Accueil Site Page 411

Un Tisha BeAv particulier

0

Les Iraniens auraient pu lancer une attaque contre Israël au moment du Tisha BeAv, jour de deuil qui commémore les calamités ayant frappé les Juifs au cours de l’histoire. S’ils ne l’ont pas fait, c’est sans doute qu’une offensive directe serait trop risquée et coûteuse, tandis que monnayer leur renoncement temporaire à la vengeance serait plus profitable, surtout face aux Américains. Tribune de Richard Prasquier, président d’honneur du Crif.


« Hélas, mon puits est devenu mon tombeau et le jour de lumière est devenu ténèbres ».

« Mon puits », la source de vie matérielle, se dit beeri en hébreu, et réfère au kibboutz Beeri, lieu emblématique des massacres du 7 octobre. « Le jour de lumière », c’est la journée de Simhat Tora, celle du 7 octobre 2023, ainsi nommée dans le Talmud. « Hélas », c’est la traduction du mot Eikha, titre du livre des Lamentations, qinot en hébreu, ces poèmes lyriques, récités la nuit de Tisha BeAv, que la tradition attribue au prophète Jérémie, pleurant, non pas seulement, comme on le dit, la destruction du Temple de Jérusalem, mais la détresse de la population judéenne.

Eikha ne signifie pas seulement « hélas », mais aussi « pourquoi ?», les deux émotions qui taraudent les Juifs dans le monde depuis 10 mois et qui ont donné à cette journée de Tisha BeAv, le neuf du mois de Av, la plus triste du calendrier liturgique juif, une tragique actualité.

Les drames encourus par les communautés juives au cours de l’histoire ont souvent suscité des élégies. Certaines ont trouvé leur chemin, global ou localisé, dans la liturgie de la journée. Ce ne fut pas toujours le cas et la Shoah notamment n’a pratiquement pas laissé de trace à Tisha BeAv. Beaucoup de décideurs orthodoxes, y compris certains qui y avaient perdu leur famille, s’y étaient opposés, prétextant que la liturgie était close. Il est frappant de constater que lorsque Leon Meiss, Président du Consistoire et du Crif, a sollicité une prière spéciale pour Tisha BeAv en 1946, il n’a obtenu qu’une proposition, celle des frères Neher. Leur texte, très émouvant pourtant, n’a pas été retenu. Au fond, la Shoah était, pour ceux qui l’avaient vécue eux-mêmes, une blessure trop vive pour être métabolisée sous forme de prière intemporelle et impersonnelle. 

A lire aussi: En Belgique, un antisémitisme d’atmosphère

Mais il ne fait pas de doute que les massacres du 7 octobre 2023, dont le retentissement fut diffus et profond alors que le nombre des victimes, aussi nombreuses qu’elles fussent, n’était pas comparable à la quasi-extermination d’un peuple entier, prendront place dans la litanie des calamités du peuple juif. Peut-être « Qinat Be’eri », dont l’auteur, Yagel Haroush, JuIf orthodoxe de Yerucham, est un spécialiste du Maqam, ce système modal spécifique au monde islamique, et en particulier de la musique persane, restera-t-il dans la liturgie. 

On aurait souhaité que l’Iran n’impacte ce jour que de façon musicale….

C’est le 9 Av qu’a eu lieu la destruction du Temple de Salomon par les Babyloniens, du Second Temple par les Romains, l’expulsion des Juifs d’Angleterre puis celle des Juifs d’Espagne. C’est le 9 Av 1942 qu’ont commencé les déportations du ghetto de Varsovie vers les chambres à gaz de Treblinka. Celui qui a la fibre critique plus que mystique pensera que certaines de ces dates ont été volontairement choisies par les ennemis des Juifs comme un pied de nez à leur histoire et il ne manquait pas de commentateurs pour penser que les mollahs de Téhéran lanceraient leur attaque contre Israël à Tisha BeAv. 

C’était mon cas. J’avais oublié que, depuis le départ de Ahmadinedjad, qui avait tout d’un mystique apocalyptique bas d’intellect, ce sont des individus fanatiques mais retors qui sont aux commandes en Iran. Ils ne veulent pas risquer de perdre le pouvoir par des initiatives qui pourraient entrainer des réactions israéliennes violentes qui déclencheraient des désordres non maitrisables dans un pays où les mollahs sont haïs par la majeure partie de la population. Par ailleurs l’allié russe inspire ces jours-ci moins confiance que précédemment et les réactions du monde arabe à l’élimination de Haniyeh ont été plutôt molles.

A lire aussi: Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

Certes, ils peuvent compter sur Erdogan, le plus toxique des maitres chanteurs, sur le Pakistan, la Malaisie et beaucoup de soutiens vocaux dans des populations sunnites chez qui la haine contre Israël prime les conflits inter-sectaires, mais en cas de guerre les Iraniens seraient seuls et, aussi fiers qu’ils prétendent l’être de leurs exploits du mois d’avril, ils savent que ceux-ci n’ont pas vraiment convaincu par leur efficacité. Enfin, une riposte israélienne risquerait de s’en prendre au nucléaire iranien avant que celui-ci ne soit opérationnel. 

C’est pourquoi les journaux iraniens suggèrent ces jours-ci que la vengeance est un plat qui se mange froid et qu’il y a d’autres moyens d’entrainer la panique dans le camp ennemi que de mener une offensive militaire classique. Ce qui sous-entend, entre autres, des opérations terroristes contre les intérêts israéliens et pas seulement en Israël…

Et puis, il y a les proxys : on pense avant tout au Hezbollah qui vient de perdre Fouad Chokr, son chef militaire. Ce brave homme, à la mort duquel le Président Macron a réagi en exprimant son inquiétude, était poursuivi par les Américains pour l’attentat qui, en 1983, avait tué 241 Marines à Beyrouth et a certainement été partie prenante dans l’attentat qui le jour même tuait 58 parachutistes français dans l’immeuble du Drakkar. Une vengeance qui se mange froid, certes, mais pas reconnue comme telle par la France et concoctée par un autre cuisinier…

A lire aussi: Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

Enfin il y a la fibre morale dont l’Iran fait un usage particulièrement éhonté, mais qui risque d’être efficace. Prétextant de son droit à la vengeance après la mort de Haniyeh, rejetant comme impudentes les demandes des pays européens à ne pas déclencher la guerre, ce pays, qui est l’un des plus sanguinaires de la planète, va probablement essayer de monnayer son renoncement temporaire à celle-ci. L’époque est favorable, le gouvernement américain redoute d’être entrainé dans une guerre en pleine période électorale et voudrait tirer bénéfice politique interne d’un accord à Gaza. Voilà l’Iran prétendant qu’il ne répliquera pas si les pourparlers sur un cessez le feu aboutissent. Il veut laisser une porte de sortie à ce qui reste du Hamas, mais se donner l’image d’un partisan de la paix face aux extrémistes israéliens ne nuit pas à l’image, d’autant que le nouveau président iranien aura pour rôle de montrer un visage plus avenant de la dictature clérico-militaire qui a mis l’Iran en coupe réglée depuis 45 ans. 

Dans cette situation extrêmement délicate où le soutien américain est plus que jamais nécessaire, on n’est pas surpris que le cabinet du Premier Ministre israélien ait, pour une fois, critiqué vigoureusement les initiatives de son ministre Itamar Ben-Gvir commémorant sur le Mont du Temple un Tisha BeAv décidément inhabituel….

Paris n’est pas (seulement) une fête

Au cours des JO, la France – comme la ville de Paris – a pu construire une image des plus positives d’elle-même qui a dupé jusqu’à ses propres citoyens. Pourtant, le décor urbain construit pour ce grand événement garde un côté Potemkine. Pour nos deux chroniqueurs, certains des pires épisodes de l’histoire française ont été précédés par des moments de grande liesse populaire.


Ça ne commençait pourtant pas si bien… Sabotage massif à la SNCF opérée par une mystérieuse cinquième colonne, polémiques byzantines sur le sexe des athlètes et des interprètes de la cérémonie, on pouvait espérer que les Jeux Olympiques confirment les prophéties ronchonnes qui annonçaient les pires catastrophes : drones islamistes fonçant sur le public, nageurs attrapant la tourista en avalant la tasse séquanienne. Finalement, à la surprise générale, la quinzaine s’est formidablement bien passée, avec un nombre extrêmement réduit de polémiques et de couacs. On espérait pourtant le pire. Les premières images des rues grillagées évoquaient Pyongyang la veille de l’enterrement de Kim Il-Sung. Miracle ! Paris a su être une fête dans cette ambiance cyberpunk.

Sous le signe du cul-cul international

Dès la cérémonie d’ouverture, « Imagine » chanté par Juliette Armanet annonçait la couleur : des Jeux placés sous le signe du cul-cul international. Critiquée, la prestation de Philippe Katherine tout de bleu peint avait au moins eu le mérite d’inscrire la France dans sa grande vocation : être la grande embêteuse du monde. Si jamais on avait un doute, « Imagine » allait bien le leitmotiv de la quinzaine lorsque le morceau fut dégainé, en plein match de volleyball, pour atténuer les tensions entre joueuses brésiliennes et canadiennes. La musique adoucit les mœurs. Le sport rapproche les peuples ; pour un peu, c’était le tableau du Douanier Rousseau, « Les représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix » (on est alors en 1907…).

A lire aussi: JO : le prix caché de la réussite

Ce fut d’ailleurs un carnaval sportif : Léon qui fait clac avec ses mains, Tom Daley en mode grand-mère qui tricotte son pull aux motifs kitsch et annonce sa retraite prématurée, la réponse du boxeur algérien à la boxeuse italienne, la libido de Jules Bouyer sur les réseaux sociaux… il y en avait pour tout le monde !

Forte de son succès, riche de son autocélébration complaisante, une nouvelle France est née cet été ! Souriante, enjouée, athlétique, torse nu, fluide et festive, optimiste, souriante, enjouée… elle acclame Léon, voit des policiers se tenir bras dessus bras dessous avec des touristes qui pourront dire comme Renaud : « J’ai embrassé un flic ». Pour un peu, les serveurs apporteraient le café en prononçant « enjoy », à la manière de leurs homologues londoniens.

Délestée pour partie de ses autochtones les plus hostiles, la capitale a vu déferler tout ce que le monde compte de gens enthousiasmés par des courses en sac ou des tournois de ping-pong. Tant pis pour les ronchons, les nez-rouges et les piliers de bar qui lisent Le Parisien au zinc le matin. Tant pis pour les commerçants patibulaires, les automobilistes irritables et irrités de ne pouvoir jouir de trois mois de vacances. Tant pis pour les rombières et leurs caniches des beaux quartiers. Tant pis pour le laborieux prolétariat des cuisines et des camions poubelles. Tant pis pour les étudiants verbeux en chambrette. Dans leur maison de campagne, chez leurs parents, au Bled, avec leur femme dans leur pavillon de banlieue… tous ceux qui ont pu fuir l’ont fait. Sur les écrans du monde : juste l’éternelle foule avinée et réjouie, heureuse parce qu’on lui a dit de l’être, passionnée de sport sans toujours en faire. Paris a pu offrir son plus beau visage de ville lumière, chassant du même coup ceux qui vivent à son ombre.

Une tranche de bonheur obligatoire

Paris a été pendant quinze jours une uchronie, une projection de la France avec un Lionel Jospin victorieux en 2002. Anamnèse fukuyamesque d’une fin de l’histoire qui ne fut que la fin des années 1990. Ville du cool, à mi-chemin entre Barcelone et Brighton. Dans la division internationale du travail, dans l’ultra spécialisation de l’archipel des métropoles mondiale, Paris n’a pourtant aucun intérêt à singer la capitale catalane, car il n’y fera jamais 37 degrés six mois sur douze et il n’y aura jamais la mer, sauf dans les pires prédictions d’Yves Cochet. De la même façon qu’il faut des films pour adultes avec des femmes naines unijambistes, Paris doit rester froide, grise, triste, pluvieuse… parce qu’il y a des gens qui aiment ça. Nous les premiers qui n’ont pas forcément aimé reprendre une tranche de tourisme et de bonheur obligatoire. 

A lire aussi: Il faut sauver les nageurs sauveteurs CRS!

Et puis, dans l’histoire du pays les quelques moments d’enthousiasme ont souvent été les préludes des plus grands massacres. La France a toujours eu la gueule de bois un peu dure… En 1790, à la Fête de la Fédération, le roi et les Révolutionnaires célèbrent l’unité ; Talleyrand dit la messe. En montant à l’estrade, il glisse à Lafayette : « Par pitié, ne me faites pas rire ».  Le compte à rebours de la monarchie est déjà lancé. En 1936, accordéon, guinguette et musette dans les usines. Entre le Front Populaire et la débâcle de 1940, quatre ans, l’intervalle qui sépare deux Olympiades.

JO : le prix caché de la réussite

0

Emmanuel Macron jubile après le grand succès des Jeux olympiques de Paris. Mais il semble avoir oublié le prix de cette réussite: déploiement extraordinaire des forces de l’ordre, déplacement de migrants illégaux, surveillance accrue des réseaux islamistes… Les thuriféraires de l’idéologie mondialiste jubilent aussi, sans voir la contradiction entre leur propre propagande postnationale et le nationalisme patriote qu’ont suscité les triomphes de nos sportifs. Le regard d’Ivan Rioufol.


Accordons à Emmanuel Macron, au-delà de la propagande woke de la cérémonie d’ouverture, le droit de se réjouir bruyamment du bilan des jeux Olympiques de Paris. Tout s’est bien passé durant ces quinze jours. C’est un fait. Dès lors, le chef de l’Etat a beau jeu de rappeler les doutes et les critiques d’hier sur la sécurité et l’organisation des événements. Se laissant aller à l’autosatisfaction, il a expliqué à L’Équipe, dimanche à l’issue de la clôture que « le perdant », de ces Jeux, « c’est l’esprit de défaite ». En détaillant la liste des objections émises par les experts les plus sceptiques : « La cérémonie d’ouverture sur la Seine était une inconscience sécuritaire, on n’aurait jamais assez de médailles, ce serait un gouffre financier, on n’arriverait pas à se baigner dans la Seine… Et, à la fin, on a réussi, on l’a fait ! […] » Hier, il a poursuivi, sans pudeur ni modestie excessives, son autocongratulation : « On peut être en même temps complètement fou et très bien organisé ». Bien organisé, oui, y compris avec un gouvernement démissionnaire, ce qui tendrait à démontrer le génie intact de la société civile et de ses propres élites, dès lors qu’elles ne sont pas entravées inutilement. Les médias se sont tous accordés également à reconnaître, dans les foules rassemblées, une même joie palpable. Libération, envouté par l’ambiance, a même titré le 10 août : « Paris, capitale de la douceur », en oubliant le prix de ce retour nostalgique à la « doulce France » : 45.000 policiers armés, 13.000 déplacements de clandestins, 44.000 grillages et barrières, des QRCodes ou des accès payants aux fans zones, un nettoyage social brutal, le remplacement des Parisiens par des spectateurs à pouvoir d’achat (4 euros le ticket de métro), etc. Le vivre-ensemble est un luxe.

