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Non à l’Ordre décroissant !

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Il y a bientôt trente ans, un philosophe et cinéaste du siècle dernier, amateur de vin naturel et suicidé dans une campagne isolée remarquait : « Elle est devenue ingouvernable, cette « terre gâtée » où les souffrances se déguisent sous le nom d’anciens plaisirs ; et où les gens ont si peur. Ils tournent en rond dans la nuit et ils sont consumés par le feu. Ils se réveillent effarés, et ils cherchent en tâtonnant la vie. Le bruit court que ceux qui l’expropriaient l’ont, pour comble, égarée[1. Guy Debord, In girum…]. »

Le bruit est devenu une certitude pendant ces trois décennies qui se concluent cette saison-ci par un effondrement inéluctable de la société spectaculaire-marchande que seuls nient avec un acharnement autiste quelques commentateurs ultralibéraux et médiatiques qui ont fait pendant des années passer leur propagande pour de l’information. Le keynésianisme soudain de Sarkozy, la mutité inhabituelle du Medef, les plans de relance des banques centrales aussi tragiquement inefficaces que les charges de nos poilus pendant l’offensive Nivelle, tout cela indique bien la fin d’une civilisation. On ne la pleurera pas : comme le disait notre philosophe dyspeptique, ce qu’elle nous a volé, elle a eu en plus la bêtise de le perdre et la bêtise n’a jamais suscité de nostalgie.

Pour ceux qui se demanderaient ce qui a été volé, on pourra leur répondre : à peu près tout. Celui qui croyait au capitalisme a perdu son argent et celui qui n’y croyait pas a perdu une planète, avec ses saisons, ses îles, ses oiseau dans le ciel et ses animaux sur la terre. Il paraît que ces trente ans nous ont rendus globalement plus riches et ce globalement n’est pas sans me rappeler celui du camarade Marchais qualifiant le bilan des pays de l’Est. Si nous avons été plus riches, c’est surtout en cancers environnementaux, dépressions nerveuses, nourritures toxiques, crispations ethniques et peur généralisée dans le monde du travail.

C’est donc avec un certain plaisir que nous voyons le Léviathan un genou en terre, contemplant son Mane Thecel Phares[2. Mane, Thecel, Phares : « Tes jours sont comptés ; tu as été trouvé trop léger dans la balance ; ton royaume sera partagé. » Cette inscription apparaît sur le mur alors que Balthazar, le dernier roi de Babylone, fait servir dans les vases enlevés au temple de Jérusalem au cours d’une orgie.], s’écrivant en lettres de feu sur les murs de Wall Street.

Tout le problème est maintenant de savoir par quoi remplacer le monstre. L’auteur de ces lignes aurait tendance à croire que le mieux serait une bonne vieille appropriation collective de ce qui reste des moyens de production, une redistribution équitable organisée temporairement par un Etat fort qui dépérira naturellement ensuite pour que nous vivions enfin dans un monde où, comme disait l’autre, le libre développement de chacun sera l’unique condition du libre développement de tous. Mais enfin, je ne veux obliger personne à vivre dans une société réellement socialiste, bien que moi on m’ait obligé depuis ma naissance à vivre dans une société réellement capitaliste. C’est à cela qu’on pourra remarquer mon tempérament peu rancunier.

Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’autres solutions et que celle qui est à la mode en ce moment, la décroissance, a de quoi faire un peu peur. Pour ceux qui lisent le journal mensuel du même nom (La Décroissance), ils pourront se faire une idée de ce que nous préparent ces scouts de l’apocalypse. Une manière de société villageoise (or le village est le lieu de l’enfermement endogame, de toutes les superstitions, ragots, incestes et espionnages mutuels) avec convivialité obligatoire. La solitude sera suspecte, tout comme traîner sous la douche avec l’être aimé plus de cinq minutes car votre histoire d’eau blesserait Gaïa (entendez la Terre comme être vivant). Le décroissant est ennuyeux, voire inquiétant comme toute personne qui veut régir votre vie quotidienne jusque dans les moindres détails. A côté des recommandations des décroissants en matière de nourriture, de transport, d’habillement, d’ameublement, de chauffage, d’enseignement, le Lévitique passe pour un livre punk et cool à la fois.

Certes le décroissant est pétri de bonnes intentions, comme les pavés de l’enfer mais je trouve toujours un peu gênant, d’un point de vue méthodologique, de vouloir commencer la révolution en demandant à des individus de changer leur comportement, et non à des structures, comme si l’ouvrier qui roule dans une bagnole hors d’âge pour cause de pouvoir d’achat anémié devait se sentir coupable de sa pauvreté. Plus coupable en tout cas que le bobo qui rachète sa bonne conscience, exactement comme au temps des Indulgences Papales, avec des cartes de pollueurs-citoyens, dites de « compensation carbone » (grâce à votre don, on fera tourner une usine hydroélectrique chinoise) qu’on peut trouver dans les boutiques Natures et Découvertes. Ces boutiques qui incarnent assez bien, par leurs produits, leur design et leur clientèle, le côté atrocement « sympa » d’un monde peuplé de décroissants lecteurs du Walden de Thoreau, cette bible du totalitarisme soft et vert qui risque d’être notre avenir post-capitaliste. Si nous laissons faire, par trouille et finalement, par une nouvelle résignation à un nouvel ordre des choses…

Vive le Québec pas libre !

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Dans la Belle Province, on s’interroge toujours de savoir pourquoi notre président a précisément choisi le sommet de la francophonie pour marquer ses distances avec ceux de nos lointains cousins qui, là-bas, réclament plus d’autonomie. Peut-être ne leur a-t-il pas pardonné d’avoir inventé le détestable mot de « souverainisme » ?

Obama-Mc Cain, ces rats qui quittent le navire

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Cette campagne présidentielle devient très étrange. La campagne du candidat républicain sur les relations douteuses de Barack Obama (avec l’ex-terroriste d’extrême gauche Bill Ayers et le pasteur noir raciste Jeremiah Wright), a suscité l’ire de deux journalistes qui, sur CNN, ont entonné le dernier refrain à la mode selon lequel le noble McCain d’hier se serait transformé en vilain petit Mc Cain. Christopher Buckley, éditorialiste de la très conservatrice National Review, a récemment apporté son soutien à Obama, déplorant lui aussi, la disparition du bon vieux McCain d’antan. Quant à David Brooks, le plus droitier des chroniqueurs du New York Times, il a carrément qualifié Sarah Palin de « cancer ».

Pour replacer les choses dans leur contexte, il faut rappeler que, pendant la campagne de 1988, les attaques de George Bush père contre Michael Dukakis au sujet de Willie Horton[1. Willie Horton, condamné à la réclusion à perpétuité pour meurtre, une peine qu’il purgeait dans une prison à Massachussetts, a bénéficié d’une permission de weekend pendant laquelle il a commis un vol à main armée et un viol. La campagne de George Bush a utilisé cette affaire pour attaquer Dukakis, gouverneur du Massachussetts ; une attaque considérée comme décisive pour la victoire du candidat républicain.] furent bien plus rudes, comme d’ailleurs celles de Bush fils pendant les campagnes de 2000 et 2004. Par rapport à ce que nous avons vu des deux côtés ces dernières années, la campagne de McCain est plutôt modérée. D’autre part, il faut savoir que le « vilain McCain » est une invention subtile de l’équipe Obama qui, en réalité, a su, mener – sans avoir l’air d’y toucher – une campagne bien plus vicelarde.

Barack et les siens ont été les premiers, comme l’avait annoncé Bill Clinton, à jouer la « carte raciale ». Préventivement, sans doute, mais à deux reprises au moins, Obama a alerté les Américains qu’il allait être victime de la part de ses adversaires d’une manipulation des stéréotypes raciaux.

Son staff, à l’instar de Joe Biden, continue de hurler au racisme chaque fois que se posent des questions légitimes concernant le passé d’Obama.

