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Radio nuoc-mam

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Nuit d’insomnie. Je me branche sur Radio Notre-Dame, certain d’y trouver un sommeil céleste, et rapide. Quelle n’est pas ma surprise de tomber sur un dialogue complice entre potiche baptisée et « grand maître » bouddhiste, professeur dans une école dont il est également le directeur (ce qui facilite les choses, n’est-ce pas). Pour des raisons de confidentialité bien compréhensibles, nous appellerons ce dernier le lama Sabactani.
Donc, ledit Dennis Gira, notre guru ensafrané, est à fond dans le lévitement du réel : seul un psy encore plus fou que lui pourrait dire son terrible secret. Et pourtant, ce lama-là va nous cracher deux vérités, si profondes, que parfois on n’arrive pas à remonter :
– Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit (jusque là, j’arrive à suivre).
– Les mots qu’on nous prête n’ont pas le même sens qu’en Occident !
Alors là, je reste coi : c’est aussi les kumquats qui traduisent, non ?
Heureusement le lama brise mon silence gêné, pour enfin nous révéler le fond du fond : la double voie de ce fameux Octuple Chemin qui ne mène à rien.
Et voilà ! « C’est pas plus compliqué que ça », comme dirait ce comte de Sponville. Pour peu qu’on se fixe cet ambitieux objectif, les moyens sont simples, et au nombre de deux :
1. Dépasser l’illusion du « moi » ;
2. dépasser l’illusion de la « permanence ».
Ni être personnalisé, ni permanence dans l’être : le bouddhisme nous enseigne une philosophie de l’impermanence dans le non-être. Autant dire Rien, ou très peu pour moi. « C’était Radio Notre-Dame, Mesdames et Messieurs ! Place maintenant à Fréquence Protestante avec le pasteur Verdâtre… »

Journée mondiale des lépreux

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lepreux

Talentueux dessinateur de presse que l’on retrouve régulièrement dans L’Humanité ou Charlie Hebdo, Babouse rejoint l’équipe de Causeur. Chaque semaine, il nous offrira un regard mordant sur l’actualité et publiera sur son carnet (en ligne dans quelques jours) ses dessins refusés…

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Renegade Boxing Club

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Thierry Marignac fait partie d’une très vieille tribu littéraire, celle des écrivains dont Octave Mirbeau disait qu’ils se réveillent en colère et se couchent furieux. Que Thierry Marignac ait essentiellement œuvré dans le roman noir, où il a introduit une bienheureuse économie du machisme à l’époque de l’indifférenciation sexuelle généralisée, n’a fait que renforcer sa mauvaise réputation : celle d’un styliste bipolaire et paranoïaque qui a pris ses leçons chez Jacques Rigaut et Arthur Cravan plutôt que dans la droite littéraire post-hussarde à laquelle, sous prétexte qu’il a les cheveux courts et qu’il sait boxer, on l’a assimilé un peu facilement.

En fait, Thierry Marignac fait le seul vrai boulot de tout écrivain qui se respecte : il écrit des choses désagréables et nous apporte de mauvaises nouvelles. Assez logiquement, il risque donc sa peau quand il dit que ça va mal, tant l’abrutissement moderne depuis Flaubert et Baudelaire, condamnés tous les deux par le même procureur Pinard, pousse à confondre le message et le messager.

Le dernier roman de Marignac, Renegade Boxing Club, ne va pas arranger ses affaires. L’histoire d’un quadragénaire exigeant comme un adolescent, à la fois cosmopolite et fou, qui travaille pour la Croix Rouge dans les banlieues toxicomaniaques de la Russie post-soviétique et qui boxe avec des Noirs sur les rings sudoripares de Jersey City, à quelques encablures de Manhattan, au delà du fleuve et sous les containers, cette histoire, donc, ne va pas plaire à tout le monde.

Ne peut pas plaire à tout le monde. Et pour cause.

Un roman de Marignac, c’est toujours l’odeur un peu offensante de la testostérone dans les espaces tragiquement féminisés de la critique littéraire. Qui est donc, se demande le bas-bleu préposé aux infamies en position de force dans les colonnes du bloc central de la presse qui compte, qui est ce type entré dans la carrière avec un roman qui s’appelait Fasciste (1988) ? Un roman qui racontait l’éducation sentimentale et bastonneuse d’un jeune homme décidé à fréquenter les dernières frontières européennes où la géopolitique savait se faire hargneuse, comme par exemple le Belfast de l’IRA et des milices protestantes loyalistes.

Parce que le nerf de Marignac, son carburant intime, son intuition fondatrice, c’est que la fin de l’Histoire, c’est un truc de gonzesse. Pour lui et ses héros, tout continue, tout le temps et sur tous les fronts.

Réac, Marignac ? C’est un peu plus compliqué pour qui aura lu son essai sur Norman Mailer (1990), cet Hemingway du gauchisme tendance Park Avenue et écrivain de génie, aux fictions habitées par une étonnante disposition juive et hormonale à la survie en milieu hostile. Chez Marignac, comme chez Mailer, les vrais durs ne dansent pas. Ils se foutent sur la tronche. Ca ne résout pas les problèmes mais ça soulage. Boire sec, encaisser les coups et tenir le choc en s’obstinant à répéter que casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre, c’est aussi une éthique. Vous pouvez toujours la chercher chez des garçons de la génération de Marignac, chez Musso, Lévy (Marc) ou Jardin : bonne chance et ne faites pas tomber votre grand-mère en ressortant de France-Loisirs.

Pendant ce temps-là, on peut aussi lire Renegade Boxing Club. Le personnage principal s’appelle Dessaignes, il travaille à sauver du sida les héroïnomanes suburbains de la nouvelle Russie ultralibérale. Ne lui dites pas qu’il fait ça par humanisme, vous prendriez un uppercut. Dessaignes n’a pas d’idée, ni d’idéologie. Seulement Dessaignes a un défaut d’homme vivant : malgré sa violence, il n’aime pas la mort. Il a quelque chose de ces militaires mélancoliques qui font la guerre à regret, avec compétence, méthode et le désir d’en finir le plus vite possible. Quand Dessaignes affronte une fois de trop la corruption institutionnalisée, cet autre non du néocapitalisme, autrement dit quand il refsue de donner un quart des médicaments envoyés par la Croix Rouge au caïd local pour que le reste puisse arriver à ceux qui en ont besoin, on lui envoie les troupes spéciales du FSB, en tenue de camouflage.

La Croix Rouge qui n’aime pas les bris de glace le vire. Un homme d’affaire russe qui le trouve compétent l’envoie faire du lobbying à New York pour une ONG vaguement écolo. Dessaignes accepte, part aux States, passe des diplômes de traducteur juridique et vit avec les blacks (pardon les Africains-Américains) pour des raisons de loyer prohibitifs chez les blancs. Il ne comprend pas trop ce que l’homme d’affaire russe lui veut exactement. Alors, en attendant, il se remet à boxer dans un club local de sa banlieue avec Big Steve, entraîneur et petit parrain d’intérêt local. Big Steve lui apprend les lois du ghetto, Dessaignes lui enseigne la diététique et l’avantage décisif des légumes sur le cheeseburger quand il s’agit de tenir plus d’un round.

Hors de question, évidemment de vous raconter la fin, ni ce que sont les entreprises « pâquerettes », ni ce qu’est une « reine arménienne » dans l’argot du goulag et de la mafia russe aux USA. Sachez simplement que vous allez lire un grand roman sur les techniques utiles et les méthodes fécondes, comme la boxe ou la traduction, pour maîtriser le monde et sa complexité. Et qu’il se dégage de Renegade boxing club, roman dépouillé de lyrisme jusqu’à l’os, roman de la virilité mélancolique et des « éclairs de sueur », une paradoxale tendresse. Celle d’un type qui peut lire Essenine dans le texte tout en vous expliquant les machinations pétrolifères transcontinentales des oligarques : « La vie est une tromperie d’une tristesse envoûtante. »

Aux USA aussi, la souffrance sociale

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Les prix de l’immobilier dégringolent aux Etats-Unis. Selon les derniers chiffres, la crise a déjà entraîné dans une vingtaine de grandes villes une baisse avoisinant les 18 %. Mais, plutôt que les statistiques globales, ce sont les petits exemples concrets qui donnent la véritable mesure de la catastrophe. Ainsi un homme qui avait récemment perdu son emploi – la banque qui l’employait ayant fait faillite – a vendu sa maison en Floride pour seulement 100 dollars… Le vendeur est Richard Fuld, ex-PDG du feu Lehman Brothers. L’acheteur est une certaine Kathleen Fuld. Comme c’est curieux, comme c’est curieux, comme c’est curieux et quelle coïncidence[1. Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, scène IV.] !

