Chaque année en période de rentrée, les magazines font leur rentrée avec des gros titres sur la rentrée. Histoire de faire les malins, pour le mensuel Causeur de septembre, nous avons donc décidé de faire un numéro spécial Philippe Muray, avec notamment une interview inédite, et une myriade de contributions qui le sont tout autant. Bref, si ce n’est déjà fait, abonnez-vous !
Chavez : trop de morgue!
La devinette du jour : je jouis de 36% de popularité dans les sondages, l’économie de mon pays peine à sortir de la crise, mais en revanche la criminalité y est en plein essor ; qui suis-je ? Hugo Chavez, who else ?
À quelques semaines des législatives, la situation au Venezuela est plus que difficile. Le New York Times a même titré son dernier article sur le sujet « Le Venezuela, plus meurtrier que l’Irak, s’interroge » (« Venezuela, More Deadly Than Iraq, Wonders Why » . Selon les chiffres avancés dans cet l’article, 16000 Vénézuéliens ont été assassinés en 2009, ce qui laisse loin derrière non seulement l’Irak (4,644 civils tués) mais aussi le Mexique, pourtant en pleine guerre contre les barons de la drogue. L’image qu’accompagne ce texte, une photo prise dans la morgue centrale de Caracas et publiée en Une du quotidien vénézuélien « El Nacional », glace le sang.
Sans être dupe – ce n’est pas un pur hasard si cette histoire est publiée au beau milieu d’une campagne électorale – ni oublier que les morgues des voisins sont, elles aussi, bien garnies (en Colombie les assassins utilisent aujourd’hui Facebook pour faciliter leur besogne), ce phénomène met en lumière des maux profonds, notamment la politisation de la police et de la justice. Résultat : le pays est inondé d’armes illégales et la police arrive dans seulement 10% des cas à mettre la main sur les criminels. Comme par le passé, des mesures de «Salut public» prises pour corriger des injustices criantes finissent par frapper ceux-là même qu’elles auraient dû protéger.
Ce n’est pas pour rien que le golpe censé guérir tous les maux est une spécialité sud-américaine…
Les années Mitterrand et Craven d’Éric Neuhoff

En 1984, Éric Neuhoff prend le chemin des fugues. Il n’a pas encore 30 ans. Son premier roman, Précaution d’usage, a été salué par quelques glorieux aînés. Il écrit des articles chics et rapides dans des journaux qui, aujourd’hui, n’existent plus.
Un lointain cousin des « hussards »
Il fait déjà figure de lointain cousin des « hussards », Blondin, Nimier et Jacques Laurent. Il est temps pour lui, désormais, de n’en faire qu’à sa fête mélancolique. C’est ce que lui demande son éditrice, Marie-Hélène Orban, « de sa voix de petite fille ». Un Triomphe est donc le livre d’un jeune homme en liberté qui a « appris à lire dans le Club des Cinq, dans Bob Morane, dans San Antonio, dans SAS » et qui, avec le Drieu La Rochelle d’État civil, pense que « dès le moment où la femme entra dans ma vie et occupa mon imagination, tout fut bouleversé ».[access capability= »lire_inedits »]
Délaissant les genres qui enferment, Un Triomphe est une balade dans les années 1970 et dans le début des années 1980. Que faire ? se demande Neuhoff. Commencer par un éclat de rire triste, la gorge serrée, ce serait bien. Une princesse d’opérette, à la silhouette de papier glacé, vient de se marier. Et ce n’est pas avec lui. Caroline de Monaco, définitivement, est une adorable peste intouchable. Il faut tourner la page, préférer les actrices aux filles de Grace Kelly, leur écrire des lettres d’amour : « Vous êtes une idée, Isabelle, celle qu’on se fait du cinéma. Ne fichez pas les pieds dans l’existence, elle vous boufferait. Avec vous, on revient du côté des mythes