Chaque année, la sécurité sur nos plages est assurée par les nageurs sauveteurs CRS qui sont formés et équipés pour plusieurs missions essentielles. Cet été, ils sont mobilisés pour les JO de Paris, démunissant notre littoral et augmentant le risque de noyades pendant cette « parenthèse enchantée ». Plus grave encore, d’année en année, leur nombre ne cesse de diminuer en vue de la suppression à terme de ce dispositif. Plaidoyer pour les NS CRS par Patrice Martin, délégué national CRS MNS-NS Un1té.
Cet été, l’absence des 280 nageurs sauveteurs CRS (NS CRS) sur les plages françaises se fait cruellement sentir, constituant un renfort dérisoire pour les Jeux Olympiques. Cette situation coïncide avec une hausse préoccupante des noyades, en particulier dans les Alpes-Maritimes, où elles ont augmenté de 30%. Malgré une baisse générale des noyades au mois de juin en raison d’une mauvaise météo, la deuxième moitié de juillet a vu une augmentation de 22% par rapport à 2023. Les NS CRS, qui assuraient jusqu’à présent des missions de sauvetage et de police, n’ont pas été entièrement remplacés par des sauveteurs civils en raison d’un déficit de BNSSA (Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique)en France.
Par conséquent, plusieurs communes du littoral, démunies, peinent à garantir la surveillance et la sécurité des lieux de baignade, certaines étant même contraintes de fermer des postes de secours et de réduire les zones de surveillance.
Depuis 1958, les NS CRS jouent un rôle crucial sur les plages, leur effectif ayant évolué de 700 à 800 dans les années 80, à 722 en 2002, 495 en 2009, suite à la Révision générale des politiques publiques (RGPP), et seulement 280 en 2023 pour 55 communes littorales. Cette diminution constante s’explique par la volonté politique de supprimer progressivement ce dispositif, au prétexte que la police des baignades incombe aux maires. Pourtant, chaque année, l’activité judiciaire et les constatations d’infractions ne cessent de croître.
Le manque d’effectifs dans les Compagnies de CRS (origine du mal) a poussé le ministère de l’Intérieur à récupérer ces ressources pour les sites olympiques, ce qui représente un renfort insignifiant face aux 8000 CRS mobilisés pour les JO.
Les NS CRS, seuls à cumuler les fonctions de policiers et sauveteurs, sont essentiels pour assurer la sécurité sur les plages. Depuis 2016, ils sont armés et peuvent seuls répondre à des menaces terroristes, apportant également leur expertise aux jeunes sauveteurs civils avec lesquels ils collaborent. La suppression de leur mission met en péril la sécurité des usagers de la plage, alors que la délinquance se déplace également sur le littoral durant l’été. Cette police de proximité est essentielle.
En 2023, au détriment de leurs jours de récupération, les NS CRS ont prouvé leur capacité à s’adapter rapidement, en se rendant disponibles lors des émeutes de juillet et en renforçant les effectifs pour la Coupe du Monde de Rugby dès le mois de septembre. Leur professionnalisme, leur disponibilité et leurs compétences ne sont plus à démontrer.
Il est impératif de redéployer ce dispositif pour l’été prochain afin d’assurer la sécurité sur les plages, car l’organisation des JO 2024 s’est faite au détriment de cette mission essentielle.
Le syndicat UN1TE, s’engage plus que jamais dans la pérennité et le renouvellement de cette mission. Il y va de la sécurité et de la tranquillité des citoyens.
Y a-t-il un lien entre immigration et criminalité? Les événements outre-Manche semblent indiquer qu’il est impossible d’avoir un débat apaisé sur cette question. En France aussi, les gouvernements successifs ont préféré tirer un voile sur ce sujet, au risque d’affaiblir l’ordre publique et l’état de droit. Tribune de Charles Rojzman.
Au Royaume Uni, à la suite de manifestations qualifiées de racistes par le gouvernement travailliste, ont eu lieu d’autres manifestations antiracistes où le drapeau palestinien était bien en vue, en l’absence du drapeau national. Mais que se passe-t-il en France ? Des policiers lynchés, des commissariats attaqués, des écoles saccagées, une centaine d’agressions à l’arme blanche, couteaux, haches ou machettes, par jour, un trafic de drogue omniprésent… Il devient de plus en plus impossible de nier la relation entre, d’un côté, la criminalité et la violence de rue et, de l’autre, l’immigration ou plutôt une partie importante de la jeunesse principalement masculine dont les ascendants sont venus du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne et qui vit dans des quartiers abandonnés aux caïds de la drogue et des islamistes.
Comment expliquer la violence et la délinquance de beaucoup de ces jeunes, génération après génération, reconnue aujourd’hui, même si pour des raisons idéologiques certains s’insurgent contre cette affirmation et l’attribuent à l’extrême-droite? Par ailleurs, les gouvernements successifs craignent un embrasement des banlieues comparable en plus grand à celui de 2005 en raison de la disponibilité d’armes de guerre.
Certains parlent déjà ouvertement d’un djihad islamiste à bas bruit contre les infidèles que sont les représentants de l’Etat : policiers, pompiers, professionnels de l’éducation et du travail social, personnels des mairies…
Sans nier absolument cette interprétation pessimiste et qui nous préparerait des affrontements plus graves dans le futur, je voudrais y ajouter une analyse élaborée à partir de mes nombreuses expériences dans presque tous ces quartiers d’habitat social qui ont vu fuir progressivement tous ceux qui ne pouvaient plus supporter les violences et les incivilités quotidiennes et qui avaient l’obligation ou simplement les moyens de partir.
En réalité, nous assistons là à un choc frontal entre deux civilisations. Une civilisation de de la honte, de l’honneur et du clan favorisant cette brutalité masculine qui s’exprime naturellement par de la colère, de la susceptibilité, de la jalousie, par la tentation du pillage et du harcèlement et qui dans les pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne est domptée par la force extrême et brutale des autorités. Et une civilisation de la repentance, de l’amour obligé de l’autre, de la bienveillance, du droit qui protège le criminel parfois davantage que sa victime. Comme le disent les policiers, dans leurs propres termes, ils sont « des boxeurs avec des mains liées dans le dos ».
Pour éviter une escalade dans la violence, devrons-nous renoncer à une partie de notre état de droit qui fit notre fierté dans le passé? Les agissements de ces jeunes hommes, mineurs et majeurs, qui attaquent des commissariats au mortier, lynchent des policiers, rendent la vie des riverains impossible et dangereuse, jour et nuit, sont à l’origine d’innombrables rixes et importunent les femmes et les personnes âgées dans la rue et les transports urbains. Cette jeunesse devra-t-elle alors être matée par la force brutale, armée le plus souvent, comme elle le serait en Algérie, au Maroc, et même aux Etats-Unis et en Russie ?
Les morts et les blessés qui résulteraient, au début en tout cas, de telles interventions seraient-elles supportables pour des gouvernements qui pensent avoir d’autres chats, économiques en particulier, à fouetter et qui préfèrent mettre cette question de l’insécurité sous le tapis en espérant peut-être un miracle économique aujourd’hui illusoire qui verraient ces jeunes turbulents se ranger tous sous la bannière du néo-libéralisme et de la société de consommation ? Avec le risque – déjà avéré dans plusieurs villes – d’une véritable prise du pouvoir politique local par les mafias et les islamistes?
Souffrant de schizophrénie, Matthieu de Vilmorin raconte ses différents séjours en hôpital psychiatrique, un récit qui fait preuve d’humour mais surtout de compassion à l’égard des patients qu’il a rencontrés.
C’est un joli mot que celui de lunatique. Il a un côté désuet. On lui préfère schizophrène, névrosé, fou. Et pourtant ils existent, ces hommes et ces femmes qui ont besoin de camisole chimique, de chambre close, de parc silencieux. Dans un très beau livre, écrit sobrement, avec beaucoup de sérénité, voire de douceur, Matthieu de Vilmorin raconte son « séjour chez les fous », comme il le dit lui-même sans philtre. Sa première crise remonte à fin juillet 1983, survenue à Rio de Janeiro. Il fait alors la connaissance de « drôles de dingues ». Il doit affronter le diable en personne, se sentant littéralement possédé. Il écrit : « Entre la maladie psychique (culture occidentale) et la possession (culture tribale ou ethnique), des rapprochements ont été tentés ». Il sera ensuite hospitalisé à Sainte-Anne, pavillon Esquirol, puis dans d’autres établissements spécialisés, pour y subir plusieurs traitements et côtoyer de singulières personnes qu’il nous présente avec humour. Car le choix est simple : « Rire ou crever » comme disait Robert Brasillach, dans son roman Comme le temps passe, que cite l’auteur. Même si, aujourd’hui, il poursuit son traitement pour juguler les attaques de la schizophrénie, Matthieu de Vilmorin mène une vie normale. Du reste, à la fin de son témoignage, sans tourner autour du pot, il déclare : « La folie n’est que le degré élevé de la névrose, car la définition de notre humanité, c’est la névrose ».
Il est de notre devoir de soulager cette population en souffrance, et de lui donner l’amour qu’elle réclame, surtout quand les ténèbres les cernent. Je ne peux m’empêcher de penser aux 40 000 internés, oubliés désormais, qui sont morts de la famine et des électrochocs pendant l’Occupation. Je ne peux m’empêcher de penser à Antonin Artaud enfermé à Rodez ; Artaud qui écrit, véhément, en pensant à Nerval, Poe, Baudelaire, Van Gogh, Nietzsche : « Ils ne sont pas morts de rage, de maladie, de désespoir ou de misère, ils sont morts parce qu’on a voulu les tuer. Et la masse sacro-sainte des cons qui les considéraient comme des trouble-fête a fait bloc à un moment donné contre eux ».
La nuit est trouée de milliards d’étoiles qui forment un sillon de poudre lumineuse. Je ne sais où il conduit ; peut-être nulle part ; peut-être là où ils sont tous, dansant le rigodon, délivrés enfin.
Matthieu de Vilmorin, Les Lunatiques. Mon séjour chez les fous, Bayard, 2018.
Notre chroniqueur a sélectionné des livres qui ne parlent ni de cohabitation, ni de triangulaires. Au menu de cette bibliothèque des plages, du western à papa, du Don Quichotte de la Mancha, du Calder tourangeau, du Schönberg autrichien, du Vitoux des familles, du Mazzella de la chambre d’amour et du Stéphanie des Horts preppy.
Drame à Cape Cod
Stéphanie des Horts est une romancière d’investigation. Un profil rare dans le paysage éditorial français. Son terrain de chasse : les « Happy few » comme on disait dans les années 1980. Elle ne s’intéresse pas au tracas de la ménagère du coin de la rue ; elle fouille, elle observe, elle décrypte, elle lève le voile sur les « grands » de ce monde, têtes couronnées, magnats du pétrole, armateurs billionnaires, tycoons des médias et mannequins ébréchées. Pourquoi aime-t-on se plonger dans les sagas chaudes et désaxées de cette Barbara Cartland pétroleuse aux vrais dons littéraires ? Parce qu’elle a l’œil de l’écrivain, une plume qui accélère, une tendresse pour les enfants gâtés, une attirance pour les romances fracassées et qu’elle s’appuie sur une très riche documentation sans que son lecteur le remarque. C’est en refermant son dernier roman sur la malédiction Kennedy que l’on se rencontre à quel point elle a réussi à trouver une vérité dans cette histoire entre le fils de Kennedy et Carolyn Bessette. Deux « beautiful people » en proie aux cris et aux larmes. Il fallait tout le talent de Stéphanie des Horts pour approcher ces deux-là, trop beaux, trop riches, trop lumineux pour espérer décrocher une minuscule parcelle de bonheur. Un roman qui sent la pop music de Madonna, le style Ivy League de Ralph Lauren et le glamour frelaté d’une fin de siècle aux US. Stéphanie ne serait-elle pas notre Bret Easton EIlis en talon de douze centimètres ?
