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Le Monde est austère

La grande crise de 2008 semblait avoir remis en cause certaines certitudes et tempérer la croyance théologique dans les vertus du marché. Mais, comme dans le monde politique, la crise actuelle semble révéler les idées et le caractère de chacun. Malheur aux vaincus !

« Merci les marchés et vive la rigueur »

C’est par ce titre surréaliste que le nouveau responsable de l’économie du quotidien du soir a titré sa chronique de samedi. Sa présentation de la crise actuelle est à sens unique. Les Etats sont coupables de « cavalerie budgétaire » et « d’incurie », les marchés ont bien raison de leur mettre la pression et d’ailleurs « le pouvoir des marchés sur les Etats a augmenté au même rythme que progressait l’endettement de ces derniers ». Une seule solution : la rigueur.

Ce manque de nuance est assez stupéfiant. Si l’on ne peut naturellement pas exonérer les hommes politiques de responsabilités en France du fait du laxisme budgétaire de la plupart des équipes au pouvoir depuis trente ans, le raisonnement du journaliste du Monde est totalement excessif. Mettre l’Espagne dans le même panier est totalement injuste puisque ce pays avait une dette de moins de 40 % du PIB en 2007 après plusieurs années d’excédents budgétaires.

Et puis, il est tout de même incroyable de sanctifier à ce point le dieu marché, à peine 18 mois après une crise où les marchés financiers étaient partis pour s’autodétruire si les Etats n’étaient pas venus à leur secours. L’histoire récente nous a de tout de même montré le caractère autodestructeur, exubérant et égoïste des marchés et toutes les limites qu’il y a à les laisser faire sans la moindre contrainte véritablement structurante. Tout ceci semble avoir été totalement oublié.

Le summum de la pensée unique

Ce qu’il y a également de choquant dans cette chronique est l’affirmation à peine voilée qu’il n’y a qu’une seule politique possible. L’auteur ridiculise la proposition du Front de Gauche et du Parti Communiste de fermer les marchés pour un mois et ne propose comme alternative que des taux d’intérêt à 15 %, une faillite ou une explosion des dettes publiques. En clair, la seule politique possible serait l’austérité budgétaire (terme plus juste que la rigueur vu les politiques suivies).

Et, naturellement, les divins marchés ont en plus la délicatesse « d’avoir fait comprendre aux dirigeants européens, certes par la manière forte, que sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ». Pour ceux qui n’auraient pas compris : les gouvernements nationaux vont devoir rapidement céder à nouveau des prérogatives à Bruxelles pour essayer de faire tenir cette construction bancale qu’est l’euro.

Bref, nous aurions le choix entre la continuation, et même l’accélération de l’intégration européenne couplée à une austérité budgétaire et une fausse alternative que serait la vision crypto marxiste du Front de Gauche. L’adorateur du marché devrait pourtant reconnaître que même les marchés doutent de son modèle dont ils se demandent bien comment il pourra produire la moindre croissance et s’il ne risque pas d’aggraver la situation au lieu de résoudre les problèmes.

Il est absolument hallucinant de lire une telle chronique empreinte d’un culte sans nuance pour le marché à peine quelques mois après la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle. Naturellement, l’auteur passe complètement à côté des solutions alternatives.

Texte publié initialement sur le blog de Laurent Pinsolle.

Une histoire d’amour radioactive

Depuis qu’elle est passée en grand format sous la direction d’Aurélien Masson, la Série Noire qui fit les beaux jours du polar en France depuis l’après-guerre est devenue une collection à la fois plus littéraire et plus expérimentale, notamment dans le domaine français. Des noms que nous avons déjà évoqués ici, comme Thierry Marignac, tentent de renouveler le roman noir tandis que Caryl Ferey ou DOA redonnent leurs lettres de noblesse au thriller en gardant l’efficacité et la documentation à l’américaine mais en la mêlant d’une french touch qui évite les psychologies calibrées et les ficelles trop évidentes tissées dans ces aberrations que sont les universités enseignant « l’écriture créative » comme s’il s’agissait là d’une technique modélisable.

Antoine Chainas, lui, a ceci de particulier, qu’il semble avoir inventé en quatre romans un genre à lui tout seul. Le dernier, Une histoire d’amour radioactive, semble résumer les qualités des précédents, s’inscrire dans la continuité d’un univers cohérent et, en même temps, franchir une étape supplémentaire.

Auparavant, une précaution d’usage. La lecture de Chainas est vivement décommandée à ceux qui continuent à voir dans la littérature policière un genre mineur mais aussi à ceux qui auraient l’estomac sensible. Le monde et l’écriture de Chainas sont de l’ordre d’une expérience des limites. La violence et la tension latente de ses textes, les thèmes abordés peuvent choquer comme choque toute tentative littéraire qui débroussaille des sentiers inexplorés ou mal balisés.

« Lentement, je me transforme en tentative d’assassinat » dit magnifiquement un des personnages d’Une histoire d’amour radioactive. Il faut savoir que comme tous les vrais écrivains, Chainas veut tuer son lecteur. Tuer ses vieilles façons de percevoir, tuer ses réflexes moraux obsolètes, tuer ses espérances factices. C’est la démarche de Virgile qui emmène Dante en visite guidée aux Enfers. Vous n’êtes pas obligé de vouloir ce genre de choses. Dans ce cas, continuez de lire Marc Levy ou Guillaume Musso. Chainas ne vous en voudra pas, il sait pouvoir compter désormais sur cette poignée de lecteurs fidèles qui font de lui, finalement assez vite puisque son premier roman Aime-moi Casanova date de 2007, un de ces auteurs dont la réputation ne sera jamais liée à un tirage, bon ou mauvais d’ailleurs.

Une histoire d’amour radioactive, pour résumer assez rapidement, raconte comment une performeuse d’art contemporain, qui aurait pu faire partie des actionnistes viennois, convainc des cadres dirigeants à la vie programmée de faire l’amour avec elle en s’irradiant dans des salles de radiologie et de déclencher en eux des cancers foudroyants en buvant des boissons radioactives. Cela leur permet, dans une joie insoutenable, d’utiliser leurs derniers mois à vivre intensément leur mort, à sentir enfin leur corps d’hommes égarés dans le virtuel de la modernité grâce à l’archaïsme de la douleur. On n’est pas loin ici de George Bataille et de son « approbation de la vie jusque dans la mort ».

Chainas, pour raconter cette histoire, progresse sur deux plans parallèles : le récit à la première personne d’un flic homosexuel et celui à la troisième d’un personnage que l’on ne connaîtra que sous l’appellation de DRH. D’une part un lyrisme violent, somptueusement sordide, pornographique et amoureux, d’autre part un constat clinique sur le fonctionnement mental d’une machine à sang froid, rouage d’une économie inhumaine qui progressivement, en ayant rencontré l’artiste sérial-killeuse, se révèle à lui-même par la maladie.

Le flic est amoureux d’un jeune collègue lui-même victime consentante de cette femme fatale qui est sans doute une enfant de Tchernobyl et qui est devenue une obsessionnelle de la contamination nucléaire considérée comme un des beaux-arts. Son enquête finira par l’amener à rencontrer DRH. Pour compliquer le tout, des services de renseignement intérieurs cherchent à étouffer l’affaire et à orienter l’enquête pour éviter que le public apprenne que des dirigeants économiques préfèrent se suicider dans le bonheur plutôt que de continuer à servir le système.

Tout cela se déroule dans un pays et une ville qui, comme d’habitude chez Antoine Chainas, ne sont pas nommés. C’est la France, sans aucun doute, mais une France légèrement anticipée, une France dans un monde décalé, une dimension voisine. Les procédures policières ne sont pas tout à fait les mêmes, le noms des services administratifs nous rappellent quelque chose mais ne sont pas ceux que l’on connaît et il est question d’une ville qui pourrait être une grande ville du Sud sans que l’on sache au juste laquelle. En tout cas, elle est rongée par une crise financière sans précédent et la criminalité la plus irrationnelle avec tueries collectives grimpe en flèche sans que le lien entre les deux phénomènes soit explicite. C’est la méthode qu’utilisait finalement le regretté JG Ballard qui refusait que l’on dise de ses livres qu’ils étaient des romans d’anticipation mais qui préférait parler pour eux d’une mise en scène de qu’il appelait « un présent visionnaire ».

Cela contribue à faire baigner Une histoire d’amour radioactive dans une atmosphère légèrement irréelle qui contraste avec l’hyperréalisme avec lequel Chainas sait rendre la dégradation des corps, le pourrissement des organes et la violence des sexualités hyperboliques.

Pourquoi une telle démarche aussi extrême chez un auteur qui de roman en roman semble vouloir se faire le chantre des freaks et du corps comme signal, comme marqueur des aberrations d’une modernité qui se perd de vue ? Sans doute pour nous rappeler, paradoxalement, à une humanité oubliée afin que nous redevenions « les seuls êtres conscients au cœur d’un charnier aseptisé ».

Au bout du compte, le très sombre et très talentueux Antoine Chainas est un grand écrivain de la compassion.

Une histoire d'amour radioactive

Prix: 11,70 €

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Ali at work

21

Le mensuel Causeur est disponible, sur le site, par abonnement ou au numéro. On peut se le procurer également dans quelques librairies de choix. Mais, comme on n’arrête pas le progrès, Causeur est disponible, depuis mai, à la criée : Ali, le vendeur ambulant haut en couleurs du boulevard Saint-Germain à Paris, recèle la came. Alors, à la criée, il est pas frais, mon Causeur ?

Causeur, disponible boulevard Saint-Germain, à Paris. Photo absolument pas floue de Marc Cohen.

