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Disparition inquiétante: Raphaël Arnault ne répond plus

Le député lfiste, dont des assistants seraient impliqués dans la mort de Quentin Deranque, ne se présente plus à l’Assemblée. Mal à l’aise, son parti affirme qu’il reviendra et qu’il ne compte absolument pas démissionner. Reste une question à laquelle il n’a toujours pas répondu à la presse: savait-il que ses proches étaient présents à Lyon, lors de la bagarre mortelle avec le militant nationaliste ?


Notre contributeur F. Magellan vient de publier « Le sport à l’épreuve des idéologies: Des chemises noires aux brassards arc-en-ciel » (FYP éditions) que nous vous recommandonsLa rédaction.

Il avait été la vedette des législatives de 2024, auréolé de ses trois fiches S, et la révélation de la XVIIe législature. Pourtant, depuis le drame du 12 février 2026 et la mort de Quentin Deranque, Raphaël Arnault a disparu des radars. Filmé pour la dernière fois à l’Assemblée nationale quelques heures après l’événement, le député du Vaucluse a publié un dernier tweet légèrement hypocrite (« J’apprends ce décès avec horreur et dégoût. Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue »), puis a disparu pendant près de deux mois.

Raphaël ? Absent !

Depuis le 12 février, Raphaël Arnault ne répond plus aux SMS des journalistes, ne se rend plus dans l’hémicycle ni en commission. Le 26 février, il faisait encore déléguer ses votes. Puis plus rien. Silenzio stampa. Suffisant pour inquiéter la rédaction de Quotidien hier soir.

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L’histoire de France a offert quelques grandes disparitions. Après la fusillade du Champ-de-Mars en juillet 1791, et alors qu’un mandat d’arrêt court contre lui, Jean-Paul Marat prend l’habitude de se cacher dans les égouts de Paris, ce qui n’arrange rien à ses problèmes de peau. En pleine Fronde, Mazarin doit s’exiler à deux reprises, d’abord à Saint-Germain-en-Laye, puis à Brühl, en Allemagne. Plus proche de nous, Jacques Vergès disparut entre 1970 et 1978, et est peut-être passé alors chez Pol Pot.

Etiam mortuus redeo

Sur les réseaux, ses collègues viennent à la rescousse. Antoine Léaument interpelle Quotidien : « Vous vous rendez compte que même Frontières n’a pas fait ça comme sujet ? Vous êtes au courant que, pendant les municipales, il y avait trois semaines de pause parlementaire et que, donc, il n’était pas plus absent que n’importe lequel d’entre nous ? Vous devriez avoir honte de ce que vous faites. » Comme si l’Assemblée nationale avait été complètement fermée pendant deux mois…

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Et soudain, il revint ! Au petit matin du 1er avril, Raphaël Arnault redonna signe de vie. Répondant dans un entretien à Blast, média proche de l’extrême gauche, le cofondateur de la Jeune Garde s’explique sur son long silence : « Je n’avais pas le sentiment que prendre la parole dans ce moment aurait été très opportun pour apaiser les choses », et exprime sa « peur affreuse que la violence s’embrase dans le pays ». Emu, il ne prononce pas une fois le nom de Quentin Deranque pendant une heure d’interview.


Tour Montparnasse: le projet secret du nouveau maire


La Tour Montparnasse, le deuxième plus haut édifice parisien avec ses 209m d’altitude, a fermé ses portes mardi 31 mars au soir en raison de très importants travaux de rénovation.

Confiés au célèbre architecte Renzo Piano, père du Centre Pompidou, prix Pritzker (le Nobel d’architecture) et sénateur à vie dans son pays, ils devraient durer au mieux quatre ans.

Ses 600 000 visiteurs annuels, soit une moyenne de plus de 1500 par jour, seront privés d’une vue incomparable sur 360°, depuis son toit où a été aménagé un observatoire, sur la capitale. De cette terrasse située au-dessus de son 59ème et dernier étage, on peut même voir le décollage des avions de l’aéroport d’Orly, distant de 13,5 km, par temps clair.