Caroline et John de Stéphanie des Horts – Albin Michel
Boudard au ranch
François Cérésa n’a jamais quitté le terrain de l’enfance. Il suffit de voir sa longue silhouette sur le boulevard Saint-Germain, décomplexée, provocatrice et désenchantée ; beau mec prêt à dégainer sa Winchester si le premier malotru croisé lui parle mal. Cérésa est un bonhomme à l’ancienne, un écrivain des plaines sauvages, franc-tireur littéraire qui déteste notre époque lessivée aux bons sentiments. Cérésa comme tous les gamins des années 1950 n’avait pas l’ambition de vivre comme un « petit » technocrate satisfait ou un politicien tambouilleur. Il voulait canarder, rêver plus haut, bourlinguer et se tenir tête haute. Cérésa aime les causes perdues, le panache plutôt que le déshonneur. Alors, il enfile ses bottes mexicaines, chevauche un Mustang et nous fait l’éloge du western de papa. « Il est nazebroque » écrit-il, ce cinéma à la Gary Cooper, John Wayne, Burt Lancaster, Lee Marvin ou Robert Mitchum. Il sort son colt pour défendre cette espace de liberté qui serait jugé aujourd’hui trop archétypal dans une société qui a peur de son ombre. Cérésa dégaine avec une langue harponneuse, pleine de hargne et de drôlerie. Après l’avoir lu, on a juste envie de se faire une toile.
Don Quichotte, antihéros, fondateur du roman moderne, usurpateur, bambocheur, romantique sarcastique, fou ou illuminé ? Nous avons tous besoin d’une séance de rattrapage, un « reset » sur les idées préconçues ; le chevalier errant dépenaillé est toujours plus ou autre chose. On projette sur lui nos peurs et nos insuccès. Il nous fallait donc un professeur au Collège de France, une sommité, titulaire de la chaire Littératures comparées, pour approcher ce fier hidalgo cabossé. William Marx nous pose une quarantaine de questions sur ce drôle d’animal et il y répond avec un humour britannique, ne dédaignant pas le contrepied et la farce. Il s’interroge sur le corps de Don Quichotte, sur sa naissance, sur son apport à la langue française, sur son féminisme, sur sa rencontre avec Shakespeare et même, audace suprême, cet universitaire ne recule décidément devant aucune pochade (très) érudite sur la possibilité que Don Quichotte prenne le nom de François Pignon. C’est abyssal donc indispensable sur la Costa Brava ou dans une maison de famille du Perche.
Un été avec don Quichotte de William Marx – Équateurs parallèles
Mobiles en Touraine
L’été, on baguenaude, on renifle cette campagne française, on communie avec cette province qui fait rire à la capitale. On reprend pied avec son pays. La Touraine, élixir de jouvence, creuset de la langue française, recèle mille merveilles à celui qui veut bien décrocher de ces virtualités accaparantes et oublier l’actualité mortifère. « Imaginer Calder » est une balade dans cette belle région, nous sommes guidés par une tourangelle, elle est née à Chinon, à la plume délicate, qui ne se hausse pas du col et dont la musique s’infiltre en nous, naturellement, comme le lit d’une rivière. Au départ, nous n’avions aucun intérêt ou désintérêt particulier pour l’œuvre d’Alexandre Calder. Bien que berruyer de naissance, j’ai vu toute mon enfance, son stabile (caliban) dans le hall de la maison de la culture de Bourges, inauguré par Malraux et le Général. Géraldine Jeffroy nous raconte la vie d’un américain, sculpteur international, qui a vu le jour en Pennsylvanie mais qui va acheter la maison de François 1er à Saché en 1953 et qui y vivra plus de vingt ans.
Et s’il vous reste encore de la place dans votre sac de voyage, il faut absolument emporter Le Satan (Bach ?) de la musique moderne de Gemma Salem publié chez Serge Safran éditeur. Il s’agit du dernier texte inédit écrit par cette écrivaine de haut vol, enfiévrée et percutante, disparue à Vienne en 2020 qui fut une grande spécialiste de Thomas Bernhard. C’est remarquable de concision et de vigueur dramatique sur le compositeur autrichien Schönberg. Ne pas oublier L’Ami de mon père de Frédéric Vitoux qui reparaît en format poche au Points avec une préface inédite de Frédéric Beigbeder. Roman d’apprentissage sur ce père qui fut emprisonné à Clairvaux à la Libération, déchirant et initiatique, sans graisse, ni pathos, avec une forme d’élégance filial. Et enfin, l’un de mes chouchous, le basque Léon Mazzella qui nous offre un roman Belle perdue aux éditions Cairn, sorte de Dolce Vita Biarrotte aux sentiments juteux et à la construction inventive, j’y ai vu des traces modianesques de Villa Triste.
Blonde, blanche, brune, ambrée… la bière se décline à l’envi et séduit de plus en plus d’amateurs, des campings aux restos étoilés. Ce breuvage millénaire, dégusté dans le monde entier, a trouvé en France une terre d’élection, jusqu’à constituer une véritable économie. Quelques conseils avisés pour siroter, cet été, une pinte à votre goût.
L’amateur de bière est certainement plus détendu que l’amateur de vin. Il ne crache pas, n’exhibe pas son savoir et se laisse aller au simple plaisir de boire… Ce n’est pas non plus un obsédé du terroir, la bière pouvant être fabriquée n’importe où sans qu’il soit possible d’identifier l’influence du lieu qui l’a vue naître (à l’exception, peut-être, des bières corses, qui intègrent des produits locaux comme la farine de châtaigne, le miel du maquis et la fleur d’immortelle). En commandant une pression, son plus grand plaisir est de « partager le fût » avec ses copains. Et face à une bière soi-disant d’exception, la première question qu’il pose est : « Est-ce que c’est pintable ? » (« Est-ce qu’on a envie d’en boire une pinte ? »)
La bière, une histoire universelle
Plusieurs fois millénaire, la bière est aujourd’hui la boisson la plus consommée dans le monde (après l’eau et le thé) mais aussi, peut-être, la plus méconnue. Son nom apparaît pour la première fois sur des tablettes d’argile gravées par les Sumériens qui l’appellent sikaru. C’est alors une boisson sacrée offerte à la déesse Nin-Harra. L’Empire babylonien, qui succède à Sumer, accorde une importance sociale très importante à la bière puisque le Code du roi Hammourabi (env. 1750 avant J.-C.) stipule que les brasseurs reconnus coupables d’avoir produit une boisson impropre à la consommation seront condamnés à être noyés dans leur propre bière… À cette époque, la bière, c’est essentiellement de l’orge germée (malt), broyée en farine, façonnée en pain, cuite au four, puis fermentée dans de l’eau. En Égypte, on l’appelle « vin du Nil ». La déesse Isis, protectrice des céréales, est associée à Osiris, patron des brasseurs. Des hiéroglyphes décrivent ce rituel de la bière servie dans des cruches fraîches et bue à la nuit tombante : rêver de bière dans son sommeil est perçu comme un bon présage. Avant que les Romains les envahissent et développent la culture de la vigne, les Gaulois aussi aiment la cervoise qu’ils conservent dans des tonneaux. Mais le plus étonnant, dans cette histoire universelle de la bière, c’est de constater que, jusqu’au début du XXe siècle, et ce quelle que soit la civilisation, elle reste l’apanage des femmes chargées de la fabriquer. La femme, seule, possédant dans l’imaginaire des mythes le pouvoir de transformer les céréales en une boisson désaltérante et enivrante (comme chez les Incas, où seules, des « vierges du soleil » ont le droit de préparer la bière de maïs de l’empereur). Longtemps, dans les tréfonds de l’Allemagne luthérienne, la jeune mariée récite cette prière en pénétrant dans sa nouvelle demeure : « Notre Seigneur, quand je brasse, aide la bière, quand je pétris, aide le pain. » De même, en 1900, en France, des campagnes publicitaires incitent les femmes à boire de la bière censée favoriser l’allaitement… (C’était avant la loi Évin !)
Depuis quelques années, le monde de la bière est en pleine effervescence. Et la France, que l’on connaissait pour être la patrie des grands vins, se révèle aussi comme le pays d’Europe qui, ô surprise, compte le plus grand nombre de brasseries : 2 500 ! D’ailleurs, 70 % des bières consommées sur notre territoire sont produites localement. La première région brassicole est l’Auvergne-Rhône-Alpes qui abrite à elle seule 386 brasseries. De l’épi au demi, l’économie de la bière représente pas moins de 130 500 personnes pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. La France produit aussi 4 millions de tonnes d’orge (la plus vieille céréale du monde), ce qui fait d’elle le second exportateur mondial. On recense 207 houblonniers (répartis surtout en Alsace et dans le Nord). Ce faisant, la bière a changé de statut : artisanale, elle est devenue une boisson qualitative que de plus en plus de grands chefs étoilés n’hésitent plus à proposer, à l’égal d’un bon vin, et à marier avec des plats (comme Édouard Chouteau, dans son restaurant La Laiterie, à Lambersart, près de Lille). Dans les concours de meilleurs sommeliers de France, les questions portant sur les différents types de bières sont devenues incontournables. Bref, la bière est devenue une boisson chic !
Laurent Cicurel, le patron de La Fine Mousse (l’un des premiers bars à bières de la capitale) résume bien cette tendance : « Demander un demi, comme le faisait le commissaire Maigret, n’a plus aucun sens aujourd’hui… Un demi de quoi ? Blonde, blanche, brune, ambrée ? Gueuze, kriek, IPA, stout, Barley Wine, Porters, bière de saison ? La diversité est immense et la palette aromatique est plus large que celle du vin : une bière peut être herbacée, florale, fruitée, boisée, caramélisée, épicée, acide, amère… On vient ici pour découvrir de nouveaux goûts. La Fine Mousse ne sélectionne que des bières artisanales produites par des brasseries indépendantes : sur 2 500 brasseries françaises, j’estime qu’il y en a moins de 50 qui ont un haut niveau d’excellence. »
Jusqu’à la fin des années 1990, les industriels de la bière régnaient sans partage et se contentaient de servir de la blonde légère (type lager ou pils – la bière inventée par les Tchèques de Pilsen il y a cent cinquante ans).
Depuis le début des années 2000, c’est l’IPA (India Pale Ale) qui est devenue la bière de référence aux yeux des connaisseurs. Cette bière anglaise blonde, pâle et amère, est le fruit du mariage génial entre le malt et le houblon. En effet, pour que les bières supportent le voyage en bateau jusqu’en Inde ou en Afrique du Sud, les brasseurs de Manchester et d’ailleurs avaient eu l’idée d’ajouter de la fleur de houblon, dont les huiles essentielles miraculeuses protègent la bière de l’oxydation et des contaminations microbiennes. Surnommé l’« épice de la bière », le houblon apporte de surcroît au breuvage une amertume virile et des notes délicieuses d’agrumes et de fruits exotiques. La bière houblonnée, pourtant, est restée longtemps oubliée, et ce sont les brasseurs américains qui l’ont remise sur le devant de la scène.
En 1978, le président Jimmy Carter abroge une loi datant de la prohibition qui interdisait le brassage de la bière à domicile. Une nouvelle génération de microbrasseurs apparaît alors aux États-Unis, dont l’objectif est de redonner du goût à la bière, qu’ils baptisent « Craft Beer ». Pour cela, rien de tel que la bonne vieille recette des brasseurs anglais de l’empire des Indes ! Le houblon fait alors son retour.
Une « bière artisanale », toutefois, n’est pas nécessairement gage de qualité. Souvent, la « petite bière locale » n’est rien d’autre qu’un attrape-touristes (comme celle de l’île de Ré). Surtout, la mode de l’IPA a généré un certain conformisme : en forçant sur le houblon et ses notes de fruits exotiques, les brasseurs se contentent d’appliquer une recette commerciale. Sur les dizaines de bières dégustées, voici celles que nous vous recommandons pour cet été.