France-Allemagne, baston à tous les étages

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La dernière entreprise commune franco-allemande non-dysfonctionnante, Areva NP (la branche réacteur nucléaire du groupe, où Siemens possède 34 % du capital) vient de voir sa branche d’outre-Rhin prendre la poudre d’escampette. Le groupe électrotechnique de Munich va vendre sa participation évaluée à deux milliards d’euros, après avoir vainement tenté de monter en puissance dans le capital d’Areva, pour pouvoir peser sur la stratégie du groupe, numéro un mondial du nucléaire civil.

C’est l’issue d’un affrontement de plusieurs mois entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, poussés chacun par leurs industriels nationaux. Le retrait de Siemens, qui lorgne maintenant vers une coopération avec les nucléocrates russes si Merkel arrive à faire annuler la clause de non-concurrence de huit ans imposée par Areva, est un nouveau signe de la dégradation des relations franco-allemandes. Areva a maintenant le choix de construire un groupe franco-français en faisant entrer Bouygues et Alsthom dans son capital, à moins que ce ne soit le groupe pétrolier Total ou – scoop ? – Causeur, ou alors de s’allier avec le Japonais Mitsubishi Electrics pour donner à l’étranger l’image rassurante d’un conglomérat multinational.

Cette nouvelle fâcherie franco-allemande ne résulte pas seulement d’une incompatibilité caractérielle entre Nicolas Sarkozy et une chancelière exaspérée par les intrusions régulières du président français dans la « bulle invisible » préservant son intimité corporelle (la bise). C’est bien plus sérieux : telle l’inéluctable dérive des continents, l’éloignement des deux plus puissantes nations d’Europe occidentale est un phénomène lent, mais régulier du paysage géopolitique, qui se signale de temps à autre par quelques craquements audibles de Brest à Berlin. Il faut se féliciter que le recul dramatique de la connaissance de la langue allemande dans nos élites nationales leur épargne la lecture en VO des imprécations lancées par la presse d’outre-Rhin contre la France et son président de la République. L’agitation internationale de Sarkozy est très mal perçue dans les milieux politiques et médiatiques allemands, et le principal hebdomadaire du pays, Der Spiegel, sonne toutes les semaines la charge contre cet avatar de Napoléon, qui ne bénéficie pas à Berlin de la même côte de popularité qu’à Paris ou Ajaccio.

Au cours des derniers mois, des incidents répétés ont donné de la relation franco-allemande une image nettement moins idyllique que celle que l’on avait coutume de vendre aux opinions publiques des deux pays.

Les difficultés d’Airbus (retard dans la livraison des nouveaux modèles) ont comme principale cause des frictions entre les usines françaises et allemandes, une incompatibilité culturelle qui atteint aussi bien les hauts dirigeants que les techniciens et ouvriers : les premiers se flinguent (métaphoriquement) à tout-va dans les buildings de la Défense ou de Francfort, les seconds en arrivent à se colleter (physiquement) dans les ateliers.

La SNCF s’est fait pirater son intranet par la Deutsche Bahn, qui avait trouvé là un moyen économique et rapide de débaucher des conducteurs de trains expérimentés pour ses lignes à grande vitesse. De son côté, la Deutsche Bahn accuse la SNCF de verrouiller son marché intérieur malgré les directives de Bruxelles.

Que reste-t-il d’ARTE qui, dans l’esprit de ses promoteurs François Mitterrand et Helmut Kohl, devait aboutir à rapprocher les imaginaires des téléspectateurs des deux pays ? Las, la communion franco-allemande portée par la Culture/Kultur, l’union des esprits, des âmes et des cœurs par la magie télévisuelle ont vécu. La cohabitation binationale à l’intérieur de la chaîne est aujourd’hui strictement fondée sur une gestion par chacun de ses intérêts bien compris : ultra-confidentielle en Allemagne, ARTE sert de tirelire pour cofinancer des productions diffusées plus tard sur les chaînes publiques d’outre-Rhin (ces documentaires chiants et fictions glauques qui incitent au zapping en France, mais sont fort appréciées chez nos voisins) et, en France, offre un alibi culturel dans le PAF – ce qui ne signifie pas, évidemment, que tout ce qu’elle diffuse soit nul.

Alors à qui la faute ? Répondre à cette question, ce que ne manquent pas de faire tous les esprits forts de part et d’autre du grand fleuve qui nous sépare, en désignant naturellement le voisin, est aussi stupide que de chercher un responsable à la tempête qui vient de dévaster le sud-ouest. Je propose plutôt que l’on prenne acte de cette nouvelle phase de la relation franco-allemande, à tout prendre préférable à celle qui a façonné la première moitié du siècle. Et que l’on cesse de parer les relations entre Etats des sentiments régissant les rapports entre les individus. Cela nous reposerait des clichés à deux balles sur les retrouvailles franco-allemandes dont notre jeunesse d’après-guerre (celle de 39-45) a été abreuvée en même temps que du lait de Mendès-France à la récré.

Toujours jeune, toujours catholique et toujours heureux de l’être

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Il y avait l’opposition à l’avortement. Il y avait la réprobation de l’homosexualité. Il y avait l’accusation de propagation du SIDA en Afrique. Il y avait l’interdiction du divorce. Et puis, il y avait le soupçon de refus du plaisir lors du zizipanpan. Autant de choses que la société ne saurait pardonner.

Depuis samedi, c’est du lourd : il y a la prétendue « réhabilitation » d’un évêque négationniste. Avouez que le catholique, pour être catholique, doit décidément avoir une paire de balloches bien accrochées. Ou être une fille.

Après son arrestation par Vichy, Mounier appelait du fond de la Drôme à revitaliser, voire reviriliser, le catholicisme : « »qu’on ne fasse plus à nos jeunes chrétiens de ces regards sans acier dont on ne sait s’ils offrent ou s’ils mendient l’amour ou je ne sais quel sentiment qui reste entre l’offre et la demande, entre l’amour ou le néant, écrivait-il. Qu’ils apprennent à marcher dans le vent et seuls ». (L’affrontement chrétien)

En l’occurrence, duc in altum, duc in altum : j’avance en eaux profondes, malgré le vent et la tempête, j’avance, j’ai confiance, j’ai confiance, j’ai confiance (il faut le répéter trois fois, sinon ça ne marche pas). Je suis dans le vent, et seul : quel bel exercice pratique que cette levée d’excommunication !

Lorsque je lis, dans La Croix et dans Le Monde, que Matthieu Grimpret, auteur de Jeune, catholique et heureux de l’être, proclame sa « honte d’être catholique », je dis non ! Aujourd’hui encore, je suis jeune et catholique. Je suis surtout toujours heureux de l’être. Et, n’en déplaise, j’en suis même fier. D’ailleurs, on ne peut être fier que des choix difficiles : l’occasion est donc rêvée. Et puisque je ne voudrais pas donner raison aux intégristes, moi, je fais la preuve de mon obéissance filiale sans réserves… voyez l’acier dans mon regard.

Pour autant, et toujours pour ne pas donner raison aux intégristes de tout poil, je sais que la disposition au martyr n’est pas une preuve suffisante de la pertinence d’une position. Alors tâchons de nous expliquer. Car, dans la précipitation habituelle, il est un mot que se renvoient les uns et les autres, de site à site, sans se soucier de sa parfaite inexactitude : le Vatican aurait « réhabilité » Richard Williamson. Selon Matthieu Grimpret, il s’agit même de « rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah ». Au risque de lasser mon lectorat, je dis et je redis non !

