grande liberté éditoriale, seuls les médias publics étant astreints à une forme de neutralité.

Varions les plaisirs

C’est ainsi que nous avons décidé d’enquêter sur France Télévisions. Pourquoi pas France Inter ? dira-t-on. Primo, parce que c’est trop facile, deuxio parce qu’il faut bien varier les plaisirs et que nous avons déjà consacré deux « unes » de Causeur à la radio qu’on aime détester. En revanche, nous ne nous étions jamais penchés sur le cas de la télévision publique, considérant intuitivement qu’il était bien moins grave. Si on ajoute que celle-ci s’est trouvée récemment au cœur de nombreuses polémiques, notamment relatives aux documentaires réalisés pour « Complément d’enquête » sur Gérard Depardieu et le Puy du Fou, cela nous a donné envie d’aller y voir de plus près et d’interroger la présidente. Qu’elle soit remerciée, non seulement pour avoir accepté de nous répondre, mais aussi pour avoir joué le jeu de la conversation civique. Surtout, quand tant d’autres ont préféré se planquer, Delphine Ernotte a le courage de défendre la liberté d’une chaîne honnie par la plupart de ses journalistes. Respect.

Dans les salles de rédaction, on a peut-être conscience de s’être déshonoré en se taisant ou en approuvant. Les nouveaux éléments de langage en circulation consistent à expliquer qu’en réalité il ne se passera rien et que l’Arcom ne va pas se lancer dans le flicage des chroniqueurs et invités. On se trompe. L’Arcom n’est pas assez punk pour envoyer bouler le Conseil d’État. À moins d’une loi invalidant l’arrêt CNews, elle sera obligée de proposer un dispositif répondant à minima à ses exigences. Du reste, même s’il ne se passe rien, cela ne justifie pas que des journalistes aient accepté sans protester l’instauration d’une police politique des médias. Comme le dit en substance Benjamin Constant, quand « des hommes doivent réprimer les opinions des hommes », que « des hommes doivent empêcher les hommes de se livrer aux divagations de leur esprit », que « des hommes doivent préserver d’écarts dangereux la pensée des hommes[3] », c’est que la liberté est en danger.


[1] Dois-je préciser que j’emploie ce terme au second degré ?

[2] Vision qui n’est aucunement imposée aux chroniqueurs, je peux en témoigner.

[3] Merci à Jean-Éric Schoettl qui a repéré cette citation dans un texte de Rafaël Amselem.

La sexualité ne s’enseigne pas, elle se vit!

L’éducation à la sexualité de la maternelle à la terminale est entérinée depuis le 5 mars par le Conseil supérieur des programmes de l’Éducation nationale. Une fausse bonne idée.


Dans un texte très attendu et publié le mardi 5 mars, le Conseil supérieur des programmes (CSP) préconise une « éducation à la sexualité »[1]. Ce faisant, il confirme la confusion qui règne au ministère de l’Éducation nationale sur la place de l’école dans l’épanouissement psychoaffectif de l’enfant. Il y serait traité de la sexualité comme d’une discipline parmi d’autres, comme on rajouterait un cours de langue qui permettrait la découverte de « la langue de l’autre », sous le vertueux principe d’aider l’enfant et l’adolescent à s’affirmer dans le « respect de l’autre ». Cette démarche est une erreur, et c’est une faute.

C’est la famille qui est le creuset de ce qu’entend gérer le programme du CSP!

Il s’agit d’une approche « gestionnaire » de la vie sexuelle, omettant que la sexualité est d’abord pour l’enfant un questionnement existentiel : « pourquoi y a-t-il deux sexes ? ». La réponse qu’il ébauche cherche sa réponse dans la vie familiale : il y a son papa et sa maman, dont l’union a détenu le pouvoir de faire venir au monde les enfants – il a compris qu’ils avaient jadis été petit garçon et petite fille. Son interrogation devient : « qu’est-ce donc qui les a rapprochés, faisant leur désir que je vienne, moi, entre eux, depuis eux, comme leur enfant ? »

À lire aussi, Delphine Ernotte Cunci: « À France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas »

Le CSP veut aider chacun à « trouver sa place dans la société ». Cette question est celle des jeunes adultes. Pour l’enfant, il s’agit de s’inscrire dans sa vie familiale, donc dans le lien filial qui l’unit à ses parents, depuis son vœu d’incarner les attentes qui ont porté sa venue au monde – non sans se distinguer d’elles pour affirmer sa personnalité : c’est l’enjeu psychoaffectif de l’enfance.

Le préalable à la découverte de l’autre, c’est pour l’enfant de s’établir soi-même avec confiance. C’est d’abord la relation à ces « grands Autres » que sont les parents, qui justement deviennent les parents parce qu’ils tissent le lien d’identification (« faire identique ») à leur enfant : le lien de « mêmeté » soude la vie familiale ; cela leur permet de le comprendre tout en assumant leur rôle protecteur. Cependant l’enfant rêve de devenir « grand », ce qui est pour lui devenir plus tard parent comme aujourd’hui sont ses parents. Quant à la différence des sexes, elle est tôt constatée corporellement par l’enfant (garçon ou fille) ; mais son identité sexuée se construit depuis l’appui du lien d’identification : du fils au père (transmission du masculin), de la fille à la mère (du féminin). Ce que prétend gérer le programme du CSP, la vie familiale en est le creuset.

A lire aussi, Serge Rezvani : L’avortement ou la lâcheté des hommes

La sexualité ne s’enseigne pas. Elle est une découverte maturative chargée d’interrogations pour l’enfant : « et si j’avais été de l’autre sexe ? » (serais-je plus sûrement aimé d’eux ?). Ces questions animent son jeu, authentique méditation sur la vie, avec pour enjeu crucial, non pas la sexualité des adultes, mais l’amour : un mot qui s’applique autant aux relations entre adultes, les ouvrant au partage de vie sexuelle, qu’à celles entre parents et enfants, par nature désexualisées pour respecter la maturation enfantine.

Désarroi transgenre

Ces questions agitent l’éveil imaginaire de l’enfant : « et si … ? » Il lui faut s’approprier les réalités, celle de son corps sexué et celle des attentes de ses parents, et les concilier pour s’inscrire comme leur fils ou leur fille – conciliation parfois difficile, comme le montre le désarroi aujourd’hui dénommé « transgenre ». L’amour entre adultes est l’émotion de retrouver en l’autre cette image de « moi-même qui eus été de l’autre sexe », cette image qui avait été enfouie pour s’établir dans son sexe propre (au sens de se l’être approprié) ; l’être aimé devient son alter ego, son « autre soi-même ».

À lire aussi, Jeremy Stubbs: École: éducation à la sexualité ou au genre?

Le programme d’ « enseignement à la sexualité », recommandé par le CSP, plaque sur les enfants et les adolescents des préoccupations actuelles d’adultes. C’est embarrasser leur maturation, même en prétendant intégrer l’aspect affectif et relationnel : celui-ci relève d’une intimité que la vie collective ne peut aborder sans risquer de lui faire effraction, d’autant qu’elle en méconnaît la source psychique. Ce programme est donc une erreur. Mais c’est aussi une faute : celle de prétendre gérer ce qui ressortit de la vie familiale.

La sexualité, cela ne s’enseigne pas, cela se vit. Dans l’enfance, dans l’adolescence, cela interroge, cela se construit : qu’est-ce qui différencie, et qu’est-ce qui rapproche ? Une démarche scolaire respectueuse de l’enfant peut l’instruire sur la sexualité comme condition générale de la reproduction du vivant et peut aviser l’adolescent sur les mesures de prévention relatives au partage de vie sexuelle. Pour le reste, elle n’est pas compétente, et risque d’embarrasser la maturation psychique qui est l’enjeu délicat de leur âge.


[1] Consulter ici le programme officiel émanant du ministère : https://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2024/03/projet-de-programme-csp-ducation-la-sexualit-160848.pdf

Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Ordre républicain. L’école est la meilleure arme pour combattre les islamistes, avance Gabriel Attal. Peut-être. Mais elle est dans un sale état, et cela n’est pas suffisant; un virage radical reste à prendre par la République française pour faire face à ces adversaires mortels.


Le choix d’organiser, lundi 11 mars, une « cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme » dans une école était bien sûr hautement symbolique. Gabriel Attal a ainsi centré son discours d’Arras sur le fait que « les terroristes haïssent l’école, c’est normal : l’école est la meilleure arme pour les combattre »1. C’est vrai, l’école est un enjeu majeur du conflit entre la libre pensée et les pensées de l’orthodoxie. L’école des « hussards noirs de la République » (comme on appelait les instituteurs sous la Troisième République) avait pour mission de contrebalancer les influences familiales, communautaires et religieuses, voire de les combattre lorsqu’elles divergeaient trop par rapport au projet républicain. À ce titre aujourd’hui, l’école républicaine a le devoir de s’opposer à l’idéologie salafo-frériste, et constitue donc une cible privilégiée des islamistes.

L’islam tente de s’immiscer dans les classes ou à la cantine depuis des années

Les islamistes s’attaquent à l’école pour y imposer leur vision dogmatique et dissuader l’enseignement contraire à leurs principes religieux. Ainsi, depuis 1989 se sont multipliés les tentatives d’introduire le voilement du corps des femmes dans les salles de cours et les menus hallal à la cantine, d’interdire la transmission de certains savoirs scientifiques, d’empêcher les filles de participer aux cours d’éducation physique, ou de refuser l’apprentissage de la musique. Et aussi, des centaines de collégiennes ont été enlevées au Nigeria ou en Irak sur le chemin de l’école, des dizaines d’enfants et de jeunes gens ont été assassinés dans leurs écoles au Pakistan, et en France des enfants juifs sont harcelés au point de devoir changer d’école, et d’autres ont même été tués dans leur école. Mais contrairement à la vision optimiste du Premier ministre, toute seule, « la victoire de l’école [ne pourra pas sonner] le glas de l’obscurantisme ». Et cela pour deux raisons principales.

Photo prise le 09 octobre 1989 à Creil (Oise) au domicile de Fatima Achaboun (D) et de sa soeur Leila (G), élèves d’un lycée de Creil qui leur a interdit de porter le tchador en classe. Au centre est assis leur père Ali. AFP PHOTO LEIMDORFER (Photo by LEIMDORFER / AFP)

Le niveau baisse !

D’une part, parce que l’éducation nationale a été désarmée depuis des années à cause de la diffusion d’un multiculturalisme islamo-gauchiste et de l’abandon par leur hiérarchie des enseignants confrontés à l’offensive islamiste. L’installation du « paradigme déficitariste »2 qui a consisté à abaisser régulièrement le niveau général pour prétendument aider les élèves des familles culturellement plus défavorisées, constitue également un facteur d’affaiblissement global de l’école.

A lire aussi, Ivan Rioufol: La société française ne se tient plus

En incitant les enseignants à être de moins en moins exigeants avec leurs élèves, on aboutit finalement à l’opposé du but que l’on dit rechercher : ceux qui peuvent trouver hors de l’école les ressources culturelles nécessaires à leur éducation et à leur élévation intellectuelle progressent généralement vite et bien, ceux qui en revanche n’ont que l’école pour ce faire sont dans leur grande majorité les victimes de cet enseignement au rabais délivré à tous sans distinction. Au lieu d’en donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, on en donne moins à tous, augmentant ainsi les inégalités sociales de départ plutôt que les compenser. Or, le renoncement par la nouvelle ministre de l’Education nationale, Nicole Belloubet, à l’instauration de groupes de niveaux en mathématiques et en français, voulu par Gabriel Attal lui-même, est à cet égard, un signal bien négatif.

Le ver est dans le fruit

D’autre part, outre l’école où « tout commence », « l’hydre islamiste » comme l’appelle à juste titre Gabriel Attal, doit être combattue sur plusieurs fronts. Aujourd’hui, quand bien même l’école, effectuant un virage à 180 degrés, reviendrait à une éducation républicaine c’est-à-dire résolument laïque et exigeante pour les nouvelles générations, le terrain gagné depuis quarante ans par l’islamisme en population générale est tel, dans les esprits, dans les mœurs et dans les institutions, que c’est tout l’appareil d’État et les ressources multiples de résistance dans la société civile qui doivent être mobilisés.