A lire aussi: En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression

Il n’est pas sûr cependant que la gauche inclusive, emballée à juste titre par cette fraternité des jeux, prenne la peine d’analyser les ressorts si peu humanistes de cette réussite, liés pour beaucoup à l’exclusion des plus déshérités et des immigrés indésirables, et à la surveillance étroite des islamistes revendicatifs. Il est également très improbable que les mondialistes et autres idéologues postnationaux, qui hurlent au retour du fascisme à la moindre expression d’une fierté nationale, acceptent de creuser leurs propres contradictions, pour ceux qui ont partagé l’engouement nationaliste, cocardier, d’un peuple uni derrière son drapeau au-delà de la couleur des peaux. Or ces Jeux ont démontré, dans leur authentique ferveur nationale, que rien n’était plus faux que cette idée récitée par les perroquets qui voudrait, depuis François Mitterrand, que « le nationalisme, c’est la guerre ». La Grande-Bretagne a illustré, dans le même temps, que la guerre civile se dissimulait au contraire dans les plis du multiculturalisme, cheval de Troie de l’islamisme. La dénonciation convenue de « l’extrême droite » dans les révoltes anti-immigration, notamment à Southport, a occulté l’infiltration islamiste et propalestinienne des mouvements « antiracistes », et la subversion par la charia de la société anglaise. Pour la France en tout cas, le conte de fées s’achève : le carrosse est redevenu citrouille.

Peut-on se passer de ministres ?

0

En dépit du fait que les ministres du gouvernement sont « démissionnaires », la gestion des affaires courantes a continué sans anicroche, ce qui invite à s’interroger sur l’utilité réelle des ministres. En tout cas, cette parenthèse olympique n’a rien fait pour donner aux Français plus de confiance par rapport à leurs dirigeants politiques. Le billet de Philippe Bilger.


Par provocation, tant par écrit qu’oralement, il m’est arrivé à plusieurs reprises de soutenir que deux ministères pourraient être supprimés parce que leur bureaucratie et leur inefficacité les rendent plus nuisibles qu’utiles : ceux de la Justice et de la Culture. Parce que l’élan et la liberté inventifs des pratiques du pays pallieraient aisément leur disparition. Au-delà de la saillie, j’étais persuadé qu’il y avait dans cette idée quelque chose à creuser. Je n’imaginais pas qu’un jour, à cause de la dissolution et de la procrastination due aux Jeux olympiques, on pourrait légitimement s’interroger sur l’importance ou non d’un pouvoir réduit à la gestion des affaires courantes.

Je ne crois pas qu’Eric Dupond-Moretti, en ayant jugé il y a quelques semaines cette période politique « passionnante », l’appréhendait de la même manière que moi. Il ne songeait probablement pas à sa propre éradication ès qualités ! Alors que durant les JO, la justice s’est modernisée sans lui ! (Le Figaro)

Je ne méconnais pas combien la situation des ministres doit être inconfortable en ce temps de vacances mais aussi d’attente et de tension qui les laisse totalement incertains de leur futur.

A lire aussi: L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

Il n’empêche que de cette séquence démocratique si singulière – on dirait le pays politiquement à l’arrêt -, sans tomber dans la dérision m’est-il permis de tirer un enseignement un peu déprimant pour notre République et la sophistication de son organisation ? si les ministres avaient été en charge et en plein exercice, la France se porterait-elle mieux ? Considérer qu’aujourd’hui elle ne s’est pas radicalement dégradée avec des ministres vacants pourrait-il nous conduire à ne pas toujours tout attendre du pouvoir, avec cette incroyable naïveté française qui laisse espérer que chaque changement de gouvernement créera un choc positif et sortira comme par magie notre nation de ses difficultés et de sa régression ?

J’entends bien que, pendant que les ministres avaient l’arme au pied, l’administration immuable, consciencieuse et impartiale continuait à travailler et faisait tenir le pays en attendant le moment où le cours d’avant reprendrait son empire.

Philippe Bas avait conseillé au président de ne pas « ajouter de la procrastination à la dissolution » (Le Monde). Sa recommandation, à l’évidence, ne sera pas suivie puisque, si on en croit le JDD, le Premier ministre devrait être choisi après le 15 août et le gouvernement constitué à la fin du même mois.

A lire aussi: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

Dans tous les cas il est très dangereux de laisser perdurer cette zone imprécise et floue : elle risque d’aggraver le sentiment de défiance du citoyen à l’égard de la vie politique et de ceux qui détiennent le pouvoir.

Il ne faudrait pas que l’opinion dominante s’accordât sur ce constat que si les ministres n’existaient pas, il conviendrait de ne pas les inventer.

La volupté de l’humilité face aux champions…

0

Pour les spectateurs que nous sommes, la réussite des plus grands sportifs nous impose une modestie qui nous rappelle nos propres limites, mais nous invite à les dépasser, du moins dans notre esprit. Le regard de Philippe Bilger.


Les Jeux olympiques sont une formidable école de modestie.

Pas seulement pour les vaincus et il faut admirer la classe de ceux qui manquent la médaille d’or pour infiniment peu. Quatre années d’efforts et de sacrifices, et c’est un autre qui en récolte les fruits ! Avec quelle élégance les médaillés d’argent et de bronze prennent acte de leur défaite, avec quelle tenue les autres participants à la finale admettent leur infériorité et viennent saluer celui ou celle qui montera sur la plus haute marche du podium ! Pas la moindre aigreur, l’esprit sportif dans ce qu’il a de meilleur, à son comble…

Mais aussi, mais surtout, pour tous les amateurs, les passionnés de sport, les pratiquants comme les sportifs en chambre, pour tous ceux qui à un moment de leur vie ou tout au long de l’existence se sont adonnés à ces divertissements du quotidien, à ces activités que sont par exemple la natation, le tennis, le tennis de table, la course à pied…

Loin que la différence colossale avec les champions de ces disciplines nous altère le moral et nous fasse perdre la plupart de nos illusions, c’est l’inverse qui se produit.

A lire aussi: Hay, ce sont aussi un peu les Jeux d’Emmanuel Macron !

Moi qui ai un peu joué au tennis à partir de 18 ans, pouvoir admirer Novak Djokovic ou Carlos Alcaraz et prendre la mesure de l’immense écart entre eux et moi, entre eux et ceux qui sont mus par le désir tout simple de progresser dans le classement, engendre une délicieuse volupté, celle de l’humilité. Non pas une humilité qui serait imposée et subie mais une humilité qui paradoxalement vous rehausse. On sait qu’on pratique ce sport mais que des géants vous dominent et c’est doux, et c’est bien.

Que dire face aux incroyables exploits de Léon Marchand, comme un poisson dans l’eau, alors que même dans nos meilleurs moments, nous ne pesons rien, comparés à ce génie si familier avec l’élément liquide qu’il semble créer avec lui un duo quasiment surnaturel ?

J’ai éprouvé, me rappelant mes jeunes années au collège ou ailleurs quand pour passer le temps je jouais beaucoup au ping-pong, une sensation magique en voyant Félix Lebrun, âgé de 17 ans, mener des échanges à un train d’enfer, avec une sûreté, une précision et un talent hors norme. Nous avons en commun le tennis de table mais lui a en propre cette irréductible singularité qui me fait glisser avec bonheur dans la conscience de mon infirmité…

Ce n’est pas seulement cette idée banale qu’il y a, en sport comme ailleurs, le profane et les professionnels, les besogneux et les cracks mais bien davantage : la certitude que nous sommes fiers d’être ainsi dépassés, relégués par la jeunesse, par le miracle de dons nous laissant à des années-lumière, parce qu’ils sont eux et que nous ne sommes que nous !

A lire aussi: Mon faible pour Nelson Monfort…

Je raffole de cette modestie qui survient comme une grâce. Celle par exemple qui me laisse ébahi, stupéfié par Félix Lebrun quand il permet à la France d’obtenir une médaille de bronze par équipe.

C’est à cause de cet enthousiasme que nous inspirent leurs exploits que nous sommes sans doute trop sévères avec eux quand ils nous déçoivent. La jouissance de pouvoir les porter aux nues, en nous réduisant, implique le sadisme de les rejeter, en les jugeant.

Même si peu que ce soit, on ne souhaite pas qu’ils se rapprochent de nous. Nous tenons à la volupté de l’humilité.

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Les origines surprenantes de la séduction en politique

0

Au milieu du désert médiatique (surtout télévisuel) de l’été, notre chroniqueuse a pourtant trouvé des documentaires intéressants sur Arte, dont un qui traite de la séduction en politique. Si la séduction érotique a été inventée en France, la version politique semble avoir été inventée en Amérique – latine et du Nord – et elle devrait beaucoup au sex-appeal du cinéma et de la musique populaire.


En cet été Olympique bien que désertique (dans l’Est parisien), Arte, (ma chaîne « spécial chroniques »), semble assez désertique également. Pas de docus renversants, ni de séries innovantes – à l’image de « Summer of Voices » de l’été 2021. J’avais cependant repéré une thématique qui me semblait intéressante, sur l’art de la séduction. Tout un programme.

Cette thématique comprend deux documentaires assez courts : « La puissance de la séduction. Le charme au pouvoir » et « Elvis. Le magnétisme d’une idole » (je parlerai du King plus en détails le 17 août, pour le 37éme anniversaire de sa mort).

Le premier nous parle politique, le second, idoles rock’n’roll et cinéma. Le tout est davantage américain qu’européen. Au siècle dernier, les Américains ont « inventé » le concept d’adolescence, ont-ils également inventé une forme de séduction moderne ? Humm, j’y reviendrai plus tard, mais j’ai tendance à le penser.

A lire aussi: Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

Le premier documentaire se situe majoritairement en Argentine, car il traite longuement d’Eva Perón, cette actrice qui épousa Juan Dominguo Perón, futur président de l’Argentine, et qui devint une première dame extraordinairement inventive, qui alliait glamour, chignons blonds et douceur autoritaire. Evita, ainsi que l’appelaient les Argentins, était adorée de son peuple. Elle eut des funérailles à la Staline, les Argentins en pleurs défilant pendant des jours devant son corps embaumé. Elle était, et reste, bien plus connue que son mari, le semi-dictateur « populiste de gauche » Juan Peron.  Et je suis sûre qu’elle servit de modèle à Jackie Kennedy (qui, finalement, ne lui arrivait pas à la cheville).

Qu’avait-elle, en vérité, de si innovant et séduisant ? (A part ses chignons).

J’ai précisé plus haut qu’elle fut actrice avant de devenir icône. Elle connaissait donc par cœur les codes de la séduction des années 40, des tailleurs aux jupes drapées jusqu’aux chignons blonds un peu « choucroutés » qui devinrent sa marque de fabrique. Elle travailla sa voix trop aiguë (ses discours étaient beaucoup plus écoutés que ceux de son mari) et apprit à mesurer ses gestes. Venant elle-même du peuple, elle savait donc s’adresser à celui-ci. Elle fit du « populisme » un art en cinémascope, et, sans Evita, je mets ma main à couper que nous n’aurions jamais entendu parler de Juan Perón.

D’une actrice l’autre. Évidemment, lorsqu’on évoque séduction et cinéma, on se doit de parler de Norma Jean Baker aka Marilyn Monroe. Elle était star parmi les stars, ce qui ne l’empêcha pas de sombrer, cette maudite nuit du 5 août 62, et de devenir, à jamais, un mythe. Elle fit de la séduction un métier. En effet, déjà lorsqu’elle était modèle, elle passait ses photos au crible, ne retenant que les meilleures. Devenue actrice, elle maîtrise à la perfection la science suivante : celle de se faire sentir mâle alpha n’importe quel homme. Elle se sert de mimiques qu’on l’imagine avoir répétées devant son miroir. Elle penche la tête, passe la main dans ses cheveux, entrouvre les lèvres. Cependant, cette fille au sex-appeal infernal et à la grâce divine se laissa dépasser. Justement par son sex-appeal et sa grâce. Nous le voyons bien lors de sa prestation pendant la guerre de Corée, lorsqu’elle semble s’abandonner dans les bras de chaque soldat, en extase. Cela n’est assurément pas travaillé. A l’image d’Elvis, elle est une fleur née au fond d’une poubelle. Et l’Amérique puritaine des années 50 avait ce talent : celui de faire jaillir de nulle part des demi-dieux et demi-déesses. C’est pour cela que j’ai affirmé plus haut que l’Amérique avait « inventé », finalement, une forme de séduction. Celle qui fait appel directement au circuit de la récompense, qui rend hagards les hommes, et folles les filles.

A lire aussi: Aimez-vous la choucroute?

Elvis, frère jumeau de Marilyn, était devenu très malheureux lorsque son manager, le Colonel Parker, voulut faire de lui un produit marketing. Il voulait retrouver la transe, celle qu’il expérimenta dans les églises noires, enfant. Celle qu’il exprima dans les bouges, également fréquentés par des Noirs et où il apprit à chanter. C’est, paradoxalement, lorsqu’il commença à grossir, gavé d’amphétamines et de beurre de cacahuètes, qu’il retrouva cette grâce, et son sex-appeal, et son déhanché, également infernaux. Étymologiquement, séduire (seducere) signifie : « éloigner du droit chemin ». Marilyn et Elvis se sont éloignés du droit chemin, en se rapprochant de ce qui avaient fait d’eux des mythes inégalés et inégalables. Et c’est probablement cela, la séduction.

En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression

0

Comme le montrent les attaques menées par les militants de gauche sur le financement de CNews, Causeur, Valeurs actuelles, Boulevard Voltaire, Fdesouche et, plus récemment L’Incorrect, la notion de pluralisme des médias est une vue de l’esprit. La pensée unique, pensée mondialiste et immigrationniste, est de plus en plus forte. Tribune de Didier Desrimais.


« Vous rendez-vous compte qu’en l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant ? […] Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme “La liberté, c’est l’esclavage” alors que le concept même de liberté aura été aboli » George Orwell, 1984.

