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Pour le principe de postcaution

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Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.
Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.

Ce n’est un secret pour personne, encore moins une maladie honteuse : mon mari, Willy, est écolo. Comme il est écolo et allemand, il ne supporte pas la France. Renseignez-vous : aucun écologiste allemand digne de ce nom n’aime la France et nos Verts avaient dû emmagasiner une sacrée dose de haine contre le coq gaulois pour envoyer Daniel Cohn-Bendit s’occuper de ses plumes.

[access capability= »lire_inedits »]Eh bien, depuis un mois, Willy est bluffé par l’inventivité écologique du gouvernement français. Là où les tenants les plus stricts du développement durable avaient hésité à imposer au monde le principe de précaution, le gouvernement français a édicté un nouveau pilier de l’écologie : le principe de postcaution.

Imaginez : une tempête déferle sur les côtes de votre pays. Inondations, pannes électriques, parapluies retournés. Ce que la tempête n’a pas détruit, l’État s’engage à le détruire luimême ! Autrefois, quand on était épargné par une catastrophe naturelle, on remerciait le Bon Dieu de sa sollicitude. Mais c’est un temps de ringard : aujourd’hui, quand la nature n’a pas assez de couilles au cul pour faire de vraies catastrophes, on lui donne un petit coup de main. C’est ainsi que 1400 maisons qui n’ont pas eu le bon goût d’être bousillées par la tempête Xynthia vont être rasées en Vendée et en Charente-Maritime.

C’est un peu court de s’arrêter en si bon chemin. Prenez la grande crue de la Seine de 1947. Complètement nulle ! Aussi serait-il sage d’appliquer le principe de postcaution et de mettre en oeuvre un programme simple : passer au bulldozer les arrondissements riverains du fleuve parisien, raser les arrondissements voisins, y étaler une couche élégante de sable blanc, installer enfin des marchands de parasols et des cabines de bain sur les hauteurs. On louerait des transats. Ce serait le bonheur, Paris-Plages toujours recommencé.[/access]

Nathan le pas sage

Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv
Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv

Inutile de biaiser, comme dirait Marie-Paule Belle, je connais Tobie Nathan, je l’ai même rencontré à plusieurs reprises, ces dernières années, lorsqu’il était conseiller culturel à Tel Aviv. Il s’affairait à édifier le magnifique Institut français qui se dresse aujourd’hui fièrement à l’angle du boulevards Rothschild et de la rue Herzl. C’est un immeuble Art Déco des années trente du siècle dernier, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, rénové avec toute la passion esthétique qu’un homme de goût peut investir dans un édifice dont la République peut aujourd’hui être fière.

Cet hommage quelque peu grandiloquent, je le concède, au « petit cultureux binoclard à nœud pap' » – c’est ainsi qu’il se met en scène dans son dernier roman[1. Tobie Nathan, Qui a tué Arlozoroff ? (Grasset)] – est destiné à compenser quelque peu l’ingratitude de l’administration pour laquelle il dépensa sans compter son énergie et son talent, celles des affaires étrangères. Il ne bénéficia pas, une fois sa tâche accomplie, du grand poste prestigieux auquel il aurait pu aspirer, ce qui ne l’empêche pas, comme disent les Allemands de « Maul halten und weiter dienen »[2. « Taire sa gueule et continuer à servir » (sagesse populaire prussienne)] quelque part en Afrique. Le Quai est, semble-t-il, plus sensible aux pressions des coteries parisiennes qu’au mérite acquis en mettant les mains dans un cambouis qui, pour être culturel, n’en n’est pas moins salissant. Alors, passant de Tel Aviv, souviens toi de ce que doit la blancheur immaculée des murs de l’Institut à la ténacité, l’astuce et au désintéressement patriotique du  » petit cultureux » !

A l’origine, avant de traîner ses costards crèmes et son nœud pap’ dans les ambassades, Tobie Nathan, juif égyptien émigré à Paris peu après sa naissance au Caire en 1948, est un universitaire qui introduisit et développa en France l’ethnopsychiatrie, une discipline issue de l’ethnopsychanalyse fondée par l’anthropologue franco-américain Georges Devereux.

En ce mois de mai 2010, il nous rappelle son existence avec un roman, un vrai, pas une de ces minauderies éditoriales nombrilistes qui fleurissent chaque automne à Saint-Germain.

C’est une histoire haletante, avec des vrais personnages, et même des personnages vrais, qui ont existé dans l’Histoire et pas qu’un peu, comme Josef Goebbels et son épouse Magda. L’intrigue part d’un mystère qui reste aujourd’hui en grande partie sans solution : qui a assassiné, le 16 juin 1933, vers minuit sur la plage de Tel Aviv, Haïm Arlozoroff, figure importante du Yichouv, la communauté juive de Palestine avant la proclamation de l’Etat d’Israël ? La mort de cet homme de 34 ans, né en Ukraine, mais éduqué à Berlin provoqua une émotion immense dans le Yichouv et déchaîna des passions politiques qui ne sont pas encore totalement apaisées aujourd’hui. Figure de l’extrême gauche sioniste socialiste, Arlozoroff était la bête noire des  » révisionnistes » la droite sioniste rassemblée autour de son leader charismatique Zeev Jabotinsky. Pour David Ben Gourion, chef du Mapaï, la gauche travailliste, la cause est entendue : cet assassinat a été commis par des sicaires d’extrême droite manipulés par les amis de Jabotinsky, et deux d’entre eux seront arrêtés et traduits en justice, mais acquittés faute de preuves.

Lorsqu’en 1977, Menahem Begin, héritier politique de Jabotinsky , devint premier ministre d’Israël, il désigna une commission d’enquête pour tenter de faire la lumière sur cet assassinat, plus de quarante ans après les faits. Cette commission, composée d’historiens et de juristes ne put qu’établir que la piste des nervis d’extrême droite ne tenait pas la route, tout en se déclarant incapable d’en proposer une plus solide…

Lorsqu’il fut assassiné, Haïm Arlozoroff revenait d’une mission secrète à Berlin, où les nazis venaient de prendre le pouvoir et avaient commencé leurs persécutions contre les Juifs allemands. Il était venu négocier avec les nouveaux maîtres du pays les conditions d’émigration vers la Palestine de ceux d’entre eux qui l’auraient souhaité, en abandonnant au Reich la moitié de leurs biens, et en en récupérant l’autre moitié à leur arrivée, sous forme de produits allemands livrés au Yichouv. Son contact avec les autorités nazies avait été établi par Magda Goebbels, née Behrend, avec qui il avait eu une aventure sexuelle d’adolescent à Berlin, lorsqu’il avait 17 ans et elle 16, et qui se serait poursuivie par intermittence, même lorsque Magda était mariée avec le riche industriel allemand Günther Quandt. Après son divorce, elle épouse en 1930 le chef de la section berlinoise du Parti nazi, Josef Goebbels, qui allait devenir le ministre de la propagande du Reich hitlérien.

Les historiens ayant jeté l’éponge pour éclaircir le mystère de l’assassinat d’Arlozoroff, la voie était libre pour les romanciers d’imaginer les scénarios les plus époustouflants avec deux personnages principaux, Magda Goebbels et Haïm Arlozoroff aussi passionnés à se détruire qu’il le furent à s’aimer. Celui imaginé par Tobie Nathan se fonde sur une étude psychologique approfondie des principaux protagonistes, et un art du récit qui n’oublie pas de nous faire partager sa connaissance intime et sensuelle de la Tel Aviv d’aujourd’hui, où Ben Gourion, Jabotinsky et Arlozoroff se retrouvent pour l’éternité unis comme parrains des rues principales de la ville blanche.

Qui a tué Arlozoroff ?

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Aveugle ? Mon oeil…

Monsieur Parienti, ancien professeur de mathématiques, est aussi un inventeur heureux. Dans sa bonne ville de Nice, il a mis au point le « Top-Braille » et a été récompensé par le célèbre jury du concours Lépine qui lui a remis le 8 mai son grand prix. Le « Top-Braille », appareil maniable de la taille d’un téléphone portable, permettra aux aveugles de pouvoir lire automatiquement n’importe quel texte imprimé et donc, bien évidemment, ceux qui font le quotidien de nos concitoyens en 2010 : lettre de licenciement, arrêté d’expulsion, notice d’antidépresseurs et avis de décès.

Un seul inconvénient, le prix de cette machine tournerait autour de 1 600 euros. Mais que les associations ne s’inquiètent pas trop : on peut faire confiance à un gouvernement capable de trouver en 48 heures 90 milliards afin de sauver une monnaie ruineuse et ruinée. Il ne chipotera certainement pas quelques dizaines de millions pour assurer aux non-voyants une parfaite intégration et une égalité de traitement dans le meilleur des mondes qui s’annonce.

Habemus Primum Ministrum

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Les Britanniques se sont enfin réveillés avec un gouvernement en bonne et due forme. Six jours après les élections, les marchés en venaient à se demander si leur prochain cabinet n’allait pas tenir en trois majuscules peu engageantes, FMI par exemple, tant les interminables tractations entre les trois principaux partis s’éternisaient alors que la crise de l’euro sans compter celles à venir imposent une tête solide et durable au royaume. Qu’ils se rassurent, le vainqueur a fini par gagner ce qui relève, somme toute, d’une certaine logique.

