Accueil Site Page 414

Nouvelle France en chantier

Cachan et les abords de la RN 20, dans le Val-de-Marne, préfigurent la France de demain : un pays cloisonné en communautés inintégrées où, face à la « diversité », les Blancs vivent retranchés. Sur les décombres de l’assimilation ne prospère qu’un seul modèle, la société de consommation.


Une belle femme peut arrêter la marche du monde. Une femme moche munie d’un mégaphone peut au mieux perturber la circulation.

J’allais faire mes courses à l’Intermarché de Cachan quand un groupe de nanas a débarqué. Mégaphone, banderoles, drapeaux à l’effigie du Nouveau Front populaire. Leurs voitures étaient couvertes d’adhésifs et de ballons comme si elles participaient à un mariage. Que la Nature est cruelle avec certaines femmes ! La plus agréable à regarder tenait son attrait de ses boucles d’oreilles gigantesques. À vrai dire, la Nature n’y est pour rien, car à y regarder de plus près l’on croit déceler les vestiges d’une beauté innée, malheureusement ensevelie sous des tonnes de haine de soi. S’enlaidir semble faire partie du catéchisme de la gauche extrême. Le prix à payer pour ressembler au monde que l’on souhaite édifier.

Intermarché de Cachan © Ville de Cachan

« Le Rassemblement national n’est pas mon ami ! Le Rassemblent national n’est pas mon ami ! »

Je m’en fiche, je ne lui demande pas d’être mon ami sur Facebook ou mon match sur Tinder.

Trois Algériens, probablement clandestins à leur apparence « récemment arrivés en France » buvaient des bières sur un banc, à l’ombre des platanes. N’est-ce pas ça l’assimilation que de se bourrer la gueule à la 1664 sous les platanes de Marcel Pagnol ? Nos amis ne semblaient pas gênés par le mégaphone, ils débattaient en faisant de grands gestes dramatiques pour savoir qui serait de corvée pour les réapprovisionner, car la 1664 arrivait à son terme.

A lire aussi : Le Nouveau Front populaire et nos taux de mélanine

Des Marocains passent et se disent : « Elles n’ont pas de maris ? »

Il n’y a aucun homme au sein de ce groupe d’une petite douzaine de femmes engagées. Très certainement, leurs hommes sont partis, avec des Ukrainiennes ou d’autres hommes peut-être, à moins qu’ils soient préposés aux tâches ménagères.

Un couple de Marocains s’arrête et veut bien prendre un tract. Ils parlent en dialecte marocain, une langue comme une autre dans cette portion de la RN20 qui lèche les villes de Cachan, Arcueil et Bagneux. L’autre fois, à la salle de sport, je suis tombé sur deux jeunes étudiants charmants en provenance d’Oujda. Ce jour-là, à pousser de la fonte il y avait un tiers de Marocains, un tiers d’Africains et un autre de Français de souche.

De l’autre côté de la route nationale…

Pour les croiser, les Blancs, il faut faire un pas de côté et s’aventurer dans les rues perpendiculaires à la RN20. Côté Cachan, une pente douce vous éloigne de la tour de Babel et vous emmène en France, au milieu des Français « version Amélie Poulain » avec leur mairie, leur cinéma de quartier et leur cimetière. D’ailleurs, ça sent la mort ici. Les rues proprettes sont désertes, les pavillons coquets semblent inhabités. J’ai beau passer devant plusieurs fois par jour, aucun mouvement, aucun bruit à part le chant des oiseaux. Le week-end, on renifle ici et là l’odeur d’un barbecue en préparation. Une fois, il m’est arrivé de voir un habitant sortir sa voiture pour la laver dans la rue. J’étais heureux. Il était vieux. J’ai failli le prendre en photo, mais je me suis ravisé.  Il y a ici comme une vie repliée sur elle-même. Une civilisation qui exerce son droit au retrait, pourvu qu’on la laisse tranquille.

Un monde s’en va, et en attendant le coup de grâce, il tourne le dos à son remplaçant.

A lire aussi : Message aux Français qui ont peur et qui pourraient faire une bêtise

On se fait facilement une idée du futur en retournant sur la RN20, connue également sous le nom d’avenue Aristide-Briand. Des Bangladais travaillant pour Uber Eats y ont élu domicile, ils sont assis face au McDo et au Burger King. Ils ont la tête, l’esprit et l’âme tournés vers le Bangladesh. Leur civilisation a élu domicile sur l’écran de leur téléphone, elle les tient en laisse, comme une maîtresse expérimentée envoûte un cœur tendre. Ils n’apprendront jamais le français. Et quand la commande arrive, ils enfourchent leur scooter à toute vitesse. Ils ont beau se presser, je les retrouve plus loin, à attendre qu’on leur ouvre en bas des immeubles de bureau qui poussent comme des champignons vénéneux le long de l’avenue. Ces horreurs en plastique et en verre teinté évoquent la capitale administrative d’un pays neuf où il n’y a jamais eu de culture, d’imagination, ni de sensibilité. Alors, on a demandé à un ordinateur d’y projeter des bâtiments et il a conçu des squelettes décharnés. Des hommes passent chaque jour huit heures dans leurs entrailles.

La RN20 est sale et mal entretenue. Les herbes folles sont partout. C’est normal, il s’agit d’un chantier. On y fabrique la nouvelle France en mélangeant deux matériaux : l’immigration et le capitalisme. Le premier se prédispose et le second dispose. Alors qu’une partie de la droite dit que les immigrés ne travaillent pas, la RN20 apporte un démenti assez recevable. Les Bangladais sont toujours « au bureau » 24h/24, les Kabyles triment derrière le comptoir du bar, les Marocains bossent dans le centre commercial à côté de Maliens munis de talkies-walkies qui font la sécurité. Ils travaillent pour eux et pour le capitalisme qui veut faire du neuf avec du vieux, avec vos os.

Le changement, c’est maintenant

J’ai eu le temps de faire mes courses et de ressortir, les égéries de l’antifascisme étaient encore « mobilisées ». Trois Afghans, tout juste sortis de la vallée du Panshir, font leur apparition. Barbe noire, tunique noire surmontée d’un gilet kaki, baskets blanches. Ils regardent la scène un instant et, insensibles au retour imminent d’Hitler, entrent faire leurs courses.

La RN20 n’est pas seulement une ligne de démarcation entre la France blanche et la France de la Diversité. Elle est la rencontre entre la Folie et la Raison. La folie de ces Français de souche qui demandent plus d’immigration, plus d’impôts et moins de travail. Cachan a voté Macron à 80 % au deuxième tour de la présidentielle de 2022 et Union de la gauche à plus de 57 % au premier tour des législatives de 2024. Face à eux, les Afghans sont raisonnables : ils participent du « chantier » c’est-à-dire du changement, ils sont assis sur la flèche du Progrès qui transperce les entrailles de la France. Et cette flèche passe par la RN20.

Chute libre en Rafale

Quand le président de la République s’est rendu au défilé du 14 juillet, cette année, il a révélé de manière parfaitement involontaire l’étendue du déclin de l’industrie française. Où est passée notre politique industrielle de la grande époque?


Parmi tous les Rafale ayant défilé le 14 juillet le plus remarqué aura certainement été le Renault Rafale présidentiel, nouveau véhicule officiel de la République française. Sa principale originalité ne réside pas dans sa calandre lumineuse tricolore mais plutôt dans le fait que, pour la première fois, le véhicule présidentiel n’est pas fabriqué en France (le Rafale étant fabriqué en Espagne). Plutôt que clou du spectacle il s’agit plutôt d’un clou planté dans le cercueil de ce qui fut une industrie florissante et qui n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même, la France n’ayant assemblé en 2023 que 1,5 million de véhicules, contre 3,5 millions en 2005. Elle figure désormais au 12ème rang mondial, derrière la Thaïlande ou le Canada[1]. Dans la pièce de théâtre qu’est la communication politique macronienne, c’est un rappel cruel de la réalité du rapide déclin de l’économie française dans le monde.

Pourtant la production automobile Made in France offrait encore à notre Président la possibilité de choisir dans la vaste palette des messages suivants :

  • Exemplarité : avec un véhicule électrique, celui-là même que l’on demande au bon peuple d’acheter avec diligence et sourire : Renault Scénic (Douai) ;
  • Gaullisme : avec la C5 Aircross, seule Citroën assemblée en France (Rennes) ;
  • Bling-Bling : avec les nouvelles Peugeot 3008 et 5008 (Sochaux), excellents véhicules au style cependant un peu chargé, qui offrent également une motorisation 100% électrique ;
  • Classicisme : avec une Peugeot 508 (Mulhouse), berline traditionnelle survivant dans un monde de SUV ;
  • Provocation : avec un Grenadier, 4×4 massif assemblé en Moselle sur l’ancien site de Smart, qui pourrait être le pendant français de « The Beast », la Cadillac du POTUS (président des Etats-Unis), même si sa faible valeur ajoutée française et son bilan écologique sont discutables ;
  • Misérabilisme : avec une Renault Kangoo (Maubeuge), une façon de draguer un peu lourdement l’électeur ouvriériste égaré à l’estrèmedrouate ; par ailleurs un avant-goût du standing que nous réservera le FMI lorsqu’il aura mis la France sous tutelle ;  
  • Sobriété : dans un pays censément « géré à l’euro près » (selon la plaisante affirmation de notre Bruno Le Maire national), conserver la DS7 présidentielle (Mulhouse) qui ne date que de 2017. Le véhicule le plus écologique étant celui que l’on ne fabrique pas, ce choix concilierait élégamment « fin du mois et fin du monde », et évoquerait le souvenir de Jacques Chirac célébrant sa victoire de 1995 à bord d’une antique CX. L’âge moyen du véhicule mis à la casse en France étant de 19 ans, ce choix enverrait un signal fraternel envers les automobilistes contraints de faire durer leur véhicule au maximum.

A lire aussi: On va dans le mur, tu viens?

Le plus triste dans ce choix présidentiel d’un porte-drapeau étranger n’est cependant pas le rôle joué par notre Président (car qui désormais se nourrit encore d’illusions sur sa capacité à choisir le bien commun ?), c’est le silence assourdissant avec lequel il a été accueilli, silence que n’a troublé aucune voix politique, syndicale ou patronale majeure, et que très peu de journalistes ont commenté : si L’Usine Nouvelle ou Challenges (via le toujours pertinent Alain-Gabriel Verdevoye) ont sauvé l’honneur, le Figaro par exemple ne mentionne même pas son lieu de fabrication dans l’article pourtant consistant consacré au nouveau carrosse présidentiel. Ce silence de mort symbolise brutalement le désintérêt profond des Français pour l’industrie, désintérêt en même temps cause et conséquence du déclin de cette même industrie.

Renault Caudron Rafale Esprit Alpine, Salon du Bourget, le 19 juin 2023. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA, 01117492_000002)

Pourtant le rôle d’un Président soucieux de défendre notre industrie, ce n’est pas d’arborer une casquette McCain pour annoncer emphatiquement l’ouverture d’ une nouvelle ligne de production de frites en France, c’est d’incarner par une vision, des actes et des symboles la souveraineté industrielle telle que définie et mise en œuvre avec succès par De Gaulle puis Pompidou : bâtir et défendre des entreprises françaises de classe mondiale dans les secteurs clé, concevant et produisant sur le sol national.  Renoncer à cette politique industrielle signifierait se contenter des quelques créneaux que nous concède la concurrence internationale : principalement avions, sacs à main, vin et tourisme : de beaux restes mais insuffisants pour maintenir notre rang politique dans le monde et notre niveau de vie – un aller sans retour vers la tiers-mondisation et la sortie de l’Histoire pour notre pays.


[1] Source 2023 statistics | www.oica.net.

Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

0

Le Royaume Uni continue à être secoué par des émeutes anti-immigration qui ont éclaté dans de nombreuses villes. Une situation qui a fait resurgir un antagonisme communautariste longtemps mis sous le tapis par les gouvernements successifs de Sa Très Gracieuse Majesté, pourtant confirmé par plusieurs études et sondages. Comme tous les exécutifs, le nouveau gouvernement travailliste jour la carte de la fermeté face à la violence, mais ne semble pas avoir de réponse à long terme aux causes sous-jacentes des émeutes.


Le Royaume Uni s’est réveillé dimanche matin 4 août 2024 sous le choc. Les images de rues couvertes de débris et de détritus fumants, conséquence d’un week-end de manifestations d’extrême droite qui a dégénéré en violence dans sept villes du pays, ont tourné en boucle à la télévision nationale comme elles ont fait la principale manchette de tous les tabloïds locaux.

Tout a suivi une attaque au couteau perpétrée à Southport (au nord de Liverpool), qui a coûté la vie à trois jeunes filles (âgées de 6 à 9 ans), lors d’une soirée dansante. La nationalité du meurtrier, un jeune rwandais de 17 ans, né sur le sol britannique, répondant au nom d’Axel Rudakubana, a mis le feu aux poudres. Très vite, des mouvements d’extrême-droite ont faussement accusé l’adolescent d’être un immigrant de confession musulmane. Le 29 juillet, un compte nommé Europe Invasion, qui est présent sur le réseau social X (anciennement Twitter) et publie régulièrement des images manipulées par intelligence artificielle, a publié un message prétendant – à tort – que le suspect était un immigré musulman. Le post a généré plus de six millions de vues. Dans la foulée, un compte TikTok, visiblement créé pour l’occasion, a appelé à manifester près du lieu de l’attaque, et a cumulé près 60 000 vues en quelques heures. De quoi rendre la situation explosive et dégénérer en affrontements raciaux.

Une des publications sur X à l’origine de la fausse rumeur sur l’identité de l’assassin de Southport.

Des groupes se sont rapidement formés, agitant tous des drapeaux de la croix de Saint-Georges, régulièrement utilisés comme symbole par les mouvements nationalistes (tel que l’English Defence League ou la néo-nazi Patriotic Alternative). À Leeds comme à Hull, des émeutiers ont jeté des bouteilles et brisé les fenêtres d’un hôtel abritant apparemment des demandeurs d’asile, affrontant violemment les policiers déployés pour protéger ces derniers. Une bibliothèque à Liverpool, transformée en site d’emploi pour migrants, a été incendiée. Des scènes similaires ont eu lieu conjointement à Manchester, Stoke-on-Trent, Blackpool et Belfast. À Bristol, nationalistes et antifascistes se sont confrontés, à coup de slogans (« Nous mourrons pour l’Angleterre », « Nous ne nous rendrons pas ») contre slogans (« Les réfugiés sont les bienvenus ici », « Racailles nazies, hors de nos rues »), ou de canettes de bière, de briques jetées à la face de l’autre avec des policiers peinant à séparer les deux groupes.