En se jetant de là, trois individus ont mis fin à leurs jours en ses 52 ans d’existence du bâtiment.

Au cours de la décennie écoulée, sa fréquentation a chuté de moitié. Dans les années 2010, ils étaient 1 200 000 à visiter son sommet.

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Un bar restaurant panoramique occupe son 56ème étage. Il est surtout prisé des touristes et très peu des Parisiens. Depuis son inauguration en 1973, elle est en effet la mal-aimée de ces derniers qui la considèrent comme une grosse verrue au milieu du visage. Conséquence, le centre commercial situé à ses pieds, qui ressemble à un sinistre bunker, est un cuisant échec. Toutes les boutiques, en particulier celles des grandes marques qui auraient dû attirer le chaland, l’ont quitté…

C’est André Malraux, ministre de la Culture d’alors, qui délivra le permis de construire en 1968. L’année suivante, à peine élu, le président Georges Pompidou donne l’ordre de commencer sa construction, faisant fi d’une très vive contestation. Ce qui ne l’empêchera pas de persévérer, en 1971, faisant démarrer la construction du centre qui porte aujourd’hui son nom.  Son décès à 62 ans, en 1974, a sûrement sauvé Paris d’une défiguration irréversible. Se voulant grand modernisateur, Pompidou avait l’ambition, en outre, de strier la capitale d’autoroutes qui auraient relié les gares Saint-Lazare, de l’Est et Montparnasse. Il voulait également recouvrir le canal Saint Martin pour en faire une autre. Il déménagea les Halles, dites le ventre de Paris, à Rungis et ouvrit les voies sur berges à la circulation des automobiles, aujourd’hui fermées.

Tour The Link à Puteaux, dans l’ouest parisien. DR.

A son inauguration, la Tour Montparnasse était la plus haute d’Europe, titre qu’elle perdra en 1990 au profit de la Messeturm à Francfort. Puis en 2011, en France, elle sera détrônée par la tour First à la Défense qui la dépassera de 32m et elle-même reléguée en 2011 au 2ème rang après l’inauguration de la tour Link de Total-énergie qui la domine de 10 m, culminant grâce à une flèche à 241 m.

Aujourd’hui, la tour Montparnasse n’est plus que la 25ème la plus élevée d’Europe et, à l’échelle mondiale, elle fait figure de naine surtout par rapport à la géante planétaire, la Burj Kalifa et ses 828 m, à Dubaï.

Elle pèse 130 000 tonnes, repose sur 56 piliers de 70m et 3,5 m de diamètre enfoncés dans le sous-sol très friable de cette partie de Paris. Elle offre 100 000 m² plancher, soit 1 700 m² par étage. Ce qui lui permet d’héberger entre 12 000 à 13 000 bureaux desservis par 25 ascenseurs dont le plus rapide se déplace à 25m par seconde, soit près 20km/h. Ses façades, formées d’un vitrage sombre, ont une superficie totale de 40 000 m² et comptent 7200 fenêtres dont aucune n’est ouvrante.

Les travaux de rénovation visent à la rendre transparente, à lui donner une apparence de légèreté, à rendre plus convivial le centre commercial en y créant des façades vitrées, en plantant 151 arbres, et en installant des bistrots avec de vastes terrasses. Ils devraient commencer en septembre après un période de préparation. Mais rien n’est moins sûr depuis l’élection d’Emmanuel Grégoire à la tête de Paris.