Il a gagné… mais pas tout seul. Pour la première fois depuis 70 ans, c’est une coalition qui va diriger le pays. Sans majorité sortie des urnes, David Cameron a sollicité l’appui des Libéraux-Démocrates, la troisième force politique du pays, celle qui avec ses 57 sièges au Parlement a le pouvoir de faire ou défaire un Premier Ministre. Imaginez Nicolas Sarkozy devant son poste à François Bayrou et vous aurez une idée de la taille du chapeau qu’a avalé David Cameron hier soir. Sans même attendre que les instances nationales lib-dems ratifient le choix de leur patron, il s’est jeté dans sa mercedes blindée pour aller proposer à la reine son ticket lib-con et emménageait dans la foulée au Ten que Gordon Brown venait de quitter précipitamment. Soulagement, le spectre du hung parliament, le parlement suspendu minoritaire, s’éloigne.

Reste à gérer la coalition la plus… improbable qui soit. L’électeur lib-dem se classe au centre gauche, c’est un déçu du Labour qui n’a pour autant aucune affinité avec les Conservateurs, quand bien même le thatchérisme n’est plus la ligne officielle du parti. Fait rare au Royaume-Uni, il est europhile, écolo et plutôt interventionniste. Un bayrouiste mâtiné d’Europe Ecologie avec un penchant très social. Très exactement le contraire des Tories. De surcroît, Nick Clegg a fait de la réforme électorale son principal objectif. Moitié moins de votants que pour ses nouveaux amis, mais cinq fois moins de députés, il a mis la mort du FPTP dans la balance. Jusqu’à hier, les tories ont traîné les pieds. On les comprend. Comment expliquer à leur MP’s qu’une bonne partie d’entre eux allait devoir rendre son tablier aux prochaines élections ?

Tandis que Cameron tentait de convaincre les conservateurs de lâcher au moins un referendum sur le passage à la proportionnelle, Clegg négociait également en sous-main avec les travaillistes et faisant monter les enchères au point de les rendre tous chèvres. D’où les cinq jours d’attente. Pas mal pour un vrai-faux intransigeant au cœur pur, qui a remporté les débats en jouant sur sa différence et en jurant la main sur le cœur qu’il était différent des deux vieux partis enlisés dans les compromissions. Il aurait même gagné au passage ses galons de « meilleur élève de Robert Mugabe » selon l’ancien Foreign Secretary Malcolm, voire de « Charlot » pour le Home Secretary David Blunkett…

Tout le rapproche pourtant du Labour, leurs deux programmes sont parfaitement compatibles. Mais l’accord imminent lundi, ou « union des losers », selon le Times, ne plaisait pas aux Britanniques, de nature très légitimiste. « Donnons sa chance à Cameron », est l’opinion généralement répandue ici, même parmi les sympathisants du Labour. Vous avez dit fair-play ?

Plus prosaïquement, quoique plus naturelle, l’alliance lib-lab présentait quelques défauts constitutionnels assez redhibitoires. D’une part, elle était insuffisante. L’appoint de petits partis nationalistes écossais et gallois parfois fantasques lui était nécessaire pour une toute petite majorité très vulnérable. Ensuite, Brown ayant précisé qu’il se retirait de la politique pour faciliter l’accord, le Labour se retrouvait sans chef naturel. Dopées par le départ du Premier Ministre, les ambitions n’ont pas tardé à se dévoiler. Certaines plus surprenantes que d’autres. Ainsi à la candidature attendue de David Miliband, ministre des affaires étrangères sortant, s’est ajouté celle de… son propre frère, Ed. Quand il est question de se saisir du pouvoir à la volée en évinçant le vainqueur des élections générales, il faut un minimum de préparation et ne pas transformer des négociations en règlement de compte familial. Enfin, quoique partisan comme le Labour de la relance plus que de la stricte discipline fiscale prônée par les conservateurs, les Lib-Dems ont pris la mesure, à l’aune de la crise grecque, de ce qui attend le royaume dans les prochains mois. 167 milliards de déficit et pas le moindre filet de protection, on estime à 25% les coupes sombres qui devront être pratiquées dans tous les ministères. Ils ont tourné casaque. Qu’en pensent ses élus ? Pas du bien. Certains ne se sont pas gênés pour lui faire savoir qu’il avait marchandé le parti pour son propre compte. On n’a d’ailleurs pas vu Clegg de la soirée. Mais Westminster vaut bien quelques noms d’oiseau et la déception de partisans qu’il espère reconquérir par la grâce d’une réforme électorale qui devrait tripler le nombre de ses MP’s. Sans compter les six postes sur vingt-quatre dans le prochain cabinet, dont celui de « deputy » pour Clegg, ou vice-premier ministre.

Les Britanniques se retrouvent donc avec deux premiers ministres pour le prix d’un. Au-delà de leurs différences idéologiques, de pedigrees si proches qu’ils en sont difficilement différenciables. Même âge (trois petits mois les séparent), même ascendance aristocratique (Cameron descend du roi William IV par la cuisse gauche, quand Clegg est l’arrière-petit-fils d’un ministre de la justice russe), mêmes universités prestigieuses, même passage par le monde des affaires (directeur juridique de Carlton Television pour Cameron, chercheur pour le compte de la société de lobbying GJW pour Clegg), même origine sociale (Cameron est issue d’une longue lignée de banquiers et Clegg senior est président de la United Trust Bank), les similitudes sont assez hallucinantes jusqu’à leur goût commun pour le tennis. Ils ne manqueront pas de sujets de conversation à l’heure du thé.

Un peu désabusé, le leader travailliste des négociations avortées, Peter Mandelson, a laissé entendre qu’il valait mieux perdre une élection que son âme, suivi par de nombreux MP’s travaillistes, dont toute l’aile gauche du parti qui ne voyait pas d’un œil franchement enthousiaste l’alliance avec les bobos de Clegg.

Une certitude, le FPTP semble avoir vécu, et d’innombrables incertitudes. Quelle attitude face à l’Europe quand on connaît les réticences de Cameron, celles-là même qui lui valent la plus grande méfiance des chancelleries françaises et allemandes ?

Quelle attitude face à la gestion de la crise économique et financière sans précédent qui secoue le pays ? Une conduite ferme et un gouvernement soudé seront indispensables.
Gordon Brown est parti pour la péninsule de Fife, chez lui en Ecosse, s’occuper des « charities » qui lui tiennent à coeur. En prenant ses fonctions hier soir, Cameron a salué celui qui avait sauvé le système bancaire britannique du naufrage.

« The hard work starts here », David.

Profanation « malheureusement » pas raciste

La découverte le 6 mai dernier de la profanation de sept tombes du carré musulman du cimetière de Tarascon avait donné lieu à un grand raout antiraciste officiel dont la France contemporaine a le secret. Gouvernement et associations communautaristes de conserve y avaient fait une orgie d’indignation et dénoncé sans retenue la montée des actes racistes et islamophobes dans notre pays. Mais « malheureusement » comme le souligne benoîtement le procureur de Tarascon, « plutôt par bêtise et par désœuvrement » que cet acte a été commis par un adolescent de 14 ans dont seul le journal La Provence nous précise qu’il serait « issu d’une famille maghrébine ».

C’est malheureux, mais c’est comme ça : en France en plein début du XXIe siècle, on ne peut même plus compter sur les petits blancs racistes pour s’offusquer tranquille. On espère, mais sans trop y compter, que les autorités et les associations de tout poil qui s’étranglaient d’une sainte colère la semaine dernière se livreront à un Mea Culpa aussi tonitruant que celui qui avait suivi la fausse agression antisémite dans le RER C, il y a quelques années.

Super plan mais mauvais coup

Bourse de Francfort
Bourse de Francfort. Flickr / Tobias Leeger

Les bourses européennes se sont littéralement envolées, ce lundi, après l’accord trouvé dans la nuit sur « un mécanisme de stabilisation destiné à préserver la stabilité financière en Europe » – traduction française : les gouvernements mettraient « jusqu’à 750 milliards d’euros » sur la table afin d’éviter une crise financière généralisée. Message reçu illico par les traders : les indices explosaient, bancaires en tête, assurés du soutien indéfectible des braves contribuables européens. Le hic (et bientôt nunc) est que ce « super plan » pourrait bien ne rien changer si la tempête financière devait se lever sur le Vieux contient.

La tempête financière éclatera. Forcément.