Brasserie Thiriez
Fondée par le pionnier Daniel Thiriez, au village d’Esquelbec, près de Dunkerque, cette brasserie a été la première en France à produire des bières houblonnées vieillies en fût de chêne. Belle mousse blanc nacré, nez de foin séché et d’agrumes. Aux États-Unis, Daniel Thiriez est une star.
www.brasseriethiriez.com
La Micro-Brasserie du Vieux-Lille
Une institution depuis 1740 ! Amaury d’Herbigny fabrique ici des bières gastronomiques de toute beauté, non filtrées et non pasteurisées, à partir de houblons et de malts bio des Flandres. Idéales pour accompagner un homard cuit au beurre, une tarte welsh, des moules-frites, une salade de betteraves au magret de canard fumé, un waterzoï, une mimolette vieille…
www.celestinlille.fr
Brasserie Uberach
Située dans la région qui concentre le plus de brasseries en France (Kronenbourg, Heineken, Meteor, Fisher…), cette brasserie des Vosges fondée en 1999 par Éric Trossat utilise des houblons alsaciens et des céréales bio. Ses IPA, notamment celles parfumées à la rose et au gingembre, sont élégantes, légères, élancées comme un clocher alsacien surmonté d’une cigogne.
www.brasserie-uberach.fr
Les Brassées de Nantes
Cette microbrasserie nantaise créée en 2016 par Gabriel Charrin est l’une des meilleures de France. Gabriel utilise ses propres houblons, récoltés à proximité et non séchés, afin d’apporter à la bière un maximum de parfums et une texture soyeuse que je n’ai trouvée nulle part ailleurs.
www.lesbrasses.fr
La Brasserie du Grand Paris
Fabrice Le Goff est devenu en quelques années l’une des plus célèbres figures de la bière artisanale française. Brassées à Levallois-Perret, ses IPA percutantes et résineuses ont un côté très « rock » (entre Led Zeppelin et Frank Zappa).
www.bgp.com
Bière d’abbaye de Saint-Wandrille
C’est la dernière bière fabriquée par des moines, l’appellation « bière d’abbaye » ayant été récupérée par l’industrie d’une façon totalement mercantile. Ronde et dodue.
L’athlète Hugo Hay a fustigé le président de la République dans la presse, lui reprochant de s’approprier tout le crédit des Jeux olympiques aux dépens des sportifs. On peut bien sûr critiquer Emmanuel Macron sur bien des points mais il ne faut pas exagérer. Le billet de Philippe Bilger.
Hugo Hay, qui s’est qualifié pour la finale du 5 000 mètres, a déclaré dans L’Humanité : « Emmanuel Macron est hors-sol […] Je voudrais lui dire que ce ne sont pas ses Jeux, mais ceux des athlètes » (Ouest-France).
On ne peut pas me taxer d’être un inconditionnel de notre président de la République mais il me semble que parfois on charge trop la barque à son détriment. Par exemple avec ce propos de Hugo Hay. J’ai conscience qu’il n’y a pas là matière à un débat capital mais Emmanuel Macron est trop à la peine dans les sondages pour qu’un peu d’équité ne soit pas nécessaire !
Sur le premier point, il est clair que, comme tous ses prédécesseurs confrontés à de grandes manifestations sportives organisées en France, il cherche à les exploiter à son profit. En espérant que l’enthousiasme collectif et la joie patriotique suscités par les succès des Français retombent un peu sur lui et qu’on le crédite au moins en partie de cette parenthèse magique. Ce n’est que trop naturel et il me paraîtrait injuste de lui en faire grief.
Alors, bien sûr, Hugo Hay a raison, ce ne sont pas les Jeux du président, ce ne sont pas SES Jeux. Mais m’est-il permis de souligner que, comme pour nous tous, il a droit à une petite part et que ce ne serait pas équitable de lui dénier la liberté de s’en approprier, chaque jour, ce qu’ils ont eu de meilleur ?
Je devine bien ce qui a pu irriter Hugo Hay dans les postures du président, toujours cette manière ostentatoire d’étreindre, de se servir du corps des champions quasiment à des fins personnelles. Hier Kylian Mbappé, aujourd’hui Teddy Riner, ou Romane Dicko pour la consoler. J’admets que c’est agaçant mais personne n’est dupe : cela ne le rend pas propriétaire exclusif de ces Jeux. Il est juste un homme dominé trop souvent par des élans peu adaptés à son statut. Rien de plus, rien de moins !
Pour conclure, le bilan du président, depuis sa réélection, n’est pas à ce point fourni qu’on puisse le priver d’une réjouissance à la fois sportive et festive qui dans l’ensemble a été à la hauteur. Sinon, que lui resterait-il ?
Marcello Mastroianni, l’acteur légendaire de La Dolce Vita et Huit et demi, ne peut pas être réduit à l’image d’un simple « Latin lover ». Pascal Louvrier se souvient de celui qui a publié Je me souviens, oui, je me souviens…
Quand on cite Mastroianni (1924-1996), on pense à La dolce vita, de Federico Fellini, et à la scène mythique dans les eaux de la fontaine de Trevi, à Rome, avec la plantureuse et blonde Anita Ekberg. Ça a de la gueule, ce bain bouillonnant nocturne. Marcello joue le rôle de Rubini, la trentaine irrésistible, le geste élégant quand il allume une cigarette ou ôte ses lunettes noires. Il quitte sa province pour Rome, veut devenir écrivain et se retrouve à pondre des articles dans un journal à « sensations » comme on disait en 1960. J’aime beaucoup le personnage de Maddalena interprété par Anouk Aimée qui vient de tirer sa révérence. Il y a cette scène de dispute où elle conduit une splendide Américaine décapotable. Les deux forment un couple « vrai », moins glamour que celui qui s’ébroue dans la fontaine. Quand j’habitais au pied de la butte Montmartre, je rendais quelquefois visite à Anouk Aimée. Elle me recevait dans sa maison située près de la statue de Dalida. Une fois la porte refermée, on était en province et on oubliait la frénésie de Paris. Il y avait cette grande cage à oiseaux, sans oiseaux, remplie de livres qu’elle n’avait pas encore lus. Elle m’offrait un verre de vin rouge, on parlait de tout et de rien, souvent avec légèreté, parfois avec gravité, quand elle évoquait son enfance de gamine traquée par Vichy et ses collabos. Un jour, de sa voix douce, elle m’a dit : « Si je fume, c’est un peu à cause de Marcello. Sur le tournage de La dolce vita, il n’arrêtait pas d’allumer une cigarette et de m’en proposer une. Ça lui allait bien de fumer. Et puis, cette voix chaude, alourdie de nicotine, elle était irrésistible ».
Dans les 170 films – un peu moins peut-être – tournés par Marcello, il y a, bien sûr, Une journée particulière, d’Ettore Scola, le poignant face à face entre cette mère de famille, Antonietta, interprétée par Sophia Loren, et cet intellectuel homosexuel fantasque qui danse seul la rumba, dans son appartement du sixième, le tout sur fond de fascisme et de nazisme triomphants. Dans son livre Je me souviens, oui, je me souviens… Mastroianni évoque le film, en particulier le coup de fil qu’il doit passer à un ami. Il s’adresse alors au réalisateur : « Ettore, la pudeur me suggère de jouer cette scène de dos. Toi, tu viens derrière moi, avec ta caméra, pour que les choses que je dis ne soient pas violentes, pour qu’elles n’arrivent pas au spectateur de façon désagréable ». C’est l’un des plus délicats moments du film.
Dans le même livre de souvenirs, Marcello affirme qu’il a toujours rejeté cette image de « Latin Lover » qu’on lui a trop facilement collée. Il a joué un impuissant dans Le Bel Antonio ; puis il est devenu un cocu répugnant dans Divorce à l’italienne ; il a été également un homme enceint ; il est tombé amoureux d’une naine. Le comédien préférait interpréter des hommes tourmentés, instables, fanfaronnant pour masquer une hypersensibilité ; ou provocateurs pour se moquer, par exemple, de l’affligeante société de consommation comme dans La Grande Bouffe, carnavalesque long-métrage de Marco Ferreri.
Marcello aimait passionnément sa mère, sa fille, Chiara, son métier d’acteur qu’il exerçait en tenant à distance ses personnages – « c’est l’acteur qui pleure, pas l’homme » – et bien sûr Paris où il mourut au 91, rue de Sèvres, entouré de Chiara, Catherine Deneuve et son vieux copain Michel Piccoli.
Marcello Mastroianni, Je me souviens, oui, je me souviens… Calmann-lévy.
Comment le manuscrit de l’Éthique, œuvre majeure et interdite de Spinoza, s’est-il retrouvé dans les archives du Vatican ? L’enquête de Mériam Korichi se lit comme un thriller philosophique.
Si Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais d’origine séfarade, fait scandale, c’est sans doute moins parce qu’il a opposé la croyance et la connaissance en affolant les Églises que parce qu’il a théorisé qu’il était possible, si besoin, de penser contre sa communauté et, plus largement, contre toutes les pressions sociales et les autorités politiques. Sa liberté fondamentale, essentielle, et son inflexibilité (entendez la fidélité à ses idées) lui vaudront son excommunication (herem) par la diaspora juive portugaise d’Amsterdam.
Portrait de Spinoza, 1665 D.R
Spinoza Code est l’histoire du manuscrit de l’Éthique, le traité radical de notre philosophe rationaliste, son œuvre majeure. Il y met la dernière main en 1674. Conscient que ses ennemis sont non seulement nombreux, mais puissants et que la publication d’un tel codex est compromise en Hollande, il en confie une copie à un jeune mathématicien brillant qui se prépare à faire le tour des grandes capitales d’Europe – son Grand Tour –, Ehrenfield Walther von Tschirnhaus. Le texte va donc voyager sous le manteau. En 1677, Spinoza s’éteint. Et l’Éthique disparaît – du moins, on en perd la trace. Trois cent trente-trois ans plus tard, le fameux codex est retrouvé. Où ? Au Vatican, dans les archives de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, jadis la Congrégation du Saint-Office, autrement appelée la Sainte Inquisition. Le traité, comme c’est curieux, ne comporte ni titre ni nom d’auteur. Le dépôt du manuscrit fut enregistré le 23 septembre 1677 au palais du Saint-Office comme pièce à conviction d’une dénonciation faite par un certain Nicolaus Stenonius, évêque de l’Église catholique, ennemi signalé de Spinoza. Comment le fameux codex a-t-il bien pu tomber « entre les mains du bras armé de l’Église » ? C’est à cette question que va répondre Mériam Korichi dans une enquête littéraire passionnante, laquelle se double d’un thriller philosophique.
L’épopée du seul manuscrit de l’Éthique qui nous soit parvenu est fascinante en ceci qu’on y croise, de Descartes à Leibniz, des personnages héroïques et qu’on y plonge dans les arcanes d’un XVIIesiècle où les batailles intellectuelles et religieuses font rage, depuis les Provinces-Unies jusqu’à la Royal Society londonienne et la Rome du Trastevere. On peut imaginer, par exemple, nous explique Korichi, que Tschirnhaus est resté interdit devant certaines propositions du texte qu’il est chargé de diffuser : « Spinoza y affirme que la réalité a une infinité de dimensions, que cette infinité n’est pas là pour humilier le désir humain de connaissance, au contraire, et c’est révolutionnaire, que la connaissance humaine peut égaler la connaissance divine. Cela suffit à faire partir en fumée le monde des anges, le monde des miracles, le monde des intermédiaires et des intercesseurs entre les humains et la vérité divine. »
Le spinozisme anima bien des débats, suscita bien des questions. Tout l’art de Mériam Korichi consiste à nous en montrer la troublante actualité.
Islamiste, woke, gauchiste, droitier… le fascisme aussi a ses tendances ! Enfin le test qui vous dira laquelle suivre.
1. En bon cartésien modéré, vous considérez la vérité comme une quête tâtonnante et incertaine. Néanmoins, dans vos rêves, face à des contestations aussi infondées qu’insistantes – toutes donc – le dirigeant qui sommeille en vous n’hésite pas à trancher.