Le 7 décembre 1965, le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras lisaient une déclaration commune par laquelle ils levaient les excommunications réciproques prononcées par les deux églises chrétiennes. Quarante-quatre ans après, le dialogue se poursuit continue, franchit des étapes remarquables, mais les églises orthodoxes et catholiques sont toujours séparées. La Fraternité Saint-Pie X (ie les intégristes) en général et Richard Williamson en particulier n’ont donc pas, du seul fait de la levée de l’excommunication qui les frappait, rejoint le giron de l’Eglise catholique romaine.

Le fait d’avoir levé les excommunications permet uniquement d’envisager un dialogue sur les divergences de fond.

Richard Williamson n’est pas aujourd’hui un membre de l’Eglise catholique. Il n’en est pas un fidèle, il n’en est pas un évêque. Et, si le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X promet d’être ardu, avec Richard Williamson, cela promet d’être encore une autre paire d’étoles. Car ce bonhomme apparemment calme qui réussit le tour de force de considérer que le 11 septembre est le fait du gouvernement américain et de citer les Protocoles des sages de Sion, estime aussi que Vatican II est l’œuvre d’un complot judéo-maçonnique contre l’Eglise… Autant dire que, si l’Eglise peut l’endurer, il se montre également insultant à son encontre. L’heure de la « réhabilitation » de Richard Williamson n’a pas sonné. Et l’on peut penser qu’elle ne sonnera jamais.

Williamson est d’ailleurs à ce jour toujours suspens a divinis : il n’est pas en pleine communion avec le Pape, ne peut prêcher dans l’Eglise catholique, ni donner la communion, ou aucun autre sacrement. Les prêtres qu’il ordonne sont toujours eux-mêmes suspens a divinis et les sacrements que donnent ces derniers donnent sont illicites.
Williamson est toujours frappé de cette sanction, contre ce que l’Eglise considère comme un délit, et celle-ci l’empêche de se réclamer de l’Eglise catholique, la seule, la vraie, l’unique, la sainte, l’apostolique et romaine. Bref : la mienne.

Voilà bien toute la quadrature du cercle car nous attendons tous confusément du Pape qu’il pose aujourd’hui un acte clair pour réaffirmer ce que seuls des esprits aussi affûtés que celui de Williamsom peuvent lui contester : son ferme rejet de tout ce que sous-tendent les propos de Willy, et ses propos mêmes. Bref, qu’il le sanctionne, qu’il le colle à Parthenia à la place de Mgr Gaillot, qu’il l’envoie comme le défunt fondateur des Légionnaires du Christ mener une vie de retraite et de prière dans un monastère isolé, où il devra assister chaque jour à la messe en langue vernaculaire, ceci à supposer bien sûr que la justice britannique ne s’en saisisse pas avant.

Seulement voilà : Richard Williamson ne fait pas partie de l’Eglise catholique, et le Pape serait bien en peine de sanctionner. Tragique, non ?

D’ailleurs, on notera que, le Vatican ne pouvant le faire, la Fraternité Saint-Pie X l’a fait et a demandé pardon au Pape et à tous les hommes de bonne volonté pour les propos tenus.
Bref, je comprends parfaitement le trouble causé et l’incompréhension, d’autant que je ne me rencarde moi-même sur les sanctions canoniques que depuis vendredi dernier. Mais, si la tâche est rude, si la communication entre le Vatican et le monde – moins pressé de connaître les formules de l’Eglise que celles d’Harry Potter – est difficile, on ne peut renoncer à expliquer encore. Et l’on ne peut laisser croire, Matthieu, que les divorcés-remariés soient, eux, excommuniés, et que l’Eglise soit en train de négocier le retour d’un évêque qui nie la Shoah.

Je n’ai pas honte d’être catholique car, bien comprise, la décision du Pape, solidaire des juifs, n’emporte évidemment aucune acceptation des « opinions négationnistes et des comportements à l’égard des juifs, inacceptables de la part de certains membres des communautés auxquelles l’évêque de Rome tend la main ».
Je n’ai pas honte d’être catholique quand l’Eglise tente, au-delà de tel ou tel hiérarque, de rassembler les brebis plutôt que de prendre son parti, plus facile, de la division.
Je n’ai pas honte d’être catholique car « les propos négationnistes ne sont pas ceux d’un chrétien ». Ils n’ont rien à voir avec ma foi. Ils ne sont que l’expression de la bêtise ordinaire dont le baptême pas plus que l’ordination ne protègent qui que ce soit.
Je suis pour ma part toujours jeune, toujours catholique, toujours heureux de l’être.
C’est quand le vent se lève qu’il faut tenir la barque.
Les marins le savent.

Alors, comme disent les Marines et Saint-Malo : Semper fidelis.

Pourquery démissionne de Libé

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Un de nos correspondants permanents dans les rédactions parisiennes nous signale qu’il y a à peine quelques minutes, Didier Pourquery, directeur délégué de la rédaction, vient d’annoncer son départ imminent de Libération. Une démission qui serait anodine si le quotidien n’était pas en ébullition permanente depuis plusieurs semaines. Effondrement des ventes (45 000 exemplaires certains jours) ; crainte d’un énième plan de redressement, donc de licenciements ; rumeurs persistantes d’exfiltration de Joffrin vers des cieux plus cléments ; pressions assez bébêtes de l’actionnaire majoritaire pour que chaque journaliste produise « plus de copie par jour », sans trop se soucier de la ligne éditoriale. Et donc maintenant, départ de Pourquery qui dirigeait de fait le journal, pour le plus grand malheur de celui-ci. On imagine donc que Rothschild va devoir lancer un appel à candidature qui s’agrégera, nous en sommes sûrs, au désormais fameux Appel des Appels.

L’axe Paris-Pékin est mal parti

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La Chine veut humilier la France. Dans la tournée européenne que son Premier ministre Wen Jiabao va effectuer cette semaine, Paris fait figure de grand absent. Quel péché, demanderez-vous, avons-nous commis pour mériter ce châtiment aussi exemplaire que public ? Ceux qui pensent que l’ire de Pékin a été attisée par l’entretien que le président de la République a osé accorder au Dalaï Lama ont tout faux, ce ne peut être la véritable motivation des Chinois. La preuve ? Il suffit d’examiner l’itinéraire de Wen Jiabao : parmi les pays non-ignorés figurent l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Or, bien que cela date de six mois, on n’a pas oublié qu’Angela Merkel avait décidé de bouder la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin le 8 août dernier. Dans l’étape suivante de son périple européen, le Premier ministre chinois serrera la main d’un autre boycotteur, Gordon Brown, qui avait annoncé quatre mois avant l’événement son intention de ne pas se rendre à Pékin pour ladite cérémonie. Après un passage de la flamme olympique un peu perturbé à Londres, cette décision avait provoqué la fureur des autorités chinoises qui se sont, comme on peut en juger, calmées depuis.

Contrairement à Merkel et Brown qui ont boycotté la cérémonie d’ouverture sans perdre le droit à cette visite d’Etat, Sarkozy semble avoir perdu sur les deux tableaux. Le président de la République a choisi de se rendre à Pékin, ne voulant trop tirer sur une corde déjà assez raide après les incidents qui avaient émaillé le passage de la flamme à Paris. De plus, non content d’avoir semé la pagaille à Paris, le reporter sans frontières français Robert Menard avait réussi à perturber la cérémonie de l’allumage de la flamme en Grèce, ce qui avait indisposé les Chinois contre la France. Quand les enfants cassent, les parents doivent payer. L’Elysée comprend cette philosophie et préférant les intérêts de la France aux éphémères bénéfices médiatiques d’une position droit-de-l’hommiste, Sarkozy a dépêché sur place Raffarin et Poncelet, porteurs d’une lettre de plates excuses présidentielles à la demoiselle Jin Jing, l’escrimeuse handicapée qui avait porté la flamme olympique lors de son passage mouvementé à Paris.