Il s’agit en effet de comprendre enfin que l’islam ne pose pas le problème de la laïcité dans les mêmes termes que l’a fait le catholicisme au cours de l’histoire. En Occident, l’islam n’est pas et n’a jamais été une religion d’État (sauf la Péninsule ibérique sous le califat ou les territoires des Balkans à la Grèce sous domination ottomane qui étaient alors « terres d’islam » mais non pas « terres de djihad » comme le sont les États occidentaux actuels). Les prétentions de l’islam à imposer aujourd’hui en France et en Europe des pratiques d’inspiration religieuse et/ou traditionnelle venues du monde musulman prennent alors les institutions non seulement de court, mais à contre-pied. Tandis que l’État s’est hier séparé de l’Église catholique pour parfaire sa construction républicaine, il doit aujourd’hui résister aux assauts extérieurs d’un islam conquérant pour préserver l’unité nationale. Une simple application des lois de notre République – conçues initialement pour encadrer et limiter les exigences de la religion catholique – n’est manifestement pas une solution satisfaisante pour encadrer les exigences politiques de l’islam. 

La République doit prendre un virage radical

Or, l’entêtement des gouvernements d’Emmanuel Macron à persévérer dans l’erreur de leurs prédécesseurs (de gauche comme de droite) ne laisse hélas pas présager le changement de cap radical indispensable.  Le voilement des femmes n’est pas un simple « signe religieux » parmi d’autres à proscrire à l’école et dans les services publics ; c’est la marque de la misogynie foncière de l’islamisme qui contrevient à toutes nos lois garantissant l’égalité hommes/femmes. Les expressions et les agressions antisémites ne sont pas dues à « la politique de l’extrême droite israélienne » ou à la riposte de Tsahal à l’attaque génocidaire du 7 octobre, mais à une haine foncière des Juifs qui s’enracine dans les textes « sacrés » de l’islam et la tradition réactivée par les islamistes. Leur augmentation exponentielle est également liée à une islamo-complaisance coupable. Et surtout, les attentats terroristes islamistes ne sont que la partie émergée de l’iceberg politico-religieux, l’élément spectaculaire d’une offensive de grande ampleur qui progresse par infiltration, influence, pression et menace.

A lire aussi, du même auteur: L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël

Certes, l’État se doit de répliquer directement au djihadisme en utilisant « la violence légitime » dont les États de droit ont censément le monopole. Mais le passage à la violence djihadiste n’est qu’un saut qualitatif à partir d’une intensification de la conviction de détenir la vraie foi, d’être victimes des mécréants, de la nécessité de punir les ennemis de l’islam. C’est pourquoi les militants islamistes parviennent facilement à créer une solidarité entre eux-mêmes et la « communauté » musulmane qu’ils contribuent en grande part à consolider. Les liens tant logistiques qu’idéologiques sont complexes, car l’islamisme tire sa force à la fois d’une sociologie de proximité voire de promiscuité (au sein de la famille, du quartier, de la bande, du réseau mafieux…) qu’elle va irriguer, et d’une vacuité de sens qu’elle vient combler par sa projection eschatologique.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Ce mouvement révolutionnaire islamiste polymorphe qui articule des éléments à la fois anciens (mépris des femmes, haine des Juifs, des chrétiens et des mécréants, rejet du doute et de l’interprétation) et nouveaux (nouvelles technologies et méthodes de propagande les plus modernes) réanime dans le monde occidental une question qui semblait close, à savoir la place du religieux dans la société et par rapport au pouvoir politique. Les Occidentaux manifestent alors une difficulté d’analyse à cause de leur sécularisation avancée d’une part, d’un travers intellectuel sociologisant d’autre part, et enfin d’une fâcheuse tendance à la culpabilisation et à une exaltation messianique du « dominé ». C’est donc à un « réarmement » policier, militaire et de renseignement, mais tout autant idéologique, politique et institutionnel que la France et l’Occident tout entier doivent se consacrer.

Pour cela, il faudrait au minimum une intransigeance résolue en parole et en actes, dans la politique migratoire et dans le refus de la séparation des sexes et des communautés par chez nous, une solidarité active avec les laïques du monde entier et tout particulièrement avec les femmes iraniennes et afghanes, et un soutien sans réticence à Israël et à sa lutte contre le Hamas, ses alliés et ses protecteurs qui sont aussi nos ennemis. Il y a urgence et pourtant, nous n’en prenons manifestement pas le chemin.


  1. Voir ici le discours prononcé à l’occasion de la cérémonie nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, le 11 mars 2024 ↩︎
  2. Concept développé par Jean-Pierre Terrail dans son ouvrage Pour une école de l’exigence, Ed. La Dispute, 2016. ↩︎

Le curieux et soudain bellicisme d’Emmanuel Macron

0

En macronie, quiconque ose douter des décisions guerrières du président est coupable d’intelligence avec l’ennemi, déplore notre chroniqueur.


Emmanuel Macron brûle d’affronter Vladimir Poutine les armes à la main – ou du moins s’attache-t-il à en donner l’impression. Mais pourquoi alors ne montre-t-il pas une telle ardeur dans d’autres cas, qui pourtant le justifieraient au moins autant, et pour certains nettement plus ?

À entendre le chef de l’Etat, quiconque ne partage pas cette ferveur est animé par « l’esprit de défaite »… y compris la Maison Blanche, dont un porte-parole, le contre-amiral John Kirby, s’est empressé de désavouer notre président ? Y compris le ministre de la Défense, qui a expliqué qu’il n’était « pas question d’envoyer des troupes combattantes » le lendemain du jour où le président, lui, affirmait qu’il n’y avait « aucune limite » à notre soutien à l’Ukraine ? Qu’importe la confusion entretenue, Emmanuel Macron dit vouloir « bousculer » les alliés de l’Ukraine, appelle les Européens à « ne pas être lâches », et quand on lui demande si ce propos vise l’Allemagne il répond sans hésiter : « pas seulement l’Allemagne, tout le monde ! » Et à en croire nombre de macronistes, toute personne réticente devant ce soudain bellicisme est pire que lâche, elle fait partie des « troupes de Poutine ». Qu’on se le dise : oser douter des décisions du président, c’est forcément être coupable d’intelligence avec l’ennemi !

On verra qui est pour Zelensky et qui est pour Poutine… 

On pourrait croire à une stratégie « gentil flic, méchant flic », Emmanuel Macron jouant le rôle d’un va-t-en-guerre forcené pour permettre à Olaf Scholz de négocier en coulisses en disant à Poutine : « Vladimir, il faut vraiment que tu retires tes troupes d’Ukraine, sinon je ne vais plus pouvoir retenir ce fou de Français et il va déclencher la Troisième Guerre mondiale ». Mais la France à elle seule ne serait pas une menace suffisante aux yeux de la Russie pour que cela fonctionne.

Alors on prend l’excitation martiale du président au premier degré, et on tombe dans le piège qu’il a lui-même avoué : « on verra qui est pour Zelensky et qui est pour Poutine », comme si cette ligne de démarcation caricaturale était l’alpha et l’omega de toute chose. Et on oublie l’essentiel.

Cet essentiel, le voici : le plus important n’est pas le bellicisme d’Emmanuel Macron face à la Russie, mais le contraste entre ce bellicisme et sa pusillanimité face aux Comores, au Qatar, à la Turquie, à l’Algérie, à l’Arabie Saoudite, à l’Iran. Ce contraste interroge.

À lire aussi: L’irresponsable fuite en avant de la macronie aux abois

Ce sont là des pays qui ne respectent pas les Droits de l’Homme plus que ne les respecte le régime de Poutine – ils les respectent même généralement moins. Et si la mort d’Alexeï Navalny est une ligne rouge, on ne voit pas pourquoi celle de Jamal Khashoggi n’en serait pas une également.

Ce sont des pays qui piétinent volontiers le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et multiplient les exactions, au Kurdistan comme au Yémen, sans même parler du fait que le Qatar finance, protège et héberge toujours le Hamas malgré le pogrom/razzia du 7 octobre.

Les drôles d’exigences de la realpolitik

Et ce sont des pays qui nous agressent bien plus que ne le fait la Russie, par la violence, la déstabilisation, la corruption, l’influence toxique. Les Comores – avec d’ailleurs le soutien affiché de la Russie – organisent l’invasion et la mise à sac de Mayotte, c’est-à-dire du territoire français. Le Qatar use de son influence pour déstabiliser le pays (que l’on se souvienne de la propagande d’AJ+ lors des émeutes du début de l’été 2023), répandre la corruption (pas seulement au Parlement Européen), soutenir l’islamisme, attiser les flammes de la haine anti-israélienne et de l’antisémitisme, et appuyer les Frères Musulmans dans leur entrisme systémique au sein de nos institutions. L’Algérie cultive la haine anti-France dans sa population et sa diaspora, dont le poids dans la délinquance sur notre sol est démesuré. L’Arabie Saoudite et sa Ligue Islamique Mondiale veulent interdire toute critique sérieuse de l’islam en œuvrant à l’instauration planétaire d’un délit de blasphème. On pourrait poursuivre longuement l’énumération, qui n’a rigoureusement rien à envier à la liste des torts de Vladimir Poutine.

Bien sûr, les fautes du Qatar n’effacent pas celles de la Russie, mais la réciproque est vraie, les fautes de la Russie n’effacent pas celles du Qatar. Bien sûr, la Russie nous est désormais hostile, et débattre à l’infini des responsabilités des uns et des autres dans cette hostilité ne changera pas la situation présente, mais les Comores et l’Algérie le sont au moins autant. Bien sûr, la realpolitik a ses exigences, encore faut-il que ses défenseurs aient la décence de l’assumer au lieu de se draper dans des postures morales hypocrites : on peut considérer que l’appui de l’aviation qatarie au désengagement de Barkhane ou notre présence sur la base d’Al-Udeid justifient que nous acceptions la contribution du Qatar aux réseaux islamistes qui attisent partout en Europe l’avidité des fous d’Allah et la haine antisémite, mais il me semble que l’on aurait aussi d’excellentes raisons d’estimer que le prix à payer pour « l’amitié » de l’émirat est bien trop élevé ! Bien sûr aussi, il faut choisir ses combats, la France ne peut pas voler au secours de tous les peuples envahis ni combattre tous les tyrans de la planète, et l’Ukraine est pour ainsi dire notre voisin. Mais il y a une différence de taille entre ne pas combattre un tyran, et le courtiser en encourageant sa propagande. Il y en a une autre, énorme, entre ne pas intervenir partout pour privilégier notre voisinage proche, et préférer défendre l’Ukraine plutôt que la France elle-même, vouloir sauver Kiev des troupes russes tout en abandonnant Mamoudzou aux bandes comoriennes. Et laisser le champ libre à AJ+ quand on interdit RT France est une incohérence qui en dit long.

A lire aussi : Loi immigration : désaveu d’échec

Si les raisons invoquées par Emmanuel Macron pour expliquer son attitude contre la Russie étaient vraies, s’il s’agissait bel et bien de défendre les principes qu’il dit professer, l’Europe et les intérêts vitaux de la France, alors a fortiori il se montrerait déterminé et martial contre les Comores pour protéger notre territoire et nos concitoyens à Mayotte. Il ne ferait pas de courbettes au Qatar, et ne lui vendrait pas des éléments stratégiques de notre économie. Il ne tolérerait pas la servilité de l’ONU envers la dictature abjecte des mollahs.

Voilà ce dont devrait se préoccuper toute la classe politique, et plus encore ceux qui pensent qu’il serait bon d’intensifier notre soutien à Kiev, y compris par un engagement militaire : de toute évidence, les motivations d’Emmanuel Macron dans cette affaire ne sont pas celles qu’il déclare. Quelles sont-elles ? Je ne peux que hasarder diverses hypothèses : une diversion après son fiasco au Salon de l’agriculture ; une manœuvre pour essayer de rediaboliser le RN à l’approche des élections européennes ; un prétexte pour transférer toujours plus de pouvoir aux institutions non-élues de l’UE au détriment de la démocratie, et sans doute renforcer le contrôle de l’information ; l’appétit pour les opportunités qu’une « économie de guerre » offrirait à Bercy ; une tentative de se donner une stature de meneur au sein de la dynamique otanienne….

Dans tous les cas, l’essentiel demeure : même si l’on croit que notre participation à la guerre en Ukraine est juste et nécessaire, pouvons-nous réellement l’envisager avec un chef des armées dont nous ignorons les véritables objectifs ? Il faudrait au minimum des garanties extrêmement solides, mais comment accorder la moindre confiance aux garanties que donnerait Emmanuel Macron, alors qu’il n’a eu aucun scrupule à escroquer jusqu’au Sénat au sujet de la Loi immigration, saisissant lui-même le Conseil Constitutionnel pour faire censurer tout ce que son gouvernement avait fait mine de concéder à la représentation nationale ?