Malin, le système médiatique dominant est parvenu à faire croire au plus grand nombre qu’il existe des différences essentielles entre, par exemple, l’audiovisuel public et le groupe TF1 (TF1, LCI, TMC), Libération et les titres du groupe Le Monde (Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama), la quasi-majorité de la presse régionale et La Croix ou L’Humanité. Les divergences sont en réalité minimes et largement supplantées par les nouvelles idéologies que la presse subventionnée – 193 millions d’euros distribués en 2023 ! – et l’audiovisuel public et privé (TF1, BFMTV) promeuvent de concert. Ces médias emploient de plus en plus de journalistes sortant des mêmes moules universitaires, tiennent les mêmes discours à la gloire de la diversité, de l’immigration, du « vivre-ensemble », partagent les mêmes opinions lénifiantes sur le genre, le féminisme, l’Europe et l’écologie. Prêts à tout pour consolider leur position hégémonique, ils ne supportent pas de voir émerger des empêcheurs de penser en rond. 

A lire aussi: La relève

Sur les réseaux sociaux, il y a le pire et le meilleur. Le pire, Régis Debray l’a excellemment décrit en qualifiant ces réseaux de « tout-à-l’égo ». Le meilleur est apparu lorsque des individus se sont permis d’utiliser la puissance de propagation desdits réseaux pour faire connaître des informations et des opinions que les médias officiels minimisaient ou ignoraient par pure idéologie. Mais le système médiatique a de puissants alliés. Jack Dorsey, ex-propriétaire de Twitter, progressiste américain adepte de toutes les formes de méditation mais aussi de toutes les formes de censure, fut l’un d’eux. Le rachat de Twitter, devenu X, par Elon Musk, adepte d’une liberté d’expression totale, n’a pas ravi le camp démocrate américain ou la nomenklatura européenne – c’est le moins qu’on puisse dire. Thierry Breton et la Commission européenne enquêtent d’ailleurs régulièrement sur la plateforme depuis qu’Elon Musk la dirige et ont créé à cette occasion, en 2022, le Digital Services Act, un règlement européen « encadrant » les pratiques des services numériques. Ce n’est qu’un début : la Commission européenne prépare de prochaines réglementations qui permettront de mieux contrôler les plateformes numériques et les médias dissidents afin de les mettre au pas.

Car, parallèlement aux réseaux sociaux, sont apparus sur Internet des sites d’information et d’expression politique affichant des lignes éditoriales allant à l’encontre des projets de l’UE et des médias mainstream. Il y a, là encore, du bon et du moins bon, mais, pour défendre son pré carré, le système médiatique ne fait pas dans la demi-mesure : pour lui, tous ces sites sont, au choix, complotistes, réactionnaires ou d’extrême-droite. Les opinions remettant en cause les projets mondialistes, progressistes ou écologistes des élites occidentales – élites dont se targuent de faire partie la plupart des médias aux ordres du pouvoir – n’émaneraient que de fascistes ou de nostalgiques du IIIReich.

A lire aussi: GB News, la télé des déplorables

Il n’empêche, de nouveaux médias ont vu le jour. Les citoyens désireux de ne pas s’en laisser conter peuvent découvrir ainsi des points de vue différents, sur des sujets peu abordés ou présentés de manière univoque dans les médias dominants. Des chaînes comme CNews, des magazines comme Causeur, des sites comme Boulevard Voltaire ou Fdesouche (revue de presse qui met en exergue des informations sur l’insécurité, l’immigration, le wokisme, etc., souvent reléguées à la rubrique des faits divers dans les médias), des médias comme Frontières (ex-Livre noir), TVL ou Omerta, pour n’en citer que quelques-uns, sont parvenus à attirer un public curieux d’entendre un autre son de cloche. La plupart de ces magazines, sites ou plateformes numériques ne survivent que grâce aux abonnements, aux dons des particuliers ou à de rares actionnaires mettant la main au portefeuille. L’ensemble de ces médias hors du système officiel ne représente pas le vingtième de l’offre médiatique…

…Mais, pour le système médiatique au pouvoir, c’est encore trop. Malgré ses beaux discours sur la liberté d’expression, le débat et la pluralité des opinions ne sont pas sa tasse de thé. Les premiers alliés de ce système bien établi sont des organisations qui se targuent de lutter contre le… Système. En plus des mouvements d’extrême-gauche réclamant des contrôles incessants pouvant aboutir à la censure, des ONG et des collectifs politisés n’hésitent pas à user de tous les moyens, même illégaux, pour nuire aux médias qui ne leur conviennent pas – et qui sont souvent les mêmes que ceux qui irritent le système médiatique en place. Les Sleeping Giants, par exemple, sont une organisation composée d’activistes anonymes supposés s’opposer aux « discours de haine » sur Internet et dans les médias. Cette organisation est en réalité un organisme de censure totalitaire ne visant que les opposants aux idéologies gauchistes, wokistes ou immigrationnistes. En France, Valeurs actuelles, Causeur et Boulevard Voltaire ont été les cibles de ces fascistes de gauche (dixit Yves Michaud) : sous la pression menaçante de ces derniers, des entreprises ont soudain cessé d’acheter des espaces publicitaires dans ces magazines et sur ces sites. Les journalistes du système en place ont-ils dénoncé ces manœuvres relevant de régimes totalitaires ? Non. Trop lâches ou trop heureux de voir des médias récalcitrants risquer de boire le bouillon, ils sont restés muets.

Comme ils sont restés muets lorsque, dernièrement, le magazine L’Incorrect a subi une attaque de grande envergure, visiblement coordonnée et destinée à le plonger dans la plus grande difficulté, voire à l’éradiquer. Le 7 juin, la revue mensuelle a d’abord été exclue de deux plates-formes de financement participatif (Ulule et Kiss Kiss Bank Bank), ce qui a empêché le lancement d’un numéro hors-série sur le génie français. Une cyber-attaque s’est abattue sur le magazine le 10 juin. Puis le groupe Meta (Facebook, Instagram, etc.) lui a refusé des publications promotionnelles payantes. Enfin, la banque en ligne pour les entreprises et les indépendants, QONTO, a annoncé au magazine, le 25 juillet, qu’il avait un mois pour vider ses comptes et trouver une autre banque – QONTO avait déjà fait le coup à l’association féministe Némésis, réputée pour ne pas partager les « valeurs » du néo-féminisme woke.

A lire aussi: Ils veulent la peau de CNews

Dans tous les cas, aucun motif n’a été donné à L’Incorrect, magazine qui semble avoir pour seul défaut sa ligne éditoriale penchant plutôt vers la droite conservatrice et eurosceptique. Non seulement les médias mainstream sont, une fois de plus, restés silencieux, mais, parmi eux, Télérama – 5,5 millions d’euros de subventions publiques en 2023 ! – s’est distingué le 29 juillet par l’intermédiaire de son délateur attitré, Samuel Gontier. Ce dernier a en effet laissé entendre que le directeur de la rédaction de L’Incorrect, Arthur de Watrigant, avait appelé, lors d’une émission de télé, à « éliminer les musulmans de France ». Ce mensonge n’est pas anodin ; il met en danger la vie d’un homme. Pourtant, aucun journaliste des médias officiels n’a cru bon de dénoncer les dangereuses insinuations du sycophante téléramesque.

Le système médiatique, s’il est conscient du fait qu’il lui est de plus en plus difficile de masquer la réalité, sait aussi qu’il peut encore compter sur une efficace force de frappe, un « discours intimidant fonctionnant comme disqualification de tout point de vue qui n’entre pas dans le cadre prédéfini par l’idéologie dominante » (1). La couverture médiatique des dernières élections législatives a montré toute la véracité de cette assertion. Les résultats des élections sont allés au-delà des espoirs des médias officiels qui ont ainsi pu mesurer leur pouvoir sur l’opinion publique. L’avenir du système médiatique semble assuré – il repose notamment sur une nouvelle caste journalistique bornée, inculte, paresseuse et militante – bref, idéale pour être manipulée et participer à la rééducation de la société. La majorité des journalistes issus des écoles de journalisme ou de Sciences Po ont en effet remplacé le travail et la culture par l’idéologie et l’engagement dans des causes politiquement correctes, de l’écologisme au transgenrisme.

A lire aussi: « Je crois à un populisme décent »

En plus d’être politiquement endogame, la presse bien-pensante reçoit par ailleurs trop d’argent public pour pouvoir travailler, en toute indépendance, sur certains dossiers qui méritent mieux que les quatre lignes inconsistantes ou orientées écrites par l’AFP, un des piliers du système, et reprises invariablement, telles quelles, dans tous les journaux. Quant aux médias audiovisuels officiels, les récentes décisions de l’Arcom ne peuvent que les réjouir – C8 va disparaître de la TNT, CNews continue de bénéficier d’une fréquence mais est sous très haute surveillance, l’agence dite de régulation rappelle à l’ordre Sud Radio qui a osé inviter un physicien critiquant les conclusions du GIEC tandis que Radio France peut continuer de s’enorgueillir d’interdire d’antenne toute personne osant critiquer les conclusions du GIEC. Par ailleurs, si les médias français sont invités à parler de plus en plus de l’Europe, ils sont également fortement incités à ne le faire que du point de vue des élites bruxelloises – par conséquent, rares sont ceux qui ont osé aborder sérieusement certains sujets comme, par exemple, les échanges secrets entre Mme Von der Leyen et Pfizer, le Qatargate et, plus généralement, la corruption au sein du Parlement européen, le démantèlement d’EDF sous la férule des Allemands, l’entrisme des Frères musulmans dans différentes instances européennes ou le Pacte de Marrakech et les propos hallucinants de la commissaire européenne Ylva Johansson sur l’inévitable et « nécessaire » repeuplement de l’Europe par une immigration quasi-illimitée.

En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression. Comme il arrive souvent lorsque telle ou telle chose qui importait aux yeux des hommes finit par mourir sous les coups, le mot qui la désigne se gonfle d’importance en se voyant rempli d’une nouvelle mission : faire croire qu’elle est toujours de ce monde, et en excellente santé encore. Ainsi en est-il de la liberté d’expression que le système médiatique officiel, les institutions publiques françaises et la Commission européenne chantent sur tous les toits – tandis qu’ils œuvrent, jour après jour, sans relâche, assidûment, à sa disparition définitive.

(1) Laurent Fidès, Face au discours intimidant, essai sur le formatage des esprits à l’ère du mondialisme (L’Artilleur, 2014).

Génération tatouage

Un des fléaux esthétiques des temps modernes – qui n’en manquent pas – c’est la prolifération de ces tatouages qui défigurent trop de corps de jeunes. Quelles sont les raisons de cette mode si destructrice et comment mettre un terme à sa propagation? Le regard de Sophie de Menthon.


L’été est la saison des tatouages, du moins c’est à ce moment-là que l’on prend conscience de l’épidémie et même dans certains cas du désastre… et personne n’ose le dire.  

Mais comment ignorer ces corps qui s’offrent à nos yeux, en ville, sur les plages, aux jeux olympiques, partout, tatoués jusqu’à l’os ! Alors on fait semblant de ne pas vraiment y attacher d’importance, de ne pas remarquer, de trouver cela « normal », mais lorsqu’on n’appartient pas à la communauté des tatoués, même tolérants, on se chuchote à l’oreille : « T’as vu ? » en désignant discrètement le nouvel arrivant orné d’un graphisme envahissant, vêtu de scarifications colorées indélébiles. Soyons clairs, ceux qui ne sont pas tatoués, les étrangers à cette secte, sont plutôt traumatisés par cette mode car c’est est une, qui enlève au corps la beauté de sa nudité.

A l’origine, et c’est d’ailleurs un peu toujours le cas, il s’agissait d’un marqueur comme à Tahiti les Maoris qui portaient cela comme des Tartans ethniques. On peut aussi remonter à l’antiquité et aux empereurs romains. Et puis plus récemment les marins en particulier, et d’autres corporations, se sont distingués par des tatouages à l’épaule, comme pour marquer une fierté plutôt sympathique de l’exercice de leur métier. Le tatouage fut aussi la plus terrible des discriminations, la fleur de lys des prostituées méprisées, condamnées à vie par leur marquage ; et surtout plus tard la terrible étoile jaune accompagnée d’un numéro tatoué sur l’avant-bras lorsque l’on avait été dans un camp de concentration : le souvenir de l’horreur gravé sur la peau a fait d’ailleurs que des communautés entières par respect et devoir de mémoire ont renoncé à cette pratique.

A lire aussi: Mon faible pour Nelson Monfort…

Mais aujourd’hui ? que penser de ces foules à la peau bigarrée sans autre objectif que de se faire remarquer, de sortir d’un anonymat corporel, de faire partie d’un groupe ? Les jeunes surtout, ont d’évidence besoin d’affirmer une identité qu’ils ne trouvent pas autrement qu’à travers une tribu ?  On ne peut s’empêcher de penser que c’est l’expression d’un mal être, et le besoin d’une transgression (quels parents n’ont pas essayé de les dissuader ?). Un fléau qui atteint tous les milieux. Veut-on s’approprier le territoire de son corps, peut-être le seul dont on ait le sentiment de pouvoir disposer ?

Sans compter le piercing encore plus frime ! Mais qui a envie d’embrasser des lèvres trouées d’un anneau ou cloutées ? Mystère.

S’agit-il d’une erreur, de jeunesse, majoritairement qui pousse à payer (cher) une douleur et une forme de mutilation, avec des dessins en général sans beaucoup de sens et encore moins de talent ? Se marquer pour la vie sans penser à l’âge venant qui fera se friper et ornera de rides ces graphismes dont ils sont si fiers ?

Devant ce raz de marée on ne se sent pas le droit de dire quelque chose, encore moins de critiquer. Pourtant, ne faut-il pas les avertir quand même que c’est plutôt rebutant et laid ! Quand on voit entièrement imprimés les bras, les jambes, le visage même de ces athlètes ou de ces hommes ou jeunes femmes magnifiques dont on a l’impression qu’ils sont déguisés, qu’ils se cachent, mais hélas d’un déguisement indélébile, on est inquiets, désolés… Ils ne pourront pas rattraper ce qui peut être le fruit d’un simple moment d’égarement ou alors au prix de tentatives d’opérations compliquées qui laisseront des traces ; sans parler des initiales de l’être adoré du moment que l’on croit aimer pour la vie et qui sera remplacé par un autre qui lui pourra s’estimer trompé à chaque fois que ses yeux se posent sur les traces du précèdent !