D.R
a) Pour sauver son âme rongée par le doute, vous pendez derechef l’impudent en place publique : toute vérité émanant de Dieu – qui vous soutient dans votre ascension sociale d’une façon plus enviable que la corde soutient votre opposant – vous êtes légitime à éliminer une source de contrariétés personnelles et conjoncturelles au nom d’un ordre divin et éternel. Une façon énergique de rapprocher les points de vue qui n’a d’égale que l’effet de pondération obtenu sur l’expression de l’opinion publique.
b) Vous faites connaître à l’impudent le sort que ses ancêtres esclavagistes/colonialistes infligeaient à leurs victimes en exigeant qu’il soit pendu derechef. Mais votre bourreau anime un séminaire en non-mixité, « renouveler le lynchage dans une perspective de co-construction d’un trépas plus inclusif ». Le concepteur du gibet ne veut rien édifier si le condamné n’est pas consentant à son exécution et le condamné ne veut pas consentir. Lassé, vous le confiez à vos alliés islamistes qui adorent tester l’aérodynamisme de leurs contradicteurs en les jetant du haut des immeubles.
c) Vous pendez derechef l’impudent. Sur une estrade. Avec des drapeaux. Et des officiels. Parce que contrarier le chef, c’est offenser le pays, souiller la race, toucher à l’âme du peuple. Et comme vous êtes un tantinet susceptible, donc facilement blessé, vous envisagez de fluidifier le processus de gestion des critiques, en industrialisant le dispositif d’évacuation des auteurs.
d) Vous faites connaître à l’impudent le sort que les révolutionnaires réservent aux valets de la réaction en le pendant derechef : la politique doit être compréhensible par tous ; une critique = une purge, une parole = une prise de risque, un opposant = du compost. C’est simple, facile à comprendre. Pé-da-go-gi-que. Efficace pour assurer la chaîne de transmission des ordres en mode vertical descendant.
2. L’altérité et votre rapport à l’autre
D.R
a) Respecter l’altérité ? ça dépend. Cet autre, là, il est plus fort que moi ?
b) J’aime l’altérité avec mes semblables, c’est plus facile pour créer une société inclusive d’investir dans l’altérité modérée. Sinon, concrètement, cet autre, là, il est plus fort que moi ?
c) L’haltérité, ça a à voir avec le body-building ? Sinon, cet autre, là, il tape plus fort que moi ?
d) L’altérité, c’est la reconnaissance à la fois de la différence et de l’égalité. Enfin pour l’égalité ça dépend : cet autre, là, il est plus fort que moi ?
3) Le sociopathe qui vous fait rêver
D.R
a) Khomeini. La petite robe noire était la signature de Gabrielle Chanel, Khomeini, la décline plutôt en turban. Faut dire que c’est une couleur sur laquelle le sang ne se voit pas. Et quand on pense que la patrie se renforce en épurant ses habitants, biais commun des dirigeants canal psychopathe, mieux vaut privilégier couleur sombre et matières absorbantes.
b)Le Hamas. Comme Judith Butler vous pensez que découper vos contemporains façon carpaccio, s’ils sont juifs, est un acte de résistance et que nier un pogrom, c’est soutenir une juste rébellion. Espérons que contrairement à Judith Butler, vos pratiques sexuelles agréent vos nouveaux Best Friend Forever, car sinon vous allez servir de sujet d’étude pour déterminer si l’être humain peut voler (la réponse est non), s’il résiste aux flammes (non également), s’il résiste aux balles (encore non), s’il est soluble dans l’eau (toujours non), s’il peut vivre sans cerveau (c’est contre-intuitif mais en fait, non)…
c)Mussolini. La bouillie fasciste se préparant toujours avec les mêmes ingrédients – ressentiment, violence, misère, frustration, victimisation –, elle privilégie la refondation du lien par la désignation d’un ennemi commun. Et justement, totalement en phase avec votre siècle vous préférez largement dépecer un bouc émissaire pour faire peuple, que travailler à un projet commun. Méfiez-vous cependant : haro sur le baudet est un programme qui ne fonctionne que si le baudet court vite et en zigzag. Si la foule l’attrape trop tôt et que le sacrifice produit une maigre récolte, c’est au sacrificateur que l’on s’intéresse.
D.R
d) Staline. Un type qui ressemble physiquement à l’équivalent moujik du père Castor, tout en étant doté de la mentalité du sénateur Palpatine. Mais le papi Daniel du froid savait mieux s’entourer que l’équivalent interstellaire de Gérard Larcher. En tout cas, le petit père des peuples résolvait magistralement les erreurs de recrutement dans son entourage. Certes la purge ou le meurtre ne sont pas des outils de gestion des ressources humaines tout à fait reconnus et leur usage est contesté voire sujet à polémiques, mais il faut leur reconnaître un caractère définitif qui peut séduire un manager peu porté au compromis.
Réponses : vous avez le totalitarisme
1.tendance islamiste : et voilà, vous proposez gratuitement d’aider au débroussaillage de la flore du jardin d’Allah que sont les hommes, vous êtes prêts à être le Roundup du Seigneur, Le Monsanto de l’armée purificatrice du Tout-Puissant et on vous calomnie. Pourtant vous ne voulez que resserrer les liens entre Dieu et ses créatures, et pour cela, rien de mieux que la proximité et les nœuds coulants !
2. tendance woke : Depuis que vous avez compris qu’il y a des oppresseurs de naissance et des victimes héréditaires, un groupe de gentils à récompenser et de méchants à punir, et que tout est affaire de pigmentation de peau, il a suffi d’un nuancier Pantone pour que votre compréhension de l’univers soit pleine et totale. Vous travaillez donc aujourd’hui à créer un monde parfait en simplifiant l’équation sociale multifactorielle par la réduction du nombre de variables individuelles toxiques. Il faut juste que les militants zélés comprennent que « mort aux Blancs », même s’il résume bien le concept, est un slogan qui peut freiner l’adhésion médiatique au message inclusif.
3. tendance droitière : vous qui auparavant arpentiez seul les crêtes de l’infamie et de l’ostracisme ; par la grâce de l’excommunication politique réciproque et la magie de la reductio ad hitlerum, voilà que votre enfer civique est maintenant plus fréquenté qu’une séance de coaching à l’Élysée à destination des collaborateurs de cabinet pour gérer les managers canal pervers narcissique. Du coup vous voilà refoulé vers le conservatisme. Pour vous qui chantez Maréchal, nous voilà sous la douche, l’inconvénient de la dédiabolisation c’est qu’il faut dire du bien des juifs. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des Arabes.
4. tendance gauchiste : spécialisé dans l’excommunication morale et la vertu exterminatrice, vous faites aussi beaucoup dans le stoïcisme et l’abnégation ; vous supportez sans vous plaindre l’énorme poutre dans votre œil, tout en vouant votre existence à retirer la paille dans celui de votre voisin. On vous reproche de vouloir pendre les patrons avec les tripes des curés, alors que cela témoigne d’un souci de maximaliser l’usage des ressources en circuit court et d’encourager à la fois le lien social et le don d’organe. Et puis success story dont vous n’êtes pas peu fier, vous avez réussi à relancer l’antisémitisme tout en justifiant un pogrom. L’inconvénient de la diabolisation qui en résulte, c’est qu’il faut dire du bien des Arabes. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des juifs.
Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.
Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.
Il règne en Belgique un antisionisme compassionnel qui alimente à chaque conflit au Proche-Orient la haine anti-juive. Un phénomène ancien qu’il serait trop long ici d’analyser en profondeur. Mais pour la lilliputienne communauté juive de Belgique (25 à 30 000 âmes sur près de 12 millions d’habitants), l’heure n’est pas à la fête. Avant le début des vacances scolaires, les écoles juives interdisaient aux élèves de sortir ne fût-ce que pour s’acheter un sandwich. Les lieux cultuels, culturels et religieux juifs sont protégés en permanence depuis l’attentat au Musée juif de Bruxelles de 2014. Les Juifs mettent leur pendentif (l’étoile juive) dans leur tee-shirt et certains rangent le chandelier à 7 branches dans le tiroir lors de tout dépannage au cas où le technicien (gaz, télédistribution, chaudière,…) serait musulman radical. Quand vous commandez un Uber-eats, mieux vaut inscrire un patronyme chrétien… Et cacher la kippa sous la casquette est indispensable… même dans les aéroports et les gares du pays.
Le 4 août, le magazine « humoristique » flamand Humo a laissé passer un appel au meurtre des Juifs signé d’un de ses éditorialistes (et digne de la prose de Drumont, Céline ou Brasillach). L’écrivain Herman Brusselmans écrit, face à la détresse des Gazouis : « Le Moyen-Orient va exploser, avec des conséquences désastreuses pour le reste du globe. Et tout cela à cause d’un petit Juif gros et chauve qui porte le nom inquiétant de Bibi Netanyahu et qui, pour une raison quelconque, veut s’assurer que le monde arabe tout entier soit anéanti. […] Je suis tellement en colère que j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre ».
Le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) s’émeut et parle d’idées dignes des années 30. L’association juive européenne (European Jewish Association – EJA) annonce poursuivre en justice le magazine Humo et l’écrivain Herman Brusselmans. UNIA (institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination) introduit une plainte au tribunal correctionnel contre l’écrivain considéré comme un des « innovateurs » de la littérature flamande. La Ligue belge contre l’antisémitisme également. L’intéressé trouve ces réactions « débiles ». En décembre, il écrivait déjà : « Israël utilise les mêmes méthodes pour détruire une race entière que les Allemands[…] Il n’est pas inconcevable que quelqu’un, n’importe qui, devienne antisémite contre sa nature ».
C’est dans ce contexte lourd que la ville de Gand a décidé d’interdire de championnat européen de frisbee la délégation israélienne composée de jeunes de 13 à 17 ans « en raison de l’antisémitisme local ».
« À 6 heures du matin, le premier jour de la compétition, alors que nous sommes déjà en Belgique et que nous nous préparons à concourir, le chef de la délégation reçoit un message indiquant que, pendant la nuit, nos courts ont été vandalisés par des graffitis antisionistes et que l’on craint des manifestations pro-palestiniennes », écrit la délégation d’Ultimate Frisbee. « Il nous est donc interdit de jouer sur le même court et, par conséquent, nous ne pourrons pas participer au tournoi. Malgré les efforts du ministère des affaires étrangères et des sports, de l’ambassade d’Israël en Belgique et de l’association « Eilat » qui nous a accompagnés tout au long du processus, nous avons réussi à empêcher le premier jour des jeux et à le reporter jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, une annonce officielle a été publiée hier soir (6.8.24) par le bureau du maire, interdisant la participation de l’équipe au tournoi et même son apparition en tant que spectatrice dans la compétition ».
Impression de déjà-vu puisque en juin dernier, la ville de Bruxelles a refusé d’organiser une rencontre de football entre la Belgique et l’équipe israélienne sur son territoire, invoquant là-aussi des raisons de sécurité… De deux choses l’une : ou bien Israël n’est pas le bienvenu en Belgique ou bien la Belgique est incapable d’assurer la sécurité d’Israéliens, tellement il y aurait de radicaux musulmans dans le pays… Dans le premier cas, c’est de la discrimination : dans le second cas, c’est un terrible aveu de faiblesse… qui a ému Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur (l’équivalent de la Droite républicaine) qui a fait 30% des voix aux dernières élections législatives de juin 2024.
Il écrit sur Facebook : « On peut penser ce que l’on veut du conflit au Proche Orient. Mon point n’est pas là. Mais on parle simplement de la Belgique ! De notre démocratie libérale dans laquelle des enfants ne peuvent pas participer à une compétition sportive à cause d’excités de gauche et surtout d’une classe politique lâche et soumise ! Gand qui se veut une Ville lumière est devenue la Ville du déshonneur. Je n’ai plus de mot assez fort pour exprimer mon dégoût face à tant d’injustice. Mesdames et Messieurs, en Belgique, au 21ème siècle, des êtres humains ne sont pas traités comme les autres uniquement parce qu’ils sont juifs ou israéliens. Et le pire est que cela ne semble choquer personne ! Cette bonne presse toujours prompte à nous expliquer le bien et le mal semble être en vacances quand on parle des juifs […] »
Chaque année, la sécurité sur nos plages est assurée par les nageurs sauveteurs CRS qui sont formés et équipés pour plusieurs missions essentielles. Cet été, ils sont mobilisés pour les JO de Paris, démunissant notre littoral et augmentant le risque de noyades pendant cette « parenthèse enchantée ». Plus grave encore, d’année en année, leur nombre ne cesse de diminuer en vue de la suppression à terme de ce dispositif. Plaidoyer pour les NS CRS par Patrice Martin, délégué national CRS MNS-NS Un1té.