D’après une source proche de ce dernier, digne de foi, le nouveau maire a exhumé un vieux projet porté à son époque par son prédécesseur, Betrand Delanoë (2001-2014) auprès duquel, étant membre de son cabinet, il a fait ses premières armes politiques : raser la tour pour la remplacer par une forêt urbaine et par un imposant aquarium. Sa démolition avait été au programme de Bernard Debré quand en 2008, il avait été candidat à maire, idem avec Nathalie KoscinKo-Morizet, en 2014, quand elle-même avait fait acte de candidature. Par ailleurs, rappelons que lorsque Emmanuel Grégoire était l’adjoint d’Anne Hidalgo, il a été l’homme de la piétonisation des berges de Seine.

Déconstruire une tour de cette hauteur en plein milieu urbain est tout à fait possible, a expliqué Lucien Demonteur à Causeur, le directeur de la société spécialisée dans cette activité de BTP, Rasetout.Co. de renommée mondiale.

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 « En gros, a-t-il dit, il existe deux techniques, le foudroyage qui consiste à miner les bases de l’édifice et des étages intermédiaires névralgiques, et l’écrêtage, qui lui repose dans la démolition mécanique étage par étage. Ces deux techniques aujourd’hui sont très bien maîtrisées. Les risques sont nuls. Concernant la Tour Montparnasse, on aurait recours aux deux. L’écrêtage pour la réduire jusqu’à 20 étages puis le foudroyage qui lui serait pratiqué de nuit. Les vingt derniers étages survivants seraient bâchés pour contenir la poussière. Au petit matin, les habitants du quartier découvriraient une place nette. Dans la nuit, les insomniaques n’auront entendu qu’une sourde rumeur de quelques secondes ».

Les raisons qui poussent Emmanuel Grégoire à raser à la tour ne sont pas seulement esthétiques. Elle a été classée par un site américain, Virtual tourism, comme le second édifice le plus laid du monde après l’hôtel de ville de Boston. La raison est essentiellement écologique. Elle s’inscrit dans la politique contre le réchauffement climatique qu’il entend mener « avec la plus grande fermeté car il ne veut en la matière se contenter de parole », a confié la source. Son système d’aération et de climatisation sont de gros pulvérisateurs de CO2. La raison est aussi économique. L’agglomération regorge de bureaux inoccupés. A la Défense 6 millions de mètres carrés sont vides.

Le coût de la démolition ne serait en rien prohibitif. Il avait été estimé par Delanoë à un milliard d’euros avec indemnisation des 300 propriétaires. Le coût de la rénovation serait au minimun de 600 millions. Or on sait qu’il y a toujours des dépassements conséquents car il n’y a jamais rénovation sans surprises.

D’après la source, le nouveau maire a eu des contacts très discrets indirects avec ses potentielles oppositions pendant la campagne. Elles se seraient montrées très favorables au projet, y compris Rachi Dati. Dès lors, son intention serait de le soumettre à référendum avant la fin de l’année pour ne pas interférer avec la présidentielle. Un premier sondage secret indique que les Parisiens ainsi que les habitants de la dite petite couronne ne seraient pas hostiles, voire même très favorables.

Le projet, outre la plantation d’une forêt aux multiples essences pour lui donner un côté amazonien, consisterait aussi à donner à la façade la gare Montparnasse un aspect haussmannien. Mais le point d’attraction serait, au milieu de la forêt qui occuperait toute l’esplanade devant la gare, un gigantesque aquarium, à moitié en sous-sol entouré d’une galerie marchande qui relierait aussi les différentes lignes de métro, et à moitié au-dessus du sol. Il hébergerait toutes les espèces de poissons peuplant l’Atlantique y compris ceux d’avril.

Le dindon de la Perse?

L’affrontement entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais cessé depuis 1979. L’offensive américaine de 2026 n’est que le dernier épisode d’un conflit où chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long.