et des héros. Vous êtes la preuve que les films et les femmes (c’est pareil) ne sont pas morts. Vous avez le tragique et la gaieté, la folie et la douleur, vous êtes le temps perdu, le travail, l’exil de soi, l’amour incompris (mettez des majuscules partout où vous voulez). » Adjani n’a pas répondu : elle a invité le jeune homme à dîner, oubliant toutefois de déposer sur ses lèvres un baiser de cinéma. Que faire, encore ? La voix d’Anna Karina, en écho, répond : « J’sais pas quoi faire ! » Neuhoff se souvient de l’adolescent provincial qu’il était, qu’il ne sera plus jamais : « Il avait besoin d’une ville assez grande pour lui, une ville livrée aux ombres, où il mangerait des Big Mac sous les néons, hélerait des taxis à l’aube, une ville où il pourrait s’oublier. Enfin. »
Être Bernard Frank ou rien
Que faire, finalement, en buvant des gin-tonics et en fumant des Craven A ? Ricaner de François Mitterrand et des socialistes qui découvrent le pouvoir. Se moquer des mœurs domestiques de Philippe Sollers. Visiter Michel Déon en Irlande. Partir en ouiquende à Trouville, dans les bras d’une brune demoiselle, et se dire que c’est l’unique remède acceptable aux tristes temps où nous vivons. Se rêver dans la peau d’un écrivain de la collaboration, Sachs par exemple, parce que l’œuvre est là, malgré tout, et la mort au rendez-vous. Être Bernard Frank ou rien. Dans les plus belles pages d’Un Triomphe, Neuhoff se rappelle de sa découverte des Rats, la Côte d’Azur, la dolce vita, l’ivresse triste au cœur, les mots comme des fusées dans une nuit d’été. Être Frank ou rien, c’est-à-dire écrire, l’air de rien, des petits chefs-d’œuvre dilettantes pour ne pas travailler, pour retrouver le temps. Un beau programme…
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Forever young!
Le BIT (Bureau International du Travail) constate une forte hausse du chômage de longue durée sur la tranche des 15-24 ans. Depuis mars 2009, le nombre de jeunes se trouvant sans emploi depuis plus d’un an a augmenté de près de 45%. Ils sont tout de même 113 000, soit un jeune chômeur sur cinq. Le BIT, organisme indépendant -contrairement à Pole Emploi- peut se permettre quelques remarques d’ordre politique qui sont pourtant tellement évidentes qu’on avait fini par les oublier ; c’est le fameux syndrome de La Lettre volée d’Edgar Poe. Le BIT déclare donc : « Compte tenu de la gravité de la situation, on peut craindre que, si rien n’est fait rapidement, la situation de la jeunesse ne devienne insoutenable dans certains pays, constituant une menace pour la cohésion sociale« . Et, quelle surprise, la France est dans le peloton de tête de ces «certains pays».
Evidemment, dans le même temps, on s’apprête lentement mais sûrement à faire travailler les seniors jusqu’à soixante-dix piges et mèche. Comme ça ils pourront aider leurs enfants chomdus de trente ans. Vous me direz, c’est déjà comme ça, sauf que les vieux peuvent le faire maintenant avec leur retraite mais que là, ils seront obligés de conduire des bus ou de vous livrer vos courses à domicile. Évidemment aussi, une armée d’experts libéraux, ceux qui nous feront mourir guéris dans une planète en ruine, viendront dresser des graphiques pour nous expliquer que le chômage des jeunes et le maintien à tout prix du troisième âge au taf, ça n’a pas de lien de cause à effet. On écoutera bien la leçon au milieu des émeutes et on n’essaiera pas de tousser à cause de la fumée des cocktails Molotov. Et ils seront très convaincants, ces experts. Comme d’habitude. Et on se souviendra, peut-être un peu trop tard, qu’ils nous font penser au fou selon Chesterton: celui qui a tout perdu, sauf la raison.