Cet été, l’absence des 280 nageurs sauveteurs CRS (NS CRS) sur les plages françaises se fait cruellement sentir, constituant un renfort dérisoire pour les Jeux Olympiques. Cette situation coïncide avec une hausse préoccupante des noyades, en particulier dans les Alpes-Maritimes, où elles ont augmenté de 30%. Malgré une baisse générale des noyades au mois de juin en raison d’une mauvaise météo, la deuxième moitié de juillet a vu une augmentation de 22% par rapport à 2023. Les NS CRS, qui assuraient jusqu’à présent des missions de sauvetage et de police, n’ont pas été entièrement remplacés par des sauveteurs civils en raison d’un déficit de BNSSA (Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique)en France.
Par conséquent, plusieurs communes du littoral, démunies, peinent à garantir la surveillance et la sécurité des lieux de baignade, certaines étant même contraintes de fermer des postes de secours et de réduire les zones de surveillance.
Depuis 1958, les NS CRS jouent un rôle crucial sur les plages, leur effectif ayant évolué de 700 à 800 dans les années 80, à 722 en 2002, 495 en 2009, suite à la Révision générale des politiques publiques (RGPP), et seulement 280 en 2023 pour 55 communes littorales. Cette diminution constante s’explique par la volonté politique de supprimer progressivement ce dispositif, au prétexte que la police des baignades incombe aux maires. Pourtant, chaque année, l’activité judiciaire et les constatations d’infractions ne cessent de croître.
Le manque d’effectifs dans les Compagnies de CRS (origine du mal) a poussé le ministère de l’Intérieur à récupérer ces ressources pour les sites olympiques, ce qui représente un renfort insignifiant face aux 8000 CRS mobilisés pour les JO.
Les NS CRS, seuls à cumuler les fonctions de policiers et sauveteurs, sont essentiels pour assurer la sécurité sur les plages. Depuis 2016, ils sont armés et peuvent seuls répondre à des menaces terroristes, apportant également leur expertise aux jeunes sauveteurs civils avec lesquels ils collaborent. La suppression de leur mission met en péril la sécurité des usagers de la plage, alors que la délinquance se déplace également sur le littoral durant l’été. Cette police de proximité est essentielle.
En 2023, au détriment de leurs jours de récupération, les NS CRS ont prouvé leur capacité à s’adapter rapidement, en se rendant disponibles lors des émeutes de juillet et en renforçant les effectifs pour la Coupe du Monde de Rugby dès le mois de septembre. Leur professionnalisme, leur disponibilité et leurs compétences ne sont plus à démontrer.
Il est impératif de redéployer ce dispositif pour l’été prochain afin d’assurer la sécurité sur les plages, car l’organisation des JO 2024 s’est faite au détriment de cette mission essentielle.
Le syndicat UN1TE, s’engage plus que jamais dans la pérennité et le renouvellement de cette mission. Il y va de la sécurité et de la tranquillité des citoyens.
Manifestation antifasciste à Liverpool, le 10 août 2024. Andy Von Pip/ZUMA Press Wire/Shu/SIPA
Y a-t-il un lien entre immigration et criminalité? Les événements outre-Manche semblent indiquer qu’il est impossible d’avoir un débat apaisé sur cette question. En France aussi, les gouvernements successifs ont préféré tirer un voile sur ce sujet, au risque d’affaiblir l’ordre publique et l’état de droit. Tribune de Charles Rojzman.
Au Royaume Uni, à la suite de manifestations qualifiées de racistes par le gouvernement travailliste, ont eu lieu d’autres manifestations antiracistes où le drapeau palestinien était bien en vue, en l’absence du drapeau national. Mais que se passe-t-il en France ? Des policiers lynchés, des commissariats attaqués, des écoles saccagées, une centaine d’agressions à l’arme blanche, couteaux, haches ou machettes, par jour, un trafic de drogue omniprésent… Il devient de plus en plus impossible de nier la relation entre, d’un côté, la criminalité et la violence de rue et, de l’autre, l’immigration ou plutôt une partie importante de la jeunesse principalement masculine dont les ascendants sont venus du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne et qui vit dans des quartiers abandonnés aux caïds de la drogue et des islamistes.
Comment expliquer la violence et la délinquance de beaucoup de ces jeunes, génération après génération, reconnue aujourd’hui, même si pour des raisons idéologiques certains s’insurgent contre cette affirmation et l’attribuent à l’extrême-droite? Par ailleurs, les gouvernements successifs craignent un embrasement des banlieues comparable en plus grand à celui de 2005 en raison de la disponibilité d’armes de guerre.
Certains parlent déjà ouvertement d’un djihad islamiste à bas bruit contre les infidèles que sont les représentants de l’Etat : policiers, pompiers, professionnels de l’éducation et du travail social, personnels des mairies…
Sans nier absolument cette interprétation pessimiste et qui nous préparerait des affrontements plus graves dans le futur, je voudrais y ajouter une analyse élaborée à partir de mes nombreuses expériences dans presque tous ces quartiers d’habitat social qui ont vu fuir progressivement tous ceux qui ne pouvaient plus supporter les violences et les incivilités quotidiennes et qui avaient l’obligation ou simplement les moyens de partir.
En réalité, nous assistons là à un choc frontal entre deux civilisations. Une civilisation de de la honte, de l’honneur et du clan favorisant cette brutalité masculine qui s’exprime naturellement par de la colère, de la susceptibilité, de la jalousie, par la tentation du pillage et du harcèlement et qui dans les pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne est domptée par la force extrême et brutale des autorités. Et une civilisation de la repentance, de l’amour obligé de l’autre, de la bienveillance, du droit qui protège le criminel parfois davantage que sa victime. Comme le disent les policiers, dans leurs propres termes, ils sont « des boxeurs avec des mains liées dans le dos ».
Pour éviter une escalade dans la violence, devrons-nous renoncer à une partie de notre état de droit qui fit notre fierté dans le passé? Les agissements de ces jeunes hommes, mineurs et majeurs, qui attaquent des commissariats au mortier, lynchent des policiers, rendent la vie des riverains impossible et dangereuse, jour et nuit, sont à l’origine d’innombrables rixes et importunent les femmes et les personnes âgées dans la rue et les transports urbains. Cette jeunesse devra-t-elle alors être matée par la force brutale, armée le plus souvent, comme elle le serait en Algérie, au Maroc, et même aux Etats-Unis et en Russie ?
Les morts et les blessés qui résulteraient, au début en tout cas, de telles interventions seraient-elles supportables pour des gouvernements qui pensent avoir d’autres chats, économiques en particulier, à fouetter et qui préfèrent mettre cette question de l’insécurité sous le tapis en espérant peut-être un miracle économique aujourd’hui illusoire qui verraient ces jeunes turbulents se ranger tous sous la bannière du néo-libéralisme et de la société de consommation ? Avec le risque – déjà avéré dans plusieurs villes – d’une véritable prise du pouvoir politique local par les mafias et les islamistes?
Centre Hospitalier Saint Anne. Paris, 8/1/2012 DUPUY FLORENT/SIPA
Souffrant de schizophrénie, Matthieu de Vilmorin raconte ses différents séjours en hôpital psychiatrique, un récit qui fait preuve d’humour mais surtout de compassion à l’égard des patients qu’il a rencontrés.
C’est un joli mot que celui de lunatique. Il a un côté désuet. On lui préfère schizophrène, névrosé, fou. Et pourtant ils existent, ces hommes et ces femmes qui ont besoin de camisole chimique, de chambre close, de parc silencieux. Dans un très beau livre, écrit sobrement, avec beaucoup de sérénité, voire de douceur, Matthieu de Vilmorin raconte son « séjour chez les fous », comme il le dit lui-même sans philtre. Sa première crise remonte à fin juillet 1983, survenue à Rio de Janeiro. Il fait alors la connaissance de « drôles de dingues ». Il doit affronter le diable en personne, se sentant littéralement possédé. Il écrit : « Entre la maladie psychique (culture occidentale) et la possession (culture tribale ou ethnique), des rapprochements ont été tentés ». Il sera ensuite hospitalisé à Sainte-Anne, pavillon Esquirol, puis dans d’autres établissements spécialisés, pour y subir plusieurs traitements et côtoyer de singulières personnes qu’il nous présente avec humour. Car le choix est simple : « Rire ou crever » comme disait Robert Brasillach, dans son roman Comme le temps passe, que cite l’auteur. Même si, aujourd’hui, il poursuit son traitement pour juguler les attaques de la schizophrénie, Matthieu de Vilmorin mène une vie normale. Du reste, à la fin de son témoignage, sans tourner autour du pot, il déclare : « La folie n’est que le degré élevé de la névrose, car la définition de notre humanité, c’est la névrose ».
Il est de notre devoir de soulager cette population en souffrance, et de lui donner l’amour qu’elle réclame, surtout quand les ténèbres les cernent. Je ne peux m’empêcher de penser aux 40 000 internés, oubliés désormais, qui sont morts de la famine et des électrochocs pendant l’Occupation. Je ne peux m’empêcher de penser à Antonin Artaud enfermé à Rodez ; Artaud qui écrit, véhément, en pensant à Nerval, Poe, Baudelaire, Van Gogh, Nietzsche : « Ils ne sont pas morts de rage, de maladie, de désespoir ou de misère, ils sont morts parce qu’on a voulu les tuer. Et la masse sacro-sainte des cons qui les considéraient comme des trouble-fête a fait bloc à un moment donné contre eux ».
La nuit est trouée de milliards d’étoiles qui forment un sillon de poudre lumineuse. Je ne sais où il conduit ; peut-être nulle part ; peut-être là où ils sont tous, dansant le rigodon, délivrés enfin.
Matthieu de Vilmorin, Les Lunatiques. Mon séjour chez les fous, Bayard, 2018.
Notre chroniqueur a sélectionné des livres qui ne parlent ni de cohabitation, ni de triangulaires. Au menu de cette bibliothèque des plages, du western à papa, du Don Quichotte de la Mancha, du Calder tourangeau, du Schönberg autrichien, du Vitoux des familles, du Mazzella de la chambre d’amour et du Stéphanie des Horts preppy.
Drame à Cape Cod
Stéphanie des Horts est une romancière d’investigation. Un profil rare dans le paysage éditorial français. Son terrain de chasse : les « Happy few » comme on disait dans les années 1980. Elle ne s’intéresse pas au tracas de la ménagère du coin de la rue ; elle fouille, elle observe, elle décrypte, elle lève le voile sur les « grands » de ce monde, têtes couronnées, magnats du pétrole, armateurs billionnaires, tycoons des médias et mannequins ébréchées. Pourquoi aime-t-on se plonger dans les sagas chaudes et désaxées de cette Barbara Cartland pétroleuse aux vrais dons littéraires ? Parce qu’elle a l’œil de l’écrivain, une plume qui accélère, une tendresse pour les enfants gâtés, une attirance pour les romances fracassées et qu’elle s’appuie sur une très riche documentation sans que son lecteur le remarque. C’est en refermant son dernier roman sur la malédiction Kennedy que l’on se rencontre à quel point elle a réussi à trouver une vérité dans cette histoire entre le fils de Kennedy et Carolyn Bessette. Deux « beautiful people » en proie aux cris et aux larmes. Il fallait tout le talent de Stéphanie des Horts pour approcher ces deux-là, trop beaux, trop riches, trop lumineux pour espérer décrocher une minuscule parcelle de bonheur. Un roman qui sent la pop music de Madonna, le style Ivy League de Ralph Lauren et le glamour frelaté d’une fin de siècle aux US. Stéphanie ne serait-elle pas notre Bret Easton EIlis en talon de douze centimètres ?