A lire aussi: Jusqu’ici tout va bien

Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) s’est empressé de dénoncer les « groupes d’extrême droite » qui « crachent leur haine raciste » et qui « cherchent à intimider les communautés musulmanes » par tous les moyens. Bien que cet organisme reconnu ait condamné les nombreux actes antisémites qui connaissent un regain au Royaume-Uni depuis les attentats du 7 octobre 2003 perpétré par les terroristes du Hamas et la réplique israélienne qui a suivie, le MCB est critiqué par les plus radicaux des musulmans pour ses appels à l’unité multireligieuse. D’ailleurs, un certain nombre d’études suggèrent qu’une immigration de masse non-maîtrisée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la cohésion sociale outre-Manche. Notamment, un sondage publié en avril par le think tank britannique Henry Jackson Society affirme que 32 % des musulmans britanniques considéreraient comme « souhaitable l’instauration de la charia au Royaume Uni »; seulement un musulman britannique sur quatre penserait qu’« Israël a le droit d’exister »; et plus de la moitié « confesse avoir de l’admiration pour le Hamas ».

Face aux Conservateurs qui ont accusé le gouvernement travailliste de laisser s’installer un climat de guerre civile dans tout le royaume, le nouveau Premier ministre travailliste, Sir Keir Starmer, a fermement dénoncé les émeutes, expliquant « qu’il n’y avait aucune excuse pour la violence de quelque nature que ce soit ». « Il s’agit d’une action coordonnée, délibérée. Ce sont des groupes d’individus déterminés à commettre des actes violents » a tenté de minimiser le nouveau chef du gouvernement du roi Charles III. S’il s’est engagé à donner aux forces de police le « plein soutien » du gouvernement pour prendre des mesures contre les « extrémistes qui tentent de semer la haine », de son côté, le ministre britannique de la police a averti ceux qui « s’en prennent à nos policiers, pillent des magasins, détruisent des biens et intimident les différentes communautés » vivant au sein de la monarchie « devront en subir les conséquences ». Une atmosphère tellement tendue que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, n’a pas hésité à déclarer qu’elle ferait appel à l’armée si les émeutes devaient continuer et submerger des forces de police visiblement épuisées après ces jours d’émeutes intenses.

A lire aussi: Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

Si le Royaume-Uni a déjà été la proie de manifestations similaires et aussi spectaculaires par le passé, mettant à mal un certain multiculturalisme, la récente poussée de la droite populiste lors des élections législatives (notamment avec le Reform UK Party de Nigel Farage qui a remporté 14% des voix) a relancé une mouvance qui trouve une caisse de résonance formidable sur les réseaux sociaux. A l’issue de ces événements, la vice-première ministre britannique Angela Rayner s’est emparée du sujet et a promis que certains groupes nationalistes feraient l’objet d’une demande de dissolution et d’une interdiction d’activités en vertu des lois antiterroristes. Le 5 août, après une réunion tumultueuse, le Premier ministre Keir Starmer a renchéri en annonçant qu’il mobiliserait « une armée » de réservistes afin de ramener le calme dans le royaume, laissant les Britanniques assez perplexes sur la gestion amatrice de ces émeutes par les travaillistes..

Un gouvernement qui, à peine élu, va devoir démontrer rapidement toute sa capacité à faire taire les antagonismes persistants et croissants entre les communautés au Royaume Uni, balayer la tendance radicale de son mouvement encore présent au sien du Labour et faire appliquer les principales lignes de son programme pour lequel il a été envoyé sur les bancs de la Chambre des communes : ordre et justice. 

Mon faible pour Nelson Monfort…

0

L’hommage de Philippe Bilger à Nelson Monfort.


On me pardonnera ce titre un peu facile pour rendre hommage au journaliste Nelson Monfort qui a décidé de se retirer, de ne plus faire partie de notre vie médiatique, de notre existence tout court. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à me livrer à cet exercice mais il se trouve que j’ai eu la chance, dans sa sphère professionnelle largement entendue, de pouvoir connaître et apprécier Nelson Monfort. Au-delà de ses prestations devenues mythiques dans le tennis ou le patinage artistique. Je devine trop ce qu’une approche paresseuse de cette personnalité exceptionnelle pourrait susciter comme compliments, estime, reconnaissance mais avec le risque d’une pointe de dérision, une sorte d’affectueuse moquerie comme si, faute de pouvoir atteindre le niveau de celui qui est devenu une véritable légende dans un monde trop habitué pourtant aux platitudes, il convenait de subtilement le rabaisser. Parce que, malgré les apparences, Nelson Monfort n’appartient pas, par sa culture, son intelligence, sa tenue, sa finesse et sa politesse, au monde médiatique tel qu’on se plaît à le célébrer entre hyperboles et copinages. Il y a toujours eu quelque chose, précisément à cause de ces qualités, qui a résisté chez lui à cet embrigadement, à ce grégarisme. Sa singularité a fait pièce à tous les conformismes. Et ils sont nombreux.

L’absence de vulgarité

Jamais il n’est tombé dans l’esprit partisan en éprouvant le besoin de s’exprimer sur un mode péremptoire à propos d’un sujet politique sur lequel il ne connaissait rien. Il n’a jamais succombé à la pétitionnite aiguë. Son goût de la langue française lui a évité de la massacrer. Questionnant ses invités, épuisés après un match ou dans des circonstances plus tranquilles, il n’a jamais eu pour but de les déstabiliser, de les mettre mal à l’aise. Au contraire, avec sa pertinente urbanité, il a satisfait sa curiosité en même temps qu’il a répondu à nos attentes.

Si j’avais à résumer mon sentiment sur lui, dans toutes les facettes où son expression nous a été offerte – je me souviens notamment des entretiens entre sérieux et sourires dont il nous a gratifiés sur Sud Radio, sa culture sportive encyclopédique laissant souvent place à des considérations relevant d’une impressionnante culture générale -, son absence de vulgarité m’est apparue comme sa marque distinctive.

A lire aussi : Pourquoi on aime tant détester Nelson Monfort

Mais ce doux savait avoir la dent dure, son amabilité n’était jamais convention ou routine mais le souci d’une forme l’autorisant alors à toutes les pugnacités sur le fond, aussi voilées fussent-elles. Derrière le Nelson Monfort que nous étions habitués à voir avec cette gaieté mozartienne relevant de l’art de vivre, je suis persuadé qu’il existait un jugement sûr, voire sévère, un pessimisme lucide, une sorte d’aristocratique exigence l’incitant d’abord à donner le meilleur de lui-même avant de tout attendre des autres. Nelson Monfort est un homme qui va évidemment manquer. Mon faible pour lui résulte de cette fraternité rare : celle que créent les mêmes valeurs plutôt que les causes partisanes.

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

La France en miettes (Documents)

Price: ---

0 used & new available from

Jusqu’ici tout va bien

Ville « orléaniste » par excellence, conjuguant avec un certain bonheur la foi dans l’économie, le respect de l’autorité et le sens de l’action sociale, Orléans voit monter le vote RN inexorablement. Malgré la politique du maire, aux effets positifs incontestables, le sentiment de dépossession gagne de plus en plus la population. Reportage.


Avec ses bars et ses terrasses, la rue de Bourgogne est, le soir venu, l’artère la plus animée d’Orléans. Il est 23 heures, la mairie nous a autorisés à suivre une patrouille de la police municipale dans sa ronde de nuit à travers la vieille ville. Membres de la brigade cynophile, les deux agents avec lesquels nous déambulons sont accompagnés de Laïka, un berger malinois dûment muselé et tenu en laisse. Soudain, un scooter surgit à un croisement. Aussitôt, comme si elle connaissait le Code de la route sur les doigts, Laïka aboie. Son maître fait signe au conducteur, à peine majeur, d’arrêter son véhicule. « C’est une zone piétonne, la circulation est interdite aux engins motorisés », indique-t-il. Manifestement intimidé par les jappements de la chienne, le contrevenant coupe le contact, descend du deux-roues, plaide l’ignorance et promet de ne pas recommencer. Décidément très intelligente, Laïka cesse sur-le-champ d’être menaçante. « C’est bon pour cette fois », lance l’agent.

A lire aussi : Cette France qui craque…

Bienvenue dans la capitale de la région Centre-Val de Loire. Longtemps la ville a eu mauvaise réputation. C’est ici que la fameuse affaire « Papy Voise » a eu lieu en 2002, du nom de Paul Voise, un retraité de 61 ans sauvagement agressé chez lui par des voyous qui ont ensuite brûlé sa maison. Le crime, survenu trois jours avant le premier tour de la présidentielle, a ému la France entière et sans doute pesé dans l’élection qui a vu Jean-Marie Le Pen se qualifier face à Jacques Chirac. Vingt-deux ans après, on mesure le chemin parcouru. Le maire, Serge Grouard, un ancien proche de François Fillon qui a quitté LR l’an dernier, peut s’enorgueillir de sa politique sécuritaire. Et pas seulement en centre-ville. À Orléans, même les secteurs HLM sont devenus tranquilles. Ainsi l’été dernier, lors des émeutes qui ont frappé tout le pays suite à la mort du jeune Nahel Merzouk à Nanterre, aucun bâtiment n’a été attaqué et deux voitures seulement ont fini en cendres. « Quand j’étais enfant, c’était une autre ambiance, raconte le maître de Laïka. J’habitais un quartier difficile et chaque Premier de l’an, les gars de la cité rivalisaient avec Strasbourg pour cramer le plus de bagnoles possible. »

Politique du verre d’eau

C’est à bord d’un véhicule de la police municipale que nous continuons notre reportage « embarqué ». L’occasion d’admirer la splendide promenade du bord de Loire, enfin débarrassée du gigantesque parking mal famé qui l’encombrait encore au début du siècle, et devenue désormais le lieu incontournable des pique-niques et des footings. Direction les faubourgs. Dans le quartier populaire de l’Argonne, un riverain a signalé un rodéo urbain. En moins de deux minutes, notre estafette est sur place. Sans gyrophare ni sirène. L’équipe préfère cueillir par surprise les deux jeunes motards qui, au volant de leur Yamaha, font des acrobaties, et surtout beaucoup de bruit, devant la poste. Leurs vrombissements ont dû réveiller tous les habitants. Dès qu’ils nous voient arriver, les chauffards prennent la fuite. Le chef de patrouille a toutefois eu le temps de les filmer et d’envoyer en direct les images de leur forfait au centre de commandement. « On n’engage pas de course-poursuite pour ne pas les mettre en péril, explique-t-il. Mais nos services sont déjà en train de les identifier. Tôt ou tard, ces petits malins rendront des comptes. » Illustration parfaite de ce que le maire appelle « la politique du verre d’eau ». Comprenez : s’inspirer de la doctrine des pompiers qui, au moindre départ d’incendie, arrivent tout de suite et étouffent le feu sans attendre. Une politique également appliquée par les équipes de propreté de la Ville, dont l’inlassable travail permet aux touristes de profiter d’une ville sans tags, sans mégots, sans papiers par terre. Quel contraste avec Paris !

A Orléans, un arrêt de tram dans le quartier de La Source, 27 juin 2024. © Hannah Assouline

À force de déverser des verres d’eau, une vague de tranquillité a fini par s’imposer à Orléans. Depuis vingt ans, l’insécurité a baissé de 80 %. Bien sûr, bleuir les rues avec des agents de police municipale n’a pas suffi. Il a fallu aussi régler en profondeur les problèmes des zones « sensibles ». À commencer par le quartier de La Source, de l’autre côté de la Loire, près de l’université et de l’hôpital. Bâtie à l’origine pour loger les fonctionnaires du Centre national des chèques postaux, la cité était devenue, au cours des années 1990, et à mesure qu’elle accueillait toujours davantage d’habitants d’origine africaine (qui selon l’Insee représentent aujourd’hui plus de 80 % de la population), un territoire perdu de la République. C’est d’ailleurs non loin de là, au parc des expositions de la ville, que Jacques Chirac prononça, le 19 juin 1991, son discours sur « le bruit et l’odeur ». Ce jour-là, dans un rare accès de vérité, il déclarait : « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. […] Comment voulez-vous que le travailleur français […] qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler, si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. »

Situation pour le moins exotique

À la même époque, le maire socialiste d’Orléans, le socialiste Jean-Pierre Sueur, essayait de lutter contre la relégation de La Source en lançant un chantier de ligne de tramway – alors la plus longue du pays – reliant le quartier au centre-ville. Pas suffisant pour casser la spirale de la ghettoïsation. « C’est le plan Borloo, de rénovation urbaine qui a changé la donne », estime aujourd’hui Grouard. À partir de 2004, grâce à 80 millions d’euros apportés par l’État, un complexe sportif et une médiathèque sont construits, les tours d’habitation les plus hautes sont dynamitées pour être remplacées par des immeubles à taille humaine avec des parkings clôturés et des portails automatiques, comme dans les résidences privées. Depuis, dans cet habitat aux codes presque bourgeois, la population a, elle aussi, développé des réflexes bourgeois, et fini par se montrer davantage respectueuse de l’espace commun. De fait, en arpentant le quartier, nous n’avons vu aucune vitre brisée, aucun hall d’entrée occupé, aucun ascenseur vandalisé.

Seulement, si La Source est à présent propre et calme, le dépaysement n’est pas moins garanti ! Près de la moitié des femmes que nous avons croisées dans les rues sont voilées. Beaucoup d’hommes portent la djellaba. La vie s’organise entre la succursale de la banque marocaine Chaabi, la mosquée Annour, inaugurée il y a tout juste dix ans et pouvant accueillir plus de 1 000 fidèles, et les cafés, qui ne servent pas d’alcool et où seuls les hommes viennent s’asseoir. On se surprend toutefois à apprécier cette situation pour le moins exotique : au moins les habitants de la cité vivent-ils côte à côte avec les autres Orléanais, pas face à face… En 2020, le président de la mosquée, Abdelaziz Ziti, fit d’ailleurs une sortie remarquée dans ce sens, sur France Bleu Orléans, alors qu’on l’interrogeait au sujet de l’assassin islamiste de Samuel Paty et de ceux qui l’ont aidé : « On ne veut pas d’eux dans notre religion. Un terroriste, c’est quelqu’un qui n’a pas de religion, c’est un assassin. »

A lire aussi : L’erreur de Huntington

Un événement récent pourrait pourtant remettre en cause cette singulière quiétude. En mars dernier, un curieux trafic routier a débuté entre Paris et Orléans. Affrétés par les autorités de la capitale, des cars ont commencé à arriver, au rythme d’un par semaine. Leur point de destination : un ancien hôtel Formule 1, sur la zone d’activité de Saint-Jean-de-Braye, à l’est de la ville. À leur bord des migrants SDF venus de la Ville lumière, où ils dormaient encore il y a peu sur les trottoirs – un spectacle dommageable quand on s’apprête à accueillir les Jeux olympiques… Faute de solutions d’hébergement en Île-de-France, il leur a été proposé de loger dans ce lieu baptisé par l’administration « dispositif “sas” d’accueil », aux frais de l’État. Spectacle étrange que ces dizaines de sans-papiers échoués au sud de la Beauce, en bord de départementale.