Vichy fait de la résistance

Le député de l’Allier Gérard Charasse (aucun rapport avec le fumeur de cigares promu au Conseil constitutionnel) n’a pas du tout apprécié le discours de Colmar de Nicolas Sarkozy pour les célébrations du 8 mai. « Vichy a trahi la France ! » s’est exclamé le président de la République devant un parterre enthousiaste d’Alsaciens. L’usage métonymique de la sous-préfecture de l’Allier pour désigner l’Etat français de Pétain et Laval est de moins en moins bien supporté par ses habitants actuels. Ils ne se sentent pas plus traîtres à la patrie que les Marseillais ou les Lillois. Ce combat, pour être juste, n’en est pas moins désespéré : Paris est trop content de faire porter à la ville thermale préférée de Napoléon III les turpitudes qui, pour la plupart, s’élaboraient dans les officines collaborationnistes de la capitale occupée. Il reste à attendre la prochaine défaite, étrange ou non, pour oublier Vichy.

Prenons l’apéro !

Comment faudrait-il s’y prendre pour expliquer à un homme du XIXe siècle ce qu’est un « Apéro Facebook » ? Comme le dire à Victor Hugo ? Comme le faire comprendre au Préfet Poubelle, ou au Baron Haussmann ? Comment décrire la pénible poésie macabre de ces fêtes collectives insensées à un Zola ou à un Léon Bloy ? Essayons malgré tout de leur expliquer quelle mouche hystérique a piqué l’homme moderne.

L’ « Apéro géant » est une grande fête initiée sur la plateforme de socialisation Facebook, réunissant des individus – grégaires par nature – qui ne sont liés par rien d’autre que leur inscription commune sur ce site. Généralement les organisateurs lancent une page dédiée à la manifestation qu’ils envisagent, afin d’informer les participants sur les modalités pratiques de la rencontre (lieux, date, heure, etc.) S’en suit, dans les rues de telle ou telle ville de province, sur les places publiques et dans les artères principales, de monstrueuses foules d’amis « virtuels » devenus soudainement bien réels. Bien trop réels, parfois. Beuveries. Comportements à risque. Circulation de stupéfiants. Déprédations diverses. Problèmes sanitaires. Tapages infernaux. Les autorités locales (maires et Préfets) se sont rapidement saisis du problème, afin de mettre un terme à ces dantesques attroupements non-autorisés –plutôt inquiétants – de plusieurs milliers de personnes.

Jusqu’à ces derniers jours la question des « Apéros Facebook » n’avait pas vraiment passionnée les plus hautes autorités de l’Etat. On rangeait ce phénomène parmi les dégâts collatéraux du réseau de socialisation américain… au même titre que la multiplication des cambriolages commis chez les génies qui rendent accessibles leurs dates de congés à la terre entière à travers leur « statut » Facebook. C’était avant qu’un jeune-homme percute la Camarde, ivre-mort, en chutant d’un pont à l’issu de l' »Apéro géant » organisé à Nantes jeudi dernier. Une manifestation – dépourvue de tout plan de prévention des risques – qui a réuni plus de 10.000 personnes, et où l’alcool a comme d’habitude coulé à flot. L’AFP, taquine, nous rafraîchissait la mémoire quelques heures après le drame : « Suite à un premier apéro géant en novembre 2009 au cours duquel avaient été comptabilisés 50 comas éthyliques et des chutes dans la Loire, la préfecture de Loire-Atlantique avait mis en garde les organisateurs. » Mais rien ne résiste à la pulsion du néo-Apéro ! Et de la néo-amitié Facebook !

Le bon sens voudrait évidemment que soient interdits ces rassemblements sauvages sur la voie publique qui n’appartient pas aux seuls « tuffeurs » (ces derniers se l’approprient indument avec autorité et une certaine violence), mais à l’ensemble de la population. Mais c’était sans compter le front de défense des « Apéros Facebook »… Et dès qu’il y a une grosse cause à défendre, on trouve toujours un sociologue au front, au plus près du feu. Dès le jour de la mort du jeune nantais de 21 ans, Christophe Moreau, comique troupier et sociologue breton ayant participé à cet « Apéro » venait nous sermonner dans la presse, en nous assurant que ces réunions étaient « festives » et que les « gens s’y parlaient beaucoup ». Oui, il est bien connu que l’alcool désinhibe ; et que le ridicule tue, surtout du haut d’un pont par traumatismes crânien et thoracique. Le sociologue demande évidemment que l’état-mama s’adapte à la dernière lubie puérile à la mode, en installant des « espaces de danse » dans les villes. Cet épisode nous renvoie sombrement aux pires heures du pays, occupé par le discours insipide des défenseurs des « rave parties », estimant leurs libertés fondamentales en carton dangereusement menacées (dont l’inénarrable droit à faire la fête)… dès qu’une poignée de gendarme venait leur demander des comptes sur l’occupation sauvage d’un champ agricole, ou dès qu’un Préfet leur interdisait telle ou telle manifestation dégénérée.

L’Etat – soyons honnête – n’a pas tardé à se saisir du dossier. Brice Hortefeux, Ministre de l’intérieur, a annoncé gravement la tenue prochaine d’une réunion spéciale dédiée aux « Apéros géants ». Jean-Marc Ayrault, député socialiste de Nantes a appelé le gouvernement à une « concertation », afin de « casser la spirale » de ce type de réunions. A quand une cellule psychologique, une mission parlementaire et un Grenelle ? Même Bertrand Delanoë s’angoisse publiquement pour la prochaine réunion qui doit se dérouler à Paris le 23 mai, baptisée « Record du plus grand apéro de France à Paris ». Croyez-bien que j’y serai pour voir cela de mes propres yeux…

Mais cette prudence n’a fait qu’attiser la prudence des « vigilants », acharnés à défendre l’ultime cause des sans-causes. L’ultime cause de ceux qui sont prêts à embrasser toutes les causes. Dans un éditorial titré « Prohibition » l’immense Laurent Joffrin, patron de Libération, nous met en garde contre les pulsions réactionnaires enfouies, avec la gravité du patriarche garant des libertés universelles… après un long et déchirant couplet sur les dangers de l’alcool, le Sage vibrant dit : « Ces rassemblements qui restent essentiellement festifs ne doivent pas susciter une réaction excessive. On notera d’abord qu’Internet est, dans ce cas le vecteur de réunions dont l’atmosphère reste, pour la grande majorité des participants, conviviale et bon enfant. » Voilà. Il suffisait de le dire. Le tout est de cracher le morceau. La lecture des éditos de Laurent Joffrin a toujours sur moi l’effet d’un gaz hilarant.

Sauf que Laurent Joffrin se trompe. Ces réunions – tristement pimentées au Binge Drinking – ne sont pas moins virtuelles que la plateforme Facebook d’où elles sont organisées. Maintenant que l’on se berce de l’illusion naïve d’avoir 500, 1000 ou 5000 amis sur les sites de socialisation, quoi de plus normal que d’en rejoindre 10.000 pour prendre l’apéro ? Illusion risible du moderne qui croit que l’on peut être ami avec le monde entier, sans passer par l’étape des rencontres, des contacts, des affinités, de l’intimité, de la parole, des cercles restreints et sélectifs. Non… ils sont tous mélangés dans le grand creuset pseudo-amical et indifférencié de la « grand place », pour oublier dans l’alcool leurs regrettables solitudes modernes et citadines. Comme quoi une agrégation d’individus ne forme décidemment pas toujours un groupe. Preuve en est. Le Préfet Poubelle et le Baron Haussmann sont d’accord avec moi… d’ailleurs ils retournent vers leur XIX ème siècle natal, dans un méprisant haussement d’épaule.

Une bonne fessée et au lit !

Les Aventures de Tom Sawyer, 1938
Les Aventures de Tom Sawyer, 1938.

Edwige Antier est une femme ! Edwige Antier fait de la radio et de la télévision ! Edwige Antier fait de la politique ! Edwige Antier a des cheveux jaunes et s’habille en rose comme Barbara Cartland ! Edwige Antier a des opinions, et le fait savoir ! Edwige Antier blogue, et il est même probable que, parfois, elle twitte ! Edwige Antier est contre la violence ! Bref, Edwige Antier est une femme moderne qui se bat sur tous les fronts. Mais le plus cocasse est que la grande passion de la vie d’Edwige Antier soit de faire interdire la fessée. Sans explorer la question marécageuse des motivations intimes de la députée UMP dans cette obsessionnelle croisade contre les châtiments corporels (on s’interdira fermement de se poser la question de savoir si la dame a été trop fessée dans son enfance ou pas assez à l’âge adulte), Edwige Antier ne pense qu’à ça ! Edwige vit « fessée » ! Elle pense « fessée » ! Elle mange « fessée » ! Elle rumine « fessée » ! Elle fulmine « fessée » ! Edwige est une authentique fessophobe, qui ne veut absolument plus vivre dans ce monde d’antan où des parents responsables, maîtres de leur autorité parentale – dans le secret d’un foyer inaccessible à la science intrusive des « pédiatres » citoyens et non-violents – infligeaient parfois des tapes au cul à leurs rejetons !

« La loi antifessée : un message envoyé aux enfants »

En farfouillant un peu, on trouve dès octobre 2008, au sein d’un dossier du Figaro Magazine titré « La fin de l’enfant-roi », une ferme déclaration d’Edwige contre les châtiments corporels aux enfants : « Je suis favorable à l’interdiction de la fessée dans la loi. Ce serait un excellent message envoyé aux enfants. » Oui, produisons des lois pour envoyer des « messages » aux enfants ! Il est bien entendu que les mômes suivent de très près l’actualité parlementaire. En général, les enfants lisent Spirou, Astrapi, Mickey Mag puis le « Bleu » de Profession Politique… Mais Edwige a toujours été douée pour développer des idées baroques de ce genre-là. On retrouve des coupures de presse comiques, remontant au milieu des années 2000, faisant état de sa croisade contre le cinéma pornographique… Edwige voulait alors carrément interdire les films « X » qui constituaient − selon ses termes − un « viol de l’imaginaire ». Diable !