Caroline et John de Stéphanie des Horts – Albin Michel
Boudard au ranch
François Cérésa n’a jamais quitté le terrain de l’enfance. Il suffit de voir sa longue silhouette sur le boulevard Saint-Germain, décomplexée, provocatrice et désenchantée ; beau mec prêt à dégainer sa Winchester si le premier malotru croisé lui parle mal. Cérésa est un bonhomme à l’ancienne, un écrivain des plaines sauvages, franc-tireur littéraire qui déteste notre époque lessivée aux bons sentiments. Cérésa comme tous les gamins des années 1950 n’avait pas l’ambition de vivre comme un « petit » technocrate satisfait ou un politicien tambouilleur. Il voulait canarder, rêver plus haut, bourlinguer et se tenir tête haute. Cérésa aime les causes perdues, le panache plutôt que le déshonneur. Alors, il enfile ses bottes mexicaines, chevauche un Mustang et nous fait l’éloge du western de papa. « Il est nazebroque » écrit-il, ce cinéma à la Gary Cooper, John Wayne, Burt Lancaster, Lee Marvin ou Robert Mitchum. Il sort son colt pour défendre cette espace de liberté qui serait jugé aujourd’hui trop archétypal dans une société qui a peur de son ombre. Cérésa dégaine avec une langue harponneuse, pleine de hargne et de drôlerie. Après l’avoir lu, on a juste envie de se faire une toile.
Don Quichotte, antihéros, fondateur du roman moderne, usurpateur, bambocheur, romantique sarcastique, fou ou illuminé ? Nous avons tous besoin d’une séance de rattrapage, un « reset » sur les idées préconçues ; le chevalier errant dépenaillé est toujours plus ou autre chose. On projette sur lui nos peurs et nos insuccès. Il nous fallait donc un professeur au Collège de France, une sommité, titulaire de la chaire Littératures comparées, pour approcher ce fier hidalgo cabossé. William Marx nous pose une quarantaine de questions sur ce drôle d’animal et il y répond avec un humour britannique, ne dédaignant pas le contrepied et la farce. Il s’interroge sur le corps de Don Quichotte, sur sa naissance, sur son apport à la langue française, sur son féminisme, sur sa rencontre avec Shakespeare et même, audace suprême, cet universitaire ne recule décidément devant aucune pochade (très) érudite sur la possibilité que Don Quichotte prenne le nom de François Pignon. C’est abyssal donc indispensable sur la Costa Brava ou dans une maison de famille du Perche.
Un été avec don Quichotte de William Marx – Équateurs parallèles
Mobiles en Touraine
L’été, on baguenaude, on renifle cette campagne française, on communie avec cette province qui fait rire à la capitale. On reprend pied avec son pays. La Touraine, élixir de jouvence, creuset de la langue française, recèle mille merveilles à celui qui veut bien décrocher de ces virtualités accaparantes et oublier l’actualité mortifère. « Imaginer Calder » est une balade dans cette belle région, nous sommes guidés par une tourangelle, elle est née à Chinon, à la plume délicate, qui ne se hausse pas du col et dont la musique s’infiltre en nous, naturellement, comme le lit d’une rivière. Au départ, nous n’avions aucun intérêt ou désintérêt particulier pour l’œuvre d’Alexandre Calder. Bien que berruyer de naissance, j’ai vu toute mon enfance, son stabile (caliban) dans le hall de la maison de la culture de Bourges, inauguré par Malraux et le Général. Géraldine Jeffroy nous raconte la vie d’un américain, sculpteur international, qui a vu le jour en Pennsylvanie mais qui va acheter la maison de François 1er à Saché en 1953 et qui y vivra plus de vingt ans.
Et s’il vous reste encore de la place dans votre sac de voyage, il faut absolument emporter Le Satan (Bach ?) de la musique moderne de Gemma Salem publié chez Serge Safran éditeur. Il s’agit du dernier texte inédit écrit par cette écrivaine de haut vol, enfiévrée et percutante, disparue à Vienne en 2020 qui fut une grande spécialiste de Thomas Bernhard. C’est remarquable de concision et de vigueur dramatique sur le compositeur autrichien Schönberg. Ne pas oublier L’Ami de mon père de Frédéric Vitoux qui reparaît en format poche au Points avec une préface inédite de Frédéric Beigbeder. Roman d’apprentissage sur ce père qui fut emprisonné à Clairvaux à la Libération, déchirant et initiatique, sans graisse, ni pathos, avec une forme d’élégance filial. Et enfin, l’un de mes chouchous, le basque Léon Mazzella qui nous offre un roman Belle perdue aux éditions Cairn, sorte de Dolce Vita Biarrotte aux sentiments juteux et à la construction inventive, j’y ai vu des traces modianesques de Villa Triste.
Blonde, blanche, brune, ambrée… la bière se décline à l’envi et séduit de plus en plus d’amateurs, des campings aux restos étoilés. Ce breuvage millénaire, dégusté dans le monde entier, a trouvé en France une terre d’élection, jusqu’à constituer une véritable économie. Quelques conseils avisés pour siroter, cet été, une pinte à votre goût.
L’amateur de bière est certainement plus détendu que l’amateur de vin. Il ne crache pas, n’exhibe pas son savoir et se laisse aller au simple plaisir de boire… Ce n’est pas non plus un obsédé du terroir, la bière pouvant être fabriquée n’importe où sans qu’il soit possible d’identifier l’influence du lieu qui l’a vue naître (à l’exception, peut-être, des bières corses, qui intègrent des produits locaux comme la farine de châtaigne, le miel du maquis et la fleur d’immortelle). En commandant une pression, son plus grand plaisir est de « partager le fût » avec ses copains. Et face à une bière soi-disant d’exception, la première question qu’il pose est : « Est-ce que c’est pintable ? » (« Est-ce qu’on a envie d’en boire une pinte ? »)
La bière, une histoire universelle
Plusieurs fois millénaire, la bière est aujourd’hui la boisson la plus consommée dans le monde (après l’eau et le thé) mais aussi, peut-être, la plus méconnue. Son nom apparaît pour la première fois sur des tablettes d’argile gravées par les Sumériens qui l’appellent sikaru. C’est alors une boisson sacrée offerte à la déesse Nin-Harra. L’Empire babylonien, qui succède à Sumer, accorde une importance sociale très importante à la bière puisque le Code du roi Hammourabi (env. 1750 avant J.-C.) stipule que les brasseurs reconnus coupables d’avoir produit une boisson impropre à la consommation seront condamnés à être noyés dans leur propre bière… À cette époque, la bière, c’est essentiellement de l’orge germée (malt), broyée en farine, façonnée en pain, cuite au four, puis fermentée dans de l’eau. En Égypte, on l’appelle « vin du Nil ». La déesse Isis, protectrice des céréales, est associée à Osiris, patron des brasseurs. Des hiéroglyphes décrivent ce rituel de la bière servie dans des cruches fraîches et bue à la nuit tombante : rêver de bière dans son sommeil est perçu comme un bon présage. Avant que les Romains les envahissent et développent la culture de la vigne, les Gaulois aussi aiment la cervoise qu’ils conservent dans des tonneaux. Mais le plus étonnant, dans cette histoire universelle de la bière, c’est de constater que, jusqu’au début du XXe siècle, et ce quelle que soit la civilisation, elle reste l’apanage des femmes chargées de la fabriquer. La femme, seule, possédant dans l’imaginaire des mythes le pouvoir de transformer les céréales en une boisson désaltérante et enivrante (comme chez les Incas, où seules, des « vierges du soleil » ont le droit de préparer la bière de maïs de l’empereur). Longtemps, dans les tréfonds de l’Allemagne luthérienne, la jeune mariée récite cette prière en pénétrant dans sa nouvelle demeure : « Notre Seigneur, quand je brasse, aide la bière, quand je pétris, aide le pain. » De même, en 1900, en France, des campagnes publicitaires incitent les femmes à boire de la bière censée favoriser l’allaitement… (C’était avant la loi Évin !)
Depuis quelques années, le monde de la bière est en pleine effervescence. Et la France, que l’on connaissait pour être la patrie des grands vins, se révèle aussi comme le pays d’Europe qui, ô surprise, compte le plus grand nombre de brasseries : 2 500 ! D’ailleurs, 70 % des bières consommées sur notre territoire sont produites localement. La première région brassicole est l’Auvergne-Rhône-Alpes qui abrite à elle seule 386 brasseries. De l’épi au demi, l’économie de la bière représente pas moins de 130 500 personnes pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. La France produit aussi 4 millions de tonnes d’orge (la plus vieille céréale du monde), ce qui fait d’elle le second exportateur mondial. On recense 207 houblonniers (répartis surtout en Alsace et dans le Nord). Ce faisant, la bière a changé de statut : artisanale, elle est devenue une boisson qualitative que de plus en plus de grands chefs étoilés n’hésitent plus à proposer, à l’égal d’un bon vin, et à marier avec des plats (comme Édouard Chouteau, dans son restaurant La Laiterie, à Lambersart, près de Lille). Dans les concours de meilleurs sommeliers de France, les questions portant sur les différents types de bières sont devenues incontournables. Bref, la bière est devenue une boisson chic !
Laurent Cicurel, le patron de La Fine Mousse (l’un des premiers bars à bières de la capitale) résume bien cette tendance : « Demander un demi, comme le faisait le commissaire Maigret, n’a plus aucun sens aujourd’hui… Un demi de quoi ? Blonde, blanche, brune, ambrée ? Gueuze, kriek, IPA, stout, Barley Wine, Porters, bière de saison ? La diversité est immense et la palette aromatique est plus large que celle du vin : une bière peut être herbacée, florale, fruitée, boisée, caramélisée, épicée, acide, amère… On vient ici pour découvrir de nouveaux goûts. La Fine Mousse ne sélectionne que des bières artisanales produites par des brasseries indépendantes : sur 2 500 brasseries françaises, j’estime qu’il y en a moins de 50 qui ont un haut niveau d’excellence. »
Jusqu’à la fin des années 1990, les industriels de la bière régnaient sans partage et se contentaient de servir de la blonde légère (type lager ou pils – la bière inventée par les Tchèques de Pilsen il y a cent cinquante ans).
Depuis le début des années 2000, c’est l’IPA (India Pale Ale) qui est devenue la bière de référence aux yeux des connaisseurs. Cette bière anglaise blonde, pâle et amère, est le fruit du mariage génial entre le malt et le houblon. En effet, pour que les bières supportent le voyage en bateau jusqu’en Inde ou en Afrique du Sud, les brasseurs de Manchester et d’ailleurs avaient eu l’idée d’ajouter de la fleur de houblon, dont les huiles essentielles miraculeuses protègent la bière de l’oxydation et des contaminations microbiennes. Surnommé l’« épice de la bière », le houblon apporte de surcroît au breuvage une amertume virile et des notes délicieuses d’agrumes et de fruits exotiques. La bière houblonnée, pourtant, est restée longtemps oubliée, et ce sont les brasseurs américains qui l’ont remise sur le devant de la scène.
En 1978, le président Jimmy Carter abroge une loi datant de la prohibition qui interdisait le brassage de la bière à domicile. Une nouvelle génération de microbrasseurs apparaît alors aux États-Unis, dont l’objectif est de redonner du goût à la bière, qu’ils baptisent « Craft Beer ». Pour cela, rien de tel que la bonne vieille recette des brasseurs anglais de l’empire des Indes ! Le houblon fait alors son retour.
Une « bière artisanale », toutefois, n’est pas nécessairement gage de qualité. Souvent, la « petite bière locale » n’est rien d’autre qu’un attrape-touristes (comme celle de l’île de Ré). Surtout, la mode de l’IPA a généré un certain conformisme : en forçant sur le houblon et ses notes de fruits exotiques, les brasseurs se contentent d’appliquer une recette commerciale. Sur les dizaines de bières dégustées, voici celles que nous vous recommandons pour cet été.