Accessoirement, depuis trois mois, on n’entend plus parler que de l’âge du capitaine McCain : « confus », « ne se souvient plus », « perturbé », « perdant ses repères », etc. Pourtant, que je sache, les supporters de McCain n’ont pas « hacké » les courriels de Biden, ni ne l’ont accusé d’être un nazi ; ils n’ont soupçonné personne de ne pas être le parent de l’un de ses enfants. Pour pousser la comparaison, on ne trouve heureusement pas de pasteurs blancs racistes qui qualifient McCain de « Messie », ni d’autres qui soient prêts à bourrer les urnes en son nom.

Simplement, un grand nombre de modérés et de conservateurs sont las de Bush – et aussi de la haine anti-Bush, des leçons et autres accusations de « racisme » et de « danger pour les libertés » venant d’Europe. Dans cette lassitude, ils finissent par se dire qu’au moins Obama les débarrassera de ce fardeau, les fera aimer à l’étranger et mettra fin aux clivages blanc/noir et rouge/bleu[2. Démocrates/Républicains.].

Ils pourraient juste se demander si Jimmy Carter est arrivé à restaurer « l’Amérique authentique » avec ses campagnes sur les Droits de l’homme, l’éloge des dictateurs de gauche, le dialogue pendant la crise des otages iraniens avec ceux qui nous traitaient de Grand Satan, ou le message : « N’ayons plus peur du communisme ! »

A fortiori, maintenant qu’Obama est donné gagnant avec de plusieurs points d’avance, certains, dans les allées mêmes du pouvoir, en viennent à penser qu’il est temps de changer de cheval pour gagner la course. En tant qu’intellectuels, ils espèrent même convaincre les plus subtils des démocrates de rejoindre le camp des vainqueurs : le leur !

Ces gens-là ne sauraient pactiser avec une Sarah « Cancer » Palin, qui même avec l’aide de son mari Todd, serait bien incapable de parler intelligemment de Proust. En revanche elle en sait long sur les fusils à pompe, et même sur les machines à déneiger.

En outre, beaucoup de modérés qui de toute façon n’auraient pas voté McCain ne retrouvent plus dans son discours actuel ce qu’ils y appréciaient autrefois le plus: ses attaques ironiques contre Bush le simpliste et autres conservateurs en carton-pâte.

Mais aujourd’hui, McCain a une campagne sur les bras, et ce n’est pas le moment pour lui de jouer au noble « loser ». Pour l’instant il faut juste qu’il soit bon : s’il perd, il aura tout le temps d’être parfait.

Obama a si brillamment balisé le terrain médiatique que quand il accepte le soutien de Louis Farrakhan personne ne s’offusque. Quand ses supporters traitent Sarah Palin alternativement de nazie ou de pouffe – et McCain de raciste et de sénile, tout le monde trouve ça normal. En revanche quand les caméras de télé repèrent un unique T-shirt raciste dans une foule de 10.000 personnes venus soutenir McCain, là, ça barde !

Bien sûr, la plupart des conservateurs ne sont pas dupes de ce tour de dupes ; mais il suffit qu’un seul d’entre eux soit soudain indigné par les « bassesses » de la campagne McCain pour que CNN en parle aussitôt.

Si j’écrivais une tribune louant l’intelligence d’Obama, ses goûts littéraires exquis et sa métrosexualité, j’aurais l’air d’un homme de principes et non d’un cynique, d’un berger plutôt que d’un mouton.

Mais je me dois de prévenir les conservateurs qui s’apprêtent à virer leur cuti : voter Obama, cela signifiera des impôts plus élevés, un gouvernement plus interventionniste, des juges gauchisants à la Cour suprême, l’ouverture des frontières, une politique étrangère encore plus axée sur l’ONU, le dialogue avec l’Iran, moins de charbon, de pétrole et d’énergie nucléaire produits aux Etats-Unis. C’est ça, chers transfuges, vos « vraies valeurs de droite » ?

Tout compte fait, Obama est beaucoup plus à gauche que McCain n’est à droite. Au Sénat par exemple, le démocrate s’est montré nettement plus sectaire que le républicain dans ses votes.

Pour ceux qui ont lu Les Deux tours de Tolkien, je pose la question : en quoi avez-vous confiance ? En la voix rauque de Gandalf détaillant les dangers du sarumanisme, ou en celle, charmante et melliflue, de Saruman en personne qui veut venger le monde entier de sa victimitude supposée ?

Jumping ship, traduit de l’anglais par Basile de Koch.

Promotion ascenseur

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Olga Zinnenfals était la honte de sa famille. C’était une fille sans intelligence ni charme. Ses cheveux clairs, ses taches de rousseur et son teint rougeaud semblaient l’éloigner à jamais des affres de la chair. Ses dix-neuf printemps et ses hanches déjà larges ne laissaient présager rien d’autre qu’un avenir écrit d’avance, celui d’une Emma Bovary qui ne trouverait jamais son Flaubert.

On ne sait si c’est sa jeunesse, sa naïveté ou l’abus de mauvais vin – peut-être les trois – qui finirent de convaincre Herr Brommer, directeur de la Bausparkasse de Zorndorf, de jouer avec elle à la chevauchée fantastique lors de la kermesse annuelle du village. C’était un soir de l’été 1953. La nuit tombait à peine et l’on entendait au loin un orchestre de cuivres massacrer Rosamunde sur la grand’ place.

Rosamunde schenk mir dein Herz und sag ja
Rosamunde frag erst doch nicht die Mama
Rosamunde glaub mir auch ich bin dir treu
denn zur Stunde Rosamunde ist mein Herz grade noch frei

Neuf mois plus tard, Olga Zinnenfals devenait guichetière à la Bausparkasse de Zorndorf. Dix-neuf ans plus tard, son fils Bernd y était employé comme simple commis, avant de gravir un à un les échelons pour devenir au bout de trente ans guichetier principal – le malheur voulut qu’au moment où il accédait à ce grade la direction diminua les effectifs et Bernd se retrouva ainsi seul guichetier à Zorndorf, n’ayant plus d’autre choix que d’exercer ses qualités de manager-né sur lui-même.

Aujourd’hui c’est Joachim Zinnenfals, le petit-fils d’Olga, qui dirige, dans son petit costume trois-pièces, la Bausparkasse de Zorndorf.

De ces histoires si importantes pour l’humanité puisque elles sont humaines, aucun journal ne parle jamais. Hommes de goût et d’esprit, les échotiers ne se rabaissent jamais au raz de caniveau. Quant aux grands-mères de Zorndorf, elles n’ont pas attendu d’avoir Alzheimer pour ne pas se répandre en commérages sur cette ténébreuse affaire.

C’est que, directeur de la Bausparkasse de Zorndorf, Herr Brommer n’était pas le patron de je-ne-sais-quel fond monétaire international ni même un satire qui aime trousser la fille rougeaude le soir au fond des bois. C’était juste, à Zorndorf, un homme tout-puissant.

Ruée mystérieuse à Paris

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Même les fans absolus de Woody Allen sont bien obligés de le reconnaître : son dernier film, Vicky Cristina Barcelona, est, pour le dire gentiment, un peu léger. Comment expliquer alors l’engouement du public parisien qui afflue dans les salles de la Rive Gauche ? L’hypothèse la plus vraisemblable est que faire la queue pendant une heure pour voir Woody Allen , ça vous console de ne pas pouvoir voter Obama…

Les Indignés de la République

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Après lecture des innombrables commentaires de mon dernier article (merci à tous, au passage), je me rends compte qu’un aspect de ma pensée a échappé à nombre de mes contempteurs, ainsi qu’à certains de mes défenseurs. Rien d’étonnant à cela : il ne s’agit pas de quelque chose que j’ai dit, mais de quelque chose que je n’ai pas dit : à aucun moment, je ne me suis indigné que des milliers de jeunes Franco-maghrébins aient sifflé la Marseillaise au Stade de France, ni n’ai suggéré qu’on se devait de l’être. Et pour cause, ce qui m’a indigné dans cette affaire, c’est justement l’indignation générale.