Telle est la question que personne ne pose, alors qu’elle est celle dont nous devrions tous débattre.

« À France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas »

En 2015, la présidente de France Télévisions promettait plus de « diversité » à l’antenne et moins de « mâles blancs de plus de 50 ans ». C’est fait. Mais Delphine Ernotte Cunci réfute toute orientation idéologique. Elle estime que le service public est équilibré. Et rappelle que la cancel culture n’y a pas sa place – la preuve par J’accuse et Illusions perdues, deux films diffusés récemment.


Relire la première partie

Causeur. Venons-en à quelques déclarations qui vous ont fait, peut-être injustement, une réputation de wokisme. Vous avez commencé en fanfare en affirmant qu’il y avait trop de mâles blancs de plus de 50 ans à France Télévisions. Le regrettez-vous ?

Delphine Ernotte Cunci. Je venais d’être nommée, j’étais interviewée par Jean-Pierre Elkabbach, autant vous dire que j’étais dans mes petits souliers. Ce n’était pas préparé, c’est sorti, mais je ne le regrette pas. Au début de mon premier mandat en 2015, la mixité n’était pas respectée à la télévision publique. C’est pourtant une obligation qui nous est assignée. J’ai fixé des objectifs. On était à 25 % de femmes expertes sur nos plateaux. Nous sommes à 50 % aujourd’hui.

C’est humiliant qu’on choisisse des expertes parce que ce sont des femmes.

Vous êtes contre la loi Copé-Zimmerman qui a fixé des quotas dans les conseils d’administration ?

Oui, d’ailleurs je me fiche du nombre de femmes dans les conseils d’administration.

Pas moi ! Je suis pour les quotas, car cela permet de passer une étape et après, on n’en a plus besoin, car les choses se font naturellement.

Cette politique de promotion des femmes crée des injustices. S’il n’y a pas assez de femmes, il y a trop d’hommes. Donc des hommes sont écartés parce qu’ils sont des hommes.

Oui, à un moment de l’histoire, les quotas sont sans doute un peu injustes pour les hommes. Mais c’est indispensable pour que les choses changent. La mixité, ce n’est pas l’éradication des hommes dans les rôles à responsabilité : c’est un partage. Le temps que ça s’installe, c’est vrai, cela peut créer de la frustration. Y compris chez certains que j’ai remerciés, comme Patrick Sébastien.

Pourquoi l’avoir limogé ? Il n’avait plus de public ?

La télévision est un média d’habitudes. Il faut savoir les bousculer en ne proposant pas toujours ce que les gens aiment déjà, mais ce qu’ils pourraient aimer. C’est notre grande force : nous testons et innovons sans cesse. L’innovation éditoriale à la télévision, c’est le service public qui la porte aujourd’hui.

Deuxième déclaration, devant une commission de l’Assemblée nationale : « On ne représente pas la France telle qu’elle est, on essaie de la représenter telle qu’on voudrait qu’elle soit. » Vous parliez (encore) de la place des femmes, mais cette phrase a laissé penser que vous meniez un combat culturel avec l’argent du contribuable.

C’est totalement faux. J’étais alors interrogée sur nos obligations en termes de mixité. Nous avions été réprimandés au moment du Covid, parce qu’il n’y avait pas assez de femmes médecins sur nos plateaux. Je n’ai pas le choix et, en plus, je suis d’accord avec cela. Si on veut convaincre les petites filles de faire des études scientifiques, ce qui est depuis toujours l’un de mes grands combats, il faut qu’elles voient aussi des femmes physiciennes, mathématiciennes, médecins. Quand je parle de la France telle qu’on voudrait qu’elle soit, je fais référence à cet objectif, que je partage, de proposer des rôles et modèles mixtes à la télévision.

Admettons que cette déclaration ait été mal interprétée. Mais vous avez aussi déclaré en arrivant que vous auriez la diversité pour fil rouge. En précisant que c’était à la fois la demande de l’Arcom et celle des téléspectateurs.

Nos études le montrent, la toute première demande des Français, c’est qu’on reflète la France sous toutes ses coutures : sociales (les foyers modestes autant que les classes aisées), territoriales (l’outremer et la ruralité autant que les grandes villes). Et nous devons aussi représenter la diversité de genre, d’origine, le handicap… Nous sommes le reflet et le miroir du public.

Pour refléter l’opinion du public, il faudrait que 70 % des gens apparaissant sur vos antennes soient favorables à une réduction drastique de l’immigration…

Je n’ai jamais dit que nous devions être le porte-parole de la pensée majoritaire, quelle qu’elle soit. Je dis simplement que, lorsqu’on regarde la télé, il faut se voir, se reconnaître et s’identifier. Donc il faut qu’on donne à voir des gens de toutes les opinions et toutes les origines. Il est vrai que c’est facile à énoncer, beaucoup moins à mettre en œuvre.

Le mot « diversité » renvoie spontanément à la représentation des minorités ethniques. D’ailleurs, vous n’aviez pas seulement ciblé les mâles, mais les « mâles blancs ». Et devant les parlementaires, vous avez déclaré : « Contrairement à la mixité où l’on peut compter le nombre de femmes, on n’a pas le droit de compter les autres signes de diversité. »Si vous le pouviez, vous compteriez les Maghrébins, les Noirs, les juifs ?

Nous n’en avons pas le droit.

Si vous l’aviez ?

Non. Je trouve plus intéressante la notion de perception de cette juste représentation : les gens se sentent-ils ou pas représentés sur nos antennes. Nos obligations votées par la représentation nationale comportent un objectif de représentation de la diversité, nous nous y conformons. Point.

Il y a juste le mot « diversité », sans précision chiffrée ?

Oui, un mot.

Pourtant vous avez déclaré au Monde que « d’après l’Arcom, les personnes perçues comme nonblanches représenteraient environ 25 % de la société française contre 15 % à la télévision ».

Effectivement, ce sont les statistiques de l’Arcom.

Sans disposer de statistiques, vous avez estimé qu’il y avait un énorme rattrapage à faire. Y êtes-vous parvenue ? Comment faites-vous concrètement ?

Nous travaillons avec les producteurs d’émissions, les directeurs de casting pour que nos jeux, nos magazines, nos séries représentent toutes les diversités : sociale, territoriale, de handicap, d’âge ou de couleur de peau. On n’a pas de règles magiques. Mais c’est une politique publique exigée par la loi, je la comprends et je l’assume.

Aux États-Unis, il ne suffit pas d’avoir des « non-Blancs » pour reprendre votre terminologie, il faut aussi qu’ils soient représentés dans des positions valorisantes. Est-ce votre ligne ?

Pas valorisantes, juste normales : le reflet de notre société.

Il y a beaucoup de policiers, médecins, professeurs issus de l’immigration. Il est naturel qu’on le voie dans vos fictions. Mais il y a aussi une face sombre, une faillite de l’intégration, qui se traduit par une surreprésentation de l’immigration dans la délinquance. Faut-il le montrer ?

On n’est pas là pour stigmatiser.

Il ne s’agit pas de stigmatiser. Il s’agit de montrer la société telle qu’elle est. Mais permettez-moi une question taquine. Je suis sûre que votre comité de direction est parfaitement représentatif en termes de mixité et de diversité ?

De mixité, oui ; de diversité sociale et d’origine, on pourrait sans doute mieux faire.

Le« Complément d’enquête » consacré à Gérard Depardieu est intitulé « La chute d’un ogre ». Aviez-vous été consultée sur ce titre ?

Non. Notre rédaction est parfaitement indépendante.

Un de vos collaborateurs a laissé entendre que France Télévisions, non seulement ne travaillerait plus avec Depardieu, mais ne diffuserait plus les films où il joue.

Ce n’est pas exact. Je défends évidemment la libération de la parole des femmes et nous l’avons prouvé à maintes reprises sur nos antennes. Mais je refuse aussi, et dans le même mouvement, la cancel culture. Quelques jours après le « Complément d’enquête », nous avons d’ailleurs diffusé Illusions perdues, avec Gérard Depardieu. En revanche, on ne programmerait pas une grande soirée en son honneur.

Passerez-vous des films de Doillon ou de Jacquot ?

Je pense, oui. Nous sommes coproducteurs du dernier film de Doillon. Nous ne soutenons pas un homme, mais un film, et cette distinction sera toujours ma ligne. Ceci étant, je ne vais pas non plus passer demain un film de Jacquot avec Judith Godrèche.

On parviendra à endurer cette privation. Mais merci d’avoir diffusé J’accuse de Roman Polanski.

On l’a coproduit et on l’a diffusé. Encore une fois, à France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas. Oui, je suis féministe. Mais non, je ne suis pas pour éradiquer les hommes ou déboulonner les statues.

Avez-vous déjà été militante ?

Non. J’adore les responsables politiques, je les trouve passionnants souvent, mais ce n’est pas mon truc. Je suis une patronne d’entreprise et rien d’autre. Ce que j’aime, c’est manager et décider.

Recevez-vous beaucoup de protestations des téléspectateurs ? Qu’est-ce qui les a énervés récemment ?

La suppression de « Un si grand soleil » pour basculer directement en émission politique après le « 20 heures » !

L’irresponsable fuite en avant de la macronie aux abois

0

La comparaison entre Marine Le Pen et Édouard Daladier de la macroniste Valérie Hayer ulcère le Rassemblement national, et fait hurler les historiens.


Valérie Hayer a osé. Elle non plus n’aura pas de limites. Samedi, à Lille, la tête de liste « Renaissance » aux européennes a repris l’injure des trolls marconistes qui inondent les réseaux sociaux sur la guerre en Ukraine: « Hier Daladier et Chamberlain, aujourd’hui Le Pen et Orban (…) Nous sommes à Munich en 1938 ».

Le président des riches pas au clair sur l’immigration

L’esprit munichois, c’est-à-dire le choix de l’apaisement face à l’ennemi, rode assurément. Mais s’il doit être déniché, c’est au cœur du pouvoir aux abois, capitulard face à l’islam conquérant et à son économie liée à la drogue.

A lire aussi, Delphine Ernotte Cunci: «Je ne veux pas la mort de CNews»

La même Valérie Hayer, interrogée le 4 mars sur le point de savoir s’il y avait trop d’immigration, avait répondu : « Je… J’attends la position des acteurs économiques ». La nation se fracture, l’école s’effondre, l’insécurité se généralise, les cartels criminels imposent leur loi, mais le parti présidentiel continue d’être à l’écoute exclusive des intérêts financiers. Emmanuel Macron reste l’obligé des faiseurs de roi qui l’auront soutenu dès 2016 dans son ascension vers le pouvoir. L’euphorie du Cac 40, qui a crevé les plafonds le 7 mars, est d’ailleurs venue saluer sa politique pour les riches. Est-ce pour faire oublier ses échecs intérieurs que le chef de l’Etat agite aujourd’hui, outre des sujets sociétaux à la mode, la guerre contre Poutine ? Emettre cette trop grossière hypothèse fait honte. Pourtant : tout démontre que Macron veut artificiellement placer l’Ukraine au centre du débat électoral, afin de feindre un courage qu’il n’a pas.

Reductio ad hitlerum usé jusqu’à la corde

Le « no limit » n’est pas propre à Hayer. Le président a lui-même théorisé cette fuite en avant irresponsable, jeudi dernier à l’Elysée, devant les représentants politiques : il ne se fixera « aucune limite » ni « aucune ligne rouge » dans le soutien de la France à l’Ukraine. C’est à peine si le démenti du ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, a été entendu le lendemain, assurant qu’il n’y aura « pas de troupes au sol combattantes » alors que le président avait laissé entendre l’inverse. Or rien n’est plus dangereux qu’un chef d’Etat immature qui choisit d’instrumentaliser le risque de guerre nucléaire pour espérer limiter une défaite électorale et une humiliation personnelle. 