Peu importe la façon dont on tourne cette affaire, la France a clairement tout fait pour ne pas fâcher les Chinois, assurant en même temps un service minimum vis-à-vis des Tibétains. Paris a certainement fait plus de chemin vers Pékin que Londres et Berlin. Résultats : le sommet sino-européen qui devait avoir lieu à Lyon ainsi que la rencontre prévue entre dirigeants chinois et français pour marquer le 45e anniversaire de l’établissement des relations ente les deux pays sont annulés (« reportés sans nouvelle date », en jargon diplomatique) et Wen Jiabao contourne soigneusement la France. Tout ça pour ça. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères s’emballe alors, avec sa prose d’un autre siècle : « Le revers des relations bilatérales n’est pas de la responsabilité de la Chine, et ce n’est pas ce que nous souhaitons voir » ou encore « Il est mieux que celui qui a fait défasse ce qu’il a fait. Nous espérons que la France prêtera une pleine attention aux préoccupations centrales de la Chine, prendra des mesures concrètes […] et ramènera les relations bilatérales sur la voie d’un développement sain ».

S’il s’agissait seulement d’un jeu diplomatique entre gouvernements, cette prose prêterait plutôt à sourire mais le problème est plus profond. Selon les professionnels du tourisme en France, sur les 9 premiers mois de l’année 2008, la fréquentation des touristes chinois dans l’hôtellerie française aurait chuté de 17%. Ce phénomène coïncide donc avec les « tensions olympiques » et précède la crise économique. Pas très grave ? Peut-être, mais le risque est que par ce jeu le gouvernement chinois transforme la France en une sorte de bouc émissaire responsable de tous les maux de l’Occident. Tout le monde se veut sa photo avec le Dalaï Lama ? c’est la France qui paye. En Grèce, à Londres, San-Francisco et Paris, le passage de la flamme ne se passe pas comme on se l’imaginait à Pékin ? On boycotte Carrefour et annule des voyages en France. Or, une fois qu’ils sont enracinés, il est presque impossible de se débarrasser des ces stéréotypes. Le « France bashing » pourrait devenir un sport national, et en Chine le sport est une affaire sérieuse.

Pourquoi s’en prendre à la France ? La Chine semble fâchée tout rouge contre la France, mais on peut aussi voir les choses autrement : ne cherche-t-elle pas à faire un exemple pour montrer urbi et orbi qu’il ne faut pas l’énerver ? Pour ce genre de démonstration, la cible idéale est celle qui assure un bon rapport risques/gains, autrement dit une victime dont on n’a pas vraiment peur et dont on peut obtenir des excuses avec force courbettes et messages de paix et d’amitié entre les peuples. Et puisque c’est ainsi et parce que nous sommes en crise économique, je propose qu’on nomme Raffarin ambassadeur à Pékin : pour faire le dos rond, il a le physique de l’emploi et pas mal d’expérience.

Les poings sur les i

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Interrogé hier matin dans le journal d’Ali Baddou, Olivier Besancenot s’est cru obligé de faire la leçon à Marc Kravetz, qui lui demandait, très conventionnellement pourtant, si c’était le racisme qui avait motivé ses premiers engagements. Notre ami le postier a tenu à reformuler la question en précisant, pour que les choses soient bien claires, que c’est au contraire l’antiracisme qui avait déclenché ses premiers émois contestataires. Du coup, Kravetz, vexé, a renvoyé l’invité dans ses cordes en lui expliquant sèchement qu’on était sur France Cul et que tout le monde avait compris le sens de la question, sauf lui apparemment.
Kravetz, faut pas le réveiller.

Mourir pour l’Afghanistan ?

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On peut faire semblant de l’oublier : mais la guerre, c’est moche. Et ça tue. Le 18 août, elle a fait brutalement irruption dans la réalité politique et médiatique française, quand dix soldats sont morts dans une embuscade dans une vallée reculée d’Afghanistan. Depuis 2001, la France est présente aux côtés de contingents américains, anglais ou allemands. Une action dans un « cadre multinational », des troupes noyées dans un mille-feuille de commandements multiples. Autant dire que la France n’a pas de stratégie. Ce flottement, cette « impasse militaire totale et durable » a poussé Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération à écrire dans l’urgence Mourir pour l’Afghanistan, (Jacob-Duvernet éditeur).

Merchet ne peut guère être suspecté de ne pas aimer le drapeau et encore moins d’avoir viré antimilitariste. Il tient le blog le plus prodigieusement exotique de Libération, Secret défense, dans lequel à longueur de posts il donne la parole aux galonnés, stratèges militaires ou simples biffins en colère. L’enseigne des lieux dit bien ce qu’elle veut dire : « Rien de ce qui est kaki, bleu marine ou bleu ciel ne nous est étranger. »

En vertu de quoi, Merchet n’aime guère qu’on se planque derrière la dignité des militaires et qu’on se drape dans l’honneur de la patrie ou qu’on radote sur le courage de nos soldats, juste pour éviter de dire clairement pourquoi nous sommes en Afghanistan. « Le soldat peut mourir, mais pas en victime de la figuration internationale », comme l’a dit François Sureau, dans un texte glaçant et sublime publié dans Le Figaro, en août dernier.

Mourir pour l’Afghanistan surprend : en effet, pour Jean-Dominique Merchet, il faut quitter l’Afghanistan et « le plus vite possible ». Au risque de laisser le pays aux Afghans, au risque de « baisser notre niveau d’exigence quant aux résultats obtenus et passer des compromis avec des gens peu recommandables », en clair les islamistes ou trafiquants. Rappelons que la justification officielle de la présence de nos soldats sur place est simple voire simplette : « nous sommes en Afghanistan pour empêcher les attentats dans le métro à Paris », lui explique un responsable militaire Français. Refrain repris en cœur par l’inénarrable ministre de la Défense, Hervé Morin.

Un conte de fées auquel Merchet ne croit pas : si les militaires occidentaux sont là bas pour détruire les « sanctuaires » où se planquent les djihhadistes d’Al-Qaida, qui ensuite visent des tours avec des 747 ou transforment des palaces indiens en Fort Chabrol, autant dire que les Occidentaux font mal leur boulot. En sept ans d’opérations militaires, une seule partie dudit sanctuaire est ratissée. Et personne surtout ne se hasarde à aller gratter du côté pakistanais de la frontière, là ou manifestement on se cache. « Nous luttons contre le terrorisme en Afghanistan, mais nous nous arrêtons à la frontière », rigole Jean-Dominique Merchet. Résultat, non seulement Mollah Omar peut continuer à fuir à mobylette et Ben Laden à menacer la terre entière dans des vidéos collectors, mais en plus la Coalition offre sur un plateau des cibles de choix aux terroristes en la personne de ses vaillants soldats professionnels. Une aubaine pour des terroristes biberonnés à CNN et à Youtube, qui sentent bien que dix militaires tués, dans un petit pays comme la France peuvent déclencher un bordel politique monstre. Surtout quand le Président de la République se précipite sur place et que le ministre de la Défense est suffisamment stupide pour essayer de faire croire que nos « soldats ne sont pas là bas pour faire la guerre, mais pour faire la paix. »

Merchet s’agace aussi du manque de moyens dont disposent les militaires français et narre, par exemple un épisode qui pourrait être comique, la bataille des armées pour obtenir des « tourelleaux téléopérés ». Un truc qui, en gros, permet de tirer sur l’ennemi sans avoir à faire le mariole sur le capot des véhicules blindés, à portée de lance-pierre des talibans. Jean-Dominique Merchet en reste songeur : « Lorsqu’on se penche sur la manière dont fonctionnent conrètement les armements, on se demande parfois si les états-majors ont envisagé, ne serait-ce qu’un seul jour qu’ils puissent être employés à la guerre. La vraie, celle ou l’ennemi n’est pas toujours animé des meilleurs intentions. »

La fin, on la connaît : il est probable que, dans quelques mois ou dans quelques années, il se trouvera un ministre Français pour dire : « Le départ de nos troupes n’est pas une défaite. L’armée est en excellente condition et le moral est élevé. C’est un départ organisé d’un pays que nous n’avions pas l’intention d’occuper. » Il suffira aux officiels français de copier-coller cette déclaration signée des responsables soviétiques en Afghanistan. Entre experts en déculotée, on devrait se comprendre.