San-Antonio, commissaire du peuple

Les gens prétendent qu’ils relisent Proust chaque été. Ils mentent, évidemment : sinon, quand je fouille dans la bibliothèque des gens qui m’invitent, je trouverais La Prisonnière avec des taches d’huile solaire. Ce qui n’est jamais arrivé. En fait, l’été, les gens lisent du polar, du thriller, du roman noir. Les libraires ne s’y trompent pas, les éditeurs non plus : un livre sur quatre vendu en France est un polar. Et pourtant, ce n’est plus une littérature populaire même si les auteurs français de polar, qui sont tous de gauche, aimeraient vous faire croire le contraire. C’est une littérature de gens qui ont les moyens d’aller en vacances et qui ont des pudeurs d’encanaillés puisqu’ils prétendent qu’ils relisent Proust. Sans mettre d’huile solaire, en plus.[access capability= »lire_inedits »]
Un livre sur quatre, c’est quand même énorme. Si on retire des quatre les livres de jardinage, les témoignages de stars et les documents, on arrive au résultat suivant : un roman sur deux acheté est un roman policier. Alors, forcément, il y a du déchet. Du déchet et des monomanies. Le polar scandinave se portait déjà très bien avant Millénium, mais depuis, c’est de la folie. J’ai pensé à changer mon nom en Baldur Leroysön, à un moment. Et raconter sur des milliers de pages comment un policier désabusé de la banlieue d’Oslo cherche qui a tué la social-démocratie. L’enquête aurait promis d’être longue. J’aurais pu facilement faire trois volumes, comme Millénium. Dans un polar scandinave, il faut cinquante pages, au bas mot, pour monter dans sa voiture, démarrer et rouler sous un temps pourri dans des pays luthériens où l’alcool est à des prix prohibitifs. Derrick, à côté, c’est l’inspecteur Harry. Bon, une première certitude : même s’il ne l’aimait pas, ce n’est pas le communisme qui a tué la social-démocratie. On ne va pas tout lui mettre sur le dos, quand même, au communisme. En plus, il a un alibi d’enfer : quand la social-démocratie a été tuée, le communisme était déjà mort.
San-Antonio : du polar garanti sans fjord ni saumon fumé
Profitez donc de ce qui reste de l’été pour vous désintoxiquer et revenir aux sources. Lisez San-Antonio, par exemple, c’est garanti sans fjord ni saumon fumé. La collection Bouquins réédite tout San-Antonio. Pour l’instant, quatre volumes sont parus. Ils correspondent aux enquêtes de la fin des années 1940 jusqu’au début des sixties (San-Antonio est né en 1949 à Lyon avec un roman qui s’appelle Réglez-lui son compte et qui ne parle pourtant pas du peuple grec.)
Il n’y a pas plus français que San-Antonio : il a de l’esprit, il plaît aux femmes, il aime la bonne bouffe et les causes perdues. C’est d’Artagnan qui jacterait argomuche et aurait remplacé sa rapière par un soufflant. En plus, ce qui n’est pas fréquent dans la littérature populaire, San-Antonio a inventé un style. Une langue bien à lui. Comme Céline. Ou Proust, tiens. C’est un personnage tellement envahissant qu’il a failli tuer son créateur, Frédéric Dard. Dard a tenté de se suicider en 1965, quand il s’est aperçu que les gens ne connaissaient plus que San-Antonio et ignoraient ses autres romans. Ce n’est pas le genre de chose qui arriverait à des Scandinaves, ça. Ou alors ils se suicideraient d’ennui en relisant leurs épreuves.
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Brighton ou rien !

Qu’on se le dise et redise, cette année, les hommes politiques anglais ne prendront pas de vacances, ou à peine. Dûment briefés, leurs staffs ont relayé l’info à qui veut l’entendre : aucun ne quittera le royaume. Echaudés par le scandale involontairement provoqué par Michelle Obama, qui avait abandonné mari et récession pour aller bronzer à Marbella avec l’éternellement jeune Juan Carlos, ils font profil bas, très bas. Il est loin le temps où les Blair s’invitaient chez Silvio Berlusconi pour faire des bœufs avec leur copain Cliff Richard.
Parfaite incarnation d’un Anglais moyen imaginaire, on les voit errer sur les landes du Devon ou des Cornouailles, les seuls endroits au monde suffisamment modestes sans être trop affreux pour y traîner la famille, la mine lugubre de circonstance, l’oreille basse et probablement le chien des Baskerville aux fesses. Gare à l’insouciante décontraction, à la joie de vivre estivale, au repos bien mérité. Le pays va mal, les temps sont durs, et chacun sait que la sémiotique vacancière, très en vogue à Westminster, va décortiquer implacablement l’emploi du temps du dernier des secrétaires d’Etat ou aspirant à la présidence du Labour.