A lire aussi, Frédéric Magellan: L’effet d’une blonde

« Ne laissez pas entrer les nationalismes », a-t-il enjoint à son gouvernement le 6 mars. « Ils étaient déjà la guerre, ils sont désormais la défaite face à la Russie ». Mais quelle plus belle illustration de la crise de l’intelligence politique que j’évoquai la semaine dernière que ce recours à la reductio ad hitlerum, usé jusqu’à la corde ! En mai, Macron avait recadré Elisabeth Borne, qui avait qualifié le RN d’« héritier de Pétain ». En laissant Hayer traiter les opposants à la guerre de « munichois », il fait pire encore dans la bêtise historique. Poutine est un détestable autocrate, soit. Mais ce n’est pas Hitler, et le collaborateur nazi Bandera a son nom et ses statues en Ukraine. Mardi et mercredi, les parlementaires vont être invités à voter sur l’accord de sécurité conclu le 16 février entre Macron et Volodymyr Zelensky. Les députés et sénateurs oseront-ils dénoncer le jeu de dupes mené par Macron, dans son seul intérêt ? La décence, elle, a des limites.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

Price: ---

0 used & new available from

Le monde de la Culture contre l’identité française

0
Hugo Becker dans "Vaincre ou mourir", film de Paul Mignot et Vincent Mottez (2023) © Puy du Fou

À l’heure où Aya Nakamura – chanteuse jusqu’alors surtout connue pour ses couplets salmigondesques – est envisagée pour interpréter du Piaf lors de la Cérémonie d’ouverture des JO1, et où Rachida Dati – ministre de la Culture fraîchement convertie aux joies du « progressisme » – souhaite un lieu dédié aux « grands sportifs issus de l’immigration »2, tout rappel de l’histoire glorieuse de notre nation dans les fictions ou dans l’art fait l’objet de vives critiques. Dans cette tribune, Romain Maréchal s’en indigne.


« La France Rance ! » « Le Puy du Fourbe ! » « Netflix identitaire ! » Autant d’articles et de unes qui ont cherché à dénigrer des initiatives artistiques profondément enracinées. Pourquoi une certaine presse militante s’emploie-t-elle avec autant de zèle à traquer le moindre projet voulant mettre à l’honneur la culture française ?
On le sait depuis Gramsci : aux yeux de la gauche, l’hégémonie culturelle représente la mère de toutes les batailles politiques. Au cinéma ou dans les livres, à l’école ou dans les médias, les “progressistes” la mènent partout et sans répit. Ils imposent leur nébuleuse conception du Bien, entretiennent l’amnésie historique de nos enfants, et modèlent l’imaginaire d’un peuple dont ils entendent convertir les consciences à leurs dogmes post-modernes. La religion diversitaire ayant succédé à l’effondrement de l’utopie marxiste, les partisans de cette nouvelle gauche s’emploient depuis 50 ans à transformer la société avec pour muse cette chimère démiurgique de l’homme nouveau. 

La nouvelle révolution culturelle

Animés aujourd’hui par l’idéal saugrenu d’un homme déconstruit, déraciné, libéré de tous les carcans « réactionnaires » du passé, les partisans de cette idéologie multiculturaliste et progressiste sont les acteurs d’une révolution culturelle dont les conséquences désastreuses ne peuvent aujourd’hui plus qu’être déplorées, à défaut de pouvoir être contestées : submersion migratoire, explosion de l’insécurité, islamisation de nos territoires, chute du niveau scolaire, paupérisation croissante… Et j’en passe. Mais une révolution a ceci de caractéristique qu’elle ne tolère pas la protestation. Dût-elle constater son échec, loin de faire marche arrière, elle se radicalise.

À lire aussi, Renée Fregosi: Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Face à cette tentative d’éradication de l’identité de la nation française, plusieurs citoyens ont investi le terrain métapolitique dans l’optique de renverser la vapeur en renouant le lien amoureux qui unit le peuple français à son histoire et à sa culture. Pensant avoir l’exclusivité des thématiques culturelles, les gardiens de la nouvelle morale nous gratifient systématiquement de leurs réactions épidermiques.
« Le Puy du Fourbe ! », titre ainsi Libération à la veille de la sortie du film Vaincre ou Mourir produit par le Puy du Fou. Les premières lignes de l’éditorial consacré à ce long métrage sont éloquentes quant à la terreur que leur inspire la remise en cause de leur monopole idéologique sur le monde culturel : « C’est un petit signe supplémentaire à ne pas sous-estimer : la sortie mercredi en salles du film Vaincre ou Mourir, premier long-métrage de la société de production Puy du Fou Films, est un indice de plus qui accrédite l’existence d’une offensive conservatrice actuellement en France. » Dans la même veine, alors même qu’Épopée, la plateforme vidéo de streaming dédiée au rayonnement de la culture française que j’ai fondée, n’était pas encore disponible pour le grand public, la même officine s’étranglait en dénonçant avant l’heure un « Netflix identitaire ». Plus largement, on se souvient de l’autodafé de Guillaume Tion à l’encontre de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby à Paris en septembre dernier dans son article Allez la Rance ! Le péché des organisateurs de ce spectacle : mettre en valeur le terroir, l’artisanat, l’art de vivre à la française.

L’acteur français Jean Dujardin lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby, au Stade de France, 8 septembre 2023 © Thibault Camus/AP/SIPA

Toutes ces invectives nous rappellent une leçon d’histoire : le cinéma, la littérature, le théâtre ou encore le spectacle sont, comme pour tout régime tenté par la domination sur les esprits, des outils de propagande dont le rôle est de magnifier les idéologies nouvelles. La culture doit être politisée à défaut de promouvoir le beau, en se mettant au service d’une réécriture multiculturaliste de l’histoire et en projetant des psychoses qui légitiment certains discours politiques.

Nouveaux dogmes

Dans ce contexte, des sketchs des « Inconnus » au film « La cage aux folles », combien d’œuvres artistiques auraient-elles aujourd’hui réussi à passer le crible des impératifs idéologiques dictés par les inquisiteurs de la bien-pensance aux sociétés de production ? Puisqu’il faut se soumettre au paradigme imposé par la gauche dogmatique pour avoir une chance d’être produit, les auteurs de scénarios intériorisent les interdits et se conforment : le risque de censure engendre l’autocensure. Tout dérapage idéologique doit être sanctionné et corrigé, la presse de gauche y veille. Comme le disait Trotsky, « les journaux sont pour nous une arme ».

À lire aussi, Georges Liébert: Philippe Muray, Pythie sans pitié

C’est pourquoi ces commissaires politiques du XXIe siècle qui déversent leurs fantasmes de progressistes tourmentés sur les ondes du service public ou dans des médias privés largement subventionnés par le contribuable, ne peuvent tolérer l’émergence d’entrepreneurs et d’artistes enracinés dont la réussite pourrait signer la mise en échec progressive de leur programme idéologique.

Romain Maréchal est fondateur de la société de production audiovisuelle enracinée, LA POINTE DE L’ÉPÉE et d’ÉPOPÉE, “la première plateforme de vidéo 100% française”. L’ancienne députée Marion Maréchal est sa soeur aînée. Photo DR.

Le défi majeur est de poursuivre ce travail d’émancipation intellectuelle face aux diktats de ces maîtres chanteurs. Comprendre qui nous sommes et d’où nous venons, perpétuer les rêves, les aspirations et les prouesses de nos ancêtres, défendre cet héritage civilisationnel à l’origine de la grandeur et de la prospérité de la France. Et ainsi continuer d’entretenir une vision optimiste pour l’avenir.
En nous engageant et en agissant dans toutes les strates de la société, nous pourrons réparer et conserver cette chaîne de transmission si précieuse à l’épanouissement des jeunes générations et celles à venir. C’est pourquoi il en va de la survie de notre nation de proclamer haut et fort que, oui, nous sommes fiers d’être français !


  1. https://www.causeur.fr/affaire-aya-nakamura-jo-edith-piaf-assimilation-a-lenvers-278501 ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/sports/jeux-olympiques/jo-paris-2024-rachida-dati-souhaiterait-un-lieu-dedie-aux-grands-sportifs-issus-de-l-immigration-20240311 ↩︎

Maria Montessori béatifiée

0
© Geko FilmsTempesta

Le film de Léa Todorov est une longue publicité pour les écoles Montessori. On peut tout à fait se dispenser de son visionnage.


Et un biopic de plus, un, et circonstance aggravante, consacré à une figure iconique de l’éducation alternative : Maria Montessori. Sous le titre radicalement modeste de La Nouvelle Femme, la cinéaste Léa Todorov nous livre un film tout droit sorti des studios d’Épinal, haut lieu des images convenues et convenables. Ce « sainte Maria, éduquez-les » déploie durant une heure quarante la pieuse légende d’une pionnière pédagogique en proie, bien évidemment, à une abominable communauté scientifique et éducative à la fois italienne et patriarcale.

A lire aussi: «La Salle des profs», milieu scolaire orthonormé et franchement hostile

On reste quand même sidéré par le caractère partisan et unilatéral du propos. Comme si la méthode Montessori allait de soi, comme si elle ne faisait pas l’objet de critiques récurrentes, comme si ses limites n’avaient pas été maintes fois mises en avant. De nos jours, sans réel contrôle, sans cadre breveté et estampillé, les écoles Montessori prospèrent allégrement et ce film ressemble à un étrange dépliant publicitaire sans l’ombre d’un soupçon d’esprit critique.

Aujourd’hui en salles.

Comparaisons (pas si) hasardeuses

0
Xavier Darcos, Académicien et ancien ministre © BALTEL/SIPA

On l’a connu ministre de l’Education nationale de Sarkozy, se dandinant sur le lipdub de l’UMP. On l’a vu chahuté sur le plateau du Grand Journal, grand-messe bobo des années 2010. Mais Xavier Darcos est d’abord un agrégé de lettres classiques, et depuis 2013, un académicien ! Dans Tacite, ses vérités sont les nôtres (Les Belles Lettres), il revient pour nous aux temps troublés des deux premiers siècles, non sans dresser quelques ponts avec notre époque.


Tibère. Caligula. Claude. Néron. Trajan. Ce sont les principaux empereurs qui se succèdent du vivant de Tacite (58-120 ap JC), personnages au cœur des Annales et des Histoires. Ils ont laissé à la postérité des réputations plus ou moins flatteuses.
« Vers la fin du Ier siècle, l’historien latin s’interroge sur le destin du monde. Il fait la revue des mœurs collectives et des caractères privés, révèle les calculs et les manœuvres des acteurs politiques, décrit la folie contagieuse, provoquée par la volonté de puissance, tout en se souvenant d’une cause déjà perdue : l’idéal républicain » de Rome. Car la République, malgré son expansion méditerranéenne (ou peut-être à cause d’elle), n’a guère survécu aux luttes intestines entre les factions. Le nouveau régime monarchique a été instauré par Auguste, au prix d’un sévère recul de la classe sénatoriale, à laquelle appartient Tacite. Ce dernier trouve un refuge dans le stoïcisme et l’écriture de l’histoire. L’Empire n’a pourtant pas totalement restauré la paix civile. Pour la seule année 69, quatre empereurs se succèdent.

Tacite ethnologue

L’historien observe le délitement en cours avec une truculence laconique. Au sujet de Galba, éphémère empereur romain, Tacite écrit : « … exempt de vices plutôt que doué de vertus, il était jugé par tous comme capable de gouverner l’empire, s’il n’avait pas été empereur ». Tacite est aussi, en quelque sorte, avec son ouvrage sur la Germanie, l’inventeur de l’ethnologie. Chez les Barbares primaires, Tacite retrouve malgré tous les vertus et la frugalité de la Rome des origines. Mais à Rome, les airs graves des statues de la période précédente, les « vieux bougons rouspéteurs » ont laissé place à la décontraction morale, au « luxe grec et oriental » et aux meurtres sordides… Pour décrire l’horreur, Tacite recourt à l’humour noir, remède puissant en temps troublés.
Xavier Darcos nous dit que, « de toute façon, les comparaisons avec les problèmes que nous connaissons aujourd’hui sont hasardeuses » et en même temps, les va-et-vient avec le temps présent sont un peu la promesse du titre du livre.

À lire aussi, Renée Fregosi: Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

Bien sûr, quand on lit que Caligula nomme son cheval consul, qu’Agrippine, seconde épouse de Claude, assassine la famille impériale à coup de plats de champignons empoisonnés, que Néron, déguisé en canaille, descend la nuit tombée pour molester les passants, à la manière d’un Alex DeLarge, on se dit que nos mœurs politiques sont plus tranquilles – au moins en Occident.

L’air de rien…

Pourtant, au détour d’une phrase, Xavier Darcos exprime des opinions plutôt décapantes sur notre époque. En fait, l’ancien ministre fait partie des gens bien élevés et cultivés qui, tout en commentant des textes latins du Ier siècle, expriment l’air de rien des points de vue politiquement peu corrects.
Sur les vagues migratoires germaniques qui s’installent le long du limes, et qui finiront quelques siècles plus tard par faire effondrer le régime romain, Darcos écrit : « L’arrivée massive d’un prolétariat immigré, chassé de chez lui par la misère, n’implique pas automatiquement un apport culturel ou un enrichissement intellectuel ». Suivez mon regard.
Sur la langue, défendue par Tacite, il lâche carrément : « Il n’est donc pas nécessaire de s’extasier, comme s’il s’agissait de salutaires îlots de résistance, devant les écarts de langage, tels argots grossiers, verlans, sabirs des banlieues, slams, charabias, ni de se pencher avec révérences sur les borborygmes agressifs des rappeurs ».
Monsieur Darcos passera sans doute un excellent moment quand Aya Nakamura reprendra les chansons Edith Piaf lors des JO l’été prochain.