Les huées elles-mêmes ne m’ont pas choqué. Depuis des mois, ce match était préparé pour qu’on n’y sifflât pas, pour venger l’affront des rencontres de 2001 et 2007 avec l’Algérie et le Maroc. Des escouades de travailleurs sociaux et de grands frères subventionnés avaient été dépêchés par la Fédération et les ministères concernés dans les cités, clubs de foot, associations de supporters, amicales de Tunisiens. Depuis des mois, ils expliquaient sur tous les tons aux jeunes Franco-tunes que c’était très mal de siffler la Marseillaise. Ceux-ci ont sûrement approuvé en masse ces sermons républicains. Et ils ont sans aucun doute réitéré leurs serments d’allégeance jusque dans les autocars qui les menaient de leurs banlieues au Stade de France. Le travailleur social est sans doute la seule catégorie d’humain qui ne sache pas ce qui va immanquablement arriver quand on interdit à un gamin de toucher au pot de confiture en haut de l’armoire.

Si j’utilise ici le mot de gamin, ce n’est pas tout à fait par hasard: les indignés de la République font semblant de ne pas savoir que ceux qu’ils accablent de toute l’éloquence de leur opprobre jauresso-déroulèdienne sont très majoritairement des enfants, des ados ou de très jeunes gens. Des gamins pour qui l’hymne national (tout comme le drapeau) est avant tout un truc qui sert aux supporters sur les stades. Il se trouve que ce soir-là, c’est l’équipe de Tunisie qu’ils étaient venus soutenir. Je soutiens les uns donc je siffle les autres, point-barre. Quiconque les accuse d’avoir délibérément conspué Valmy, Jean Moulin ou les institutions de la Ve République est un menteur ou un benêt : on ne siffle pas un truc dont, même si le niveau monte, on ignore jusqu’à l’existence. D’ailleurs comme on a essentiellement affaire à des franco-tunisiens, je suis persuadé que nos pourrisseurs de Marseillaise siffleraient avec le même entrain le Deutschland über alles en cas de France-Allemagne. Et si par miracle, la France s’était imposée à l’Euro 2007, on aurait vu nos désormais Honte-pour-la-France barbouillés de bleu blanc rouge hurler à tue-tête la Marseillaise à Corbeil, à Vénissieux ou à Aubagne.

Tout le monde ou presque a préféré ne pas voir ces évidences psychologiques et sociologiques de base, c’est-à-dire la joie que peut éprouver un gamin à violer gentiment un interdit de type parental ou officiel. Oui, gentiment ! Il n’y a quand même pas eu mort d’homme au Stade de France, ni injures raciales ni même échauffourées ordinaires entre supporters des deux équipes. Et pourtant toute la classe politique a préféré se vautrer dans le pathos, que ce soit pour attaquer ou pour défendre. A l’instar du président, toute la droite aura été grotesque depuis Fadela Amara (« La justice doit être exemplaire, il faut vraiment passer à la sanction, Pas de pitié avec ces gens-là ! ») jusqu’à Rachida Dati (« Des voyous ! ») en passant par Philippe de Villiers (« Siffler la Marseillaise, c’est siffler et insulter la France »), sans oublier les tartarinades pluriquotidiennes de Bernard Laporte, dont la dernière en date est pour dire qu’ »on en a trop fait », ce qui tend à démontrer que, comme le disait un de mes profs en terminale, « on » est un con !

Aux armes et cætera

Rouget de l’Isle se serait-il imaginé le succès « polémique » de son Chant de guerre de l’armée du Rhin, commué par la République française en hymne national ? L’auteur de la Marseillaise, qui écrivit aussi – soit dit en passant – un hymne royaliste sous la Restauration Vive le Roi ! (qui n’eut pas l’heur de plaire à Louis XVIII), aurait-il imaginé que le peuple français allait si longtemps se déchirer autour de son chant guerrier, dont le texte évocateur se compose – tel un cadavre exquis de circonstance – de phrases empruntées à des affiches de conscription du début des années 1790 ? Rouget de l’Isle aurait-il pu imaginer qu’il deviendrait un jour possible de comprendre l’histoire de France à travers les heurs et malheurs de ce qu’il appela lui-même sa « vieille sornette » (dans une lettre au compositeur italien Cherubini). Une « vieille sornette » qui est devenue l’un des hymnes nationaux les plus connus, et les plus revisités – à l’instar de la sublime Bannière étoilée américaine : depuis la transcription pour violon seul de Stravinsky, jusqu’à la Marseillaise reggae de Gainsbourg ; depuis l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski jusqu’à la chanson All you need is love des Beatles qui s’ouvrent toutes les deux par le fameux chant révolutionnaire ; depuis l’arrangement de Hector Berlioz jusqu’à la version de Django Reinhardt portant le délicieux titre de Echoes of France…

Rouget aurait-il songé que sa « vieille sornette » allait drainer mille débats ces dernières années ? On se souvient du tollé provoqué dans les années 70 par la volonté de l’accordéoniste Valery Giscard d’Estaing de modifier légèrement la musique. On se souvient des débats accablants qui ont entouré le vers « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’abbé Pierre déclarant à cette occasion : « Changeons en message d’amour les paroles de haine de la Marseillaise ! »

Ces pénibles débats sur le « sang impur » oubliés, les années 2000 voient l’émergence d’un nouveau « folklore » avec la très mauvaise habitude prise par une partie des hooligans du Stade de France de siffler la « vieille sornette » lors de la solennelle cérémonie des hymnes nationaux qui ouvre les matchs de football.

Notons en liminaire que cela fait déjà des années que les joueurs de l’équipe de France de football n’entonnent plus vraiment l’hymne national au début des matchs. Ou bien un joueur sur deux, ou sur trois. Et encore. Du bout des lèvres. Evidemment, on a expliqué que notre équipe « black blanc beur » était trop tendue au début des matchs pour chanter à pleins poumons le Chant de guerre de l’armée du Rhin. Les coachs ont confirmé : il s’agissait bien d’un problème de « con-cen-tra-tion ! », pas de désintérêt pour un symbole républicain aussi bleu blanc rouge que notre drapeau, et que Madame Marianne, notre mère à tous. Chaque Coupe du monde de foot est ainsi l’occasion de déplorer que la plupart des joueurs des autres nations chantent leurs hymnes avec conviction, alors que nos onze petits bleus semblent vivre ce moment avec une telle sobriété qu’on pourrait la prendre pour de la désaffection. On ne leur demande certes pas de chanter avec la ferveur des rugbymen néo-zélandais scandant leur Haka, mais on aimerait les sentir fiers d’être français. Et on aimerait être fier de la fierté de cette équipe nationale où les minorités sont sur-représentées.

Mais si la Marseillaise ne soulève pas les passions des joueurs de football, elle déclenche parfois la haine des supporteurs. Un soir d’octobre 2001, en ouverture d’un match amical entre les bleus et la sélection nationale algérienne au Stade de France, l’hymne national est couvert par les sifflets. On connaît la pitoyable suite.

Quand on se rappelle qu’une loi Fillon de 2005 rend obligatoire l’apprentissage de la Marseillaise en maternelle et primaire et que le respect des symboles républicains est désormais inscrit dans la loi, il y a de quoi être découragé. Certes, les politiques ont condamné – « Pas de pitié pour ces gens-là », a dit Fadela Amara. En revanche, la presse et les intellectuels, jamais avares de sirop moraliste à l’aspartam, ont dénoncé un emballement de la classe politique face à des « sifflets » qui ne seraient qu’un symptôme de la « désintégration sociale » (Le Monde). « Ce n’est pas si grave ! », « Ils sont jeunes ! », « C’est du folklore ! », « Ils sont chômeurs ! », « On ne leur a pas laissé la chance de s’intégrer ! », « Ils sont victimes d’une société cruelle ! », « C’est à cause de la crise financière et du capitalisme mondialisé ! »… C’est à cause de la cause, et du pouvoir d’achat ! Sans parler du prix du baril ! On sait ce qu’une foule moutonnière peut avoir de déplaisant. Reste que l’hystérie suscitée par ces ignominieux sifflets collectifs masque plusieurs questions.

Pourquoi avoir confié à Lââm la mission d’interpréter l’hymne national ? Sans doute pour fabriquer une « image symbolique » aussi lourde et affligeante que sa voix… la franco-tunisienne interprétant l’hymne national, comme le signe d’un succès de l’intégration !