Dis-moi où tu pars, je te dirai comment sera ta courbe dans les sondages de rentrée. Si tu veux la voir plonger après la photo volée qui tue, va en Toscane. Tous les patrons de la BBC y sont en ce moment, avec les écrivains et les sociaux-démocrates. Autre mauvaise idée, les vacances en Amérique. On se souvient de Gordon Brown arpentant Martha’s Vineyard, l’air hargneux, attendant une hypothétique invitation à dîner d’Hillary Clinton qui n’est jamais venue. Tu seras aussi prié d’éviter la Grèce, même si tu es, comme la plupart des Britanniques, un authentique fan de la comédie musicale Mamma mia, dont on rappellera qu’elle se situe non pas en Suède, comme pourrait le laisser penser sa BO 100% Abba, mais dans les Cyclades, où il te sera impossible d’éviter un des Murdoch ou un oligarque: mauvaise pioche, donc…
Merkel au Tyrol : l’exemple à suivre
En clair, tu devrais plutôt prendre modèle sur Angela Merkel qui, en bonne Ossie, escalade le Tyrol avec du matériel datant d’avant la chute du Mur. Ou sur le roi des Belges cramponné à Laeken de peur que le pays n’explose s’il passe une frontière. Voire sur notre président qui part barboter dans la famille.
Bref, il s’agit de faire comme si l’Anglais moyen ignorait que dans le vrai monde, celui de ceux qui ont réussi, s’offre en général de bonnes vacances dans une hacienda du grand Sud. Comme si l’Anglais moyen ne traversait pas lui-même la Manche à la première occasion pour trouver ce dont rêve tout un pays onze mois sur douze, le soleil.
Rebaptisée «Marie-Antoinette» par la presse de son pays, Michelle Obama semble tout à fait hermétique à ces hypocrisies. On aimerait que les collègues brits de son époux lui empruntent un tout petit peu de son audace, quitte à oublier pour une fois l’hypocrisie qui leur tient office de seconde peau. Quant à la Première, elle restera donc désespérément pâle, cet été.
Adieu l’Arlette, j’t’aimais pas bien…

Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.
Silence radio des professionnels de la protestation
Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».
Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.
Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues
Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…
Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.
À la manœuvre dans l’affaire Enderlin
J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.
Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.
Pour Pflimlin, un choix cornélien
Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.
Django, cent ans dans les nuages

À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.
Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]
Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure
Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.
Django et ses héritiers
C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.
Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !
Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.
Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.
« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître
Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.
Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]
Muray revient et il n’est pas content !
Chaque année en période de rentrée, les magazines font leur rentrée avec des gros titres sur la rentrée. Histoire de faire les malins, pour le mensuel Causeur de septembre, nous avons donc décidé de faire un numéro spécial Philippe Muray, avec notamment une interview inédite, et une myriade de contributions qui le sont tout autant. Bref, si ce n’est déjà fait, abonnez-vous !
Chavez : trop de morgue!
La devinette du jour : je jouis de 36% de popularité dans les sondages, l’économie de mon pays peine à sortir de la crise, mais en revanche la criminalité y est en plein essor ; qui suis-je ? Hugo Chavez, who else ?
À quelques semaines des législatives, la situation au Venezuela est plus que difficile. Le New York Times a même titré son dernier article sur le sujet « Le Venezuela, plus meurtrier que l’Irak, s’interroge » (« Venezuela, More Deadly Than Iraq, Wonders Why » . Selon les chiffres avancés dans cet l’article, 16000 Vénézuéliens ont été assassinés en 2009, ce qui laisse loin derrière non seulement l’Irak (4,644 civils tués) mais aussi le Mexique, pourtant en pleine guerre contre les barons de la drogue. L’image qu’accompagne ce texte, une photo prise dans la morgue centrale de Caracas et publiée en Une du quotidien vénézuélien « El Nacional », glace le sang.
Sans être dupe – ce n’est pas un pur hasard si cette histoire est publiée au beau milieu d’une campagne électorale – ni oublier que les morgues des voisins sont, elles aussi, bien garnies (en Colombie les assassins utilisent aujourd’hui Facebook pour faciliter leur besogne), ce phénomène met en lumière des maux profonds, notamment la politisation de la police et de la justice. Résultat : le pays est inondé d’armes illégales et la police arrive dans seulement 10% des cas à mettre la main sur les criminels. Comme par le passé, des mesures de «Salut public» prises pour corriger des injustices criantes finissent par frapper ceux-là même qu’elles auraient dû protéger.