Brasserie Thiriez
Fondée par le pionnier Daniel Thiriez, au village d’Esquelbec, près de Dunkerque, cette brasserie a été la première en France à produire des bières houblonnées vieillies en fût de chêne. Belle mousse blanc nacré, nez de foin séché et d’agrumes. Aux États-Unis, Daniel Thiriez est une star.
www.brasseriethiriez.com
La Micro-Brasserie du Vieux-Lille
Une institution depuis 1740 ! Amaury d’Herbigny fabrique ici des bières gastronomiques de toute beauté, non filtrées et non pasteurisées, à partir de houblons et de malts bio des Flandres. Idéales pour accompagner un homard cuit au beurre, une tarte welsh, des moules-frites, une salade de betteraves au magret de canard fumé, un waterzoï, une mimolette vieille…
www.celestinlille.fr
Brasserie Uberach
Située dans la région qui concentre le plus de brasseries en France (Kronenbourg, Heineken, Meteor, Fisher…), cette brasserie des Vosges fondée en 1999 par Éric Trossat utilise des houblons alsaciens et des céréales bio. Ses IPA, notamment celles parfumées à la rose et au gingembre, sont élégantes, légères, élancées comme un clocher alsacien surmonté d’une cigogne.
www.brasserie-uberach.fr
Les Brassées de Nantes
Cette microbrasserie nantaise créée en 2016 par Gabriel Charrin est l’une des meilleures de France. Gabriel utilise ses propres houblons, récoltés à proximité et non séchés, afin d’apporter à la bière un maximum de parfums et une texture soyeuse que je n’ai trouvée nulle part ailleurs.
www.lesbrasses.fr
La Brasserie du Grand Paris
Fabrice Le Goff est devenu en quelques années l’une des plus célèbres figures de la bière artisanale française. Brassées à Levallois-Perret, ses IPA percutantes et résineuses ont un côté très « rock » (entre Led Zeppelin et Frank Zappa).
www.bgp.com
Bière d’abbaye de Saint-Wandrille
C’est la dernière bière fabriquée par des moines, l’appellation « bière d’abbaye » ayant été récupérée par l’industrie d’une façon totalement mercantile. Ronde et dodue.
Hugo Hay, athlète français, au Stade de France le 7 août 2024. CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
L’athlète Hugo Hay a fustigé le président de la République dans la presse, lui reprochant de s’approprier tout le crédit des Jeux olympiques aux dépens des sportifs. On peut bien sûr critiquer Emmanuel Macron sur bien des points mais il ne faut pas exagérer. Le billet de Philippe Bilger.
Hugo Hay, qui s’est qualifié pour la finale du 5 000 mètres, a déclaré dans L’Humanité : « Emmanuel Macron est hors-sol […] Je voudrais lui dire que ce ne sont pas ses Jeux, mais ceux des athlètes » (Ouest-France).
On ne peut pas me taxer d’être un inconditionnel de notre président de la République mais il me semble que parfois on charge trop la barque à son détriment. Par exemple avec ce propos de Hugo Hay. J’ai conscience qu’il n’y a pas là matière à un débat capital mais Emmanuel Macron est trop à la peine dans les sondages pour qu’un peu d’équité ne soit pas nécessaire !
Sur le premier point, il est clair que, comme tous ses prédécesseurs confrontés à de grandes manifestations sportives organisées en France, il cherche à les exploiter à son profit. En espérant que l’enthousiasme collectif et la joie patriotique suscités par les succès des Français retombent un peu sur lui et qu’on le crédite au moins en partie de cette parenthèse magique. Ce n’est que trop naturel et il me paraîtrait injuste de lui en faire grief.
Alors, bien sûr, Hugo Hay a raison, ce ne sont pas les Jeux du président, ce ne sont pas SES Jeux. Mais m’est-il permis de souligner que, comme pour nous tous, il a droit à une petite part et que ce ne serait pas équitable de lui dénier la liberté de s’en approprier, chaque jour, ce qu’ils ont eu de meilleur ?
Je devine bien ce qui a pu irriter Hugo Hay dans les postures du président, toujours cette manière ostentatoire d’étreindre, de se servir du corps des champions quasiment à des fins personnelles. Hier Kylian Mbappé, aujourd’hui Teddy Riner, ou Romane Dicko pour la consoler. J’admets que c’est agaçant mais personne n’est dupe : cela ne le rend pas propriétaire exclusif de ces Jeux. Il est juste un homme dominé trop souvent par des élans peu adaptés à son statut. Rien de plus, rien de moins !
Pour conclure, le bilan du président, depuis sa réélection, n’est pas à ce point fourni qu’on puisse le priver d’une réjouissance à la fois sportive et festive qui dans l’ensemble a été à la hauteur. Sinon, que lui resterait-il ?
Marcello Mastroianni, l’acteur légendaire de La Dolce Vita et Huit et demi, ne peut pas être réduit à l’image d’un simple « Latin lover ». Pascal Louvrier se souvient de celui qui a publié Je me souviens, oui, je me souviens…
Quand on cite Mastroianni (1924-1996), on pense à La dolce vita, de Federico Fellini, et à la scène mythique dans les eaux de la fontaine de Trevi, à Rome, avec la plantureuse et blonde Anita Ekberg. Ça a de la gueule, ce bain bouillonnant nocturne. Marcello joue le rôle de Rubini, la trentaine irrésistible, le geste élégant quand il allume une cigarette ou ôte ses lunettes noires. Il quitte sa province pour Rome, veut devenir écrivain et se retrouve à pondre des articles dans un journal à « sensations » comme on disait en 1960. J’aime beaucoup le personnage de Maddalena interprété par Anouk Aimée qui vient de tirer sa révérence. Il y a cette scène de dispute où elle conduit une splendide Américaine décapotable. Les deux forment un couple « vrai », moins glamour que celui qui s’ébroue dans la fontaine. Quand j’habitais au pied de la butte Montmartre, je rendais quelquefois visite à Anouk Aimée. Elle me recevait dans sa maison située près de la statue de Dalida. Une fois la porte refermée, on était en province et on oubliait la frénésie de Paris. Il y avait cette grande cage à oiseaux, sans oiseaux, remplie de livres qu’elle n’avait pas encore lus. Elle m’offrait un verre de vin rouge, on parlait de tout et de rien, souvent avec légèreté, parfois avec gravité, quand elle évoquait son enfance de gamine traquée par Vichy et ses collabos. Un jour, de sa voix douce, elle m’a dit : « Si je fume, c’est un peu à cause de Marcello. Sur le tournage de La dolce vita, il n’arrêtait pas d’allumer une cigarette et de m’en proposer une. Ça lui allait bien de fumer. Et puis, cette voix chaude, alourdie de nicotine, elle était irrésistible ».
Dans les 170 films – un peu moins peut-être – tournés par Marcello, il y a, bien sûr, Une journée particulière, d’Ettore Scola, le poignant face à face entre cette mère de famille, Antonietta, interprétée par Sophia Loren, et cet intellectuel homosexuel fantasque qui danse seul la rumba, dans son appartement du sixième, le tout sur fond de fascisme et de nazisme triomphants. Dans son livre Je me souviens, oui, je me souviens… Mastroianni évoque le film, en particulier le coup de fil qu’il doit passer à un ami. Il s’adresse alors au réalisateur : « Ettore, la pudeur me suggère de jouer cette scène de dos. Toi, tu viens derrière moi, avec ta caméra, pour que les choses que je dis ne soient pas violentes, pour qu’elles n’arrivent pas au spectateur de façon désagréable ». C’est l’un des plus délicats moments du film.
Dans le même livre de souvenirs, Marcello affirme qu’il a toujours rejeté cette image de « Latin Lover » qu’on lui a trop facilement collée. Il a joué un impuissant dans Le Bel Antonio ; puis il est devenu un cocu répugnant dans Divorce à l’italienne ; il a été également un homme enceint ; il est tombé amoureux d’une naine. Le comédien préférait interpréter des hommes tourmentés, instables, fanfaronnant pour masquer une hypersensibilité ; ou provocateurs pour se moquer, par exemple, de l’affligeante société de consommation comme dans La Grande Bouffe, carnavalesque long-métrage de Marco Ferreri.
Marcello aimait passionnément sa mère, sa fille, Chiara, son métier d’acteur qu’il exerçait en tenant à distance ses personnages – « c’est l’acteur qui pleure, pas l’homme » – et bien sûr Paris où il mourut au 91, rue de Sèvres, entouré de Chiara, Catherine Deneuve et son vieux copain Michel Piccoli.
Marcello Mastroianni, Je me souviens, oui, je me souviens… Calmann-lévy.
Comment le manuscrit de l’Éthique, œuvre majeure et interdite de Spinoza, s’est-il retrouvé dans les archives du Vatican ? L’enquête de Mériam Korichi se lit comme un thriller philosophique.
Si Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais d’origine séfarade, fait scandale, c’est sans doute moins parce qu’il a opposé la croyance et la connaissance en affolant les Églises que parce qu’il a théorisé qu’il était possible, si besoin, de penser contre sa communauté et, plus largement, contre toutes les pressions sociales et les autorités politiques. Sa liberté fondamentale, essentielle, et son inflexibilité (entendez la fidélité à ses idées) lui vaudront son excommunication (herem) par la diaspora juive portugaise d’Amsterdam.
Portrait de Spinoza, 1665 D.R
Spinoza Code est l’histoire du manuscrit de l’Éthique, le traité radical de notre philosophe rationaliste, son œuvre majeure. Il y met la dernière main en 1674. Conscient que ses ennemis sont non seulement nombreux, mais puissants et que la publication d’un tel codex est compromise en Hollande, il en confie une copie à un jeune mathématicien brillant qui se prépare à faire le tour des grandes capitales d’Europe – son Grand Tour –, Ehrenfield Walther von Tschirnhaus. Le texte va donc voyager sous le manteau. En 1677, Spinoza s’éteint. Et l’Éthique disparaît – du moins, on en perd la trace. Trois cent trente-trois ans plus tard, le fameux codex est retrouvé. Où ? Au Vatican, dans les archives de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, jadis la Congrégation du Saint-Office, autrement appelée la Sainte Inquisition. Le traité, comme c’est curieux, ne comporte ni titre ni nom d’auteur. Le dépôt du manuscrit fut enregistré le 23 septembre 1677 au palais du Saint-Office comme pièce à conviction d’une dénonciation faite par un certain Nicolaus Stenonius, évêque de l’Église catholique, ennemi signalé de Spinoza. Comment le fameux codex a-t-il bien pu tomber « entre les mains du bras armé de l’Église » ? C’est à cette question que va répondre Mériam Korichi dans une enquête littéraire passionnante, laquelle se double d’un thriller philosophique.
L’épopée du seul manuscrit de l’Éthique qui nous soit parvenu est fascinante en ceci qu’on y croise, de Descartes à Leibniz, des personnages héroïques et qu’on y plonge dans les arcanes d’un XVIIesiècle où les batailles intellectuelles et religieuses font rage, depuis les Provinces-Unies jusqu’à la Royal Society londonienne et la Rome du Trastevere. On peut imaginer, par exemple, nous explique Korichi, que Tschirnhaus est resté interdit devant certaines propositions du texte qu’il est chargé de diffuser : « Spinoza y affirme que la réalité a une infinité de dimensions, que cette infinité n’est pas là pour humilier le désir humain de connaissance, au contraire, et c’est révolutionnaire, que la connaissance humaine peut égaler la connaissance divine. Cela suffit à faire partir en fumée le monde des anges, le monde des miracles, le monde des intermédiaires et des intercesseurs entre les humains et la vérité divine. »
Le spinozisme anima bien des débats, suscita bien des questions. Tout l’art de Mériam Korichi consiste à nous en montrer la troublante actualité.
Islamiste, woke, gauchiste, droitier… le fascisme aussi a ses tendances ! Enfin le test qui vous dira laquelle suivre.
1. En bon cartésien modéré, vous considérez la vérité comme une quête tâtonnante et incertaine. Néanmoins, dans vos rêves, face à des contestations aussi infondées qu’insistantes – toutes donc – le dirigeant qui sommeille en vous n’hésite pas à trancher.