Pourquoi encore un match « amical » contre une nation du Maghreb ? Après les incidents du France-Algérie (2001) et du France-Maroc (2007), fallait-il tendre la verge pour se faire battre, à l’occasion d’une rencontre avec la Tunisie ?

Pourquoi les hooligans qui ont étendu une large banderole contre les « Ch’tis » durant la finale de la Coupe de la Ligue 2008 entre Lens et le PSG ont-ils été repérés en quelques jours par la Police, alors que personne ne semble parler en ce moment d’une identification des populations qui étaient présentes au Stade de France pour siffler l’hymne national ? Est-ce plus fondamentalement grave d’insulter le peuple des corons, que la nation toute entière ? Pourquoi n’ose-t-on pas parler des individus qui sifflent ? Pourquoi la télévision ne nous les a-t-elle pas montrés en gros plans ?

Pourquoi feindre la sidération face au comportement de ces jeunes gens ? Pourquoi faire semblant de découvrir un sentiment anti-national profondément ancré dans certaines populations, alors qu’il est sensible depuis de longues années ? (Depuis les agressions des « faces de craie » lors des manifestations lycéennes de ces dernières années par des bandes de jeunes venues de périphérie, jusqu’au communautarisme qui avance d’année en année au sein des « quartiers ».)

On observera pour conclure que le dixième anniversaire de la victoire de notre équipe « black blanc beur » au Mondial de 1998 sous la houlette de super-Zizou est bien sombre. Est-ce la France qui a changé ? Qu’est-ce qui n’est pas au carré dans l’Hexagone, qu’est-ce qui ne tourne pas rond au royaume du ballon rond, pour que les symboles communs de la République soient ainsi conspués ? Devons-nous ranger la « vieille sornette » au magasin des accessoires, et renoncer à toute dignité nationale, ou bien – « Aux armes et cætera !… » – trouver des moyens de la faire accepter, et respecter, coûte que coûte… ? Et si Carla Bruni, avec sa belle voix suave et sensuelle, nous offrait sa propre interprétation, digne et sexy, de la Marseillaise ? Chiche !

Réputé spécialiste des banlieues

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Samedi dernier, Karim Zeribi, président d’ »Agir pour la citoyenneté » et spécialiste réputé des banlieues, était un des invités de « Revu et Corrigé », l’émission de Paul Amar sur France 5. Il s’en est pris vivement à Nicolas Sarkozy en expliquant que deux ans après sa fameuse tirade du Kärcher, rien avait changé à La Courneuve en matière d’échec, de chômage et de désenclavement. Et là, Karim, c’est vraiment la mauvaise pioche : il y a tous les problèmes du monde à La Courneuve, sauf celui du désenclavement : on peut y accéder au choix par le métro (ligne 7), le RER C et le tramway T1, sans parler des trois autoroutes qui desservent la ville. Si La Courneuve est sans aucun doute une des communes les plus pauvres d’Ile de France, c’est aussi une des plus favorisées en matière de transports, comme le savent bien tous ceux qui sont allés un jour à la fête de l’Huma. Notre expert aura sans doute été victime des clichés sur la banlieue…

DSK, ou le syndrome du scorpion

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Une histoire africaine bien connue met en scène une grenouille et un scorpion tentant d’échapper à la noyade lors d’une crue dévastatrice : « Monte sur mon dos, propose la grenouille, et tu seras sauvé. » Le scorpion accepte, et au milieu du fleuve, pique la grenouille de son dard mortel. « Pourquoi as-tu fait cela ? », demande la grenouille avant de passer de vie à trépas. Tu vas mourir aussi. » « C’est ma nature… », répond le scorpion.

Comment Dominique Strauss-Kahn, qui est loin d’être un imbécile et encore moins un naïf, a-t-il pu se laisser aller à une aventure extraconjugale avec une dame du FMI sur laquelle il avait autorité ? Il était libre de mépriser la mise en garde de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles qui saluait ainsi sa nomination : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. »

Il y a bien des raisons de mépriser ces journaleux aigris, peut-être jaloux de votre charme dévastateur. L’avertissement n’en était pas moins prémonitoire. Comment DSK a-t-il pu ne pas méditer la mésaventure de Paul Wolfowitz, viré récemment de la direction de la Banque mondiale pour népotisme en faveur de sa compagne qui travaillait dans cette institution ?

Il était à peine installé depuis deux mois dans le bureau directorial de Washington qu’il a donc fallu qu’il drague par mail Piroska Nagy, directrice du département Afrique du FMI, et qu’il mène l’assaut jusqu’à la reddition de la forteresse magyare. La dame, dont le mari n’avait que modérément apprécié l’épisode, profita de la réduction d’effectifs de son institution pour filer à l’anglaise, et plus précisément à Londres, où elle exerce maintenant ses talents à la BERD. L’enquête diligentée par le directoire du FMI doit établir si Dominique Strauss-Kahn a fait bénéficier Mme Nagy d’avantages indus lors de son départ, ou si, au contraire, il ne l’a pas poussée à la démission pour tirer un trait sur cette affaire…

Les coulisses du FMI ne sont pas celles d’un théâtre de boulevard. Même si, au bout du compte, il s’avère que Mme Nagy n’a pas fait l’objet d’un traitement discriminatoire, favorable ou défavorable, notre brillant économiste social-démocrate est d’ores et déjà déstabilisé. Dans un pays où les profs d’université se croient obligés de proclamer sur la porte que leur bureau est une sexual harassment free zone, le seul fait de confondre business et affairs (ah ! ces faux amis !) vous vous rapproche plus de la sortie que de l’augmentation.

On peut le regretter, tempêter, s’indigner – et on aura raison. Mais c’est en toute connaissance de cause que DSK a choisi de traverser l’Atlantique plutôt que le désert de cinq ans, voire plus, d’opposition à la droite en France.

Et bon sang de bonsoir, s’il avait envie de courir le guilledoux, ce qui est parfaitement son droit, il n’avait qu’à sortir de son building à l’heure du lunch, pour faire la connaissance de l’une de ces milliers de fonctionnaires fédérales jeunes, jolies et intelligentes qui grignotent solitairement leur salade composée sur les bancs publics de Washington !

D’accord, on n’est pas sérieux quand on a soixante ans, et il faut bien que le corps exulte – je serais le dernier à lui jeter la pierre. Mais cette tentative de suicide politique n’a vraiment rien de drôle: combien sont-ils, ces électeurs de Sarkozy en 2007 qui seraient heureux de revenir à gauche si DSK rentrait au pays auréolé d’un parcours sans faute à l’international ?

Ceux-là se sentent aujourd’hui cocus, au même titre que les conjoints respectifs des protagonistes de ces galipettes monétaires internationales.

A titre de consolation on pourra toujours se réjouir de la naissance, sous la plume de DSK d’un nouvel euphémisme désignant le coup de canif au contrat de mariage : « Un incident survenu dans ma vie privée… » Pour l’accident, voir Félix Faure.

DSK ephèmère au FMI ?

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Grâce au Wall Street Journal, la planète entière sait désormais que DSK a une vie privée extra conjugale. Le président du FMI a reconnu les faits- tout en se défendant farouchement qu’ils aient donné lieu à un quelconque favoritisme professionnel, ce dont l’accuse le WSJ et qui pourrait entraîner sa destitution. On se gardera bien de penser quoi que ce soit du volet supposément népotique de l’affaire. La direction du Fonds Monétaire International a toujours été l’objet de bien des convoitises : on n’a aucune raison d’exclure a priori une manœuvre de déstabilisation montée de toutes pièces. Quant au côté privé  de l’affaire, on y réfléchira à deux fois avant d’accabler nos indiscrets confrères américains pour cet outing rien moins que délicat : dès juin dernier, DSK avait été dénoncé comme dragueur impénitent sur le blog de Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes à Libération. Voilà ce qu’on pouvait y lire : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). » C’est donc un peu grâce à vous, cher Jean Quatremer, si aujourd’hui, tout le monde en parle. Alors, heureux ?