Radio nuoc-mam

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Nuit d’insomnie. Je me branche sur Radio Notre-Dame, certain d’y trouver un sommeil céleste, et rapide. Quelle n’est pas ma surprise de tomber sur un dialogue complice entre potiche baptisée et « grand maître » bouddhiste, professeur dans une école dont il est également le directeur (ce qui facilite les choses, n’est-ce pas). Pour des raisons de confidentialité bien compréhensibles, nous appellerons ce dernier le lama Sabactani.
Donc, ledit Dennis Gira, notre guru ensafrané, est à fond dans le lévitement du réel : seul un psy encore plus fou que lui pourrait dire son terrible secret. Et pourtant, ce lama-là va nous cracher deux vérités, si profondes, que parfois on n’arrive pas à remonter :
– Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit (jusque là, j’arrive à suivre).
– Les mots qu’on nous prête n’ont pas le même sens qu’en Occident !
Alors là, je reste coi : c’est aussi les kumquats qui traduisent, non ?
Heureusement le lama brise mon silence gêné, pour enfin nous révéler le fond du fond : la double voie de ce fameux Octuple Chemin qui ne mène à rien.
Et voilà ! « C’est pas plus compliqué que ça », comme dirait ce comte de Sponville. Pour peu qu’on se fixe cet ambitieux objectif, les moyens sont simples, et au nombre de deux :
1. Dépasser l’illusion du « moi » ;
2. dépasser l’illusion de la « permanence ».
Ni être personnalisé, ni permanence dans l’être : le bouddhisme nous enseigne une philosophie de l’impermanence dans le non-être. Autant dire Rien, ou très peu pour moi. « C’était Radio Notre-Dame, Mesdames et Messieurs ! Place maintenant à Fréquence Protestante avec le pasteur Verdâtre… »

Journée mondiale des lépreux

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lepreux

Talentueux dessinateur de presse que l’on retrouve régulièrement dans L’Humanité ou Charlie Hebdo, Babouse rejoint l’équipe de Causeur. Chaque semaine, il nous offrira un regard mordant sur l’actualité et publiera sur son carnet (en ligne dans quelques jours) ses dessins refusés…

Les 40 commandements du Ch'ti

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Renegade Boxing Club

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Thierry Marignac fait partie d’une très vieille tribu littéraire, celle des écrivains dont Octave Mirbeau disait qu’ils se réveillent en colère et se couchent furieux. Que Thierry Marignac ait essentiellement œuvré dans le roman noir, où il a introduit une bienheureuse économie du machisme à l’époque de l’indifférenciation sexuelle généralisée, n’a fait que renforcer sa mauvaise réputation : celle d’un styliste bipolaire et paranoïaque qui a pris ses leçons chez Jacques Rigaut et Arthur Cravan plutôt que dans la droite littéraire post-hussarde à laquelle, sous prétexte qu’il a les cheveux courts et qu’il sait boxer, on l’a assimilé un peu facilement.

En fait, Thierry Marignac fait le seul vrai boulot de tout écrivain qui se respecte : il écrit des choses désagréables et nous apporte de mauvaises nouvelles. Assez logiquement, il risque donc sa peau quand il dit que ça va mal, tant l’abrutissement moderne depuis Flaubert et Baudelaire, condamnés tous les deux par le même procureur Pinard, pousse à confondre le message et le messager.

Le dernier roman de Marignac, Renegade Boxing Club, ne va pas arranger ses affaires. L’histoire d’un quadragénaire exigeant comme un adolescent, à la fois cosmopolite et fou, qui travaille pour la Croix Rouge dans les banlieues toxicomaniaques de la Russie post-soviétique et qui boxe avec des Noirs sur les rings sudoripares de Jersey City, à quelques encablures de Manhattan, au delà du fleuve et sous les containers, cette histoire, donc, ne va pas plaire à tout le monde.

Ne peut pas plaire à tout le monde. Et pour cause.

Un roman de Marignac, c’est toujours l’odeur un peu offensante de la testostérone dans les espaces tragiquement féminisés de la critique littéraire. Qui est donc, se demande le bas-bleu préposé aux infamies en position de force dans les colonnes du bloc central de la presse qui compte, qui est ce type entré dans la carrière avec un roman qui s’appelait Fasciste (1988) ? Un roman qui racontait l’éducation sentimentale et bastonneuse d’un jeune homme décidé à fréquenter les dernières frontières européennes où la géopolitique savait se faire hargneuse, comme par exemple le Belfast de l’IRA et des milices protestantes loyalistes.

Parce que le nerf de Marignac, son carburant intime, son intuition fondatrice, c’est que la fin de l’Histoire, c’est un truc de gonzesse. Pour lui et ses héros, tout continue, tout le temps et sur tous les fronts.

Réac, Marignac ? C’est un peu plus compliqué pour qui aura lu son essai sur Norman Mailer (1990), cet Hemingway du gauchisme tendance Park Avenue et écrivain de génie, aux fictions habitées par une étonnante disposition juive et hormonale à la survie en milieu hostile. Chez Marignac, comme chez Mailer, les vrais durs ne dansent pas. Ils se foutent sur la tronche. Ca ne résout pas les problèmes mais ça soulage. Boire sec, encaisser les coups et tenir le choc en s’obstinant à répéter que casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre, c’est aussi une éthique. Vous pouvez toujours la chercher chez des garçons de la génération de Marignac, chez Musso, Lévy (Marc) ou Jardin : bonne chance et ne faites pas tomber votre grand-mère en ressortant de France-Loisirs.

Pendant ce temps-là, on peut aussi lire Renegade Boxing Club. Le personnage principal s’appelle Dessaignes, il travaille à sauver du sida les héroïnomanes suburbains de la nouvelle Russie ultralibérale. Ne lui dites pas qu’il fait ça par humanisme, vous prendriez un uppercut. Dessaignes n’a pas d’idée, ni d’idéologie. Seulement Dessaignes a un défaut d’homme vivant : malgré sa violence, il n’aime pas la mort. Il a quelque chose de ces militaires mélancoliques qui font la guerre à regret, avec compétence, méthode et le désir d’en finir le plus vite possible. Quand Dessaignes affronte une fois de trop la corruption institutionnalisée, cet autre non du néocapitalisme, autrement dit quand il refsue de donner un quart des médicaments envoyés par la Croix Rouge au caïd local pour que le reste puisse arriver à ceux qui en ont besoin, on lui envoie les troupes spéciales du FSB, en tenue de camouflage.

La Croix Rouge qui n’aime pas les bris de glace le vire. Un homme d’affaire russe qui le trouve compétent l’envoie faire du lobbying à New York pour une ONG vaguement écolo. Dessaignes accepte, part aux States, passe des diplômes de traducteur juridique et vit avec les blacks (pardon les Africains-Américains) pour des raisons de loyer prohibitifs chez les blancs. Il ne comprend pas trop ce que l’homme d’affaire russe lui veut exactement. Alors, en attendant, il se remet à boxer dans un club local de sa banlieue avec Big Steve, entraîneur et petit parrain d’intérêt local. Big Steve lui apprend les lois du ghetto, Dessaignes lui enseigne la diététique et l’avantage décisif des légumes sur le cheeseburger quand il s’agit de tenir plus d’un round.

Hors de question, évidemment de vous raconter la fin, ni ce que sont les entreprises « pâquerettes », ni ce qu’est une « reine arménienne » dans l’argot du goulag et de la mafia russe aux USA. Sachez simplement que vous allez lire un grand roman sur les techniques utiles et les méthodes fécondes, comme la boxe ou la traduction, pour maîtriser le monde et sa complexité. Et qu’il se dégage de Renegade boxing club, roman dépouillé de lyrisme jusqu’à l’os, roman de la virilité mélancolique et des « éclairs de sueur », une paradoxale tendresse. Celle d’un type qui peut lire Essenine dans le texte tout en vous expliquant les machinations pétrolifères transcontinentales des oligarques : « La vie est une tromperie d’une tristesse envoûtante. »

Aux USA aussi, la souffrance sociale

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Les prix de l’immobilier dégringolent aux Etats-Unis. Selon les derniers chiffres, la crise a déjà entraîné dans une vingtaine de grandes villes une baisse avoisinant les 18 %. Mais, plutôt que les statistiques globales, ce sont les petits exemples concrets qui donnent la véritable mesure de la catastrophe. Ainsi un homme qui avait récemment perdu son emploi – la banque qui l’employait ayant fait faillite – a vendu sa maison en Floride pour seulement 100 dollars… Le vendeur est Richard Fuld, ex-PDG du feu Lehman Brothers. L’acheteur est une certaine Kathleen Fuld. Comme c’est curieux, comme c’est curieux, comme c’est curieux et quelle coïncidence[1. Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, scène IV.] !