« Je ne vais pas commencer une guerre. Je vais mettre fin à des guerres. » Donald Trump s’est clairement engagé au cours la campagne électorale de 2024 à ne pas impliquer son pays dans un nouveau conflit. En attaquant l’Iran, le 28 février, il semble avoir trahi sa promesse. Certes Trump n’est pas le premier président américain à se faire élire en pacifiste avant de gouverner en belliciste (son modèle, McKinley en est un exemple flagrant) mais son électorat, affecté par l’inflation provoquée par le conflit, pourrait ne pas le lui pardonner. À sa décharge, il peut soutenir que son offensive contre le régime des mollahs n’est que le prolongement d’une guerre qui a commencé en 1979. Cette guerre est passée par des phases plus froides ou plus chaudes. Aujourd’hui, sa température a atteint son niveau le plus élevé. Est-ce le début de la fin ou simplement une nouvelle phase transitoire ?

Résistance à l’impérialisme occidental

Lors de la chute du régime du shah en 1979, les États-Unis ont perdu un allié sur lequel ils comptaient, depuis dix ans, pour stabiliser le Moyen-Orient. Cette complicité a nourri chez les révolutionnaires iraniens le mythe de la « main étrangère » – britannique, puis américaine – qui aurait manipulé et exploité l’Iran depuis des décennies. Cette main aurait été seule responsable du coup d’État de 1953 qui a permis au shah de consolider son pouvoir. Ainsi, le futur guide suprême, l’ayatollah Khomeini, était obsédé par le principe d’esteqlal ou « indépendance ». Pour lui, celle de l’Iran était menacée en permanence par les États-Unis et l’impérialisme occidental contre lequel il fallait organiser la résistance. Il partageait les buts de ses corévolutionnaires de gauche, mais les exprimait dans un langage religieux. La prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran lui a permis d’évincer ses rivaux laïques, d’imposer le régime des mollahs et de réunir le pays autour d’une stratégie antiaméricaine devenue la pièce maîtresse de sa politique étrangère. Pour les Américains, l’Iran était désormais une force déstabilisatrice dans une région vitale pour l’économie mondiale.

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Les épisodes de cet affrontement sont connus : la crise des otages et l’imposition de sanctions contre l’Iran ; le soutien américain à Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ; la campagne d’attentats contre les Américains au Liban et ailleurs par les proxys de l’Iran dans les années 1980 et 1990 ; la mort de plus de 600 militaires américains tués en Irak, entre 2003 et 2011, par des milices chiites armées par l’Iran… jusqu’à des tentatives – déjouées – d’assassiner Trump en 2024 et la guerre des Douze Jours en 2025. L’Iran espérait-il vaincre les États-Unis ? En 2015 à New York, Henry Kissinger a rencontré de manière informelle Ali Larijani, le même dirigeant influent qui vient d’être éliminé le 17 mars. Larijani a expliqué que son objectif stratégique était d’épuiser les Américains pour que, las, ils quittent le Moyen-Orient et laissent l’Iran en paix.

Effet d’usure

Afin d’atteindre cet objectif, les Iraniens comptent depuis toujours sur un effet d’usure : tôt ou tard, harcelés de toutes parts, les Américains décideront que le jeu ne vaut plus la chandelle et renonceront à s’immiscer dans les affaires de la région. À cette fin et en attendant l’acquisition de la menace suprême, la bombe nucléaire, l’Iran a adopté des méthodes de guerre asymétriques, particulièrement le terrorisme et la guérilla. Dans l’espoir d’affaiblir durablement l’Iran, les États-Unis ont essentiellement répondu par des méthodes plus classiques : troupes au sol, frappes aériennes et bombardements navals. Toutefois, en même temps, ils ont développé, en coopération avec Israël, leur propre réponse asymétrique conjuguant pression économique, guerre cyber et opérations secrètes.