Sisyphe orléanais

Comment Paris a-t-il pu imposer de façon autoritaire ces pauvres hères à une métropole régionale ? Nous faisons part de notre incrédulité au maire. « Dès que j’ai appris l’existence des cars, j’ai appelé Gérald Darmanin pour avoir des explications, confie-t-il. Il m’a pris pour un con en me renvoyant vers son collègue ministre du Logement ! » Quelques jours après, le 26 mars dernier, même mépris à l’Assemblée nationale quand la députée RN Mathilde Paris, dont la circonscription borde le sud d’Orléans, interpelle le gouvernement sur le sujet. Dans l’Hémicycle, Guillaume Kasbarian, ministre délégué chargé du Logement lui répond : « Ces sans-abri ne sont pas accueillis chez Serge Grouard, maire d’Orléans, ni dans votre permanence, ni non plus au château de Montretout : ils sont pris en charge par des associations mandatées par l’État, avant d’être rapidement orientés vers des solutions plus durables d’hébergement en région. »

Problème : les « solutions durables en région » ne sont, pour la plupart, qu’une fiction. À Orléans, le parc HLM n’est pas dimensionné pour accueillir dignement de nouveaux flux. « Nous avons déjà 700 familles sur les listes d’attente », déplore Grouard. Avec 28 % de logements sociaux, la ville est pourtant un bon élève du « vivre-ensemble ». Elle respecte nettement la loi SRU et continue même de construire. Ce qui explique d’ailleurs que l’immobilier soit si bon marché (2 500 euros le mètre carré). « Dire “sas d’accueil”, ça ne veut rien dire ! Ce dispositif ne mène à rien, ne décolère pas le maire. Passé leur séjour en centre d’hébergement temporaire, ces malheureux finissent par bivouaquer en ville. » Un discours inaudible pour les bonnes âmes. Devant les protestations énergiques de Serge Grouard, qui n’a pas hésité à alerter les médias nationaux, la Licra a émis un communiqué pour s’inquiéter des « dangereuses dérives extrémistes qui menacent et risquent de faire vaciller la République ».

À Orléans-Sud, un militant du RN distribue des tracts pour la candidate Tiffanie Rabault avant le premier tour des législatives, 27 juin 2024. Présente sur le même marché ce jour-là, la candidate du Nouveau Front populaire, Ghislaine Kounowski, a refusé d’être photographiée par Causeur. © Hannah Assouline

À ce stade du récit, certains lecteurs trouveront peut-être que le maire d’Orléans rue dans brancards un peu vite, qu’il pourrait avoir la décence d’attendre que les pages faits divers de la presse locale se remplissent de drames impliquant des migrants avant d’oser se plaindre. D’autres au contraire le trouveront bien avisé d’appliquer, tel Sisyphe, sa doctrine du verre d’eau pour faire face à un nouveau problème. Soyons honnêtes, au regard des résultats qu’il a obtenus jusqu’à présent dans sa ville, nous appartenons plutôt à la seconde catégorie. Et nous demandons presque comment, avec une municipalité si vigilante, le RN a pu se hisser en tête lors des dernières élections européennes à Orléans, la liste de Jordan Bardella ayant recueilli 18 % des voix, juste devant celle de Raphaël Glucksmann (17 %), à 79 voix près. Un score certes très loin des résultats nationaux du RN. Mais un score inédit quand même.

Orléans est une ville universitaire. Pas étonnant que la gauche y ait du succès – c’est d’ailleurs la radio du campus qui sert de bastion au wokisme local. C’est aussi un territoire dont l’économie profite à fond de la mondialisation (même si tout n’est pas rose : le site historique de fabrication des verres Duralex, dans la banlieue ouest, est menacé de fermeture). La philosophie macroniste y a de nombreux adeptes, appartenant aux classes moyennes et supérieures, jaloux et fiers – à juste titre – du tissu industriel local, avec ses belles usines du secteur cosmétique : Guerlain, Christian Dior, Shiseido…  Le groupe LVMH a même installé il y a dix ans à Saint-Jean-de-Braye un centre mondial de recherche et développement – 250 collaborateurs – spécialisé dans les crèmes de beauté et le maquillage. Avec moins de 7 % de chômage, la make up nation orléanaise produit en somme plus d’effets que l’illusoire start up nation française. « Orléans est une uchronie filloniste, s’amuse un notable. C’est la France telle qu’elle serait si la droite avait remporté la présidentielle en 2017. Peut-être pas idéal, mais quand même nettement mieux que sous Emmanuel Macron. »

La porte fermée d’Olivet

Pour comprendre, malgré ce beau tableau, la percée du RN, rendez-vous avec Tiffanie Rabault, candidate du parti à la flamme aux législatives dans l’une des trois circonscriptions de la ville, celle d’Orléans-Sud, qui comprend justement La Source sur son territoire. Fille d’une auxiliaire de vie qui l’a élevée seule, elle est conseillère de vente dans une grande surface de bricolage et a posé un congé sans solde pour mener sa campagne. « Orléans est plutôt bien gérée, reconnaît-elle. Mais moi, je brigue un mandat national. Car même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas tout régler à l’échelle locale. C’est au sommet du système, à Strasbourg, à Bruxelles et à Paris, qu’il faut maintenant changer les lois. »

A lire aussi : Je ne vous serre pas la main, Monsieur!

Tiffanie Rabault a 33 ans. Sa naissance remonte précisément au discours de Chirac, en 1991, sur les travailleurs français rendus fous par le « bruit » et l’« odeur ». On devine que sa mère était l’un de ces travailleurs français…

Et la jeune femme de lister les problèmes : « Vous allez penser que je me prends pour Cosette, mais en réalité mon cas est courant. Moi qui suis une simple employée, j’ai vu mon pouvoir d’achat s’effondrer depuis 2022, en particulier le plein d’essence et la facture de chauffage. Et puis c’est le parcours du combattant quand je veux obtenir un rendez-vous de santé pour ma mère, qui a dû arrêter de travailler après avoir été agressée dans son immeuble. Ça peut sembler incroyable, mais Orléans est devenu un désert médical. » On lui fait remarquer les progrès obtenus en matière de sécurité par Serge Grouard « Orléans n’est plus le coupe-gorge que c’était sous Jean-Pierre Sueur, admet-elle. Mais dans certains quartiers, dont celui où je vis, si vous êtes une femme, on vous regarde de travers quand vous ne portez pas le voile. Pareil sur le lieu de travail : si par exemple vous vous étonnez que la nourriture soit halal dans les fêtes du personnel, on vous traite de raciste ! »

Nous voilà dans le vif du sujet : le sentiment de dépossession. Un terme que nous empruntons à l’excellent géographe Christophe Guilluy. Il décrit une double dépossession en fait. Aussi bien matérielle que culturelle. Une scène parmi d’autres pour l’illustrer. Elle s’est déroulée quelques heures avant notre rencontre avec Tiffanie Rabault, alors que nous prenions notre petit-déjeuner dans un bar-tabac d’Olivet, ville plutôt cossue de l’agglomération, sise elle aussi au sud de la Loire, limitrophe de La Source. La maison est bien tenue, avec un patron souriant et affable. Tous types de clients viennent s’y fournir en cigarettes et jeux d’argent, y compris des habitants de La Source, dont quelques femmes voilées, accueillies avec le plus grand respect. Un écriteau cependant indique que tout ne tourne pas rond ici : « La terrasse est définitivement fermée. »

La terrasse en question se trouve dans la cour arrière de l’établissement, à l’abri des regards de la rue. « Des jeunes de La Source ont commencé à venir y fumer du cannabis, raconte le propriétaire. C’était pratique pour eux, car la police ne pouvait pas les voir. Dès que j’ai compris la magouille, j’ai préféré couper le mal à la racine et condamner l’accès… quitte à perdre du chiffre d’affaires. » La dépossession est là, sous nos yeux, presque imperceptible, symbolisée par cette porte désormais fermée à clef au fond d’un bistrot de la France périphérique. Elle ne fait pas la une de l’actualité, n’endeuille pas les familles, ne surcharge pas les urgences des hôpitaux. Pourtant elle s’impose, lancinante, dans la vie de nombre de citoyens, obscurcit les horizons, décourage les générosités, appauvrit les honnêtes travailleurs. Elle n’a pas fini de hanter le débat public. Même à Orléans.

Jeux de Paris : quand on veut, on peut

0

Paris 2024 : une fête mondiale, portée par un patriotisme bienveillant et une ville sublimée.


Les jeux olympiques de Paris 2024 auront pris à revers de nombreux commentateurs français habituellement grincheux. On nous promettait le chaos, l’apocalypse, des émeutes et du terrorisme, des vols et des viols partout, des rats : nous avons eu le contraire. Une extraordinaire fête populaire et mondiale comme on en voit une fois par siècle en France. Les Français se sont laissés prendre au jeu de ces jeux, trop heureux de pouvoir montrer au monde la beauté de leur pays et leur sens de l’accueil. Certes, il ne s’agira sûrement là que d’une trêve, comme c’était déjà le cas dans l’Antiquité, mais ces jeux olympiques rendront fiers les Français pendant encore longtemps tant ils ont su mettre à l’honneur la plus belle ville du monde : Paris.

Les supporters français séduisent

Mieux encore, les Français ont su se muer en hôtes aimables et aimés, au superbe esprit sportif. Eduqués, les spectateurs français ne sifflent pas les adversaires de leurs champions mais s’époumonent en hurlant la Marseillaise et des chansons tout au long des épreuves. Ils se sont aussi trouvés des héros dignes d’Héraclès, avec notamment Léon Marchand qui est entré à tout juste vingt-deux ans au Panthéon du sport français en devenant le premier athlète à gagner quatre médailles d’or individuelles. Héritier de Michael Phelps, le natif de Toulouse sera pour longtemps l’emblème des premiers jeux olympiques d’été français depuis 1924.

A lire aussi : Macron/JO: et après la “parenthèse enchantée”?

Mais la véritable héroïne de cette olympiade, c’est notre capitale. Paris a sorti ses habits de lumière pour littéralement illuminer le monde. Les avis sont unanimes, et ce n’est pas faire preuve de chauvinisme de considérer que sur le plan esthétique ces jeux sont les plus beaux que le monde ait jamais vus. Tir à l’arc aux Invalides, escrime au Grand Palais, BMX devant l’obélisque, beach-volley au pied de la tour Eiffel, équitation à Versailles, cyclisme dans les rues de Montmartre : tous les points de vue sont sublimes, magnifiant une ville que nous avons été nombreux à redécouvrir. Les partenaires premiums Carrefour et LVMH ont eu le nez creux en choisissant de s’associer à pareil succès…

Une trêve, et puis s’en va…

Un succès qui fait d’ailleurs l’unanimité chez les Français qui plébiscitent ces jeux comme ils avaient plébiscité la coupe du monde 1998. Il a fallu pourtant contourner bien des oppositions. Une partie de la gauche voulait ainsi perturber les jeux, les empêcher de se dérouler normalement en provoquant des manifestations, ne pas respecter la « trêve ». Las, il n’en fut rien. Ceux-là mêmes qui annonçaient « Paris 2024 n’aura pas lieu », dénonçant les « jeux de la honte », sont aujourd’hui les premiers à tenter de les instrumentaliser pour avancer leur agenda sociétal…

Pourtant, en dehors de certains passages de la cérémonie d’ouverture, nous avons surtout assisté à un patriotisme bon enfant teinté d’une légère mais amusante pointe de chauvinisme. Les Français avaient envie de s’oublier un peu pendant quinze jours, de faire la preuve qu’ils sont toujours capables du meilleur quand ils le veulent. Car, quel pays peut se targuer d’associer un si riche patrimoine historique à la modernité ?

Les esprits chagrins habituels, à l’image de Mathieu Slama qui a lui-même admis qu’il allait être un peu rabat-joie en expliquant sur Radio J que le « nationalisme dans le sport » le dérangeait et en se demandant pourquoi fallait-il soutenir « un sportif juste parce qu’il est de notre pays », n’auront pas raison de cette courte période de bonheur partagé. Même Charles Consigny dénonçant le panem et circenses de nos contemporains jeux du cirque n’y parviendra pas. Nous savons très bien que tout ça ne durera pas et que la réalité fera son retour dès septembre. Cruelle, difficile et souvent sinistre. Nous savons aussi que le monde a rarement été aussi chaotique. Du Venezuela au Mali en passant par l’Ukraine et le Moyen-Orient, la guerre est partout. En Grande-Bretagne, des émeutes anti-immigration rendent le pays incontrôlable après la mort de trois petites filles tuées par un migrant rwandais. Mais pour une fois, Paris et la France auront vibré à l’unisson pour donner au monde un peu de beauté et de paix. Nous devrions nous en enorgueillir.

Louis XVIII et les femmes

0

Ultime épisode : La Femme, instrument mais contre-pouvoir


Relire le premier épisode; le 2e épisode; le 3e épisode; le 4e épisode; le 5e épisode; le 6e épisode

Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

De ces figures de femmes gravitant autour de Louis XVIII à l’entour d’une monarchie sans avenir, la postérité n’aura jamais retenu que leur demi-obscurité : la personnalité de Marie-Antoinette, les décors dont elle s’est entourée, le romanesque de ses liaisons et la tragédie de son destin vouent, par comparaison, ces femmes à un oubli relatif, de surcroît «  victimes d’être associées à une période longtemps méconnue, la Restauration » et à un Louis XVIII essentiellement « pur produit de Versailles, soucieux de la mise en scène de sa propre majesté ».

Les femmes de Louis XVIII Broché – Grand livre, 6 juin 2024.

Mais justement, au-delà de ces portraits hauts en couleur si bien peints par Matthieu Mensch, le prix de cet ouvrage tient, pour une large part, à ce qu’il explore dans son détail les rouages d’une société fondamentalement inégalitaire dont, au XXIᵉ siècle, les stratifications, les codes, les usages, les charges symboliques nous sont devenus parfaitement étrangers. Le poids de l’étiquette, par exemple, dans l’économie curiale, la force des affrontements claniques et de ses intrigues (perçues comme dérisoires par le seul regard contemporain), et par-dessus tout la prépondérance des stratégies d’alliances matrimoniales sur toute autre considération dans les enjeux de la politique extérieure, voilà, souterrainement, l’autre sujet de l’ouvrage Les femmes de Louis XVIII : certes instrument du pouvoir masculin, l’autre sexe en est aussi le contre-pouvoir occulte, à travers les coteries qui s’y agrègent. Influenceuse avant la lettre, la Femme n’est pas de toute éternité la victime du mâle dominant.