D.R
a) Pour sauver son âme rongée par le doute, vous pendez derechef l’impudent en place publique : toute vérité émanant de Dieu – qui vous soutient dans votre ascension sociale d’une façon plus enviable que la corde soutient votre opposant – vous êtes légitime à éliminer une source de contrariétés personnelles et conjoncturelles au nom d’un ordre divin et éternel. Une façon énergique de rapprocher les points de vue qui n’a d’égale que l’effet de pondération obtenu sur l’expression de l’opinion publique.
b) Vous faites connaître à l’impudent le sort que ses ancêtres esclavagistes/colonialistes infligeaient à leurs victimes en exigeant qu’il soit pendu derechef. Mais votre bourreau anime un séminaire en non-mixité, « renouveler le lynchage dans une perspective de co-construction d’un trépas plus inclusif ». Le concepteur du gibet ne veut rien édifier si le condamné n’est pas consentant à son exécution et le condamné ne veut pas consentir. Lassé, vous le confiez à vos alliés islamistes qui adorent tester l’aérodynamisme de leurs contradicteurs en les jetant du haut des immeubles.
c) Vous pendez derechef l’impudent. Sur une estrade. Avec des drapeaux. Et des officiels. Parce que contrarier le chef, c’est offenser le pays, souiller la race, toucher à l’âme du peuple. Et comme vous êtes un tantinet susceptible, donc facilement blessé, vous envisagez de fluidifier le processus de gestion des critiques, en industrialisant le dispositif d’évacuation des auteurs.
d) Vous faites connaître à l’impudent le sort que les révolutionnaires réservent aux valets de la réaction en le pendant derechef : la politique doit être compréhensible par tous ; une critique = une purge, une parole = une prise de risque, un opposant = du compost. C’est simple, facile à comprendre. Pé-da-go-gi-que. Efficace pour assurer la chaîne de transmission des ordres en mode vertical descendant.
2. L’altérité et votre rapport à l’autre
D.R
a) Respecter l’altérité ? ça dépend. Cet autre, là, il est plus fort que moi ?
b) J’aime l’altérité avec mes semblables, c’est plus facile pour créer une société inclusive d’investir dans l’altérité modérée. Sinon, concrètement, cet autre, là, il est plus fort que moi ?
c) L’haltérité, ça a à voir avec le body-building ? Sinon, cet autre, là, il tape plus fort que moi ?
d) L’altérité, c’est la reconnaissance à la fois de la différence et de l’égalité. Enfin pour l’égalité ça dépend : cet autre, là, il est plus fort que moi ?
3) Le sociopathe qui vous fait rêver
D.R
a) Khomeini. La petite robe noire était la signature de Gabrielle Chanel, Khomeini, la décline plutôt en turban. Faut dire que c’est une couleur sur laquelle le sang ne se voit pas. Et quand on pense que la patrie se renforce en épurant ses habitants, biais commun des dirigeants canal psychopathe, mieux vaut privilégier couleur sombre et matières absorbantes.
b)Le Hamas. Comme Judith Butler vous pensez que découper vos contemporains façon carpaccio, s’ils sont juifs, est un acte de résistance et que nier un pogrom, c’est soutenir une juste rébellion. Espérons que contrairement à Judith Butler, vos pratiques sexuelles agréent vos nouveaux Best Friend Forever, car sinon vous allez servir de sujet d’étude pour déterminer si l’être humain peut voler (la réponse est non), s’il résiste aux flammes (non également), s’il résiste aux balles (encore non), s’il est soluble dans l’eau (toujours non), s’il peut vivre sans cerveau (c’est contre-intuitif mais en fait, non)…
c)Mussolini. La bouillie fasciste se préparant toujours avec les mêmes ingrédients – ressentiment, violence, misère, frustration, victimisation –, elle privilégie la refondation du lien par la désignation d’un ennemi commun. Et justement, totalement en phase avec votre siècle vous préférez largement dépecer un bouc émissaire pour faire peuple, que travailler à un projet commun. Méfiez-vous cependant : haro sur le baudet est un programme qui ne fonctionne que si le baudet court vite et en zigzag. Si la foule l’attrape trop tôt et que le sacrifice produit une maigre récolte, c’est au sacrificateur que l’on s’intéresse.
D.R
d) Staline. Un type qui ressemble physiquement à l’équivalent moujik du père Castor, tout en étant doté de la mentalité du sénateur Palpatine. Mais le papi Daniel du froid savait mieux s’entourer que l’équivalent interstellaire de Gérard Larcher. En tout cas, le petit père des peuples résolvait magistralement les erreurs de recrutement dans son entourage. Certes la purge ou le meurtre ne sont pas des outils de gestion des ressources humaines tout à fait reconnus et leur usage est contesté voire sujet à polémiques, mais il faut leur reconnaître un caractère définitif qui peut séduire un manager peu porté au compromis.
Réponses : vous avez le totalitarisme
1.tendance islamiste : et voilà, vous proposez gratuitement d’aider au débroussaillage de la flore du jardin d’Allah que sont les hommes, vous êtes prêts à être le Roundup du Seigneur, Le Monsanto de l’armée purificatrice du Tout-Puissant et on vous calomnie. Pourtant vous ne voulez que resserrer les liens entre Dieu et ses créatures, et pour cela, rien de mieux que la proximité et les nœuds coulants !
2. tendance woke : Depuis que vous avez compris qu’il y a des oppresseurs de naissance et des victimes héréditaires, un groupe de gentils à récompenser et de méchants à punir, et que tout est affaire de pigmentation de peau, il a suffi d’un nuancier Pantone pour que votre compréhension de l’univers soit pleine et totale. Vous travaillez donc aujourd’hui à créer un monde parfait en simplifiant l’équation sociale multifactorielle par la réduction du nombre de variables individuelles toxiques. Il faut juste que les militants zélés comprennent que « mort aux Blancs », même s’il résume bien le concept, est un slogan qui peut freiner l’adhésion médiatique au message inclusif.
3. tendance droitière : vous qui auparavant arpentiez seul les crêtes de l’infamie et de l’ostracisme ; par la grâce de l’excommunication politique réciproque et la magie de la reductio ad hitlerum, voilà que votre enfer civique est maintenant plus fréquenté qu’une séance de coaching à l’Élysée à destination des collaborateurs de cabinet pour gérer les managers canal pervers narcissique. Du coup vous voilà refoulé vers le conservatisme. Pour vous qui chantez Maréchal, nous voilà sous la douche, l’inconvénient de la dédiabolisation c’est qu’il faut dire du bien des juifs. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des Arabes.
4. tendance gauchiste : spécialisé dans l’excommunication morale et la vertu exterminatrice, vous faites aussi beaucoup dans le stoïcisme et l’abnégation ; vous supportez sans vous plaindre l’énorme poutre dans votre œil, tout en vouant votre existence à retirer la paille dans celui de votre voisin. On vous reproche de vouloir pendre les patrons avec les tripes des curés, alors que cela témoigne d’un souci de maximaliser l’usage des ressources en circuit court et d’encourager à la fois le lien social et le don d’organe. Et puis success story dont vous n’êtes pas peu fier, vous avez réussi à relancer l’antisémitisme tout en justifiant un pogrom. L’inconvénient de la diabolisation qui en résulte, c’est qu’il faut dire du bien des Arabes. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des juifs.
Georges-Louis Bouchez, président du parti politique belge, MR, à Namur, le 11 juillet 2024. Shutterstock/SIPA
Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.
Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.
Il règne en Belgique un antisionisme compassionnel qui alimente à chaque conflit au Proche-Orient la haine anti-juive. Un phénomène ancien qu’il serait trop long ici d’analyser en profondeur. Mais pour la lilliputienne communauté juive de Belgique (25 à 30 000 âmes sur près de 12 millions d’habitants), l’heure n’est pas à la fête. Avant le début des vacances scolaires, les écoles juives interdisaient aux élèves de sortir ne fût-ce que pour s’acheter un sandwich. Les lieux cultuels, culturels et religieux juifs sont protégés en permanence depuis l’attentat au Musée juif de Bruxelles de 2014. Les Juifs mettent leur pendentif (l’étoile juive) dans leur tee-shirt et certains rangent le chandelier à 7 branches dans le tiroir lors de tout dépannage au cas où le technicien (gaz, télédistribution, chaudière,…) serait musulman radical. Quand vous commandez un Uber-eats, mieux vaut inscrire un patronyme chrétien… Et cacher la kippa sous la casquette est indispensable… même dans les aéroports et les gares du pays.
Le 4 août, le magazine « humoristique » flamand Humo a laissé passer un appel au meurtre des Juifs signé d’un de ses éditorialistes (et digne de la prose de Drumont, Céline ou Brasillach). L’écrivain Herman Brusselmans écrit, face à la détresse des Gazouis : « Le Moyen-Orient va exploser, avec des conséquences désastreuses pour le reste du globe. Et tout cela à cause d’un petit Juif gros et chauve qui porte le nom inquiétant de Bibi Netanyahu et qui, pour une raison quelconque, veut s’assurer que le monde arabe tout entier soit anéanti. […] Je suis tellement en colère que j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre ».
Le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) s’émeut et parle d’idées dignes des années 30. L’association juive européenne (European Jewish Association – EJA) annonce poursuivre en justice le magazine Humo et l’écrivain Herman Brusselmans. UNIA (institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination) introduit une plainte au tribunal correctionnel contre l’écrivain considéré comme un des « innovateurs » de la littérature flamande. La Ligue belge contre l’antisémitisme également. L’intéressé trouve ces réactions « débiles ». En décembre, il écrivait déjà : « Israël utilise les mêmes méthodes pour détruire une race entière que les Allemands[…] Il n’est pas inconcevable que quelqu’un, n’importe qui, devienne antisémite contre sa nature ».
C’est dans ce contexte lourd que la ville de Gand a décidé d’interdire de championnat européen de frisbee la délégation israélienne composée de jeunes de 13 à 17 ans « en raison de l’antisémitisme local ».
« À 6 heures du matin, le premier jour de la compétition, alors que nous sommes déjà en Belgique et que nous nous préparons à concourir, le chef de la délégation reçoit un message indiquant que, pendant la nuit, nos courts ont été vandalisés par des graffitis antisionistes et que l’on craint des manifestations pro-palestiniennes », écrit la délégation d’Ultimate Frisbee. « Il nous est donc interdit de jouer sur le même court et, par conséquent, nous ne pourrons pas participer au tournoi. Malgré les efforts du ministère des affaires étrangères et des sports, de l’ambassade d’Israël en Belgique et de l’association « Eilat » qui nous a accompagnés tout au long du processus, nous avons réussi à empêcher le premier jour des jeux et à le reporter jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, une annonce officielle a été publiée hier soir (6.8.24) par le bureau du maire, interdisant la participation de l’équipe au tournoi et même son apparition en tant que spectatrice dans la compétition ».
Impression de déjà-vu puisque en juin dernier, la ville de Bruxelles a refusé d’organiser une rencontre de football entre la Belgique et l’équipe israélienne sur son territoire, invoquant là-aussi des raisons de sécurité… De deux choses l’une : ou bien Israël n’est pas le bienvenu en Belgique ou bien la Belgique est incapable d’assurer la sécurité d’Israéliens, tellement il y aurait de radicaux musulmans dans le pays… Dans le premier cas, c’est de la discrimination : dans le second cas, c’est un terrible aveu de faiblesse… qui a ému Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur (l’équivalent de la Droite républicaine) qui a fait 30% des voix aux dernières élections législatives de juin 2024.
Il écrit sur Facebook : « On peut penser ce que l’on veut du conflit au Proche Orient. Mon point n’est pas là. Mais on parle simplement de la Belgique ! De notre démocratie libérale dans laquelle des enfants ne peuvent pas participer à une compétition sportive à cause d’excités de gauche et surtout d’une classe politique lâche et soumise ! Gand qui se veut une Ville lumière est devenue la Ville du déshonneur. Je n’ai plus de mot assez fort pour exprimer mon dégoût face à tant d’injustice. Mesdames et Messieurs, en Belgique, au 21ème siècle, des êtres humains ne sont pas traités comme les autres uniquement parce qu’ils sont juifs ou israéliens. Et le pire est que cela ne semble choquer personne ! Cette bonne presse toujours prompte à nous expliquer le bien et le mal semble être en vacances quand on parle des juifs […] »