A lire aussi: Bravo l’Artiste!

Pourrait-on leur dire que cela ne leur apporte rien ? Qu’ils sont plus beaux vierges ? Libres de leur avenir ? Alors certes, il faut raison garder : la fleurette à la cheville, ou le papillon en bas des reins sont inoffensifs, discrets – cela peut rester un souvenir… et puis si votre ado supplie, on peut trouver des tatouages qui s’effacent ou alors des décalcomanies, le temps que l’envie ne passe. Mais pitié ! Essayons d’enrayer ce massacre corporel qui n’a pas vraiment de sens. Le phénomène de mode est tel que les grands couturiers s’en sont emparés et les mannequins sublimes dont nous admirons la beauté sont tombés dans le design corporel. On peut se demander si ce sont eux qui se sont imposés gribouillés, ou si c’est dans le cahier des charges du couturier ? Les grandes marques pourraient-elles faire preuve de responsabilité au lieu de donner le mauvais exemple ?

Ne pas se laisser aller à la lâcheté des effets de mode surtout lorsqu’ils atteignent notre jeunesse dans la fleur de l’âge.  Et surtout empêchons qu’ils aient l’occasion de se regarder et de se dire : « Tattoo …faux ! »

Élevons le débat et retenons que par principe il faut lutter contre ce qui est irréversible.

Les filles de la plage

Notre chroniqueur ouvre ses boîtes à souvenirs durant tout l’été. Livre, film, pièce de théâtre, BD, disque, objet, il nous fait partager ses coups de cœur « dissidents ». Aujourd’hui, il a choisi de nous parler des films de plage, des pécasseries à Rohmer, de Michel Lang aux sous-doués, pour finalement n’en retenir qu’un seul, « Noyade interdite » de Pierre Granier-Deferre tourné à Saint-Palais-sur-Mer et sorti en 1987.


Chers lecteurs, vous connaissez mon tropisme balnéaire cinématographique. Ne suis-je pas le dernier chroniqueur de la place, inconscient et totalement insensible aux déconstructions à la manœuvre à continuer de vous parler d’Aldo, de Francis Perrin, de Katia Tchenko et d’Olivia Dutron ? De braver ainsi les ligues de vertu et les rabroueurs assermentés. Seul, j’ai résisté à toutes les tentatives d’un cinéma d’auteur à base de terrils du Nord, de famille fragmentée et d’identités complexes. Seul, je suis resté sur ma ligne, tel le dernier des mohicans, à prôner le string joyeux, la musique disco sous UV, la carte postale érotique et le rire potache. On m’a traité de réactionnaire puéril, d’attardé estival et de baigneur fou. On m’a déconsidéré dans les cercles car j’ai avoué mon admiration pour la carrière d’Edwige Fenech et mon inconditionnel amour à Michel Robin et Martine Sarcey. On m’a fait comprendre que le cinéma-bronzette de Pécas était indigne de nos temps incertains où planent des menaces systémiques. L’heure serait à la retenue. Il est temps que je m’intéresse aux problèmes sociétaux de notre pays, que je fasse mon auto-critique et que je goûte enfin aux délices d’un film plombant et chouinant à souhait. Que j’arrête de tout ramener à la 7ème Compagnie et que si un jour, j’avais l’intention de briguer la présidence du CNL, il faudrait que je cesse sur le champ de dire : « Il nage bien le chef ! » afin de dégeler le climat tendu d’une réunion paritaire.

A lire aussi: Chasseur de magazines

Nous dissertons depuis longtemps ensemble sur ce thème du film de vacances de pur divertissement qui se regarde d’un transat, qui ne vous demandera ni barrage républicain, ni surveillance de l’Assemblée nationale. Un film déconnecté des réalités, chargé de second, voire de troisième degré, qui ne recule devant aucune audace stylistique, c’est-à-dire l’humour troupier, la fesse légère, le libertinage bon enfant et un nudisme d’atmosphère. Le choix est large. Si nos politiques peinent à former des gouvernements de cohabitation, nos réalisateurs ont été prolixes en la matière. Bien sûr, il y a les classiques, les indémodables, les bornes existentielles : « les sous-doués » de Zidi qui vaut pour la présence de Gérard Lenorman à l’écran ; « On a volé la cuisse de Jupiter » de Broca, car un été en Grèce sans Catherine Alric est un été raté ; « Un moment d’égarement » de Berri où le jeu de Christine Dejoux est d’un naturalisme désarmant, cette actrice, je le redis, a été sous-exploitée ; bien sûr « L’Année des méduses » de Frank avec une Caroline Cellier au paroxysme de son sex-appeal varois ou « L’Hôtel de la plage » de Lang avec une Sophie Barjac aussi émouvante que Marie Dubois. Pour ceux qui aiment vraiment rire, « Pauline à la plage » réserve quelques passages poilants, le meilleur rôle d’Arielle reste, sans conteste, son interprétation déclamatoire dans « Miami Vice ».

A lire aussi: Caroline 1 – Martine 0

Cette année, j’ai décidé d’appliquer une méthode scientifique pour déterminer les critères objectifs d’un film de plage réussi. J’en ai dénombré quatre. Le premier étant la présence de Guy Marchand, le deuxième doit figurer au générique au moins une actrice italienne parmi les nommées (Vitti, Sandrelli, Martinelli, Massari et Virsi), le troisième, réunir un aréopage de jeunes comédiennes françaises secrètes et peu frileuses, et le quatrième, un meurtre en pleine saison. Un film d’été sans un mort, c’est une coalition sans couacs. J’ai trouvé l’objet, il s’agit de « Noyade Interdite » de Pierre Granier-Deferre. Il répond en tout point à nos règles. Guy Marchand joue un inspecteur velu et narquois. Stefania Sandrelli étrangement doublée en version française justement par Martine Sarcey incarne un agent immobilier assez crédible et tentateur ; toute la jeune garde est là, elles sont dorées, piquantes, énigmatiques et insoumises, elles s’appellent Marie Trintignant, Gabrielle Lazure, Elisabeth Bourgine et Anne Roussel, et il y a plusieurs meurtres pour rameuter les touristes et les radios locales. Si l’on ajoute à ce tableau déjà très affriolant, Philippe Noiret mal rasé conduisant une Rover V8, Andréa Ferréol, veuve en colère exponentielle, et Dominique Zardi vendant des chouchous, on a le quinté gagnant !

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Et maintenant, voici venir un long hiver...

Price: ---

0 used & new available from

Éloge de la voiture

Price: ---

0 used & new available from

Max Pecas

Price: ---

0 used & new available from

L'année des méduses

Price: ---

0 used & new available from

L'Hotel de la plage -GDBD [Blu-Ray]

Price: ---

0 used & new available from

Sous la botte, la beauté

Les Jeux olympiques lui doivent beaucoup, le IIIe Reich aussi. Portée par la chance et guidée par l’opportunisme, Leni Riefenstahl a mis son talent au service du nazisme. Ses images mythiques et ses amitiés douteuses ont occulté son génie.


La dame aura poussé loin la coquetterie : franchir le cap des 100 ans et mourir dans son lit, une nuit de septembre 2003, à peine remise de ses fractures dues à la chute de l’hélicoptère mitraillé avec lequel elle fuyait la guerre civile au Soudan… Leni Riefenstahl n’avait peur de rien.

Ayant passé son examen de plongée en 1972, elle photographie encore, à 90 ans révolus, les fonds marins des Maldives, pour lesquels elle s’est prise d’une chaste passion. Dix ans plus tôt, son objectif a immortalisé les Noubas, tribu de somptueux guerriers africains au corps peint, scarifié, que la civilisation occidentale n’avait pas encore atteinte. Succédant à l’administration anglaise du Soudan, le régime arabo-musulman a mis moins de vingt ans à clochardiser cette peuplade « primitive », anéantie sous la férule de l’islam.

Comité international olympique D.R

Leni Riefenstahl était tombée un jour sur un cliché noir et blanc signé George Rodger : un lutteur nu, athlète juché sur les épaules de son adversaire, en vainqueur. Dès lors, elle n’a eu qu’une idée en tête : filmer l’éden inviolé de l’Apollon soudanais. En 1962, la Lufthansa finance son expédition. Mais les lourdes caméras 35 mm sont intransportables en brousse : d’où le repli vers la photo. Leni passe plus de huit mois parmi les indigènes et y retourne jusque dans les années 1970, assistant, « impuissante, à la déchéance des Noubas », comme le raconte Jérôme Bimbenet dans la biographie que réédite à bon escient Tallandier.

« Où est ma faute ? »

Son titre ? Leni Riefenstahl : la cinéaste d’Hitler. Une publication qui tombe à pic pour les JO de Paris ! Car Leni Riefenstahl ne s’est pas contentée de shooter les derniers « bons sauvages », elle a aussi réalisé Les Dieux du stade, documentaire que lui a commandé le Führer en 1936 à l’occasion des « Olympiades » de Berlin, comme on disait alors.

Ses fréquentations la poursuivront d’un durable ostracisme dans la fraîche RFA, et bien au-delà. D’autant que « Leni Riefenstahl est morte comme elle a vécu, sans la moindre once de remords, de culpabilité, de conscience politique, dévorée par un ego surdimensionné. Jusqu’à la fin, note son biographe, elle aura posé cette question : “Où est ma faute ?” » De fait, ses assiduités auprès d’Adolf, jointes à d’ardentes compromissions avec le gratin du Reich n’ont pas arrangé la suite de sa carrière.

A lire aussi : Olivier Amiel récidive : touchdown !

Rembobinons. Dotée d’un physique attrayant malgré son léger strabisme, douée d’une confiance en soi et d’un culot à toute épreuve, cette fille de la bourgeoisie d’affaires cumule les atouts : gymnaste, patineuse, championne de tennis, cavalière, elle est aussi pianiste (le compositeur Busoni lui dédie une Valse-Caprice), matheuse… et spirite, mais surtout, danseuse – au point de devenir, dans les années 1920, une véritable star. Une torsion du genou décide de sa reconversion à l’écran. Comme figurante, d’abord, puis comme vedette de films de montagne. Idolâtrée par son producteur, passion blanche dont elle se console dans les bras de l’acteur, du cadreur (puis de quantité d’amants sa vie durant), Leni Riefenstahl « apparaît déjà comme l’héroïne combattante de l’Allemagne, une vierge guerrière, une walkyrie ».

L’adolescente apolitique a traversé « les soubresauts de la Grande Guerre sans prendre bien conscience des événements ». Adossées à une folle ambition, ses convictions ne sont guidées que par l’esthétique : de là son « attirance pour la beauté géométrique et parfaite des corps » ; et la mystique nazie lui en propose l’incarnation. Pour autant, Leni n’a jamais pris sa carte du parti. « Je ne suis heureuse que lorsque je vois quelque chose de beau. La laideur, la misère, le pathologique me répugnent. Diriez-vous que la beauté est fasciste ? » se défendra-t-elle.

D.R

Leni a toujours prétendu n’avoir jamais entendu parler d’Hitler avant 1932. En attendant, de La Montagne sacrée à La Lumière bleue et du « muet » au « parlant », elle enchaîne les films de montagne – devant, puis derrière la caméra. Télégrammes élogieux de Douglas Fairbanks, de Chaplin. Elle lit Mein Kampf. Elle écrit : « Très honoré M. Hitler, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté voici peu à un meeting politique. Je dois avouer que votre personne et l’enthousiasme des spectateurs m’ont impressionnée. Je souhaiterais faire personnellement votre connaissance. Une réponse de votre part me réjouirait grandement. » Alors que Leni s’apprête à tourner SOS Iceberg, gros budget, Adolf lui fixe rendez-vous. Promenade en bord de mer ; fascination réciproque. Le jour même où sort SOS Iceberg en Allemagne, Leni entame le tournage de Victoire de la foi – son initiation au film de propagande. En remerciement, Adolf lui offre une Mercedes décapotable. Entre-temps, il a été nommé chancelier. Courtisée par Goebbels (à qui elle voue par la suite une détestation absolue), assidue de Speer (qui a alors 28 ans), Leni se voit aussitôt commander la réalisation d’un film dont Hitler a choisi le titre, celui du congrès de Nuremberg : Le Triomphe de la volonté.

A lire aussi : La Cène des JO: Léonard trahi par ses émules même

Survol en dirigeable, caméras fixées à des ascenseurs, techniciens par centaines : le rassemblement de septembre 1934 (500 000 figurants !) est conçu d’emblée comme le plateau d’un film à grand spectacle. Immense succès, le film est montré par la toute nouvelle Cinémathèque française lors de l’Exposition universelle de 1937. « Le seul chef-d’œuvre du cinéma allemand de ce temps », tranche Henri Langlois.

Richard Strauss écrit l’hymne des Jeux olympiques de 1936, et à sa cinéaste officielle, le régime ne lésine plus aucun moyen. Budget colossal, donc, pour Olympia, puis Les Dieux du stade et enfin Jeunesse olympique. Leni y multiplie les innovations technologiques. « Les Jeux de Berlin furent les premiers de l’ère médiatique », observe Bimbenet. Dans toute l’Europe, le triptyque est un triomphe. Mérité.

« La vie de Leni Riefenstahl, c’est cent ans de travelling dépourvu de morale », écrit pour sa part Antoine de Baecque. La Führerin du cinéma allemand l’a payé cher.

À lire

Jérôme Bimbenet, Leni Riefenstahl : la cinéaste d’Hitler, Tallandier, 2024.

Leni Riefenstahl: La cinéaste d'Hitler

Price: ---

0 used & new available from

Un Tisha BeAv particulier

0
Ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s'approche du Mont du Temple, Jérusalem, le 13 août 2024. Ohad Zwigenberg/AP/SIPA

Les Iraniens auraient pu lancer une attaque contre Israël au moment du Tisha BeAv, jour de deuil qui commémore les calamités ayant frappé les Juifs au cours de l’histoire. S’ils ne l’ont pas fait, c’est sans doute qu’une offensive directe serait trop risquée et coûteuse, tandis que monnayer leur renoncement temporaire à la vengeance serait plus profitable, surtout face aux Américains. Tribune de Richard Prasquier, président d’honneur du Crif.


« Hélas, mon puits est devenu mon tombeau et le jour de lumière est devenu ténèbres ».