Or, tôt ou tard, elle éclatera. Les « maillons faibles » de l’Union (Grèce, Portugal, Espagne, etc.) ont une croissance nulle, réduisent leurs dépenses budgétaires tandis même que le coût du traitement du chômage augmente considérablement, et incitent à la rigueur salariale, étouffant ainsi la reprise. Un PIB rétréci et une dette au mieux inchangée : leur ratio richesse/dette chutera donc mécaniquement. Et sera donc confirmé leur statut de débiteurs fragiles. Et donc augmenté les taux auxquels ils pourront emprunter sur les marchés, selon la bonne vieille règle : à débiteur dangereux, taux de prêt faramineux. Bis patatra ! Dans un an, sinon dès cet été, ces pays seront de nouveau pris à la gorge. L’abandon provisoire de l’euro par la Grèce, puis le Portugal et le l’Espagne, aurait pourtant été une solution à examiner. Il aurait permis, d’une part, à ces pays à « faible spécialisation » de se refaire en dévaluant massivement, et, d’autre part, aux grandes économies encore à peu près stables de ne pas engouffrer leurs dernières marges financières dans un sauvetage hypothétique. Car si le « super plan » ne fonctionnait pas, Paris et Berlin se retrouveraient dans une situation fort délicate. Leur dette et leur croissance étant ce qu’elles sont, comment les deux « moteurs » de l’Union feraient-ils face à une nouvelle dégradation : par davantage de rigueur ou d’emprunts ?

Qui régale ? La France et l’Allemagne

La Bible l’enseigne, la première question à se poser devant une manne est : « Qui régale ? »  Ici : qui va financer ce « super plan » ? Londres s’est carapaté d’emblée. L’Italie n’a pas un kopek. Quant aux autres… Concrètement, reste Paris et Berlin[1. L’évaluation faite par notre ministre des Finances à « 20%, soit 88 milliards d’euros, la quote-part de la France » dans ce Super Plan relève de la plaisanterie : hors l’Allemagne, dont la Chancelière vient de prendre une claque électorale et pourrait donc bourse délier plus chichement qu’annoncé, qui règlera vraiment les 80% restant : l’Italie, la Belgique, la Grèce ?]. Car si les termes de l’accord ne sont pas encore connus, il ressort que, pour sa part, la Commission Européenne se contentera d’un fonds de 60 milliards d’euros pour abonder au « super plan ». Super. Et où les trouvera-t-elle ? Sur les marchés. Qui empruntent à la Banque Centrale Européenne à 1%. No Comment ? No comment. Le FMI, lui, a promis de réfléchir à un engagement pouvant aller jusqu’à 250 milliards d’euros – soit, murmure-t-on, ce qui serait tout juste en mesure de stabiliser l’Espagne, au cas où… Pour les 440 milliards d’euros manquant, eh bien… Voyez les membres de la zone euro. C’est-à-dire, une fois encore, Paris et Berlin.

Or, une simple addition suffit à douter de la viabilité de l’opération. Plus de cent milliards affectés d’ores et déjà à la Grèce, pour laquelle on admet à présent qu’une rallonge sera nécessaire. Concernant l’Espagne, on a évoqué une enveloppe de trois cents milliards, hypothèse raisonnable au vu de son endettement, de son chômage (20%) et de sa tragique absence de croissance. Ajoutons le Portugal, l’Irlande, quelques pays d’Europe orientale et voilà notre « super plan » déjà épongé jusqu’au dernier cent. Il était fait pour cela, dira-t-on ? Certes. Mais quid de la troisième économie du continent, quid de l’Italie ? Chômage, endettement, déficit, croissance, démographie : tous les voyants sont au rouge dans ce pays dirigé par un zouave. Qu’adviendra-t-il le jour où Rome verra le loyer de l’argent dont elle a cruellement besoin augmenter, augmenter… Il n’y aura alors plus de « super plan ». Il n’y aura plus d’argent à Paris, et sans doute plus de « volonté de solidarité » à Berlin depuis longtemps. Alors, ce jour-là…

Le super-plan : du spectaculaire

La vérité de ce « super plan » réside avant tout dans le qualificatif ingénument suggéré aux médias pour le décrire : spectaculaire. Et c’est bien cela qu’on nous a offert : du spectaculaire, destiné à frapper les esprits « avant l’ouverture des marchés ». Il n’y avait pourtant d’autres mesures à prendre – et de quelle ampleur ! Dimanche soir, par exemple, les Européens auraient pu décider de nationaliser les banques majeures, afin de les protéger de la dette grecque mais aussi pour les remettre à leur place, les rendre à leur rôle : financer la croissance commune. Et séparer une bonne fois pour toutes les activités de dépôts et celles dites de spéculation !

Dimanche soir, les Européens auraient pu, tout aussi bien, faire montre de courage en laissant la Grèce, et d’autres, sortir de l’euro, sortir la tête de l’eau. De courage ou bien, faisons un rêve, d’audace : n’était-ce pas l’opportunité historique d’appeler aux urnes tous les peuples de l’Union et de leur soumettre enfin un projet de gouvernement économique et de fiscalité communs ? Mais non. Il a été préféré un « super plan », encore très flou, probablement impossible à financer, et certainement incapable de dissuader des forces déchaînées tant par la paralysie des nations que par l’inexistence de l’Europe.

Rosette Galien

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[access capability= »lire_inedits »]Rosette Galien

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Personne n’en disconvient : Louis Pasteur fut un bienfaiteur de l’humanité et de ses alentours. Ce qu’on ignore c’est que l’inventeur du vaccin contre la rage compte au nombre de ses aïeux Rosette Galien. Sous le règne de Louis XIV, elle exerça les fonctions d’intendante de la Pharmacopée royale.

[access capability= »lire_inedits »]Lorsqu’en 1720 la grande peste se déclara à Marseille, elle fit aussitôt l’acquisition de 200 000 phalanges authentiques de la main droite de saint Roch, de 110 000 tibias de la jambe gauche de saint Sébastien et de 34 000 fémurs de saint Jean Discalceat. Censées guérir les malades, ces vénérables reliques des trois saints antipesteux furent acheminées vers 1724 à bon port. Comme toute la Canebière était déjà guérie ou morte de la peste, le prévôt de l’époque, Jean-Claude Gaudin, ordonna qu’on dissolve les reliques inutiles dans de l’eau claire afin de vérifier si la mixture ne prenait pas, par hasard, le goût du pastis – ce qui aurait été, avouez-le, un bien beau miracle.

Rosalba Carriera, Portrait de Rosette Galien, pharmacienne royale jouant du tambourin contre la goutte, huile de foie de morue sur toast, 1720.

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Bravo Florence !

Florence Aubenas vient d’obtenir, en appel, la somme de 66 198,76 € au titre des indemnités de départ du journal Libération en 2006. La prise de contrôle de 38 % du capital du journal par Edouard de Rothschild ouvrait le droit des journalistes à démissionner de l’entreprise en faisant valoir la « clause de cession », à ne pas confondre avec la « clause de conscience », qui ouvre ces mêmes droits si la ligne rédactionnelle d’un organe de presse subit des modifications importantes. L’icône du journalisme français est donc parfaitement dans les clous de la loi en réclamant son magot, et il serait malvenu lui faire le moindre reproche d’ingratitude à l’égard d’un journal qui n’avait ménagé ni ses efforts ni son argent pour la faire sortir de son trou à rats irakien. Florence est notre Bernadette de la source d’encre miraculeuse, et la Providence ne cesse de veiller sur elle. Dès le lendemain de son départ de la rue Béranger, Florence se retrouvait grand reporter au Nouvel Obs avec des émoluments largement supérieurs à ceux que lui versait le journal de Serge July (4 417 € brut). Une cure de six mois de précarité en Normandie était bien évidemment nécessaire pour qu’elle supporte moralement cette épreuve.

Pour la Belgique

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J’aime la Belgique. Profondément, définitivement, absolument. La Belgique n’est pas seulement un pays : c’est un état d’esprit, un art de vivre, une donnée spirituelle de l’histoire. Les plages de Coxyde, l’été, quand on se baigne un peu trop loin et que résonne la trompe étrangement archaïque de la jolie surveillante en combinaison rouge ou bien les cafés de la république libre d’Outremeuse à Liège lorsque le péquet met de jolies couleurs à la nuit sont autant d’utopies concrètes, de possibilité d’exister encore joyeusement dans un monde chaque jour plus désenchanté.

C’est que la Belgique, malgré sa superficie réduite, est une province de l’infini. Elle a inventé le surréalisme, le fantastique, l’art nouveau. Elle nous a donné deux géants du vingtième siècle qui sont devenus des figures universelles : Tintin et Maigret, le reporter et le commissaire. Sans la Belgique, d’ailleurs, la littérature française ne serait pas grand-chose. Le nombre d’écrivains français qui sont belges dépasse l’entendement. Et seraient-ils aussi bons s’ils n’étaient pas belges ? L’étrangeté de Michaux en poésie ou de Magritte en peinture serait elle aussi profonde si ces deux artistes n’étaient pas nés dans ce pays au cœur double depuis sa naissance en 1830 ?

Pourtant son imaginaire et sa façon d’être au monde transcendent le clivage linguistique. Les vents mauvais ont beau souffler, il y a une identité belge qui est tenace malgré les ambitions de quelques carriéristes démagogues tisonnant les égoïsmes économiques à courte vue.

