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Une entourloupe majeure

Racisme, antisémitisme et «islamophobie» : la trilogie infernale


Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, au sortir d’une réunion avec le président Macron et d’autres représentants des cultes, avait dit qu’il serait bien allé à la manifestation contre l’antisémitisme dimanche 12 novembre si… elle s’était appelée autrement. En somme, s’il ne s’était pas agi de l’antisémitisme. Il a ajouté qu’il aurait fallu appeler à manifester contre le racisme. Là, il aurait fait le déplacement. De son côté, Nathan Devers, sur CNews, déplorait dernièrement la parcellisation des luttes en privilégiant une lutte plus globale. Oui, mais laquelle ?

Critiquer le concept d’islamophobie, il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Le recteur de la Grande Mosquée, avec tout le respect que je dois à sa fonction, noie le poisson. Le judaïsme n’étant pas une race mais une religion, au même titre que l’islam d’ailleurs, le racisme invoqué n’a pas de sens. D’autre part, je comprends le peu de goût qu’éprouve Nathan Devers pour ce qu’on appelle aujourd’hui l’intersectionnalité et qui vous décompose les luttes contre toutes sortes de discriminations jusqu’au vertige (voir ci-dessous l’affiche trouvée dans la rue et qui m’a obligée à aller voir sur Google ce que pouvait signifier « validisme » ; une discrimination envers les invalides. Et dire que la manifestation contre l’antisémitisme a commencé là et qu’on aurait pu en profiter pour faire d’une pierre deux coups : contre l’antisémitisme et pour les invalides ! Ce qu’on est bête, alors!), je le comprends mais pas pour tout. Ainsi, la fameuse lutte contre « le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie » dont on nous rebat les oreilles, est une trilogie infernale.

C’est d’ailleurs de n’avoir pas voulu de cette association de mots qu’un professeur de Sciences-Po Grenoble s’était retrouvé « cloué au pilori ». Car cette association pose effectivement d’énormes problèmes. D’abord, on a le sentiment que les deux premiers mots que l’Histoire a prouvés servent d’appui, voire de caution au benjamin de la troupe : l’islamophobie. Des noirs sont morts d’être noirs dans certains pays du monde, des juifs sont morts d’être juifs en Europe mais aussi ailleurs. Mais les musulmans ? Depuis quand meurent-ils parce que musulmans dans nos contrées ?

Malaise, Blaise

Du coup, on éprouve nécessairement un malaise devant ce mot d’ « islamophobie » qui prétendrait, en quelque sorte, au même statut que les autres. On sent bien qu’on utilise historiquement les deux premiers pour donner une assise « historique » au dernier ; ce qui équivaut à une instrumentalisation profondément immorale des tragédies vécues par d’autres et à une torsion de l’Histoire.

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Ensuite, ce slogan qui met tout dans le même sac, histoire que la confusion soit totale, interroge quant au racisme d’aujourd’hui. Notre époque a vu naître des personnes « racisées » qui détournent le sens ancien de ce terme pour asseoir un « nouveau racisme », un racisme revendiqué en quelque sorte. Car dès lors qu’on pense en termes de race, on devient nécessairement raciste. Alors, que peut signifier la lutte contre le racisme brandie par des gens s’inspirant de la notion de race pour se désigner et désigner les autres ?

Je me souviens, à ce propos, d’une élève d’origine congolaise me racontant comment elle avait été ostracisée durant toutes ses années de lycée car elle avait eu le malheur de s’intéresser au théâtre, à la philosophie, à la littérature ; bref, à la culture européenne et française. Des jeunes filles noires lui disaient « qu’elle trahissait sa race ». Donc, lutter contre le racisme avec ceux-là mêmes qui le réinventent devient un véritable casse-tête chinois…

J’en viens à présent à l’antisémitisme casé entre les deux autres et dont on a le sentiment qu’il a intérêt à se tenir tranquille et à sa place. Je ne peux me défaire d’une impression très gênante que ce mot est là pour faire bonne figure ; qu’on lui fait jouer un rôle. Parce que tout de même, l’antisémitisme d’aujourd’hui vient essentiellement de l’islamisme et des dits « racisés ». Lorsqu’une célèbre indigéniste se fend d’un ouvrage intitulé Les Blancs, les Juifs et nous, on est en droit de se demander comment on peut lutter contre l’antisémitisme avec des gens qui le pratiquent.

Enfin, l’islamophobie, née avec le siècle et qui profite de ce suffixe pour confondre toute critique légitime d’énoncés ou de comportements avec une phobie quelconque ; ce qui a pour but d’empêcher toute interrogation à son sujet en rabattant celle-ci sur les personnes ; les musulmans en l’occurrence, elle est précisément brandie pour interdire toute discussion démocratique au nom d’une mise en danger imaginaire.

Le monde à l’envers

Résumons-nous : je suis censée lutter contre le racisme avec des racisés nécessairement racistes puisque pensant en termes de races ; combattre l’antisémitisme avec des gens le pratiquant sans vergogne et enfin, mettre à mal une prétendue islamophobie avec des personnes confondant des questions parfaitement légitimes concernant une religion quelle qu’elle soit, et sa pratique dans un pays, avec un soi-disant rejet.

Où l’on voit  donc que cette association relève quasiment de l’association de malfaiteurs, qui vous embrouille les notions au nom des bons sentiments et de la posture vertueuse. Il y a des limites au principe de non-contradiction ; il y a donc des limites à une intersectionnalité qui se fiche du monde.

Tu veux ou tu veux pas?

Emmanuel Macron veut inscrire la notion de consentement dans la définition juridique du viol. Une fausse bonne idée.


Bien sûr, ce n’est pas fait. Mais le président a évoqué cette possibilité avec l’association féministe Choisir la cause des femmes, le 8 mars : « Que le consentement puisse être inscrit dans le droit français, je l’entends tout à fait ».

Aujourd’hui, voici la définition du viol telle qu’elle apparait dans le Code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, ou bucco-génitale commis par violence, contrainte, menace ou surprise ». Pour les ligues de vertu féministes, c’est évidemment insuffisant. Elles veulent que la France imite l’Espagne et la Suède, pays où tout acte sexuel non précédé d’un accord explicite est considéré comme un viol.

Une abomination juridique

De mon point de vue, il s’agit d’une abomination juridique. C’est mettre une épée de Damoclès sur la tête des hommes. On pourra toujours revenir sur ce consentement, dire qu’il n’était pas vraiment éclairé. J’ai dit oui, mais j’avais bu. J’ai dit oui, mais j’étais sous « emprise ». Cela donne aux femmes la possibilité de requalifier en viol n’importe quelle relation. Donna e mobile.

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Cette conception des femmes victimisées les fragilise. Les pauvres malheureuses se retrouvent avec un homme sans l’avoir choisi, et cèdent sans l’avoir voulu. Attention : cela arrive. Dans l’acception classique du viol, un type qui force une femme (l’inverse est plus rare), cela existe. Mais avec ce consentement réversible, une femme qui fait l’amour avec son mari parce qu’il insiste un peu pourra déclarer le lendemain qu’il l’a violée – surtout si elle veut la garde des enfants.

Vers la fin du marivaudage

Mais il faut bien des règles ! dit-on. Oui, mais ces règles existent. Violence, contrainte, menace ou surprise. Et en plus, en dehors de ces cas, ce qui n’est pas refusé est autorisé. Quand une femme dit non, c’est non! Tant pis pour celles qui disent non en pensant oui, ça c’était avant, quand on pouvait marivauder…

L’exigence du consentement explicite élimine l’ambiguïté consubstantielle aux relations humaines, particulièrement sexuelles. Croyez-vous franchement que toutes les femmes veulent exprimer clairement leurs désirs avant de faire l’amour ? Que les timides ou les complexés demanderont à leur dulcinée: « la pénétration, c’est OK, peux-tu signer là ? » Il est en réalité effrayant d’imaginer ce que cette exigence de consentement peut donner dans la vie réelle.

Derrière cette demande d’extension infinie du domaine du viol, il y a une terrifiante volonté de normalisation de l’intime. Exiger un consentement explicite avant tout acte sexuel, c’est laisser le législateur entrer dans les alcôves, s’immiscer dans le jeu tortueux des sentiments et des désirs.

La loi établit déjà ce qui est interdit. Elle n’a pas à ériger des règles positives sur notre comportement privé. Nous n’avons pas besoin d’un Code de la séduction.

Avec le projet d’aide à mourir, l’Etat déjà prétend domestiquer Thanatos, alors pitié qu’il nous laisse nous débrouiller avec Eros.


Cette chronique a d’abord été diffusée dans la matinale de Patrick Roger sur Sud Radio

L’islamo-gauchisme de Sciences-po en passe de devenir une affaire d’État

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On savait la prestigieuse école déjà minée par les thèses à la mode du wokisme, du néoféminisme ou de la théorie du genre… L’opinion, qui découvre avec effroi ce matin qu’une salle a été bloquée mardi par des militants propalestiniens, et que des propos « inqualifiables » (selon Emmanuel Macron) ont été tenus à l’encontre d’une étudiante de l’UEJF, attend des sanctions. L’extrême gauche minimise les incidents.


À Sciences-po Paris, l’antisémitisme se porte décomplexé, la cause palestinienne permettant visiblement que s’exprime librement la haine des Juifs. C’est ainsi que, soi-disant pour attirer l’attention sur Gaza, le principal amphi de l’école a été occupé par des associations d’extrême-gauche propalestiniennes mardi 12 mars. Cela n’a rien changé à la situation sur place, mais a permis d’ajouter de nouveaux actes antisémites à ceux qui se sont multipliés dans notre pays. À Sciences-po, c’est notamment une étudiante qui a été empêchée d’entrer dans l’amphithéâtre parce que Juive et une association juive qui a été verbalement attaquée.

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Inquiétante lâcheté

Face au scandale, la direction de l’école s’est fendue d’un communiqué. Où elle réussit à mettre en scène une indignation de façade qui évite soigneusement de nommer les choses et de regarder la réalité en face. Ainsi l’étudiante juive est devenue « un membre de la communauté étudiante », les propos antisémites ont été transformés en « propos accusatoires », et pour éviter de mentionner que l’Union des Étudiants Juifs de France a été ciblée, elle est évoquée en tant que « association étudiante en particulier ». Qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! et comme l’antisémitisme en est rapidement évacué ! Une telle lâcheté n’a pas manqué de faire réagir les internautes et une version corrigée de ce communiqué de presse honteux a circulé sur X, biffant les mentions hypocrites pour mieux restituer la dimension antisémite de l’affaire.

Une école à la dérive

Mathias Vicherat. DR.

Et voilà qu’on apprend mercredi 13 février la démission du directeur de Sciences-po, Mathias Vicherat. J’avoue avoir pensé avec étonnement que pour une fois, un enfant gâté de la technocratie triomphante prenait ses responsabilités et, face à un tel échec, assumait sa perte. Mais pas du tout, l’homme ne démissionne pas parce qu’il se sent concerné par l’antisémitisme décomplexé qui s’exprime dans une école censée former l’élite du pays, mais pour des questions personnelles, lui et sa femme étant soupçonnés de violences conjugales. Le directeur est visiblement autant à la dérive que son école.

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En revanche, le gouvernement, lui, a parfaitement réagi. Aurore Bergé, qui a toujours montré du courage sur ces questions, a été limpide : « Ce qu’il s’est passé a un nom : l’antisémitisme. Demander le nom des gens, les filtrer à l’entrée, assimiler leurs noms à la politique du gouvernement israélien… C’est insupportable et illégal. Rien ne le justifiera jamais ». Du côté de Jean-Luc Mélenchon, aucune surprise. L’insoumis, dont les dérapages se multiplient, ressemble de plus en plus à Jean-Marie Le Pen et passe à deux doigts du « point de détail de l’histoire » en parlant d’un « incident dérisoire » et en citant copieusement Rima Hassan, l’activiste qui n’est pas la dernière à semer la haine des Juifs au nom de la cause des Palestiniens.

Palestiniens instrumentalisés

Or ce qui vient de se passer est inquiétant. À Sciences-po, on est censé faire notamment du droit et de l’histoire et à un niveau d’excellence. Or la cause palestinienne telle qu’elle est utilisée pour radicaliser les populations musulmanes en Europe est souvent imprégnée par une lecture islamiste. Longtemps les pays et sociétés arabes furent indifférents au sort des Palestiniens. Cela jusqu’à ce que les Frères Musulmans fassent de l’existence d’Israël une forme de blasphème, et de sa destruction un fiqh, une obligation sacrée s’imposant à tout membre de l’Oumma. Mais même pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire, la façon dont la cause palestinienne est instrumentalisée s’avère souvent grossière. Elle se résume à une falsification historique destinée à nourrir ressentiment et haine. L’essentiel n’est pas d’améliorer la situation des Palestiniens : ils sont bien plus utiles malheureux. Il s’agit avant tout de réussir une alchimie délicate visant à transformer les Juifs en Nazis, les éternels persécutés en bourreaux. Et pour cela aucune outrance n’est interdite.