Les femmes de Louis XVIII

Price: ---

0 used & new available from

Les bobos n’aiment pas la France, et moi j’aime le Gers

Notre chroniqueur, qui vient de passer quinze jours enchantés dans le Gers, s’étonnait d’y rencontrer si peu de touristes. Mais réflexion faite, il s’en félicite. Si les Parisiens ne sont pas au rendez-vous, c’est peut-être triste pour l’économie locale, mais ça se comprend, vu ce que sont devenus les bobos qui vivent dans notre ville-monde…


Quinze jours dans un moulin à vent réaménagé, à Larroque-sur-l’Osse (dans les environs de Condom), cela vous rafraîchit les méninges. Quinze jours à visiter des villages sublimes, des sites étourdissants, tout un XIIIe siècle lumineux conservé pour notre émerveillement — essayez donc La Romieu ou Terraube, poussez jusqu’à Auch (ah, sa cathédrale, ses escaliers chapeautés d’un D’Artagnan équestre, et les sandwichs au foie gras que nous mitonna la tenancière d’une boutique spécialisée dans les produits dérivés de l’oie et du canard.

Pour ainsi dire personne dans un département entier, sauf les tracteurs qui allaient d’un champ de tournesols (qui avaient la politesse de s’incliner vers nous, à quelque heure que nous passions) à une vigne taillée comme à Cognac, de façon à ce que les grappes maturent au soleil. Et une gorgée d’armagnac en dessert.

Il n’y a guère qu’à Lectoure (jolie petite ville, dont la densité de brocanteurs prouve la touristification) que nous avons trouvé des restaurants en « bistronomie », des produits pour végans militants et la pédale douce sur le cochon de Gascogne, ce réprouvé des pseudo-gastronomes à la Sandrine Rousseau, la femme qui, comme ses copains du Nouveau Front populaire, hait les barbecues bien davantage que les terroristes palestiniens.

A lire aussi: «Le Comte de Monte-Cristo»: un malheur de plus pour Alexandre Dumas

Les seuls touristes implantés, qui souvent possèdent des résidences secondaires ou permanentes dans ce sud-ouest magnifique, ce sont les Anglais, qui depuis la Guerre de Cent ans considèrent que l’Aquitaine leur appartient. Heureusement que les Vikings, qui dévastèrent les monastères et les bourgades de cette opulente région, ne remontent plus la Garonne sur leurs drakkars.

Heureusement aussi que les huguenots, qui se sont plu à marteler les saints des églises et à massacrer les populations, ont fini par se ranger, grâce à Henri IV, sous l’autorité de Sa Majesté Très Chrétienne — et catholique. Nombre de villages du Gers furent dévastés par le sinistre Gabriel de Montgommery (oui, avec deux « m », et oui, celui qui avait tué Henri II en tournoi en 1559) — qui grâce à Dieu et à la reine Catherine fut décapité le 26 juin 1574.

Charles de Batz-Castelmore, comte D’Artagnan. © J-P Brighelli.

Et gloire à Blaise de Monluc qui récupéra Mont-de-Marsan, et dont le fils, Peyrot de Monluc, dégagea Terraube de l’étreinte protestante : les parpaillots avaient tué les moines, ils furent eux-mêmes massacrés par les troupes catholiques qui entassèrent les cadavres dans un puits. Ainsi doivent finir les destructeurs de cathédrales…

A lire aussi: L’erreur de Huntington

On mange admirablement dans le Gers — et pas seulement du canard : essayez donc l’Auberge de Larressingle, où vous dînerez avec une formidable enceinte féodale en arrière-plan. On y boit aussi bien — ah, le doux souvenir de l’armagnac du Péto, où nous séjournions, ou des rouges du Château Bouscassé, achetés dans le sud du département à Maumusson-Laguian, et qui valent bien les Saint-Emilions voisins. Voilà qui nous éloigne des salades de quinoa et du jus de carottes bio.

J’ai quelques amis parisiens de mon âge qui, heureusement, ont appris tôt le goût des bonnes choses. Mais combien de jeunes imbéciles, dans cette génération de trentenaires qui se croient intelligents parce qu’ils promènent leur physique d’endives cuites en trottinettes électriques, votent écolo et méprisent cette France profonde, à la périphérie de la périphérie, dirait Christophe Guilluy, qui a du caractère et une identité forte et ne croit pas — pas un instant — au mélange des cultures.

Le Figaro a tout récemment établi son palmarès des villes et villages les plus tentants pour acheter un pied-à-terre dans le sud-ouest. Ils privilégient évidemment les sites proches des autoroutes qui relient cette région à la capitale. Étonnamment, le premier village du Gers cité ­— en 20ème position — est Lectoure, le seul site faisandé du département. Croyez-moi, baguenaudez par là-bas, vous trouverez des centaines de maisons superbes à vendre pour le prix d’un studio parisien. Ou, si vous ne voulez pas vous fixer, des dizaines de gîtes confortables où vous vous dépayserez des porteuses de voiles islamiques et de l’agitation des grandes métropoles. Au pays du cochon noir de Gascogne, la charia aura du mal à s’infiltrer.

Soleil noir

Price: ---

0 used & new available from

Macron/JO: et après la “parenthèse enchantée”?

Une moisson de médailles, une cérémonie d’ouverture inclusive remarquée (en réalité, surtout très commentée), une organisation réussie… Les Jeux olympiques remplissent toutes les pages de nos journaux, et notre désastreuse situation politique passe au second plan. On ne sait pas vraiment ce que nous prépare le président Macron pour l’après JO… Mais le sait-il lui-même ? 


Le président de la République n’en revient pas du succès de « ses » Jeux olympiques, à tel point qu’il a quitté Brégançon pour venir les voir de plus près. Sans doute pour ne pas laisser au seul Gabriel Attal le bonheur d’être omniprésent…

Il continue, dans une même effusion, à confondre les formidables victoires françaises avec une cérémonie d’ouverture dont il persiste à défendre les promoteurs, vantant son « audace » qui aurait beaucoup appris à la France et au monde. On aurait attendu de lui plus de compréhension pour les tenants d’une autre France. À choisir, j’aurais préféré avoir celle d’Alain Finkielkraut plus que celle d’Edwy Plenel ou de Patrick Boucheron – pour qui les crimes odieux de janvier 2015 constituaient « des assassinats politiques » !

La nomination d’un Premier ministre attendue d’ici une dizaine de jours

Il paraît que malgré ses postures « sportives » à Brégançon, Emmanuel Macron réfléchit au futur politique qui devrait prendre forme vers la mi-août. Ce qu’il montre cependant à l’heure actuelle relève plus d’une désinvolture affectée que d’une gravité certaine. Ce ne sont pas nos horloges qui l’intéressent mais les siennes. Une étrange sensation règne dans le pays depuis le double échec du macronisme aux élections européennes et au premier tour des législatives. Puis la déconfiture artificiellement provoquée du RN au second tour et surtout la dissolution. Alors que le président apparaissait comme un bourreau de travail, le jour, la nuit – une légende abondamment exploitée -, on a l’impression que nous sommes actuellement dans une mi-temps qui dure beaucoup trop : Emmanuel Macron paraît lui-même perdu à la suite de sa décision qui a bouleversé pour le pire le climat démocratique. Il nous fait attendre, mais connaît-il lui-même la réponse aux questions qu’on lui pose ? Quand notre pays sera-t-il à nouveau gouverné ?

La France Insoumise indigne encore

Car pendant cet intermède la gauche et l’extrême gauche continuent à faire de la politique pour le pire. La France Insoumise ne se passionne pas du tout pour les JO : euphémisme ! Sophia Chikirou ne désarme pas et se fait « la porte-parole de la haine des Juifs dans le monde ». Plusieurs membres du PS se sont désolidarisés d’elle. Une enquête a été ouverte d’ailleurs à la suite de cette dernière et odieuse provocation.
Lucie Castets, imperturbable, se prend pour la Première ministre qu’elle n’est pas et ne sera pas. Sa haute opinion d’elle-même ne compensera pas sa faible assise politique reconnue même par Mediapart, c’est dire ! Elle « cherche la clé pour gouverner » mais heureusement ne la trouve pas !

Ces éléments démontrent que, le président s’amusant, ses adversaires s’activent et qu’il serait temps d’offrir une perspective au pays autre que sportive. Les JO terminés, Antoine Dupont, Léon Marchand et Teddy Riner resteront dans nos mémoires mais la France sera telle qu’avant : en recherche d’un vrai président, d’un Premier ministre efficace et d’une politique cohérente !

Pourquoi on aime tant détester Nelson Monfort

Le journaliste sportif commente cet été les Olympiades parisiennes, et continue de délicieusement nous exaspérer. Peut-être pour la dernière fois…


Lunettes rondes aux montures dorées, cheveux bouclés aux nuances de gris fluctuantes au gré des années, intonation à mi-chemin entre Philippe de Villiers et Bourvil… Nelson Monfort fait partie des gueules – et des voix – du paysage audio-visuel. « How are you my dear friend ? » Pour quiconque a grandi dans les années 90, Nelson Monfort est mieux qu’un journaliste sportif de la télévision publique : c’est une sorte de traducteur automatique intégré dans chaque nouveau téléviseur acheté. Avec sa crinière grise, on le remarque au loin se lever dans les gradins, s’en aller attraper un joueur de tennis, et capturer une ou deux sensations de champion. 

Au fil des ans, les voix emblématiques du sport français ont disparu, mises sur la touche et remplacées par des enragés de données statistiques qui commentent les exploits sportifs comme ils pourraient commenter la bourse. Nelson Monfort, avec sa touche américaine et ouest-parisienne, est le dernier de ces Mohicans, moins dans l’analyse chiffrée que dans l’exclamation de superlatifs dithyrambiques. 

Tournures archaïques et envolées lyriques

Dans la presse écrite, Tennis magazine notamment, il s’était fait remarquer par ses tournures archaïques et ses articles émaillés de « Que nenni ! ». À la télévision non plus, il n’est pas avare d’envolées lyriques. Devant le spectacle d’une équipe de France de patinage qui se rétame, il se laisse aller à la comparaison historique : c’est Azincourt, c’est Trafalgar, c’est Roland à Roncevaux. Ses questions à rallonge, avec traduction immédiate de l’américain au français, ont fait fuir certains athlètes en plein milieu d’interview. Pourtant, le passage au micro de Nelson Monfort fait partie des incontournables de la vie d’un sportif de haut niveau – presque le quatrième temps fort d’un triathlon télévisé. 

A lire aussi: Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

Lost in translation

Alors bien sûr, on peut trouver dans les archives une ou deux jolies bourdes. La plus fameuse remonte à 1995, quand à l’issue de la finale de Roland Garros, l’Américain Michael Chang remercie son coach, sa maman, son papa et son ami Luigi. Petite faille de l’oreille de Nelson, qui n’a pas entendu que l’hommage s’adressait en fait… à Jésus. Une séquence qui a fait le bonheur des bêtisiers pendant des lustres. En 2021, il s’émerveillait qu’une athlète ougandaise ait fait l’effort de lui répondre en anglais, pourtant la langue officielle de… l’Ouganda.

Nelson Monfort, c’est aussi des jeux de mots à faire pâlir l’almanach Vermot. Aux Jeux d’hiver de Vancouver de 2010, il file la métaphore légumineuse lorsque la Sud-Coréenne Cho Ha-ri se fait doubler par Stéphanie Bouvier sur le fil, laquelle « ne s’est pas laissée déstabiliser par ce Ha-ri Cho cuit plus ou moins à la vapeur ». Toujours dans la même quinzaine canadienne : « C’est terrible, c’est terrible, l’équipe d’Ha-ri Cho est cuite ». Un enchainement que n’aurait pas renié Thierry Roland. En 2010, face à la nageuse française Aurore Mongel, évoquant Roxana Maracineanu, pas encore ministre des Sports, il ose : « Roxana est votre première supportrice et la trésorière de votre fan-club. Attention, parce qu’avec les Roumains, il faut faire attention sur ce plan-là ». Quelques années plus tard, le duo priapique qu’il forme avec Philippe Candeloro, pour commenter le patinage artistique, est épinglé, au temps béni où Najat Vallaud-Belkacem était ministre du Droit des femmes. Peu à peu, les acolytes ont dû lever le pied sur les postérieurs des patineuses et sur les anacondas qui aimeraient embêter telle « jeune Cléopâtre canadienne ».

De temps en temps, Nelson Monfort agace. Pendant le Covid, alors que les travées de Roland Garros sont désertes, sa voix en interview résonne un peu partout, et les joueurs lui envoient des « Ta gueule, Nelson ! ». Mais il y a autant de tendresse que d’impatience à l’égard de la mascotte de la porte d’Auteuil. 

A lire aussi: Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

Est-il un collègue sympathique ? Il y a quelques années, Patrick Montel s’en était plaint, l’accusant d’avoir jeté à la poubelle sa collection de cassettes VHS « soigneusement rangées et étiquetées ». « Coup de poignard intellectuel », « acte de délinquance ordinaire », « cambriolage misérable ». Heureusement, de l’eau a coulé sous les ponts depuis, et l’on sait grâce à Jordan de Luxe que les deux hommes se sont rabibochés.

Chant du cygne de Monfort ?

Nelson Monfort, c’est enfin l’âge d’or du sport « gratuit » à la télévision (à condition de payer la redevance). Avant qu’Amazon Prime ne récupère une partie de Roland Garros, Canal + la Formule 1 et BeinSports les Coupes d’Europe de football… Ce sont ces après-midi de juin, durant lesquels il fait trop beau pour travailler… 

Sur les réseaux sociaux, pourtant, le ton du Franco-américain ne passe plus, et certains téléspectateurs réclament sa tête ces jours-ci. Ça tombe bien, son contrat s’arrête fin 2024. Déjà, Delphine Ernotte avait fait l’effort de le prolonger de dix-huit mois, pour lui permettre de couvrir les JO… Mais s’il n’était pas une nouvelle fois renouvelé, il en serait fini de cette école désuète de journalistes sportifs, pas plus connaisseuse que ça des épreuves qu’ils commentent, mais sympathiquement chauvine.

Nouvelle France en chantier

0
Le marché de Cachan ou la « France introuvable » © Ville de Cachan

Cachan et les abords de la RN 20, dans le Val-de-Marne, préfigurent la France de demain : un pays cloisonné en communautés inintégrées où, face à la « diversité », les Blancs vivent retranchés. Sur les décombres de l’assimilation ne prospère qu’un seul modèle, la société de consommation.


Une belle femme peut arrêter la marche du monde. Une femme moche munie d’un mégaphone peut au mieux perturber la circulation.