Je reviens à peine de Bruxelles où je me trouvais à l’assemblée générale des amis de Georges Simenon. C’est un aimable cénacle de doux maniaques, collectionneurs et érudits, où je compte quelques admirables amis. Il y a là, pour la partie belge, des Flamands, des Wallons et des Bruxellois. Le sentiment dominant, quand la question est venue sur le tapis au moment du buffet, c’est qu’il n’y avait aucune raison de se séparer. Etais-je tombé sur un repaire de belgicains, comme on appelle là-bas ceux qui manifestent leur attachement viscéral au pays ?
Je ne crois pas : le matin même, j’étais sur Tervuren où se tenait une gigantesque brocante, un des sports préférés des Belges. Tervuren est une avenue qui part du parc du Cinquantenaire et continue sur une dizaine de kilomètres en longeant le parc de Woluwe (prononcez volué). Une de ces avenues typiquement européenne, finalement, à la fois majestueuse et humaine.

Aux fenêtres des immeubles Horta, gracieux comme des fleurs, il n’était pas rare de voir un drapeau belge. Sur les vitres des voitures garées ou dans les vitrines des commerces et des cafés (côté soleil), des autocollants avec ce même drapeau barré d’un très clair : « Touche pas à mon pays ! ». Et la veille au soir, derrière ma Westmalle Triple, à la Fleur en papier doré, le café que fréquenta le groupe des surréalistes belges et notamment les trop méconnus Marcel Marien et Louis Scutenaire, l’impression était plutôt, dans la clientèle flamande comme dans la clientèle francophone que le psychodrame en question était surtout celui d’appareils politiques jouant avec le feu et que tout cela n’avait pas grand chose à voir avec un désir majoritaire dans la population.

Ce ne serait pas la première fois, n’est-ce pas, qu’il y aurait une rupture entre un pays légal et un pays réel, comme disait l’autre. En fait, l’état d’esprit semblait tout à fait semblable à celui de la Marche Blanche qui vit défiler tout un pays uni comme jamais pour protester contre les dysfonctionnements du système après l’affaire Dutroux.

Si décidément, après les élections régionales du 13 juin, la Belgique devait disparaître, cela serait une confirmation : le marché n’aime pas les nations. Il leur préfère des régions, ce qui n’est pas du tout la même chose. L’indépendance ou la sécession de la Flandres aurait à peu près autant de sens, d’un point de vue identitaire, que celle de Rhône-Alpes. A la limite, la Bavière catholique aurait plus de légitimité à prétendre au statut de nation dans une Allemagne protestante. On oublie, en effet, deux puissants facteurs belges d’unité  : le catholicisme et la monarchie. Les Flamands et les francophones n’ont peut-être pas la même langue, mais ils ont le même rapport à Dieu. Même dans des sociétés déchristianisées, cela induit une façon de vivre qui fait que les Flamands, ne sont pas comme on le croit trop souvent, une simple excroissance batave. Quant à la monarchie, son grand avantage est d’incarner une nation tout entière dans un homme dépositaire d’une légitimité historique. Un roi sur un trône, ça vous empêche le démagogue ou le fasciste de monter plus haut que le poste de premier ministre. C’est toujours ça de gagné.

La poussée micro nationaliste en Flandres n’est plus la revendication culturelle plutôt légitime au départ. On pourra lire Le Chagrin des Belges du grand Hugo Claus sur la question.

Il y eut effectivement une époque où la langue flamande était considérée comme un patois de paysans qui partaient faire les jaunes dans les filatures en grève de Roubaix et qui se faisaient tuer en 14 sous le commandement d’officiers leur donnant des ordres dans un français qu’ils ne comprenaient pas. Cela n’a pas empêché néanmoins tout ce petit monde de se battre admirablement du côté du saillant d’Ypres sous le commandement du roi chevalier Albert Ier et de tenir 4 ans derrière l’Yser. Même la bourgeoisie flamande parlait exclusivement français et un de nos plus charmants écrivains, Félicien Marceau, académicien de surcroît, est originaire de Kortenberg dans le Brabant flamand.

Mais tout cela est du passé. La frontière linguistique qui sépare nord et sud, Flandres et Wallonie et qui date des années 60 a redonné toute sa fierté à une communauté et même un peu plus. On est vite d’ailleurs parfois passé un peu de la fierté à l’arrogance du côté de Louvain ou des Fourons.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de cela : l’extrême droite et autres autonomistes, y compris certains au VLD, le principal parti de gouvernement côté flamand, surfent surtout avec un égoïsme économique à courte vue. Ils propagent un cliché qu’ils pensent rentable électoralement : un Flamand riche, grand, blond, jeune et spécialisé dans les technologies de pointes paierait pour un Wallon petit, socialiste, latin, assisté et englué dans une interminable récession post industrielle. C’est Anvers, Gand et Bruges les banquières contre les chevalets abandonnés des mines du Borinage, oubliant au passage qu’il s’agit de la même communauté de destins et que les pauvres d’aujourd’hui furent ceux qui créèrent hier les conditions de la richesse présente.

Il est un peu triste de voir en France certains se réjouir à l’idée de récupérer deux ou trois départements dans un éventuel divorce entre Flamands et Wallons. C’est pour le coup que l’Europe, qui n’est déjà pas grand chose, ne serait plus rien. Plus rien qu’une entité sans identité, un non-lieu voué à la circulation sans fin des biens et des personnes.

Ce genre de monde, comme les histoires d’amour, finit mal en général. Dans Vues sur l’Europe, en 1939, André Suarès écrivait un éloge prophétique des petites nations : « Je dirai la grandeur des petites nations. Elles seules sont à l’échelle de l’homme. Les gros empires ne sont qu’à l’échelle de l’espèce. Les petites nations ont créé la cité, la morale et l’individu. Les gros empires n’en ont même pas conçu la loi nécessaire ni la dignité. Aux empires, la quantités ; la qualité aux petites nations. »

Aujourd’hui, si la Belgique meurt, c’est l’Empire qui gagne et nous tous, ici même, qui perdrons. Qui perdrons beaucoup plus qu’un voisin folklorique.

Christophe Girard, VRP sinophile

Christophe Girard

On pourra lire ici, sur le site du très officiel Quotidien du Peuple chinois, un entretien ébouriffant que le très mainstream adjoint à la néo-culture de Paris, le socialiste, ex-Vert et futur tout ce qu’on voudra Christophe Girard a accordé à un journal local. C’était à l’occasion de sa visite de l’exposition universelle de Shanghai « en avant-première », comme il s’en vante complaisamment sur son blog, hilarante photo touristique devant le pavillon français à l’appui. Dans cet entretien, ce magnifique représentant de la caste des rebellocrates se livre à un coming out sans tabou dont il est coutumier.

Réalisme socialiste ?

Cette fois-ci cependant, il ne s’agit pas seulement de son orientation sexuelle, mais aussi d’un sujet autrement compromettant : son amour ardent pour le régime de Pékin. Cela faisait trop longtemps en effet que nous vivions sous l’emprise du politiquement correct droit-de-l’hommiste qui nous empêchait de déclarer notre flamme au parti communiste chinois. Christophe Girard, comme d’habitude à l’avant-garde de tous les combats d’avenir, vient d’ouvrir une brèche pour nous dans cette étouffante chape de plomb idéologique. Il est désormais possible, à l’unisson de Pékin, de s’en prendre courageusement au Dalaï-lama, ce représentant illégitime d’un pays moyenâgeux et homophobe que l’invasion chinoise a fait passer de l’Ombre à la Lumière. En outre, grâce à ce sempiternel briseur de tabou qu’est Christophe Girard, on peut aujourd’hui se faire le chantre de la liberté de parole dont chacun jouit en Chine[1. Remarquons que quand on use de cette liberté avec la virtuosité de Girard, ces éloges sont parfaitement justifiés.], tout en louant le rôle que joue l’industrie chinoise dans l’économie mondiale. On peut enfin, cerise sur le mooncake, reprendre à son compte la propagande chinoise, pour critiquer la presse française, coupable de véhiculer une mauvaise image de ce pays auprès des Français qui « doivent abandonner leurs vieilles et désuètes idées sur la Chine ». Notons au passage, et si la maitresse de maison le permet, que Girard ne lit certainement par Le Point (par exemple) dont le numéro spécial consacré à la Chine à la fin de l’année 2009, s’est attiré les louanges des Chinois, jusque dans les salons de l’Ambassade parisienne de la RPC.

Le souci de Christophe Girard de se conformer à la virgule près à la rhétorique des médias officiels chinois est admirable. Droit-de-l’hommiste en France, Girard est communiste en Chine, c’est moins risqué que l’inverse. In Shanghai, do as the Shanghainese do. Seules les langues de vipères lubriques anticommunistocapitalistes primaires suggèreront que la sinophilie de l’adjoint à la culture de Delanoë pourrait être motivée par ses fonctions au sein du groupe LVMH, dont les intérêts en Chine sont gigantesques. Car un tel mélange des genres, entre politique publique et intérêts privés du groupe LVMH, est tout simplement impensable au cœur de l’Empire du milieu de la vertu politique et citoyenne qu’est aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Paris.

Pour le principe de postcaution

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Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.
Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.
Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.
Rasons Montmartre, en cas de crue de la Seine.