[access capability= »lire_inedits »]Mi-novembre 2009 : Edwige revient et frappe ! Députée UMP, elle annonce le dépôt d’une proposition de loi contre la fessée. La fessophobe se rapproche alors du Parisien pour exposer son projet. Le journal écrit : « À la veille des vingt ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, le médecin estime qu’il est temps de changer les mentalités et de s’aligner sur la demande formulée par les Nations unies il y a cinq ans déjà, reprise par le Conseil de l’Europe en 2008, et également suggérée par la défenseure des enfants l’an dernier. » Changer les mentalités ! S’aligner ! Oui, comment ne pas plier face à autant d’autorités éminemment respectables ? L’ONU, l’Europe, la « défenseure » (sic) des enfants ! Et la pédiatre rose d’expliquer− ensuite − que sa loi bavarde ne sera en rien contraignante : « Il ne s’agit pas d’envoyer les parents en prison ni de les en menacer ! Je ne propose d’ailleurs pas d’inscrire la loi dans le Code pénal mais, comme en Allemagne, dans le Code civil. L’article serait lu aux parents lors du mariage… » Oui, une loi pour simplement pimenter les cérémonies civiles de mariage d’un instant de comédie baroque… car il est déjà parfaitement prévu dans la loi que les coups, blessures, et maltraitances soient punis, avec – notamment – des circonstances aggravantes à la clé pour les Thénardier de service.

Avec Gorbatchev et le Conseil de l’Europe contre la fessée

La proposition d’Edwige ne convainc pas. Selon un sondage TNS-Sofres pour Ouest-France, 82 % des Français sont opposés à son projet. Dans son propre camp, la grogne se fait entendre. Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, déclare sur BFM : « Qu’Edwige Antier s’exprime en tant que pédiatre, c’est son droit, elle a sa conception des choses. Mais des lois sur tout, partout, ça va bien. […] Il ne faut pas trop de lois. La responsabilité parentale est pour moi un des fondements de notre société. » Autre visage de la droite traditionnelle, Bernadette Chirac tempête contre Edwige : « C’est ridicule ! Quand un enfant est odieux, une bonne fessée, ni trop forte ni trop longue, ne lui fait pas de mal ! » Le gros bon sens conservateur reprend enfin le dessus sur les pédiatres et les « enfants odieux » ! Et des baffes se perdent !

« Levons la main contre la fessée ! »

Cela n’empêche pas la presse, toujours féconde, d’oser des titres aussi amusants que « Loi antifessée : une idée plus pan-pan que cul-cul » (Charente Libre), « La fessée prend une rouste » (20 Minutes). « La fessée, un débat culotté » (Bakchich Info). Car, oui, le sujet passionne. Il passionne mais déplaît. Donc Edwige reste en retrait quelque temps.

Puis c’est l’annonce de la sortie du nouveau livre de notre moraliste molle, intitulé L’Autorité sans fessées, et son retour fracassant sur les plateaux de télévision, appuyé par plusieurs aubaines improbables. La première ? L’engagement acharné du Conseil de l’Europe dans la lutte contre les châtiments corporels, passant notamment par ce slogan lourd comme du plomb : « Levons la main contre la fessée ! » et par l’organisation d’un « débat international » à Strasbourg. Car oui, il est certainement plus vendeur de lutter pour les droits de l’enfant, des animaux ou des plantes grasses que pour les droits de l’homme en général. La seconde aubaine, permettant à Edwige d’étaler toute sa fessophobie ? Une grande pétition internationale, émise toujours par le Conseil de l’Europe, et recueillant les signatures comiques de personnalités telles que Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, la reine Silvia de Suède et Mikhaïl Gorbatchev. On notera que Benoît XVI n’est pas signataire de cette pétition, ce qui en dit long sur le personnage…

Il est peu probable que le législateur hexagonal s’engage sérieusement dans cette affaire. D’autant que les visées d’Edwige sont non seulement impopulaires, mais obscures : on sent bien chez elle la volonté badine de faire avancer les droits de l’homme, de transformer le monde et de le rendre meilleur. Mais derrière la condescendance du personnage et l’insupportable « pédagogie » qu’elle instille à chacun de ses passages dans les médias, réside une incompréhensible envie de judiciariser encore et toujours la sphère privée. Edwige veut à nouveau renforcer les droits de l’enfant-roi contemporain qui, à l’abri de la fessée (bientôt de la réprimande ?), et finalement à l’abri de l’éducation de ses parents, pourra dérouler en toute quiétude sa tyrannie domestique intrinsèque… On pourrait conseiller à Edwige de s’intéresser plutôt aux droits des animaux ou à la question des droits de l’homme au Turkménistan… Les enfants de France n’ont pas besoin de son insupportable bienveillance maternante pour grandir, ni les parents de ses mises en garde doctes et doucement furieuses. Edwige… une bonne fessée, et au lit ![/access]

Après Tarnac, le Cac

Notre brillant Bernard Squarcini, clown en chef de la DCRI, est devenu célèbre pour avoir ridiculisé nos services de renseignements intérieurs en donnant l’assaut en novembre 2008 à une ferme corrézienne remplie de philosophes parapsychologues qui arrêtaient les TGV par la seule force de la pensée. Il s’est néanmoins vu confier une nouvelle mission. D’après le Canard Enchaîné rapportant des propos de Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, ex-Cob et gendarme bien inefficace de la Bourse, tous les moyens, y compris l’appel aux flics de la DCRI, seront mis aux service de la traque des responsables des rumeurs plus ou moins fondées ayant fait plonger l’euro. Cette annonce, quand on connaît l’art de se mêler les pinceaux de nos barbouzes domestiques, n’est pas bon signe pour la monnaie unique. à moins que la SDAT ne prenne d’assaut le Palais Brongniart

Une nuit à l’apéro

Quand j’ai entendu la première fois les mots « apéro géant » j’ai d’abord pensé à une énorme cacahuète génétiquement modifiée. Ce n’est que plus tard que j’ai compris qu’il s’agissait de quelque chose de beaucoup plus absurde. À entendre les nombreux commentaires de la presse, ce serait un scandale. Mais quel est exactement le problème ? Un homme – jeune, qui plus est – s’est accidentellement tué, c’est vrai. Mais est-ce le rôle de la société d’empêcher à tout prix ses membres de mourir ?

Le grand rassemblement de Nantes, improvisé par le biais de Facebook, n’est peut-être pas ma conception de « la fête », mais je le trouve parfaitement légitime. On ne peut pas reprocher aux « jeunes » de s’enfermer dans un monde virtuel, de troquer le contact humain contre les icônes informatiques et en même temps les critiquer quand ils tentent de transformer des cyber-relations en véritable rencontre entre des êtres vivants.

Mais au-delà de la question des réseaux sociaux et de leur impact sur le réel une fois leur dimension virtuelle dépassée, il y a le problème de la liberté. Oui, quand des milliers de jeunes se rassemblent de manière improvisée cela peut être dangereux. L’abus d’alcool et la consommation d’autres substances que l’on trouve toujours dans ce genre d’événements (quand certains font la fête, les affaires continuent…) sont, eux aussi, risqués. Or, la question n’est pas de savoir si ce genre de comportement constitue un risque, mais plutôt quel niveau de risque la société doit tolérer pour ne pas étouffer ses membres.

Les apéros géants devraient être tolérés selon la même logique qui incite certains parents à accepter des tatouages ou des piercings chez leurs adolescents sur le principe qu’on ne peut pas interdire tout tout le temps et qu’il faut bien choisir les lignes rouges à ne pas dépasser. Cela revient en fait à imposer un principe très simple mais extrêmement dur : la liberté, c’est le droit de commettre des erreurs sans que les membres plus responsables et expérimentés de la société essaient sans cesse de les épargner aux autres. Autrement dit, il faut savoir jusqu’où on peut laisser les gens aller trop loin.

Si les jeunes et les moins jeunes d’aujourd’hui, angoissés (à juste titre) par un avenir qu’ils devinent lourd de menaces, choisissent l’apéro géant comme une manière de transgresser un peu les règles, laissons-les faire. C’est parfaitement leur droit et tant que ces excès se limiteront à des apéros géants, ils ne feront pas de bêtises. Les fêtes décrétées par l’Etat (fête de la Musique, Paris-Plage, Nuit des Musées…) et soigneusement encadrées par la police et le Samu ne pourront jamais remplacer la magie d’une fête improvisée. Une boum sans les parents, quoi.

Mélenchon, le retour de la gauche qui essaie

Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée
Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée.

Jean-Luc Mélenchon a eu tort de s’énerver contre le jeune apprenti-journaliste qui a jugé bon, pendant un défilé à la veille du second tour des élections régionales, de vouloir l’accrocher sur les bordels. Il était tellement en colère, Mélenchon, qu’il lui a même répondu en latin.

« Gravitas et dignitas »

« Gravitas et dignitas. » N’importe quoi, quand on y pense. Il ne se rend pas compte, Mélenchon. Du latin ! En 2010 ! Il veut qu’on le prenne pour Le Pen, ou quoi ? Déjà qu’il emploie encore le subjonctif ! J’imagine le jeune homme, son angoisse, sa surprise : on lui avait pourtant bien expliqué que, pour réussir dans le journalisme politique, c’est-à-dire faire partie, un jour, des élus qui auront le droit de poser des questions prémâchées au président de la République, il fallait prendre modèle sur Arlette Chabot : obséquieux avec les puissants, méprisant avec les petits. Et voilà le Mélenchon qui se met à lui parler latin ! Le latin, les apprentis-journalistes, ils n’en ont plus fait depuis la cinquième. À quoi ça servirait, d’ailleurs, le latin, pour prendre de haut ces pouilleux de la gauche de la gauche ou ces intouchables de la droite souverainiste et, de l’autre côté, faire des risettes émues aux responsables politiques du cercle de la raison, de l’UMP au PS inclus en passant par le MoDem, parti pourtant décédé, et Europe Écologie, célèbre rassemblement pour les pistes cyclables et les couches lavables.