« Mon puits », la source de vie matérielle, se dit beeri en hébreu, et réfère au kibboutz Beeri, lieu emblématique des massacres du 7 octobre. « Le jour de lumière », c’est la journée de Simhat Tora, celle du 7 octobre 2023, ainsi nommée dans le Talmud. « Hélas », c’est la traduction du mot Eikha, titre du livre des Lamentations, qinot en hébreu, ces poèmes lyriques, récités la nuit de Tisha BeAv, que la tradition attribue au prophète Jérémie, pleurant, non pas seulement, comme on le dit, la destruction du Temple de Jérusalem, mais la détresse de la population judéenne.

Eikha ne signifie pas seulement « hélas », mais aussi « pourquoi ?», les deux émotions qui taraudent les Juifs dans le monde depuis 10 mois et qui ont donné à cette journée de Tisha BeAv, le neuf du mois de Av, la plus triste du calendrier liturgique juif, une tragique actualité.

Les drames encourus par les communautés juives au cours de l’histoire ont souvent suscité des élégies. Certaines ont trouvé leur chemin, global ou localisé, dans la liturgie de la journée. Ce ne fut pas toujours le cas et la Shoah notamment n’a pratiquement pas laissé de trace à Tisha BeAv. Beaucoup de décideurs orthodoxes, y compris certains qui y avaient perdu leur famille, s’y étaient opposés, prétextant que la liturgie était close. Il est frappant de constater que lorsque Leon Meiss, Président du Consistoire et du Crif, a sollicité une prière spéciale pour Tisha BeAv en 1946, il n’a obtenu qu’une proposition, celle des frères Neher. Leur texte, très émouvant pourtant, n’a pas été retenu. Au fond, la Shoah était, pour ceux qui l’avaient vécue eux-mêmes, une blessure trop vive pour être métabolisée sous forme de prière intemporelle et impersonnelle. 

A lire aussi: En Belgique, un antisémitisme d’atmosphère

Mais il ne fait pas de doute que les massacres du 7 octobre 2023, dont le retentissement fut diffus et profond alors que le nombre des victimes, aussi nombreuses qu’elles fussent, n’était pas comparable à la quasi-extermination d’un peuple entier, prendront place dans la litanie des calamités du peuple juif. Peut-être « Qinat Be’eri », dont l’auteur, Yagel Haroush, JuIf orthodoxe de Yerucham, est un spécialiste du Maqam, ce système modal spécifique au monde islamique, et en particulier de la musique persane, restera-t-il dans la liturgie. 

On aurait souhaité que l’Iran n’impacte ce jour que de façon musicale….

C’est le 9 Av qu’a eu lieu la destruction du Temple de Salomon par les Babyloniens, du Second Temple par les Romains, l’expulsion des Juifs d’Angleterre puis celle des Juifs d’Espagne. C’est le 9 Av 1942 qu’ont commencé les déportations du ghetto de Varsovie vers les chambres à gaz de Treblinka. Celui qui a la fibre critique plus que mystique pensera que certaines de ces dates ont été volontairement choisies par les ennemis des Juifs comme un pied de nez à leur histoire et il ne manquait pas de commentateurs pour penser que les mollahs de Téhéran lanceraient leur attaque contre Israël à Tisha BeAv. 

C’était mon cas. J’avais oublié que, depuis le départ de Ahmadinedjad, qui avait tout d’un mystique apocalyptique bas d’intellect, ce sont des individus fanatiques mais retors qui sont aux commandes en Iran. Ils ne veulent pas risquer de perdre le pouvoir par des initiatives qui pourraient entrainer des réactions israéliennes violentes qui déclencheraient des désordres non maitrisables dans un pays où les mollahs sont haïs par la majeure partie de la population. Par ailleurs l’allié russe inspire ces jours-ci moins confiance que précédemment et les réactions du monde arabe à l’élimination de Haniyeh ont été plutôt molles.

A lire aussi: Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

Certes, ils peuvent compter sur Erdogan, le plus toxique des maitres chanteurs, sur le Pakistan, la Malaisie et beaucoup de soutiens vocaux dans des populations sunnites chez qui la haine contre Israël prime les conflits inter-sectaires, mais en cas de guerre les Iraniens seraient seuls et, aussi fiers qu’ils prétendent l’être de leurs exploits du mois d’avril, ils savent que ceux-ci n’ont pas vraiment convaincu par leur efficacité. Enfin, une riposte israélienne risquerait de s’en prendre au nucléaire iranien avant que celui-ci ne soit opérationnel. 

C’est pourquoi les journaux iraniens suggèrent ces jours-ci que la vengeance est un plat qui se mange froid et qu’il y a d’autres moyens d’entrainer la panique dans le camp ennemi que de mener une offensive militaire classique. Ce qui sous-entend, entre autres, des opérations terroristes contre les intérêts israéliens et pas seulement en Israël…

Et puis, il y a les proxys : on pense avant tout au Hezbollah qui vient de perdre Fouad Chokr, son chef militaire. Ce brave homme, à la mort duquel le Président Macron a réagi en exprimant son inquiétude, était poursuivi par les Américains pour l’attentat qui, en 1983, avait tué 241 Marines à Beyrouth et a certainement été partie prenante dans l’attentat qui le jour même tuait 58 parachutistes français dans l’immeuble du Drakkar. Une vengeance qui se mange froid, certes, mais pas reconnue comme telle par la France et concoctée par un autre cuisinier…

A lire aussi: Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

Enfin il y a la fibre morale dont l’Iran fait un usage particulièrement éhonté, mais qui risque d’être efficace. Prétextant de son droit à la vengeance après la mort de Haniyeh, rejetant comme impudentes les demandes des pays européens à ne pas déclencher la guerre, ce pays, qui est l’un des plus sanguinaires de la planète, va probablement essayer de monnayer son renoncement temporaire à celle-ci. L’époque est favorable, le gouvernement américain redoute d’être entrainé dans une guerre en pleine période électorale et voudrait tirer bénéfice politique interne d’un accord à Gaza. Voilà l’Iran prétendant qu’il ne répliquera pas si les pourparlers sur un cessez le feu aboutissent. Il veut laisser une porte de sortie à ce qui reste du Hamas, mais se donner l’image d’un partisan de la paix face aux extrémistes israéliens ne nuit pas à l’image, d’autant que le nouveau président iranien aura pour rôle de montrer un visage plus avenant de la dictature clérico-militaire qui a mis l’Iran en coupe réglée depuis 45 ans. 

Dans cette situation extrêmement délicate où le soutien américain est plus que jamais nécessaire, on n’est pas surpris que le cabinet du Premier Ministre israélien ait, pour une fois, critiqué vigoureusement les initiatives de son ministre Itamar Ben-Gvir commémorant sur le Mont du Temple un Tisha BeAv décidément inhabituel….

Paris n’est pas (seulement) une fête

Cérémonie de clôture des JO de 2024, Stade de France, le 11 août 2024. Julia Mineeva/TheNews2/Cover Images/SIPA

Au cours des JO, la France – comme la ville de Paris – a pu construire une image des plus positives d’elle-même qui a dupé jusqu’à ses propres citoyens. Pourtant, le décor urbain construit pour ce grand événement garde un côté Potemkine. Pour nos deux chroniqueurs, certains des pires épisodes de l’histoire française ont été précédés par des moments de grande liesse populaire.


Ça ne commençait pourtant pas si bien… Sabotage massif à la SNCF opérée par une mystérieuse cinquième colonne, polémiques byzantines sur le sexe des athlètes et des interprètes de la cérémonie, on pouvait espérer que les Jeux Olympiques confirment les prophéties ronchonnes qui annonçaient les pires catastrophes : drones islamistes fonçant sur le public, nageurs attrapant la tourista en avalant la tasse séquanienne. Finalement, à la surprise générale, la quinzaine s’est formidablement bien passée, avec un nombre extrêmement réduit de polémiques et de couacs. On espérait pourtant le pire. Les premières images des rues grillagées évoquaient Pyongyang la veille de l’enterrement de Kim Il-Sung. Miracle ! Paris a su être une fête dans cette ambiance cyberpunk.

Sous le signe du cul-cul international

Dès la cérémonie d’ouverture, « Imagine » chanté par Juliette Armanet annonçait la couleur : des Jeux placés sous le signe du cul-cul international. Critiquée, la prestation de Philippe Katherine tout de bleu peint avait au moins eu le mérite d’inscrire la France dans sa grande vocation : être la grande embêteuse du monde. Si jamais on avait un doute, « Imagine » allait bien le leitmotiv de la quinzaine lorsque le morceau fut dégainé, en plein match de volleyball, pour atténuer les tensions entre joueuses brésiliennes et canadiennes. La musique adoucit les mœurs. Le sport rapproche les peuples ; pour un peu, c’était le tableau du Douanier Rousseau, « Les représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix » (on est alors en 1907…).

A lire aussi: JO : le prix caché de la réussite

Ce fut d’ailleurs un carnaval sportif : Léon qui fait clac avec ses mains, Tom Daley en mode grand-mère qui tricotte son pull aux motifs kitsch et annonce sa retraite prématurée, la réponse du boxeur algérien à la boxeuse italienne, la libido de Jules Bouyer sur les réseaux sociaux… il y en avait pour tout le monde !

Forte de son succès, riche de son autocélébration complaisante, une nouvelle France est née cet été ! Souriante, enjouée, athlétique, torse nu, fluide et festive, optimiste, souriante, enjouée… elle acclame Léon, voit des policiers se tenir bras dessus bras dessous avec des touristes qui pourront dire comme Renaud : « J’ai embrassé un flic ». Pour un peu, les serveurs apporteraient le café en prononçant « enjoy », à la manière de leurs homologues londoniens.

Délestée pour partie de ses autochtones les plus hostiles, la capitale a vu déferler tout ce que le monde compte de gens enthousiasmés par des courses en sac ou des tournois de ping-pong. Tant pis pour les ronchons, les nez-rouges et les piliers de bar qui lisent Le Parisien au zinc le matin. Tant pis pour les commerçants patibulaires, les automobilistes irritables et irrités de ne pouvoir jouir de trois mois de vacances. Tant pis pour les rombières et leurs caniches des beaux quartiers. Tant pis pour le laborieux prolétariat des cuisines et des camions poubelles. Tant pis pour les étudiants verbeux en chambrette. Dans leur maison de campagne, chez leurs parents, au Bled, avec leur femme dans leur pavillon de banlieue… tous ceux qui ont pu fuir l’ont fait. Sur les écrans du monde : juste l’éternelle foule avinée et réjouie, heureuse parce qu’on lui a dit de l’être, passionnée de sport sans toujours en faire. Paris a pu offrir son plus beau visage de ville lumière, chassant du même coup ceux qui vivent à son ombre.

Une tranche de bonheur obligatoire

Paris a été pendant quinze jours une uchronie, une projection de la France avec un Lionel Jospin victorieux en 2002. Anamnèse fukuyamesque d’une fin de l’histoire qui ne fut que la fin des années 1990. Ville du cool, à mi-chemin entre Barcelone et Brighton. Dans la division internationale du travail, dans l’ultra spécialisation de l’archipel des métropoles mondiale, Paris n’a pourtant aucun intérêt à singer la capitale catalane, car il n’y fera jamais 37 degrés six mois sur douze et il n’y aura jamais la mer, sauf dans les pires prédictions d’Yves Cochet. De la même façon qu’il faut des films pour adultes avec des femmes naines unijambistes, Paris doit rester froide, grise, triste, pluvieuse… parce qu’il y a des gens qui aiment ça. Nous les premiers qui n’ont pas forcément aimé reprendre une tranche de tourisme et de bonheur obligatoire. 

A lire aussi: Il faut sauver les nageurs sauveteurs CRS!

Et puis, dans l’histoire du pays les quelques moments d’enthousiasme ont souvent été les préludes des plus grands massacres. La France a toujours eu la gueule de bois un peu dure… En 1790, à la Fête de la Fédération, le roi et les Révolutionnaires célèbrent l’unité ; Talleyrand dit la messe. En montant à l’estrade, il glisse à Lafayette : « Par pitié, ne me faites pas rire ».  Le compte à rebours de la monarchie est déjà lancé. En 1936, accordéon, guinguette et musette dans les usines. Entre le Front Populaire et la débâcle de 1940, quatre ans, l’intervalle qui sépare deux Olympiades.

JO : le prix caché de la réussite

0
Emmanuel Macron, Cérémonie de remerciement aux acteurs publics et prives, nationaux et locaux, engages aux cotes des equipes de l'Etat et de Paris, jardin de l'Elysée. Eric Tschaen-POOL/SIPA

Emmanuel Macron jubile après le grand succès des Jeux olympiques de Paris. Mais il semble avoir oublié le prix de cette réussite: déploiement extraordinaire des forces de l’ordre, déplacement de migrants illégaux, surveillance accrue des réseaux islamistes… Les thuriféraires de l’idéologie mondialiste jubilent aussi, sans voir la contradiction entre leur propre propagande postnationale et le nationalisme patriote qu’ont suscité les triomphes de nos sportifs. Le regard d’Ivan Rioufol.


Accordons à Emmanuel Macron, au-delà de la propagande woke de la cérémonie d’ouverture, le droit de se réjouir bruyamment du bilan des jeux Olympiques de Paris. Tout s’est bien passé durant ces quinze jours. C’est un fait. Dès lors, le chef de l’Etat a beau jeu de rappeler les doutes et les critiques d’hier sur la sécurité et l’organisation des événements. Se laissant aller à l’autosatisfaction, il a expliqué à L’Équipe, dimanche à l’issue de la clôture que « le perdant », de ces Jeux, « c’est l’esprit de défaite ». En détaillant la liste des objections émises par les experts les plus sceptiques : « La cérémonie d’ouverture sur la Seine était une inconscience sécuritaire, on n’aurait jamais assez de médailles, ce serait un gouffre financier, on n’arriverait pas à se baigner dans la Seine… Et, à la fin, on a réussi, on l’a fait ! […] » Hier, il a poursuivi, sans pudeur ni modestie excessives, son autocongratulation : « On peut être en même temps complètement fou et très bien organisé ». Bien organisé, oui, y compris avec un gouvernement démissionnaire, ce qui tendrait à démontrer le génie intact de la société civile et de ses propres élites, dès lors qu’elles ne sont pas entravées inutilement. Les médias se sont tous accordés également à reconnaître, dans les foules rassemblées, une même joie palpable. Libération, envouté par l’ambiance, a même titré le 10 août : « Paris, capitale de la douceur », en oubliant le prix de ce retour nostalgique à la « doulce France » : 45.000 policiers armés, 13.000 déplacements de clandestins, 44.000 grillages et barrières, des QRCodes ou des accès payants aux fans zones, un nettoyage social brutal, le remplacement des Parisiens par des spectateurs à pouvoir d’achat (4 euros le ticket de métro), etc. Le vivre-ensemble est un luxe.