Ce n’est un secret pour personne, encore moins une maladie honteuse : mon mari, Willy, est écolo. Comme il est écolo et allemand, il ne supporte pas la France. Renseignez-vous : aucun écologiste allemand digne de ce nom n’aime la France et nos Verts avaient dû emmagasiner une sacrée dose de haine contre le coq gaulois pour envoyer Daniel Cohn-Bendit s’occuper de ses plumes.

[access capability= »lire_inedits »]Eh bien, depuis un mois, Willy est bluffé par l’inventivité écologique du gouvernement français. Là où les tenants les plus stricts du développement durable avaient hésité à imposer au monde le principe de précaution, le gouvernement français a édicté un nouveau pilier de l’écologie : le principe de postcaution.

Imaginez : une tempête déferle sur les côtes de votre pays. Inondations, pannes électriques, parapluies retournés. Ce que la tempête n’a pas détruit, l’État s’engage à le détruire luimême ! Autrefois, quand on était épargné par une catastrophe naturelle, on remerciait le Bon Dieu de sa sollicitude. Mais c’est un temps de ringard : aujourd’hui, quand la nature n’a pas assez de couilles au cul pour faire de vraies catastrophes, on lui donne un petit coup de main. C’est ainsi que 1400 maisons qui n’ont pas eu le bon goût d’être bousillées par la tempête Xynthia vont être rasées en Vendée et en Charente-Maritime.

C’est un peu court de s’arrêter en si bon chemin. Prenez la grande crue de la Seine de 1947. Complètement nulle ! Aussi serait-il sage d’appliquer le principe de postcaution et de mettre en oeuvre un programme simple : passer au bulldozer les arrondissements riverains du fleuve parisien, raser les arrondissements voisins, y étaler une couche élégante de sable blanc, installer enfin des marchands de parasols et des cabines de bain sur les hauteurs. On louerait des transats. Ce serait le bonheur, Paris-Plages toujours recommencé.[/access]

Nathan le pas sage

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Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv
Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv
Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv
Mémorial Haïm Arlozoroff, Tel Aviv

Inutile de biaiser, comme dirait Marie-Paule Belle, je connais Tobie Nathan, je l’ai même rencontré à plusieurs reprises, ces dernières années, lorsqu’il était conseiller culturel à Tel Aviv. Il s’affairait à édifier le magnifique Institut français qui se dresse aujourd’hui fièrement à l’angle du boulevards Rothschild et de la rue Herzl. C’est un immeuble Art Déco des années trente du siècle dernier, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, rénové avec toute la passion esthétique qu’un homme de goût peut investir dans un édifice dont la République peut aujourd’hui être fière.

Cet hommage quelque peu grandiloquent, je le concède, au « petit cultureux binoclard à nœud pap' » – c’est ainsi qu’il se met en scène dans son dernier roman[1. Tobie Nathan, Qui a tué Arlozoroff ? (Grasset)] – est destiné à compenser quelque peu l’ingratitude de l’administration pour laquelle il dépensa sans compter son énergie et son talent, celles des affaires étrangères. Il ne bénéficia pas, une fois sa tâche accomplie, du grand poste prestigieux auquel il aurait pu aspirer, ce qui ne l’empêche pas, comme disent les Allemands de « Maul halten und weiter dienen »[2. « Taire sa gueule et continuer à servir » (sagesse populaire prussienne)] quelque part en Afrique. Le Quai est, semble-t-il, plus sensible aux pressions des coteries parisiennes qu’au mérite acquis en mettant les mains dans un cambouis qui, pour être culturel, n’en n’est pas moins salissant. Alors, passant de Tel Aviv, souviens toi de ce que doit la blancheur immaculée des murs de l’Institut à la ténacité, l’astuce et au désintéressement patriotique du  » petit cultureux » !

A l’origine, avant de traîner ses costards crèmes et son nœud pap’ dans les ambassades, Tobie Nathan, juif égyptien émigré à Paris peu après sa naissance au Caire en 1948, est un universitaire qui introduisit et développa en France l’ethnopsychiatrie, une discipline issue de l’ethnopsychanalyse fondée par l’anthropologue franco-américain Georges Devereux.

En ce mois de mai 2010, il nous rappelle son existence avec un roman, un vrai, pas une de ces minauderies éditoriales nombrilistes qui fleurissent chaque automne à Saint-Germain.

C’est une histoire haletante, avec des vrais personnages, et même des personnages vrais, qui ont existé dans l’Histoire et pas qu’un peu, comme Josef Goebbels et son épouse Magda. L’intrigue part d’un mystère qui reste aujourd’hui en grande partie sans solution : qui a assassiné, le 16 juin 1933, vers minuit sur la plage de Tel Aviv, Haïm Arlozoroff, figure importante du Yichouv, la communauté juive de Palestine avant la proclamation de l’Etat d’Israël ? La mort de cet homme de 34 ans, né en Ukraine, mais éduqué à Berlin provoqua une émotion immense dans le Yichouv et déchaîna des passions politiques qui ne sont pas encore totalement apaisées aujourd’hui. Figure de l’extrême gauche sioniste socialiste, Arlozoroff était la bête noire des  » révisionnistes » la droite sioniste rassemblée autour de son leader charismatique Zeev Jabotinsky. Pour David Ben Gourion, chef du Mapaï, la gauche travailliste, la cause est entendue : cet assassinat a été commis par des sicaires d’extrême droite manipulés par les amis de Jabotinsky, et deux d’entre eux seront arrêtés et traduits en justice, mais acquittés faute de preuves.

Lorsqu’en 1977, Menahem Begin, héritier politique de Jabotinsky , devint premier ministre d’Israël, il désigna une commission d’enquête pour tenter de faire la lumière sur cet assassinat, plus de quarante ans après les faits. Cette commission, composée d’historiens et de juristes ne put qu’établir que la piste des nervis d’extrême droite ne tenait pas la route, tout en se déclarant incapable d’en proposer une plus solide…

Lorsqu’il fut assassiné, Haïm Arlozoroff revenait d’une mission secrète à Berlin, où les nazis venaient de prendre le pouvoir et avaient commencé leurs persécutions contre les Juifs allemands. Il était venu négocier avec les nouveaux maîtres du pays les conditions d’émigration vers la Palestine de ceux d’entre eux qui l’auraient souhaité, en abandonnant au Reich la moitié de leurs biens, et en en récupérant l’autre moitié à leur arrivée, sous forme de produits allemands livrés au Yichouv. Son contact avec les autorités nazies avait été établi par Magda Goebbels, née Behrend, avec qui il avait eu une aventure sexuelle d’adolescent à Berlin, lorsqu’il avait 17 ans et elle 16, et qui se serait poursuivie par intermittence, même lorsque Magda était mariée avec le riche industriel allemand Günther Quandt. Après son divorce, elle épouse en 1930 le chef de la section berlinoise du Parti nazi, Josef Goebbels, qui allait devenir le ministre de la propagande du Reich hitlérien.

Les historiens ayant jeté l’éponge pour éclaircir le mystère de l’assassinat d’Arlozoroff, la voie était libre pour les romanciers d’imaginer les scénarios les plus époustouflants avec deux personnages principaux, Magda Goebbels et Haïm Arlozoroff aussi passionnés à se détruire qu’il le furent à s’aimer. Celui imaginé par Tobie Nathan se fonde sur une étude psychologique approfondie des principaux protagonistes, et un art du récit qui n’oublie pas de nous faire partager sa connaissance intime et sensuelle de la Tel Aviv d’aujourd’hui, où Ben Gourion, Jabotinsky et Arlozoroff se retrouvent pour l’éternité unis comme parrains des rues principales de la ville blanche.

Qui a tué Arlozoroff ?

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Aveugle ? Mon oeil…

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Monsieur Parienti, ancien professeur de mathématiques, est aussi un inventeur heureux. Dans sa bonne ville de Nice, il a mis au point le « Top-Braille » et a été récompensé par le célèbre jury du concours Lépine qui lui a remis le 8 mai son grand prix. Le « Top-Braille », appareil maniable de la taille d’un téléphone portable, permettra aux aveugles de pouvoir lire automatiquement n’importe quel texte imprimé et donc, bien évidemment, ceux qui font le quotidien de nos concitoyens en 2010 : lettre de licenciement, arrêté d’expulsion, notice d’antidépresseurs et avis de décès.

Un seul inconvénient, le prix de cette machine tournerait autour de 1 600 euros. Mais que les associations ne s’inquiètent pas trop : on peut faire confiance à un gouvernement capable de trouver en 48 heures 90 milliards afin de sauver une monnaie ruineuse et ruinée. Il ne chipotera certainement pas quelques dizaines de millions pour assurer aux non-voyants une parfaite intégration et une égalité de traitement dans le meilleur des mondes qui s’annonce.

Habemus Primum Ministrum

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Les Britanniques se sont enfin réveillés avec un gouvernement en bonne et due forme. Six jours après les élections, les marchés en venaient à se demander si leur prochain cabinet n’allait pas tenir en trois majuscules peu engageantes, FMI par exemple, tant les interminables tractations entre les trois principaux partis s’éternisaient alors que la crise de l’euro sans compter celles à venir imposent une tête solide et durable au royaume. Qu’ils se rassurent, le vainqueur a fini par gagner ce qui relève, somme toute, d’une certaine logique.