Effondrement

En convaincre des populations acculturées, peu éduquées, qui appartiennent à une sphère arabo-musulmane où l’antisémitisme est culturel n’est pas très compliqué et explique pourquoi un crime contre l’humanité commis contre des Juifs a alimenté en Europe une explosion antisémite : on a assisté à un phénomène de décompensation culturelle chez certains où la violence tribale du pays d’origine a primé sur le respect des normes sociales européennes et de la légalité. Le signe ne devrait pas être pris à la légère. Mais lorsque l’entrisme se manifeste dans les lieux de formation de l’élite, comme Sciences-po et qu’il remet au goût du jour l’antisémitisme le plus abject, que la direction de l’école soit incapable de réagir dit notre effondrement moral.

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Ainsi dans une école où on devrait savoir ce qu’est un crime contre l’humanité, ce que signifie le retour des pogroms, le 7 octobre, semble n’avoir ébranlé que peu de consciences et la question du retour du crime contre l’humanité n’a guère intéressé. En revanche, dans cette même école, on n’hésite pas à expliquer qu’il y a un génocide à Gaza et à occuper un amphi pour le dénoncer, alors même que cela est parfaitement faux.

Gabriel Attal déclenche l’article 40

Même si ce qui s’est passé dans cette école ne relevait pas du pénal, de telles lacunes dans la formation des étudiants mériterait une sérieuse reprise en main. Mais justement, ce qui s’est passé relève du pénal. Voilà pourquoi l’article 40 a été déclenché par le Premier ministre. Cet article oblige les autorités à saisir la justice en cas de crime ou de délit dont elles ont connaissance. Mercredi en fin de journée, Sciences-po a déclaré avoir également saisi le procureur de la République au titre de l’article 40.

L’opinion espère le renvoi des fauteurs de troubles islamo-gauchistes

Espérons que cette saisine n’empêchera pas l’école de faire le ménage qui lui incombe, déjà en arrêtant de se prendre pour un campus américain multiculturaliste où on « gère des communautés étudiantes » et où les professeurs semblent terrorisés par leurs élèves. Ensuite en sanctionnant durement les élèves qui ont organisé cette occupation et ceux qui ont participé au filtrage et tenu des propos antisémites. Un renvoi en bonne et due forme, manu militari, aurait des vertus d’exemplarité inédite.

Selon la jeune fille refoulée à l’entrée de l’amphi et qui a témoigné dans le Parisien, il y a bien un climat antisémite à Sciences-po, mais il serait le fruit d’une minorité. La majorité désapprouverait mais laisse faire et l’ambiance s’en ressent. Sciences-po serait donc devenue une allégorie du bruit des pantoufles des élites comme réponse au bruit des bottes des fanatiques. Quoi qu’il en soit, ce que cette affaire dit d’une école censée former ceux qui nous dirigent ne donne pas envie d’être menés par cette élite-là.

Hommage bruxellois

Mehdi Bouda est-il vraiment le Nahel du plat pays ? La correspondance bruxelloise de Sophie Flamand


Le 20 août 2019, peu avant minuit un adolescent de 17 ans, Mehdi Bouda, avait été renversé par une voiture de police au Mont des Arts, dans le centre de Bruxelles. Selon le parquet, la victime fuyait un contrôle de police anti-drogue. Mehdi Bouda, qui se trouvait à cet endroit lors de l’opération, s’est enfui à l’arrivée de la police. Une course poursuite s’en est suivie durant laquelle il a été heurté par un véhicule de la brigade anti-agression de la même zone de police. Cette patrouille se rendait à vive allure sur les lieux d’un cambriolage, d’après le parquet.

Le jeune homme, gravement blessé, n’a pas survécu.

Un juge d’instruction avait été saisi à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile déposée par l’un des membres de la famille de la victime, du chef d’homicide involontaire.

Le juge d’instruction n’a finalement inculpé personne dans cette affaire et le parquet avait donc demandé un non-lieu. L’expert automobile avait d’ailleurs conclu que même si le véhicule de police avait roulé moins vite, le conducteur n’aurait rien pu faire pour éviter la collision avec le piéton courant comme un fou.

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Triste histoire qui illustre que les petites frappes qui refusent de se plier à un contrôle de police, on n’en trouve pas qu’en France. Par contre, en France comme en Belgique, les autorités racolent à qui mieux-mieux le suffrage de nos invités du désert auxquels ils ont donné le droit de vote. C’est sans doute à ce titre qu’un arrêt de bus de la commune d’Anderlecht, autrefois appelé « Peterbos », s’est vu renommé « Mehdi Bouda ». En l’honneur donc de cet adolescent déluré qui fuyait la police. Une fresque lui avait d’ailleurs déjà été consacrée dans un terrain de basket bruxellois. C’est déjà assez croquignolet, mais ça ne s’arrête pas là.

En effet, horresco referens, la STIB, c’est-à-dire l’équivalent bruxellois de la RATP, a commis une faute d’orthographe dans le nom du héros célébré. Ils ont écrit Medhi Bouda en lieu et place de Mehdi Bouda. « Mehdi », voyons, avec un h devant le d, tout le monde sait cela ! Il n’en fallait pas plus à Madame Els Rochette, députée bruxelloise Vooruit (Parti socialiste flamand) pour s’émouvoir, saluant la « reconnaissance » (de quoi ?) mais déplorant la faute sur X. [1]

Promis, la prochaine fois, on fera bien attention ! Et d’ailleurs, cette impardonnable bourde ne se serait pas produite si on laissait carrément tomber l’écriture latine au profit de la calligraphie arabe. Pas vrai, madame Rochette ?


[1] https://twitter.com/ElsRochette/status/1767092658579648935

Polanski: c’est reparti pour un tour

Le cinéaste est depuis des années victimes d’une cabale kafkaïenne. On a appris hier l’existence aux États-Unis de nouvelles accusations d’une inconnue qui affirme avoir été agressée sexuellement en 1973.


Une semaine après le procès pour diffamation intenté par Charlotte Lewis à Roman Polanski (relire ici notre compte-rendu de l’audience), la machine à broyer médiatique se remet à fonctionner à plein régime contre le réalisateur. Voilà que hier matin, une salve d’articles propulse sur le devant de la scène une autre accusatrice, laquelle a intenté un procès au civil à Polanski en Californie, pour des faits allégués remontant à 1973.

Ça ne finira jamais

« La machine continue d’ailleurs à travailler, remplit son office comme d’elle-même, elle fait elle-même son propre éloge […] », se rengorge l’officier de La Colonie pénitentiaire, tout fier de son appareil à graver des sentences sur la peau des condamnés. Comme dans la nouvelle comico-fantastique de Kafka, il est proprement intolérable à l’exécuteur des basses-œuvres de la colonie que la machine puisse se voir entravée par quelques velléités de défense du condamné.

Le timing de cette annonce fracassante est on ne peut plus opportun, cela n’aura échappé à personne.

L’actrice Charlotte Lewis arrive au Tribunal accompagnée de son avocat Me Benjamin Chouai, Paris, 5 mars 2024 © ALAIN JOCARD / AFP

L’audience du 5 mars, qui a vu le château de cartes truquées de Charlotte Lewis menacer de s’effondrer sur lui-même, est venue en effet enrayer quelque peu le mécanisme bien huilé par lequel les médias se sont acharnés, depuis des années, à inscrire sur le nom de Polanski la sentence : « violeur-de fillettes ». Même les supports les plus hostiles au réalisateur ont dû admettre, à contre cœur certes, que l’affaire ne se présentait pas très bien pour Charlotte Lewis. Que faire ? Providentiellement passer à l’offensive, en « révélant » ceci, présenté dans les termes suivants dans Le Monde (puis repris quasiment à l’identique par plusieurs autres médias) : « Roman Polanski devra répondre en août 2025 en Californie des accusations de viol sur mineur datant de 1973 dans un procès civil, a annoncé, mardi 12 mars, l’avocate de la plaignante. […] Le cinéaste franco-polonais a fui la justice américaine en 1977 à la suite d’une condamnation dans une autre affaire où il était inculpé pour viol sur mineur. Il est depuis parvenu à échapper aux demandes d’extradition. […] Surnommée un temps « Robin » et présentée comme Jane Doe dans sa plainte, la plaignante est défendue par Gloria Allred, figure du mouvement #MeToo et représentante de victimes du producteur déchu Harvey Weinstein. Selon la plainte, Roman Polanski a emmené dîner celle qui était alors adolescente dans un restaurant de Los Angeles en 1973. Il lui aurait fait boire de la tequila puis l’aurait ramenée chez lui avant de l’agresser »[1]. Gloria Allred explique que « l’accusé Polanski a retiré les vêtements de la plaignante et l’a ensuite agressée sexuellement, provoquant chez elle des douleurs et des souffrances physiques et émotionnelles immenses ».

Notons que, en droit coutumier anglais, le nom John Doe, au féminin Jane Doe apparaît au dix-huitième siècle pour désigner un plaignant anonyme. C’est aussi, depuis le film de Capra L’Homme de la rue (1947), histoire assez ambiguë de manipulation – in fine pour la bonne cause –, monsieur (ou madame) Tout-le-Monde. Autrement dit, ici, la figure interchangeable de toutes les accusatrices auto-proclamées du « prédateur » Polanski, inlassablement désigné comme tel à la vertueuse vindicte des foules.

Le Monde précise néanmoins – détail important – que « la plainte demande des dommages et intérêts, sans montant précis ». Un montant conséquent, peut-on subodorer (il faut bien qu’une accusatrice assure ses vieux jours). Le quotidien de référence (mais oui !)poursuit ainsi : « Dans un autre dossier, un procès pour diffamation visant le cinéaste s’est tenu la semaine passée à Paris. Il avait qualifié d’ »odieux mensonge » » les accusations d’agression sexuelle lancées contre lui par l’actrice britannique Charlotte Lewis. Elle était présente tandis qu’il était représenté par ses avocats. »

Parti-pris ouvertement hostile de la presse

Le 12 mars, annonce en fanfare de ce procès aberrant (mais aux enjeux pécuniaires certains), par Gloria Allred – également conseil de Charlotte Lewis aux États-Unis, a-t-on appris lors de l’audience du 5 mars –, pour une plainte déposée au civil en juin 2023, soit tout juste avant que cela ne devienne impossible de le faire, pour prescription après… cinquante ans.

Citons ici le communiqué de presse de l’avocate de Roman Polanski :

« Roman Polanski a appris les poursuites civiles engagées contre lui aux États-Unis par une personne dont il ignore l’identité et qui déclare qu’il l’aurait agressée en 1973. Ce type de procédure, propre à l’État de Californie, permet à une plaignante de proférer les pires accusations après plus d’un demi-siècle sans la moindre preuve ni justification.

Roman Polanski conteste ces accusations incongrues avec la plus grande fermeté. »

Accusations incongrues, oui. De la même farine empoisonnée que celles de Charlotte Lewis ou de Valentine Monnier ? Comme en avant-première, elles avaient été proférées par la dénommée Robin alias Jane Doe quelques semaines à peine avant le déclenchement de #MeToo – encore une coïncidence miraculeuse ?

Or ce qui ne peut manquer de nous frapper, à lire l’article publié par Le Monde (avec l’AFP) – puisque c’est ce journal qui a ouvert le feu, mais les autres médias ne sont pas en reste –, c’est le parti-pris ouvertement hostile à Roman Polanski qui préside à sa rédaction. C’est qu’il faut bien remettre à flots le story-telling d’un Polanski criminel, mis à mal par les mensonges visibles, trop visibles de Charlotte Lewis une semaine auparavant.

Les « victimes » ne mentent jamais, article de foi n°1. A fortiori quand elles accusent un « monstre » – fabriqué de toutes pièces. Alors vite, vite, consolidons le dogme peut-être vacillant. Par des raccourcis, sources d’idées fausses, voire par des inexactitudes grossières dans des papiers ficelés à la six-quatre-deux ? Tant pis.

Ainsi dès le chapeau : « Roman Polanski, 90 ans, a fui en 1977 la justice américaine à la suite d’une condamnation dans une autre affaire de viol ». Que les faits pour lesquels Polanski a été condamné, et a purgé sa peine, aient été requalifiés en « relation sexuelle illicite avec une mineure », oublions-le. « Viol », on vous dit, de façon suffisamment vague cependant pour ne pas être soupçonné de vouloir désinformer. Mais tout de même : « viol », et encore « viol ».

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique

« Il est depuis parvenu à échapper aux demandes d’extradition », lit-on plus loin. Passons sur les sous-entendus de la formulation, insinuant que le criminel Polanski aurait usé de procédés louches pour « échapper » à la justice américaine.

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique.

Militante du collectif feministe « Noustoutes » à Paris le 23 novembre © CELINE BREGAND/SIPA

En 2010, premier refus d’extradition de Roman Polanski aux États-Unis, par la Suisse. Polanski a été emprisonné, puis assigné à résidence sous bracelet électronique dans son chalet à Gstaad pendant tout le temps de l’examen de la demande américaine, rejetée en raison non pas d’obscures manœuvres du cinéaste, mais du refus de la justice californienne de fournir aux autorités helvétiques les documents judiciaires qu’elle exigeait légitimement.