[access capability= »lire_inedits »]« Gravitas et dignitas. » Il y va fort, le Méluche. Et on se demande bien pourquoi. Il n’y a pas de quoi pavoiser, quand on regarde son itinéraire… Voilà un homme qui quitte le PS pour des raisons de fidélité idéologique et qui crée sa propre formation alors que le bipartisme est tellement plus souhaitable et moderne. Mais nous ne sommes qu’au début d’un itinéraire tout entier marqué par un archaïsme populiste et républicain insupportable. Parce qu’il ne s’arrête pas là : il entend réveiller le PCF. Lui dire, à ce vieux parti productiviste avec de beaux restes que l’écologie ne doit pas être laissée aux libéraux-libertaires qui veulent sauver le capitalisme en ravalant sa façade à la peinture verte. Qu’il est possible de penser ce qu’il appelle lui-même, dans L’Autre gauche, une « écologie républicaine » ! Et le PCF écoute, retrouve le goût du grand large, brise la vieille alliance de confort avec les socialistes et choisit la stratégie de Front de gauche dans 17 régions sur 22. Pire, Mélenchon arrive même à convaincre le courant minoritaire « Trotskisme et intelligence » du NPA de le rejoindre et d’intégrer le FdG sous le nom de Gauche unitaire.

Un tribun qui ne se contentera pas d’une position tribunitienne

Bon, tout cela ne serait pas très grave si Mélenchon se contentait d’une position tribunitienne comme le FN, le NPA ou LO. On critique, on critique, mais on ne veut surtout pas du pouvoir. Vous vous souvenez de la tête de Le Pen, le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, quand il a su qu’il était qualifié pour le second ? On aurait dit que le ciel lui était tombé sur la tête, que soudain la possibilité, même infime, d’avoir à exercer des responsabilités pour de bon allait le priver de sa rente de situation à droite de la droite.

Mélenchon, lui, y croit, à sa révolution par les urnes. On le disait écrasé par le NPA aux élections européennes : il le double[1. Besancenot a fait 3,1 % en Ile-de-France. « Sic transit gloria mundi », comme dirait Mélenchon.]. On lui prédit un petit 5 % aux régionales : il fait 2 points de mieux. On dit qu’il y a une course au centre, et voilà que le MoDem implose et que Mélenchon, l’air de rien, déplace le centre de gravité de la vie politique française sur la gauche, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. On a même vu le Front de gauche s’offrir un 15 % en Auvergne et se maintenir au second tour dans le Limousin, pour pratiquement doubler ses voix, comme à Limoges, en mobilisant dans les quartiers populaires.

Le refus de « ce qui va de soi »

Sur les retraites, la même chose. Voilà un débat incroyablement verrouillé, jouant sur le « ce qui va de soi ». Cotiser plus, moins recevoir, accepter comme une évidence que l’espérance de vie qui augmente supposerait nécessairement, forcément, que l’on travaille plus longtemps. Avec ce raisonnement-là, on en serait encore à faire travailler les enfants de 5 ans, à n’avoir jamais voté les congés payés ou le principe même de la retraite. Avec ce raisonnement-là, on refuse de voir que les prodigieux gains de productivité réalisés par le Capital grâce aux efforts du Travail n’ont jamais, ou si peu, été redistribués. Qu’on regarde l’enrichissement de la France depuis un siècle et que l’on compare l’âge de cessation d’activité ou le temps de travail hebdomadaire. On gagne quoi ? Quelques heures, quelques années…

Plus personne n’ose dire ça. Le PS, tétanisé, se soumet aux prévisions du COR, fait semblant de s’opposer à la disparition du symbole de « la retraite à 60 ans ».

Plus personne, sauf Mélenchon. Le jeune avantageux qu’il a étrillé n’a pas été étrillé parce qu’il était jeune et que c’était plus facile. La preuve, Jean-Michel Aphatie, un matin sur RTL, avait en face de lui un homme politique, un élu qui n’allait pas se laisser faire par le grand éditorialiste. Pugnacité, virilité, précision, gouaille au service d’arguments que la gauche, paralysée par son surmoi néo-libéral et son désir de passer pour « sérieuse économiquement » depuis 1983, n’ose plus utiliser. Des arguments de rupture, des arguments contre, enfin. Qu’a dit Mélenchon, ce matin-là ? Tout simplement qu’il existait, sur cette question des retraites, mais aussi sur l’ensemble de « ce qui va de soi », d’autres solutions ou, comme le disait en son temps le regretté Philippe Séguin, une autre politique. Et de cogner, dur, avec des coups précis, sur un Apathie répétant des chiffres prédigérés par des experts au service du système que Mélenchon contestait un par un, dévoilant l’irréalité dans laquelle vit le monde médiatico-politique en donnant pour certains des chiffres d’économistes parlant de ce qu’il adviendra dans cinquante ans alors qu’ils ne furent même pas capables de voir, deux mois avant, le krach du 15 septembre 2008.

La gauche décomplexée

Plus étonnant encore : Mélenchon ne s’est pas laissé piéger par le débat sociétaliste sur la burqa. Dès le début, il a été pour une loi et il l’a dit. Point à la ligne. Pas besoin d’épiloguer sur la méthode ou les principes : ce qui est dit est dit. Qu’on passe à autre chose, il y a effectivement plus urgent.

Une droite décomplexée – selon ses propres termes − a triomphé avec l’élection de Sarkozy. Avec Mélenchon, on assiste au retour d’une gauche décomplexée. Républicaine quand il s’agit de dire son fait aux islamistes, aux communautaristes et aux intégristes de tout poil. Mais aussi sociale et antilibérale quand il s’agit d’expliquer que le type de société qu’on nous présente comme aimable ou inévitable, selon les saisons et les climats (Grecs et Portugais, promis aux prochains bombardements massifs du FMI, commencent à le comprendre pour leur malheur) n’est aucunement une fatalité. Mélenchon annonce le retour d’une gauche qui va essayer[2. Voir Serge Halimi, Quand la gauche essayait.]…

Ce n’était pas prévu. Alors, maintenant qu’on ne peut plus faire comme si ça n’existait pas, tous les coups seront permis contre le Front de gauche en général et Mélenchon en particulier. N’en doutons pas, ils sauront les rendre. Cum gravitate et dignitate.

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La Savoie, ça se voit pas

Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry
Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry.

Le 150e anniversaire du rattachement de la Savoie à la France n’a pas donné lieu à un emballement médiatique exagéré. Ce serait même plutôt le contraire. Les célébrations officielles ont été dispersées dans le temps et dans l’espace : entre la signature du traité de cession, en mars 1860, et l’entrée effective de la province dans la France impériale, en juin, en passant par le plébiscite populaire en avril, il était bien difficile de déterminer une date symbolique où le pays entier serait invité à se souvenir du retour des ramoneurs au sein de la mère-patrie.

« Fais pas l’malin ! »

Nicolas Sarkozy, dans ces circonstances a assuré le service minimum : déjeuner à Chambéry, discours modèle Guaino sur le rapport dialectique entre la Grande Nation et les petites patries et bref bain de foule avant de reprendre l’avion présidentiel vers la capitale. Comme Carla n’était pas là (pourtant, elle eût été parfaitement à sa place pour incarner la complicité historique entre la France et le Piémont), il n’aura été retenu de cette équipée que l’apostrophe « Fais pas l’malin ! » lancée par le président à un jeune homme qui avait fait mine de s’essuyer la main après avoir serré celle du président.

[access capability= »lire_inedits »]Les commentateurs habituels se mirent alors à gloser sur l’évolution du vocabulaire présidentiel depuis le fameux « Casse-toi, pauv’con ! » du Salon de l’agriculture. Je ne suis pas certain que mes compatriotes savoyards soient tristes ou même déçus de ce peu d’intérêt manifesté à leur égard par les Ch’tis, les Bretons où les Parigots à l’occasion de la célébration de cet événement historique.

Un coup de projecteur un peu trop vif dirigé vers les montagnes et les vallées des deux Savoies aurait montré qu’en dépit de la crise économique, on n’est pas trop mal loti dans le coin. Entre l’or blanc des stations haut de gamme qui attirent l’oligarque russe aux poches percées et la résilience des PME de la micromécanique qui survivent tant bien que mal dans un environnement industriel déprimé, les Savoyards font comme ils ont toujours fait : s’adapter aux saisons, aux bonnes comme aux mauvaises. Alors, à quoi servirait-il de se mettre en avant, sinon à provoquer l’envie et la jalousie dans des provinces moins bien pourvues…

Les notables savoyards ont reçu du président de la République l’assurance de son soutien à la candidature d’Annecy pour les Jeux olympiques d’hiver de 2018. Voilà une promesse qu’il ne sera pas trop difficile d’honorer, en ces temps où Nicolas Sarkozy se voit renvoyer dans les gencives des slogans de campagne tombés aux oubliettes, comme le « Travailler plus pour gagner plus ! ».

Ce soutien est d’autant moins contraignant que tous les observateurs avertis de la chose olympique sont persuadés qu’Annecy n’a pas la moindre chance de l’emporter face à une station de ski coréenne au nom imprononçable, mais située sur un continent qui monte, qui monte…

Bon, si ça se fait pas, ça se fait pas et on n’en fera pas une maladie. Y en a des qui sont plus malheureux que nous, comme les Belges, qui peuvent pas se sentir entre eux, et les Grecs qu’ont plus de sous. Rendez-vous en 2060.[/access]

Le Monde est austère

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La grande crise de 2008 semblait avoir remis en cause certaines certitudes et tempérer la croyance théologique dans les vertus du marché. Mais, comme dans le monde politique, la crise actuelle semble révéler les idées et le caractère de chacun. Malheur aux vaincus !