Tacite, ses vérités sont les nôtres

Price: ---

0 used & new available from

Ambre Kahan, amoureuse des périls, triomphe avec «L’Art de la joie»

0
"L'Art de la joie" de Ambre Kahan © Christophe Raynaud de Lage

L’Art de la joie, de Goliarda Sapienza est un livre culte – aussi puissant que, par exemple, Sous le volcan de Malcolm Lowry. Il est devenu un spectacle culte. Que s’est-il passé ?


Elles sont assez rares, les adaptations (théâtre ou cinéma) qui sont à la hauteur de l’œuvre adaptée. Citons-en une, parce qu’elle est magistrale : Les Noces rebelles, de Sam Mendes, adaptation cinématographique de La Fenêtre panoramique du romancier américain Richard Yates – les deux sont inoubliables.

Love story aussi est un film que l’on chérit, comme on avait beaucoup aimé le livre d’Erich Segal (vous savez : « Aimer, c’est ne jamais avoir à dire qu’on est désolé ») – Segal, professeur de Lettres Classiques à Harvard, Yale, puis Princeton, devenu l’auteur de cette petite merveille (pour qui l’a lu, bien sûr ; pas pour celui ou celle qui en a entendu parler, a sa petite idée à son propos – « petite » étant ici le mot important).

L’Art de la joie, livre-fleuve dément (800 pages en poche), écrit à Rome entre 1967 et 1976, fut publié, posthume, en 1998 : Sapienza (1924-1996) était morte deux ans auparavant. Vingt-cinq ans plus tard, ceux qui l’ont lu l’ont rangé parmi les chefs d’œuvre du XXème siècle. Une expérience de lecture mémorable.

© Christophe Raynaud de Lage

Ambre Kahan, quasi inconnue de 38 ans, dont c’est seulement le deuxième spectacle, a pris le risque de l’adaptation et de la mise en scène – « risque » au carré, d’une ambition qui impressionne et oblige.

Et puis elle a explosé. Du jour au lendemain, de la veille… au soir de la « première », elle aussi est devenue culte. Nous n’oublierons pas Ambre Kahan – vous non plus, vous verrez : l’avenir lui est offert, et grand ouvert.

Inoubliable Noémie Gantier

C’est l’histoire d’une vie, celle de Modesta, née dans un petit village sicilien en 1900, dont on suit la trajectoire, de l’orphelinat à l’accomplissement. De la découverte de la sexualité à celle de l’amour. De la conquête du pouvoir et de ses aléas. Destin de Modesta, femme solaire, puissante – tellement incarnée dans le roman, tellement singulière, ambitieuse, audacieuse, insolente, ingrate : libre, et unique. Kahan a travaillé plus de cinq ans pour aboutir à « ça ». Définissons « ça » – ce chef d’œuvre.

A lire aussi, Pascal Louvrier: La boîte du bouquiniste

« Ça », par exemple, c’est qu’il ne sera plus possible de relire L’Art de la joie, sans se remémorer Bobigny 2024, l’épiphanie Kahan, et ses 13 comédiens et comédiennes (pour 32 personnages) – une distribution impeccable où il est difficile de ne pas « isoler » Noémie Gantier-Modesta. Elle est éblouissante et de toutes les scènes (drôles, voire burlesques, crues, douloureuses, nues), dans tous les registres (sensuelle, forte, pathétique, cassante, amoureuse) – comme la Modesta de Sapienza.
Nous ne la connaissions pas. Nous l’avion vue une fois ou deux, sans retenir son nom. Elle est, elle aussi, devenue inoubliable. Kahan et Sapienza lui offrent un texte puissant qu’elle sert avec une puissance égale. On a rarement vu cela. Habitée : Noémie Gantier était habitée par son rôle le soir où nous l’avons vue. Précisons que TOUS les comédiens (et comédiennes, oui) étaient à l’unisson.

On a éprouvé la préméditation, la concertation, l’attention – la minutie obsessionnelle de Kahan qui a, évidence, beaucoup travaillé et demandé à sa troupe. Et beaucoup reçu : celle-ci donne tout en effet – et on l’éprouve aussi : cette densité, cette intensité, cette nécessité de chaque scène, ce trouble, cette porosité entre la vie (de la troupe) et le roman (de Sapienza). Ils ne jouent pas : ils vivent les scènes. Cliché ? Vous n’avez pas vu Noémie Gantier et ses acolytes sur la scène de Bobigny.

Faut-il que ce spectacle vienne de loin – pour marquer autant… (Kahan a dit les résonances intimes puissantes que ce roman figurait pour elle et on n’en doute pas).

Précision de taille

Nous avons omis une précision de taille : il dure 5H30. Vous imaginez ? 800 personnes (jauge de la MC Bobigny) dans un silence de cathédrale – pendant 5H (entracte 30 mn). Et Noémie Gantier, de toutes les scènes.
Au début, tout le monde est assis. A la fin, tout le monde est debout : cela s’appelle une standing ovation. Étonnant, rare – et irrépressible. La seule façon pour un public conquis, édifié, de dire sa gratitude. Ou son admiration – pour employer un mot que l’on ne galvaude pourtant pas.
Comment ne pas dire MERCI, après avoir TANT reçu ? C’est ce qu’on a ressenti alors. Il fallait dire MERCI – et la salle s’est levée. Les comédiens et les comédiennes sont venus saluer. Certains, dans la salle, étaient très émus, voire plus : bouleversés, oui. On se souvient.

Avec Austerlitz, de Gaëlle Bourges, L’Art de la joie d’Ambre Kahan a donc vitrifié ce début d’année théâtral. Il est certain – zéro doute – que Kahan refera parler d’elle. Les 5H de cette adaptation de L’Art de la joie ne représentent qu’une (bonne) partie du livre : la suite et la fin sont à venir et Kahan y travaille, dit-on. Gageons que l’ouverture du Festival d’Avignon 2025 lui est promise. On prend les paris.

NB L’Art de la Joie a été publié une première fois en 2005 chez Viviane Hamy. Depuis 2015, toute l’œuvre de Goliarda Sapienza est disponible aux éditions Le Tripode. Deux titres viennent de paraître, derniers inédits ou presque : Destins piégés et Le Fil de Midi.


L’Art de la Joie, d’Ambre Kahan, MC 93 à Bobigny. Coproduction avec le Théâtre Nanterre-Amandiers. Représentations terminées (hélas). Tournée à venir.
16/03 – 17 / 03 / 2024 L’ Azimut / Antony – Châtenay-Malabry
28/03 – 29 / 03 / 2024 Malraux SN de Chambéry
11/10 – 12 / 10 / 2024 Châteauvallon-Liberté SN

Art de la joie

Price: ---

0 used & new available from

Destins piégés

Price: ---

0 used & new available from

Le Fil de midi

Price: ---

0 used & new available from

L’enfer, c’est les idées des autres

0
D.R

L’offensive de Rapporteurs sans frontières contre CNews, validée par le Conseil d’État, a bénéficié du silence complice de la majorité des journalistes. Ces antifascistes professionnels ne s’indignent pas de l’instauration d’une police politique des médias et demandent davantage de censure. Dans ce climat, Delphine Ernotte a eu le courage de répondre à nos questions et de défendre la liberté d’expression.


« Tout le monde se lève pour CNews. » Je ne sais pas ce qu’avaient consommé les confrères de Valeurs quand ils ont fait cette « une », mais saluons leur rafraîchissant optimisme. La réalité, c’est qu’il n’y a pas eu grand-monde pour se lever, si on considère la gravité de l’attaque menée contre nos libertés par une institution qui devrait être l’une de leurs protectrices. Et si on ajoute que le Conseil constitutionnel, autre garant des libertés publiques, vient de priver le Parlement, donc les Français, de celle de choisir qui et comment ils accueillent, il y a de quoi nourrir les fantasmes les plus nauséabonds[1] sur la République des juges et, plus largement, sur ces élites méprisant la volonté du peuple.

Élégances journalistiques

Une organisation prétendument vouée à la liberté des médias, s’autoproclamant juge des élégances journalistiques, décide qu’il faut placer sous surveillance une chaîne de télévision coupable selon lui de défaut de pluralisme – en réalité de défendre une vision conservatrice du monde[2]. Elle va donc cafter auprès du régulateur –M’sieur, ils ont triché !– en le sommant d’agir. On avait un gendarme des médias, on a maintenant un flic.

A lire aussi : La déroute de la pensée unique est programmée

Le régulateur l’envoie bouler, arguant qu’il a déjà inspecté ladite chaîne. Nos rapporteurs sans frontières ne se découragent pas. Ils vont alors tirer la manche du juge administratif. Et là, divine surprise, on se comprend. On est entre gens bien. Le Conseil d’État marche donc dans cette combine et se fend d’un arrêt scandaleusement liberticide, demandant à mots couverts le fichage politique des intervenants de CNews. En clair, une police de la pensée.

Alors j’ai fait un rêve. Tous les journalistes défilaient en rangs serrés pour défendre la liberté de confrères. Nous ne partageons pas leurs idées et nous nous battrons pour qu’ils puissent… etc., etc. Un instant, j’ai oublié que, depuis belle lurette, la demande de censure ne vient pas des pouvoirs, mais des journalistes eux-mêmes. L’enfer, c’est les idées des autres.

Dans la presse généraliste, seul Le Point défend CNews

Bien sûr, de nombreuses personnalités de droite ont exprimé leur colère et leur soutien. Quelques éminents confrères, comme Franz-Olivier Giesbert, ont protesté, d’autres ont fait dans le « oui, mais » – oui, il faut défendre la liberté, mais tout de même CNews, ce n’est pas bien. L’immense majorité de la profession a regardé ses pieds, quand elle n’a pas applaudi façon Thomas Legrand sur France Inter. Il faut donc saluer Étienne Gernelle, l’un des rares patrons de presse à avoir enfourché son cheval de bataille bien qu’il soit franchement éloigné de la sensibilité CNews.

Il a fallu une semaine pour que certains se réveillent, pas par amour de la liberté, mais parce qu’ils ont fini par comprendre que la foudre n’allait pas tomber sur la seule CNews. Convaincus d’incarner le bien, ils n’avaient pas imaginé qu’on puisse leur demander des comptes. Ces antifascistes professionnels ne savent pas que, s’ils se soumettent aujourd’hui, il n’y aura plus personne pour les défendre quand on viendra les chercher – enfin si, on sera là, à condition que les petits cochons ne nous aient pas mangés.

A lire aussi : Richard Malka sur l’affaire CNews/RSF: «L’interdiction revient toujours en boomerang»

À France Inter, les moins nigauds savent parfaitement que, quelle que soit la définition que l’on donne du pluralisme, Inter est loin du compte. S’il s’agissait d’une radio privée, cela serait indifférent : jusque-là, comme l’explique Jean-Éric Schoettl, anciennement secrétaire général du CSA, on considérait que la diversité des sources d’information permettait de laisser à chaque média une très grande liberté éditoriale, seuls les médias publics étant astreints à une forme de neutralité.

Varions les plaisirs

C’est ainsi que nous avons décidé d’enquêter sur France Télévisions. Pourquoi pas France Inter ? dira-t-on. Primo, parce que c’est trop facile, deuxio parce qu’il faut bien varier les plaisirs et que nous avons déjà consacré deux « unes » de Causeur à la radio qu’on aime détester. En revanche, nous ne nous étions jamais penchés sur le cas de la télévision publique, considérant intuitivement qu’il était bien moins grave. Si on ajoute que celle-ci s’est trouvée récemment au cœur de nombreuses polémiques, notamment relatives aux documentaires réalisés pour « Complément d’enquête » sur Gérard Depardieu et le Puy du Fou, cela nous a donné envie d’aller y voir de plus près et d’interroger la présidente. Qu’elle soit remerciée, non seulement pour avoir accepté de nous répondre, mais aussi pour avoir joué le jeu de la conversation civique. Surtout, quand tant d’autres ont préféré se planquer, Delphine Ernotte a le courage de défendre la liberté d’une chaîne honnie par la plupart de ses journalistes. Respect.