En 2015, par une motivation du tribunal de Cracovie, développée sur plus de 300 pages retraçant l’historique complet de l’affaire Samantha Geimer et soulignant la délinquance judiciaire dont Polanski a constamment été victime, la Pologne a également refusé son extradition. Le juge Dariusz Mazur, dans ses attendus remarquablement détaillés, rappelle que Roman Polanski a exécuté sa peine initiale en 1977, et il insiste sur la volonté inique de la justice américaine « obsédée par le regard médiatique », «d’humilier et d’avilir » le réalisateur.

Le lecteur peut avoir accès à l’audience filmée et sous-titrée en français de ce captivant moment judiciaire – le rendu par le magistrat polonais de sa décision – sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=UEsTINMTARE

S’agissant de l’embarrassant procès Lewis de la semaine dernière, on lit au sujet de cette affaire de diffamation que Polanski a qualifié d’« odieux mensonge » les accusations de l’actrice britannique. Comme si tel était le propos litigieux.

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique.

Car si de fait Polanski a bien tenu le propos relevé par Le Monde, ce n’est pourtant pas pour celui-là qu’il était poursuivi, mais pour deux autres, dont on peine à comprendre en quoi ils pourraient être considérés comme « diffamatoires ». Pour rappel, Polanski est jugé parce qu’il a relevé, pour se défendre de ses allégations, les contradictions manifestes de Charlotte Lewis ; et parce que, en réponse à une question, il a émis, sans certitude aucune, des hypothèses sur les éventuels motifs de son accusatrice.

En tout état de cause, il semble insupportable aux officiers de la nouvelle colonie pénitentiaire #MeToo que leur dispositif d’exécution à répétition, de plus en plus déchaîné, risque de se gripper, serait-ce un tout petit peu, sur leur condamné favori : Roman Polanski, le prototype.

Mais à force de surchauffe, de surenchère, à nouveau, sur Roman Polanski, on peut imaginer que, comme dans le conte grinçant de Kafka, la machine se détraque pour de bon. Nous n’irons pas jusqu’à souhaiter aux préposés à son fonctionnement permanent le destin du fanatique de Kafka qui, de rage face aux quelques signes de dysfonctionnement du merveilleux outil de châtiment et de crime, se jettera sous la herse en folie, pour se voir graver sur le dos une sentence pensée sur mesure : « Sois juste ».

Qui a peur de Roman Polanski ?

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[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2024/03/13/etats-unis-roman-polanski-sera-juge-au-civil-en-2025-pour-des-accusations-de-viol-sur-mineur_6221661_3210.html

Drag-queen en culottes courtes

Un atelier controversé, prévu à Mérignac (Gironde) du 26 février au 1ᵉʳ mars, a été annulé au grand dam des consciences molles. Dommage pour les quatre élèves qui étaient inscrits.


Les dirigeants de la maison des jeunes et de la culture de Mérignac (33) avaient prévu pour les vacances scolaires un atelier drag-queen destiné aux ados de 11 à 17 ans. Programme alléchant : port de talons aiguilles, perruques carnavalesques, maquillage à la truelle et, surtout les yeux, le regard. Langoureux et habité, je suppose. Rien de plus urgent à enseigner aux enfants, bien sûr.

Le bon sens gagne

Le but affiché : casser les codes.
On pourrait croire que le bon sens a gagné parce que l’animation a été annulée. Que nenni ! Le retrait décidé par les organisateurs eux-mêmes revêt en fait, de leur point de vue, le doux parfum d’une victoire, l’occasion en or de se poser en martyrs du progressisme. Ils ont cédé, assurent-ils, devant les oppositions de l’association Parents vigilants d’Éric Zemmour et d’un mouvement catholique. Une aubaine ! Pensez, cathos et fachos tout contre !

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Sauf que bien d’autres parents-citoyens s’y opposaient. La contestation venant de la droite-droite, quelques consciences molles – toujours paniquées à la perspective de rater le train du conformisme ambiant – n’allaient pas manquer d’unir leurs voix à celle des dépités. Leur argument, formulé dans Franc-tireur : « Il n’existe aucun précédent d’agression sexuelle par une drag-queen[1] ». Faux. Trois cas parmi d’autres : août 2023, la police britannique arrête Andrew Way, alias Miss Gin, pour pédophilie en ligne. Le 16 février, dans l’Oregon, la police interpelle pour pédopornographie Adam Westbrook, militant du mouvement LGBT les Sœurs de l’indulgence perpétuelle, parodie obscène de l’Église catholique. À Houston, Albert Alfonso Garcia, alias Tiana Maia Nina, a été démasqué en tant que pédophile déjà condamné, après des prestations dans une bibliothèque publique en 2017 et 2018 – et avant un passage à l’acte éventuel. Surtout cette pseudo-défense est totalement hors sujet.
Ce que redoutaient les opposants de Mérignac n’était pas une agression, mais la sexualisation excessive et orientée des jeunes sujets. Ce qui est aussi une forme d’agression.


[1] Paloma Clément-Picos, « Drag-Queens, Bordeaux couine », Franc-tireur, 14 février 2024.

Une école sacrificielle

Coup de gueule contre ces professeurs dysfonctionnels de l’Éducation nationale, qui, non contents de discréditer la profession, font surtout souffrir les élèves sans être jamais inquiétés !


Certains professeurs ont une chance infinie que notre système scolaire soit ce qu’il est. Une pomme pourrie.
En collège, lui prolonge son arrêt maladie sans être malade, et ses élèves n’ont pas cours depuis trois mois. Il est payé bien sûr.
Lui fait remarquer quotidiennement à des Noirs qu’ils sont noirs, à des Arabes qu’ils ont un nom imprononçable, voire pire. Mille fois signalé, jamais inquiété.
Elle, accuse les gamins d’être nuls : en véritable Cassandre, elle décrète qu’ils seront au mieux caissiers ou éboueurs. Ou livreurs.
Pour elle, les Noirs sentent. Encore eux. Pas de problème, à la suite de cela, on l’a nommée dans un lycée prestigieux, plus clair. Moins peuple.
Elle (car l’école n’est pas épargnée), profite de s’occuper de tout petits enfants pour les molester. Les bébés ça pleure de toute façon, alors qui saura?
Lui, et lui, et elle… Inutile de continuer à faire son Pétain. L’idée est là, d’ailleurs connue de tous.
Des profs sévères, très sévères, trop sévères voire parfaitement injustes sont légion. C’est le jeu, après tout. Ça forge. La vie n’est pas un bonbon et l’autorité est nécessaire. Mais ceux-là, non. Comment peut-on continuer à tolérer leurs pratiques?
Est-ce parce qu’il n’y a plus de profs en réserve que l’on doit garder tout le monde, coûte que coûte ? Des enfants souffrent. On brandit les cours d’empathie sur les apprentissages, pour se donner bonne conscience, et on laisse sévir des adultes qui n’ont pour eux ni la vocation, ni le respect. Que transmettent-ils ? Et que génèrent-ils ? De l’insolence, de la violence, un sentiment d’humiliation, d’abandon, une méfiance permanente envers l’adulte.
Peut-être ces profs souffrent-ils eux-mêmes. Un divan de psy fera l’affaire alors. Pas une classe de jeunes en devenir, à qui l’on doit montrer l’exemple, que l’on doit instruire, accompagner et aider à grandir.
Le fonctionnariat est un état confortable, que beaucoup de pays nous envient. C’est surtout dans l’Éducation nationale un système qui, lorsqu’il dérive, peut se révéler sacrificiel et éhontément verrouillé. Un professeur dysfonctionnel, violent, raciste y est protégé. En tout cas jamais renvoyé. On le change d’établissement tout au plus. Le ver reste dans le fruit, indéboulonnable.
De nombreux professeurs ont vraiment besoin d’être soutenus. Ils vont mal : pas de vague.
D’autres sont la honte de notre métier. Ils vont bien : pas d’inquiétude.

Va-t-on confier la mort aux bureaucrates?

Le projet d’aide à mourir suscite beaucoup de réactions. Quelle est celle d’Elisabeth Lévy ?


Alors qu’après la constitutionnalisation de l’IVG, certains parlent déjà de revoir la clause de conscience des médecins, un autre débat sociétal s’ouvre : la fin de vie.
Deux remarques préalables :

  • Je ne méconnais pas les souffrances qui accompagnent souvent la fin de vie et la nécessité de les apaiser ;
  • J’estime que ce sujet est trop délicat pour les certitudes, et surtout pour le militantisme.  

Cependant, ce projet gouvernemental français demeure troublant, même si on a proscrit le terme « mourir dans la dignité », une expression affreuse selon moi, qui condamnait à l’indignité ceux qui ne veulent pas mourir – « aide à mourir », c’est tout de même mieux.
Une précision: contrairement à ce qui a pu être entendu, le projet ne proscrit pas le suicide assisté. Ce dernier demeure ouvert à ceux qui ne peuvent pas s’administrer le produit eux-mêmes.
Avant d’aborder ce qui se passe en France, évoquons les expériences étrangères. On observe qu’on commence toujours par des lois très restrictives, et puis finalement, on ouvre au fur et à mesure à de plus en plus de cas… Ainsi au Canada, depuis 2016, des patients atteints de maladies incurables peuvent demander l’assistance au suicide, et désormais on discute pour l’ouvrir aux mineurs de plus de 12 ans (!) et aux malades mentaux. En outre, de nombreux cas révèlent une pression exercée sur les vieux dans ce pays, conduits à se sentir inutiles. On a aussi accordé l’euthanasie à un homme qui ne supportait pas le bruit dans une maison de retraite. Et en Belgique, on s’en souvient, on a aidé une adolescente à mourir. Tout cela n’est pas très encourageant.

Cependant, sous prétexte qu’il y a des excès, ne faut-il rien faire ?

Mais on ne fait pas rien !
Primo, il faut mettre le paquet sur les soins palliatifs, deuxio la loi Claeys-Leonetti règle déjà énormément de cas, tertio – pardon de le rappeler – aucune loi n’interdit le suicide. Enfin, une forme d’euthanasie ou d’aide au départ, cela se pratique déjà, au cas par cas, dans le secret des médecins, des familles et des soignants.
Certes, c’est injuste pour ceux qui n’ont ni famille ni médecin, ni le courage ou la capacité de se suicider. Oui. La vie est injuste, la mort aussi.
Il y a dans tous ces projets un hubris prométhéen, une naïveté progressiste dans la croyance qu’on peut inverser au bout du chemin tout ce qui a déraillé avant. Il sera toujours plus facile de mourir aimé et entouré que seul. Va-t-on faire une loi contre la solitude ?

Une de « Charlie Hebdo », actuellement en vente.

La dernière chose qu’on doit encadrer c’est la mort

Vous me direz que, puisque ça se pratique dans le secret des hôpitaux il faut bien un cadre. Eh bien non ! La dernière chose qu’on doit encadrer, c’est la mort. Peut-être que mon prochain ou mes proches peuvent m’aider à mourir. Mais, s’il vous plait, pas l’État.
Si l’État peut me garantir une mort douce, pourquoi ne devrait-il pas aussi assurer mon bonheur ? Bien mourir ou être heureux ne sont pas des droits constitutionnels. On ne peut pas rendre la mort cool, ni la faire entrer dans des protocoles. C’est notre dernière manifestation de souveraineté et de liberté. On ne peut pas la confier aux bureaucrates.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale de Patrick Roger.

Intelligence avec l’ennemi?

Que ne feraient pas certains hommes politiques pour obtenir le vote musulman? Attention, toutefois, malgré les immunités des parlementaires, à ne pas s’aventurer en zone trop dangereuse juridiquement, conseille cette tribune.


La liste des Insoumis aux élections de juin a été dévoilée mercredi dernier. Elle accueille en septième place une activiste pro-palestinienne au profil plutôt sulfureux, Rima Hassan[1]. Précisons d’emblée que son positionnement lui assure un possible siège au Parlement européen. La présence de cette militante associative de 32 ans, conforte le soutien inconditionnel apporté par LFI aux Palestiniens et à Gaza, une façon d’élargir son audience dans l’électorat musulman. Cette femme, diplômée en droit international humanitaire, milite pour une Palestine « de la mer au Jourdain ». Ce slogan entonné régulièrement par l’OLP et le Hamas implique de facto le démantèlement de l’État d’Israël tel qu’il existe. Et donc la disparition de cet Etat.

Le Parlement européen, parce que je le vaux bien

Rima Hassan est proche du député LFI David Guiraud. Elle était même à ses côtés lorsque celui-ci lors d’une visite à Tunis en novembre 2023 déclara : « Le bébé dans le four, ça a été fait, c’est vrai, par Israël, la maman éventrée, ça a été fait, c’est vrai, par Israël. ». Par sa simple présence elle a cautionné les propos. L’hebdomadaire Marianne rapporte aussi que, lors d’une autre conférence, toujours en novembre, à la question « Le Hamas mène une action légitime ? », Rima Hassan a répondu : « Vrai ». Tout n’est-il pas dit ? On rajoutera également qu’étant donné que LFI refuse obstinément de considérer le Hamas comme un groupe terroriste, Rima Hassan est sur le même axe. Cette dernière a acquis une certaine notoriété droitdel’hommiste, qui lui valut voici quelques années d’être nommée ambassadrice pour L’Oréal. Mais avec son engagement pro-palestinien et donc anti-israélien, le vent a tourné. Le 8 novembre dernier, L’Oréal a préféré suspendre le contrat qui les liait.