J’allais faire mes courses à l’Intermarché de Cachan quand un groupe de nanas a débarqué. Mégaphone, banderoles, drapeaux à l’effigie du Nouveau Front populaire. Leurs voitures étaient couvertes d’adhésifs et de ballons comme si elles participaient à un mariage. Que la Nature est cruelle avec certaines femmes ! La plus agréable à regarder tenait son attrait de ses boucles d’oreilles gigantesques. À vrai dire, la Nature n’y est pour rien, car à y regarder de plus près l’on croit déceler les vestiges d’une beauté innée, malheureusement ensevelie sous des tonnes de haine de soi. S’enlaidir semble faire partie du catéchisme de la gauche extrême. Le prix à payer pour ressembler au monde que l’on souhaite édifier.

Intermarché de Cachan © Ville de Cachan

« Le Rassemblement national n’est pas mon ami ! Le Rassemblent national n’est pas mon ami ! »

Je m’en fiche, je ne lui demande pas d’être mon ami sur Facebook ou mon match sur Tinder.

Trois Algériens, probablement clandestins à leur apparence « récemment arrivés en France » buvaient des bières sur un banc, à l’ombre des platanes. N’est-ce pas ça l’assimilation que de se bourrer la gueule à la 1664 sous les platanes de Marcel Pagnol ? Nos amis ne semblaient pas gênés par le mégaphone, ils débattaient en faisant de grands gestes dramatiques pour savoir qui serait de corvée pour les réapprovisionner, car la 1664 arrivait à son terme.

A lire aussi : Le Nouveau Front populaire et nos taux de mélanine

Des Marocains passent et se disent : « Elles n’ont pas de maris ? »

Il n’y a aucun homme au sein de ce groupe d’une petite douzaine de femmes engagées. Très certainement, leurs hommes sont partis, avec des Ukrainiennes ou d’autres hommes peut-être, à moins qu’ils soient préposés aux tâches ménagères.

Un couple de Marocains s’arrête et veut bien prendre un tract. Ils parlent en dialecte marocain, une langue comme une autre dans cette portion de la RN20 qui lèche les villes de Cachan, Arcueil et Bagneux. L’autre fois, à la salle de sport, je suis tombé sur deux jeunes étudiants charmants en provenance d’Oujda. Ce jour-là, à pousser de la fonte il y avait un tiers de Marocains, un tiers d’Africains et un autre de Français de souche.

De l’autre côté de la route nationale…

Pour les croiser, les Blancs, il faut faire un pas de côté et s’aventurer dans les rues perpendiculaires à la RN20. Côté Cachan, une pente douce vous éloigne de la tour de Babel et vous emmène en France, au milieu des Français « version Amélie Poulain » avec leur mairie, leur cinéma de quartier et leur cimetière. D’ailleurs, ça sent la mort ici. Les rues proprettes sont désertes, les pavillons coquets semblent inhabités. J’ai beau passer devant plusieurs fois par jour, aucun mouvement, aucun bruit à part le chant des oiseaux. Le week-end, on renifle ici et là l’odeur d’un barbecue en préparation. Une fois, il m’est arrivé de voir un habitant sortir sa voiture pour la laver dans la rue. J’étais heureux. Il était vieux. J’ai failli le prendre en photo, mais je me suis ravisé.  Il y a ici comme une vie repliée sur elle-même. Une civilisation qui exerce son droit au retrait, pourvu qu’on la laisse tranquille.

Un monde s’en va, et en attendant le coup de grâce, il tourne le dos à son remplaçant.

A lire aussi : Message aux Français qui ont peur et qui pourraient faire une bêtise

On se fait facilement une idée du futur en retournant sur la RN20, connue également sous le nom d’avenue Aristide-Briand. Des Bangladais travaillant pour Uber Eats y ont élu domicile, ils sont assis face au McDo et au Burger King. Ils ont la tête, l’esprit et l’âme tournés vers le Bangladesh. Leur civilisation a élu domicile sur l’écran de leur téléphone, elle les tient en laisse, comme une maîtresse expérimentée envoûte un cœur tendre. Ils n’apprendront jamais le français. Et quand la commande arrive, ils enfourchent leur scooter à toute vitesse. Ils ont beau se presser, je les retrouve plus loin, à attendre qu’on leur ouvre en bas des immeubles de bureau qui poussent comme des champignons vénéneux le long de l’avenue. Ces horreurs en plastique et en verre teinté évoquent la capitale administrative d’un pays neuf où il n’y a jamais eu de culture, d’imagination, ni de sensibilité. Alors, on a demandé à un ordinateur d’y projeter des bâtiments et il a conçu des squelettes décharnés. Des hommes passent chaque jour huit heures dans leurs entrailles.

La RN20 est sale et mal entretenue. Les herbes folles sont partout. C’est normal, il s’agit d’un chantier. On y fabrique la nouvelle France en mélangeant deux matériaux : l’immigration et le capitalisme. Le premier se prédispose et le second dispose. Alors qu’une partie de la droite dit que les immigrés ne travaillent pas, la RN20 apporte un démenti assez recevable. Les Bangladais sont toujours « au bureau » 24h/24, les Kabyles triment derrière le comptoir du bar, les Marocains bossent dans le centre commercial à côté de Maliens munis de talkies-walkies qui font la sécurité. Ils travaillent pour eux et pour le capitalisme qui veut faire du neuf avec du vieux, avec vos os.

Le changement, c’est maintenant

J’ai eu le temps de faire mes courses et de ressortir, les égéries de l’antifascisme étaient encore « mobilisées ». Trois Afghans, tout juste sortis de la vallée du Panshir, font leur apparition. Barbe noire, tunique noire surmontée d’un gilet kaki, baskets blanches. Ils regardent la scène un instant et, insensibles au retour imminent d’Hitler, entrent faire leurs courses.

La RN20 n’est pas seulement une ligne de démarcation entre la France blanche et la France de la Diversité. Elle est la rencontre entre la Folie et la Raison. La folie de ces Français de souche qui demandent plus d’immigration, plus d’impôts et moins de travail. Cachan a voté Macron à 80 % au deuxième tour de la présidentielle de 2022 et Union de la gauche à plus de 57 % au premier tour des législatives de 2024. Face à eux, les Afghans sont raisonnables : ils participent du « chantier » c’est-à-dire du changement, ils sont assis sur la flèche du Progrès qui transperce les entrailles de la France. Et cette flèche passe par la RN20.

Chute libre en Rafale

0
Le préseident Macron quitte les Champs-Elysées après le défilé du 14 juillet, le 14 juillet 2024. Ludovic Marin/AP/SIPA

Quand le président de la République s’est rendu au défilé du 14 juillet, cette année, il a révélé de manière parfaitement involontaire l’étendue du déclin de l’industrie française. Où est passée notre politique industrielle de la grande époque?


Parmi tous les Rafale ayant défilé le 14 juillet le plus remarqué aura certainement été le Renault Rafale présidentiel, nouveau véhicule officiel de la République française. Sa principale originalité ne réside pas dans sa calandre lumineuse tricolore mais plutôt dans le fait que, pour la première fois, le véhicule présidentiel n’est pas fabriqué en France (le Rafale étant fabriqué en Espagne). Plutôt que clou du spectacle il s’agit plutôt d’un clou planté dans le cercueil de ce qui fut une industrie florissante et qui n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même, la France n’ayant assemblé en 2023 que 1,5 million de véhicules, contre 3,5 millions en 2005. Elle figure désormais au 12ème rang mondial, derrière la Thaïlande ou le Canada[1]. Dans la pièce de théâtre qu’est la communication politique macronienne, c’est un rappel cruel de la réalité du rapide déclin de l’économie française dans le monde.

Pourtant la production automobile Made in France offrait encore à notre Président la possibilité de choisir dans la vaste palette des messages suivants :

  • Exemplarité : avec un véhicule électrique, celui-là même que l’on demande au bon peuple d’acheter avec diligence et sourire : Renault Scénic (Douai) ;
  • Gaullisme : avec la C5 Aircross, seule Citroën assemblée en France (Rennes) ;
  • Bling-Bling : avec les nouvelles Peugeot 3008 et 5008 (Sochaux), excellents véhicules au style cependant un peu chargé, qui offrent également une motorisation 100% électrique ;
  • Classicisme : avec une Peugeot 508 (Mulhouse), berline traditionnelle survivant dans un monde de SUV ;
  • Provocation : avec un Grenadier, 4×4 massif assemblé en Moselle sur l’ancien site de Smart, qui pourrait être le pendant français de « The Beast », la Cadillac du POTUS (président des Etats-Unis), même si sa faible valeur ajoutée française et son bilan écologique sont discutables ;
  • Misérabilisme : avec une Renault Kangoo (Maubeuge), une façon de draguer un peu lourdement l’électeur ouvriériste égaré à l’estrèmedrouate ; par ailleurs un avant-goût du standing que nous réservera le FMI lorsqu’il aura mis la France sous tutelle ;  
  • Sobriété : dans un pays censément « géré à l’euro près » (selon la plaisante affirmation de notre Bruno Le Maire national), conserver la DS7 présidentielle (Mulhouse) qui ne date que de 2017. Le véhicule le plus écologique étant celui que l’on ne fabrique pas, ce choix concilierait élégamment « fin du mois et fin du monde », et évoquerait le souvenir de Jacques Chirac célébrant sa victoire de 1995 à bord d’une antique CX. L’âge moyen du véhicule mis à la casse en France étant de 19 ans, ce choix enverrait un signal fraternel envers les automobilistes contraints de faire durer leur véhicule au maximum.

A lire aussi: On va dans le mur, tu viens?

Le plus triste dans ce choix présidentiel d’un porte-drapeau étranger n’est cependant pas le rôle joué par notre Président (car qui désormais se nourrit encore d’illusions sur sa capacité à choisir le bien commun ?), c’est le silence assourdissant avec lequel il a été accueilli, silence que n’a troublé aucune voix politique, syndicale ou patronale majeure, et que très peu de journalistes ont commenté : si L’Usine Nouvelle ou Challenges (via le toujours pertinent Alain-Gabriel Verdevoye) ont sauvé l’honneur, le Figaro par exemple ne mentionne même pas son lieu de fabrication dans l’article pourtant consistant consacré au nouveau carrosse présidentiel. Ce silence de mort symbolise brutalement le désintérêt profond des Français pour l’industrie, désintérêt en même temps cause et conséquence du déclin de cette même industrie.

Renault Caudron Rafale Esprit Alpine, Salon du Bourget, le 19 juin 2023. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA, 01117492_000002)

Pourtant le rôle d’un Président soucieux de défendre notre industrie, ce n’est pas d’arborer une casquette McCain pour annoncer emphatiquement l’ouverture d’ une nouvelle ligne de production de frites en France, c’est d’incarner par une vision, des actes et des symboles la souveraineté industrielle telle que définie et mise en œuvre avec succès par De Gaulle puis Pompidou : bâtir et défendre des entreprises françaises de classe mondiale dans les secteurs clé, concevant et produisant sur le sol national.  Renoncer à cette politique industrielle signifierait se contenter des quelques créneaux que nous concède la concurrence internationale : principalement avions, sacs à main, vin et tourisme : de beaux restes mais insuffisants pour maintenir notre rang politique dans le monde et notre niveau de vie – un aller sans retour vers la tiers-mondisation et la sortie de l’Histoire pour notre pays.


[1] Source 2023 statistics | www.oica.net.

Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

0
Manifestation à Londres, le 31 juillet 2024. Mike Ruane/Story Picture Agency//SIPA

Le Royaume Uni continue à être secoué par des émeutes anti-immigration qui ont éclaté dans de nombreuses villes. Une situation qui a fait resurgir un antagonisme communautariste longtemps mis sous le tapis par les gouvernements successifs de Sa Très Gracieuse Majesté, pourtant confirmé par plusieurs études et sondages. Comme tous les exécutifs, le nouveau gouvernement travailliste jour la carte de la fermeté face à la violence, mais ne semble pas avoir de réponse à long terme aux causes sous-jacentes des émeutes.


Le Royaume Uni s’est réveillé dimanche matin 4 août 2024 sous le choc. Les images de rues couvertes de débris et de détritus fumants, conséquence d’un week-end de manifestations d’extrême droite qui a dégénéré en violence dans sept villes du pays, ont tourné en boucle à la télévision nationale comme elles ont fait la principale manchette de tous les tabloïds locaux.

Tout a suivi une attaque au couteau perpétrée à Southport (au nord de Liverpool), qui a coûté la vie à trois jeunes filles (âgées de 6 à 9 ans), lors d’une soirée dansante. La nationalité du meurtrier, un jeune rwandais de 17 ans, né sur le sol britannique, répondant au nom d’Axel Rudakubana, a mis le feu aux poudres. Très vite, des mouvements d’extrême-droite ont faussement accusé l’adolescent d’être un immigrant de confession musulmane. Le 29 juillet, un compte nommé Europe Invasion, qui est présent sur le réseau social X (anciennement Twitter) et publie régulièrement des images manipulées par intelligence artificielle, a publié un message prétendant – à tort – que le suspect était un immigré musulman. Le post a généré plus de six millions de vues. Dans la foulée, un compte TikTok, visiblement créé pour l’occasion, a appelé à manifester près du lieu de l’attaque, et a cumulé près 60 000 vues en quelques heures. De quoi rendre la situation explosive et dégénérer en affrontements raciaux.

Une des publications sur X à l’origine de la fausse rumeur sur l’identité de l’assassin de Southport.

Des groupes se sont rapidement formés, agitant tous des drapeaux de la croix de Saint-Georges, régulièrement utilisés comme symbole par les mouvements nationalistes (tel que l’English Defence League ou la néo-nazi Patriotic Alternative). À Leeds comme à Hull, des émeutiers ont jeté des bouteilles et brisé les fenêtres d’un hôtel abritant apparemment des demandeurs d’asile, affrontant violemment les policiers déployés pour protéger ces derniers. Une bibliothèque à Liverpool, transformée en site d’emploi pour migrants, a été incendiée. Des scènes similaires ont eu lieu conjointement à Manchester, Stoke-on-Trent, Blackpool et Belfast. À Bristol, nationalistes et antifascistes se sont confrontés, à coup de slogans (« Nous mourrons pour l’Angleterre », « Nous ne nous rendrons pas ») contre slogans (« Les réfugiés sont les bienvenus ici », « Racailles nazies, hors de nos rues »), ou de canettes de bière, de briques jetées à la face de l’autre avec des policiers peinant à séparer les deux groupes.