« Merci les marchés et vive la rigueur »

C’est par ce titre surréaliste que le nouveau responsable de l’économie du quotidien du soir a titré sa chronique de samedi. Sa présentation de la crise actuelle est à sens unique. Les Etats sont coupables de « cavalerie budgétaire » et « d’incurie », les marchés ont bien raison de leur mettre la pression et d’ailleurs « le pouvoir des marchés sur les Etats a augmenté au même rythme que progressait l’endettement de ces derniers ». Une seule solution : la rigueur.

Ce manque de nuance est assez stupéfiant. Si l’on ne peut naturellement pas exonérer les hommes politiques de responsabilités en France du fait du laxisme budgétaire de la plupart des équipes au pouvoir depuis trente ans, le raisonnement du journaliste du Monde est totalement excessif. Mettre l’Espagne dans le même panier est totalement injuste puisque ce pays avait une dette de moins de 40 % du PIB en 2007 après plusieurs années d’excédents budgétaires.

Et puis, il est tout de même incroyable de sanctifier à ce point le dieu marché, à peine 18 mois après une crise où les marchés financiers étaient partis pour s’autodétruire si les Etats n’étaient pas venus à leur secours. L’histoire récente nous a de tout de même montré le caractère autodestructeur, exubérant et égoïste des marchés et toutes les limites qu’il y a à les laisser faire sans la moindre contrainte véritablement structurante. Tout ceci semble avoir été totalement oublié.

Le summum de la pensée unique

Ce qu’il y a également de choquant dans cette chronique est l’affirmation à peine voilée qu’il n’y a qu’une seule politique possible. L’auteur ridiculise la proposition du Front de Gauche et du Parti Communiste de fermer les marchés pour un mois et ne propose comme alternative que des taux d’intérêt à 15 %, une faillite ou une explosion des dettes publiques. En clair, la seule politique possible serait l’austérité budgétaire (terme plus juste que la rigueur vu les politiques suivies).

Et, naturellement, les divins marchés ont en plus la délicatesse « d’avoir fait comprendre aux dirigeants européens, certes par la manière forte, que sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ». Pour ceux qui n’auraient pas compris : les gouvernements nationaux vont devoir rapidement céder à nouveau des prérogatives à Bruxelles pour essayer de faire tenir cette construction bancale qu’est l’euro.

Bref, nous aurions le choix entre la continuation, et même l’accélération de l’intégration européenne couplée à une austérité budgétaire et une fausse alternative que serait la vision crypto marxiste du Front de Gauche. L’adorateur du marché devrait pourtant reconnaître que même les marchés doutent de son modèle dont ils se demandent bien comment il pourra produire la moindre croissance et s’il ne risque pas d’aggraver la situation au lieu de résoudre les problèmes.

Il est absolument hallucinant de lire une telle chronique empreinte d’un culte sans nuance pour le marché à peine quelques mois après la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle. Naturellement, l’auteur passe complètement à côté des solutions alternatives.

Texte publié initialement sur le blog de Laurent Pinsolle.

Une histoire d’amour radioactive

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Depuis qu’elle est passée en grand format sous la direction d’Aurélien Masson, la Série Noire qui fit les beaux jours du polar en France depuis l’après-guerre est devenue une collection à la fois plus littéraire et plus expérimentale, notamment dans le domaine français. Des noms que nous avons déjà évoqués ici, comme Thierry Marignac, tentent de renouveler le roman noir tandis que Caryl Ferey ou DOA redonnent leurs lettres de noblesse au thriller en gardant l’efficacité et la documentation à l’américaine mais en la mêlant d’une french touch qui évite les psychologies calibrées et les ficelles trop évidentes tissées dans ces aberrations que sont les universités enseignant « l’écriture créative » comme s’il s’agissait là d’une technique modélisable.

Antoine Chainas, lui, a ceci de particulier, qu’il semble avoir inventé en quatre romans un genre à lui tout seul. Le dernier, Une histoire d’amour radioactive, semble résumer les qualités des précédents, s’inscrire dans la continuité d’un univers cohérent et, en même temps, franchir une étape supplémentaire.

Auparavant, une précaution d’usage. La lecture de Chainas est vivement décommandée à ceux qui continuent à voir dans la littérature policière un genre mineur mais aussi à ceux qui auraient l’estomac sensible. Le monde et l’écriture de Chainas sont de l’ordre d’une expérience des limites. La violence et la tension latente de ses textes, les thèmes abordés peuvent choquer comme choque toute tentative littéraire qui débroussaille des sentiers inexplorés ou mal balisés.

« Lentement, je me transforme en tentative d’assassinat » dit magnifiquement un des personnages d’Une histoire d’amour radioactive. Il faut savoir que comme tous les vrais écrivains, Chainas veut tuer son lecteur. Tuer ses vieilles façons de percevoir, tuer ses réflexes moraux obsolètes, tuer ses espérances factices. C’est la démarche de Virgile qui emmène Dante en visite guidée aux Enfers. Vous n’êtes pas obligé de vouloir ce genre de choses. Dans ce cas, continuez de lire Marc Levy ou Guillaume Musso. Chainas ne vous en voudra pas, il sait pouvoir compter désormais sur cette poignée de lecteurs fidèles qui font de lui, finalement assez vite puisque son premier roman Aime-moi Casanova date de 2007, un de ces auteurs dont la réputation ne sera jamais liée à un tirage, bon ou mauvais d’ailleurs.

Une histoire d’amour radioactive, pour résumer assez rapidement, raconte comment une performeuse d’art contemporain, qui aurait pu faire partie des actionnistes viennois, convainc des cadres dirigeants à la vie programmée de faire l’amour avec elle en s’irradiant dans des salles de radiologie et de déclencher en eux des cancers foudroyants en buvant des boissons radioactives. Cela leur permet, dans une joie insoutenable, d’utiliser leurs derniers mois à vivre intensément leur mort, à sentir enfin leur corps d’hommes égarés dans le virtuel de la modernité grâce à l’archaïsme de la douleur. On n’est pas loin ici de George Bataille et de son « approbation de la vie jusque dans la mort ».

Chainas, pour raconter cette histoire, progresse sur deux plans parallèles : le récit à la première personne d’un flic homosexuel et celui à la troisième d’un personnage que l’on ne connaîtra que sous l’appellation de DRH. D’une part un lyrisme violent, somptueusement sordide, pornographique et amoureux, d’autre part un constat clinique sur le fonctionnement mental d’une machine à sang froid, rouage d’une économie inhumaine qui progressivement, en ayant rencontré l’artiste sérial-killeuse, se révèle à lui-même par la maladie.

Le flic est amoureux d’un jeune collègue lui-même victime consentante de cette femme fatale qui est sans doute une enfant de Tchernobyl et qui est devenue une obsessionnelle de la contamination nucléaire considérée comme un des beaux-arts. Son enquête finira par l’amener à rencontrer DRH. Pour compliquer le tout, des services de renseignement intérieurs cherchent à étouffer l’affaire et à orienter l’enquête pour éviter que le public apprenne que des dirigeants économiques préfèrent se suicider dans le bonheur plutôt que de continuer à servir le système.

Tout cela se déroule dans un pays et une ville qui, comme d’habitude chez Antoine Chainas, ne sont pas nommés. C’est la France, sans aucun doute, mais une France légèrement anticipée, une France dans un monde décalé, une dimension voisine. Les procédures policières ne sont pas tout à fait les mêmes, le noms des services administratifs nous rappellent quelque chose mais ne sont pas ceux que l’on connaît et il est question d’une ville qui pourrait être une grande ville du Sud sans que l’on sache au juste laquelle. En tout cas, elle est rongée par une crise financière sans précédent et la criminalité la plus irrationnelle avec tueries collectives grimpe en flèche sans que le lien entre les deux phénomènes soit explicite. C’est la méthode qu’utilisait finalement le regretté JG Ballard qui refusait que l’on dise de ses livres qu’ils étaient des romans d’anticipation mais qui préférait parler pour eux d’une mise en scène de qu’il appelait « un présent visionnaire ».

Cela contribue à faire baigner Une histoire d’amour radioactive dans une atmosphère légèrement irréelle qui contraste avec l’hyperréalisme avec lequel Chainas sait rendre la dégradation des corps, le pourrissement des organes et la violence des sexualités hyperboliques.

Pourquoi une telle démarche aussi extrême chez un auteur qui de roman en roman semble vouloir se faire le chantre des freaks et du corps comme signal, comme marqueur des aberrations d’une modernité qui se perd de vue ? Sans doute pour nous rappeler, paradoxalement, à une humanité oubliée afin que nous redevenions « les seuls êtres conscients au cœur d’un charnier aseptisé ».

Au bout du compte, le très sombre et très talentueux Antoine Chainas est un grand écrivain de la compassion.

Une histoire d'amour radioactive

Prix: 11,70 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,32 €

Ali at work

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Causeur, disponible boulevard Saint-Germain, à Paris.

Le mensuel Causeur est disponible, sur le site, par abonnement ou au numéro. On peut se le procurer également dans quelques librairies de choix. Mais, comme on n’arrête pas le progrès, Causeur est disponible, depuis mai, à la criée : Ali, le vendeur ambulant haut en couleurs du boulevard Saint-Germain à Paris, recèle la came. Alors, à la criée, il est pas frais, mon Causeur ?

Causeur, disponible boulevard Saint-Germain, à Paris. Photo absolument pas floue de Marc Cohen.