France-Allemagne, baston à tous les étages

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La dernière entreprise commune franco-allemande non-dysfonctionnante, Areva NP (la branche réacteur nucléaire du groupe, où Siemens possède 34 % du capital) vient de voir sa branche d’outre-Rhin prendre la poudre d’escampette. Le groupe électrotechnique de Munich va vendre sa participation évaluée à deux milliards d’euros, après avoir vainement tenté de monter en puissance dans le capital d’Areva, pour pouvoir peser sur la stratégie du groupe, numéro un mondial du nucléaire civil.

C’est l’issue d’un affrontement de plusieurs mois entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, poussés chacun par leurs industriels nationaux. Le retrait de Siemens, qui lorgne maintenant vers une coopération avec les nucléocrates russes si Merkel arrive à faire annuler la clause de non-concurrence de huit ans imposée par Areva, est un nouveau signe de la dégradation des relations franco-allemandes. Areva a maintenant le choix de construire un groupe franco-français en faisant entrer Bouygues et Alsthom dans son capital, à moins que ce ne soit le groupe pétrolier Total ou – scoop ? – Causeur, ou alors de s’allier avec le Japonais Mitsubishi Electrics pour donner à l’étranger l’image rassurante d’un conglomérat multinational.

Cette nouvelle fâcherie franco-allemande ne résulte pas seulement d’une incompatibilité caractérielle entre Nicolas Sarkozy et une chancelière exaspérée par les intrusions régulières du président français dans la « bulle invisible » préservant son intimité corporelle (la bise). C’est bien plus sérieux : telle l’inéluctable dérive des continents, l’éloignement des deux plus puissantes nations d’Europe occidentale est un phénomène lent, mais régulier du paysage géopolitique, qui se signale de temps à autre par quelques craquements audibles de Brest à Berlin. Il faut se féliciter que le recul dramatique de la connaissance de la langue allemande dans nos élites nationales leur épargne la lecture en VO des imprécations lancées par la presse d’outre-Rhin contre la France et son président de la République. L’agitation internationale de Sarkozy est très mal perçue dans les milieux politiques et médiatiques allemands, et le principal hebdomadaire du pays, Der Spiegel, sonne toutes les semaines la charge contre cet avatar de Napoléon, qui ne bénéficie pas à Berlin de la même côte de popularité qu’à Paris ou Ajaccio.

Au cours des derniers mois, des incidents répétés ont donné de la relation franco-allemande une image nettement moins idyllique que celle que l’on avait coutume de vendre aux opinions publiques des deux pays.

Les difficultés d’Airbus (retard dans la livraison des nouveaux modèles) ont comme principale cause des frictions entre les usines françaises et allemandes, une incompatibilité culturelle qui atteint aussi bien les hauts dirigeants que les techniciens et ouvriers : les premiers se flinguent (métaphoriquement) à tout-va dans les buildings de la Défense ou de Francfort, les seconds en arrivent à se colleter (physiquement) dans les ateliers.

La SNCF s’est fait pirater son intranet par la Deutsche Bahn, qui avait trouvé là un moyen économique et rapide de débaucher des conducteurs de trains expérimentés pour ses lignes à grande vitesse. De son côté, la Deutsche Bahn accuse la SNCF de verrouiller son marché intérieur malgré les directives de Bruxelles.

Que reste-t-il d’ARTE qui, dans l’esprit de ses promoteurs François Mitterrand et Helmut Kohl, devait aboutir à rapprocher les imaginaires des téléspectateurs des deux pays ? Las, la communion franco-allemande portée par la Culture/Kultur, l’union des esprits, des âmes et des cœurs par la magie télévisuelle ont vécu. La cohabitation binationale à l’intérieur de la chaîne est aujourd’hui strictement fondée sur une gestion par chacun de ses intérêts bien compris : ultra-confidentielle en Allemagne, ARTE sert de tirelire pour cofinancer des productions diffusées plus tard sur les chaînes publiques d’outre-Rhin (ces documentaires chiants et fictions glauques qui incitent au zapping en France, mais sont fort appréciées chez nos voisins) et, en France, offre un alibi culturel dans le PAF – ce qui ne signifie pas, évidemment, que tout ce qu’elle diffuse soit nul.

Alors à qui la faute ? Répondre à cette question, ce que ne manquent pas de faire tous les esprits forts de part et d’autre du grand fleuve qui nous sépare, en désignant naturellement le voisin, est aussi stupide que de chercher un responsable à la tempête qui vient de dévaster le sud-ouest. Je propose plutôt que l’on prenne acte de cette nouvelle phase de la relation franco-allemande, à tout prendre préférable à celle qui a façonné la première moitié du siècle. Et que l’on cesse de parer les relations entre Etats des sentiments régissant les rapports entre les individus. Cela nous reposerait des clichés à deux balles sur les retrouvailles franco-allemandes dont notre jeunesse d’après-guerre (celle de 39-45) a été abreuvée en même temps que du lait de Mendès-France à la récré.

Toujours jeune, toujours catholique et toujours heureux de l’être

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Il y avait l’opposition à l’avortement. Il y avait la réprobation de l’homosexualité. Il y avait l’accusation de propagation du SIDA en Afrique. Il y avait l’interdiction du divorce. Et puis, il y avait le soupçon de refus du plaisir lors du zizipanpan. Autant de choses que la société ne saurait pardonner.

Depuis samedi, c’est du lourd : il y a la prétendue « réhabilitation » d’un évêque négationniste. Avouez que le catholique, pour être catholique, doit décidément avoir une paire de balloches bien accrochées. Ou être une fille.

Après son arrestation par Vichy, Mounier appelait du fond de la Drôme à revitaliser, voire reviriliser, le catholicisme : « »qu’on ne fasse plus à nos jeunes chrétiens de ces regards sans acier dont on ne sait s’ils offrent ou s’ils mendient l’amour ou je ne sais quel sentiment qui reste entre l’offre et la demande, entre l’amour ou le néant, écrivait-il. Qu’ils apprennent à marcher dans le vent et seuls ». (L’affrontement chrétien)

En l’occurrence, duc in altum, duc in altum : j’avance en eaux profondes, malgré le vent et la tempête, j’avance, j’ai confiance, j’ai confiance, j’ai confiance (il faut le répéter trois fois, sinon ça ne marche pas). Je suis dans le vent, et seul : quel bel exercice pratique que cette levée d’excommunication !

Lorsque je lis, dans La Croix et dans Le Monde, que Matthieu Grimpret, auteur de Jeune, catholique et heureux de l’être, proclame sa « honte d’être catholique », je dis non ! Aujourd’hui encore, je suis jeune et catholique. Je suis surtout toujours heureux de l’être. Et, n’en déplaise, j’en suis même fier. D’ailleurs, on ne peut être fier que des choix difficiles : l’occasion est donc rêvée. Et puisque je ne voudrais pas donner raison aux intégristes, moi, je fais la preuve de mon obéissance filiale sans réserves… voyez l’acier dans mon regard.

Pour autant, et toujours pour ne pas donner raison aux intégristes de tout poil, je sais que la disposition au martyr n’est pas une preuve suffisante de la pertinence d’une position. Alors tâchons de nous expliquer. Car, dans la précipitation habituelle, il est un mot que se renvoient les uns et les autres, de site à site, sans se soucier de sa parfaite inexactitude : le Vatican aurait « réhabilité » Richard Williamson. Selon Matthieu Grimpret, il s’agit même de « rendre toute sa place à un évêque qui nie la Shoah ». Au risque de lasser mon lectorat, je dis et je redis non !