A lire aussi: En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression

Il n’est pas sûr cependant que la gauche inclusive, emballée à juste titre par cette fraternité des jeux, prenne la peine d’analyser les ressorts si peu humanistes de cette réussite, liés pour beaucoup à l’exclusion des plus déshérités et des immigrés indésirables, et à la surveillance étroite des islamistes revendicatifs. Il est également très improbable que les mondialistes et autres idéologues postnationaux, qui hurlent au retour du fascisme à la moindre expression d’une fierté nationale, acceptent de creuser leurs propres contradictions, pour ceux qui ont partagé l’engouement nationaliste, cocardier, d’un peuple uni derrière son drapeau au-delà de la couleur des peaux. Or ces Jeux ont démontré, dans leur authentique ferveur nationale, que rien n’était plus faux que cette idée récitée par les perroquets qui voudrait, depuis François Mitterrand, que « le nationalisme, c’est la guerre ». La Grande-Bretagne a illustré, dans le même temps, que la guerre civile se dissimulait au contraire dans les plis du multiculturalisme, cheval de Troie de l’islamisme. La dénonciation convenue de « l’extrême droite » dans les révoltes anti-immigration, notamment à Southport, a occulté l’infiltration islamiste et propalestinienne des mouvements « antiracistes », et la subversion par la charia de la société anglaise. Pour la France en tout cas, le conte de fées s’achève : le carrosse est redevenu citrouille.

Peut-on se passer de ministres ?

0
Eric Dupond-Moretti, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, quitte la reunion de travail avec les membres du gouvernement à Matignon 31/07/2024 DORIAN DELETTRE/SIPA

En dépit du fait que les ministres du gouvernement sont « démissionnaires », la gestion des affaires courantes a continué sans anicroche, ce qui invite à s’interroger sur l’utilité réelle des ministres. En tout cas, cette parenthèse olympique n’a rien fait pour donner aux Français plus de confiance par rapport à leurs dirigeants politiques. Le billet de Philippe Bilger.


Par provocation, tant par écrit qu’oralement, il m’est arrivé à plusieurs reprises de soutenir que deux ministères pourraient être supprimés parce que leur bureaucratie et leur inefficacité les rendent plus nuisibles qu’utiles : ceux de la Justice et de la Culture. Parce que l’élan et la liberté inventifs des pratiques du pays pallieraient aisément leur disparition. Au-delà de la saillie, j’étais persuadé qu’il y avait dans cette idée quelque chose à creuser. Je n’imaginais pas qu’un jour, à cause de la dissolution et de la procrastination due aux Jeux olympiques, on pourrait légitimement s’interroger sur l’importance ou non d’un pouvoir réduit à la gestion des affaires courantes.

Je ne crois pas qu’Eric Dupond-Moretti, en ayant jugé il y a quelques semaines cette période politique « passionnante », l’appréhendait de la même manière que moi. Il ne songeait probablement pas à sa propre éradication ès qualités ! Alors que durant les JO, la justice s’est modernisée sans lui ! (Le Figaro)

Je ne méconnais pas combien la situation des ministres doit être inconfortable en ce temps de vacances mais aussi d’attente et de tension qui les laisse totalement incertains de leur futur.

A lire aussi: L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

Il n’empêche que de cette séquence démocratique si singulière – on dirait le pays politiquement à l’arrêt -, sans tomber dans la dérision m’est-il permis de tirer un enseignement un peu déprimant pour notre République et la sophistication de son organisation ? si les ministres avaient été en charge et en plein exercice, la France se porterait-elle mieux ? Considérer qu’aujourd’hui elle ne s’est pas radicalement dégradée avec des ministres vacants pourrait-il nous conduire à ne pas toujours tout attendre du pouvoir, avec cette incroyable naïveté française qui laisse espérer que chaque changement de gouvernement créera un choc positif et sortira comme par magie notre nation de ses difficultés et de sa régression ?

J’entends bien que, pendant que les ministres avaient l’arme au pied, l’administration immuable, consciencieuse et impartiale continuait à travailler et faisait tenir le pays en attendant le moment où le cours d’avant reprendrait son empire.

Philippe Bas avait conseillé au président de ne pas « ajouter de la procrastination à la dissolution » (Le Monde). Sa recommandation, à l’évidence, ne sera pas suivie puisque, si on en croit le JDD, le Premier ministre devrait être choisi après le 15 août et le gouvernement constitué à la fin du même mois.

A lire aussi: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

Dans tous les cas il est très dangereux de laisser perdurer cette zone imprécise et floue : elle risque d’aggraver le sentiment de défiance du citoyen à l’égard de la vie politique et de ceux qui détiennent le pouvoir.

Il ne faudrait pas que l’opinion dominante s’accordât sur ce constat que si les ministres n’existaient pas, il conviendrait de ne pas les inventer.

La volupté de l’humilité face aux champions…

0
Novak Djokovic lors de la célébration de l'équipe olympique serbe, Belgrade, le 12 août 2024. Marko Metlas/BETAPHOTO/SIPA

Pour les spectateurs que nous sommes, la réussite des plus grands sportifs nous impose une modestie qui nous rappelle nos propres limites, mais nous invite à les dépasser, du moins dans notre esprit. Le regard de Philippe Bilger.


Les Jeux olympiques sont une formidable école de modestie.

Pas seulement pour les vaincus et il faut admirer la classe de ceux qui manquent la médaille d’or pour infiniment peu. Quatre années d’efforts et de sacrifices, et c’est un autre qui en récolte les fruits ! Avec quelle élégance les médaillés d’argent et de bronze prennent acte de leur défaite, avec quelle tenue les autres participants à la finale admettent leur infériorité et viennent saluer celui ou celle qui montera sur la plus haute marche du podium ! Pas la moindre aigreur, l’esprit sportif dans ce qu’il a de meilleur, à son comble…

Mais aussi, mais surtout, pour tous les amateurs, les passionnés de sport, les pratiquants comme les sportifs en chambre, pour tous ceux qui à un moment de leur vie ou tout au long de l’existence se sont adonnés à ces divertissements du quotidien, à ces activités que sont par exemple la natation, le tennis, le tennis de table, la course à pied…

Loin que la différence colossale avec les champions de ces disciplines nous altère le moral et nous fasse perdre la plupart de nos illusions, c’est l’inverse qui se produit.

A lire aussi: Hay, ce sont aussi un peu les Jeux d’Emmanuel Macron !

Moi qui ai un peu joué au tennis à partir de 18 ans, pouvoir admirer Novak Djokovic ou Carlos Alcaraz et prendre la mesure de l’immense écart entre eux et moi, entre eux et ceux qui sont mus par le désir tout simple de progresser dans le classement, engendre une délicieuse volupté, celle de l’humilité. Non pas une humilité qui serait imposée et subie mais une humilité qui paradoxalement vous rehausse. On sait qu’on pratique ce sport mais que des géants vous dominent et c’est doux, et c’est bien.

Que dire face aux incroyables exploits de Léon Marchand, comme un poisson dans l’eau, alors que même dans nos meilleurs moments, nous ne pesons rien, comparés à ce génie si familier avec l’élément liquide qu’il semble créer avec lui un duo quasiment surnaturel ?

J’ai éprouvé, me rappelant mes jeunes années au collège ou ailleurs quand pour passer le temps je jouais beaucoup au ping-pong, une sensation magique en voyant Félix Lebrun, âgé de 17 ans, mener des échanges à un train d’enfer, avec une sûreté, une précision et un talent hors norme. Nous avons en commun le tennis de table mais lui a en propre cette irréductible singularité qui me fait glisser avec bonheur dans la conscience de mon infirmité…

Ce n’est pas seulement cette idée banale qu’il y a, en sport comme ailleurs, le profane et les professionnels, les besogneux et les cracks mais bien davantage : la certitude que nous sommes fiers d’être ainsi dépassés, relégués par la jeunesse, par le miracle de dons nous laissant à des années-lumière, parce qu’ils sont eux et que nous ne sommes que nous !

A lire aussi: Mon faible pour Nelson Monfort…

Je raffole de cette modestie qui survient comme une grâce. Celle par exemple qui me laisse ébahi, stupéfié par Félix Lebrun quand il permet à la France d’obtenir une médaille de bronze par équipe.

C’est à cause de cet enthousiasme que nous inspirent leurs exploits que nous sommes sans doute trop sévères avec eux quand ils nous déçoivent. La jouissance de pouvoir les porter aux nues, en nous réduisant, implique le sadisme de les rejeter, en les jugeant.

Même si peu que ce soit, on ne souhaite pas qu’ils se rapprochent de nous. Nous tenons à la volupté de l’humilité.

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Les origines surprenantes de la séduction en politique

0
Un homme déjeune à côté d'un mural représentant Eva Peron au Restaurant Eva Peron, Buenos Aires, ArgentinE, le 26 July 2024. Rodrigo Abd/AP/SIPA

Au milieu du désert médiatique (surtout télévisuel) de l’été, notre chroniqueuse a pourtant trouvé des documentaires intéressants sur Arte, dont un qui traite de la séduction en politique. Si la séduction érotique a été inventée en France, la version politique semble avoir été inventée en Amérique – latine et du Nord – et elle devrait beaucoup au sex-appeal du cinéma et de la musique populaire.


En cet été Olympique bien que désertique (dans l’Est parisien), Arte, (ma chaîne « spécial chroniques »), semble assez désertique également. Pas de docus renversants, ni de séries innovantes – à l’image de « Summer of Voices » de l’été 2021. J’avais cependant repéré une thématique qui me semblait intéressante, sur l’art de la séduction. Tout un programme.

Cette thématique comprend deux documentaires assez courts : « La puissance de la séduction. Le charme au pouvoir » et « Elvis. Le magnétisme d’une idole » (je parlerai du King plus en détails le 17 août, pour le 37éme anniversaire de sa mort).

Le premier nous parle politique, le second, idoles rock’n’roll et cinéma. Le tout est davantage américain qu’européen. Au siècle dernier, les Américains ont « inventé » le concept d’adolescence, ont-ils également inventé une forme de séduction moderne ? Humm, j’y reviendrai plus tard, mais j’ai tendance à le penser.

A lire aussi: Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

Le premier documentaire se situe majoritairement en Argentine, car il traite longuement d’Eva Perón, cette actrice qui épousa Juan Dominguo Perón, futur président de l’Argentine, et qui devint une première dame extraordinairement inventive, qui alliait glamour, chignons blonds et douceur autoritaire. Evita, ainsi que l’appelaient les Argentins, était adorée de son peuple. Elle eut des funérailles à la Staline, les Argentins en pleurs défilant pendant des jours devant son corps embaumé. Elle était, et reste, bien plus connue que son mari, le semi-dictateur « populiste de gauche » Juan Peron.  Et je suis sûre qu’elle servit de modèle à Jackie Kennedy (qui, finalement, ne lui arrivait pas à la cheville).

Qu’avait-elle, en vérité, de si innovant et séduisant ? (A part ses chignons).

J’ai précisé plus haut qu’elle fut actrice avant de devenir icône. Elle connaissait donc par cœur les codes de la séduction des années 40, des tailleurs aux jupes drapées jusqu’aux chignons blonds un peu « choucroutés » qui devinrent sa marque de fabrique. Elle travailla sa voix trop aiguë (ses discours étaient beaucoup plus écoutés que ceux de son mari) et apprit à mesurer ses gestes. Venant elle-même du peuple, elle savait donc s’adresser à celui-ci. Elle fit du « populisme » un art en cinémascope, et, sans Evita, je mets ma main à couper que nous n’aurions jamais entendu parler de Juan Perón.

D’une actrice l’autre. Évidemment, lorsqu’on évoque séduction et cinéma, on se doit de parler de Norma Jean Baker aka Marilyn Monroe. Elle était star parmi les stars, ce qui ne l’empêcha pas de sombrer, cette maudite nuit du 5 août 62, et de devenir, à jamais, un mythe. Elle fit de la séduction un métier. En effet, déjà lorsqu’elle était modèle, elle passait ses photos au crible, ne retenant que les meilleures. Devenue actrice, elle maîtrise à la perfection la science suivante : celle de se faire sentir mâle alpha n’importe quel homme. Elle se sert de mimiques qu’on l’imagine avoir répétées devant son miroir. Elle penche la tête, passe la main dans ses cheveux, entrouvre les lèvres. Cependant, cette fille au sex-appeal infernal et à la grâce divine se laissa dépasser. Justement par son sex-appeal et sa grâce. Nous le voyons bien lors de sa prestation pendant la guerre de Corée, lorsqu’elle semble s’abandonner dans les bras de chaque soldat, en extase. Cela n’est assurément pas travaillé. A l’image d’Elvis, elle est une fleur née au fond d’une poubelle. Et l’Amérique puritaine des années 50 avait ce talent : celui de faire jaillir de nulle part des demi-dieux et demi-déesses. C’est pour cela que j’ai affirmé plus haut que l’Amérique avait « inventé », finalement, une forme de séduction. Celle qui fait appel directement au circuit de la récompense, qui rend hagards les hommes, et folles les filles.

A lire aussi: Aimez-vous la choucroute?

Elvis, frère jumeau de Marilyn, était devenu très malheureux lorsque son manager, le Colonel Parker, voulut faire de lui un produit marketing. Il voulait retrouver la transe, celle qu’il expérimenta dans les églises noires, enfant. Celle qu’il exprima dans les bouges, également fréquentés par des Noirs et où il apprit à chanter. C’est, paradoxalement, lorsqu’il commença à grossir, gavé d’amphétamines et de beurre de cacahuètes, qu’il retrouva cette grâce, et son sex-appeal, et son déhanché, également infernaux. Étymologiquement, séduire (seducere) signifie : « éloigner du droit chemin ». Marilyn et Elvis se sont éloignés du droit chemin, en se rapprochant de ce qui avaient fait d’eux des mythes inégalés et inégalables. Et c’est probablement cela, la séduction.

En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression

0
Thierry Breton, Commissaire européen au marché intérieur, lors d'une conférence de presse sur le Digital Markets Act, à Bruxelles le 25 mars 2024. Virginia Mayo/AP/SIPA

Comme le montrent les attaques menées par les militants de gauche sur le financement de CNews, Causeur, Valeurs actuelles, Boulevard Voltaire, Fdesouche et, plus récemment L’Incorrect, la notion de pluralisme des médias est une vue de l’esprit. La pensée unique, pensée mondialiste et immigrationniste, est de plus en plus forte. Tribune de Didier Desrimais.