Le 17 janvier, c’est l’eurodéputé LFI Younous Omarjee qui déposait un amendement proposant de remplacer le terme « terroriste », pour évoquer le Hamas, par celui de « groupes armés palestiniens ». L’amendement a été rejeté. Mais l’intéressé reste porté par LFI. En effet il figure à la très honorable deuxième place sur la liste aux européennes…

On n’en finirait pas de citer les dirigeants ou élus LFI qui ont, de près ou de loin, pris position pour le Hamas et donc contre Israël. Jean-Luc Mélenchon en tête qui est devenu, qu’on le veuille ou non, le héraut principal de l’antisémitisme (d’ultra gauche). Que ne ferait-il pas pour obtenir le vote musulman… Le compromis, ça n’est pas la compromission, c’est l’envers du fanatisme. La compromission c’est la lâcheté. Le compromis, c’est le courage (Adam Michnik).

Le Hamas est, étymologiquement, « Mouvement de résistance islamique ». Il est donc un groupe islamiste et nationaliste palestinien constitué d’une branche politique et d’une branche armée, les brigades Izz al-Din al-Qassam. Le Hamas est principalement actif dans la bande de Gaza qu’il administre seul depuis juin 2007, après sa victoire aux élections législatives de 2006 et l’éviction de l’Autorité palestinienne à la suite d’une brève guerre civile (et faute d’élections depuis). Certes au sein de l’ONU un certain nombre de pays ne classent pas le Hamas dans le groupe des organisations terroristes (Chine, Russie, Brésil, Norvège ou Suisse). Certes quasiment aucun des pays arabo-musulmans, d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie ne considère le Hamas comme une organisation terroriste. Bien sûr la majorité des pays d’idéologie islamiste sont dans une posture similaire en soutenant même financièrement le Hamas (Iran, Syrie, Qatar, Algérie, Afghanistan).

Manque de courage politique

En revanche le Hamas est classé comme organisation terroriste par une trentaine de pays, quasi-exclusivement occidentaux, notamment les États-Unis, le Canada, l’Union européenne (dont la France), le Royaume-Uni, l’Australie ou encore le Japon. Précisons que pour le président d’Amnesty International France, Jean-Claude Samouiller, le Hamas n’est pas un groupe terroriste mais « un groupe palestinien armé coupable de crime de guerre » avant de préciser que cette qualification était « plus précise » et donc plus utile en droit international. Il a même estimé que le terrorisme n’était pas un concept juridique. Quelle idiotie ! Rappelons-lui que l’Assemblée générale des Nations unies a réaffirmé cette définition en janvier 2006 (résolution 60/43), définissant les actes de terrorisme comme des « actes criminels conçus ou calculés pour terroriser l’ensemble d’une population, un groupe de population ou certaines personnes à des fins politiques ». Cela s’appelle une définition de droit international. Par ailleurs n’en déplaise à Amnesty International qui sait cohabiter avec quelques mouvements islamistes, l’UE source de normes juridiques incontestables a émis pas moins d’une quinzaine de conventions et protocoles depuis les années 70. Notamment l’article 2 de la convention pour la répression des attentats terroristes à l’explosif prévoit que « commet une infraction toute personne qui illicitement et intentionnellement livre, pose, ou fait exploser ou détonner un engin explosif ou autre engin meurtrier dans ou contre un lieu public, une installation gouvernementale ou une autre installation publique, un système de transport public ou une infrastructure dans l’intention de provoquer la mort ou des dommages corporels graves, ou dans l’intention de causer des destructions massives de ce lieu, de cette installation, de ce système ou de cette infrastructure, lorsque ces destructions entraînent ou risquent d’entraîner des pertes économiques considérables ». A la suite des terribles attentats de 2001 qui frappèrent New-York, l’UE renforça encore sa réglementation.

Si l’on considère, basiquement, que le terrorisme est l’emploi de la terreur à des fins idéologiques, politiques ou religieuses, on ne peut que conclure de façon incontestable que le samedi 7 octobre 2023, à 7h30 (heure française), les terroristes du Hamas déclenchent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » contre Israël et font près de 1300 morts. Et combien de centaines de blessés. Et des otages bien entendu. Ce sont des attentats mais aussi des actes de barbarie. On a même pu parler de pogrom. Rappelons que Pogrom est un mot russe signifiant « dévaster, démolir violemment ». Historiquement, le terme désigne des attaques violentes commises sur des Juifs par des populations locales non-juives dans l’Empire russe et dans d’autres pays. Le premier incident à avoir été appelé pogrom serait l’émeute anti-juive d’Odessa en 1821. Donc le terrorisme étant un crime, le Hamas étant constitué de terroristes, il s’agit bien d’un groupe terroriste.

Alors lorsque des personnalités politiques françaises, a fortiori élues, pactisent de près ou de loin avec le Hamas comme c’est le cas de Mme Hassan, M. Omarjee, ou encore M. Guiraud voire M. Mélenchon, cela s’apparente pour nous à l’incrimination pénale d’intelligence avec l’ennemi ou de trahison. Bien entendu, les condamnations sont rares au titre de « l’intelligence avec une puissance étrangère », mais elles s’appliquent aussi bien aux civils qu’aux militaires, en temps de paix ou de guerre. Nous estimons que leurs comportements et leurs discours oscillent entre intelligence et la collaboration avec l’ennemi. Selon l’article 411-4 du Code Pénal : le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France (Chapitre Ier : De la trahison et de l’espionnage … (Articles 411-1 à 411-11)).

Le crime de « haute trahison » n’existe plus dans le code pénal, il existait dans l’ancien (articles 75 et 76), qui datait de 1810 et a été abrogé le 1er mars 1994.

Nous estimons que par leurs comportements et leurs discours, certains élus de LFI (mais il en est d’autres) ainsi que de nombreux dirigeants de ce parti d’extrême-gauche tombent sous le coup de l’art. 411-4 du CP. Depuis quelques années l’ennemi c’est le Hamas et son armée de terroristes. Raymond Barre avait eu cette phrase lors de la campagne présidentielle de 1988 alors qu’on l’interrogeait sur Le Pen : « on ne mange pas avec le diable même avec une longue cuillère ». Eh bien avec ce mouvement terroriste, il en va de même. Tous ceux et celles qui, d’une façon ou d’une autre, se réfèrent au Hamas ou le soutiennent depuis le 7 Octobre dernier, entretiennent incontestablement des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou une organisation étrangère. D’autant plus quand cette puissance, cette entreprise ou cette organisation, est financée à 70% par l’Iran (berceau du terrorisme), qui arrose également le Hezbollah libanais et diverses milices chiites en Syrie et en Irak.

Donc il ne manque plus qu’un peu de courage politique et judiciaire pour s’attaquer à toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, estiment que le Hamas est bien plus fréquentable qu’Israël. Celles et ceux qui estiment aussi que même s’il a terrorisé et tué atrocement des centaines d’innocents (notamment des femmes et des enfants), ce n’était pas un acte terroriste mais revendicatif. Que s’il reste des otages, ils sont suspects de subversion contre la cause palestinienne… Et ce qu’il faut aussi bien voir chez ces gens-là, c’est que leur discours pro-Hamas, devient de facto antisémite. Et comme LFI a l’oreille d’une grande partie de l’électorat musulman dans les banlieues, le risque est immense de voir une contamination dans ces coins souvent perdus de la République…. Jean-Luc Mélenchon et ses affidés comptent là-dessus.

On le sait les députés français bénéficient de ce qu’on appelle l’immunité (art. 26 C), basée sur l’irresponsabilité et l’inviolabilité. Dans le premier cas : « aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Précisons que cette irresponsabilité ne couvre pas les propos tenus par le parlementaire en dehors de ses fonctions. L’inviolabilité prévoit qu’« aucun membre du Parlement ne peut faire l’objet, en matière criminelle ou correctionnelle, d’une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de liberté qu’avec l’autorisation du Bureau de l’assemblée dont il fait partie. Cette autorisation n’est pas requise en cas de crime ou délit flagrant ou de condamnation définitive ». L’immunité parlementaire ne fait pas obstacle à l’ouverture d’une enquête, ni même à l’engagement des poursuites. Mais pour que ces derniers aient lieu, il faut déclencher une procédure spécifique de levée de l’immunité parlementaire. A notre sens, contre les députés LFI, c’est envisageable et même nécessaire. Ce serait même salvateur pour notre démocratie.

Nous avions saisi Mme Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, sur les dérives de députés LFI suite aux attentats du 7 octobre. Elle n’a jamais jugé utile de nous répondre.

Parfois les gouvernants « doivent montrer qu’ils en ont. Je parle des nerfs bien entendu. » (Charles Pasqua)


[1] https://www.causeur.fr/rima-hassan-grace-a-lfi-le-hamas-fera-t-il-son-entree-au-parlement-europeen-278186

«Affaire Aya Nakamura»: l’assimilation à l’envers

Selon des rumeurs persistantes, l’interprète du tube Djadja serait pressentie pour chanter lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques cet été. Il est supposé que la chanteuse y interprète une chanson d’Édith Piaf. Comme un tel choix provoque le grand désarroi de militants identitaires, le grand cirque de l’antiracisme est ouvert !


Non, rien de rien

En France tout ne finit pas en chanson, mais en polémique. L’ « affaire Aya Nakamura », on s’en serait bien passé. Cette polémique est partie en flèche, alors que personne n’a officiellement confirmé que la chanteuse revisiterait Edith Piaf lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce choix putatif, révélé par L’Express[1], a suscité une salve de critiques, notamment dans les rangs de la droite identitaire. La chanteuse franco-malienne a été huée au meeting de « Reconquête ! » à Paris dimanche, quoique beaucoup moins que François Hollande. Je déteste les huées, c’est le signal faible de la barbarie. Mais dites « Zemmour » dans un meeting LFI, et vous verrez également du pays…
Un groupuscule appelé Les Natifs – qui semble être une nouvelle émanation de Génération identitaire – a posté ce commentaire « Y a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako ! »

Certes, les militants font stricto sensu référence à son origine et sa culture africaines, pas à la couleur de sa peau. Mais la différence est sans doute trop subtile pour les laver du reproche de racialisation. C’est déplorable, mais passablement insignifiant.
De l’autre côté, bien sûr, la polémique a lancé un ridicule festival de postures antiracistes, faisant de cette chanteuse pour ados la nouvelle Barbara. Soudain, ils adorent tous Aya Nakamura, même si comme moi ils ne l’ont découverte qu’hier. Tout ce cirque a culminé avec le consternant numéro d’Amélie Oudéa-Castera essayant de se la jouer jeune en chantant « Djadja ». Je vous l’épargne: l’original n’est déjà pas mélodieux, mais là c’est carrément un naufrage.

Pourquoi une Noire ne pourrait-elle pas représenter la France ?

En dehors de quelques misérables insulteurs anonymes des réseaux sociaux qui ne cachent pas leur racisme, personne ne dit cela, même si quelques-uns le pensent peut-être. Évidemment, une noire native de Bamako peut parfaitement aimer et représenter la culture française. Mais on peut aussi penser qu’Aya Nakamura n’est pas le meilleur choix sans être traité de raciste.
Comme l’a dit Marion Maréchal sur BFMTV, Aya Nakamura ne chante pas vraiment en français, mais dans un sabir mélangeant l’argot des cités, le verlan et le dialecte des rues africaines. « Suis pas ta catin, Djadja, genre, en catchana baby, tu dead ça ». Vous m’enverrez la traduction… Vous me direz que le yéyé da-doo ron ron, ce n’était guère plus intello. Je vous le concède. Mais le problème c’est que derrière Aya Nakamura, il y a un choix idéologique. On entend représenter la France à partir des apports extérieurs ; il faut valoriser la nouvelle France. La culture française traditionnelle et majoritaire ne doit avoir aucune préséance. Cela traduit aussi un refus de l’assimilation au profit de la créolisation rêvée par Mélenchon, laquelle est une assimilation à l’envers : c’est au peuple old school de s’adapter aux nouveaux arrivants.
Après tout, peut-être qu’Aya Nakamura fera taire ses détracteurs et me décevra en bien en nous offrant une belle interprétation classique d’un standard français. De toute façon, elle aura du mal à faire aussi tarte que la Marseillaise truffée de niaiseries féministes que nous a infligée Catherine Ringer le 8 mars…


[1] https://www.lexpress.fr/politique/aya-nakamura-chantant-piaf-les-exigences-secretes-demmanuel-macron-pour-les-jo-2024-YXO6ULUNYFC55CBVAS2QOXOMNM/

Une entourloupe majeure

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Paris, 12 novembre 2024 © ISA HARSIN/SIPA

Racisme, antisémitisme et «islamophobie» : la trilogie infernale


Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, au sortir d’une réunion avec le président Macron et d’autres représentants des cultes, avait dit qu’il serait bien allé à la manifestation contre l’antisémitisme dimanche 12 novembre si… elle s’était appelée autrement. En somme, s’il ne s’était pas agi de l’antisémitisme. Il a ajouté qu’il aurait fallu appeler à manifester contre le racisme. Là, il aurait fait le déplacement. De son côté, Nathan Devers, sur CNews, déplorait dernièrement la parcellisation des luttes en privilégiant une lutte plus globale. Oui, mais laquelle ?