Imaginaires antagonistes

Aujourd’hui, nous assistons à une épreuve de force non seulement entre deux nations, mais entre deux stratégies totalement opposées, portées par des imaginaires antagonistes. Du côté iranien, le régime mise beaucoup sur le culte du martyr qui structure la mentalité chiite depuis le massacre de Hussein, petit-fils de Mahomet et prétendant au califat, ainsi que de son entourage, en 680. Ce culte a joué un rôle central dans les sacrifices de soldats iraniens dans la guerre contre l’Irak. Il a inspiré les campagnes d’attentats-suicides contre des Américains, Français et Israéliens. Aujourd’hui, il est invoqué pour glorifier les dirigeants du régime qui viennent d’être éliminés, comme Ali Khamenei. L’idée du sacrifice de soi est parfaitement adaptée à la stratégie de guerre asymétrique. Le régime iranien croit avoir un seuil de tolérance à la douleur beaucoup plus élevé que celui des Américains. Il peut donc se laisser pulvériser presque indéfiniment (au moins tant que la majorité antirégime qui en paie le prix reste plus au moins docile), pendant qu’il utilise drones, missiles et mines à bas coût pour bloquer le détroit d’Ormuz et bombarder l’infrastructure des pays pétroliers du Golfe. C’est ainsi que, par la force des faibles, l’Iran est en train de provoquer un nouveau choc pétrolier pire que celui de 1973.

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Du côté américain, Trump semble appliquer ce qu’on appelle « la théorie du fou », approche développée par des théoriciens du conflit nucléaire, adaptée par Henry Kissinger et adoptée – avec un succès mitigé – par Richard Nixon dans ses relations avec l’Union soviétique et le Vietnam du Nord. Selon cette théorie, un dirigeant qui paraît capable de faire n’importe quoi peut déstabiliser son adversaire et le faire reculer. Selon certains, Trump a utilisé cette approche avec succès dans ses relations avec l’UE et l’OTAN, et avec moins de bonheur avec la Chine et la Corée du Nord, ce qui suggère que cela marche surtout avec des alliés. Aujourd’hui, il fait preuve d’imprévisibilité dans ses déclarations sur les objectifs, la durée et les tactiques de la guerre. La Maison-Blanche parle d’« ambiguïté stratégique délibérée ». Cette approche doit s’accompagner d’une cohérence sous-jacente dans les actions, cohérence fournie par Israël dans sa maîtrise du renseignement et son rôle dans l’élimination des chefs du régime des mollahs.

Malheureusement, à ces deux approches correspondent maintenant deux guerres. Celle que livrent Trump le « fou » et un Netanyahou beaucoup moins fou pour neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et, si possible, faire tomber le régime. Et celle que l’Iran a déclarée à l’économie globale en étranglant les sources d’approvisionnement en énergie. Pour mettre fin à cette deuxième guerre, il faudra, coûte que coûte, mettre fin définitivement à la première.

Dans les coulisses des best-sellers français: ce que disent vraiment les chiffres

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En 2025‑2026, les ventes françaises se concentrent sur l’intime et l’émotionnel. La fiction ambitieuse recule, et seuls quelques auteurs franchissent encore les frontières pour rappeler que la littérature peut dépasser le miroir du quotidien.


La fiction recule en France. En 2025‑2026, les chiffres de ventes dessinent un portrait paradoxal : Marie NDiaye se hisse sur la shortlist du Booker Prize, traduite et saluée hors de nos frontières, tandis que le marché national s’agite autour de récits domestiques et émotionnellement calibrés. Les auteurs qui dominent vraiment les ventes – Virginie Grimaldi, Mélissa Da Costa, Morgane Moncomble, David Foenkinos – ne traversent presque jamais l’Hexagone. Guillaume Musso et Agnès Martin‑Lugand, eux, s’imposent à l’international grâce à des intrigues universelles et lisibles, vendus à des millions d’exemplaires, mais ils n’occupent pas le cœur de l’attention nationale.

Têtes de gondole

Dans ce paysage, certains auteurs incarnent encore une fiction ambitieuse, structurée, qui explore des enjeux sociaux et politiques, mais ils restent rares, isolés. Leur existence rappelle que la littérature française peut encore dépasser le miroir domestique, mais ces voix sont marginales face au flux dominant.