Vichy fait de la résistance

28

Le député de l’Allier Gérard Charasse (aucun rapport avec le fumeur de cigares promu au Conseil constitutionnel) n’a pas du tout apprécié le discours de Colmar de Nicolas Sarkozy pour les célébrations du 8 mai. « Vichy a trahi la France ! » s’est exclamé le président de la République devant un parterre enthousiaste d’Alsaciens. L’usage métonymique de la sous-préfecture de l’Allier pour désigner l’Etat français de Pétain et Laval est de moins en moins bien supporté par ses habitants actuels. Ils ne se sentent pas plus traîtres à la patrie que les Marseillais ou les Lillois. Ce combat, pour être juste, n’en est pas moins désespéré : Paris est trop content de faire porter à la ville thermale préférée de Napoléon III les turpitudes qui, pour la plupart, s’élaboraient dans les officines collaborationnistes de la capitale occupée. Il reste à attendre la prochaine défaite, étrange ou non, pour oublier Vichy.

Prenons l’apéro !

82

Comment faudrait-il s’y prendre pour expliquer à un homme du XIXe siècle ce qu’est un « Apéro Facebook » ? Comme le dire à Victor Hugo ? Comme le faire comprendre au Préfet Poubelle, ou au Baron Haussmann ? Comment décrire la pénible poésie macabre de ces fêtes collectives insensées à un Zola ou à un Léon Bloy ? Essayons malgré tout de leur expliquer quelle mouche hystérique a piqué l’homme moderne.

L’ « Apéro géant » est une grande fête initiée sur la plateforme de socialisation Facebook, réunissant des individus – grégaires par nature – qui ne sont liés par rien d’autre que leur inscription commune sur ce site. Généralement les organisateurs lancent une page dédiée à la manifestation qu’ils envisagent, afin d’informer les participants sur les modalités pratiques de la rencontre (lieux, date, heure, etc.) S’en suit, dans les rues de telle ou telle ville de province, sur les places publiques et dans les artères principales, de monstrueuses foules d’amis « virtuels » devenus soudainement bien réels. Bien trop réels, parfois. Beuveries. Comportements à risque. Circulation de stupéfiants. Déprédations diverses. Problèmes sanitaires. Tapages infernaux. Les autorités locales (maires et Préfets) se sont rapidement saisis du problème, afin de mettre un terme à ces dantesques attroupements non-autorisés –plutôt inquiétants – de plusieurs milliers de personnes.

Jusqu’à ces derniers jours la question des « Apéros Facebook » n’avait pas vraiment passionnée les plus hautes autorités de l’Etat. On rangeait ce phénomène parmi les dégâts collatéraux du réseau de socialisation américain… au même titre que la multiplication des cambriolages commis chez les génies qui rendent accessibles leurs dates de congés à la terre entière à travers leur « statut » Facebook. C’était avant qu’un jeune-homme percute la Camarde, ivre-mort, en chutant d’un pont à l’issu de l' »Apéro géant » organisé à Nantes jeudi dernier. Une manifestation – dépourvue de tout plan de prévention des risques – qui a réuni plus de 10.000 personnes, et où l’alcool a comme d’habitude coulé à flot. L’AFP, taquine, nous rafraîchissait la mémoire quelques heures après le drame : « Suite à un premier apéro géant en novembre 2009 au cours duquel avaient été comptabilisés 50 comas éthyliques et des chutes dans la Loire, la préfecture de Loire-Atlantique avait mis en garde les organisateurs. » Mais rien ne résiste à la pulsion du néo-Apéro ! Et de la néo-amitié Facebook !

Le bon sens voudrait évidemment que soient interdits ces rassemblements sauvages sur la voie publique qui n’appartient pas aux seuls « tuffeurs » (ces derniers se l’approprient indument avec autorité et une certaine violence), mais à l’ensemble de la population. Mais c’était sans compter le front de défense des « Apéros Facebook »… Et dès qu’il y a une grosse cause à défendre, on trouve toujours un sociologue au front, au plus près du feu. Dès le jour de la mort du jeune nantais de 21 ans, Christophe Moreau, comique troupier et sociologue breton ayant participé à cet « Apéro » venait nous sermonner dans la presse, en nous assurant que ces réunions étaient « festives » et que les « gens s’y parlaient beaucoup ». Oui, il est bien connu que l’alcool désinhibe ; et que le ridicule tue, surtout du haut d’un pont par traumatismes crânien et thoracique. Le sociologue demande évidemment que l’état-mama s’adapte à la dernière lubie puérile à la mode, en installant des « espaces de danse » dans les villes. Cet épisode nous renvoie sombrement aux pires heures du pays, occupé par le discours insipide des défenseurs des « rave parties », estimant leurs libertés fondamentales en carton dangereusement menacées (dont l’inénarrable droit à faire la fête)… dès qu’une poignée de gendarme venait leur demander des comptes sur l’occupation sauvage d’un champ agricole, ou dès qu’un Préfet leur interdisait telle ou telle manifestation dégénérée.

L’Etat – soyons honnête – n’a pas tardé à se saisir du dossier. Brice Hortefeux, Ministre de l’intérieur, a annoncé gravement la tenue prochaine d’une réunion spéciale dédiée aux « Apéros géants ». Jean-Marc Ayrault, député socialiste de Nantes a appelé le gouvernement à une « concertation », afin de « casser la spirale » de ce type de réunions. A quand une cellule psychologique, une mission parlementaire et un Grenelle ? Même Bertrand Delanoë s’angoisse publiquement pour la prochaine réunion qui doit se dérouler à Paris le 23 mai, baptisée « Record du plus grand apéro de France à Paris ». Croyez-bien que j’y serai pour voir cela de mes propres yeux…

Mais cette prudence n’a fait qu’attiser la prudence des « vigilants », acharnés à défendre l’ultime cause des sans-causes. L’ultime cause de ceux qui sont prêts à embrasser toutes les causes. Dans un éditorial titré « Prohibition » l’immense Laurent Joffrin, patron de Libération, nous met en garde contre les pulsions réactionnaires enfouies, avec la gravité du patriarche garant des libertés universelles… après un long et déchirant couplet sur les dangers de l’alcool, le Sage vibrant dit : « Ces rassemblements qui restent essentiellement festifs ne doivent pas susciter une réaction excessive. On notera d’abord qu’Internet est, dans ce cas le vecteur de réunions dont l’atmosphère reste, pour la grande majorité des participants, conviviale et bon enfant. » Voilà. Il suffisait de le dire. Le tout est de cracher le morceau. La lecture des éditos de Laurent Joffrin a toujours sur moi l’effet d’un gaz hilarant.

Sauf que Laurent Joffrin se trompe. Ces réunions – tristement pimentées au Binge Drinking – ne sont pas moins virtuelles que la plateforme Facebook d’où elles sont organisées. Maintenant que l’on se berce de l’illusion naïve d’avoir 500, 1000 ou 5000 amis sur les sites de socialisation, quoi de plus normal que d’en rejoindre 10.000 pour prendre l’apéro ? Illusion risible du moderne qui croit que l’on peut être ami avec le monde entier, sans passer par l’étape des rencontres, des contacts, des affinités, de l’intimité, de la parole, des cercles restreints et sélectifs. Non… ils sont tous mélangés dans le grand creuset pseudo-amical et indifférencié de la « grand place », pour oublier dans l’alcool leurs regrettables solitudes modernes et citadines. Comme quoi une agrégation d’individus ne forme décidemment pas toujours un groupe. Preuve en est. Le Préfet Poubelle et le Baron Haussmann sont d’accord avec moi… d’ailleurs ils retournent vers leur XIX ème siècle natal, dans un méprisant haussement d’épaule.

Une bonne fessée et au lit !

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Les Aventures de Tom Sawyer, 1938
Les Aventures de Tom Sawyer, 1938.
Les Aventures de Tom Sawyer, 1938
Les Aventures de Tom Sawyer, 1938.

Edwige Antier est une femme ! Edwige Antier fait de la radio et de la télévision ! Edwige Antier fait de la politique ! Edwige Antier a des cheveux jaunes et s’habille en rose comme Barbara Cartland ! Edwige Antier a des opinions, et le fait savoir ! Edwige Antier blogue, et il est même probable que, parfois, elle twitte ! Edwige Antier est contre la violence ! Bref, Edwige Antier est une femme moderne qui se bat sur tous les fronts. Mais le plus cocasse est que la grande passion de la vie d’Edwige Antier soit de faire interdire la fessée. Sans explorer la question marécageuse des motivations intimes de la députée UMP dans cette obsessionnelle croisade contre les châtiments corporels (on s’interdira fermement de se poser la question de savoir si la dame a été trop fessée dans son enfance ou pas assez à l’âge adulte), Edwige Antier ne pense qu’à ça ! Edwige vit « fessée » ! Elle pense « fessée » ! Elle mange « fessée » ! Elle rumine « fessée » ! Elle fulmine « fessée » ! Edwige est une authentique fessophobe, qui ne veut absolument plus vivre dans ce monde d’antan où des parents responsables, maîtres de leur autorité parentale – dans le secret d’un foyer inaccessible à la science intrusive des « pédiatres » citoyens et non-violents – infligeaient parfois des tapes au cul à leurs rejetons !

« La loi antifessée : un message envoyé aux enfants »

En farfouillant un peu, on trouve dès octobre 2008, au sein d’un dossier du Figaro Magazine titré « La fin de l’enfant-roi », une ferme déclaration d’Edwige contre les châtiments corporels aux enfants : « Je suis favorable à l’interdiction de la fessée dans la loi. Ce serait un excellent message envoyé aux enfants. » Oui, produisons des lois pour envoyer des « messages » aux enfants ! Il est bien entendu que les mômes suivent de très près l’actualité parlementaire. En général, les enfants lisent Spirou, Astrapi, Mickey Mag puis le « Bleu » de Profession Politique… Mais Edwige a toujours été douée pour développer des idées baroques de ce genre-là. On retrouve des coupures de presse comiques, remontant au milieu des années 2000, faisant état de sa croisade contre le cinéma pornographique… Edwige voulait alors carrément interdire les films « X » qui constituaient − selon ses termes − un « viol de l’imaginaire ». Diable !