Ce n’est pas pour rien que le golpe censé guérir tous les maux est une spécialité sud-américaine…
Les années Mitterrand et Craven d’Éric Neuhoff

En 1984, Éric Neuhoff prend le chemin des fugues. Il n’a pas encore 30 ans. Son premier roman, Précaution d’usage, a été salué par quelques glorieux aînés. Il écrit des articles chics et rapides dans des journaux qui, aujourd’hui, n’existent plus.
Un lointain cousin des « hussards »
Il fait déjà figure de lointain cousin des « hussards », Blondin, Nimier et Jacques Laurent. Il est temps pour lui, désormais, de n’en faire qu’à sa fête mélancolique. C’est ce que lui demande son éditrice, Marie-Hélène Orban, « de sa voix de petite fille ». Un Triomphe est donc le livre d’un jeune homme en liberté qui a « appris à lire dans le Club des Cinq, dans Bob Morane, dans San Antonio, dans SAS » et qui, avec le Drieu La Rochelle d’État civil, pense que « dès le moment où la femme entra dans ma vie et occupa mon imagination, tout fut bouleversé ».[access capability= »lire_inedits »]
Délaissant les genres qui enferment, Un Triomphe est une balade dans les années 1970 et dans le début des années 1980. Que faire ? se demande Neuhoff. Commencer par un éclat de rire triste, la gorge serrée, ce serait bien. Une princesse d’opérette, à la silhouette de papier glacé, vient de se marier. Et ce n’est pas avec lui. Caroline de Monaco, définitivement, est une adorable peste intouchable. Il faut tourner la page, préférer les actrices aux filles de Grace Kelly, leur écrire des lettres d’amour : « Vous êtes une idée, Isabelle, celle qu’on se fait du cinéma. Ne fichez pas les pieds dans l’existence, elle vous boufferait. Avec vous, on revient du côté des mythes et des héros. Vous êtes la preuve que les films et les femmes (c’est pareil) ne sont pas morts. Vous avez le tragique et la gaieté, la folie et la douleur, vous êtes le temps perdu, le travail, l’exil de soi, l’amour incompris (mettez des majuscules partout où vous voulez). » Adjani n’a pas répondu : elle a invité le jeune homme à dîner, oubliant toutefois de déposer sur ses lèvres un baiser de cinéma. Que faire, encore ? La voix d’Anna Karina, en écho, répond : « J’sais pas quoi faire ! » Neuhoff se souvient de l’adolescent provincial qu’il était, qu’il ne sera plus jamais : « Il avait besoin d’une ville assez grande pour lui, une ville livrée aux ombres, où il mangerait des Big Mac sous les néons, hélerait des taxis à l’aube, une ville où il pourrait s’oublier. Enfin. »
Être Bernard Frank ou rien
Que faire, finalement, en buvant des gin-tonics et en fumant des Craven A ? Ricaner de François Mitterrand et des socialistes qui découvrent le pouvoir. Se moquer des mœurs domestiques de Philippe Sollers. Visiter Michel Déon en Irlande. Partir en ouiquende à Trouville, dans les bras d’une brune demoiselle, et se dire que c’est l’unique remède acceptable aux tristes temps où nous vivons. Se rêver dans la peau d’un écrivain de la collaboration, Sachs par exemple, parce que l’œuvre est là, malgré tout, et la mort au rendez-vous. Être Bernard Frank ou rien. Dans les plus belles pages d’Un Triomphe, Neuhoff se rappelle de sa découverte des Rats, la Côte d’Azur, la dolce vita, l’ivresse triste au cœur, les mots comme des fusées dans une nuit d’été. Être Frank ou rien, c’est-à-dire écrire, l’air de rien, des petits chefs-d’œuvre dilettantes pour ne pas travailler, pour retrouver le temps. Un beau programme…
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Forever young!
Le BIT (Bureau International du Travail) constate une forte hausse du chômage de longue durée sur la tranche des 15-24 ans. Depuis mars 2009, le nombre de jeunes se trouvant sans emploi depuis plus d’un an a augmenté de près de 45%. Ils sont tout de même 113 000, soit un jeune chômeur sur cinq. Le BIT, organisme indépendant -contrairement à Pole Emploi- peut se permettre quelques remarques d’ordre politique qui sont pourtant tellement évidentes qu’on avait fini par les oublier ; c’est le fameux syndrome de La Lettre volée d’Edgar Poe. Le BIT déclare donc : « Compte tenu de la gravité de la situation, on peut craindre que, si rien n’est fait rapidement, la situation de la jeunesse ne devienne insoutenable dans certains pays, constituant une menace pour la cohésion sociale« . Et, quelle surprise, la France est dans le peloton de tête de ces «certains pays».