Dans les salles de rédaction, on a peut-être conscience de s’être déshonoré en se taisant ou en approuvant. Les nouveaux éléments de langage en circulation consistent à expliquer qu’en réalité il ne se passera rien et que l’Arcom ne va pas se lancer dans le flicage des chroniqueurs et invités. On se trompe. L’Arcom n’est pas assez punk pour envoyer bouler le Conseil d’État. À moins d’une loi invalidant l’arrêt CNews, elle sera obligée de proposer un dispositif répondant à minima à ses exigences. Du reste, même s’il ne se passe rien, cela ne justifie pas que des journalistes aient accepté sans protester l’instauration d’une police politique des médias. Comme le dit en substance Benjamin Constant, quand « des hommes doivent réprimer les opinions des hommes », que « des hommes doivent empêcher les hommes de se livrer aux divagations de leur esprit », que « des hommes doivent préserver d’écarts dangereux la pensée des hommes[3] », c’est que la liberté est en danger.


[1] Dois-je préciser que j’emploie ce terme au second degré ?

[2] Vision qui n’est aucunement imposée aux chroniqueurs, je peux en témoigner.

[3] Merci à Jean-Éric Schoettl qui a repéré cette citation dans un texte de Rafaël Amselem.

La sexualité ne s’enseigne pas, elle se vit!

0
Adolescents bordelais, image d'illustration. DR.

L’éducation à la sexualité de la maternelle à la terminale est entérinée depuis le 5 mars par le Conseil supérieur des programmes de l’Éducation nationale. Une fausse bonne idée.


Dans un texte très attendu et publié le mardi 5 mars, le Conseil supérieur des programmes (CSP) préconise une « éducation à la sexualité »[1]. Ce faisant, il confirme la confusion qui règne au ministère de l’Éducation nationale sur la place de l’école dans l’épanouissement psychoaffectif de l’enfant. Il y serait traité de la sexualité comme d’une discipline parmi d’autres, comme on rajouterait un cours de langue qui permettrait la découverte de « la langue de l’autre », sous le vertueux principe d’aider l’enfant et l’adolescent à s’affirmer dans le « respect de l’autre ». Cette démarche est une erreur, et c’est une faute.

C’est la famille qui est le creuset de ce qu’entend gérer le programme du CSP!

Il s’agit d’une approche « gestionnaire » de la vie sexuelle, omettant que la sexualité est d’abord pour l’enfant un questionnement existentiel : « pourquoi y a-t-il deux sexes ? ». La réponse qu’il ébauche cherche sa réponse dans la vie familiale : il y a son papa et sa maman, dont l’union a détenu le pouvoir de faire venir au monde les enfants – il a compris qu’ils avaient jadis été petit garçon et petite fille. Son interrogation devient : « qu’est-ce donc qui les a rapprochés, faisant leur désir que je vienne, moi, entre eux, depuis eux, comme leur enfant ? »

À lire aussi, Delphine Ernotte Cunci: « À France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas »

Le CSP veut aider chacun à « trouver sa place dans la société ». Cette question est celle des jeunes adultes. Pour l’enfant, il s’agit de s’inscrire dans sa vie familiale, donc dans le lien filial qui l’unit à ses parents, depuis son vœu d’incarner les attentes qui ont porté sa venue au monde – non sans se distinguer d’elles pour affirmer sa personnalité : c’est l’enjeu psychoaffectif de l’enfance.

Le préalable à la découverte de l’autre, c’est pour l’enfant de s’établir soi-même avec confiance. C’est d’abord la relation à ces « grands Autres » que sont les parents, qui justement deviennent les parents parce qu’ils tissent le lien d’identification (« faire identique ») à leur enfant : le lien de « mêmeté » soude la vie familiale ; cela leur permet de le comprendre tout en assumant leur rôle protecteur. Cependant l’enfant rêve de devenir « grand », ce qui est pour lui devenir plus tard parent comme aujourd’hui sont ses parents. Quant à la différence des sexes, elle est tôt constatée corporellement par l’enfant (garçon ou fille) ; mais son identité sexuée se construit depuis l’appui du lien d’identification : du fils au père (transmission du masculin), de la fille à la mère (du féminin). Ce que prétend gérer le programme du CSP, la vie familiale en est le creuset.

A lire aussi, Serge Rezvani : L’avortement ou la lâcheté des hommes

La sexualité ne s’enseigne pas. Elle est une découverte maturative chargée d’interrogations pour l’enfant : « et si j’avais été de l’autre sexe ? » (serais-je plus sûrement aimé d’eux ?). Ces questions animent son jeu, authentique méditation sur la vie, avec pour enjeu crucial, non pas la sexualité des adultes, mais l’amour : un mot qui s’applique autant aux relations entre adultes, les ouvrant au partage de vie sexuelle, qu’à celles entre parents et enfants, par nature désexualisées pour respecter la maturation enfantine.

Désarroi transgenre

Ces questions agitent l’éveil imaginaire de l’enfant : « et si … ? » Il lui faut s’approprier les réalités, celle de son corps sexué et celle des attentes de ses parents, et les concilier pour s’inscrire comme leur fils ou leur fille – conciliation parfois difficile, comme le montre le désarroi aujourd’hui dénommé « transgenre ». L’amour entre adultes est l’émotion de retrouver en l’autre cette image de « moi-même qui eus été de l’autre sexe », cette image qui avait été enfouie pour s’établir dans son sexe propre (au sens de se l’être approprié) ; l’être aimé devient son alter ego, son « autre soi-même ».

À lire aussi, Jeremy Stubbs: École: éducation à la sexualité ou au genre?

Le programme d’ « enseignement à la sexualité », recommandé par le CSP, plaque sur les enfants et les adolescents des préoccupations actuelles d’adultes. C’est embarrasser leur maturation, même en prétendant intégrer l’aspect affectif et relationnel : celui-ci relève d’une intimité que la vie collective ne peut aborder sans risquer de lui faire effraction, d’autant qu’elle en méconnaît la source psychique. Ce programme est donc une erreur. Mais c’est aussi une faute : celle de prétendre gérer ce qui ressortit de la vie familiale.

La sexualité, cela ne s’enseigne pas, cela se vit. Dans l’enfance, dans l’adolescence, cela interroge, cela se construit : qu’est-ce qui différencie, et qu’est-ce qui rapproche ? Une démarche scolaire respectueuse de l’enfant peut l’instruire sur la sexualité comme condition générale de la reproduction du vivant et peut aviser l’adolescent sur les mesures de prévention relatives au partage de vie sexuelle. Pour le reste, elle n’est pas compétente, et risque d’embarrasser la maturation psychique qui est l’enjeu délicat de leur âge.


[1] Consulter ici le programme officiel émanant du ministère : https://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2024/03/projet-de-programme-csp-ducation-la-sexualit-160848.pdf

Monsieur Attal, l’école ne pourra pas seule venir à bout de l’islamisme

0
Arras, Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, 11 mars 2024 © Courdji / POOL/SIPA

Ordre républicain. L’école est la meilleure arme pour combattre les islamistes, avance Gabriel Attal. Peut-être. Mais elle est dans un sale état, et cela n’est pas suffisant; un virage radical reste à prendre par la République française pour faire face à ces adversaires mortels.


Le choix d’organiser, lundi 11 mars, une « cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme » dans une école était bien sûr hautement symbolique. Gabriel Attal a ainsi centré son discours d’Arras sur le fait que « les terroristes haïssent l’école, c’est normal : l’école est la meilleure arme pour les combattre »1. C’est vrai, l’école est un enjeu majeur du conflit entre la libre pensée et les pensées de l’orthodoxie. L’école des « hussards noirs de la République » (comme on appelait les instituteurs sous la Troisième République) avait pour mission de contrebalancer les influences familiales, communautaires et religieuses, voire de les combattre lorsqu’elles divergeaient trop par rapport au projet républicain. À ce titre aujourd’hui, l’école républicaine a le devoir de s’opposer à l’idéologie salafo-frériste, et constitue donc une cible privilégiée des islamistes.

L’islam tente de s’immiscer dans les classes ou à la cantine depuis des années

Les islamistes s’attaquent à l’école pour y imposer leur vision dogmatique et dissuader l’enseignement contraire à leurs principes religieux. Ainsi, depuis 1989 se sont multipliés les tentatives d’introduire le voilement du corps des femmes dans les salles de cours et les menus hallal à la cantine, d’interdire la transmission de certains savoirs scientifiques, d’empêcher les filles de participer aux cours d’éducation physique, ou de refuser l’apprentissage de la musique. Et aussi, des centaines de collégiennes ont été enlevées au Nigeria ou en Irak sur le chemin de l’école, des dizaines d’enfants et de jeunes gens ont été assassinés dans leurs écoles au Pakistan, et en France des enfants juifs sont harcelés au point de devoir changer d’école, et d’autres ont même été tués dans leur école. Mais contrairement à la vision optimiste du Premier ministre, toute seule, « la victoire de l’école [ne pourra pas sonner] le glas de l’obscurantisme ». Et cela pour deux raisons principales.

Photo prise le 09 octobre 1989 à Creil (Oise) au domicile de Fatima Achaboun (D) et de sa soeur Leila (G), élèves d’un lycée de Creil qui leur a interdit de porter le tchador en classe. Au centre est assis leur père Ali. AFP PHOTO LEIMDORFER (Photo by LEIMDORFER / AFP)

Le niveau baisse !

D’une part, parce que l’éducation nationale a été désarmée depuis des années à cause de la diffusion d’un multiculturalisme islamo-gauchiste et de l’abandon par leur hiérarchie des enseignants confrontés à l’offensive islamiste. L’installation du « paradigme déficitariste »2 qui a consisté à abaisser régulièrement le niveau général pour prétendument aider les élèves des familles culturellement plus défavorisées, constitue également un facteur d’affaiblissement global de l’école.

A lire aussi, Ivan Rioufol: La société française ne se tient plus

En incitant les enseignants à être de moins en moins exigeants avec leurs élèves, on aboutit finalement à l’opposé du but que l’on dit rechercher : ceux qui peuvent trouver hors de l’école les ressources culturelles nécessaires à leur éducation et à leur élévation intellectuelle progressent généralement vite et bien, ceux qui en revanche n’ont que l’école pour ce faire sont dans leur grande majorité les victimes de cet enseignement au rabais délivré à tous sans distinction. Au lieu d’en donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, on en donne moins à tous, augmentant ainsi les inégalités sociales de départ plutôt que les compenser. Or, le renoncement par la nouvelle ministre de l’Education nationale, Nicole Belloubet, à l’instauration de groupes de niveaux en mathématiques et en français, voulu par Gabriel Attal lui-même, est à cet égard, un signal bien négatif.

Le ver est dans le fruit

D’autre part, outre l’école où « tout commence », « l’hydre islamiste » comme l’appelle à juste titre Gabriel Attal, doit être combattue sur plusieurs fronts. Aujourd’hui, quand bien même l’école, effectuant un virage à 180 degrés, reviendrait à une éducation républicaine c’est-à-dire résolument laïque et exigeante pour les nouvelles générations, le terrain gagné depuis quarante ans par l’islamisme en population générale est tel, dans les esprits, dans les mœurs et dans les institutions, que c’est tout l’appareil d’État et les ressources multiples de résistance dans la société civile qui doivent être mobilisés.

Il s’agit en effet de comprendre enfin que l’islam ne pose pas le problème de la laïcité dans les mêmes termes que l’a fait le catholicisme au cours de l’histoire. En Occident, l’islam n’est pas et n’a jamais été une religion d’État (sauf la Péninsule ibérique sous le califat ou les territoires des Balkans à la Grèce sous domination ottomane qui étaient alors « terres d’islam » mais non pas « terres de djihad » comme le sont les États occidentaux actuels). Les prétentions de l’islam à imposer aujourd’hui en France et en Europe des pratiques d’inspiration religieuse et/ou traditionnelle venues du monde musulman prennent alors les institutions non seulement de court, mais à contre-pied. Tandis que l’État s’est hier séparé de l’Église catholique pour parfaire sa construction républicaine, il doit aujourd’hui résister aux assauts extérieurs d’un islam conquérant pour préserver l’unité nationale. Une simple application des lois de notre République – conçues initialement pour encadrer et limiter les exigences de la religion catholique – n’est manifestement pas une solution satisfaisante pour encadrer les exigences politiques de l’islam. 