[access capability= »lire_inedits »]Mi-novembre 2009 : Edwige revient et frappe ! Députée UMP, elle annonce le dépôt d’une proposition de loi contre la fessée. La fessophobe se rapproche alors du Parisien pour exposer son projet. Le journal écrit : « À la veille des vingt ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, le médecin estime qu’il est temps de changer les mentalités et de s’aligner sur la demande formulée par les Nations unies il y a cinq ans déjà, reprise par le Conseil de l’Europe en 2008, et également suggérée par la défenseure des enfants l’an dernier. » Changer les mentalités ! S’aligner ! Oui, comment ne pas plier face à autant d’autorités éminemment respectables ? L’ONU, l’Europe, la « défenseure » (sic) des enfants ! Et la pédiatre rose d’expliquer− ensuite − que sa loi bavarde ne sera en rien contraignante : « Il ne s’agit pas d’envoyer les parents en prison ni de les en menacer ! Je ne propose d’ailleurs pas d’inscrire la loi dans le Code pénal mais, comme en Allemagne, dans le Code civil. L’article serait lu aux parents lors du mariage… » Oui, une loi pour simplement pimenter les cérémonies civiles de mariage d’un instant de comédie baroque… car il est déjà parfaitement prévu dans la loi que les coups, blessures, et maltraitances soient punis, avec – notamment – des circonstances aggravantes à la clé pour les Thénardier de service.

Avec Gorbatchev et le Conseil de l’Europe contre la fessée

La proposition d’Edwige ne convainc pas. Selon un sondage TNS-Sofres pour Ouest-France, 82 % des Français sont opposés à son projet. Dans son propre camp, la grogne se fait entendre. Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, déclare sur BFM : « Qu’Edwige Antier s’exprime en tant que pédiatre, c’est son droit, elle a sa conception des choses. Mais des lois sur tout, partout, ça va bien. […] Il ne faut pas trop de lois. La responsabilité parentale est pour moi un des fondements de notre société. » Autre visage de la droite traditionnelle, Bernadette Chirac tempête contre Edwige : « C’est ridicule ! Quand un enfant est odieux, une bonne fessée, ni trop forte ni trop longue, ne lui fait pas de mal ! » Le gros bon sens conservateur reprend enfin le dessus sur les pédiatres et les « enfants odieux » ! Et des baffes se perdent !

« Levons la main contre la fessée ! »

Cela n’empêche pas la presse, toujours féconde, d’oser des titres aussi amusants que « Loi antifessée : une idée plus pan-pan que cul-cul » (Charente Libre), « La fessée prend une rouste » (20 Minutes). « La fessée, un débat culotté » (Bakchich Info). Car, oui, le sujet passionne. Il passionne mais déplaît. Donc Edwige reste en retrait quelque temps.

Puis c’est l’annonce de la sortie du nouveau livre de notre moraliste molle, intitulé L’Autorité sans fessées, et son retour fracassant sur les plateaux de télévision, appuyé par plusieurs aubaines improbables. La première ? L’engagement acharné du Conseil de l’Europe dans la lutte contre les châtiments corporels, passant notamment par ce slogan lourd comme du plomb : « Levons la main contre la fessée ! » et par l’organisation d’un « débat international » à Strasbourg. Car oui, il est certainement plus vendeur de lutter pour les droits de l’enfant, des animaux ou des plantes grasses que pour les droits de l’homme en général. La seconde aubaine, permettant à Edwige d’étaler toute sa fessophobie ? Une grande pétition internationale, émise toujours par le Conseil de l’Europe, et recueillant les signatures comiques de personnalités telles que Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, la reine Silvia de Suède et Mikhaïl Gorbatchev. On notera que Benoît XVI n’est pas signataire de cette pétition, ce qui en dit long sur le personnage…

Il est peu probable que le législateur hexagonal s’engage sérieusement dans cette affaire. D’autant que les visées d’Edwige sont non seulement impopulaires, mais obscures : on sent bien chez elle la volonté badine de faire avancer les droits de l’homme, de transformer le monde et de le rendre meilleur. Mais derrière la condescendance du personnage et l’insupportable « pédagogie » qu’elle instille à chacun de ses passages dans les médias, réside une incompréhensible envie de judiciariser encore et toujours la sphère privée. Edwige veut à nouveau renforcer les droits de l’enfant-roi contemporain qui, à l’abri de la fessée (bientôt de la réprimande ?), et finalement à l’abri de l’éducation de ses parents, pourra dérouler en toute quiétude sa tyrannie domestique intrinsèque… On pourrait conseiller à Edwige de s’intéresser plutôt aux droits des animaux ou à la question des droits de l’homme au Turkménistan… Les enfants de France n’ont pas besoin de son insupportable bienveillance maternante pour grandir, ni les parents de ses mises en garde doctes et doucement furieuses. Edwige… une bonne fessée, et au lit ![/access]

Après Tarnac, le Cac

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Notre brillant Bernard Squarcini, clown en chef de la DCRI, est devenu célèbre pour avoir ridiculisé nos services de renseignements intérieurs en donnant l’assaut en novembre 2008 à une ferme corrézienne remplie de philosophes parapsychologues qui arrêtaient les TGV par la seule force de la pensée. Il s’est néanmoins vu confier une nouvelle mission. D’après le Canard Enchaîné rapportant des propos de Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, ex-Cob et gendarme bien inefficace de la Bourse, tous les moyens, y compris l’appel aux flics de la DCRI, seront mis aux service de la traque des responsables des rumeurs plus ou moins fondées ayant fait plonger l’euro. Cette annonce, quand on connaît l’art de se mêler les pinceaux de nos barbouzes domestiques, n’est pas bon signe pour la monnaie unique. à moins que la SDAT ne prenne d’assaut le Palais Brongniart

Une nuit à l’apéro

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Quand j’ai entendu la première fois les mots « apéro géant » j’ai d’abord pensé à une énorme cacahuète génétiquement modifiée. Ce n’est que plus tard que j’ai compris qu’il s’agissait de quelque chose de beaucoup plus absurde. À entendre les nombreux commentaires de la presse, ce serait un scandale. Mais quel est exactement le problème ? Un homme – jeune, qui plus est – s’est accidentellement tué, c’est vrai. Mais est-ce le rôle de la société d’empêcher à tout prix ses membres de mourir ?

Le grand rassemblement de Nantes, improvisé par le biais de Facebook, n’est peut-être pas ma conception de « la fête », mais je le trouve parfaitement légitime. On ne peut pas reprocher aux « jeunes » de s’enfermer dans un monde virtuel, de troquer le contact humain contre les icônes informatiques et en même temps les critiquer quand ils tentent de transformer des cyber-relations en véritable rencontre entre des êtres vivants.

Mais au-delà de la question des réseaux sociaux et de leur impact sur le réel une fois leur dimension virtuelle dépassée, il y a le problème de la liberté. Oui, quand des milliers de jeunes se rassemblent de manière improvisée cela peut être dangereux. L’abus d’alcool et la consommation d’autres substances que l’on trouve toujours dans ce genre d’événements (quand certains font la fête, les affaires continuent…) sont, eux aussi, risqués. Or, la question n’est pas de savoir si ce genre de comportement constitue un risque, mais plutôt quel niveau de risque la société doit tolérer pour ne pas étouffer ses membres.

Les apéros géants devraient être tolérés selon la même logique qui incite certains parents à accepter des tatouages ou des piercings chez leurs adolescents sur le principe qu’on ne peut pas interdire tout tout le temps et qu’il faut bien choisir les lignes rouges à ne pas dépasser. Cela revient en fait à imposer un principe très simple mais extrêmement dur : la liberté, c’est le droit de commettre des erreurs sans que les membres plus responsables et expérimentés de la société essaient sans cesse de les épargner aux autres. Autrement dit, il faut savoir jusqu’où on peut laisser les gens aller trop loin.

Si les jeunes et les moins jeunes d’aujourd’hui, angoissés (à juste titre) par un avenir qu’ils devinent lourd de menaces, choisissent l’apéro géant comme une manière de transgresser un peu les règles, laissons-les faire. C’est parfaitement leur droit et tant que ces excès se limiteront à des apéros géants, ils ne feront pas de bêtises. Les fêtes décrétées par l’Etat (fête de la Musique, Paris-Plage, Nuit des Musées…) et soigneusement encadrées par la police et le Samu ne pourront jamais remplacer la magie d’une fête improvisée. Une boum sans les parents, quoi.

Mélenchon, le retour de la gauche qui essaie

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Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée
Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée.
Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée
Jean-Luc Mélenchon veut une gauche décomplexée.

Jean-Luc Mélenchon a eu tort de s’énerver contre le jeune apprenti-journaliste qui a jugé bon, pendant un défilé à la veille du second tour des élections régionales, de vouloir l’accrocher sur les bordels. Il était tellement en colère, Mélenchon, qu’il lui a même répondu en latin.

« Gravitas et dignitas »

« Gravitas et dignitas. » N’importe quoi, quand on y pense. Il ne se rend pas compte, Mélenchon. Du latin ! En 2010 ! Il veut qu’on le prenne pour Le Pen, ou quoi ? Déjà qu’il emploie encore le subjonctif ! J’imagine le jeune homme, son angoisse, sa surprise : on lui avait pourtant bien expliqué que, pour réussir dans le journalisme politique, c’est-à-dire faire partie, un jour, des élus qui auront le droit de poser des questions prémâchées au président de la République, il fallait prendre modèle sur Arlette Chabot : obséquieux avec les puissants, méprisant avec les petits. Et voilà le Mélenchon qui se met à lui parler latin ! Le latin, les apprentis-journalistes, ils n’en ont plus fait depuis la cinquième. À quoi ça servirait, d’ailleurs, le latin, pour prendre de haut ces pouilleux de la gauche de la gauche ou ces intouchables de la droite souverainiste et, de l’autre côté, faire des risettes émues aux responsables politiques du cercle de la raison, de l’UMP au PS inclus en passant par le MoDem, parti pourtant décédé, et Europe Écologie, célèbre rassemblement pour les pistes cyclables et les couches lavables.