Le 7 décembre 1965, le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras lisaient une déclaration commune par laquelle ils levaient les excommunications réciproques prononcées par les deux églises chrétiennes. Quarante-quatre ans après, le dialogue se poursuit continue, franchit des étapes remarquables, mais les églises orthodoxes et catholiques sont toujours séparées. La Fraternité Saint-Pie X (ie les intégristes) en général et Richard Williamson en particulier n’ont donc pas, du seul fait de la levée de l’excommunication qui les frappait, rejoint le giron de l’Eglise catholique romaine.

Le fait d’avoir levé les excommunications permet uniquement d’envisager un dialogue sur les divergences de fond.

Richard Williamson n’est pas aujourd’hui un membre de l’Eglise catholique. Il n’en est pas un fidèle, il n’en est pas un évêque. Et, si le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X promet d’être ardu, avec Richard Williamson, cela promet d’être encore une autre paire d’étoles. Car ce bonhomme apparemment calme qui réussit le tour de force de considérer que le 11 septembre est le fait du gouvernement américain et de citer les Protocoles des sages de Sion, estime aussi que Vatican II est l’œuvre d’un complot judéo-maçonnique contre l’Eglise… Autant dire que, si l’Eglise peut l’endurer, il se montre également insultant à son encontre. L’heure de la « réhabilitation » de Richard Williamson n’a pas sonné. Et l’on peut penser qu’elle ne sonnera jamais.

Williamson est d’ailleurs à ce jour toujours suspens a divinis : il n’est pas en pleine communion avec le Pape, ne peut prêcher dans l’Eglise catholique, ni donner la communion, ou aucun autre sacrement. Les prêtres qu’il ordonne sont toujours eux-mêmes suspens a divinis et les sacrements que donnent ces derniers donnent sont illicites.
Williamson est toujours frappé de cette sanction, contre ce que l’Eglise considère comme un délit, et celle-ci l’empêche de se réclamer de l’Eglise catholique, la seule, la vraie, l’unique, la sainte, l’apostolique et romaine. Bref : la mienne.

Voilà bien toute la quadrature du cercle car nous attendons tous confusément du Pape qu’il pose aujourd’hui un acte clair pour réaffirmer ce que seuls des esprits aussi affûtés que celui de Williamsom peuvent lui contester : son ferme rejet de tout ce que sous-tendent les propos de Willy, et ses propos mêmes. Bref, qu’il le sanctionne, qu’il le colle à Parthenia à la place de Mgr Gaillot, qu’il l’envoie comme le défunt fondateur des Légionnaires du Christ mener une vie de retraite et de prière dans un monastère isolé, où il devra assister chaque jour à la messe en langue vernaculaire, ceci à supposer bien sûr que la justice britannique ne s’en saisisse pas avant.

Seulement voilà : Richard Williamson ne fait pas partie de l’Eglise catholique, et le Pape serait bien en peine de sanctionner. Tragique, non ?

D’ailleurs, on notera que, le Vatican ne pouvant le faire, la Fraternité Saint-Pie X l’a fait et a demandé pardon au Pape et à tous les hommes de bonne volonté pour les propos tenus.
Bref, je comprends parfaitement le trouble causé et l’incompréhension, d’autant que je ne me rencarde moi-même sur les sanctions canoniques que depuis vendredi dernier. Mais, si la tâche est rude, si la communication entre le Vatican et le monde – moins pressé de connaître les formules de l’Eglise que celles d’Harry Potter – est difficile, on ne peut renoncer à expliquer encore. Et l’on ne peut laisser croire, Matthieu, que les divorcés-remariés soient, eux, excommuniés, et que l’Eglise soit en train de négocier le retour d’un évêque qui nie la Shoah.

Je n’ai pas honte d’être catholique car, bien comprise, la décision du Pape, solidaire des juifs, n’emporte évidemment aucune acceptation des « opinions négationnistes et des comportements à l’égard des juifs, inacceptables de la part de certains membres des communautés auxquelles l’évêque de Rome tend la main ».
Je n’ai pas honte d’être catholique quand l’Eglise tente, au-delà de tel ou tel hiérarque, de rassembler les brebis plutôt que de prendre son parti, plus facile, de la division.
Je n’ai pas honte d’être catholique car « les propos négationnistes ne sont pas ceux d’un chrétien ». Ils n’ont rien à voir avec ma foi. Ils ne sont que l’expression de la bêtise ordinaire dont le baptême pas plus que l’ordination ne protègent qui que ce soit.
Je suis pour ma part toujours jeune, toujours catholique, toujours heureux de l’être.
C’est quand le vent se lève qu’il faut tenir la barque.
Les marins le savent.

Alors, comme disent les Marines et Saint-Malo : Semper fidelis.

Pourquery démissionne de Libé

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Un de nos correspondants permanents dans les rédactions parisiennes nous signale qu’il y a à peine quelques minutes, Didier Pourquery, directeur délégué de la rédaction, vient d’annoncer son départ imminent de Libération. Une démission qui serait anodine si le quotidien n’était pas en ébullition permanente depuis plusieurs semaines. Effondrement des ventes (45 000 exemplaires certains jours) ; crainte d’un énième plan de redressement, donc de licenciements ; rumeurs persistantes d’exfiltration de Joffrin vers des cieux plus cléments ; pressions assez bébêtes de l’actionnaire majoritaire pour que chaque journaliste produise « plus de copie par jour », sans trop se soucier de la ligne éditoriale. Et donc maintenant, départ de Pourquery qui dirigeait de fait le journal, pour le plus grand malheur de celui-ci. On imagine donc que Rothschild va devoir lancer un appel à candidature qui s’agrégera, nous en sommes sûrs, au désormais fameux Appel des Appels.

L’axe Paris-Pékin est mal parti

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La Chine veut humilier la France. Dans la tournée européenne que son Premier ministre Wen Jiabao va effectuer cette semaine, Paris fait figure de grand absent. Quel péché, demanderez-vous, avons-nous commis pour mériter ce châtiment aussi exemplaire que public ? Ceux qui pensent que l’ire de Pékin a été attisée par l’entretien que le président de la République a osé accorder au Dalaï Lama ont tout faux, ce ne peut être la véritable motivation des Chinois. La preuve ? Il suffit d’examiner l’itinéraire de Wen Jiabao : parmi les pays non-ignorés figurent l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Or, bien que cela date de six mois, on n’a pas oublié qu’Angela Merkel avait décidé de bouder la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin le 8 août dernier. Dans l’étape suivante de son périple européen, le Premier ministre chinois serrera la main d’un autre boycotteur, Gordon Brown, qui avait annoncé quatre mois avant l’événement son intention de ne pas se rendre à Pékin pour ladite cérémonie. Après un passage de la flamme olympique un peu perturbé à Londres, cette décision avait provoqué la fureur des autorités chinoises qui se sont, comme on peut en juger, calmées depuis.

Contrairement à Merkel et Brown qui ont boycotté la cérémonie d’ouverture sans perdre le droit à cette visite d’Etat, Sarkozy semble avoir perdu sur les deux tableaux. Le président de la République a choisi de se rendre à Pékin, ne voulant trop tirer sur une corde déjà assez raide après les incidents qui avaient émaillé le passage de la flamme à Paris. De plus, non content d’avoir semé la pagaille à Paris, le reporter sans frontières français Robert Menard avait réussi à perturber la cérémonie de l’allumage de la flamme en Grèce, ce qui avait indisposé les Chinois contre la France. Quand les enfants cassent, les parents doivent payer. L’Elysée comprend cette philosophie et préférant les intérêts de la France aux éphémères bénéfices médiatiques d’une position droit-de-l’hommiste, Sarkozy a dépêché sur place Raffarin et Poncelet, porteurs d’une lettre de plates excuses présidentielles à la demoiselle Jin Jing, l’escrimeuse handicapée qui avait porté la flamme olympique lors de son passage mouvementé à Paris.