La République doit prendre un virage radical

Or, l’entêtement des gouvernements d’Emmanuel Macron à persévérer dans l’erreur de leurs prédécesseurs (de gauche comme de droite) ne laisse hélas pas présager le changement de cap radical indispensable.  Le voilement des femmes n’est pas un simple « signe religieux » parmi d’autres à proscrire à l’école et dans les services publics ; c’est la marque de la misogynie foncière de l’islamisme qui contrevient à toutes nos lois garantissant l’égalité hommes/femmes. Les expressions et les agressions antisémites ne sont pas dues à « la politique de l’extrême droite israélienne » ou à la riposte de Tsahal à l’attaque génocidaire du 7 octobre, mais à une haine foncière des Juifs qui s’enracine dans les textes « sacrés » de l’islam et la tradition réactivée par les islamistes. Leur augmentation exponentielle est également liée à une islamo-complaisance coupable. Et surtout, les attentats terroristes islamistes ne sont que la partie émergée de l’iceberg politico-religieux, l’élément spectaculaire d’une offensive de grande ampleur qui progresse par infiltration, influence, pression et menace.

A lire aussi, du même auteur: L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël

Certes, l’État se doit de répliquer directement au djihadisme en utilisant « la violence légitime » dont les États de droit ont censément le monopole. Mais le passage à la violence djihadiste n’est qu’un saut qualitatif à partir d’une intensification de la conviction de détenir la vraie foi, d’être victimes des mécréants, de la nécessité de punir les ennemis de l’islam. C’est pourquoi les militants islamistes parviennent facilement à créer une solidarité entre eux-mêmes et la « communauté » musulmane qu’ils contribuent en grande part à consolider. Les liens tant logistiques qu’idéologiques sont complexes, car l’islamisme tire sa force à la fois d’une sociologie de proximité voire de promiscuité (au sein de la famille, du quartier, de la bande, du réseau mafieux…) qu’elle va irriguer, et d’une vacuité de sens qu’elle vient combler par sa projection eschatologique.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Ce mouvement révolutionnaire islamiste polymorphe qui articule des éléments à la fois anciens (mépris des femmes, haine des Juifs, des chrétiens et des mécréants, rejet du doute et de l’interprétation) et nouveaux (nouvelles technologies et méthodes de propagande les plus modernes) réanime dans le monde occidental une question qui semblait close, à savoir la place du religieux dans la société et par rapport au pouvoir politique. Les Occidentaux manifestent alors une difficulté d’analyse à cause de leur sécularisation avancée d’une part, d’un travers intellectuel sociologisant d’autre part, et enfin d’une fâcheuse tendance à la culpabilisation et à une exaltation messianique du « dominé ». C’est donc à un « réarmement » policier, militaire et de renseignement, mais tout autant idéologique, politique et institutionnel que la France et l’Occident tout entier doivent se consacrer.

Pour cela, il faudrait au minimum une intransigeance résolue en parole et en actes, dans la politique migratoire et dans le refus de la séparation des sexes et des communautés par chez nous, une solidarité active avec les laïques du monde entier et tout particulièrement avec les femmes iraniennes et afghanes, et un soutien sans réticence à Israël et à sa lutte contre le Hamas, ses alliés et ses protecteurs qui sont aussi nos ennemis. Il y a urgence et pourtant, nous n’en prenons manifestement pas le chemin.


  1. Voir ici le discours prononcé à l’occasion de la cérémonie nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, le 11 mars 2024 ↩︎
  2. Concept développé par Jean-Pierre Terrail dans son ouvrage Pour une école de l’exigence, Ed. La Dispute, 2016. ↩︎

Le curieux et soudain bellicisme d’Emmanuel Macron

0
les présidents Zelensky et Macron, Paris, 16 février 2024 © Ukrainian Presidency/SIPA

En macronie, quiconque ose douter des décisions guerrières du président est coupable d’intelligence avec l’ennemi, déplore notre chroniqueur.


Emmanuel Macron brûle d’affronter Vladimir Poutine les armes à la main – ou du moins s’attache-t-il à en donner l’impression. Mais pourquoi alors ne montre-t-il pas une telle ardeur dans d’autres cas, qui pourtant le justifieraient au moins autant, et pour certains nettement plus ?

À entendre le chef de l’Etat, quiconque ne partage pas cette ferveur est animé par « l’esprit de défaite »… y compris la Maison Blanche, dont un porte-parole, le contre-amiral John Kirby, s’est empressé de désavouer notre président ? Y compris le ministre de la Défense, qui a expliqué qu’il n’était « pas question d’envoyer des troupes combattantes » le lendemain du jour où le président, lui, affirmait qu’il n’y avait « aucune limite » à notre soutien à l’Ukraine ? Qu’importe la confusion entretenue, Emmanuel Macron dit vouloir « bousculer » les alliés de l’Ukraine, appelle les Européens à « ne pas être lâches », et quand on lui demande si ce propos vise l’Allemagne il répond sans hésiter : « pas seulement l’Allemagne, tout le monde ! » Et à en croire nombre de macronistes, toute personne réticente devant ce soudain bellicisme est pire que lâche, elle fait partie des « troupes de Poutine ». Qu’on se le dise : oser douter des décisions du président, c’est forcément être coupable d’intelligence avec l’ennemi !

On verra qui est pour Zelensky et qui est pour Poutine… 

On pourrait croire à une stratégie « gentil flic, méchant flic », Emmanuel Macron jouant le rôle d’un va-t-en-guerre forcené pour permettre à Olaf Scholz de négocier en coulisses en disant à Poutine : « Vladimir, il faut vraiment que tu retires tes troupes d’Ukraine, sinon je ne vais plus pouvoir retenir ce fou de Français et il va déclencher la Troisième Guerre mondiale ». Mais la France à elle seule ne serait pas une menace suffisante aux yeux de la Russie pour que cela fonctionne.

Alors on prend l’excitation martiale du président au premier degré, et on tombe dans le piège qu’il a lui-même avoué : « on verra qui est pour Zelensky et qui est pour Poutine », comme si cette ligne de démarcation caricaturale était l’alpha et l’omega de toute chose. Et on oublie l’essentiel.

Cet essentiel, le voici : le plus important n’est pas le bellicisme d’Emmanuel Macron face à la Russie, mais le contraste entre ce bellicisme et sa pusillanimité face aux Comores, au Qatar, à la Turquie, à l’Algérie, à l’Arabie Saoudite, à l’Iran. Ce contraste interroge.

À lire aussi: L’irresponsable fuite en avant de la macronie aux abois

Ce sont là des pays qui ne respectent pas les Droits de l’Homme plus que ne les respecte le régime de Poutine – ils les respectent même généralement moins. Et si la mort d’Alexeï Navalny est une ligne rouge, on ne voit pas pourquoi celle de Jamal Khashoggi n’en serait pas une également.

Ce sont des pays qui piétinent volontiers le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et multiplient les exactions, au Kurdistan comme au Yémen, sans même parler du fait que le Qatar finance, protège et héberge toujours le Hamas malgré le pogrom/razzia du 7 octobre.

Les drôles d’exigences de la realpolitik

Et ce sont des pays qui nous agressent bien plus que ne le fait la Russie, par la violence, la déstabilisation, la corruption, l’influence toxique. Les Comores – avec d’ailleurs le soutien affiché de la Russie – organisent l’invasion et la mise à sac de Mayotte, c’est-à-dire du territoire français. Le Qatar use de son influence pour déstabiliser le pays (que l’on se souvienne de la propagande d’AJ+ lors des émeutes du début de l’été 2023), répandre la corruption (pas seulement au Parlement Européen), soutenir l’islamisme, attiser les flammes de la haine anti-israélienne et de l’antisémitisme, et appuyer les Frères Musulmans dans leur entrisme systémique au sein de nos institutions. L’Algérie cultive la haine anti-France dans sa population et sa diaspora, dont le poids dans la délinquance sur notre sol est démesuré. L’Arabie Saoudite et sa Ligue Islamique Mondiale veulent interdire toute critique sérieuse de l’islam en œuvrant à l’instauration planétaire d’un délit de blasphème. On pourrait poursuivre longuement l’énumération, qui n’a rigoureusement rien à envier à la liste des torts de Vladimir Poutine.

Bien sûr, les fautes du Qatar n’effacent pas celles de la Russie, mais la réciproque est vraie, les fautes de la Russie n’effacent pas celles du Qatar. Bien sûr, la Russie nous est désormais hostile, et débattre à l’infini des responsabilités des uns et des autres dans cette hostilité ne changera pas la situation présente, mais les Comores et l’Algérie le sont au moins autant. Bien sûr, la realpolitik a ses exigences, encore faut-il que ses défenseurs aient la décence de l’assumer au lieu de se draper dans des postures morales hypocrites : on peut considérer que l’appui de l’aviation qatarie au désengagement de Barkhane ou notre présence sur la base d’Al-Udeid justifient que nous acceptions la contribution du Qatar aux réseaux islamistes qui attisent partout en Europe l’avidité des fous d’Allah et la haine antisémite, mais il me semble que l’on aurait aussi d’excellentes raisons d’estimer que le prix à payer pour « l’amitié » de l’émirat est bien trop élevé ! Bien sûr aussi, il faut choisir ses combats, la France ne peut pas voler au secours de tous les peuples envahis ni combattre tous les tyrans de la planète, et l’Ukraine est pour ainsi dire notre voisin. Mais il y a une différence de taille entre ne pas combattre un tyran, et le courtiser en encourageant sa propagande. Il y en a une autre, énorme, entre ne pas intervenir partout pour privilégier notre voisinage proche, et préférer défendre l’Ukraine plutôt que la France elle-même, vouloir sauver Kiev des troupes russes tout en abandonnant Mamoudzou aux bandes comoriennes. Et laisser le champ libre à AJ+ quand on interdit RT France est une incohérence qui en dit long.

A lire aussi : Loi immigration : désaveu d’échec

Si les raisons invoquées par Emmanuel Macron pour expliquer son attitude contre la Russie étaient vraies, s’il s’agissait bel et bien de défendre les principes qu’il dit professer, l’Europe et les intérêts vitaux de la France, alors a fortiori il se montrerait déterminé et martial contre les Comores pour protéger notre territoire et nos concitoyens à Mayotte. Il ne ferait pas de courbettes au Qatar, et ne lui vendrait pas des éléments stratégiques de notre économie. Il ne tolérerait pas la servilité de l’ONU envers la dictature abjecte des mollahs.

Voilà ce dont devrait se préoccuper toute la classe politique, et plus encore ceux qui pensent qu’il serait bon d’intensifier notre soutien à Kiev, y compris par un engagement militaire : de toute évidence, les motivations d’Emmanuel Macron dans cette affaire ne sont pas celles qu’il déclare. Quelles sont-elles ? Je ne peux que hasarder diverses hypothèses : une diversion après son fiasco au Salon de l’agriculture ; une manœuvre pour essayer de rediaboliser le RN à l’approche des élections européennes ; un prétexte pour transférer toujours plus de pouvoir aux institutions non-élues de l’UE au détriment de la démocratie, et sans doute renforcer le contrôle de l’information ; l’appétit pour les opportunités qu’une « économie de guerre » offrirait à Bercy ; une tentative de se donner une stature de meneur au sein de la dynamique otanienne….

Dans tous les cas, l’essentiel demeure : même si l’on croit que notre participation à la guerre en Ukraine est juste et nécessaire, pouvons-nous réellement l’envisager avec un chef des armées dont nous ignorons les véritables objectifs ? Il faudrait au minimum des garanties extrêmement solides, mais comment accorder la moindre confiance aux garanties que donnerait Emmanuel Macron, alors qu’il n’a eu aucun scrupule à escroquer jusqu’au Sénat au sujet de la Loi immigration, saisissant lui-même le Conseil Constitutionnel pour faire censurer tout ce que son gouvernement avait fait mine de concéder à la représentation nationale ?

Telle est la question que personne ne pose, alors qu’elle est celle dont nous devrions tous débattre.

« À France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas »

0
Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, répond à Elisabeth Lévy dans un long entretien de 7 pages pour le magazine "Causeur" © Delphine GHOSAROSSIAN - FTV

En 2015, la présidente de France Télévisions promettait plus de « diversité » à l’antenne et moins de « mâles blancs de plus de 50 ans ». C’est fait. Mais Delphine Ernotte Cunci réfute toute orientation idéologique. Elle estime que le service public est équilibré. Et rappelle que la cancel culture n’y a pas sa place – la preuve par J’accuse et Illusions perdues, deux films diffusés récemment.


Relire la première partie

Causeur. Venons-en à quelques déclarations qui vous ont fait, peut-être injustement, une réputation de wokisme. Vous avez commencé en fanfare en affirmant qu’il y avait trop de mâles blancs de plus de 50 ans à France Télévisions. Le regrettez-vous ?