Critiquer le concept d’islamophobie, il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Le recteur de la Grande Mosquée, avec tout le respect que je dois à sa fonction, noie le poisson. Le judaïsme n’étant pas une race mais une religion, au même titre que l’islam d’ailleurs, le racisme invoqué n’a pas de sens. D’autre part, je comprends le peu de goût qu’éprouve Nathan Devers pour ce qu’on appelle aujourd’hui l’intersectionnalité et qui vous décompose les luttes contre toutes sortes de discriminations jusqu’au vertige (voir ci-dessous l’affiche trouvée dans la rue et qui m’a obligée à aller voir sur Google ce que pouvait signifier « validisme » ; une discrimination envers les invalides. Et dire que la manifestation contre l’antisémitisme a commencé là et qu’on aurait pu en profiter pour faire d’une pierre deux coups : contre l’antisémitisme et pour les invalides ! Ce qu’on est bête, alors!), je le comprends mais pas pour tout. Ainsi, la fameuse lutte contre « le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie » dont on nous rebat les oreilles, est une trilogie infernale.

C’est d’ailleurs de n’avoir pas voulu de cette association de mots qu’un professeur de Sciences-Po Grenoble s’était retrouvé « cloué au pilori ». Car cette association pose effectivement d’énormes problèmes. D’abord, on a le sentiment que les deux premiers mots que l’Histoire a prouvés servent d’appui, voire de caution au benjamin de la troupe : l’islamophobie. Des noirs sont morts d’être noirs dans certains pays du monde, des juifs sont morts d’être juifs en Europe mais aussi ailleurs. Mais les musulmans ? Depuis quand meurent-ils parce que musulmans dans nos contrées ?

Malaise, Blaise

Du coup, on éprouve nécessairement un malaise devant ce mot d’ « islamophobie » qui prétendrait, en quelque sorte, au même statut que les autres. On sent bien qu’on utilise historiquement les deux premiers pour donner une assise « historique » au dernier ; ce qui équivaut à une instrumentalisation profondément immorale des tragédies vécues par d’autres et à une torsion de l’Histoire.

A lire aussi, Isabelle Larmat: T’inquiète pas, Coco!

Ensuite, ce slogan qui met tout dans le même sac, histoire que la confusion soit totale, interroge quant au racisme d’aujourd’hui. Notre époque a vu naître des personnes « racisées » qui détournent le sens ancien de ce terme pour asseoir un « nouveau racisme », un racisme revendiqué en quelque sorte. Car dès lors qu’on pense en termes de race, on devient nécessairement raciste. Alors, que peut signifier la lutte contre le racisme brandie par des gens s’inspirant de la notion de race pour se désigner et désigner les autres ?

Je me souviens, à ce propos, d’une élève d’origine congolaise me racontant comment elle avait été ostracisée durant toutes ses années de lycée car elle avait eu le malheur de s’intéresser au théâtre, à la philosophie, à la littérature ; bref, à la culture européenne et française. Des jeunes filles noires lui disaient « qu’elle trahissait sa race ». Donc, lutter contre le racisme avec ceux-là mêmes qui le réinventent devient un véritable casse-tête chinois…

J’en viens à présent à l’antisémitisme casé entre les deux autres et dont on a le sentiment qu’il a intérêt à se tenir tranquille et à sa place. Je ne peux me défaire d’une impression très gênante que ce mot est là pour faire bonne figure ; qu’on lui fait jouer un rôle. Parce que tout de même, l’antisémitisme d’aujourd’hui vient essentiellement de l’islamisme et des dits « racisés ». Lorsqu’une célèbre indigéniste se fend d’un ouvrage intitulé Les Blancs, les Juifs et nous, on est en droit de se demander comment on peut lutter contre l’antisémitisme avec des gens qui le pratiquent.

Enfin, l’islamophobie, née avec le siècle et qui profite de ce suffixe pour confondre toute critique légitime d’énoncés ou de comportements avec une phobie quelconque ; ce qui a pour but d’empêcher toute interrogation à son sujet en rabattant celle-ci sur les personnes ; les musulmans en l’occurrence, elle est précisément brandie pour interdire toute discussion démocratique au nom d’une mise en danger imaginaire.

Le monde à l’envers

Résumons-nous : je suis censée lutter contre le racisme avec des racisés nécessairement racistes puisque pensant en termes de races ; combattre l’antisémitisme avec des gens le pratiquant sans vergogne et enfin, mettre à mal une prétendue islamophobie avec des personnes confondant des questions parfaitement légitimes concernant une religion quelle qu’elle soit, et sa pratique dans un pays, avec un soi-disant rejet.

Où l’on voit  donc que cette association relève quasiment de l’association de malfaiteurs, qui vous embrouille les notions au nom des bons sentiments et de la posture vertueuse. Il y a des limites au principe de non-contradiction ; il y a donc des limites à une intersectionnalité qui se fiche du monde.

Tu veux ou tu veux pas?

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DR.

Emmanuel Macron veut inscrire la notion de consentement dans la définition juridique du viol. Une fausse bonne idée.


Bien sûr, ce n’est pas fait. Mais le président a évoqué cette possibilité avec l’association féministe Choisir la cause des femmes, le 8 mars : « Que le consentement puisse être inscrit dans le droit français, je l’entends tout à fait ».

Aujourd’hui, voici la définition du viol telle qu’elle apparait dans le Code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, ou bucco-génitale commis par violence, contrainte, menace ou surprise ». Pour les ligues de vertu féministes, c’est évidemment insuffisant. Elles veulent que la France imite l’Espagne et la Suède, pays où tout acte sexuel non précédé d’un accord explicite est considéré comme un viol.

Une abomination juridique

De mon point de vue, il s’agit d’une abomination juridique. C’est mettre une épée de Damoclès sur la tête des hommes. On pourra toujours revenir sur ce consentement, dire qu’il n’était pas vraiment éclairé. J’ai dit oui, mais j’avais bu. J’ai dit oui, mais j’étais sous « emprise ». Cela donne aux femmes la possibilité de requalifier en viol n’importe quelle relation. Donna e mobile.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

Cette conception des femmes victimisées les fragilise. Les pauvres malheureuses se retrouvent avec un homme sans l’avoir choisi, et cèdent sans l’avoir voulu. Attention : cela arrive. Dans l’acception classique du viol, un type qui force une femme (l’inverse est plus rare), cela existe. Mais avec ce consentement réversible, une femme qui fait l’amour avec son mari parce qu’il insiste un peu pourra déclarer le lendemain qu’il l’a violée – surtout si elle veut la garde des enfants.

Vers la fin du marivaudage

Mais il faut bien des règles ! dit-on. Oui, mais ces règles existent. Violence, contrainte, menace ou surprise. Et en plus, en dehors de ces cas, ce qui n’est pas refusé est autorisé. Quand une femme dit non, c’est non! Tant pis pour celles qui disent non en pensant oui, ça c’était avant, quand on pouvait marivauder…

L’exigence du consentement explicite élimine l’ambiguïté consubstantielle aux relations humaines, particulièrement sexuelles. Croyez-vous franchement que toutes les femmes veulent exprimer clairement leurs désirs avant de faire l’amour ? Que les timides ou les complexés demanderont à leur dulcinée: « la pénétration, c’est OK, peux-tu signer là ? » Il est en réalité effrayant d’imaginer ce que cette exigence de consentement peut donner dans la vie réelle.

Derrière cette demande d’extension infinie du domaine du viol, il y a une terrifiante volonté de normalisation de l’intime. Exiger un consentement explicite avant tout acte sexuel, c’est laisser le législateur entrer dans les alcôves, s’immiscer dans le jeu tortueux des sentiments et des désirs.

La loi établit déjà ce qui est interdit. Elle n’a pas à ériger des règles positives sur notre comportement privé. Nous n’avons pas besoin d’un Code de la séduction.

Avec le projet d’aide à mourir, l’Etat déjà prétend domestiquer Thanatos, alors pitié qu’il nous laisse nous débrouiller avec Eros.


Cette chronique a d’abord été diffusée dans la matinale de Patrick Roger sur Sud Radio

L’islamo-gauchisme de Sciences-po en passe de devenir une affaire d’État

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© Antoine Chereau

On savait la prestigieuse école déjà minée par les thèses à la mode du wokisme, du néoféminisme ou de la théorie du genre… L’opinion, qui découvre avec effroi ce matin qu’une salle a été bloquée mardi par des militants propalestiniens, et que des propos « inqualifiables » (selon Emmanuel Macron) ont été tenus à l’encontre d’une étudiante de l’UEJF, attend des sanctions. L’extrême gauche minimise les incidents.


À Sciences-po Paris, l’antisémitisme se porte décomplexé, la cause palestinienne permettant visiblement que s’exprime librement la haine des Juifs. C’est ainsi que, soi-disant pour attirer l’attention sur Gaza, le principal amphi de l’école a été occupé par des associations d’extrême-gauche propalestiniennes mardi 12 mars. Cela n’a rien changé à la situation sur place, mais a permis d’ajouter de nouveaux actes antisémites à ceux qui se sont multipliés dans notre pays. À Sciences-po, c’est notamment une étudiante qui a été empêchée d’entrer dans l’amphithéâtre parce que Juive et une association juive qui a été verbalement attaquée.

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Inquiétante lâcheté

Face au scandale, la direction de l’école s’est fendue d’un communiqué. Où elle réussit à mettre en scène une indignation de façade qui évite soigneusement de nommer les choses et de regarder la réalité en face. Ainsi l’étudiante juive est devenue « un membre de la communauté étudiante », les propos antisémites ont été transformés en « propos accusatoires », et pour éviter de mentionner que l’Union des Étudiants Juifs de France a été ciblée, elle est évoquée en tant que « association étudiante en particulier ». Qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! et comme l’antisémitisme en est rapidement évacué ! Une telle lâcheté n’a pas manqué de faire réagir les internautes et une version corrigée de ce communiqué de presse honteux a circulé sur X, biffant les mentions hypocrites pour mieux restituer la dimension antisémite de l’affaire.

Une école à la dérive

Mathias Vicherat. DR.

Et voilà qu’on apprend mercredi 13 février la démission du directeur de Sciences-po, Mathias Vicherat. J’avoue avoir pensé avec étonnement que pour une fois, un enfant gâté de la technocratie triomphante prenait ses responsabilités et, face à un tel échec, assumait sa perte. Mais pas du tout, l’homme ne démissionne pas parce qu’il se sent concerné par l’antisémitisme décomplexé qui s’exprime dans une école censée former l’élite du pays, mais pour des questions personnelles, lui et sa femme étant soupçonnés de violences conjugales. Le directeur est visiblement autant à la dérive que son école.

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En revanche, le gouvernement, lui, a parfaitement réagi. Aurore Bergé, qui a toujours montré du courage sur ces questions, a été limpide : « Ce qu’il s’est passé a un nom : l’antisémitisme. Demander le nom des gens, les filtrer à l’entrée, assimiler leurs noms à la politique du gouvernement israélien… C’est insupportable et illégal. Rien ne le justifiera jamais ». Du côté de Jean-Luc Mélenchon, aucune surprise. L’insoumis, dont les dérapages se multiplient, ressemble de plus en plus à Jean-Marie Le Pen et passe à deux doigts du « point de détail de l’histoire » en parlant d’un « incident dérisoire » et en citant copieusement Rima Hassan, l’activiste qui n’est pas la dernière à semer la haine des Juifs au nom de la cause des Palestiniens.

Palestiniens instrumentalisés

Or ce qui vient de se passer est inquiétant. À Sciences-po, on est censé faire notamment du droit et de l’histoire et à un niveau d’excellence. Or la cause palestinienne telle qu’elle est utilisée pour radicaliser les populations musulmanes en Europe est souvent imprégnée par une lecture islamiste. Longtemps les pays et sociétés arabes furent indifférents au sort des Palestiniens. Cela jusqu’à ce que les Frères Musulmans fassent de l’existence d’Israël une forme de blasphème, et de sa destruction un fiqh, une obligation sacrée s’imposant à tout membre de l’Oumma. Mais même pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire, la façon dont la cause palestinienne est instrumentalisée s’avère souvent grossière. Elle se résume à une falsification historique destinée à nourrir ressentiment et haine. L’essentiel n’est pas d’améliorer la situation des Palestiniens : ils sont bien plus utiles malheureux. Il s’agit avant tout de réussir une alchimie délicate visant à transformer les Juifs en Nazis, les éternels persécutés en bourreaux. Et pour cela aucune outrance n’est interdite.

Effondrement

En convaincre des populations acculturées, peu éduquées, qui appartiennent à une sphère arabo-musulmane où l’antisémitisme est culturel n’est pas très compliqué et explique pourquoi un crime contre l’humanité commis contre des Juifs a alimenté en Europe une explosion antisémite : on a assisté à un phénomène de décompensation culturelle chez certains où la violence tribale du pays d’origine a primé sur le respect des normes sociales européennes et de la légalité. Le signe ne devrait pas être pris à la légère. Mais lorsque l’entrisme se manifeste dans les lieux de formation de l’élite, comme Sciences-po et qu’il remet au goût du jour l’antisémitisme le plus abject, que la direction de l’école soit incapable de réagir dit notre effondrement moral.