Peu importe la façon dont on tourne cette affaire, la France a clairement tout fait pour ne pas fâcher les Chinois, assurant en même temps un service minimum vis-à-vis des Tibétains. Paris a certainement fait plus de chemin vers Pékin que Londres et Berlin. Résultats : le sommet sino-européen qui devait avoir lieu à Lyon ainsi que la rencontre prévue entre dirigeants chinois et français pour marquer le 45e anniversaire de l’établissement des relations ente les deux pays sont annulés (« reportés sans nouvelle date », en jargon diplomatique) et Wen Jiabao contourne soigneusement la France. Tout ça pour ça. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères s’emballe alors, avec sa prose d’un autre siècle : « Le revers des relations bilatérales n’est pas de la responsabilité de la Chine, et ce n’est pas ce que nous souhaitons voir » ou encore « Il est mieux que celui qui a fait défasse ce qu’il a fait. Nous espérons que la France prêtera une pleine attention aux préoccupations centrales de la Chine, prendra des mesures concrètes […] et ramènera les relations bilatérales sur la voie d’un développement sain ».

S’il s’agissait seulement d’un jeu diplomatique entre gouvernements, cette prose prêterait plutôt à sourire mais le problème est plus profond. Selon les professionnels du tourisme en France, sur les 9 premiers mois de l’année 2008, la fréquentation des touristes chinois dans l’hôtellerie française aurait chuté de 17%. Ce phénomène coïncide donc avec les « tensions olympiques » et précède la crise économique. Pas très grave ? Peut-être, mais le risque est que par ce jeu le gouvernement chinois transforme la France en une sorte de bouc émissaire responsable de tous les maux de l’Occident. Tout le monde se veut sa photo avec le Dalaï Lama ? c’est la France qui paye. En Grèce, à Londres, San-Francisco et Paris, le passage de la flamme ne se passe pas comme on se l’imaginait à Pékin ? On boycotte Carrefour et annule des voyages en France. Or, une fois qu’ils sont enracinés, il est presque impossible de se débarrasser des ces stéréotypes. Le « France bashing » pourrait devenir un sport national, et en Chine le sport est une affaire sérieuse.

Pourquoi s’en prendre à la France ? La Chine semble fâchée tout rouge contre la France, mais on peut aussi voir les choses autrement : ne cherche-t-elle pas à faire un exemple pour montrer urbi et orbi qu’il ne faut pas l’énerver ? Pour ce genre de démonstration, la cible idéale est celle qui assure un bon rapport risques/gains, autrement dit une victime dont on n’a pas vraiment peur et dont on peut obtenir des excuses avec force courbettes et messages de paix et d’amitié entre les peuples. Et puisque c’est ainsi et parce que nous sommes en crise économique, je propose qu’on nomme Raffarin ambassadeur à Pékin : pour faire le dos rond, il a le physique de l’emploi et pas mal d’expérience.

Les poings sur les i

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Interrogé hier matin dans le journal d’Ali Baddou, Olivier Besancenot s’est cru obligé de faire la leçon à Marc Kravetz, qui lui demandait, très conventionnellement pourtant, si c’était le racisme qui avait motivé ses premiers engagements. Notre ami le postier a tenu à reformuler la question en précisant, pour que les choses soient bien claires, que c’est au contraire l’antiracisme qui avait déclenché ses premiers émois contestataires. Du coup, Kravetz, vexé, a renvoyé l’invité dans ses cordes en lui expliquant sèchement qu’on était sur France Cul et que tout le monde avait compris le sens de la question, sauf lui apparemment.
Kravetz, faut pas le réveiller.

Mourir pour l’Afghanistan ?

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On peut faire semblant de l’oublier : mais la guerre, c’est moche. Et ça tue. Le 18 août, elle a fait brutalement irruption dans la réalité politique et médiatique française, quand dix soldats sont morts dans une embuscade dans une vallée reculée d’Afghanistan. Depuis 2001, la France est présente aux côtés de contingents américains, anglais ou allemands. Une action dans un « cadre multinational », des troupes noyées dans un mille-feuille de commandements multiples. Autant dire que la France n’a pas de stratégie. Ce flottement, cette « impasse militaire totale et durable » a poussé Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération à écrire dans l’urgence Mourir pour l’Afghanistan, (Jacob-Duvernet éditeur).

Merchet ne peut guère être suspecté de ne pas aimer le drapeau et encore moins d’avoir viré antimilitariste. Il tient le blog le plus prodigieusement exotique de Libération, Secret défense, dans lequel à longueur de posts il donne la parole aux galonnés, stratèges militaires ou simples biffins en colère. L’enseigne des lieux dit bien ce qu’elle veut dire : « Rien de ce qui est kaki, bleu marine ou bleu ciel ne nous est étranger. »

En vertu de quoi, Merchet n’aime guère qu’on se planque derrière la dignité des militaires et qu’on se drape dans l’honneur de la patrie ou qu’on radote sur le courage de nos soldats, juste pour éviter de dire clairement pourquoi nous sommes en Afghanistan. « Le soldat peut mourir, mais pas en victime de la figuration internationale », comme l’a dit François Sureau, dans un texte glaçant et sublime publié dans Le Figaro, en août dernier.

Mourir pour l’Afghanistan surprend : en effet, pour Jean-Dominique Merchet, il faut quitter l’Afghanistan et « le plus vite possible ». Au risque de laisser le pays aux Afghans, au risque de « baisser notre niveau d’exigence quant aux résultats obtenus et passer des compromis avec des gens peu recommandables », en clair les islamistes ou trafiquants. Rappelons que la justification officielle de la présence de nos soldats sur place est simple voire simplette : « nous sommes en Afghanistan pour empêcher les attentats dans le métro à Paris », lui explique un responsable militaire Français. Refrain repris en cœur par l’inénarrable ministre de la Défense, Hervé Morin.

Un conte de fées auquel Merchet ne croit pas : si les militaires occidentaux sont là bas pour détruire les « sanctuaires » où se planquent les djihhadistes d’Al-Qaida, qui ensuite visent des tours avec des 747 ou transforment des palaces indiens en Fort Chabrol, autant dire que les Occidentaux font mal leur boulot. En sept ans d’opérations militaires, une seule partie dudit sanctuaire est ratissée. Et personne surtout ne se hasarde à aller gratter du côté pakistanais de la frontière, là ou manifestement on se cache. « Nous luttons contre le terrorisme en Afghanistan, mais nous nous arrêtons à la frontière », rigole Jean-Dominique Merchet. Résultat, non seulement Mollah Omar peut continuer à fuir à mobylette et Ben Laden à menacer la terre entière dans des vidéos collectors, mais en plus la Coalition offre sur un plateau des cibles de choix aux terroristes en la personne de ses vaillants soldats professionnels. Une aubaine pour des terroristes biberonnés à CNN et à Youtube, qui sentent bien que dix militaires tués, dans un petit pays comme la France peuvent déclencher un bordel politique monstre. Surtout quand le Président de la République se précipite sur place et que le ministre de la Défense est suffisamment stupide pour essayer de faire croire que nos « soldats ne sont pas là bas pour faire la guerre, mais pour faire la paix. »

Merchet s’agace aussi du manque de moyens dont disposent les militaires français et narre, par exemple un épisode qui pourrait être comique, la bataille des armées pour obtenir des « tourelleaux téléopérés ». Un truc qui, en gros, permet de tirer sur l’ennemi sans avoir à faire le mariole sur le capot des véhicules blindés, à portée de lance-pierre des talibans. Jean-Dominique Merchet en reste songeur : « Lorsqu’on se penche sur la manière dont fonctionnent conrètement les armements, on se demande parfois si les états-majors ont envisagé, ne serait-ce qu’un seul jour qu’ils puissent être employés à la guerre. La vraie, celle ou l’ennemi n’est pas toujours animé des meilleurs intentions. »

La fin, on la connaît : il est probable que, dans quelques mois ou dans quelques années, il se trouvera un ministre Français pour dire : « Le départ de nos troupes n’est pas une défaite. L’armée est en excellente condition et le moral est élevé. C’est un départ organisé d’un pays que nous n’avions pas l’intention d’occuper. » Il suffira aux officiels français de copier-coller cette déclaration signée des responsables soviétiques en Afghanistan. Entre experts en déculotée, on devrait se comprendre.

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