« Vous rendez-vous compte qu’en l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant ? […] Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme “La liberté, c’est l’esclavage” alors que le concept même de liberté aura été aboli » George Orwell, 1984.

Malin, le système médiatique dominant est parvenu à faire croire au plus grand nombre qu’il existe des différences essentielles entre, par exemple, l’audiovisuel public et le groupe TF1 (TF1, LCI, TMC), Libération et les titres du groupe Le Monde (Le Monde, Le Nouvel Obs, Télérama), la quasi-majorité de la presse régionale et La Croix ou L’Humanité. Les divergences sont en réalité minimes et largement supplantées par les nouvelles idéologies que la presse subventionnée – 193 millions d’euros distribués en 2023 ! – et l’audiovisuel public et privé (TF1, BFMTV) promeuvent de concert. Ces médias emploient de plus en plus de journalistes sortant des mêmes moules universitaires, tiennent les mêmes discours à la gloire de la diversité, de l’immigration, du « vivre-ensemble », partagent les mêmes opinions lénifiantes sur le genre, le féminisme, l’Europe et l’écologie. Prêts à tout pour consolider leur position hégémonique, ils ne supportent pas de voir émerger des empêcheurs de penser en rond. 

A lire aussi: La relève

Sur les réseaux sociaux, il y a le pire et le meilleur. Le pire, Régis Debray l’a excellemment décrit en qualifiant ces réseaux de « tout-à-l’égo ». Le meilleur est apparu lorsque des individus se sont permis d’utiliser la puissance de propagation desdits réseaux pour faire connaître des informations et des opinions que les médias officiels minimisaient ou ignoraient par pure idéologie. Mais le système médiatique a de puissants alliés. Jack Dorsey, ex-propriétaire de Twitter, progressiste américain adepte de toutes les formes de méditation mais aussi de toutes les formes de censure, fut l’un d’eux. Le rachat de Twitter, devenu X, par Elon Musk, adepte d’une liberté d’expression totale, n’a pas ravi le camp démocrate américain ou la nomenklatura européenne – c’est le moins qu’on puisse dire. Thierry Breton et la Commission européenne enquêtent d’ailleurs régulièrement sur la plateforme depuis qu’Elon Musk la dirige et ont créé à cette occasion, en 2022, le Digital Services Act, un règlement européen « encadrant » les pratiques des services numériques. Ce n’est qu’un début : la Commission européenne prépare de prochaines réglementations qui permettront de mieux contrôler les plateformes numériques et les médias dissidents afin de les mettre au pas.

Car, parallèlement aux réseaux sociaux, sont apparus sur Internet des sites d’information et d’expression politique affichant des lignes éditoriales allant à l’encontre des projets de l’UE et des médias mainstream. Il y a, là encore, du bon et du moins bon, mais, pour défendre son pré carré, le système médiatique ne fait pas dans la demi-mesure : pour lui, tous ces sites sont, au choix, complotistes, réactionnaires ou d’extrême-droite. Les opinions remettant en cause les projets mondialistes, progressistes ou écologistes des élites occidentales – élites dont se targuent de faire partie la plupart des médias aux ordres du pouvoir – n’émaneraient que de fascistes ou de nostalgiques du IIIReich.

A lire aussi: GB News, la télé des déplorables

Il n’empêche, de nouveaux médias ont vu le jour. Les citoyens désireux de ne pas s’en laisser conter peuvent découvrir ainsi des points de vue différents, sur des sujets peu abordés ou présentés de manière univoque dans les médias dominants. Des chaînes comme CNews, des magazines comme Causeur, des sites comme Boulevard Voltaire ou Fdesouche (revue de presse qui met en exergue des informations sur l’insécurité, l’immigration, le wokisme, etc., souvent reléguées à la rubrique des faits divers dans les médias), des médias comme Frontières (ex-Livre noir), TVL ou Omerta, pour n’en citer que quelques-uns, sont parvenus à attirer un public curieux d’entendre un autre son de cloche. La plupart de ces magazines, sites ou plateformes numériques ne survivent que grâce aux abonnements, aux dons des particuliers ou à de rares actionnaires mettant la main au portefeuille. L’ensemble de ces médias hors du système officiel ne représente pas le vingtième de l’offre médiatique…

…Mais, pour le système médiatique au pouvoir, c’est encore trop. Malgré ses beaux discours sur la liberté d’expression, le débat et la pluralité des opinions ne sont pas sa tasse de thé. Les premiers alliés de ce système bien établi sont des organisations qui se targuent de lutter contre le… Système. En plus des mouvements d’extrême-gauche réclamant des contrôles incessants pouvant aboutir à la censure, des ONG et des collectifs politisés n’hésitent pas à user de tous les moyens, même illégaux, pour nuire aux médias qui ne leur conviennent pas – et qui sont souvent les mêmes que ceux qui irritent le système médiatique en place. Les Sleeping Giants, par exemple, sont une organisation composée d’activistes anonymes supposés s’opposer aux « discours de haine » sur Internet et dans les médias. Cette organisation est en réalité un organisme de censure totalitaire ne visant que les opposants aux idéologies gauchistes, wokistes ou immigrationnistes. En France, Valeurs actuelles, Causeur et Boulevard Voltaire ont été les cibles de ces fascistes de gauche (dixit Yves Michaud) : sous la pression menaçante de ces derniers, des entreprises ont soudain cessé d’acheter des espaces publicitaires dans ces magazines et sur ces sites. Les journalistes du système en place ont-ils dénoncé ces manœuvres relevant de régimes totalitaires ? Non. Trop lâches ou trop heureux de voir des médias récalcitrants risquer de boire le bouillon, ils sont restés muets.

Comme ils sont restés muets lorsque, dernièrement, le magazine L’Incorrect a subi une attaque de grande envergure, visiblement coordonnée et destinée à le plonger dans la plus grande difficulté, voire à l’éradiquer. Le 7 juin, la revue mensuelle a d’abord été exclue de deux plates-formes de financement participatif (Ulule et Kiss Kiss Bank Bank), ce qui a empêché le lancement d’un numéro hors-série sur le génie français. Une cyber-attaque s’est abattue sur le magazine le 10 juin. Puis le groupe Meta (Facebook, Instagram, etc.) lui a refusé des publications promotionnelles payantes. Enfin, la banque en ligne pour les entreprises et les indépendants, QONTO, a annoncé au magazine, le 25 juillet, qu’il avait un mois pour vider ses comptes et trouver une autre banque – QONTO avait déjà fait le coup à l’association féministe Némésis, réputée pour ne pas partager les « valeurs » du néo-féminisme woke.

A lire aussi: Ils veulent la peau de CNews

Dans tous les cas, aucun motif n’a été donné à L’Incorrect, magazine qui semble avoir pour seul défaut sa ligne éditoriale penchant plutôt vers la droite conservatrice et eurosceptique. Non seulement les médias mainstream sont, une fois de plus, restés silencieux, mais, parmi eux, Télérama – 5,5 millions d’euros de subventions publiques en 2023 ! – s’est distingué le 29 juillet par l’intermédiaire de son délateur attitré, Samuel Gontier. Ce dernier a en effet laissé entendre que le directeur de la rédaction de L’Incorrect, Arthur de Watrigant, avait appelé, lors d’une émission de télé, à « éliminer les musulmans de France ». Ce mensonge n’est pas anodin ; il met en danger la vie d’un homme. Pourtant, aucun journaliste des médias officiels n’a cru bon de dénoncer les dangereuses insinuations du sycophante téléramesque.

Le système médiatique, s’il est conscient du fait qu’il lui est de plus en plus difficile de masquer la réalité, sait aussi qu’il peut encore compter sur une efficace force de frappe, un « discours intimidant fonctionnant comme disqualification de tout point de vue qui n’entre pas dans le cadre prédéfini par l’idéologie dominante » (1). La couverture médiatique des dernières élections législatives a montré toute la véracité de cette assertion. Les résultats des élections sont allés au-delà des espoirs des médias officiels qui ont ainsi pu mesurer leur pouvoir sur l’opinion publique. L’avenir du système médiatique semble assuré – il repose notamment sur une nouvelle caste journalistique bornée, inculte, paresseuse et militante – bref, idéale pour être manipulée et participer à la rééducation de la société. La majorité des journalistes issus des écoles de journalisme ou de Sciences Po ont en effet remplacé le travail et la culture par l’idéologie et l’engagement dans des causes politiquement correctes, de l’écologisme au transgenrisme.

A lire aussi: « Je crois à un populisme décent »

En plus d’être politiquement endogame, la presse bien-pensante reçoit par ailleurs trop d’argent public pour pouvoir travailler, en toute indépendance, sur certains dossiers qui méritent mieux que les quatre lignes inconsistantes ou orientées écrites par l’AFP, un des piliers du système, et reprises invariablement, telles quelles, dans tous les journaux. Quant aux médias audiovisuels officiels, les récentes décisions de l’Arcom ne peuvent que les réjouir – C8 va disparaître de la TNT, CNews continue de bénéficier d’une fréquence mais est sous très haute surveillance, l’agence dite de régulation rappelle à l’ordre Sud Radio qui a osé inviter un physicien critiquant les conclusions du GIEC tandis que Radio France peut continuer de s’enorgueillir d’interdire d’antenne toute personne osant critiquer les conclusions du GIEC. Par ailleurs, si les médias français sont invités à parler de plus en plus de l’Europe, ils sont également fortement incités à ne le faire que du point de vue des élites bruxelloises – par conséquent, rares sont ceux qui ont osé aborder sérieusement certains sujets comme, par exemple, les échanges secrets entre Mme Von der Leyen et Pfizer, le Qatargate et, plus généralement, la corruption au sein du Parlement européen, le démantèlement d’EDF sous la férule des Allemands, l’entrisme des Frères musulmans dans différentes instances européennes ou le Pacte de Marrakech et les propos hallucinants de la commissaire européenne Ylva Johansson sur l’inévitable et « nécessaire » repeuplement de l’Europe par une immigration quasi-illimitée.

En France, la liberté d’expression n’est plus qu’une expression. Comme il arrive souvent lorsque telle ou telle chose qui importait aux yeux des hommes finit par mourir sous les coups, le mot qui la désigne se gonfle d’importance en se voyant rempli d’une nouvelle mission : faire croire qu’elle est toujours de ce monde, et en excellente santé encore. Ainsi en est-il de la liberté d’expression que le système médiatique officiel, les institutions publiques françaises et la Commission européenne chantent sur tous les toits – tandis qu’ils œuvrent, jour après jour, sans relâche, assidûment, à sa disparition définitive.

(1) Laurent Fidès, Face au discours intimidant, essai sur le formatage des esprits à l’ère du mondialisme (L’Artilleur, 2014).

Génération tatouage

0
L'artiste tatoueur Andrei Draw avec la jambe d'une cliente, Renata Luis, à la Empire State Tattoo Expo, au Hilton Hotel, New York, le 12 mai 2024. Anthony Behar/Sipa USA/SIPA

Un des fléaux esthétiques des temps modernes – qui n’en manquent pas – c’est la prolifération de ces tatouages qui défigurent trop de corps de jeunes. Quelles sont les raisons de cette mode si destructrice et comment mettre un terme à sa propagation? Le regard de Sophie de Menthon.


L’été est la saison des tatouages, du moins c’est à ce moment-là que l’on prend conscience de l’épidémie et même dans certains cas du désastre… et personne n’ose le dire.  

Mais comment ignorer ces corps qui s’offrent à nos yeux, en ville, sur les plages, aux jeux olympiques, partout, tatoués jusqu’à l’os ! Alors on fait semblant de ne pas vraiment y attacher d’importance, de ne pas remarquer, de trouver cela « normal », mais lorsqu’on n’appartient pas à la communauté des tatoués, même tolérants, on se chuchote à l’oreille : « T’as vu ? » en désignant discrètement le nouvel arrivant orné d’un graphisme envahissant, vêtu de scarifications colorées indélébiles. Soyons clairs, ceux qui ne sont pas tatoués, les étrangers à cette secte, sont plutôt traumatisés par cette mode car c’est est une, qui enlève au corps la beauté de sa nudité.

A l’origine, et c’est d’ailleurs un peu toujours le cas, il s’agissait d’un marqueur comme à Tahiti les Maoris qui portaient cela comme des Tartans ethniques. On peut aussi remonter à l’antiquité et aux empereurs romains. Et puis plus récemment les marins en particulier, et d’autres corporations, se sont distingués par des tatouages à l’épaule, comme pour marquer une fierté plutôt sympathique de l’exercice de leur métier. Le tatouage fut aussi la plus terrible des discriminations, la fleur de lys des prostituées méprisées, condamnées à vie par leur marquage ; et surtout plus tard la terrible étoile jaune accompagnée d’un numéro tatoué sur l’avant-bras lorsque l’on avait été dans un camp de concentration : le souvenir de l’horreur gravé sur la peau a fait d’ailleurs que des communautés entières par respect et devoir de mémoire ont renoncé à cette pratique.

A lire aussi: Mon faible pour Nelson Monfort…

Mais aujourd’hui ? que penser de ces foules à la peau bigarrée sans autre objectif que de se faire remarquer, de sortir d’un anonymat corporel, de faire partie d’un groupe ? Les jeunes surtout, ont d’évidence besoin d’affirmer une identité qu’ils ne trouvent pas autrement qu’à travers une tribu ?  On ne peut s’empêcher de penser que c’est l’expression d’un mal être, et le besoin d’une transgression (quels parents n’ont pas essayé de les dissuader ?). Un fléau qui atteint tous les milieux. Veut-on s’approprier le territoire de son corps, peut-être le seul dont on ait le sentiment de pouvoir disposer ?

Sans compter le piercing encore plus frime ! Mais qui a envie d’embrasser des lèvres trouées d’un anneau ou cloutées ? Mystère.

S’agit-il d’une erreur, de jeunesse, majoritairement qui pousse à payer (cher) une douleur et une forme de mutilation, avec des dessins en général sans beaucoup de sens et encore moins de talent ? Se marquer pour la vie sans penser à l’âge venant qui fera se friper et ornera de rides ces graphismes dont ils sont si fiers ?