Delphine Ernotte Cunci. Je venais d’être nommée, j’étais interviewée par Jean-Pierre Elkabbach, autant vous dire que j’étais dans mes petits souliers. Ce n’était pas préparé, c’est sorti, mais je ne le regrette pas. Au début de mon premier mandat en 2015, la mixité n’était pas respectée à la télévision publique. C’est pourtant une obligation qui nous est assignée. J’ai fixé des objectifs. On était à 25 % de femmes expertes sur nos plateaux. Nous sommes à 50 % aujourd’hui.

C’est humiliant qu’on choisisse des expertes parce que ce sont des femmes.

Vous êtes contre la loi Copé-Zimmerman qui a fixé des quotas dans les conseils d’administration ?

Oui, d’ailleurs je me fiche du nombre de femmes dans les conseils d’administration.

Pas moi ! Je suis pour les quotas, car cela permet de passer une étape et après, on n’en a plus besoin, car les choses se font naturellement.

Cette politique de promotion des femmes crée des injustices. S’il n’y a pas assez de femmes, il y a trop d’hommes. Donc des hommes sont écartés parce qu’ils sont des hommes.

Oui, à un moment de l’histoire, les quotas sont sans doute un peu injustes pour les hommes. Mais c’est indispensable pour que les choses changent. La mixité, ce n’est pas l’éradication des hommes dans les rôles à responsabilité : c’est un partage. Le temps que ça s’installe, c’est vrai, cela peut créer de la frustration. Y compris chez certains que j’ai remerciés, comme Patrick Sébastien.

Pourquoi l’avoir limogé ? Il n’avait plus de public ?

La télévision est un média d’habitudes. Il faut savoir les bousculer en ne proposant pas toujours ce que les gens aiment déjà, mais ce qu’ils pourraient aimer. C’est notre grande force : nous testons et innovons sans cesse. L’innovation éditoriale à la télévision, c’est le service public qui la porte aujourd’hui.

Deuxième déclaration, devant une commission de l’Assemblée nationale : « On ne représente pas la France telle qu’elle est, on essaie de la représenter telle qu’on voudrait qu’elle soit. » Vous parliez (encore) de la place des femmes, mais cette phrase a laissé penser que vous meniez un combat culturel avec l’argent du contribuable.

C’est totalement faux. J’étais alors interrogée sur nos obligations en termes de mixité. Nous avions été réprimandés au moment du Covid, parce qu’il n’y avait pas assez de femmes médecins sur nos plateaux. Je n’ai pas le choix et, en plus, je suis d’accord avec cela. Si on veut convaincre les petites filles de faire des études scientifiques, ce qui est depuis toujours l’un de mes grands combats, il faut qu’elles voient aussi des femmes physiciennes, mathématiciennes, médecins. Quand je parle de la France telle qu’on voudrait qu’elle soit, je fais référence à cet objectif, que je partage, de proposer des rôles et modèles mixtes à la télévision.

Admettons que cette déclaration ait été mal interprétée. Mais vous avez aussi déclaré en arrivant que vous auriez la diversité pour fil rouge. En précisant que c’était à la fois la demande de l’Arcom et celle des téléspectateurs.

Nos études le montrent, la toute première demande des Français, c’est qu’on reflète la France sous toutes ses coutures : sociales (les foyers modestes autant que les classes aisées), territoriales (l’outremer et la ruralité autant que les grandes villes). Et nous devons aussi représenter la diversité de genre, d’origine, le handicap… Nous sommes le reflet et le miroir du public.

Pour refléter l’opinion du public, il faudrait que 70 % des gens apparaissant sur vos antennes soient favorables à une réduction drastique de l’immigration…

Je n’ai jamais dit que nous devions être le porte-parole de la pensée majoritaire, quelle qu’elle soit. Je dis simplement que, lorsqu’on regarde la télé, il faut se voir, se reconnaître et s’identifier. Donc il faut qu’on donne à voir des gens de toutes les opinions et toutes les origines. Il est vrai que c’est facile à énoncer, beaucoup moins à mettre en œuvre.

Le mot « diversité » renvoie spontanément à la représentation des minorités ethniques. D’ailleurs, vous n’aviez pas seulement ciblé les mâles, mais les « mâles blancs ». Et devant les parlementaires, vous avez déclaré : « Contrairement à la mixité où l’on peut compter le nombre de femmes, on n’a pas le droit de compter les autres signes de diversité. »Si vous le pouviez, vous compteriez les Maghrébins, les Noirs, les juifs ?

Nous n’en avons pas le droit.

Si vous l’aviez ?

Non. Je trouve plus intéressante la notion de perception de cette juste représentation : les gens se sentent-ils ou pas représentés sur nos antennes. Nos obligations votées par la représentation nationale comportent un objectif de représentation de la diversité, nous nous y conformons. Point.

Il y a juste le mot « diversité », sans précision chiffrée ?

Oui, un mot.

Pourtant vous avez déclaré au Monde que « d’après l’Arcom, les personnes perçues comme nonblanches représenteraient environ 25 % de la société française contre 15 % à la télévision ».

Effectivement, ce sont les statistiques de l’Arcom.

Sans disposer de statistiques, vous avez estimé qu’il y avait un énorme rattrapage à faire. Y êtes-vous parvenue ? Comment faites-vous concrètement ?

Nous travaillons avec les producteurs d’émissions, les directeurs de casting pour que nos jeux, nos magazines, nos séries représentent toutes les diversités : sociale, territoriale, de handicap, d’âge ou de couleur de peau. On n’a pas de règles magiques. Mais c’est une politique publique exigée par la loi, je la comprends et je l’assume.

Aux États-Unis, il ne suffit pas d’avoir des « non-Blancs » pour reprendre votre terminologie, il faut aussi qu’ils soient représentés dans des positions valorisantes. Est-ce votre ligne ?

Pas valorisantes, juste normales : le reflet de notre société.

Il y a beaucoup de policiers, médecins, professeurs issus de l’immigration. Il est naturel qu’on le voie dans vos fictions. Mais il y a aussi une face sombre, une faillite de l’intégration, qui se traduit par une surreprésentation de l’immigration dans la délinquance. Faut-il le montrer ?

On n’est pas là pour stigmatiser.

Il ne s’agit pas de stigmatiser. Il s’agit de montrer la société telle qu’elle est. Mais permettez-moi une question taquine. Je suis sûre que votre comité de direction est parfaitement représentatif en termes de mixité et de diversité ?

De mixité, oui ; de diversité sociale et d’origine, on pourrait sans doute mieux faire.

Le« Complément d’enquête » consacré à Gérard Depardieu est intitulé « La chute d’un ogre ». Aviez-vous été consultée sur ce titre ?

Non. Notre rédaction est parfaitement indépendante.

Un de vos collaborateurs a laissé entendre que France Télévisions, non seulement ne travaillerait plus avec Depardieu, mais ne diffuserait plus les films où il joue.

Ce n’est pas exact. Je défends évidemment la libération de la parole des femmes et nous l’avons prouvé à maintes reprises sur nos antennes. Mais je refuse aussi, et dans le même mouvement, la cancel culture. Quelques jours après le « Complément d’enquête », nous avons d’ailleurs diffusé Illusions perdues, avec Gérard Depardieu. En revanche, on ne programmerait pas une grande soirée en son honneur.

Passerez-vous des films de Doillon ou de Jacquot ?

Je pense, oui. Nous sommes coproducteurs du dernier film de Doillon. Nous ne soutenons pas un homme, mais un film, et cette distinction sera toujours ma ligne. Ceci étant, je ne vais pas non plus passer demain un film de Jacquot avec Judith Godrèche.

On parviendra à endurer cette privation. Mais merci d’avoir diffusé J’accuse de Roman Polanski.

On l’a coproduit et on l’a diffusé. Encore une fois, à France Télévisions, la cancel culture ne fait pas débat. Elle n’existe pas. Oui, je suis féministe. Mais non, je ne suis pas pour éradiquer les hommes ou déboulonner les statues.

Avez-vous déjà été militante ?

Non. J’adore les responsables politiques, je les trouve passionnants souvent, mais ce n’est pas mon truc. Je suis une patronne d’entreprise et rien d’autre. Ce que j’aime, c’est manager et décider.

Recevez-vous beaucoup de protestations des téléspectateurs ? Qu’est-ce qui les a énervés récemment ?

La suppression de « Un si grand soleil » pour basculer directement en émission politique après le « 20 heures » !

L’irresponsable fuite en avant de la macronie aux abois

0
De gauche à droite, Edouard Philippe, Gabriel Attal, Valérie Hayer et Yaël Braun-Pivet. Meeting de renaissance pour les élections européennes, Lille, 9 mars 2024 © Jacques Witt/SIPA

La comparaison entre Marine Le Pen et Édouard Daladier de la macroniste Valérie Hayer ulcère le Rassemblement national, et fait hurler les historiens.


Valérie Hayer a osé. Elle non plus n’aura pas de limites. Samedi, à Lille, la tête de liste « Renaissance » aux européennes a repris l’injure des trolls marconistes qui inondent les réseaux sociaux sur la guerre en Ukraine: « Hier Daladier et Chamberlain, aujourd’hui Le Pen et Orban (…) Nous sommes à Munich en 1938 ».

Le président des riches pas au clair sur l’immigration

L’esprit munichois, c’est-à-dire le choix de l’apaisement face à l’ennemi, rode assurément. Mais s’il doit être déniché, c’est au cœur du pouvoir aux abois, capitulard face à l’islam conquérant et à son économie liée à la drogue.

A lire aussi, Delphine Ernotte Cunci: «Je ne veux pas la mort de CNews»

La même Valérie Hayer, interrogée le 4 mars sur le point de savoir s’il y avait trop d’immigration, avait répondu : « Je… J’attends la position des acteurs économiques ». La nation se fracture, l’école s’effondre, l’insécurité se généralise, les cartels criminels imposent leur loi, mais le parti présidentiel continue d’être à l’écoute exclusive des intérêts financiers. Emmanuel Macron reste l’obligé des faiseurs de roi qui l’auront soutenu dès 2016 dans son ascension vers le pouvoir. L’euphorie du Cac 40, qui a crevé les plafonds le 7 mars, est d’ailleurs venue saluer sa politique pour les riches. Est-ce pour faire oublier ses échecs intérieurs que le chef de l’Etat agite aujourd’hui, outre des sujets sociétaux à la mode, la guerre contre Poutine ? Emettre cette trop grossière hypothèse fait honte. Pourtant : tout démontre que Macron veut artificiellement placer l’Ukraine au centre du débat électoral, afin de feindre un courage qu’il n’a pas.

Reductio ad hitlerum usé jusqu’à la corde

Le « no limit » n’est pas propre à Hayer. Le président a lui-même théorisé cette fuite en avant irresponsable, jeudi dernier à l’Elysée, devant les représentants politiques : il ne se fixera « aucune limite » ni « aucune ligne rouge » dans le soutien de la France à l’Ukraine. C’est à peine si le démenti du ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, a été entendu le lendemain, assurant qu’il n’y aura « pas de troupes au sol combattantes » alors que le président avait laissé entendre l’inverse. Or rien n’est plus dangereux qu’un chef d’Etat immature qui choisit d’instrumentaliser le risque de guerre nucléaire pour espérer limiter une défaite électorale et une humiliation personnelle. 

A lire aussi, Frédéric Magellan: L’effet d’une blonde

« Ne laissez pas entrer les nationalismes », a-t-il enjoint à son gouvernement le 6 mars. « Ils étaient déjà la guerre, ils sont désormais la défaite face à la Russie ». Mais quelle plus belle illustration de la crise de l’intelligence politique que j’évoquai la semaine dernière que ce recours à la reductio ad hitlerum, usé jusqu’à la corde ! En mai, Macron avait recadré Elisabeth Borne, qui avait qualifié le RN d’« héritier de Pétain ». En laissant Hayer traiter les opposants à la guerre de « munichois », il fait pire encore dans la bêtise historique. Poutine est un détestable autocrate, soit. Mais ce n’est pas Hitler, et le collaborateur nazi Bandera a son nom et ses statues en Ukraine. Mardi et mercredi, les parlementaires vont être invités à voter sur l’accord de sécurité conclu le 16 février entre Macron et Volodymyr Zelensky. Les députés et sénateurs oseront-ils dénoncer le jeu de dupes mené par Macron, dans son seul intérêt ? La décence, elle, a des limites.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

Price: ---

0 used & new available from