Il a gagné… mais pas tout seul. Pour la première fois depuis 70 ans, c’est une coalition qui va diriger le pays. Sans majorité sortie des urnes, David Cameron a sollicité l’appui des Libéraux-Démocrates, la troisième force politique du pays, celle qui avec ses 57 sièges au Parlement a le pouvoir de faire ou défaire un Premier Ministre. Imaginez Nicolas Sarkozy devant son poste à François Bayrou et vous aurez une idée de la taille du chapeau qu’a avalé David Cameron hier soir. Sans même attendre que les instances nationales lib-dems ratifient le choix de leur patron, il s’est jeté dans sa mercedes blindée pour aller proposer à la reine son ticket lib-con et emménageait dans la foulée au Ten que Gordon Brown venait de quitter précipitamment. Soulagement, le spectre du hung parliament, le parlement suspendu minoritaire, s’éloigne.

Reste à gérer la coalition la plus… improbable qui soit. L’électeur lib-dem se classe au centre gauche, c’est un déçu du Labour qui n’a pour autant aucune affinité avec les Conservateurs, quand bien même le thatchérisme n’est plus la ligne officielle du parti. Fait rare au Royaume-Uni, il est europhile, écolo et plutôt interventionniste. Un bayrouiste mâtiné d’Europe Ecologie avec un penchant très social. Très exactement le contraire des Tories. De surcroît, Nick Clegg a fait de la réforme électorale son principal objectif. Moitié moins de votants que pour ses nouveaux amis, mais cinq fois moins de députés, il a mis la mort du FPTP dans la balance. Jusqu’à hier, les tories ont traîné les pieds. On les comprend. Comment expliquer à leur MP’s qu’une bonne partie d’entre eux allait devoir rendre son tablier aux prochaines élections ?

Tandis que Cameron tentait de convaincre les conservateurs de lâcher au moins un referendum sur le passage à la proportionnelle, Clegg négociait également en sous-main avec les travaillistes et faisant monter les enchères au point de les rendre tous chèvres. D’où les cinq jours d’attente. Pas mal pour un vrai-faux intransigeant au cœur pur, qui a remporté les débats en jouant sur sa différence et en jurant la main sur le cœur qu’il était différent des deux vieux partis enlisés dans les compromissions. Il aurait même gagné au passage ses galons de « meilleur élève de Robert Mugabe » selon l’ancien Foreign Secretary Malcolm, voire de « Charlot » pour le Home Secretary David Blunkett…

Tout le rapproche pourtant du Labour, leurs deux programmes sont parfaitement compatibles. Mais l’accord imminent lundi, ou « union des losers », selon le Times, ne plaisait pas aux Britanniques, de nature très légitimiste. « Donnons sa chance à Cameron », est l’opinion généralement répandue ici, même parmi les sympathisants du Labour. Vous avez dit fair-play ?

Plus prosaïquement, quoique plus naturelle, l’alliance lib-lab présentait quelques défauts constitutionnels assez redhibitoires. D’une part, elle était insuffisante. L’appoint de petits partis nationalistes écossais et gallois parfois fantasques lui était nécessaire pour une toute petite majorité très vulnérable. Ensuite, Brown ayant précisé qu’il se retirait de la politique pour faciliter l’accord, le Labour se retrouvait sans chef naturel. Dopées par le départ du Premier Ministre, les ambitions n’ont pas tardé à se dévoiler. Certaines plus surprenantes que d’autres. Ainsi à la candidature attendue de David Miliband, ministre des affaires étrangères sortant, s’est ajouté celle de… son propre frère, Ed. Quand il est question de se saisir du pouvoir à la volée en évinçant le vainqueur des élections générales, il faut un minimum de préparation et ne pas transformer des négociations en règlement de compte familial. Enfin, quoique partisan comme le Labour de la relance plus que de la stricte discipline fiscale prônée par les conservateurs, les Lib-Dems ont pris la mesure, à l’aune de la crise grecque, de ce qui attend le royaume dans les prochains mois. 167 milliards de déficit et pas le moindre filet de protection, on estime à 25% les coupes sombres qui devront être pratiquées dans tous les ministères. Ils ont tourné casaque. Qu’en pensent ses élus ? Pas du bien. Certains ne se sont pas gênés pour lui faire savoir qu’il avait marchandé le parti pour son propre compte. On n’a d’ailleurs pas vu Clegg de la soirée. Mais Westminster vaut bien quelques noms d’oiseau et la déception de partisans qu’il espère reconquérir par la grâce d’une réforme électorale qui devrait tripler le nombre de ses MP’s. Sans compter les six postes sur vingt-quatre dans le prochain cabinet, dont celui de « deputy » pour Clegg, ou vice-premier ministre.

Les Britanniques se retrouvent donc avec deux premiers ministres pour le prix d’un. Au-delà de leurs différences idéologiques, de pedigrees si proches qu’ils en sont difficilement différenciables. Même âge (trois petits mois les séparent), même ascendance aristocratique (Cameron descend du roi William IV par la cuisse gauche, quand Clegg est l’arrière-petit-fils d’un ministre de la justice russe), mêmes universités prestigieuses, même passage par le monde des affaires (directeur juridique de Carlton Television pour Cameron, chercheur pour le compte de la société de lobbying GJW pour Clegg), même origine sociale (Cameron est issue d’une longue lignée de banquiers et Clegg senior est président de la United Trust Bank), les similitudes sont assez hallucinantes jusqu’à leur goût commun pour le tennis. Ils ne manqueront pas de sujets de conversation à l’heure du thé.

Un peu désabusé, le leader travailliste des négociations avortées, Peter Mandelson, a laissé entendre qu’il valait mieux perdre une élection que son âme, suivi par de nombreux MP’s travaillistes, dont toute l’aile gauche du parti qui ne voyait pas d’un œil franchement enthousiaste l’alliance avec les bobos de Clegg.

Une certitude, le FPTP semble avoir vécu, et d’innombrables incertitudes. Quelle attitude face à l’Europe quand on connaît les réticences de Cameron, celles-là même qui lui valent la plus grande méfiance des chancelleries françaises et allemandes ?

Quelle attitude face à la gestion de la crise économique et financière sans précédent qui secoue le pays ? Une conduite ferme et un gouvernement soudé seront indispensables.
Gordon Brown est parti pour la péninsule de Fife, chez lui en Ecosse, s’occuper des « charities » qui lui tiennent à coeur. En prenant ses fonctions hier soir, Cameron a salué celui qui avait sauvé le système bancaire britannique du naufrage.

« The hard work starts here », David.

Profanation « malheureusement » pas raciste

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La découverte le 6 mai dernier de la profanation de sept tombes du carré musulman du cimetière de Tarascon avait donné lieu à un grand raout antiraciste officiel dont la France contemporaine a le secret. Gouvernement et associations communautaristes de conserve y avaient fait une orgie d’indignation et dénoncé sans retenue la montée des actes racistes et islamophobes dans notre pays. Mais « malheureusement » comme le souligne benoîtement le procureur de Tarascon, « plutôt par bêtise et par désœuvrement » que cet acte a été commis par un adolescent de 14 ans dont seul le journal La Provence nous précise qu’il serait « issu d’une famille maghrébine ».

C’est malheureux, mais c’est comme ça : en France en plein début du XXIe siècle, on ne peut même plus compter sur les petits blancs racistes pour s’offusquer tranquille. On espère, mais sans trop y compter, que les autorités et les associations de tout poil qui s’étranglaient d’une sainte colère la semaine dernière se livreront à un Mea Culpa aussi tonitruant que celui qui avait suivi la fausse agression antisémite dans le RER C, il y a quelques années.

Super plan mais mauvais coup

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Bourse de Francfort
Bourse de Francfort. Flickr / Tobias Leeger
Bourse de Francfort
Bourse de Francfort. Flickr / Tobias Leeger

Les bourses européennes se sont littéralement envolées, ce lundi, après l’accord trouvé dans la nuit sur « un mécanisme de stabilisation destiné à préserver la stabilité financière en Europe » – traduction française : les gouvernements mettraient « jusqu’à 750 milliards d’euros » sur la table afin d’éviter une crise financière généralisée. Message reçu illico par les traders : les indices explosaient, bancaires en tête, assurés du soutien indéfectible des braves contribuables européens. Le hic (et bientôt nunc) est que ce « super plan » pourrait bien ne rien changer si la tempête financière devait se lever sur le Vieux contient.

La tempête financière éclatera. Forcément.