Le Top 10 national ne raconte pas le monde, il reflète l’intérieur. Grimaldi distribue ruptures et résilience comme des kleenex ; Da Costa compose des micro-univers sentimentaux ; Moncomble polit l’intime jusqu’à ce qu’il devienne miroir du lecteur ; Foenkinos tisse des intrigues accessoires où l’émotion prime sur la structure. Ensemble, ces auteurs cumulent plus de huit millions d’exemplaires vendus, concentrant l’essentiel de la consommation et écrasant la diversité du reste du marché.

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La concentration est nette : quelques têtes de gondole absorbent l’essentiel de la consommation tandis que l’édition, silencieuse, réorganise ses choix. Le format poche joue un rôle central : il impose lisibilité, accessibilité, circulation rapide. Les textes plus complexes, expérimentaux ou hétérodoxes y ont peu de chances. L’autofiction omniprésente illustre cette tendance : diluée, elle consolide l’intime sans créer de trajectoires inédites.

Le roman noir français : comme tous les autres !

Le contraste avec l’étranger est révélateur. Les polars et thrillers – Franck Thilliez, Michel Bussi – se vendent et se traduisent grâce à des structures claires et universelles. Les succès domestiques français, eux, restent largement invisibles hors de France. Certains auteurs continuent d’être lus au‑delà de nos frontières grâce à l’universalité de leur intrigue ou à la force de leur voix narrative, mais ces succès exportables se comptent sur les doigts d’une main.

Le recul de la fiction classique se lit partout : elle se replie sur l’intime, sur l’identification immédiate, perd sa capacité à structurer des récits complexes, à construire des univers, à confronter le lecteur. La littérature française dominante ne traverse plus le monde : elle confirme, reproduit, stabilise l’intérieur.

L’invention s’efface derrière le familier, le conflit narratif cède au miroir émotionnel, et la fiction ambitieuse (Patrice Jean, Patrick Modiano, Pascal Quignard, par exemple) survit comme un phare discret dans l’océan des best-sellers : visible, nécessaire, mais bien trop isolée pour imposer sa lumière.

À Fresnes, la casse du troisième tour

Ensauvagement. La mairie de la commune de 30000 âmes située dans le Val-de-Marne a été saccagée par les voyous après le résultat de l’élection municipale


Bien connue pour sa prison, la bonne ville de Fresnes (Val-de- Marne) l’est désormais pour la vingtaine de citoyens-sauvageons dont on espère bien qu’ils auront au plus vite l’honneur et l’avantage d’y effectuer un séjour, si possible de longue durée.

Ces dynamiques jeunes gens sont mécontents du résultat des élections municipales dans leur cité et le font donc savoir. À leur manière. Idiote, violente, haineuse. Ils ont attaqué la mairie, la maison commune. Carrément.

Il faut dire que, à Fresnes, le résultat des urnes a effectivement de quoi contrarier un petit milieu bien installé dans ses habitudes et ses pratiques lucratives. Lucratives et prohibées par les lois de la République, on s’en doute.

Après quatre-vingt-deux années de ronronnante gouvernance de gauche, voilà bien que ces urnes ont accouché d’un maire LR[1] qui, avec une audace sans pareille, n’a pas craint d’afficher et d’annoncer urbi et orbi ses très mauvaises intentions : renforcement de la sécurité, installation d’un réseau de caméras de surveillance, montée en puissance également de la police municipale. Bref il s’agit de s’efforcer de faire en sorte que la population se sente enfin protégée et puisse retrouver, dans son quotidien, une once de sérénité.