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Ainsi dans une école où on devrait savoir ce qu’est un crime contre l’humanité, ce que signifie le retour des pogroms, le 7 octobre, semble n’avoir ébranlé que peu de consciences et la question du retour du crime contre l’humanité n’a guère intéressé. En revanche, dans cette même école, on n’hésite pas à expliquer qu’il y a un génocide à Gaza et à occuper un amphi pour le dénoncer, alors même que cela est parfaitement faux.

Gabriel Attal déclenche l’article 40

Même si ce qui s’est passé dans cette école ne relevait pas du pénal, de telles lacunes dans la formation des étudiants mériterait une sérieuse reprise en main. Mais justement, ce qui s’est passé relève du pénal. Voilà pourquoi l’article 40 a été déclenché par le Premier ministre. Cet article oblige les autorités à saisir la justice en cas de crime ou de délit dont elles ont connaissance. Mercredi en fin de journée, Sciences-po a déclaré avoir également saisi le procureur de la République au titre de l’article 40.

L’opinion espère le renvoi des fauteurs de troubles islamo-gauchistes

Espérons que cette saisine n’empêchera pas l’école de faire le ménage qui lui incombe, déjà en arrêtant de se prendre pour un campus américain multiculturaliste où on « gère des communautés étudiantes » et où les professeurs semblent terrorisés par leurs élèves. Ensuite en sanctionnant durement les élèves qui ont organisé cette occupation et ceux qui ont participé au filtrage et tenu des propos antisémites. Un renvoi en bonne et due forme, manu militari, aurait des vertus d’exemplarité inédite.

Selon la jeune fille refoulée à l’entrée de l’amphi et qui a témoigné dans le Parisien, il y a bien un climat antisémite à Sciences-po, mais il serait le fruit d’une minorité. La majorité désapprouverait mais laisse faire et l’ambiance s’en ressent. Sciences-po serait donc devenue une allégorie du bruit des pantoufles des élites comme réponse au bruit des bottes des fanatiques. Quoi qu’il en soit, ce que cette affaire dit d’une école censée former ceux qui nous dirigent ne donne pas envie d’être menés par cette élite-là.

Hommage bruxellois

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Mehdi Bouda est-il vraiment le Nahel du plat pays ? La correspondance bruxelloise de Sophie Flamand


Le 20 août 2019, peu avant minuit un adolescent de 17 ans, Mehdi Bouda, avait été renversé par une voiture de police au Mont des Arts, dans le centre de Bruxelles. Selon le parquet, la victime fuyait un contrôle de police anti-drogue. Mehdi Bouda, qui se trouvait à cet endroit lors de l’opération, s’est enfui à l’arrivée de la police. Une course poursuite s’en est suivie durant laquelle il a été heurté par un véhicule de la brigade anti-agression de la même zone de police. Cette patrouille se rendait à vive allure sur les lieux d’un cambriolage, d’après le parquet.

Le jeune homme, gravement blessé, n’a pas survécu.

Un juge d’instruction avait été saisi à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile déposée par l’un des membres de la famille de la victime, du chef d’homicide involontaire.

Le juge d’instruction n’a finalement inculpé personne dans cette affaire et le parquet avait donc demandé un non-lieu. L’expert automobile avait d’ailleurs conclu que même si le véhicule de police avait roulé moins vite, le conducteur n’aurait rien pu faire pour éviter la collision avec le piéton courant comme un fou.

A lire aussi: Un procès à la noix

Triste histoire qui illustre que les petites frappes qui refusent de se plier à un contrôle de police, on n’en trouve pas qu’en France. Par contre, en France comme en Belgique, les autorités racolent à qui mieux-mieux le suffrage de nos invités du désert auxquels ils ont donné le droit de vote. C’est sans doute à ce titre qu’un arrêt de bus de la commune d’Anderlecht, autrefois appelé « Peterbos », s’est vu renommé « Mehdi Bouda ». En l’honneur donc de cet adolescent déluré qui fuyait la police. Une fresque lui avait d’ailleurs déjà été consacrée dans un terrain de basket bruxellois. C’est déjà assez croquignolet, mais ça ne s’arrête pas là.

En effet, horresco referens, la STIB, c’est-à-dire l’équivalent bruxellois de la RATP, a commis une faute d’orthographe dans le nom du héros célébré. Ils ont écrit Medhi Bouda en lieu et place de Mehdi Bouda. « Mehdi », voyons, avec un h devant le d, tout le monde sait cela ! Il n’en fallait pas plus à Madame Els Rochette, députée bruxelloise Vooruit (Parti socialiste flamand) pour s’émouvoir, saluant la « reconnaissance » (de quoi ?) mais déplorant la faute sur X. [1]

Promis, la prochaine fois, on fera bien attention ! Et d’ailleurs, cette impardonnable bourde ne se serait pas produite si on laissait carrément tomber l’écriture latine au profit de la calligraphie arabe. Pas vrai, madame Rochette ?


[1] https://twitter.com/ElsRochette/status/1767092658579648935

Polanski: c’est reparti pour un tour

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Roman Polanski, Deauville, septembre 2019 © Jacques BENAROCH/SIPA

Le cinéaste est depuis des années victimes d’une cabale kafkaïenne. On a appris hier l’existence aux États-Unis de nouvelles accusations d’une inconnue qui affirme avoir été agressée sexuellement en 1973.


Une semaine après le procès pour diffamation intenté par Charlotte Lewis à Roman Polanski (relire ici notre compte-rendu de l’audience), la machine à broyer médiatique se remet à fonctionner à plein régime contre le réalisateur. Voilà que hier matin, une salve d’articles propulse sur le devant de la scène une autre accusatrice, laquelle a intenté un procès au civil à Polanski en Californie, pour des faits allégués remontant à 1973.

Ça ne finira jamais

« La machine continue d’ailleurs à travailler, remplit son office comme d’elle-même, elle fait elle-même son propre éloge […] », se rengorge l’officier de La Colonie pénitentiaire, tout fier de son appareil à graver des sentences sur la peau des condamnés. Comme dans la nouvelle comico-fantastique de Kafka, il est proprement intolérable à l’exécuteur des basses-œuvres de la colonie que la machine puisse se voir entravée par quelques velléités de défense du condamné.

Le timing de cette annonce fracassante est on ne peut plus opportun, cela n’aura échappé à personne.

L’actrice Charlotte Lewis arrive au Tribunal accompagnée de son avocat Me Benjamin Chouai, Paris, 5 mars 2024 © ALAIN JOCARD / AFP

L’audience du 5 mars, qui a vu le château de cartes truquées de Charlotte Lewis menacer de s’effondrer sur lui-même, est venue en effet enrayer quelque peu le mécanisme bien huilé par lequel les médias se sont acharnés, depuis des années, à inscrire sur le nom de Polanski la sentence : « violeur-de fillettes ». Même les supports les plus hostiles au réalisateur ont dû admettre, à contre cœur certes, que l’affaire ne se présentait pas très bien pour Charlotte Lewis. Que faire ? Providentiellement passer à l’offensive, en « révélant » ceci, présenté dans les termes suivants dans Le Monde (puis repris quasiment à l’identique par plusieurs autres médias) : « Roman Polanski devra répondre en août 2025 en Californie des accusations de viol sur mineur datant de 1973 dans un procès civil, a annoncé, mardi 12 mars, l’avocate de la plaignante. […] Le cinéaste franco-polonais a fui la justice américaine en 1977 à la suite d’une condamnation dans une autre affaire où il était inculpé pour viol sur mineur. Il est depuis parvenu à échapper aux demandes d’extradition. […] Surnommée un temps « Robin » et présentée comme Jane Doe dans sa plainte, la plaignante est défendue par Gloria Allred, figure du mouvement #MeToo et représentante de victimes du producteur déchu Harvey Weinstein. Selon la plainte, Roman Polanski a emmené dîner celle qui était alors adolescente dans un restaurant de Los Angeles en 1973. Il lui aurait fait boire de la tequila puis l’aurait ramenée chez lui avant de l’agresser »[1]. Gloria Allred explique que « l’accusé Polanski a retiré les vêtements de la plaignante et l’a ensuite agressée sexuellement, provoquant chez elle des douleurs et des souffrances physiques et émotionnelles immenses ».

Notons que, en droit coutumier anglais, le nom John Doe, au féminin Jane Doe apparaît au dix-huitième siècle pour désigner un plaignant anonyme. C’est aussi, depuis le film de Capra L’Homme de la rue (1947), histoire assez ambiguë de manipulation – in fine pour la bonne cause –, monsieur (ou madame) Tout-le-Monde. Autrement dit, ici, la figure interchangeable de toutes les accusatrices auto-proclamées du « prédateur » Polanski, inlassablement désigné comme tel à la vertueuse vindicte des foules.

Le Monde précise néanmoins – détail important – que « la plainte demande des dommages et intérêts, sans montant précis ». Un montant conséquent, peut-on subodorer (il faut bien qu’une accusatrice assure ses vieux jours). Le quotidien de référence (mais oui !)poursuit ainsi : « Dans un autre dossier, un procès pour diffamation visant le cinéaste s’est tenu la semaine passée à Paris. Il avait qualifié d’ »odieux mensonge » » les accusations d’agression sexuelle lancées contre lui par l’actrice britannique Charlotte Lewis. Elle était présente tandis qu’il était représenté par ses avocats. »

Parti-pris ouvertement hostile de la presse

Le 12 mars, annonce en fanfare de ce procès aberrant (mais aux enjeux pécuniaires certains), par Gloria Allred – également conseil de Charlotte Lewis aux États-Unis, a-t-on appris lors de l’audience du 5 mars –, pour une plainte déposée au civil en juin 2023, soit tout juste avant que cela ne devienne impossible de le faire, pour prescription après… cinquante ans.

Citons ici le communiqué de presse de l’avocate de Roman Polanski :

« Roman Polanski a appris les poursuites civiles engagées contre lui aux États-Unis par une personne dont il ignore l’identité et qui déclare qu’il l’aurait agressée en 1973. Ce type de procédure, propre à l’État de Californie, permet à une plaignante de proférer les pires accusations après plus d’un demi-siècle sans la moindre preuve ni justification.

Roman Polanski conteste ces accusations incongrues avec la plus grande fermeté. »

Accusations incongrues, oui. De la même farine empoisonnée que celles de Charlotte Lewis ou de Valentine Monnier ? Comme en avant-première, elles avaient été proférées par la dénommée Robin alias Jane Doe quelques semaines à peine avant le déclenchement de #MeToo – encore une coïncidence miraculeuse ?

Or ce qui ne peut manquer de nous frapper, à lire l’article publié par Le Monde (avec l’AFP) – puisque c’est ce journal qui a ouvert le feu, mais les autres médias ne sont pas en reste –, c’est le parti-pris ouvertement hostile à Roman Polanski qui préside à sa rédaction. C’est qu’il faut bien remettre à flots le story-telling d’un Polanski criminel, mis à mal par les mensonges visibles, trop visibles de Charlotte Lewis une semaine auparavant.

Les « victimes » ne mentent jamais, article de foi n°1. A fortiori quand elles accusent un « monstre » – fabriqué de toutes pièces. Alors vite, vite, consolidons le dogme peut-être vacillant. Par des raccourcis, sources d’idées fausses, voire par des inexactitudes grossières dans des papiers ficelés à la six-quatre-deux ? Tant pis.

Ainsi dès le chapeau : « Roman Polanski, 90 ans, a fui en 1977 la justice américaine à la suite d’une condamnation dans une autre affaire de viol ». Que les faits pour lesquels Polanski a été condamné, et a purgé sa peine, aient été requalifiés en « relation sexuelle illicite avec une mineure », oublions-le. « Viol », on vous dit, de façon suffisamment vague cependant pour ne pas être soupçonné de vouloir désinformer. Mais tout de même : « viol », et encore « viol ».

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique

« Il est depuis parvenu à échapper aux demandes d’extradition », lit-on plus loin. Passons sur les sous-entendus de la formulation, insinuant que le criminel Polanski aurait usé de procédés louches pour « échapper » à la justice américaine.

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique.

Militante du collectif feministe « Noustoutes » à Paris le 23 novembre © CELINE BREGAND/SIPA

En 2010, premier refus d’extradition de Roman Polanski aux États-Unis, par la Suisse. Polanski a été emprisonné, puis assigné à résidence sous bracelet électronique dans son chalet à Gstaad pendant tout le temps de l’examen de la demande américaine, rejetée en raison non pas d’obscures manœuvres du cinéaste, mais du refus de la justice californienne de fournir aux autorités helvétiques les documents judiciaires qu’elle exigeait légitimement.