Or, tôt ou tard, elle éclatera. Les « maillons faibles » de l’Union (Grèce, Portugal, Espagne, etc.) ont une croissance nulle, réduisent leurs dépenses budgétaires tandis même que le coût du traitement du chômage augmente considérablement, et incitent à la rigueur salariale, étouffant ainsi la reprise. Un PIB rétréci et une dette au mieux inchangée : leur ratio richesse/dette chutera donc mécaniquement. Et sera donc confirmé leur statut de débiteurs fragiles. Et donc augmenté les taux auxquels ils pourront emprunter sur les marchés, selon la bonne vieille règle : à débiteur dangereux, taux de prêt faramineux. Bis patatra ! Dans un an, sinon dès cet été, ces pays seront de nouveau pris à la gorge. L’abandon provisoire de l’euro par la Grèce, puis le Portugal et le l’Espagne, aurait pourtant été une solution à examiner. Il aurait permis, d’une part, à ces pays à « faible spécialisation » de se refaire en dévaluant massivement, et, d’autre part, aux grandes économies encore à peu près stables de ne pas engouffrer leurs dernières marges financières dans un sauvetage hypothétique. Car si le « super plan » ne fonctionnait pas, Paris et Berlin se retrouveraient dans une situation fort délicate. Leur dette et leur croissance étant ce qu’elles sont, comment les deux « moteurs » de l’Union feraient-ils face à une nouvelle dégradation : par davantage de rigueur ou d’emprunts ?

Qui régale ? La France et l’Allemagne

La Bible l’enseigne, la première question à se poser devant une manne est : « Qui régale ? »  Ici : qui va financer ce « super plan » ? Londres s’est carapaté d’emblée. L’Italie n’a pas un kopek. Quant aux autres… Concrètement, reste Paris et Berlin[1. L’évaluation faite par notre ministre des Finances à « 20%, soit 88 milliards d’euros, la quote-part de la France » dans ce Super Plan relève de la plaisanterie : hors l’Allemagne, dont la Chancelière vient de prendre une claque électorale et pourrait donc bourse délier plus chichement qu’annoncé, qui règlera vraiment les 80% restant : l’Italie, la Belgique, la Grèce ?]. Car si les termes de l’accord ne sont pas encore connus, il ressort que, pour sa part, la Commission Européenne se contentera d’un fonds de 60 milliards d’euros pour abonder au « super plan ». Super. Et où les trouvera-t-elle ? Sur les marchés. Qui empruntent à la Banque Centrale Européenne à 1%. No Comment ? No comment. Le FMI, lui, a promis de réfléchir à un engagement pouvant aller jusqu’à 250 milliards d’euros – soit, murmure-t-on, ce qui serait tout juste en mesure de stabiliser l’Espagne, au cas où… Pour les 440 milliards d’euros manquant, eh bien… Voyez les membres de la zone euro. C’est-à-dire, une fois encore, Paris et Berlin.

Or, une simple addition suffit à douter de la viabilité de l’opération. Plus de cent milliards affectés d’ores et déjà à la Grèce, pour laquelle on admet à présent qu’une rallonge sera nécessaire. Concernant l’Espagne, on a évoqué une enveloppe de trois cents milliards, hypothèse raisonnable au vu de son endettement, de son chômage (20%) et de sa tragique absence de croissance. Ajoutons le Portugal, l’Irlande, quelques pays d’Europe orientale et voilà notre « super plan » déjà épongé jusqu’au dernier cent. Il était fait pour cela, dira-t-on ? Certes. Mais quid de la troisième économie du continent, quid de l’Italie ? Chômage, endettement, déficit, croissance, démographie : tous les voyants sont au rouge dans ce pays dirigé par un zouave. Qu’adviendra-t-il le jour où Rome verra le loyer de l’argent dont elle a cruellement besoin augmenter, augmenter… Il n’y aura alors plus de « super plan ». Il n’y aura plus d’argent à Paris, et sans doute plus de « volonté de solidarité » à Berlin depuis longtemps. Alors, ce jour-là…

Le super-plan : du spectaculaire

La vérité de ce « super plan » réside avant tout dans le qualificatif ingénument suggéré aux médias pour le décrire : spectaculaire. Et c’est bien cela qu’on nous a offert : du spectaculaire, destiné à frapper les esprits « avant l’ouverture des marchés ». Il n’y avait pourtant d’autres mesures à prendre – et de quelle ampleur ! Dimanche soir, par exemple, les Européens auraient pu décider de nationaliser les banques majeures, afin de les protéger de la dette grecque mais aussi pour les remettre à leur place, les rendre à leur rôle : financer la croissance commune. Et séparer une bonne fois pour toutes les activités de dépôts et celles dites de spéculation !

Dimanche soir, les Européens auraient pu, tout aussi bien, faire montre de courage en laissant la Grèce, et d’autres, sortir de l’euro, sortir la tête de l’eau. De courage ou bien, faisons un rêve, d’audace : n’était-ce pas l’opportunité historique d’appeler aux urnes tous les peuples de l’Union et de leur soumettre enfin un projet de gouvernement économique et de fiscalité communs ? Mais non. Il a été préféré un « super plan », encore très flou, probablement impossible à financer, et certainement incapable de dissuader des forces déchaînées tant par la paralysie des nations que par l’inexistence de l’Europe.

Rosette Galien

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Rosette Galien

[access capability= »lire_inedits »]Rosette Galien

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Personne n’en disconvient : Louis Pasteur fut un bienfaiteur de l’humanité et de ses alentours. Ce qu’on ignore c’est que l’inventeur du vaccin contre la rage compte au nombre de ses aïeux Rosette Galien. Sous le règne de Louis XIV, elle exerça les fonctions d’intendante de la Pharmacopée royale.

[access capability= »lire_inedits »]Lorsqu’en 1720 la grande peste se déclara à Marseille, elle fit aussitôt l’acquisition de 200 000 phalanges authentiques de la main droite de saint Roch, de 110 000 tibias de la jambe gauche de saint Sébastien et de 34 000 fémurs de saint Jean Discalceat. Censées guérir les malades, ces vénérables reliques des trois saints antipesteux furent acheminées vers 1724 à bon port. Comme toute la Canebière était déjà guérie ou morte de la peste, le prévôt de l’époque, Jean-Claude Gaudin, ordonna qu’on dissolve les reliques inutiles dans de l’eau claire afin de vérifier si la mixture ne prenait pas, par hasard, le goût du pastis – ce qui aurait été, avouez-le, un bien beau miracle.

Rosalba Carriera, Portrait de Rosette Galien, pharmacienne royale jouant du tambourin contre la goutte, huile de foie de morue sur toast, 1720.

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Bravo Florence !

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Florence Aubenas vient d’obtenir, en appel, la somme de 66 198,76 € au titre des indemnités de départ du journal Libération en 2006. La prise de contrôle de 38 % du capital du journal par Edouard de Rothschild ouvrait le droit des journalistes à démissionner de l’entreprise en faisant valoir la « clause de cession », à ne pas confondre avec la « clause de conscience », qui ouvre ces mêmes droits si la ligne rédactionnelle d’un organe de presse subit des modifications importantes. L’icône du journalisme français est donc parfaitement dans les clous de la loi en réclamant son magot, et il serait malvenu lui faire le moindre reproche d’ingratitude à l’égard d’un journal qui n’avait ménagé ni ses efforts ni son argent pour la faire sortir de son trou à rats irakien. Florence est notre Bernadette de la source d’encre miraculeuse, et la Providence ne cesse de veiller sur elle. Dès le lendemain de son départ de la rue Béranger, Florence se retrouvait grand reporter au Nouvel Obs avec des émoluments largement supérieurs à ceux que lui versait le journal de Serge July (4 417 € brut). Une cure de six mois de précarité en Normandie était bien évidemment nécessaire pour qu’elle supporte moralement cette épreuve.

Pour la Belgique

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J’aime la Belgique. Profondément, définitivement, absolument. La Belgique n’est pas seulement un pays : c’est un état d’esprit, un art de vivre, une donnée spirituelle de l’histoire. Les plages de Coxyde, l’été, quand on se baigne un peu trop loin et que résonne la trompe étrangement archaïque de la jolie surveillante en combinaison rouge ou bien les cafés de la république libre d’Outremeuse à Liège lorsque le péquet met de jolies couleurs à la nuit sont autant d’utopies concrètes, de possibilité d’exister encore joyeusement dans un monde chaque jour plus désenchanté.

C’est que la Belgique, malgré sa superficie réduite, est une province de l’infini. Elle a inventé le surréalisme, le fantastique, l’art nouveau. Elle nous a donné deux géants du vingtième siècle qui sont devenus des figures universelles : Tintin et Maigret, le reporter et le commissaire. Sans la Belgique, d’ailleurs, la littérature française ne serait pas grand-chose. Le nombre d’écrivains français qui sont belges dépasse l’entendement. Et seraient-ils aussi bons s’ils n’étaient pas belges ? L’étrangeté de Michaux en poésie ou de Magritte en peinture serait elle aussi profonde si ces deux artistes n’étaient pas nés dans ce pays au cœur double depuis sa naissance en 1830 ?

Pourtant son imaginaire et sa façon d’être au monde transcendent le clivage linguistique. Les vents mauvais ont beau souffler, il y a une identité belge qui est tenace malgré les ambitions de quelques carriéristes démagogues tisonnant les égoïsmes économiques à courte vue.