Non à l’Ordre décroissant !

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Il y a bientôt trente ans, un philosophe et cinéaste du siècle dernier, amateur de vin naturel et suicidé dans une campagne isolée remarquait : « Elle est devenue ingouvernable, cette « terre gâtée » où les souffrances se déguisent sous le nom d’anciens plaisirs ; et où les gens ont si peur. Ils tournent en rond dans la nuit et ils sont consumés par le feu. Ils se réveillent effarés, et ils cherchent en tâtonnant la vie. Le bruit court que ceux qui l’expropriaient l’ont, pour comble, égarée[1. Guy Debord, In girum…]. »

Le bruit est devenu une certitude pendant ces trois décennies qui se concluent cette saison-ci par un effondrement inéluctable de la société spectaculaire-marchande que seuls nient avec un acharnement autiste quelques commentateurs ultralibéraux et médiatiques qui ont fait pendant des années passer leur propagande pour de l’information. Le keynésianisme soudain de Sarkozy, la mutité inhabituelle du Medef, les plans de relance des banques centrales aussi tragiquement inefficaces que les charges de nos poilus pendant l’offensive Nivelle, tout cela indique bien la fin d’une civilisation. On ne la pleurera pas : comme le disait notre philosophe dyspeptique, ce qu’elle nous a volé, elle a eu en plus la bêtise de le perdre et la bêtise n’a jamais suscité de nostalgie.

Pour ceux qui se demanderaient ce qui a été volé, on pourra leur répondre : à peu près tout. Celui qui croyait au capitalisme a perdu son argent et celui qui n’y croyait pas a perdu une planète, avec ses saisons, ses îles, ses oiseau dans le ciel et ses animaux sur la terre. Il paraît que ces trente ans nous ont rendus globalement plus riches et ce globalement n’est pas sans me rappeler celui du camarade Marchais qualifiant le bilan des pays de l’Est. Si nous avons été plus riches, c’est surtout en cancers environnementaux, dépressions nerveuses, nourritures toxiques, crispations ethniques et peur généralisée dans le monde du travail.

C’est donc avec un certain plaisir que nous voyons le Léviathan un genou en terre, contemplant son Mane Thecel Phares[2. Mane, Thecel, Phares : « Tes jours sont comptés ; tu as été trouvé trop léger dans la balance ; ton royaume sera partagé. » Cette inscription apparaît sur le mur alors que Balthazar, le dernier roi de Babylone, fait servir dans les vases enlevés au temple de Jérusalem au cours d’une orgie.], s’écrivant en lettres de feu sur les murs de Wall Street.

Tout le problème est maintenant de savoir par quoi remplacer le monstre. L’auteur de ces lignes aurait tendance à croire que le mieux serait une bonne vieille appropriation collective de ce qui reste des moyens de production, une redistribution équitable organisée temporairement par un Etat fort qui dépérira naturellement ensuite pour que nous vivions enfin dans un monde où, comme disait l’autre, le libre développement de chacun sera l’unique condition du libre développement de tous. Mais enfin, je ne veux obliger personne à vivre dans une société réellement socialiste, bien que moi on m’ait obligé depuis ma naissance à vivre dans une société réellement capitaliste. C’est à cela qu’on pourra remarquer mon tempérament peu rancunier.

Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’autres solutions et que celle qui est à la mode en ce moment, la décroissance, a de quoi faire un peu peur. Pour ceux qui lisent le journal mensuel du même nom (La Décroissance), ils pourront se faire une idée de ce que nous préparent ces scouts de l’apocalypse. Une manière de société villageoise (or le village est le lieu de l’enfermement endogame, de toutes les superstitions, ragots, incestes et espionnages mutuels) avec convivialité obligatoire. La solitude sera suspecte, tout comme traîner sous la douche avec l’être aimé plus de cinq minutes car votre histoire d’eau blesserait Gaïa (entendez la Terre comme être vivant). Le décroissant est ennuyeux, voire inquiétant comme toute personne qui veut régir votre vie quotidienne jusque dans les moindres détails. A côté des recommandations des décroissants en matière de nourriture, de transport, d’habillement, d’ameublement, de chauffage, d’enseignement, le Lévitique passe pour un livre punk et cool à la fois.

Certes le décroissant est pétri de bonnes intentions, comme les pavés de l’enfer mais je trouve toujours un peu gênant, d’un point de vue méthodologique, de vouloir commencer la révolution en demandant à des individus de changer leur comportement, et non à des structures, comme si l’ouvrier qui roule dans une bagnole hors d’âge pour cause de pouvoir d’achat anémié devait se sentir coupable de sa pauvreté. Plus coupable en tout cas que le bobo qui rachète sa bonne conscience, exactement comme au temps des Indulgences Papales, avec des cartes de pollueurs-citoyens, dites de « compensation carbone » (grâce à votre don, on fera tourner une usine hydroélectrique chinoise) qu’on peut trouver dans les boutiques Natures et Découvertes. Ces boutiques qui incarnent assez bien, par leurs produits, leur design et leur clientèle, le côté atrocement « sympa » d’un monde peuplé de décroissants lecteurs du Walden de Thoreau, cette bible du totalitarisme soft et vert qui risque d’être notre avenir post-capitaliste. Si nous laissons faire, par trouille et finalement, par une nouvelle résignation à un nouvel ordre des choses…

Vive le Québec pas libre !

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Dans la Belle Province, on s’interroge toujours de savoir pourquoi notre président a précisément choisi le sommet de la francophonie pour marquer ses distances avec ceux de nos lointains cousins qui, là-bas, réclament plus d’autonomie. Peut-être ne leur a-t-il pas pardonné d’avoir inventé le détestable mot de « souverainisme » ?

Obama-Mc Cain, ces rats qui quittent le navire

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Cette campagne présidentielle devient très étrange. La campagne du candidat républicain sur les relations douteuses de Barack Obama (avec l’ex-terroriste d’extrême gauche Bill Ayers et le pasteur noir raciste Jeremiah Wright), a suscité l’ire de deux journalistes qui, sur CNN, ont entonné le dernier refrain à la mode selon lequel le noble McCain d’hier se serait transformé en vilain petit Mc Cain. Christopher Buckley, éditorialiste de la très conservatrice National Review, a récemment apporté son soutien à Obama, déplorant lui aussi, la disparition du bon vieux McCain d’antan. Quant à David Brooks, le plus droitier des chroniqueurs du New York Times, il a carrément qualifié Sarah Palin de « cancer ».

Pour replacer les choses dans leur contexte, il faut rappeler que, pendant la campagne de 1988, les attaques de George Bush père contre Michael Dukakis au sujet de Willie Horton[1. Willie Horton, condamné à la réclusion à perpétuité pour meurtre, une peine qu’il purgeait dans une prison à Massachussetts, a bénéficié d’une permission de weekend pendant laquelle il a commis un vol à main armée et un viol. La campagne de George Bush a utilisé cette affaire pour attaquer Dukakis, gouverneur du Massachussetts ; une attaque considérée comme décisive pour la victoire du candidat républicain.] furent bien plus rudes, comme d’ailleurs celles de Bush fils pendant les campagnes de 2000 et 2004. Par rapport à ce que nous avons vu des deux côtés ces dernières années, la campagne de McCain est plutôt modérée. D’autre part, il faut savoir que le « vilain McCain » est une invention subtile de l’équipe Obama qui, en réalité, a su, mener – sans avoir l’air d’y toucher – une campagne bien plus vicelarde.

Barack et les siens ont été les premiers, comme l’avait annoncé Bill Clinton, à jouer la « carte raciale ». Préventivement, sans doute, mais à deux reprises au moins, Obama a alerté les Américains qu’il allait être victime de la part de ses adversaires d’une manipulation des stéréotypes raciaux.

Son staff, à l’instar de Joe Biden, continue de hurler au racisme chaque fois que se posent des questions légitimes concernant le passé d’Obama.