A lire aussi: Jusqu’ici tout va bien

Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) s’est empressé de dénoncer les « groupes d’extrême droite » qui « crachent leur haine raciste » et qui « cherchent à intimider les communautés musulmanes » par tous les moyens. Bien que cet organisme reconnu ait condamné les nombreux actes antisémites qui connaissent un regain au Royaume-Uni depuis les attentats du 7 octobre 2003 perpétré par les terroristes du Hamas et la réplique israélienne qui a suivie, le MCB est critiqué par les plus radicaux des musulmans pour ses appels à l’unité multireligieuse. D’ailleurs, un certain nombre d’études suggèrent qu’une immigration de masse non-maîtrisée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la cohésion sociale outre-Manche. Notamment, un sondage publié en avril par le think tank britannique Henry Jackson Society affirme que 32 % des musulmans britanniques considéreraient comme « souhaitable l’instauration de la charia au Royaume Uni »; seulement un musulman britannique sur quatre penserait qu’« Israël a le droit d’exister »; et plus de la moitié « confesse avoir de l’admiration pour le Hamas ».

Face aux Conservateurs qui ont accusé le gouvernement travailliste de laisser s’installer un climat de guerre civile dans tout le royaume, le nouveau Premier ministre travailliste, Sir Keir Starmer, a fermement dénoncé les émeutes, expliquant « qu’il n’y avait aucune excuse pour la violence de quelque nature que ce soit ». « Il s’agit d’une action coordonnée, délibérée. Ce sont des groupes d’individus déterminés à commettre des actes violents » a tenté de minimiser le nouveau chef du gouvernement du roi Charles III. S’il s’est engagé à donner aux forces de police le « plein soutien » du gouvernement pour prendre des mesures contre les « extrémistes qui tentent de semer la haine », de son côté, le ministre britannique de la police a averti ceux qui « s’en prennent à nos policiers, pillent des magasins, détruisent des biens et intimident les différentes communautés » vivant au sein de la monarchie « devront en subir les conséquences ». Une atmosphère tellement tendue que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, n’a pas hésité à déclarer qu’elle ferait appel à l’armée si les émeutes devaient continuer et submerger des forces de police visiblement épuisées après ces jours d’émeutes intenses.

A lire aussi: Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

Si le Royaume-Uni a déjà été la proie de manifestations similaires et aussi spectaculaires par le passé, mettant à mal un certain multiculturalisme, la récente poussée de la droite populiste lors des élections législatives (notamment avec le Reform UK Party de Nigel Farage qui a remporté 14% des voix) a relancé une mouvance qui trouve une caisse de résonance formidable sur les réseaux sociaux. A l’issue de ces événements, la vice-première ministre britannique Angela Rayner s’est emparée du sujet et a promis que certains groupes nationalistes feraient l’objet d’une demande de dissolution et d’une interdiction d’activités en vertu des lois antiterroristes. Le 5 août, après une réunion tumultueuse, le Premier ministre Keir Starmer a renchéri en annonçant qu’il mobiliserait « une armée » de réservistes afin de ramener le calme dans le royaume, laissant les Britanniques assez perplexes sur la gestion amatrice de ces émeutes par les travaillistes..

Un gouvernement qui, à peine élu, va devoir démontrer rapidement toute sa capacité à faire taire les antagonismes persistants et croissants entre les communautés au Royaume Uni, balayer la tendance radicale de son mouvement encore présent au sien du Labour et faire appliquer les principales lignes de son programme pour lequel il a été envoyé sur les bancs de la Chambre des communes : ordre et justice. 

Mon faible pour Nelson Monfort…

0
Nelson Monfort à Roland Garros, en 2019 © HAEDRICH JEAN-MARC/LAURENT VU/SIPA

L’hommage de Philippe Bilger à Nelson Monfort.


On me pardonnera ce titre un peu facile pour rendre hommage au journaliste Nelson Monfort qui a décidé de se retirer, de ne plus faire partie de notre vie médiatique, de notre existence tout court. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à me livrer à cet exercice mais il se trouve que j’ai eu la chance, dans sa sphère professionnelle largement entendue, de pouvoir connaître et apprécier Nelson Monfort. Au-delà de ses prestations devenues mythiques dans le tennis ou le patinage artistique. Je devine trop ce qu’une approche paresseuse de cette personnalité exceptionnelle pourrait susciter comme compliments, estime, reconnaissance mais avec le risque d’une pointe de dérision, une sorte d’affectueuse moquerie comme si, faute de pouvoir atteindre le niveau de celui qui est devenu une véritable légende dans un monde trop habitué pourtant aux platitudes, il convenait de subtilement le rabaisser. Parce que, malgré les apparences, Nelson Monfort n’appartient pas, par sa culture, son intelligence, sa tenue, sa finesse et sa politesse, au monde médiatique tel qu’on se plaît à le célébrer entre hyperboles et copinages. Il y a toujours eu quelque chose, précisément à cause de ces qualités, qui a résisté chez lui à cet embrigadement, à ce grégarisme. Sa singularité a fait pièce à tous les conformismes. Et ils sont nombreux.

L’absence de vulgarité

Jamais il n’est tombé dans l’esprit partisan en éprouvant le besoin de s’exprimer sur un mode péremptoire à propos d’un sujet politique sur lequel il ne connaissait rien. Il n’a jamais succombé à la pétitionnite aiguë. Son goût de la langue française lui a évité de la massacrer. Questionnant ses invités, épuisés après un match ou dans des circonstances plus tranquilles, il n’a jamais eu pour but de les déstabiliser, de les mettre mal à l’aise. Au contraire, avec sa pertinente urbanité, il a satisfait sa curiosité en même temps qu’il a répondu à nos attentes.

Si j’avais à résumer mon sentiment sur lui, dans toutes les facettes où son expression nous a été offerte – je me souviens notamment des entretiens entre sérieux et sourires dont il nous a gratifiés sur Sud Radio, sa culture sportive encyclopédique laissant souvent place à des considérations relevant d’une impressionnante culture générale -, son absence de vulgarité m’est apparue comme sa marque distinctive.

A lire aussi : Pourquoi on aime tant détester Nelson Monfort

Mais ce doux savait avoir la dent dure, son amabilité n’était jamais convention ou routine mais le souci d’une forme l’autorisant alors à toutes les pugnacités sur le fond, aussi voilées fussent-elles. Derrière le Nelson Monfort que nous étions habitués à voir avec cette gaieté mozartienne relevant de l’art de vivre, je suis persuadé qu’il existait un jugement sûr, voire sévère, un pessimisme lucide, une sorte d’aristocratique exigence l’incitant d’abord à donner le meilleur de lui-même avant de tout attendre des autres. Nelson Monfort est un homme qui va évidemment manquer. Mon faible pour lui résulte de cette fraternité rare : celle que créent les mêmes valeurs plutôt que les causes partisanes.

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

La France en miettes (Documents)

Price: ---

0 used & new available from

Jusqu’ici tout va bien

Serge Grouard, maire d'Orléans et président d'Orléans Métropole (divers droite) © Ville d'Orléans

Ville « orléaniste » par excellence, conjuguant avec un certain bonheur la foi dans l’économie, le respect de l’autorité et le sens de l’action sociale, Orléans voit monter le vote RN inexorablement. Malgré la politique du maire, aux effets positifs incontestables, le sentiment de dépossession gagne de plus en plus la population. Reportage.


Avec ses bars et ses terrasses, la rue de Bourgogne est, le soir venu, l’artère la plus animée d’Orléans. Il est 23 heures, la mairie nous a autorisés à suivre une patrouille de la police municipale dans sa ronde de nuit à travers la vieille ville. Membres de la brigade cynophile, les deux agents avec lesquels nous déambulons sont accompagnés de Laïka, un berger malinois dûment muselé et tenu en laisse. Soudain, un scooter surgit à un croisement. Aussitôt, comme si elle connaissait le Code de la route sur les doigts, Laïka aboie. Son maître fait signe au conducteur, à peine majeur, d’arrêter son véhicule. « C’est une zone piétonne, la circulation est interdite aux engins motorisés », indique-t-il. Manifestement intimidé par les jappements de la chienne, le contrevenant coupe le contact, descend du deux-roues, plaide l’ignorance et promet de ne pas recommencer. Décidément très intelligente, Laïka cesse sur-le-champ d’être menaçante. « C’est bon pour cette fois », lance l’agent.

A lire aussi : Cette France qui craque…

Bienvenue dans la capitale de la région Centre-Val de Loire. Longtemps la ville a eu mauvaise réputation. C’est ici que la fameuse affaire « Papy Voise » a eu lieu en 2002, du nom de Paul Voise, un retraité de 61 ans sauvagement agressé chez lui par des voyous qui ont ensuite brûlé sa maison. Le crime, survenu trois jours avant le premier tour de la présidentielle, a ému la France entière et sans doute pesé dans l’élection qui a vu Jean-Marie Le Pen se qualifier face à Jacques Chirac. Vingt-deux ans après, on mesure le chemin parcouru. Le maire, Serge Grouard, un ancien proche de François Fillon qui a quitté LR l’an dernier, peut s’enorgueillir de sa politique sécuritaire. Et pas seulement en centre-ville. À Orléans, même les secteurs HLM sont devenus tranquilles. Ainsi l’été dernier, lors des émeutes qui ont frappé tout le pays suite à la mort du jeune Nahel Merzouk à Nanterre, aucun bâtiment n’a été attaqué et deux voitures seulement ont fini en cendres. « Quand j’étais enfant, c’était une autre ambiance, raconte le maître de Laïka. J’habitais un quartier difficile et chaque Premier de l’an, les gars de la cité rivalisaient avec Strasbourg pour cramer le plus de bagnoles possible. »

Politique du verre d’eau

C’est à bord d’un véhicule de la police municipale que nous continuons notre reportage « embarqué ». L’occasion d’admirer la splendide promenade du bord de Loire, enfin débarrassée du gigantesque parking mal famé qui l’encombrait encore au début du siècle, et devenue désormais le lieu incontournable des pique-niques et des footings. Direction les faubourgs. Dans le quartier populaire de l’Argonne, un riverain a signalé un rodéo urbain. En moins de deux minutes, notre estafette est sur place. Sans gyrophare ni sirène. L’équipe préfère cueillir par surprise les deux jeunes motards qui, au volant de leur Yamaha, font des acrobaties, et surtout beaucoup de bruit, devant la poste. Leurs vrombissements ont dû réveiller tous les habitants. Dès qu’ils nous voient arriver, les chauffards prennent la fuite. Le chef de patrouille a toutefois eu le temps de les filmer et d’envoyer en direct les images de leur forfait au centre de commandement. « On n’engage pas de course-poursuite pour ne pas les mettre en péril, explique-t-il. Mais nos services sont déjà en train de les identifier. Tôt ou tard, ces petits malins rendront des comptes. » Illustration parfaite de ce que le maire appelle « la politique du verre d’eau ». Comprenez : s’inspirer de la doctrine des pompiers qui, au moindre départ d’incendie, arrivent tout de suite et étouffent le feu sans attendre. Une politique également appliquée par les équipes de propreté de la Ville, dont l’inlassable travail permet aux touristes de profiter d’une ville sans tags, sans mégots, sans papiers par terre. Quel contraste avec Paris !

A Orléans, un arrêt de tram dans le quartier de La Source, 27 juin 2024. © Hannah Assouline

À force de déverser des verres d’eau, une vague de tranquillité a fini par s’imposer à Orléans. Depuis vingt ans, l’insécurité a baissé de 80 %. Bien sûr, bleuir les rues avec des agents de police municipale n’a pas suffi. Il a fallu aussi régler en profondeur les problèmes des zones « sensibles ». À commencer par le quartier de La Source, de l’autre côté de la Loire, près de l’université et de l’hôpital. Bâtie à l’origine pour loger les fonctionnaires du Centre national des chèques postaux, la cité était devenue, au cours des années 1990, et à mesure qu’elle accueillait toujours davantage d’habitants d’origine africaine (qui selon l’Insee représentent aujourd’hui plus de 80 % de la population), un territoire perdu de la République. C’est d’ailleurs non loin de là, au parc des expositions de la ville, que Jacques Chirac prononça, le 19 juin 1991, son discours sur « le bruit et l’odeur ». Ce jour-là, dans un rare accès de vérité, il déclarait : « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. […] Comment voulez-vous que le travailleur français […] qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler, si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. »

Situation pour le moins exotique

À la même époque, le maire socialiste d’Orléans, le socialiste Jean-Pierre Sueur, essayait de lutter contre la relégation de La Source en lançant un chantier de ligne de tramway – alors la plus longue du pays – reliant le quartier au centre-ville. Pas suffisant pour casser la spirale de la ghettoïsation. « C’est le plan Borloo, de rénovation urbaine qui a changé la donne », estime aujourd’hui Grouard. À partir de 2004, grâce à 80 millions d’euros apportés par l’État, un complexe sportif et une médiathèque sont construits, les tours d’habitation les plus hautes sont dynamitées pour être remplacées par des immeubles à taille humaine avec des parkings clôturés et des portails automatiques, comme dans les résidences privées. Depuis, dans cet habitat aux codes presque bourgeois, la population a, elle aussi, développé des réflexes bourgeois, et fini par se montrer davantage respectueuse de l’espace commun. De fait, en arpentant le quartier, nous n’avons vu aucune vitre brisée, aucun hall d’entrée occupé, aucun ascenseur vandalisé.

Seulement, si La Source est à présent propre et calme, le dépaysement n’est pas moins garanti ! Près de la moitié des femmes que nous avons croisées dans les rues sont voilées. Beaucoup d’hommes portent la djellaba. La vie s’organise entre la succursale de la banque marocaine Chaabi, la mosquée Annour, inaugurée il y a tout juste dix ans et pouvant accueillir plus de 1 000 fidèles, et les cafés, qui ne servent pas d’alcool et où seuls les hommes viennent s’asseoir. On se surprend toutefois à apprécier cette situation pour le moins exotique : au moins les habitants de la cité vivent-ils côte à côte avec les autres Orléanais, pas face à face… En 2020, le président de la mosquée, Abdelaziz Ziti, fit d’ailleurs une sortie remarquée dans ce sens, sur France Bleu Orléans, alors qu’on l’interrogeait au sujet de l’assassin islamiste de Samuel Paty et de ceux qui l’ont aidé : « On ne veut pas d’eux dans notre religion. Un terroriste, c’est quelqu’un qui n’a pas de religion, c’est un assassin. »

A lire aussi : L’erreur de Huntington

Un événement récent pourrait pourtant remettre en cause cette singulière quiétude. En mars dernier, un curieux trafic routier a débuté entre Paris et Orléans. Affrétés par les autorités de la capitale, des cars ont commencé à arriver, au rythme d’un par semaine. Leur point de destination : un ancien hôtel Formule 1, sur la zone d’activité de Saint-Jean-de-Braye, à l’est de la ville. À leur bord des migrants SDF venus de la Ville lumière, où ils dormaient encore il y a peu sur les trottoirs – un spectacle dommageable quand on s’apprête à accueillir les Jeux olympiques… Faute de solutions d’hébergement en Île-de-France, il leur a été proposé de loger dans ce lieu baptisé par l’administration « dispositif “sas” d’accueil », aux frais de l’État. Spectacle étrange que ces dizaines de sans-papiers échoués au sud de la Beauce, en bord de départementale.

