Qu’on se le dise et redise, cette année, les hommes politiques anglais ne prendront pas de vacances, ou à peine. Dûment briefés, leurs staffs ont relayé l’info à qui veut l’entendre : aucun ne quittera le royaume. Echaudés par le scandale involontairement provoqué par Michelle Obama, qui avait abandonné mari et récession pour aller bronzer à Marbella avec l’éternellement jeune Juan Carlos, ils font profil bas, très bas. Il est loin le temps où les Blair s’invitaient chez Silvio Berlusconi pour faire des bœufs avec leur copain Cliff Richard.

Parfaite incarnation d’un Anglais moyen imaginaire, on les voit errer sur les landes du Devon ou des Cornouailles, les seuls endroits au monde suffisamment modestes sans être trop affreux pour y traîner la famille, la mine lugubre de circonstance, l’oreille basse et probablement le chien des Baskerville aux fesses. Gare à l’insouciante décontraction, à la joie de vivre estivale, au repos bien mérité. Le pays va mal, les temps sont durs, et chacun sait que la sémiotique vacancière, très en vogue à Westminster, va décortiquer implacablement l’emploi du temps du dernier des secrétaires d’Etat ou aspirant à la présidence du Labour.

Dis-moi où tu pars, je te dirai comment sera ta courbe dans les sondages de rentrée. Si tu veux la voir plonger après la photo volée qui tue, va en Toscane. Tous les patrons de la BBC y sont en ce moment, avec les écrivains et les sociaux-démocrates. Autre mauvaise idée, les vacances en Amérique. On se souvient de Gordon Brown arpentant Martha’s Vineyard, l’air hargneux, attendant une hypothétique invitation à dîner d’Hillary Clinton qui n’est jamais venue. Tu seras aussi prié d’éviter la Grèce, même si tu es, comme la plupart des Britanniques, un authentique fan de la comédie musicale Mamma mia, dont on rappellera qu’elle se situe non pas en Suède, comme pourrait le laisser penser sa BO 100% Abba, mais dans les Cyclades, où il te sera impossible d’éviter un des Murdoch ou un oligarque: mauvaise pioche, donc…

Merkel au Tyrol : l’exemple à suivre

En clair, tu devrais plutôt prendre modèle sur Angela Merkel qui, en bonne Ossie, escalade le Tyrol avec du matériel datant d’avant la chute du Mur. Ou sur le roi des Belges cramponné à Laeken de peur que le pays n’explose s’il passe une frontière. Voire sur notre président qui part barboter dans la famille.

Bref, il s’agit de faire comme si l’Anglais moyen ignorait que dans le vrai monde, celui de ceux qui ont réussi, s’offre en général de bonnes vacances dans une hacienda du grand Sud. Comme si l’Anglais moyen ne traversait pas lui-même la Manche à la première occasion pour trouver ce dont rêve tout un pays onze mois sur douze, le soleil.

Rebaptisée «Marie-Antoinette» par la presse de son pays, Michelle Obama semble tout à fait hermétique à ces hypocrisies. On aimerait que les collègues brits de son époux lui empruntent un tout petit peu de son audace, quitte à oublier pour une fois l’hypocrisie qui leur tient office de seconde peau. Quant à la Première, elle restera donc désespérément pâle, cet été.

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