Accessoirement, depuis trois mois, on n’entend plus parler que de l’âge du capitaine McCain : « confus », « ne se souvient plus », « perturbé », « perdant ses repères », etc. Pourtant, que je sache, les supporters de McCain n’ont pas « hacké » les courriels de Biden, ni ne l’ont accusé d’être un nazi ; ils n’ont soupçonné personne de ne pas être le parent de l’un de ses enfants. Pour pousser la comparaison, on ne trouve heureusement pas de pasteurs blancs racistes qui qualifient McCain de « Messie », ni d’autres qui soient prêts à bourrer les urnes en son nom.

Simplement, un grand nombre de modérés et de conservateurs sont las de Bush – et aussi de la haine anti-Bush, des leçons et autres accusations de « racisme » et de « danger pour les libertés » venant d’Europe. Dans cette lassitude, ils finissent par se dire qu’au moins Obama les débarrassera de ce fardeau, les fera aimer à l’étranger et mettra fin aux clivages blanc/noir et rouge/bleu[2. Démocrates/Républicains.].

Ils pourraient juste se demander si Jimmy Carter est arrivé à restaurer « l’Amérique authentique » avec ses campagnes sur les Droits de l’homme, l’éloge des dictateurs de gauche, le dialogue pendant la crise des otages iraniens avec ceux qui nous traitaient de Grand Satan, ou le message : « N’ayons plus peur du communisme ! »

A fortiori, maintenant qu’Obama est donné gagnant avec de plusieurs points d’avance, certains, dans les allées mêmes du pouvoir, en viennent à penser qu’il est temps de changer de cheval pour gagner la course. En tant qu’intellectuels, ils espèrent même convaincre les plus subtils des démocrates de rejoindre le camp des vainqueurs : le leur !

Ces gens-là ne sauraient pactiser avec une Sarah « Cancer » Palin, qui même avec l’aide de son mari Todd, serait bien incapable de parler intelligemment de Proust. En revanche elle en sait long sur les fusils à pompe, et même sur les machines à déneiger.

En outre, beaucoup de modérés qui de toute façon n’auraient pas voté McCain ne retrouvent plus dans son discours actuel ce qu’ils y appréciaient autrefois le plus: ses attaques ironiques contre Bush le simpliste et autres conservateurs en carton-pâte.

Mais aujourd’hui, McCain a une campagne sur les bras, et ce n’est pas le moment pour lui de jouer au noble « loser ». Pour l’instant il faut juste qu’il soit bon : s’il perd, il aura tout le temps d’être parfait.

Obama a si brillamment balisé le terrain médiatique que quand il accepte le soutien de Louis Farrakhan personne ne s’offusque. Quand ses supporters traitent Sarah Palin alternativement de nazie ou de pouffe – et McCain de raciste et de sénile, tout le monde trouve ça normal. En revanche quand les caméras de télé repèrent un unique T-shirt raciste dans une foule de 10.000 personnes venus soutenir McCain, là, ça barde !

Bien sûr, la plupart des conservateurs ne sont pas dupes de ce tour de dupes ; mais il suffit qu’un seul d’entre eux soit soudain indigné par les « bassesses » de la campagne McCain pour que CNN en parle aussitôt.

Si j’écrivais une tribune louant l’intelligence d’Obama, ses goûts littéraires exquis et sa métrosexualité, j’aurais l’air d’un homme de principes et non d’un cynique, d’un berger plutôt que d’un mouton.

Mais je me dois de prévenir les conservateurs qui s’apprêtent à virer leur cuti : voter Obama, cela signifiera des impôts plus élevés, un gouvernement plus interventionniste, des juges gauchisants à la Cour suprême, l’ouverture des frontières, une politique étrangère encore plus axée sur l’ONU, le dialogue avec l’Iran, moins de charbon, de pétrole et d’énergie nucléaire produits aux Etats-Unis. C’est ça, chers transfuges, vos « vraies valeurs de droite » ?

Tout compte fait, Obama est beaucoup plus à gauche que McCain n’est à droite. Au Sénat par exemple, le démocrate s’est montré nettement plus sectaire que le républicain dans ses votes.

Pour ceux qui ont lu Les Deux tours de Tolkien, je pose la question : en quoi avez-vous confiance ? En la voix rauque de Gandalf détaillant les dangers du sarumanisme, ou en celle, charmante et melliflue, de Saruman en personne qui veut venger le monde entier de sa victimitude supposée ?

Jumping ship, traduit de l’anglais par Basile de Koch.

Promotion ascenseur

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Olga Zinnenfals était la honte de sa famille. C’était une fille sans intelligence ni charme. Ses cheveux clairs, ses taches de rousseur et son teint rougeaud semblaient l’éloigner à jamais des affres de la chair. Ses dix-neuf printemps et ses hanches déjà larges ne laissaient présager rien d’autre qu’un avenir écrit d’avance, celui d’une Emma Bovary qui ne trouverait jamais son Flaubert.

On ne sait si c’est sa jeunesse, sa naïveté ou l’abus de mauvais vin – peut-être les trois – qui finirent de convaincre Herr Brommer, directeur de la Bausparkasse de Zorndorf, de jouer avec elle à la chevauchée fantastique lors de la kermesse annuelle du village. C’était un soir de l’été 1953. La nuit tombait à peine et l’on entendait au loin un orchestre de cuivres massacrer Rosamunde sur la grand’ place.

Rosamunde schenk mir dein Herz und sag ja
Rosamunde frag erst doch nicht die Mama
Rosamunde glaub mir auch ich bin dir treu
denn zur Stunde Rosamunde ist mein Herz grade noch frei

Neuf mois plus tard, Olga Zinnenfals devenait guichetière à la Bausparkasse de Zorndorf. Dix-neuf ans plus tard, son fils Bernd y était employé comme simple commis, avant de gravir un à un les échelons pour devenir au bout de trente ans guichetier principal – le malheur voulut qu’au moment où il accédait à ce grade la direction diminua les effectifs et Bernd se retrouva ainsi seul guichetier à Zorndorf, n’ayant plus d’autre choix que d’exercer ses qualités de manager-né sur lui-même.

Aujourd’hui c’est Joachim Zinnenfals, le petit-fils d’Olga, qui dirige, dans son petit costume trois-pièces, la Bausparkasse de Zorndorf.

De ces histoires si importantes pour l’humanité puisque elles sont humaines, aucun journal ne parle jamais. Hommes de goût et d’esprit, les échotiers ne se rabaissent jamais au raz de caniveau. Quant aux grands-mères de Zorndorf, elles n’ont pas attendu d’avoir Alzheimer pour ne pas se répandre en commérages sur cette ténébreuse affaire.

C’est que, directeur de la Bausparkasse de Zorndorf, Herr Brommer n’était pas le patron de je-ne-sais-quel fond monétaire international ni même un satire qui aime trousser la fille rougeaude le soir au fond des bois. C’était juste, à Zorndorf, un homme tout-puissant.

Ruée mystérieuse à Paris

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Même les fans absolus de Woody Allen sont bien obligés de le reconnaître : son dernier film, Vicky Cristina Barcelona, est, pour le dire gentiment, un peu léger. Comment expliquer alors l’engouement du public parisien qui afflue dans les salles de la Rive Gauche ? L’hypothèse la plus vraisemblable est que faire la queue pendant une heure pour voir Woody Allen , ça vous console de ne pas pouvoir voter Obama…

Les Indignés de la République

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Après lecture des innombrables commentaires de mon dernier article (merci à tous, au passage), je me rends compte qu’un aspect de ma pensée a échappé à nombre de mes contempteurs, ainsi qu’à certains de mes défenseurs. Rien d’étonnant à cela : il ne s’agit pas de quelque chose que j’ai dit, mais de quelque chose que je n’ai pas dit : à aucun moment, je ne me suis indigné que des milliers de jeunes Franco-maghrébins aient sifflé la Marseillaise au Stade de France, ni n’ai suggéré qu’on se devait de l’être. Et pour cause, ce qui m’a indigné dans cette affaire, c’est justement l’indignation générale.