Sisyphe orléanais

Comment Paris a-t-il pu imposer de façon autoritaire ces pauvres hères à une métropole régionale ? Nous faisons part de notre incrédulité au maire. « Dès que j’ai appris l’existence des cars, j’ai appelé Gérald Darmanin pour avoir des explications, confie-t-il. Il m’a pris pour un con en me renvoyant vers son collègue ministre du Logement ! » Quelques jours après, le 26 mars dernier, même mépris à l’Assemblée nationale quand la députée RN Mathilde Paris, dont la circonscription borde le sud d’Orléans, interpelle le gouvernement sur le sujet. Dans l’Hémicycle, Guillaume Kasbarian, ministre délégué chargé du Logement lui répond : « Ces sans-abri ne sont pas accueillis chez Serge Grouard, maire d’Orléans, ni dans votre permanence, ni non plus au château de Montretout : ils sont pris en charge par des associations mandatées par l’État, avant d’être rapidement orientés vers des solutions plus durables d’hébergement en région. »

Problème : les « solutions durables en région » ne sont, pour la plupart, qu’une fiction. À Orléans, le parc HLM n’est pas dimensionné pour accueillir dignement de nouveaux flux. « Nous avons déjà 700 familles sur les listes d’attente », déplore Grouard. Avec 28 % de logements sociaux, la ville est pourtant un bon élève du « vivre-ensemble ». Elle respecte nettement la loi SRU et continue même de construire. Ce qui explique d’ailleurs que l’immobilier soit si bon marché (2 500 euros le mètre carré). « Dire “sas d’accueil”, ça ne veut rien dire ! Ce dispositif ne mène à rien, ne décolère pas le maire. Passé leur séjour en centre d’hébergement temporaire, ces malheureux finissent par bivouaquer en ville. » Un discours inaudible pour les bonnes âmes. Devant les protestations énergiques de Serge Grouard, qui n’a pas hésité à alerter les médias nationaux, la Licra a émis un communiqué pour s’inquiéter des « dangereuses dérives extrémistes qui menacent et risquent de faire vaciller la République ».

À Orléans-Sud, un militant du RN distribue des tracts pour la candidate Tiffanie Rabault avant le premier tour des législatives, 27 juin 2024. Présente sur le même marché ce jour-là, la candidate du Nouveau Front populaire, Ghislaine Kounowski, a refusé d’être photographiée par Causeur. © Hannah Assouline

À ce stade du récit, certains lecteurs trouveront peut-être que le maire d’Orléans rue dans brancards un peu vite, qu’il pourrait avoir la décence d’attendre que les pages faits divers de la presse locale se remplissent de drames impliquant des migrants avant d’oser se plaindre. D’autres au contraire le trouveront bien avisé d’appliquer, tel Sisyphe, sa doctrine du verre d’eau pour faire face à un nouveau problème. Soyons honnêtes, au regard des résultats qu’il a obtenus jusqu’à présent dans sa ville, nous appartenons plutôt à la seconde catégorie. Et nous demandons presque comment, avec une municipalité si vigilante, le RN a pu se hisser en tête lors des dernières élections européennes à Orléans, la liste de Jordan Bardella ayant recueilli 18 % des voix, juste devant celle de Raphaël Glucksmann (17 %), à 79 voix près. Un score certes très loin des résultats nationaux du RN. Mais un score inédit quand même.

Orléans est une ville universitaire. Pas étonnant que la gauche y ait du succès – c’est d’ailleurs la radio du campus qui sert de bastion au wokisme local. C’est aussi un territoire dont l’économie profite à fond de la mondialisation (même si tout n’est pas rose : le site historique de fabrication des verres Duralex, dans la banlieue ouest, est menacé de fermeture). La philosophie macroniste y a de nombreux adeptes, appartenant aux classes moyennes et supérieures, jaloux et fiers – à juste titre – du tissu industriel local, avec ses belles usines du secteur cosmétique : Guerlain, Christian Dior, Shiseido…  Le groupe LVMH a même installé il y a dix ans à Saint-Jean-de-Braye un centre mondial de recherche et développement – 250 collaborateurs – spécialisé dans les crèmes de beauté et le maquillage. Avec moins de 7 % de chômage, la make up nation orléanaise produit en somme plus d’effets que l’illusoire start up nation française. « Orléans est une uchronie filloniste, s’amuse un notable. C’est la France telle qu’elle serait si la droite avait remporté la présidentielle en 2017. Peut-être pas idéal, mais quand même nettement mieux que sous Emmanuel Macron. »

La porte fermée d’Olivet

Pour comprendre, malgré ce beau tableau, la percée du RN, rendez-vous avec Tiffanie Rabault, candidate du parti à la flamme aux législatives dans l’une des trois circonscriptions de la ville, celle d’Orléans-Sud, qui comprend justement La Source sur son territoire. Fille d’une auxiliaire de vie qui l’a élevée seule, elle est conseillère de vente dans une grande surface de bricolage et a posé un congé sans solde pour mener sa campagne. « Orléans est plutôt bien gérée, reconnaît-elle. Mais moi, je brigue un mandat national. Car même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas tout régler à l’échelle locale. C’est au sommet du système, à Strasbourg, à Bruxelles et à Paris, qu’il faut maintenant changer les lois. »

A lire aussi : Je ne vous serre pas la main, Monsieur!

Tiffanie Rabault a 33 ans. Sa naissance remonte précisément au discours de Chirac, en 1991, sur les travailleurs français rendus fous par le « bruit » et l’« odeur ». On devine que sa mère était l’un de ces travailleurs français…

Et la jeune femme de lister les problèmes : « Vous allez penser que je me prends pour Cosette, mais en réalité mon cas est courant. Moi qui suis une simple employée, j’ai vu mon pouvoir d’achat s’effondrer depuis 2022, en particulier le plein d’essence et la facture de chauffage. Et puis c’est le parcours du combattant quand je veux obtenir un rendez-vous de santé pour ma mère, qui a dû arrêter de travailler après avoir été agressée dans son immeuble. Ça peut sembler incroyable, mais Orléans est devenu un désert médical. » On lui fait remarquer les progrès obtenus en matière de sécurité par Serge Grouard « Orléans n’est plus le coupe-gorge que c’était sous Jean-Pierre Sueur, admet-elle. Mais dans certains quartiers, dont celui où je vis, si vous êtes une femme, on vous regarde de travers quand vous ne portez pas le voile. Pareil sur le lieu de travail : si par exemple vous vous étonnez que la nourriture soit halal dans les fêtes du personnel, on vous traite de raciste ! »

Nous voilà dans le vif du sujet : le sentiment de dépossession. Un terme que nous empruntons à l’excellent géographe Christophe Guilluy. Il décrit une double dépossession en fait. Aussi bien matérielle que culturelle. Une scène parmi d’autres pour l’illustrer. Elle s’est déroulée quelques heures avant notre rencontre avec Tiffanie Rabault, alors que nous prenions notre petit-déjeuner dans un bar-tabac d’Olivet, ville plutôt cossue de l’agglomération, sise elle aussi au sud de la Loire, limitrophe de La Source. La maison est bien tenue, avec un patron souriant et affable. Tous types de clients viennent s’y fournir en cigarettes et jeux d’argent, y compris des habitants de La Source, dont quelques femmes voilées, accueillies avec le plus grand respect. Un écriteau cependant indique que tout ne tourne pas rond ici : « La terrasse est définitivement fermée. »

La terrasse en question se trouve dans la cour arrière de l’établissement, à l’abri des regards de la rue. « Des jeunes de La Source ont commencé à venir y fumer du cannabis, raconte le propriétaire. C’était pratique pour eux, car la police ne pouvait pas les voir. Dès que j’ai compris la magouille, j’ai préféré couper le mal à la racine et condamner l’accès… quitte à perdre du chiffre d’affaires. » La dépossession est là, sous nos yeux, presque imperceptible, symbolisée par cette porte désormais fermée à clef au fond d’un bistrot de la France périphérique. Elle ne fait pas la une de l’actualité, n’endeuille pas les familles, ne surcharge pas les urgences des hôpitaux. Pourtant elle s’impose, lancinante, dans la vie de nombre de citoyens, obscurcit les horizons, décourage les générosités, appauvrit les honnêtes travailleurs. Elle n’a pas fini de hanter le débat public. Même à Orléans.

Jeux de Paris : quand on veut, on peut

0
Supporters français au Stade de France le 29 juillet 2024 © Maya Vidon-White/UPI/Shutterstoc/SIPA

Paris 2024 : une fête mondiale, portée par un patriotisme bienveillant et une ville sublimée.


Les jeux olympiques de Paris 2024 auront pris à revers de nombreux commentateurs français habituellement grincheux. On nous promettait le chaos, l’apocalypse, des émeutes et du terrorisme, des vols et des viols partout, des rats : nous avons eu le contraire. Une extraordinaire fête populaire et mondiale comme on en voit une fois par siècle en France. Les Français se sont laissés prendre au jeu de ces jeux, trop heureux de pouvoir montrer au monde la beauté de leur pays et leur sens de l’accueil. Certes, il ne s’agira sûrement là que d’une trêve, comme c’était déjà le cas dans l’Antiquité, mais ces jeux olympiques rendront fiers les Français pendant encore longtemps tant ils ont su mettre à l’honneur la plus belle ville du monde : Paris.

Les supporters français séduisent

Mieux encore, les Français ont su se muer en hôtes aimables et aimés, au superbe esprit sportif. Eduqués, les spectateurs français ne sifflent pas les adversaires de leurs champions mais s’époumonent en hurlant la Marseillaise et des chansons tout au long des épreuves. Ils se sont aussi trouvés des héros dignes d’Héraclès, avec notamment Léon Marchand qui est entré à tout juste vingt-deux ans au Panthéon du sport français en devenant le premier athlète à gagner quatre médailles d’or individuelles. Héritier de Michael Phelps, le natif de Toulouse sera pour longtemps l’emblème des premiers jeux olympiques d’été français depuis 1924.

A lire aussi : Macron/JO: et après la “parenthèse enchantée”?

Mais la véritable héroïne de cette olympiade, c’est notre capitale. Paris a sorti ses habits de lumière pour littéralement illuminer le monde. Les avis sont unanimes, et ce n’est pas faire preuve de chauvinisme de considérer que sur le plan esthétique ces jeux sont les plus beaux que le monde ait jamais vus. Tir à l’arc aux Invalides, escrime au Grand Palais, BMX devant l’obélisque, beach-volley au pied de la tour Eiffel, équitation à Versailles, cyclisme dans les rues de Montmartre : tous les points de vue sont sublimes, magnifiant une ville que nous avons été nombreux à redécouvrir. Les partenaires premiums Carrefour et LVMH ont eu le nez creux en choisissant de s’associer à pareil succès…

Une trêve, et puis s’en va…

Un succès qui fait d’ailleurs l’unanimité chez les Français qui plébiscitent ces jeux comme ils avaient plébiscité la coupe du monde 1998. Il a fallu pourtant contourner bien des oppositions. Une partie de la gauche voulait ainsi perturber les jeux, les empêcher de se dérouler normalement en provoquant des manifestations, ne pas respecter la « trêve ». Las, il n’en fut rien. Ceux-là mêmes qui annonçaient « Paris 2024 n’aura pas lieu », dénonçant les « jeux de la honte », sont aujourd’hui les premiers à tenter de les instrumentaliser pour avancer leur agenda sociétal…

Pourtant, en dehors de certains passages de la cérémonie d’ouverture, nous avons surtout assisté à un patriotisme bon enfant teinté d’une légère mais amusante pointe de chauvinisme. Les Français avaient envie de s’oublier un peu pendant quinze jours, de faire la preuve qu’ils sont toujours capables du meilleur quand ils le veulent. Car, quel pays peut se targuer d’associer un si riche patrimoine historique à la modernité ?

Les esprits chagrins habituels, à l’image de Mathieu Slama qui a lui-même admis qu’il allait être un peu rabat-joie en expliquant sur Radio J que le « nationalisme dans le sport » le dérangeait et en se demandant pourquoi fallait-il soutenir « un sportif juste parce qu’il est de notre pays », n’auront pas raison de cette courte période de bonheur partagé. Même Charles Consigny dénonçant le panem et circenses de nos contemporains jeux du cirque n’y parviendra pas. Nous savons très bien que tout ça ne durera pas et que la réalité fera son retour dès septembre. Cruelle, difficile et souvent sinistre. Nous savons aussi que le monde a rarement été aussi chaotique. Du Venezuela au Mali en passant par l’Ukraine et le Moyen-Orient, la guerre est partout. En Grande-Bretagne, des émeutes anti-immigration rendent le pays incontrôlable après la mort de trois petites filles tuées par un migrant rwandais. Mais pour une fois, Paris et la France auront vibré à l’unisson pour donner au monde un peu de beauté et de paix. Nous devrions nous en enorgueillir.

Louis XVIII et les femmes

0
Louis XVIII de France en costume de sacre © Wikipédia

Ultime épisode : La Femme, instrument mais contre-pouvoir


Relire le premier épisode; le 2e épisode; le 3e épisode; le 4e épisode; le 5e épisode; le 6e épisode

Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

De ces figures de femmes gravitant autour de Louis XVIII à l’entour d’une monarchie sans avenir, la postérité n’aura jamais retenu que leur demi-obscurité : la personnalité de Marie-Antoinette, les décors dont elle s’est entourée, le romanesque de ses liaisons et la tragédie de son destin vouent, par comparaison, ces femmes à un oubli relatif, de surcroît «  victimes d’être associées à une période longtemps méconnue, la Restauration » et à un Louis XVIII essentiellement « pur produit de Versailles, soucieux de la mise en scène de sa propre majesté ».

Les femmes de Louis XVIII Broché – Grand livre, 6 juin 2024.

Mais justement, au-delà de ces portraits hauts en couleur si bien peints par Matthieu Mensch, le prix de cet ouvrage tient, pour une large part, à ce qu’il explore dans son détail les rouages d’une société fondamentalement inégalitaire dont, au XXIᵉ siècle, les stratifications, les codes, les usages, les charges symboliques nous sont devenus parfaitement étrangers. Le poids de l’étiquette, par exemple, dans l’économie curiale, la force des affrontements claniques et de ses intrigues (perçues comme dérisoires par le seul regard contemporain), et par-dessus tout la prépondérance des stratégies d’alliances matrimoniales sur toute autre considération dans les enjeux de la politique extérieure, voilà, souterrainement, l’autre sujet de l’ouvrage Les femmes de Louis XVIII : certes instrument du pouvoir masculin, l’autre sexe en est aussi le contre-pouvoir occulte, à travers les coteries qui s’y agrègent. Influenceuse avant la lettre, la Femme n’est pas de toute éternité la victime du mâle dominant.