Evidemment, dans le même temps, on s’apprête lentement mais sûrement à faire travailler les seniors jusqu’à soixante-dix piges et mèche. Comme ça ils pourront aider leurs enfants chomdus de trente ans. Vous me direz, c’est déjà comme ça, sauf que les vieux peuvent le faire maintenant avec leur retraite mais que là, ils seront obligés de conduire des bus ou de vous livrer vos courses à domicile. Évidemment aussi, une armée d’experts libéraux, ceux qui nous feront mourir guéris dans une planète en ruine, viendront dresser des graphiques pour nous expliquer que le chômage des jeunes et le maintien à tout prix du troisième âge au taf, ça n’a pas de lien de cause à effet. On écoutera bien la leçon au milieu des émeutes et on n’essaiera pas de tousser à cause de la fumée des cocktails Molotov. Et ils seront très convaincants, ces experts. Comme d’habitude. Et on se souviendra, peut-être un peu trop tard, qu’ils nous font penser au fou selon Chesterton: celui qui a tout perdu, sauf la raison.
San-Antonio, commissaire du peuple

Les gens prétendent qu’ils relisent Proust chaque été. Ils mentent, évidemment : sinon, quand je fouille dans la bibliothèque des gens qui m’invitent, je trouverais La Prisonnière avec des taches d’huile solaire. Ce qui n’est jamais arrivé. En fait, l’été, les gens lisent du polar, du thriller, du roman noir. Les libraires ne s’y trompent pas, les éditeurs non plus : un livre sur quatre vendu en France est un polar. Et pourtant, ce n’est plus une littérature populaire même si les auteurs français de polar, qui sont tous de gauche, aimeraient vous faire croire le contraire. C’est une littérature de gens qui ont les moyens d’aller en vacances et qui ont des pudeurs d’encanaillés puisqu’ils prétendent qu’ils relisent Proust. Sans mettre d’huile solaire, en plus.[access capability= »lire_inedits »]
Un livre sur quatre, c’est quand même énorme. Si on retire des quatre les livres de jardinage, les témoignages de stars et les documents, on arrive au résultat suivant : un roman sur deux acheté est un roman policier. Alors, forcément, il y a du déchet. Du déchet et des monomanies. Le polar scandinave se portait déjà très bien avant Millénium, mais depuis, c’est de la folie. J’ai pensé à changer mon nom en Baldur Leroysön, à un moment. Et raconter sur des milliers de pages comment un policier désabusé de la banlieue d’Oslo cherche qui a tué la social-démocratie. L’enquête aurait promis d’être longue. J’aurais pu facilement faire trois volumes, comme Millénium. Dans un polar scandinave, il faut cinquante pages, au bas mot, pour monter dans sa voiture, démarrer et rouler sous un temps pourri dans des pays luthériens où l’alcool est à des prix prohibitifs. Derrick, à côté, c’est l’inspecteur Harry. Bon, une première certitude : même s’il ne l’aimait pas, ce n’est pas le communisme qui a tué la social-démocratie. On ne va pas tout lui mettre sur le dos, quand même, au communisme. En plus, il a un alibi d’enfer : quand la social-démocratie a été tuée, le communisme était déjà mort.
San-Antonio : du polar garanti sans fjord ni saumon fumé
Profitez donc de ce qui reste de l’été pour vous désintoxiquer et revenir aux sources. Lisez San-Antonio, par exemple, c’est garanti sans fjord ni saumon fumé. La collection Bouquins réédite tout San-Antonio. Pour l’instant, quatre volumes sont parus. Ils correspondent aux enquêtes de la fin des années 1940 jusqu’au début des sixties (San-Antonio est né en 1949 à Lyon avec un roman qui s’appelle Réglez-lui son compte et qui ne parle pourtant pas du peuple grec.)