Les huées elles-mêmes ne m’ont pas choqué. Depuis des mois, ce match était préparé pour qu’on n’y sifflât pas, pour venger l’affront des rencontres de 2001 et 2007 avec l’Algérie et le Maroc. Des escouades de travailleurs sociaux et de grands frères subventionnés avaient été dépêchés par la Fédération et les ministères concernés dans les cités, clubs de foot, associations de supporters, amicales de Tunisiens. Depuis des mois, ils expliquaient sur tous les tons aux jeunes Franco-tunes que c’était très mal de siffler la Marseillaise. Ceux-ci ont sûrement approuvé en masse ces sermons républicains. Et ils ont sans aucun doute réitéré leurs serments d’allégeance jusque dans les autocars qui les menaient de leurs banlieues au Stade de France. Le travailleur social est sans doute la seule catégorie d’humain qui ne sache pas ce qui va immanquablement arriver quand on interdit à un gamin de toucher au pot de confiture en haut de l’armoire.

Si j’utilise ici le mot de gamin, ce n’est pas tout à fait par hasard: les indignés de la République font semblant de ne pas savoir que ceux qu’ils accablent de toute l’éloquence de leur opprobre jauresso-déroulèdienne sont très majoritairement des enfants, des ados ou de très jeunes gens. Des gamins pour qui l’hymne national (tout comme le drapeau) est avant tout un truc qui sert aux supporters sur les stades. Il se trouve que ce soir-là, c’est l’équipe de Tunisie qu’ils étaient venus soutenir. Je soutiens les uns donc je siffle les autres, point-barre. Quiconque les accuse d’avoir délibérément conspué Valmy, Jean Moulin ou les institutions de la Ve République est un menteur ou un benêt : on ne siffle pas un truc dont, même si le niveau monte, on ignore jusqu’à l’existence. D’ailleurs comme on a essentiellement affaire à des franco-tunisiens, je suis persuadé que nos pourrisseurs de Marseillaise siffleraient avec le même entrain le Deutschland über alles en cas de France-Allemagne. Et si par miracle, la France s’était imposée à l’Euro 2007, on aurait vu nos désormais Honte-pour-la-France barbouillés de bleu blanc rouge hurler à tue-tête la Marseillaise à Corbeil, à Vénissieux ou à Aubagne.

Tout le monde ou presque a préféré ne pas voir ces évidences psychologiques et sociologiques de base, c’est-à-dire la joie que peut éprouver un gamin à violer gentiment un interdit de type parental ou officiel. Oui, gentiment ! Il n’y a quand même pas eu mort d’homme au Stade de France, ni injures raciales ni même échauffourées ordinaires entre supporters des deux équipes. Et pourtant toute la classe politique a préféré se vautrer dans le pathos, que ce soit pour attaquer ou pour défendre. A l’instar du président, toute la droite aura été grotesque depuis Fadela Amara (« La justice doit être exemplaire, il faut vraiment passer à la sanction, Pas de pitié avec ces gens-là ! ») jusqu’à Rachida Dati (« Des voyous ! ») en passant par Philippe de Villiers (« Siffler la Marseillaise, c’est siffler et insulter la France »), sans oublier les tartarinades pluriquotidiennes de Bernard Laporte, dont la dernière en date est pour dire qu’ »on en a trop fait », ce qui tend à démontrer que, comme le disait un de mes profs en terminale, « on » est un con !

Aux armes et cætera

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Rouget de l’Isle se serait-il imaginé le succès « polémique » de son Chant de guerre de l’armée du Rhin, commué par la République française en hymne national ? L’auteur de la Marseillaise, qui écrivit aussi – soit dit en passant – un hymne royaliste sous la Restauration Vive le Roi ! (qui n’eut pas l’heur de plaire à Louis XVIII), aurait-il imaginé que le peuple français allait si longtemps se déchirer autour de son chant guerrier, dont le texte évocateur se compose – tel un cadavre exquis de circonstance – de phrases empruntées à des affiches de conscription du début des années 1790 ? Rouget de l’Isle aurait-il pu imaginer qu’il deviendrait un jour possible de comprendre l’histoire de France à travers les heurs et malheurs de ce qu’il appela lui-même sa « vieille sornette » (dans une lettre au compositeur italien Cherubini). Une « vieille sornette » qui est devenue l’un des hymnes nationaux les plus connus, et les plus revisités – à l’instar de la sublime Bannière étoilée américaine : depuis la transcription pour violon seul de Stravinsky, jusqu’à la Marseillaise reggae de Gainsbourg ; depuis l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski jusqu’à la chanson All you need is love des Beatles qui s’ouvrent toutes les deux par le fameux chant révolutionnaire ; depuis l’arrangement de Hector Berlioz jusqu’à la version de Django Reinhardt portant le délicieux titre de Echoes of France…

Rouget aurait-il songé que sa « vieille sornette » allait drainer mille débats ces dernières années ? On se souvient du tollé provoqué dans les années 70 par la volonté de l’accordéoniste Valery Giscard d’Estaing de modifier légèrement la musique. On se souvient des débats accablants qui ont entouré le vers « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’abbé Pierre déclarant à cette occasion : « Changeons en message d’amour les paroles de haine de la Marseillaise ! »

Ces pénibles débats sur le « sang impur » oubliés, les années 2000 voient l’émergence d’un nouveau « folklore » avec la très mauvaise habitude prise par une partie des hooligans du Stade de France de siffler la « vieille sornette » lors de la solennelle cérémonie des hymnes nationaux qui ouvre les matchs de football.

Notons en liminaire que cela fait déjà des années que les joueurs de l’équipe de France de football n’entonnent plus vraiment l’hymne national au début des matchs. Ou bien un joueur sur deux, ou sur trois. Et encore. Du bout des lèvres. Evidemment, on a expliqué que notre équipe « black blanc beur » était trop tendue au début des matchs pour chanter à pleins poumons le Chant de guerre de l’armée du Rhin. Les coachs ont confirmé : il s’agissait bien d’un problème de « con-cen-tra-tion ! », pas de désintérêt pour un symbole républicain aussi bleu blanc rouge que notre drapeau, et que Madame Marianne, notre mère à tous. Chaque Coupe du monde de foot est ainsi l’occasion de déplorer que la plupart des joueurs des autres nations chantent leurs hymnes avec conviction, alors que nos onze petits bleus semblent vivre ce moment avec une telle sobriété qu’on pourrait la prendre pour de la désaffection. On ne leur demande certes pas de chanter avec la ferveur des rugbymen néo-zélandais scandant leur Haka, mais on aimerait les sentir fiers d’être français. Et on aimerait être fier de la fierté de cette équipe nationale où les minorités sont sur-représentées.

Mais si la Marseillaise ne soulève pas les passions des joueurs de football, elle déclenche parfois la haine des supporteurs. Un soir d’octobre 2001, en ouverture d’un match amical entre les bleus et la sélection nationale algérienne au Stade de France, l’hymne national est couvert par les sifflets. On connaît la pitoyable suite.

Quand on se rappelle qu’une loi Fillon de 2005 rend obligatoire l’apprentissage de la Marseillaise en maternelle et primaire et que le respect des symboles républicains est désormais inscrit dans la loi, il y a de quoi être découragé. Certes, les politiques ont condamné – « Pas de pitié pour ces gens-là », a dit Fadela Amara. En revanche, la presse et les intellectuels, jamais avares de sirop moraliste à l’aspartam, ont dénoncé un emballement de la classe politique face à des « sifflets » qui ne seraient qu’un symptôme de la « désintégration sociale » (Le Monde). « Ce n’est pas si grave ! », « Ils sont jeunes ! », « C’est du folklore ! », « Ils sont chômeurs ! », « On ne leur a pas laissé la chance de s’intégrer ! », « Ils sont victimes d’une société cruelle ! », « C’est à cause de la crise financière et du capitalisme mondialisé ! »… C’est à cause de la cause, et du pouvoir d’achat ! Sans parler du prix du baril ! On sait ce qu’une foule moutonnière peut avoir de déplaisant. Reste que l’hystérie suscitée par ces ignominieux sifflets collectifs masque plusieurs questions.

Pourquoi avoir confié à Lââm la mission d’interpréter l’hymne national ? Sans doute pour fabriquer une « image symbolique » aussi lourde et affligeante que sa voix… la franco-tunisienne interprétant l’hymne national, comme le signe d’un succès de l’intégration !