En 2015, par une motivation du tribunal de Cracovie, développée sur plus de 300 pages retraçant l’historique complet de l’affaire Samantha Geimer et soulignant la délinquance judiciaire dont Polanski a constamment été victime, la Pologne a également refusé son extradition. Le juge Dariusz Mazur, dans ses attendus remarquablement détaillés, rappelle que Roman Polanski a exécuté sa peine initiale en 1977, et il insiste sur la volonté inique de la justice américaine « obsédée par le regard médiatique », «d’humilier et d’avilir » le réalisateur.

Le lecteur peut avoir accès à l’audience filmée et sous-titrée en français de ce captivant moment judiciaire – le rendu par le magistrat polonais de sa décision – sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=UEsTINMTARE

S’agissant de l’embarrassant procès Lewis de la semaine dernière, on lit au sujet de cette affaire de diffamation que Polanski a qualifié d’« odieux mensonge » les accusations de l’actrice britannique. Comme si tel était le propos litigieux.

C’est inexact. Mais c’est la vérité officielle – c’est-à-dire médiatique.

Car si de fait Polanski a bien tenu le propos relevé par Le Monde, ce n’est pourtant pas pour celui-là qu’il était poursuivi, mais pour deux autres, dont on peine à comprendre en quoi ils pourraient être considérés comme « diffamatoires ». Pour rappel, Polanski est jugé parce qu’il a relevé, pour se défendre de ses allégations, les contradictions manifestes de Charlotte Lewis ; et parce que, en réponse à une question, il a émis, sans certitude aucune, des hypothèses sur les éventuels motifs de son accusatrice.

En tout état de cause, il semble insupportable aux officiers de la nouvelle colonie pénitentiaire #MeToo que leur dispositif d’exécution à répétition, de plus en plus déchaîné, risque de se gripper, serait-ce un tout petit peu, sur leur condamné favori : Roman Polanski, le prototype.

Mais à force de surchauffe, de surenchère, à nouveau, sur Roman Polanski, on peut imaginer que, comme dans le conte grinçant de Kafka, la machine se détraque pour de bon. Nous n’irons pas jusqu’à souhaiter aux préposés à son fonctionnement permanent le destin du fanatique de Kafka qui, de rage face aux quelques signes de dysfonctionnement du merveilleux outil de châtiment et de crime, se jettera sous la herse en folie, pour se voir graver sur le dos une sentence pensée sur mesure : « Sois juste ».

Qui a peur de Roman Polanski ?

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[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2024/03/13/etats-unis-roman-polanski-sera-juge-au-civil-en-2025-pour-des-accusations-de-viol-sur-mineur_6221661_3210.html

Drag-queen en culottes courtes

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D.R

Un atelier controversé, prévu à Mérignac (Gironde) du 26 février au 1ᵉʳ mars, a été annulé au grand dam des consciences molles. Dommage pour les quatre élèves qui étaient inscrits.


Les dirigeants de la maison des jeunes et de la culture de Mérignac (33) avaient prévu pour les vacances scolaires un atelier drag-queen destiné aux ados de 11 à 17 ans. Programme alléchant : port de talons aiguilles, perruques carnavalesques, maquillage à la truelle et, surtout les yeux, le regard. Langoureux et habité, je suppose. Rien de plus urgent à enseigner aux enfants, bien sûr.

Le bon sens gagne

Le but affiché : casser les codes.
On pourrait croire que le bon sens a gagné parce que l’animation a été annulée. Que nenni ! Le retrait décidé par les organisateurs eux-mêmes revêt en fait, de leur point de vue, le doux parfum d’une victoire, l’occasion en or de se poser en martyrs du progressisme. Ils ont cédé, assurent-ils, devant les oppositions de l’association Parents vigilants d’Éric Zemmour et d’un mouvement catholique. Une aubaine ! Pensez, cathos et fachos tout contre !

A lire aussi : Transidentité: cette étude finlandaise qui chagrine les militants

Sauf que bien d’autres parents-citoyens s’y opposaient. La contestation venant de la droite-droite, quelques consciences molles – toujours paniquées à la perspective de rater le train du conformisme ambiant – n’allaient pas manquer d’unir leurs voix à celle des dépités. Leur argument, formulé dans Franc-tireur : « Il n’existe aucun précédent d’agression sexuelle par une drag-queen[1] ». Faux. Trois cas parmi d’autres : août 2023, la police britannique arrête Andrew Way, alias Miss Gin, pour pédophilie en ligne. Le 16 février, dans l’Oregon, la police interpelle pour pédopornographie Adam Westbrook, militant du mouvement LGBT les Sœurs de l’indulgence perpétuelle, parodie obscène de l’Église catholique. À Houston, Albert Alfonso Garcia, alias Tiana Maia Nina, a été démasqué en tant que pédophile déjà condamné, après des prestations dans une bibliothèque publique en 2017 et 2018 – et avant un passage à l’acte éventuel. Surtout cette pseudo-défense est totalement hors sujet.
Ce que redoutaient les opposants de Mérignac n’était pas une agression, mais la sexualisation excessive et orientée des jeunes sujets. Ce qui est aussi une forme d’agression.


[1] Paloma Clément-Picos, « Drag-Queens, Bordeaux couine », Franc-tireur, 14 février 2024.

Une école sacrificielle

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Elie Semoun et Joséphine de Meaux, "L'élève Ducobu" © SIPA

Coup de gueule contre ces professeurs dysfonctionnels de l’Éducation nationale, qui, non contents de discréditer la profession, font surtout souffrir les élèves sans être jamais inquiétés !


Certains professeurs ont une chance infinie que notre système scolaire soit ce qu’il est. Une pomme pourrie.
En collège, lui prolonge son arrêt maladie sans être malade, et ses élèves n’ont pas cours depuis trois mois. Il est payé bien sûr.
Lui fait remarquer quotidiennement à des Noirs qu’ils sont noirs, à des Arabes qu’ils ont un nom imprononçable, voire pire. Mille fois signalé, jamais inquiété.
Elle, accuse les gamins d’être nuls : en véritable Cassandre, elle décrète qu’ils seront au mieux caissiers ou éboueurs. Ou livreurs.
Pour elle, les Noirs sentent. Encore eux. Pas de problème, à la suite de cela, on l’a nommée dans un lycée prestigieux, plus clair. Moins peuple.
Elle (car l’école n’est pas épargnée), profite de s’occuper de tout petits enfants pour les molester. Les bébés ça pleure de toute façon, alors qui saura?
Lui, et lui, et elle… Inutile de continuer à faire son Pétain. L’idée est là, d’ailleurs connue de tous.
Des profs sévères, très sévères, trop sévères voire parfaitement injustes sont légion. C’est le jeu, après tout. Ça forge. La vie n’est pas un bonbon et l’autorité est nécessaire. Mais ceux-là, non. Comment peut-on continuer à tolérer leurs pratiques?
Est-ce parce qu’il n’y a plus de profs en réserve que l’on doit garder tout le monde, coûte que coûte ? Des enfants souffrent. On brandit les cours d’empathie sur les apprentissages, pour se donner bonne conscience, et on laisse sévir des adultes qui n’ont pour eux ni la vocation, ni le respect. Que transmettent-ils ? Et que génèrent-ils ? De l’insolence, de la violence, un sentiment d’humiliation, d’abandon, une méfiance permanente envers l’adulte.
Peut-être ces profs souffrent-ils eux-mêmes. Un divan de psy fera l’affaire alors. Pas une classe de jeunes en devenir, à qui l’on doit montrer l’exemple, que l’on doit instruire, accompagner et aider à grandir.
Le fonctionnariat est un état confortable, que beaucoup de pays nous envient. C’est surtout dans l’Éducation nationale un système qui, lorsqu’il dérive, peut se révéler sacrificiel et éhontément verrouillé. Un professeur dysfonctionnel, violent, raciste y est protégé. En tout cas jamais renvoyé. On le change d’établissement tout au plus. Le ver reste dans le fruit, indéboulonnable.
De nombreux professeurs ont vraiment besoin d’être soutenus. Ils vont mal : pas de vague.
D’autres sont la honte de notre métier. Ils vont bien : pas d’inquiétude.

Va-t-on confier la mort aux bureaucrates?

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DR.

Le projet d’aide à mourir suscite beaucoup de réactions. Quelle est celle d’Elisabeth Lévy ?


Alors qu’après la constitutionnalisation de l’IVG, certains parlent déjà de revoir la clause de conscience des médecins, un autre débat sociétal s’ouvre : la fin de vie.
Deux remarques préalables :

  • Je ne méconnais pas les souffrances qui accompagnent souvent la fin de vie et la nécessité de les apaiser ;
  • J’estime que ce sujet est trop délicat pour les certitudes, et surtout pour le militantisme.  

Cependant, ce projet gouvernemental français demeure troublant, même si on a proscrit le terme « mourir dans la dignité », une expression affreuse selon moi, qui condamnait à l’indignité ceux qui ne veulent pas mourir – « aide à mourir », c’est tout de même mieux.
Une précision: contrairement à ce qui a pu être entendu, le projet ne proscrit pas le suicide assisté. Ce dernier demeure ouvert à ceux qui ne peuvent pas s’administrer le produit eux-mêmes.
Avant d’aborder ce qui se passe en France, évoquons les expériences étrangères. On observe qu’on commence toujours par des lois très restrictives, et puis finalement, on ouvre au fur et à mesure à de plus en plus de cas… Ainsi au Canada, depuis 2016, des patients atteints de maladies incurables peuvent demander l’assistance au suicide, et désormais on discute pour l’ouvrir aux mineurs de plus de 12 ans (!) et aux malades mentaux. En outre, de nombreux cas révèlent une pression exercée sur les vieux dans ce pays, conduits à se sentir inutiles. On a aussi accordé l’euthanasie à un homme qui ne supportait pas le bruit dans une maison de retraite. Et en Belgique, on s’en souvient, on a aidé une adolescente à mourir. Tout cela n’est pas très encourageant.

Cependant, sous prétexte qu’il y a des excès, ne faut-il rien faire ?

Mais on ne fait pas rien !
Primo, il faut mettre le paquet sur les soins palliatifs, deuxio la loi Claeys-Leonetti règle déjà énormément de cas, tertio – pardon de le rappeler – aucune loi n’interdit le suicide. Enfin, une forme d’euthanasie ou d’aide au départ, cela se pratique déjà, au cas par cas, dans le secret des médecins, des familles et des soignants.
Certes, c’est injuste pour ceux qui n’ont ni famille ni médecin, ni le courage ou la capacité de se suicider. Oui. La vie est injuste, la mort aussi.
Il y a dans tous ces projets un hubris prométhéen, une naïveté progressiste dans la croyance qu’on peut inverser au bout du chemin tout ce qui a déraillé avant. Il sera toujours plus facile de mourir aimé et entouré que seul. Va-t-on faire une loi contre la solitude ?

Une de « Charlie Hebdo », actuellement en vente.

La dernière chose qu’on doit encadrer c’est la mort

Vous me direz que, puisque ça se pratique dans le secret des hôpitaux il faut bien un cadre. Eh bien non ! La dernière chose qu’on doit encadrer, c’est la mort. Peut-être que mon prochain ou mes proches peuvent m’aider à mourir. Mais, s’il vous plait, pas l’État.
Si l’État peut me garantir une mort douce, pourquoi ne devrait-il pas aussi assurer mon bonheur ? Bien mourir ou être heureux ne sont pas des droits constitutionnels. On ne peut pas rendre la mort cool, ni la faire entrer dans des protocoles. C’est notre dernière manifestation de souveraineté et de liberté. On ne peut pas la confier aux bureaucrates.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale de Patrick Roger.

Intelligence avec l’ennemi?

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David Guiraud, Taha Bouhafs et Rima Hassan, Tunisie, 10 novembre 2023. Image: capture YouTube.

Que ne feraient pas certains hommes politiques pour obtenir le vote musulman? Attention, toutefois, malgré les immunités des parlementaires, à ne pas s’aventurer en zone trop dangereuse juridiquement, conseille cette tribune.


La liste des Insoumis aux élections de juin a été dévoilée mercredi dernier. Elle accueille en septième place une activiste pro-palestinienne au profil plutôt sulfureux, Rima Hassan[1]. Précisons d’emblée que son positionnement lui assure un possible siège au Parlement européen. La présence de cette militante associative de 32 ans, conforte le soutien inconditionnel apporté par LFI aux Palestiniens et à Gaza, une façon d’élargir son audience dans l’électorat musulman. Cette femme, diplômée en droit international humanitaire, milite pour une Palestine « de la mer au Jourdain ». Ce slogan entonné régulièrement par l’OLP et le Hamas implique de facto le démantèlement de l’État d’Israël tel qu’il existe. Et donc la disparition de cet Etat.

Le Parlement européen, parce que je le vaux bien

Rima Hassan est proche du député LFI David Guiraud. Elle était même à ses côtés lorsque celui-ci lors d’une visite à Tunis en novembre 2023 déclara : « Le bébé dans le four, ça a été fait, c’est vrai, par Israël, la maman éventrée, ça a été fait, c’est vrai, par Israël. ». Par sa simple présence elle a cautionné les propos. L’hebdomadaire Marianne rapporte aussi que, lors d’une autre conférence, toujours en novembre, à la question « Le Hamas mène une action légitime ? », Rima Hassan a répondu : « Vrai ». Tout n’est-il pas dit ? On rajoutera également qu’étant donné que LFI refuse obstinément de considérer le Hamas comme un groupe terroriste, Rima Hassan est sur le même axe. Cette dernière a acquis une certaine notoriété droitdel’hommiste, qui lui valut voici quelques années d’être nommée ambassadrice pour L’Oréal. Mais avec son engagement pro-palestinien et donc anti-israélien, le vent a tourné. Le 8 novembre dernier, L’Oréal a préféré suspendre le contrat qui les liait.