[access capability= »lire_inedits »]« Gravitas et dignitas. » Il y va fort, le Méluche. Et on se demande bien pourquoi. Il n’y a pas de quoi pavoiser, quand on regarde son itinéraire… Voilà un homme qui quitte le PS pour des raisons de fidélité idéologique et qui crée sa propre formation alors que le bipartisme est tellement plus souhaitable et moderne. Mais nous ne sommes qu’au début d’un itinéraire tout entier marqué par un archaïsme populiste et républicain insupportable. Parce qu’il ne s’arrête pas là : il entend réveiller le PCF. Lui dire, à ce vieux parti productiviste avec de beaux restes que l’écologie ne doit pas être laissée aux libéraux-libertaires qui veulent sauver le capitalisme en ravalant sa façade à la peinture verte. Qu’il est possible de penser ce qu’il appelle lui-même, dans L’Autre gauche, une « écologie républicaine » ! Et le PCF écoute, retrouve le goût du grand large, brise la vieille alliance de confort avec les socialistes et choisit la stratégie de Front de gauche dans 17 régions sur 22. Pire, Mélenchon arrive même à convaincre le courant minoritaire « Trotskisme et intelligence » du NPA de le rejoindre et d’intégrer le FdG sous le nom de Gauche unitaire.

Un tribun qui ne se contentera pas d’une position tribunitienne

Bon, tout cela ne serait pas très grave si Mélenchon se contentait d’une position tribunitienne comme le FN, le NPA ou LO. On critique, on critique, mais on ne veut surtout pas du pouvoir. Vous vous souvenez de la tête de Le Pen, le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, quand il a su qu’il était qualifié pour le second ? On aurait dit que le ciel lui était tombé sur la tête, que soudain la possibilité, même infime, d’avoir à exercer des responsabilités pour de bon allait le priver de sa rente de situation à droite de la droite.

Mélenchon, lui, y croit, à sa révolution par les urnes. On le disait écrasé par le NPA aux élections européennes : il le double[1. Besancenot a fait 3,1 % en Ile-de-France. « Sic transit gloria mundi », comme dirait Mélenchon.]. On lui prédit un petit 5 % aux régionales : il fait 2 points de mieux. On dit qu’il y a une course au centre, et voilà que le MoDem implose et que Mélenchon, l’air de rien, déplace le centre de gravité de la vie politique française sur la gauche, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. On a même vu le Front de gauche s’offrir un 15 % en Auvergne et se maintenir au second tour dans le Limousin, pour pratiquement doubler ses voix, comme à Limoges, en mobilisant dans les quartiers populaires.

Le refus de « ce qui va de soi »

Sur les retraites, la même chose. Voilà un débat incroyablement verrouillé, jouant sur le « ce qui va de soi ». Cotiser plus, moins recevoir, accepter comme une évidence que l’espérance de vie qui augmente supposerait nécessairement, forcément, que l’on travaille plus longtemps. Avec ce raisonnement-là, on en serait encore à faire travailler les enfants de 5 ans, à n’avoir jamais voté les congés payés ou le principe même de la retraite. Avec ce raisonnement-là, on refuse de voir que les prodigieux gains de productivité réalisés par le Capital grâce aux efforts du Travail n’ont jamais, ou si peu, été redistribués. Qu’on regarde l’enrichissement de la France depuis un siècle et que l’on compare l’âge de cessation d’activité ou le temps de travail hebdomadaire. On gagne quoi ? Quelques heures, quelques années…

Plus personne n’ose dire ça. Le PS, tétanisé, se soumet aux prévisions du COR, fait semblant de s’opposer à la disparition du symbole de « la retraite à 60 ans ».

Plus personne, sauf Mélenchon. Le jeune avantageux qu’il a étrillé n’a pas été étrillé parce qu’il était jeune et que c’était plus facile. La preuve, Jean-Michel Aphatie, un matin sur RTL, avait en face de lui un homme politique, un élu qui n’allait pas se laisser faire par le grand éditorialiste. Pugnacité, virilité, précision, gouaille au service d’arguments que la gauche, paralysée par son surmoi néo-libéral et son désir de passer pour « sérieuse économiquement » depuis 1983, n’ose plus utiliser. Des arguments de rupture, des arguments contre, enfin. Qu’a dit Mélenchon, ce matin-là ? Tout simplement qu’il existait, sur cette question des retraites, mais aussi sur l’ensemble de « ce qui va de soi », d’autres solutions ou, comme le disait en son temps le regretté Philippe Séguin, une autre politique. Et de cogner, dur, avec des coups précis, sur un Apathie répétant des chiffres prédigérés par des experts au service du système que Mélenchon contestait un par un, dévoilant l’irréalité dans laquelle vit le monde médiatico-politique en donnant pour certains des chiffres d’économistes parlant de ce qu’il adviendra dans cinquante ans alors qu’ils ne furent même pas capables de voir, deux mois avant, le krach du 15 septembre 2008.

La gauche décomplexée

Plus étonnant encore : Mélenchon ne s’est pas laissé piéger par le débat sociétaliste sur la burqa. Dès le début, il a été pour une loi et il l’a dit. Point à la ligne. Pas besoin d’épiloguer sur la méthode ou les principes : ce qui est dit est dit. Qu’on passe à autre chose, il y a effectivement plus urgent.

Une droite décomplexée – selon ses propres termes − a triomphé avec l’élection de Sarkozy. Avec Mélenchon, on assiste au retour d’une gauche décomplexée. Républicaine quand il s’agit de dire son fait aux islamistes, aux communautaristes et aux intégristes de tout poil. Mais aussi sociale et antilibérale quand il s’agit d’expliquer que le type de société qu’on nous présente comme aimable ou inévitable, selon les saisons et les climats (Grecs et Portugais, promis aux prochains bombardements massifs du FMI, commencent à le comprendre pour leur malheur) n’est aucunement une fatalité. Mélenchon annonce le retour d’une gauche qui va essayer[2. Voir Serge Halimi, Quand la gauche essayait.]…

Ce n’était pas prévu. Alors, maintenant qu’on ne peut plus faire comme si ça n’existait pas, tous les coups seront permis contre le Front de gauche en général et Mélenchon en particulier. N’en doutons pas, ils sauront les rendre. Cum gravitate et dignitate.

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La Savoie, ça se voit pas

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Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry
Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry.
Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry
Rattachement de la Savoie à la France, en 1860, à Chambéry.

Le 150e anniversaire du rattachement de la Savoie à la France n’a pas donné lieu à un emballement médiatique exagéré. Ce serait même plutôt le contraire. Les célébrations officielles ont été dispersées dans le temps et dans l’espace : entre la signature du traité de cession, en mars 1860, et l’entrée effective de la province dans la France impériale, en juin, en passant par le plébiscite populaire en avril, il était bien difficile de déterminer une date symbolique où le pays entier serait invité à se souvenir du retour des ramoneurs au sein de la mère-patrie.

« Fais pas l’malin ! »

Nicolas Sarkozy, dans ces circonstances a assuré le service minimum : déjeuner à Chambéry, discours modèle Guaino sur le rapport dialectique entre la Grande Nation et les petites patries et bref bain de foule avant de reprendre l’avion présidentiel vers la capitale. Comme Carla n’était pas là (pourtant, elle eût été parfaitement à sa place pour incarner la complicité historique entre la France et le Piémont), il n’aura été retenu de cette équipée que l’apostrophe « Fais pas l’malin ! » lancée par le président à un jeune homme qui avait fait mine de s’essuyer la main après avoir serré celle du président.

[access capability= »lire_inedits »]Les commentateurs habituels se mirent alors à gloser sur l’évolution du vocabulaire présidentiel depuis le fameux « Casse-toi, pauv’con ! » du Salon de l’agriculture. Je ne suis pas certain que mes compatriotes savoyards soient tristes ou même déçus de ce peu d’intérêt manifesté à leur égard par les Ch’tis, les Bretons où les Parigots à l’occasion de la célébration de cet événement historique.

Un coup de projecteur un peu trop vif dirigé vers les montagnes et les vallées des deux Savoies aurait montré qu’en dépit de la crise économique, on n’est pas trop mal loti dans le coin. Entre l’or blanc des stations haut de gamme qui attirent l’oligarque russe aux poches percées et la résilience des PME de la micromécanique qui survivent tant bien que mal dans un environnement industriel déprimé, les Savoyards font comme ils ont toujours fait : s’adapter aux saisons, aux bonnes comme aux mauvaises. Alors, à quoi servirait-il de se mettre en avant, sinon à provoquer l’envie et la jalousie dans des provinces moins bien pourvues…

Les notables savoyards ont reçu du président de la République l’assurance de son soutien à la candidature d’Annecy pour les Jeux olympiques d’hiver de 2018. Voilà une promesse qu’il ne sera pas trop difficile d’honorer, en ces temps où Nicolas Sarkozy se voit renvoyer dans les gencives des slogans de campagne tombés aux oubliettes, comme le « Travailler plus pour gagner plus ! ».

Ce soutien est d’autant moins contraignant que tous les observateurs avertis de la chose olympique sont persuadés qu’Annecy n’a pas la moindre chance de l’emporter face à une station de ski coréenne au nom imprononçable, mais située sur un continent qui monte, qui monte…

Bon, si ça se fait pas, ça se fait pas et on n’en fera pas une maladie. Y en a des qui sont plus malheureux que nous, comme les Belges, qui peuvent pas se sentir entre eux, et les Grecs qu’ont plus de sous. Rendez-vous en 2060.[/access]