Les femmes de Louis XVIII

Price: ---

0 used & new available from

Les bobos n’aiment pas la France, et moi j’aime le Gers

0
Cathédrale d'Auch, le 16 mars 2024. FRED SCHEIBER/SIPA

Notre chroniqueur, qui vient de passer quinze jours enchantés dans le Gers, s’étonnait d’y rencontrer si peu de touristes. Mais réflexion faite, il s’en félicite. Si les Parisiens ne sont pas au rendez-vous, c’est peut-être triste pour l’économie locale, mais ça se comprend, vu ce que sont devenus les bobos qui vivent dans notre ville-monde…


Quinze jours dans un moulin à vent réaménagé, à Larroque-sur-l’Osse (dans les environs de Condom), cela vous rafraîchit les méninges. Quinze jours à visiter des villages sublimes, des sites étourdissants, tout un XIIIe siècle lumineux conservé pour notre émerveillement — essayez donc La Romieu ou Terraube, poussez jusqu’à Auch (ah, sa cathédrale, ses escaliers chapeautés d’un D’Artagnan équestre, et les sandwichs au foie gras que nous mitonna la tenancière d’une boutique spécialisée dans les produits dérivés de l’oie et du canard.

Pour ainsi dire personne dans un département entier, sauf les tracteurs qui allaient d’un champ de tournesols (qui avaient la politesse de s’incliner vers nous, à quelque heure que nous passions) à une vigne taillée comme à Cognac, de façon à ce que les grappes maturent au soleil. Et une gorgée d’armagnac en dessert.

Il n’y a guère qu’à Lectoure (jolie petite ville, dont la densité de brocanteurs prouve la touristification) que nous avons trouvé des restaurants en « bistronomie », des produits pour végans militants et la pédale douce sur le cochon de Gascogne, ce réprouvé des pseudo-gastronomes à la Sandrine Rousseau, la femme qui, comme ses copains du Nouveau Front populaire, hait les barbecues bien davantage que les terroristes palestiniens.

A lire aussi: «Le Comte de Monte-Cristo»: un malheur de plus pour Alexandre Dumas

Les seuls touristes implantés, qui souvent possèdent des résidences secondaires ou permanentes dans ce sud-ouest magnifique, ce sont les Anglais, qui depuis la Guerre de Cent ans considèrent que l’Aquitaine leur appartient. Heureusement que les Vikings, qui dévastèrent les monastères et les bourgades de cette opulente région, ne remontent plus la Garonne sur leurs drakkars.

Heureusement aussi que les huguenots, qui se sont plu à marteler les saints des églises et à massacrer les populations, ont fini par se ranger, grâce à Henri IV, sous l’autorité de Sa Majesté Très Chrétienne — et catholique. Nombre de villages du Gers furent dévastés par le sinistre Gabriel de Montgommery (oui, avec deux « m », et oui, celui qui avait tué Henri II en tournoi en 1559) — qui grâce à Dieu et à la reine Catherine fut décapité le 26 juin 1574.

Charles de Batz-Castelmore, comte D’Artagnan. © J-P Brighelli.

Et gloire à Blaise de Monluc qui récupéra Mont-de-Marsan, et dont le fils, Peyrot de Monluc, dégagea Terraube de l’étreinte protestante : les parpaillots avaient tué les moines, ils furent eux-mêmes massacrés par les troupes catholiques qui entassèrent les cadavres dans un puits. Ainsi doivent finir les destructeurs de cathédrales…

A lire aussi: L’erreur de Huntington

On mange admirablement dans le Gers — et pas seulement du canard : essayez donc l’Auberge de Larressingle, où vous dînerez avec une formidable enceinte féodale en arrière-plan. On y boit aussi bien — ah, le doux souvenir de l’armagnac du Péto, où nous séjournions, ou des rouges du Château Bouscassé, achetés dans le sud du département à Maumusson-Laguian, et qui valent bien les Saint-Emilions voisins. Voilà qui nous éloigne des salades de quinoa et du jus de carottes bio.

J’ai quelques amis parisiens de mon âge qui, heureusement, ont appris tôt le goût des bonnes choses. Mais combien de jeunes imbéciles, dans cette génération de trentenaires qui se croient intelligents parce qu’ils promènent leur physique d’endives cuites en trottinettes électriques, votent écolo et méprisent cette France profonde, à la périphérie de la périphérie, dirait Christophe Guilluy, qui a du caractère et une identité forte et ne croit pas — pas un instant — au mélange des cultures.

Le Figaro a tout récemment établi son palmarès des villes et villages les plus tentants pour acheter un pied-à-terre dans le sud-ouest. Ils privilégient évidemment les sites proches des autoroutes qui relient cette région à la capitale. Étonnamment, le premier village du Gers cité ­— en 20ème position — est Lectoure, le seul site faisandé du département. Croyez-moi, baguenaudez par là-bas, vous trouverez des centaines de maisons superbes à vendre pour le prix d’un studio parisien. Ou, si vous ne voulez pas vous fixer, des dizaines de gîtes confortables où vous vous dépayserez des porteuses de voiles islamiques et de l’agitation des grandes métropoles. Au pays du cochon noir de Gascogne, la charia aura du mal à s’infiltrer.

Soleil noir

Price: ---

0 used & new available from

Macron/JO: et après la “parenthèse enchantée”?

0
Le président Macron avec le champion de judo Teddy Riner, Jeux olympiques, Paris, 2 août 2024 © Laurent Vu/SIPA

Une moisson de médailles, une cérémonie d’ouverture inclusive remarquée (en réalité, surtout très commentée), une organisation réussie… Les Jeux olympiques remplissent toutes les pages de nos journaux, et notre désastreuse situation politique passe au second plan. On ne sait pas vraiment ce que nous prépare le président Macron pour l’après JO… Mais le sait-il lui-même ? 


Le président de la République n’en revient pas du succès de « ses » Jeux olympiques, à tel point qu’il a quitté Brégançon pour venir les voir de plus près. Sans doute pour ne pas laisser au seul Gabriel Attal le bonheur d’être omniprésent…

Il continue, dans une même effusion, à confondre les formidables victoires françaises avec une cérémonie d’ouverture dont il persiste à défendre les promoteurs, vantant son « audace » qui aurait beaucoup appris à la France et au monde. On aurait attendu de lui plus de compréhension pour les tenants d’une autre France. À choisir, j’aurais préféré avoir celle d’Alain Finkielkraut plus que celle d’Edwy Plenel ou de Patrick Boucheron – pour qui les crimes odieux de janvier 2015 constituaient « des assassinats politiques » !

La nomination d’un Premier ministre attendue d’ici une dizaine de jours

Il paraît que malgré ses postures « sportives » à Brégançon, Emmanuel Macron réfléchit au futur politique qui devrait prendre forme vers la mi-août. Ce qu’il montre cependant à l’heure actuelle relève plus d’une désinvolture affectée que d’une gravité certaine. Ce ne sont pas nos horloges qui l’intéressent mais les siennes. Une étrange sensation règne dans le pays depuis le double échec du macronisme aux élections européennes et au premier tour des législatives. Puis la déconfiture artificiellement provoquée du RN au second tour et surtout la dissolution. Alors que le président apparaissait comme un bourreau de travail, le jour, la nuit – une légende abondamment exploitée -, on a l’impression que nous sommes actuellement dans une mi-temps qui dure beaucoup trop : Emmanuel Macron paraît lui-même perdu à la suite de sa décision qui a bouleversé pour le pire le climat démocratique. Il nous fait attendre, mais connaît-il lui-même la réponse aux questions qu’on lui pose ? Quand notre pays sera-t-il à nouveau gouverné ?

La France Insoumise indigne encore

Car pendant cet intermède la gauche et l’extrême gauche continuent à faire de la politique pour le pire. La France Insoumise ne se passionne pas du tout pour les JO : euphémisme ! Sophia Chikirou ne désarme pas et se fait « la porte-parole de la haine des Juifs dans le monde ». Plusieurs membres du PS se sont désolidarisés d’elle. Une enquête a été ouverte d’ailleurs à la suite de cette dernière et odieuse provocation.
Lucie Castets, imperturbable, se prend pour la Première ministre qu’elle n’est pas et ne sera pas. Sa haute opinion d’elle-même ne compensera pas sa faible assise politique reconnue même par Mediapart, c’est dire ! Elle « cherche la clé pour gouverner » mais heureusement ne la trouve pas !

Ces éléments démontrent que, le président s’amusant, ses adversaires s’activent et qu’il serait temps d’offrir une perspective au pays autre que sportive. Les JO terminés, Antoine Dupont, Léon Marchand et Teddy Riner resteront dans nos mémoires mais la France sera telle qu’avant : en recherche d’un vrai président, d’un Premier ministre efficace et d’une politique cohérente !

Pourquoi on aime tant détester Nelson Monfort

0
Le journaliste franco-américain Nelson Monfort, Paris, 11 juin 2024 © JP PARIENTE/SIPA

Le journaliste sportif commente cet été les Olympiades parisiennes, et continue de délicieusement nous exaspérer. Peut-être pour la dernière fois…


Lunettes rondes aux montures dorées, cheveux bouclés aux nuances de gris fluctuantes au gré des années, intonation à mi-chemin entre Philippe de Villiers et Bourvil… Nelson Monfort fait partie des gueules – et des voix – du paysage audio-visuel. « How are you my dear friend ? » Pour quiconque a grandi dans les années 90, Nelson Monfort est mieux qu’un journaliste sportif de la télévision publique : c’est une sorte de traducteur automatique intégré dans chaque nouveau téléviseur acheté. Avec sa crinière grise, on le remarque au loin se lever dans les gradins, s’en aller attraper un joueur de tennis, et capturer une ou deux sensations de champion. 

Au fil des ans, les voix emblématiques du sport français ont disparu, mises sur la touche et remplacées par des enragés de données statistiques qui commentent les exploits sportifs comme ils pourraient commenter la bourse. Nelson Monfort, avec sa touche américaine et ouest-parisienne, est le dernier de ces Mohicans, moins dans l’analyse chiffrée que dans l’exclamation de superlatifs dithyrambiques. 

Tournures archaïques et envolées lyriques

Dans la presse écrite, Tennis magazine notamment, il s’était fait remarquer par ses tournures archaïques et ses articles émaillés de « Que nenni ! ». À la télévision non plus, il n’est pas avare d’envolées lyriques. Devant le spectacle d’une équipe de France de patinage qui se rétame, il se laisse aller à la comparaison historique : c’est Azincourt, c’est Trafalgar, c’est Roland à Roncevaux. Ses questions à rallonge, avec traduction immédiate de l’américain au français, ont fait fuir certains athlètes en plein milieu d’interview. Pourtant, le passage au micro de Nelson Monfort fait partie des incontournables de la vie d’un sportif de haut niveau – presque le quatrième temps fort d’un triathlon télévisé. 

A lire aussi: Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

Lost in translation

Alors bien sûr, on peut trouver dans les archives une ou deux jolies bourdes. La plus fameuse remonte à 1995, quand à l’issue de la finale de Roland Garros, l’Américain Michael Chang remercie son coach, sa maman, son papa et son ami Luigi. Petite faille de l’oreille de Nelson, qui n’a pas entendu que l’hommage s’adressait en fait… à Jésus. Une séquence qui a fait le bonheur des bêtisiers pendant des lustres. En 2021, il s’émerveillait qu’une athlète ougandaise ait fait l’effort de lui répondre en anglais, pourtant la langue officielle de… l’Ouganda.

Nelson Monfort, c’est aussi des jeux de mots à faire pâlir l’almanach Vermot. Aux Jeux d’hiver de Vancouver de 2010, il file la métaphore légumineuse lorsque la Sud-Coréenne Cho Ha-ri se fait doubler par Stéphanie Bouvier sur le fil, laquelle « ne s’est pas laissée déstabiliser par ce Ha-ri Cho cuit plus ou moins à la vapeur ». Toujours dans la même quinzaine canadienne : « C’est terrible, c’est terrible, l’équipe d’Ha-ri Cho est cuite ». Un enchainement que n’aurait pas renié Thierry Roland. En 2010, face à la nageuse française Aurore Mongel, évoquant Roxana Maracineanu, pas encore ministre des Sports, il ose : « Roxana est votre première supportrice et la trésorière de votre fan-club. Attention, parce qu’avec les Roumains, il faut faire attention sur ce plan-là ». Quelques années plus tard, le duo priapique qu’il forme avec Philippe Candeloro, pour commenter le patinage artistique, est épinglé, au temps béni où Najat Vallaud-Belkacem était ministre du Droit des femmes. Peu à peu, les acolytes ont dû lever le pied sur les postérieurs des patineuses et sur les anacondas qui aimeraient embêter telle « jeune Cléopâtre canadienne ».

De temps en temps, Nelson Monfort agace. Pendant le Covid, alors que les travées de Roland Garros sont désertes, sa voix en interview résonne un peu partout, et les joueurs lui envoient des « Ta gueule, Nelson ! ». Mais il y a autant de tendresse que d’impatience à l’égard de la mascotte de la porte d’Auteuil. 

A lire aussi: Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

Est-il un collègue sympathique ? Il y a quelques années, Patrick Montel s’en était plaint, l’accusant d’avoir jeté à la poubelle sa collection de cassettes VHS « soigneusement rangées et étiquetées ». « Coup de poignard intellectuel », « acte de délinquance ordinaire », « cambriolage misérable ». Heureusement, de l’eau a coulé sous les ponts depuis, et l’on sait grâce à Jordan de Luxe que les deux hommes se sont rabibochés.

Chant du cygne de Monfort ?

Nelson Monfort, c’est enfin l’âge d’or du sport « gratuit » à la télévision (à condition de payer la redevance). Avant qu’Amazon Prime ne récupère une partie de Roland Garros, Canal + la Formule 1 et BeinSports les Coupes d’Europe de football… Ce sont ces après-midi de juin, durant lesquels il fait trop beau pour travailler… 

Sur les réseaux sociaux, pourtant, le ton du Franco-américain ne passe plus, et certains téléspectateurs réclament sa tête ces jours-ci. Ça tombe bien, son contrat s’arrête fin 2024. Déjà, Delphine Ernotte avait fait l’effort de le prolonger de dix-huit mois, pour lui permettre de couvrir les JO… Mais s’il n’était pas une nouvelle fois renouvelé, il en serait fini de cette école désuète de journalistes sportifs, pas plus connaisseuse que ça des épreuves qu’ils commentent, mais sympathiquement chauvine.