Devant ce raz de marée on ne se sent pas le droit de dire quelque chose, encore moins de critiquer. Pourtant, ne faut-il pas les avertir quand même que c’est plutôt rebutant et laid ! Quand on voit entièrement imprimés les bras, les jambes, le visage même de ces athlètes ou de ces hommes ou jeunes femmes magnifiques dont on a l’impression qu’ils sont déguisés, qu’ils se cachent, mais hélas d’un déguisement indélébile, on est inquiets, désolés… Ils ne pourront pas rattraper ce qui peut être le fruit d’un simple moment d’égarement ou alors au prix de tentatives d’opérations compliquées qui laisseront des traces ; sans parler des initiales de l’être adoré du moment que l’on croit aimer pour la vie et qui sera remplacé par un autre qui lui pourra s’estimer trompé à chaque fois que ses yeux se posent sur les traces du précèdent !

A lire aussi: Bravo l’Artiste!

Pourrait-on leur dire que cela ne leur apporte rien ? Qu’ils sont plus beaux vierges ? Libres de leur avenir ? Alors certes, il faut raison garder : la fleurette à la cheville, ou le papillon en bas des reins sont inoffensifs, discrets – cela peut rester un souvenir… et puis si votre ado supplie, on peut trouver des tatouages qui s’effacent ou alors des décalcomanies, le temps que l’envie ne passe. Mais pitié ! Essayons d’enrayer ce massacre corporel qui n’a pas vraiment de sens. Le phénomène de mode est tel que les grands couturiers s’en sont emparés et les mannequins sublimes dont nous admirons la beauté sont tombés dans le design corporel. On peut se demander si ce sont eux qui se sont imposés gribouillés, ou si c’est dans le cahier des charges du couturier ? Les grandes marques pourraient-elles faire preuve de responsabilité au lieu de donner le mauvais exemple ?

Ne pas se laisser aller à la lâcheté des effets de mode surtout lorsqu’ils atteignent notre jeunesse dans la fleur de l’âge.  Et surtout empêchons qu’ils aient l’occasion de se regarder et de se dire : « Tattoo …faux ! »

Élevons le débat et retenons que par principe il faut lutter contre ce qui est irréversible.

Les filles de la plage

0
"Noyade interdite" avec Philippe Noiret, Gabrielle Lazurée et Anne Roussel NANA PRODUCTIONS/SIPA

Notre chroniqueur ouvre ses boîtes à souvenirs durant tout l’été. Livre, film, pièce de théâtre, BD, disque, objet, il nous fait partager ses coups de cœur « dissidents ». Aujourd’hui, il a choisi de nous parler des films de plage, des pécasseries à Rohmer, de Michel Lang aux sous-doués, pour finalement n’en retenir qu’un seul, « Noyade interdite » de Pierre Granier-Deferre tourné à Saint-Palais-sur-Mer et sorti en 1987.


Chers lecteurs, vous connaissez mon tropisme balnéaire cinématographique. Ne suis-je pas le dernier chroniqueur de la place, inconscient et totalement insensible aux déconstructions à la manœuvre à continuer de vous parler d’Aldo, de Francis Perrin, de Katia Tchenko et d’Olivia Dutron ? De braver ainsi les ligues de vertu et les rabroueurs assermentés. Seul, j’ai résisté à toutes les tentatives d’un cinéma d’auteur à base de terrils du Nord, de famille fragmentée et d’identités complexes. Seul, je suis resté sur ma ligne, tel le dernier des mohicans, à prôner le string joyeux, la musique disco sous UV, la carte postale érotique et le rire potache. On m’a traité de réactionnaire puéril, d’attardé estival et de baigneur fou. On m’a déconsidéré dans les cercles car j’ai avoué mon admiration pour la carrière d’Edwige Fenech et mon inconditionnel amour à Michel Robin et Martine Sarcey. On m’a fait comprendre que le cinéma-bronzette de Pécas était indigne de nos temps incertains où planent des menaces systémiques. L’heure serait à la retenue. Il est temps que je m’intéresse aux problèmes sociétaux de notre pays, que je fasse mon auto-critique et que je goûte enfin aux délices d’un film plombant et chouinant à souhait. Que j’arrête de tout ramener à la 7ème Compagnie et que si un jour, j’avais l’intention de briguer la présidence du CNL, il faudrait que je cesse sur le champ de dire : « Il nage bien le chef ! » afin de dégeler le climat tendu d’une réunion paritaire.

A lire aussi: Chasseur de magazines

Nous dissertons depuis longtemps ensemble sur ce thème du film de vacances de pur divertissement qui se regarde d’un transat, qui ne vous demandera ni barrage républicain, ni surveillance de l’Assemblée nationale. Un film déconnecté des réalités, chargé de second, voire de troisième degré, qui ne recule devant aucune audace stylistique, c’est-à-dire l’humour troupier, la fesse légère, le libertinage bon enfant et un nudisme d’atmosphère. Le choix est large. Si nos politiques peinent à former des gouvernements de cohabitation, nos réalisateurs ont été prolixes en la matière. Bien sûr, il y a les classiques, les indémodables, les bornes existentielles : « les sous-doués » de Zidi qui vaut pour la présence de Gérard Lenorman à l’écran ; « On a volé la cuisse de Jupiter » de Broca, car un été en Grèce sans Catherine Alric est un été raté ; « Un moment d’égarement » de Berri où le jeu de Christine Dejoux est d’un naturalisme désarmant, cette actrice, je le redis, a été sous-exploitée ; bien sûr « L’Année des méduses » de Frank avec une Caroline Cellier au paroxysme de son sex-appeal varois ou « L’Hôtel de la plage » de Lang avec une Sophie Barjac aussi émouvante que Marie Dubois. Pour ceux qui aiment vraiment rire, « Pauline à la plage » réserve quelques passages poilants, le meilleur rôle d’Arielle reste, sans conteste, son interprétation déclamatoire dans « Miami Vice ».

A lire aussi: Caroline 1 – Martine 0

Cette année, j’ai décidé d’appliquer une méthode scientifique pour déterminer les critères objectifs d’un film de plage réussi. J’en ai dénombré quatre. Le premier étant la présence de Guy Marchand, le deuxième doit figurer au générique au moins une actrice italienne parmi les nommées (Vitti, Sandrelli, Martinelli, Massari et Virsi), le troisième, réunir un aréopage de jeunes comédiennes françaises secrètes et peu frileuses, et le quatrième, un meurtre en pleine saison. Un film d’été sans un mort, c’est une coalition sans couacs. J’ai trouvé l’objet, il s’agit de « Noyade Interdite » de Pierre Granier-Deferre. Il répond en tout point à nos règles. Guy Marchand joue un inspecteur velu et narquois. Stefania Sandrelli étrangement doublée en version française justement par Martine Sarcey incarne un agent immobilier assez crédible et tentateur ; toute la jeune garde est là, elles sont dorées, piquantes, énigmatiques et insoumises, elles s’appellent Marie Trintignant, Gabrielle Lazure, Elisabeth Bourgine et Anne Roussel, et il y a plusieurs meurtres pour rameuter les touristes et les radios locales. Si l’on ajoute à ce tableau déjà très affriolant, Philippe Noiret mal rasé conduisant une Rover V8, Andréa Ferréol, veuve en colère exponentielle, et Dominique Zardi vendant des chouchous, on a le quinté gagnant !

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Et maintenant, voici venir un long hiver...

Price: ---

0 used & new available from

Éloge de la voiture

Price: ---

0 used & new available from

Max Pecas

Price: ---

0 used & new available from

L'année des méduses

Price: ---

0 used & new available from

L'Hotel de la plage -GDBD [Blu-Ray]

Price: ---

0 used & new available from

PAULINE A LA PLAGE - VERSION RESTAUREE - DVD [HD DVD]

Price: ---

0 used & new available from

Sous la botte, la beauté

0
Comité international olympique D.R

Les Jeux olympiques lui doivent beaucoup, le IIIe Reich aussi. Portée par la chance et guidée par l’opportunisme, Leni Riefenstahl a mis son talent au service du nazisme. Ses images mythiques et ses amitiés douteuses ont occulté son génie.


La dame aura poussé loin la coquetterie : franchir le cap des 100 ans et mourir dans son lit, une nuit de septembre 2003, à peine remise de ses fractures dues à la chute de l’hélicoptère mitraillé avec lequel elle fuyait la guerre civile au Soudan… Leni Riefenstahl n’avait peur de rien.

Ayant passé son examen de plongée en 1972, elle photographie encore, à 90 ans révolus, les fonds marins des Maldives, pour lesquels elle s’est prise d’une chaste passion. Dix ans plus tôt, son objectif a immortalisé les Noubas, tribu de somptueux guerriers africains au corps peint, scarifié, que la civilisation occidentale n’avait pas encore atteinte. Succédant à l’administration anglaise du Soudan, le régime arabo-musulman a mis moins de vingt ans à clochardiser cette peuplade « primitive », anéantie sous la férule de l’islam.

Comité international olympique D.R

Leni Riefenstahl était tombée un jour sur un cliché noir et blanc signé George Rodger : un lutteur nu, athlète juché sur les épaules de son adversaire, en vainqueur. Dès lors, elle n’a eu qu’une idée en tête : filmer l’éden inviolé de l’Apollon soudanais. En 1962, la Lufthansa finance son expédition. Mais les lourdes caméras 35 mm sont intransportables en brousse : d’où le repli vers la photo. Leni passe plus de huit mois parmi les indigènes et y retourne jusque dans les années 1970, assistant, « impuissante, à la déchéance des Noubas », comme le raconte Jérôme Bimbenet dans la biographie que réédite à bon escient Tallandier.

« Où est ma faute ? »

Son titre ? Leni Riefenstahl : la cinéaste d’Hitler. Une publication qui tombe à pic pour les JO de Paris ! Car Leni Riefenstahl ne s’est pas contentée de shooter les derniers « bons sauvages », elle a aussi réalisé Les Dieux du stade, documentaire que lui a commandé le Führer en 1936 à l’occasion des « Olympiades » de Berlin, comme on disait alors.

Ses fréquentations la poursuivront d’un durable ostracisme dans la fraîche RFA, et bien au-delà. D’autant que « Leni Riefenstahl est morte comme elle a vécu, sans la moindre once de remords, de culpabilité, de conscience politique, dévorée par un ego surdimensionné. Jusqu’à la fin, note son biographe, elle aura posé cette question : “Où est ma faute ?” » De fait, ses assiduités auprès d’Adolf, jointes à d’ardentes compromissions avec le gratin du Reich n’ont pas arrangé la suite de sa carrière.

A lire aussi : Olivier Amiel récidive : touchdown !

Rembobinons. Dotée d’un physique attrayant malgré son léger strabisme, douée d’une confiance en soi et d’un culot à toute épreuve, cette fille de la bourgeoisie d’affaires cumule les atouts : gymnaste, patineuse, championne de tennis, cavalière, elle est aussi pianiste (le compositeur Busoni lui dédie une Valse-Caprice), matheuse… et spirite, mais surtout, danseuse – au point de devenir, dans les années 1920, une véritable star. Une torsion du genou décide de sa reconversion à l’écran. Comme figurante, d’abord, puis comme vedette de films de montagne. Idolâtrée par son producteur, passion blanche dont elle se console dans les bras de l’acteur, du cadreur (puis de quantité d’amants sa vie durant), Leni Riefenstahl « apparaît déjà comme l’héroïne combattante de l’Allemagne, une vierge guerrière, une walkyrie ».

L’adolescente apolitique a traversé « les soubresauts de la Grande Guerre sans prendre bien conscience des événements ». Adossées à une folle ambition, ses convictions ne sont guidées que par l’esthétique : de là son « attirance pour la beauté géométrique et parfaite des corps » ; et la mystique nazie lui en propose l’incarnation. Pour autant, Leni n’a jamais pris sa carte du parti. « Je ne suis heureuse que lorsque je vois quelque chose de beau. La laideur, la misère, le pathologique me répugnent. Diriez-vous que la beauté est fasciste ? » se défendra-t-elle.

D.R

Leni a toujours prétendu n’avoir jamais entendu parler d’Hitler avant 1932. En attendant, de La Montagne sacrée à La Lumière bleue et du « muet » au « parlant », elle enchaîne les films de montagne – devant, puis derrière la caméra. Télégrammes élogieux de Douglas Fairbanks, de Chaplin. Elle lit Mein Kampf. Elle écrit : « Très honoré M. Hitler, pour la première fois de ma vie, j’ai assisté voici peu à un meeting politique. Je dois avouer que votre personne et l’enthousiasme des spectateurs m’ont impressionnée. Je souhaiterais faire personnellement votre connaissance. Une réponse de votre part me réjouirait grandement. » Alors que Leni s’apprête à tourner SOS Iceberg, gros budget, Adolf lui fixe rendez-vous. Promenade en bord de mer ; fascination réciproque. Le jour même où sort SOS Iceberg en Allemagne, Leni entame le tournage de Victoire de la foi – son initiation au film de propagande. En remerciement, Adolf lui offre une Mercedes décapotable. Entre-temps, il a été nommé chancelier. Courtisée par Goebbels (à qui elle voue par la suite une détestation absolue), assidue de Speer (qui a alors 28 ans), Leni se voit aussitôt commander la réalisation d’un film dont Hitler a choisi le titre, celui du congrès de Nuremberg : Le Triomphe de la volonté.

A lire aussi : La Cène des JO: Léonard trahi par ses émules même

Survol en dirigeable, caméras fixées à des ascenseurs, techniciens par centaines : le rassemblement de septembre 1934 (500 000 figurants !) est conçu d’emblée comme le plateau d’un film à grand spectacle. Immense succès, le film est montré par la toute nouvelle Cinémathèque française lors de l’Exposition universelle de 1937. « Le seul chef-d’œuvre du cinéma allemand de ce temps », tranche Henri Langlois.

Richard Strauss écrit l’hymne des Jeux olympiques de 1936, et à sa cinéaste officielle, le régime ne lésine plus aucun moyen. Budget colossal, donc, pour Olympia, puis Les Dieux du stade et enfin Jeunesse olympique. Leni y multiplie les innovations technologiques. « Les Jeux de Berlin furent les premiers de l’ère médiatique », observe Bimbenet. Dans toute l’Europe, le triptyque est un triomphe. Mérité.

« La vie de Leni Riefenstahl, c’est cent ans de travelling dépourvu de morale », écrit pour sa part Antoine de Baecque. La Führerin du cinéma allemand l’a payé cher.

À lire

Jérôme Bimbenet, Leni Riefenstahl : la cinéaste d’Hitler, Tallandier, 2024.

Leni Riefenstahl: La cinéaste d'Hitler

Price: ---

0 used & new available from