Il n’y a pas plus français que San-Antonio : il a de l’esprit, il plaît aux femmes, il aime la bonne bouffe et les causes perdues. C’est d’Artagnan qui jacterait argomuche et aurait remplacé sa rapière par un soufflant. En plus, ce qui n’est pas fréquent dans la littérature populaire, San-Antonio a inventé un style. Une langue bien à lui. Comme Céline. Ou Proust, tiens. C’est un personnage tellement envahissant qu’il a failli tuer son créateur, Frédéric Dard. Dard a tenté de se suicider en 1965, quand il s’est aperçu que les gens ne connaissaient plus que San-Antonio et ignoraient ses autres romans. Ce n’est pas le genre de chose qui arriverait à des Scandinaves, ça. Ou alors ils se suicideraient d’ennui en relisant leurs épreuves.
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Brighton ou rien !

Qu’on se le dise et redise, cette année, les hommes politiques anglais ne prendront pas de vacances, ou à peine. Dûment briefés, leurs staffs ont relayé l’info à qui veut l’entendre : aucun ne quittera le royaume. Echaudés par le scandale involontairement provoqué par Michelle Obama, qui avait abandonné mari et récession pour aller bronzer à Marbella avec l’éternellement jeune Juan Carlos, ils font profil bas, très bas. Il est loin le temps où les Blair s’invitaient chez Silvio Berlusconi pour faire des bœufs avec leur copain Cliff Richard.
Parfaite incarnation d’un Anglais moyen imaginaire, on les voit errer sur les landes du Devon ou des Cornouailles, les seuls endroits au monde suffisamment modestes sans être trop affreux pour y traîner la famille, la mine lugubre de circonstance, l’oreille basse et probablement le chien des Baskerville aux fesses. Gare à l’insouciante décontraction, à la joie de vivre estivale, au repos bien mérité. Le pays va mal, les temps sont durs, et chacun sait que la sémiotique vacancière, très en vogue à Westminster, va décortiquer implacablement l’emploi du temps du dernier des secrétaires d’Etat ou aspirant à la présidence du Labour.
Dis-moi où tu pars, je te dirai comment sera ta courbe dans les sondages de rentrée. Si tu veux la voir plonger après la photo volée qui tue, va en Toscane. Tous les patrons de la BBC y sont en ce moment, avec les écrivains et les sociaux-démocrates. Autre mauvaise idée, les vacances en Amérique. On se souvient de Gordon Brown arpentant Martha’s Vineyard, l’air hargneux, attendant une hypothétique invitation à dîner d’Hillary Clinton qui n’est jamais venue. Tu seras aussi prié d’éviter la Grèce, même si tu es, comme la plupart des Britanniques, un authentique fan de la comédie musicale Mamma mia, dont on rappellera qu’elle se situe non pas en Suède, comme pourrait le laisser penser sa BO 100% Abba, mais dans les Cyclades, où il te sera impossible d’éviter un des Murdoch ou un oligarque: mauvaise pioche, donc…
Merkel au Tyrol : l’exemple à suivre
En clair, tu devrais plutôt prendre modèle sur Angela Merkel qui, en bonne Ossie, escalade le Tyrol avec du matériel datant d’avant la chute du Mur. Ou sur le roi des Belges cramponné à Laeken de peur que le pays n’explose s’il passe une frontière. Voire sur notre président qui part barboter dans la famille.
Bref, il s’agit de faire comme si l’Anglais moyen ignorait que dans le vrai monde, celui de ceux qui ont réussi, s’offre en général de bonnes vacances dans une hacienda du grand Sud. Comme si l’Anglais moyen ne traversait pas lui-même la Manche à la première occasion pour trouver ce dont rêve tout un pays onze mois sur douze, le soleil.
Rebaptisée «Marie-Antoinette» par la presse de son pays, Michelle Obama semble tout à fait hermétique à ces hypocrisies. On aimerait que les collègues brits de son époux lui empruntent un tout petit peu de son audace, quitte à oublier pour une fois l’hypocrisie qui leur tient office de seconde peau. Quant à la Première, elle restera donc désespérément pâle, cet été.
Adieu l’Arlette, j’t’aimais pas bien…

Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.
Silence radio des professionnels de la protestation
Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».
Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.
Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues
Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…
Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.
À la manœuvre dans l’affaire Enderlin
J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.
Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.
Pour Pflimlin, un choix cornélien
Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.
Django, cent ans dans les nuages

À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.
Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]
Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure
Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.
Django et ses héritiers
C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.
Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !
Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.
Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.
« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître
Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.
Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]