Le 17 janvier, c’est l’eurodéputé LFI Younous Omarjee qui déposait un amendement proposant de remplacer le terme « terroriste », pour évoquer le Hamas, par celui de « groupes armés palestiniens ». L’amendement a été rejeté. Mais l’intéressé reste porté par LFI. En effet il figure à la très honorable deuxième place sur la liste aux européennes…

On n’en finirait pas de citer les dirigeants ou élus LFI qui ont, de près ou de loin, pris position pour le Hamas et donc contre Israël. Jean-Luc Mélenchon en tête qui est devenu, qu’on le veuille ou non, le héraut principal de l’antisémitisme (d’ultra gauche). Que ne ferait-il pas pour obtenir le vote musulman… Le compromis, ça n’est pas la compromission, c’est l’envers du fanatisme. La compromission c’est la lâcheté. Le compromis, c’est le courage (Adam Michnik).

Le Hamas est, étymologiquement, « Mouvement de résistance islamique ». Il est donc un groupe islamiste et nationaliste palestinien constitué d’une branche politique et d’une branche armée, les brigades Izz al-Din al-Qassam. Le Hamas est principalement actif dans la bande de Gaza qu’il administre seul depuis juin 2007, après sa victoire aux élections législatives de 2006 et l’éviction de l’Autorité palestinienne à la suite d’une brève guerre civile (et faute d’élections depuis). Certes au sein de l’ONU un certain nombre de pays ne classent pas le Hamas dans le groupe des organisations terroristes (Chine, Russie, Brésil, Norvège ou Suisse). Certes quasiment aucun des pays arabo-musulmans, d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie ne considère le Hamas comme une organisation terroriste. Bien sûr la majorité des pays d’idéologie islamiste sont dans une posture similaire en soutenant même financièrement le Hamas (Iran, Syrie, Qatar, Algérie, Afghanistan).

Manque de courage politique

En revanche le Hamas est classé comme organisation terroriste par une trentaine de pays, quasi-exclusivement occidentaux, notamment les États-Unis, le Canada, l’Union européenne (dont la France), le Royaume-Uni, l’Australie ou encore le Japon. Précisons que pour le président d’Amnesty International France, Jean-Claude Samouiller, le Hamas n’est pas un groupe terroriste mais « un groupe palestinien armé coupable de crime de guerre » avant de préciser que cette qualification était « plus précise » et donc plus utile en droit international. Il a même estimé que le terrorisme n’était pas un concept juridique. Quelle idiotie ! Rappelons-lui que l’Assemblée générale des Nations unies a réaffirmé cette définition en janvier 2006 (résolution 60/43), définissant les actes de terrorisme comme des « actes criminels conçus ou calculés pour terroriser l’ensemble d’une population, un groupe de population ou certaines personnes à des fins politiques ». Cela s’appelle une définition de droit international. Par ailleurs n’en déplaise à Amnesty International qui sait cohabiter avec quelques mouvements islamistes, l’UE source de normes juridiques incontestables a émis pas moins d’une quinzaine de conventions et protocoles depuis les années 70. Notamment l’article 2 de la convention pour la répression des attentats terroristes à l’explosif prévoit que « commet une infraction toute personne qui illicitement et intentionnellement livre, pose, ou fait exploser ou détonner un engin explosif ou autre engin meurtrier dans ou contre un lieu public, une installation gouvernementale ou une autre installation publique, un système de transport public ou une infrastructure dans l’intention de provoquer la mort ou des dommages corporels graves, ou dans l’intention de causer des destructions massives de ce lieu, de cette installation, de ce système ou de cette infrastructure, lorsque ces destructions entraînent ou risquent d’entraîner des pertes économiques considérables ». A la suite des terribles attentats de 2001 qui frappèrent New-York, l’UE renforça encore sa réglementation.

Si l’on considère, basiquement, que le terrorisme est l’emploi de la terreur à des fins idéologiques, politiques ou religieuses, on ne peut que conclure de façon incontestable que le samedi 7 octobre 2023, à 7h30 (heure française), les terroristes du Hamas déclenchent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » contre Israël et font près de 1300 morts. Et combien de centaines de blessés. Et des otages bien entendu. Ce sont des attentats mais aussi des actes de barbarie. On a même pu parler de pogrom. Rappelons que Pogrom est un mot russe signifiant « dévaster, démolir violemment ». Historiquement, le terme désigne des attaques violentes commises sur des Juifs par des populations locales non-juives dans l’Empire russe et dans d’autres pays. Le premier incident à avoir été appelé pogrom serait l’émeute anti-juive d’Odessa en 1821. Donc le terrorisme étant un crime, le Hamas étant constitué de terroristes, il s’agit bien d’un groupe terroriste.

Alors lorsque des personnalités politiques françaises, a fortiori élues, pactisent de près ou de loin avec le Hamas comme c’est le cas de Mme Hassan, M. Omarjee, ou encore M. Guiraud voire M. Mélenchon, cela s’apparente pour nous à l’incrimination pénale d’intelligence avec l’ennemi ou de trahison. Bien entendu, les condamnations sont rares au titre de « l’intelligence avec une puissance étrangère », mais elles s’appliquent aussi bien aux civils qu’aux militaires, en temps de paix ou de guerre. Nous estimons que leurs comportements et leurs discours oscillent entre intelligence et la collaboration avec l’ennemi. Selon l’article 411-4 du Code Pénal : le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France (Chapitre Ier : De la trahison et de l’espionnage … (Articles 411-1 à 411-11)).

Le crime de « haute trahison » n’existe plus dans le code pénal, il existait dans l’ancien (articles 75 et 76), qui datait de 1810 et a été abrogé le 1er mars 1994.

Nous estimons que par leurs comportements et leurs discours, certains élus de LFI (mais il en est d’autres) ainsi que de nombreux dirigeants de ce parti d’extrême-gauche tombent sous le coup de l’art. 411-4 du CP. Depuis quelques années l’ennemi c’est le Hamas et son armée de terroristes. Raymond Barre avait eu cette phrase lors de la campagne présidentielle de 1988 alors qu’on l’interrogeait sur Le Pen : « on ne mange pas avec le diable même avec une longue cuillère ». Eh bien avec ce mouvement terroriste, il en va de même. Tous ceux et celles qui, d’une façon ou d’une autre, se réfèrent au Hamas ou le soutiennent depuis le 7 Octobre dernier, entretiennent incontestablement des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou une organisation étrangère. D’autant plus quand cette puissance, cette entreprise ou cette organisation, est financée à 70% par l’Iran (berceau du terrorisme), qui arrose également le Hezbollah libanais et diverses milices chiites en Syrie et en Irak.

Donc il ne manque plus qu’un peu de courage politique et judiciaire pour s’attaquer à toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, estiment que le Hamas est bien plus fréquentable qu’Israël. Celles et ceux qui estiment aussi que même s’il a terrorisé et tué atrocement des centaines d’innocents (notamment des femmes et des enfants), ce n’était pas un acte terroriste mais revendicatif. Que s’il reste des otages, ils sont suspects de subversion contre la cause palestinienne… Et ce qu’il faut aussi bien voir chez ces gens-là, c’est que leur discours pro-Hamas, devient de facto antisémite. Et comme LFI a l’oreille d’une grande partie de l’électorat musulman dans les banlieues, le risque est immense de voir une contamination dans ces coins souvent perdus de la République…. Jean-Luc Mélenchon et ses affidés comptent là-dessus.

On le sait les députés français bénéficient de ce qu’on appelle l’immunité (art. 26 C), basée sur l’irresponsabilité et l’inviolabilité. Dans le premier cas : « aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Précisons que cette irresponsabilité ne couvre pas les propos tenus par le parlementaire en dehors de ses fonctions. L’inviolabilité prévoit qu’« aucun membre du Parlement ne peut faire l’objet, en matière criminelle ou correctionnelle, d’une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de liberté qu’avec l’autorisation du Bureau de l’assemblée dont il fait partie. Cette autorisation n’est pas requise en cas de crime ou délit flagrant ou de condamnation définitive ». L’immunité parlementaire ne fait pas obstacle à l’ouverture d’une enquête, ni même à l’engagement des poursuites. Mais pour que ces derniers aient lieu, il faut déclencher une procédure spécifique de levée de l’immunité parlementaire. A notre sens, contre les députés LFI, c’est envisageable et même nécessaire. Ce serait même salvateur pour notre démocratie.

Nous avions saisi Mme Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, sur les dérives de députés LFI suite aux attentats du 7 octobre. Elle n’a jamais jugé utile de nous répondre.

Parfois les gouvernants « doivent montrer qu’ils en ont. Je parle des nerfs bien entendu. » (Charles Pasqua)


[1] https://www.causeur.fr/rima-hassan-grace-a-lfi-le-hamas-fera-t-il-son-entree-au-parlement-europeen-278186

«Affaire Aya Nakamura»: l’assimilation à l’envers

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La chanteuse franco-malienne Aya Nakamura en Suisse, juillet 2023 © Martial Trezzini/AP/SIPA

Selon des rumeurs persistantes, l’interprète du tube Djadja serait pressentie pour chanter lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques cet été. Il est supposé que la chanteuse y interprète une chanson d’Édith Piaf. Comme un tel choix provoque le grand désarroi de militants identitaires, le grand cirque de l’antiracisme est ouvert !


Non, rien de rien

En France tout ne finit pas en chanson, mais en polémique. L’ « affaire Aya Nakamura », on s’en serait bien passé. Cette polémique est partie en flèche, alors que personne n’a officiellement confirmé que la chanteuse revisiterait Edith Piaf lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce choix putatif, révélé par L’Express[1], a suscité une salve de critiques, notamment dans les rangs de la droite identitaire. La chanteuse franco-malienne a été huée au meeting de « Reconquête ! » à Paris dimanche, quoique beaucoup moins que François Hollande. Je déteste les huées, c’est le signal faible de la barbarie. Mais dites « Zemmour » dans un meeting LFI, et vous verrez également du pays…
Un groupuscule appelé Les Natifs – qui semble être une nouvelle émanation de Génération identitaire – a posté ce commentaire « Y a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako ! »

Certes, les militants font stricto sensu référence à son origine et sa culture africaines, pas à la couleur de sa peau. Mais la différence est sans doute trop subtile pour les laver du reproche de racialisation. C’est déplorable, mais passablement insignifiant.
De l’autre côté, bien sûr, la polémique a lancé un ridicule festival de postures antiracistes, faisant de cette chanteuse pour ados la nouvelle Barbara. Soudain, ils adorent tous Aya Nakamura, même si comme moi ils ne l’ont découverte qu’hier. Tout ce cirque a culminé avec le consternant numéro d’Amélie Oudéa-Castera essayant de se la jouer jeune en chantant « Djadja ». Je vous l’épargne: l’original n’est déjà pas mélodieux, mais là c’est carrément un naufrage.

Pourquoi une Noire ne pourrait-elle pas représenter la France ?

En dehors de quelques misérables insulteurs anonymes des réseaux sociaux qui ne cachent pas leur racisme, personne ne dit cela, même si quelques-uns le pensent peut-être. Évidemment, une noire native de Bamako peut parfaitement aimer et représenter la culture française. Mais on peut aussi penser qu’Aya Nakamura n’est pas le meilleur choix sans être traité de raciste.
Comme l’a dit Marion Maréchal sur BFMTV, Aya Nakamura ne chante pas vraiment en français, mais dans un sabir mélangeant l’argot des cités, le verlan et le dialecte des rues africaines. « Suis pas ta catin, Djadja, genre, en catchana baby, tu dead ça ». Vous m’enverrez la traduction… Vous me direz que le yéyé da-doo ron ron, ce n’était guère plus intello. Je vous le concède. Mais le problème c’est que derrière Aya Nakamura, il y a un choix idéologique. On entend représenter la France à partir des apports extérieurs ; il faut valoriser la nouvelle France. La culture française traditionnelle et majoritaire ne doit avoir aucune préséance. Cela traduit aussi un refus de l’assimilation au profit de la créolisation rêvée par Mélenchon, laquelle est une assimilation à l’envers : c’est au peuple old school de s’adapter aux nouveaux arrivants.
Après tout, peut-être qu’Aya Nakamura fera taire ses détracteurs et me décevra en bien en nous offrant une belle interprétation classique d’un standard français. De toute façon, elle aura du mal à faire aussi tarte que la Marseillaise truffée de niaiseries féministes que nous a infligée Catherine Ringer le 8 mars…


[1] https://www.lexpress.fr/politique/aya-nakamura-chantant-piaf-les-exigences-secretes-demmanuel-macron-pour-les-jo-2024-YXO6ULUNYFC55CBVAS2QOXOMNM/