Je reviens à peine de Bruxelles où je me trouvais à l’assemblée générale des amis de Georges Simenon. C’est un aimable cénacle de doux maniaques, collectionneurs et érudits, où je compte quelques admirables amis. Il y a là, pour la partie belge, des Flamands, des Wallons et des Bruxellois. Le sentiment dominant, quand la question est venue sur le tapis au moment du buffet, c’est qu’il n’y avait aucune raison de se séparer. Etais-je tombé sur un repaire de belgicains, comme on appelle là-bas ceux qui manifestent leur attachement viscéral au pays ?
Je ne crois pas : le matin même, j’étais sur Tervuren où se tenait une gigantesque brocante, un des sports préférés des Belges. Tervuren est une avenue qui part du parc du Cinquantenaire et continue sur une dizaine de kilomètres en longeant le parc de Woluwe (prononcez volué). Une de ces avenues typiquement européenne, finalement, à la fois majestueuse et humaine.

Aux fenêtres des immeubles Horta, gracieux comme des fleurs, il n’était pas rare de voir un drapeau belge. Sur les vitres des voitures garées ou dans les vitrines des commerces et des cafés (côté soleil), des autocollants avec ce même drapeau barré d’un très clair : « Touche pas à mon pays ! ». Et la veille au soir, derrière ma Westmalle Triple, à la Fleur en papier doré, le café que fréquenta le groupe des surréalistes belges et notamment les trop méconnus Marcel Marien et Louis Scutenaire, l’impression était plutôt, dans la clientèle flamande comme dans la clientèle francophone que le psychodrame en question était surtout celui d’appareils politiques jouant avec le feu et que tout cela n’avait pas grand chose à voir avec un désir majoritaire dans la population.

Ce ne serait pas la première fois, n’est-ce pas, qu’il y aurait une rupture entre un pays légal et un pays réel, comme disait l’autre. En fait, l’état d’esprit semblait tout à fait semblable à celui de la Marche Blanche qui vit défiler tout un pays uni comme jamais pour protester contre les dysfonctionnements du système après l’affaire Dutroux.

Si décidément, après les élections régionales du 13 juin, la Belgique devait disparaître, cela serait une confirmation : le marché n’aime pas les nations. Il leur préfère des régions, ce qui n’est pas du tout la même chose. L’indépendance ou la sécession de la Flandres aurait à peu près autant de sens, d’un point de vue identitaire, que celle de Rhône-Alpes. A la limite, la Bavière catholique aurait plus de légitimité à prétendre au statut de nation dans une Allemagne protestante. On oublie, en effet, deux puissants facteurs belges d’unité  : le catholicisme et la monarchie. Les Flamands et les francophones n’ont peut-être pas la même langue, mais ils ont le même rapport à Dieu. Même dans des sociétés déchristianisées, cela induit une façon de vivre qui fait que les Flamands, ne sont pas comme on le croit trop souvent, une simple excroissance batave. Quant à la monarchie, son grand avantage est d’incarner une nation tout entière dans un homme dépositaire d’une légitimité historique. Un roi sur un trône, ça vous empêche le démagogue ou le fasciste de monter plus haut que le poste de premier ministre. C’est toujours ça de gagné.

La poussée micro nationaliste en Flandres n’est plus la revendication culturelle plutôt légitime au départ. On pourra lire Le Chagrin des Belges du grand Hugo Claus sur la question.

Il y eut effectivement une époque où la langue flamande était considérée comme un patois de paysans qui partaient faire les jaunes dans les filatures en grève de Roubaix et qui se faisaient tuer en 14 sous le commandement d’officiers leur donnant des ordres dans un français qu’ils ne comprenaient pas. Cela n’a pas empêché néanmoins tout ce petit monde de se battre admirablement du côté du saillant d’Ypres sous le commandement du roi chevalier Albert Ier et de tenir 4 ans derrière l’Yser. Même la bourgeoisie flamande parlait exclusivement français et un de nos plus charmants écrivains, Félicien Marceau, académicien de surcroît, est originaire de Kortenberg dans le Brabant flamand.

Mais tout cela est du passé. La frontière linguistique qui sépare nord et sud, Flandres et Wallonie et qui date des années 60 a redonné toute sa fierté à une communauté et même un peu plus. On est vite d’ailleurs parfois passé un peu de la fierté à l’arrogance du côté de Louvain ou des Fourons.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de cela : l’extrême droite et autres autonomistes, y compris certains au VLD, le principal parti de gouvernement côté flamand, surfent surtout avec un égoïsme économique à courte vue. Ils propagent un cliché qu’ils pensent rentable électoralement : un Flamand riche, grand, blond, jeune et spécialisé dans les technologies de pointes paierait pour un Wallon petit, socialiste, latin, assisté et englué dans une interminable récession post industrielle. C’est Anvers, Gand et Bruges les banquières contre les chevalets abandonnés des mines du Borinage, oubliant au passage qu’il s’agit de la même communauté de destins et que les pauvres d’aujourd’hui furent ceux qui créèrent hier les conditions de la richesse présente.

Il est un peu triste de voir en France certains se réjouir à l’idée de récupérer deux ou trois départements dans un éventuel divorce entre Flamands et Wallons. C’est pour le coup que l’Europe, qui n’est déjà pas grand chose, ne serait plus rien. Plus rien qu’une entité sans identité, un non-lieu voué à la circulation sans fin des biens et des personnes.

Ce genre de monde, comme les histoires d’amour, finit mal en général. Dans Vues sur l’Europe, en 1939, André Suarès écrivait un éloge prophétique des petites nations : « Je dirai la grandeur des petites nations. Elles seules sont à l’échelle de l’homme. Les gros empires ne sont qu’à l’échelle de l’espèce. Les petites nations ont créé la cité, la morale et l’individu. Les gros empires n’en ont même pas conçu la loi nécessaire ni la dignité. Aux empires, la quantités ; la qualité aux petites nations. »

Aujourd’hui, si la Belgique meurt, c’est l’Empire qui gagne et nous tous, ici même, qui perdrons. Qui perdrons beaucoup plus qu’un voisin folklorique.

Christophe Girard, VRP sinophile

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Christophe Girard

Christophe Girard

On pourra lire ici, sur le site du très officiel Quotidien du Peuple chinois, un entretien ébouriffant que le très mainstream adjoint à la néo-culture de Paris, le socialiste, ex-Vert et futur tout ce qu’on voudra Christophe Girard a accordé à un journal local. C’était à l’occasion de sa visite de l’exposition universelle de Shanghai « en avant-première », comme il s’en vante complaisamment sur son blog, hilarante photo touristique devant le pavillon français à l’appui. Dans cet entretien, ce magnifique représentant de la caste des rebellocrates se livre à un coming out sans tabou dont il est coutumier.

Réalisme socialiste ?

Cette fois-ci cependant, il ne s’agit pas seulement de son orientation sexuelle, mais aussi d’un sujet autrement compromettant : son amour ardent pour le régime de Pékin. Cela faisait trop longtemps en effet que nous vivions sous l’emprise du politiquement correct droit-de-l’hommiste qui nous empêchait de déclarer notre flamme au parti communiste chinois. Christophe Girard, comme d’habitude à l’avant-garde de tous les combats d’avenir, vient d’ouvrir une brèche pour nous dans cette étouffante chape de plomb idéologique. Il est désormais possible, à l’unisson de Pékin, de s’en prendre courageusement au Dalaï-lama, ce représentant illégitime d’un pays moyenâgeux et homophobe que l’invasion chinoise a fait passer de l’Ombre à la Lumière. En outre, grâce à ce sempiternel briseur de tabou qu’est Christophe Girard, on peut aujourd’hui se faire le chantre de la liberté de parole dont chacun jouit en Chine[1. Remarquons que quand on use de cette liberté avec la virtuosité de Girard, ces éloges sont parfaitement justifiés.], tout en louant le rôle que joue l’industrie chinoise dans l’économie mondiale. On peut enfin, cerise sur le mooncake, reprendre à son compte la propagande chinoise, pour critiquer la presse française, coupable de véhiculer une mauvaise image de ce pays auprès des Français qui « doivent abandonner leurs vieilles et désuètes idées sur la Chine ». Notons au passage, et si la maitresse de maison le permet, que Girard ne lit certainement par Le Point (par exemple) dont le numéro spécial consacré à la Chine à la fin de l’année 2009, s’est attiré les louanges des Chinois, jusque dans les salons de l’Ambassade parisienne de la RPC.

Le souci de Christophe Girard de se conformer à la virgule près à la rhétorique des médias officiels chinois est admirable. Droit-de-l’hommiste en France, Girard est communiste en Chine, c’est moins risqué que l’inverse. In Shanghai, do as the Shanghainese do. Seules les langues de vipères lubriques anticommunistocapitalistes primaires suggèreront que la sinophilie de l’adjoint à la culture de Delanoë pourrait être motivée par ses fonctions au sein du groupe LVMH, dont les intérêts en Chine sont gigantesques. Car un tel mélange des genres, entre politique publique et intérêts privés du groupe LVMH, est tout simplement impensable au cœur de l’Empire du milieu de la vertu politique et citoyenne qu’est aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Paris.