Pourquoi encore un match « amical » contre une nation du Maghreb ? Après les incidents du France-Algérie (2001) et du France-Maroc (2007), fallait-il tendre la verge pour se faire battre, à l’occasion d’une rencontre avec la Tunisie ?

Pourquoi les hooligans qui ont étendu une large banderole contre les « Ch’tis » durant la finale de la Coupe de la Ligue 2008 entre Lens et le PSG ont-ils été repérés en quelques jours par la Police, alors que personne ne semble parler en ce moment d’une identification des populations qui étaient présentes au Stade de France pour siffler l’hymne national ? Est-ce plus fondamentalement grave d’insulter le peuple des corons, que la nation toute entière ? Pourquoi n’ose-t-on pas parler des individus qui sifflent ? Pourquoi la télévision ne nous les a-t-elle pas montrés en gros plans ?

Pourquoi feindre la sidération face au comportement de ces jeunes gens ? Pourquoi faire semblant de découvrir un sentiment anti-national profondément ancré dans certaines populations, alors qu’il est sensible depuis de longues années ? (Depuis les agressions des « faces de craie » lors des manifestations lycéennes de ces dernières années par des bandes de jeunes venues de périphérie, jusqu’au communautarisme qui avance d’année en année au sein des « quartiers ».)

On observera pour conclure que le dixième anniversaire de la victoire de notre équipe « black blanc beur » au Mondial de 1998 sous la houlette de super-Zizou est bien sombre. Est-ce la France qui a changé ? Qu’est-ce qui n’est pas au carré dans l’Hexagone, qu’est-ce qui ne tourne pas rond au royaume du ballon rond, pour que les symboles communs de la République soient ainsi conspués ? Devons-nous ranger la « vieille sornette » au magasin des accessoires, et renoncer à toute dignité nationale, ou bien – « Aux armes et cætera !… » – trouver des moyens de la faire accepter, et respecter, coûte que coûte… ? Et si Carla Bruni, avec sa belle voix suave et sensuelle, nous offrait sa propre interprétation, digne et sexy, de la Marseillaise ? Chiche !

Réputé spécialiste des banlieues

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Samedi dernier, Karim Zeribi, président d’ »Agir pour la citoyenneté » et spécialiste réputé des banlieues, était un des invités de « Revu et Corrigé », l’émission de Paul Amar sur France 5. Il s’en est pris vivement à Nicolas Sarkozy en expliquant que deux ans après sa fameuse tirade du Kärcher, rien avait changé à La Courneuve en matière d’échec, de chômage et de désenclavement. Et là, Karim, c’est vraiment la mauvaise pioche : il y a tous les problèmes du monde à La Courneuve, sauf celui du désenclavement : on peut y accéder au choix par le métro (ligne 7), le RER C et le tramway T1, sans parler des trois autoroutes qui desservent la ville. Si La Courneuve est sans aucun doute une des communes les plus pauvres d’Ile de France, c’est aussi une des plus favorisées en matière de transports, comme le savent bien tous ceux qui sont allés un jour à la fête de l’Huma. Notre expert aura sans doute été victime des clichés sur la banlieue…

DSK, ou le syndrome du scorpion

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Une histoire africaine bien connue met en scène une grenouille et un scorpion tentant d’échapper à la noyade lors d’une crue dévastatrice : « Monte sur mon dos, propose la grenouille, et tu seras sauvé. » Le scorpion accepte, et au milieu du fleuve, pique la grenouille de son dard mortel. « Pourquoi as-tu fait cela ? », demande la grenouille avant de passer de vie à trépas. Tu vas mourir aussi. » « C’est ma nature… », répond le scorpion.

Comment Dominique Strauss-Kahn, qui est loin d’être un imbécile et encore moins un naïf, a-t-il pu se laisser aller à une aventure extraconjugale avec une dame du FMI sur laquelle il avait autorité ? Il était libre de mépriser la mise en garde de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles qui saluait ainsi sa nomination : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. »

Il y a bien des raisons de mépriser ces journaleux aigris, peut-être jaloux de votre charme dévastateur. L’avertissement n’en était pas moins prémonitoire. Comment DSK a-t-il pu ne pas méditer la mésaventure de Paul Wolfowitz, viré récemment de la direction de la Banque mondiale pour népotisme en faveur de sa compagne qui travaillait dans cette institution ?

Il était à peine installé depuis deux mois dans le bureau directorial de Washington qu’il a donc fallu qu’il drague par mail Piroska Nagy, directrice du département Afrique du FMI, et qu’il mène l’assaut jusqu’à la reddition de la forteresse magyare. La dame, dont le mari n’avait que modérément apprécié l’épisode, profita de la réduction d’effectifs de son institution pour filer à l’anglaise, et plus précisément à Londres, où elle exerce maintenant ses talents à la BERD. L’enquête diligentée par le directoire du FMI doit établir si Dominique Strauss-Kahn a fait bénéficier Mme Nagy d’avantages indus lors de son départ, ou si, au contraire, il ne l’a pas poussée à la démission pour tirer un trait sur cette affaire…

Les coulisses du FMI ne sont pas celles d’un théâtre de boulevard. Même si, au bout du compte, il s’avère que Mme Nagy n’a pas fait l’objet d’un traitement discriminatoire, favorable ou défavorable, notre brillant économiste social-démocrate est d’ores et déjà déstabilisé. Dans un pays où les profs d’université se croient obligés de proclamer sur la porte que leur bureau est une sexual harassment free zone, le seul fait de confondre business et affairs (ah ! ces faux amis !) vous vous rapproche plus de la sortie que de l’augmentation.

On peut le regretter, tempêter, s’indigner – et on aura raison. Mais c’est en toute connaissance de cause que DSK a choisi de traverser l’Atlantique plutôt que le désert de cinq ans, voire plus, d’opposition à la droite en France.

Et bon sang de bonsoir, s’il avait envie de courir le guilledoux, ce qui est parfaitement son droit, il n’avait qu’à sortir de son building à l’heure du lunch, pour faire la connaissance de l’une de ces milliers de fonctionnaires fédérales jeunes, jolies et intelligentes qui grignotent solitairement leur salade composée sur les bancs publics de Washington !

D’accord, on n’est pas sérieux quand on a soixante ans, et il faut bien que le corps exulte – je serais le dernier à lui jeter la pierre. Mais cette tentative de suicide politique n’a vraiment rien de drôle: combien sont-ils, ces électeurs de Sarkozy en 2007 qui seraient heureux de revenir à gauche si DSK rentrait au pays auréolé d’un parcours sans faute à l’international ?

Ceux-là se sentent aujourd’hui cocus, au même titre que les conjoints respectifs des protagonistes de ces galipettes monétaires internationales.

A titre de consolation on pourra toujours se réjouir de la naissance, sous la plume de DSK d’un nouvel euphémisme désignant le coup de canif au contrat de mariage : « Un incident survenu dans ma vie privée… » Pour l’accident, voir Félix Faure.

DSK ephèmère au FMI ?

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Grâce au Wall Street Journal, la planète entière sait désormais que DSK a une vie privée extra conjugale. Le président du FMI a reconnu les faits- tout en se défendant farouchement qu’ils aient donné lieu à un quelconque favoritisme professionnel, ce dont l’accuse le WSJ et qui pourrait entraîner sa destitution. On se gardera bien de penser quoi que ce soit du volet supposément népotique de l’affaire. La direction du Fonds Monétaire International a toujours été l’objet de bien des convoitises : on n’a aucune raison d’exclure a priori une manœuvre de déstabilisation montée de toutes pièces. Quant au côté privé  de l’affaire, on y réfléchira à deux fois avant d’accabler nos indiscrets confrères américains pour cet outing rien moins que délicat : dès juin dernier, DSK avait été dénoncé comme dragueur impénitent sur le blog de Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes à Libération. Voilà ce qu’on pouvait y lire : « Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). » C’est donc un peu grâce à vous, cher Jean Quatremer, si aujourd’hui, tout le monde en parle. Alors, heureux ?