En d’autres termes, le nouveau maire n’a pas craint de donner dans la provocation. Non mais, où va-t-on ! se sont insurgés ces jeunes citoyens devant un tel déploiement de mauvaises manières. Voudrait-on faire de la ville de Fresnes tout entière une annexe de la prison ? Ou un ilot de répression fasciste généralisée, pour dire les choses telles qu’elles sont ? Alors, ces lascars n’ont fait ni une ni deux et sont entrés en Résistance, comme on dit dans ces cas-là. Avec passage à l’acte immédiat. Attaque de la mairie, saccage du premier étage, bris de vitrines, y compris de commerces voisins. Tout vite fait bien fait histoire de montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Et que la vie de la nouvelle municipalité sera tout ce qu’on voudra sauf un long fleuve tranquille.

A ne pas manquer Causeur #144 : Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

Bien entendu, devant une telle situation le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont fait les gros yeux. Probablement, les casseurs de Fresnes en ont-ils été terrifiés au point de s’oublier dans leur froc. On peut rêver[2].

Le message adressé au maire nouvellement élu est des plus clairs. Sa sécurité, ses policiers municipaux, ses caméras, pas de ça chez nous ! Tout est dans le « chez nous », vous l’aurez compris. « Chez moi, ils sont chez eux », disait Mitterrand évoquant les nouveaux venus débarqués en France d’horizons lointains. Comment s’étonner que, à Fresnes comme ailleurs, certains l’aient pris au mot ?

Ils se seront dit que les mauvaises intentions du maire élu seraient sans doute très préjudiciables au bon fonctionnement de leur petit commerce de farces et attrapes en tout genre, ce négoce de moins en moins à la sauvette qui prospère certes à Fresnes mais désormais à peu près partout en France. Oser déranger, entraver l’initiative économique de sa jeunesse locale, voilà ce que le nouveau maire se permet ! A-t-on idée ? Ne devrait-il pas plutôt applaudir devant le dynamisme entrepreneurial dont ces jeunes font preuve, justement ? Et transformer la mairie de Fresnes en point de libre-échange, avec l’organisation d’un grand salon annuel de présentation des dernières innovations flippantes, le tout placé sous la protection de brigades composées d’une main d’œuvre de proximité, les taulards de l’établissement tout proche recrutés dans le cadre d’une politique vigoureuse et enfin efficace de réinsertion ? Voilà qui serait, vous l’aurez compris, de beaucoup préférable à ces ridicules provocations de lendemain d’élection.

Hélas, mes bons amis, à Fresnes, le vivre ensemble façon ultra-gauche libertarienne devra donc attendre encore un peu. Nous en sommes bien tristes, non ?


[1] Christophe Carlier NDLR

[2] Neuf mineurs ont été interpellés ce mardi 31 mars dans la matinée, et placés en garde à vue.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

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Découvrez le sommaire de notre numéro d’avril


Pour Marx et Engels, le spectre qui hantait l’Europe en 1848, c’était le communisme. Aujourd’hui, selon Marcel Gauchet, c’est le populisme. Tel est le jugement de celui qui vient de publier Comment pensent les démocraties chez Albin Michel. Il explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que nos pensées ne naissent pas nues dans le ciel des idées. Elles reposent sur des structures forgées à partir des réalités sociales. Tel est le sens du mot « idéologie ». Celle du temps présent est « néo-libérale ». Macron est un néolibéral de droite, Mélenchon un néolibéral de gauche. Les deux détestent les frontières et vénèrent l’individu-roi, mais pas de la même manière. En France après les élections municipales, la plupart des commentateurs ne parlent que de Jean-Luc Mélenchon. Mais pour Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier sur le populisme, la véritable reine du jeu s’appelle Marine Le Pen. Tout en incarnant le populisme, le RN surplombe la vie politique française et a plus de chance que LFI d’être présent au second tour en 2027. Face à la colère démocratique, pas sûr que les appels au barrage ou au cordon sanitaire soient alors entendus. Pierre Vermeren analyse la distribution démographique du vote aux municipales : abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… ces élections dessinent une France politique désarticulée. LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement. Pour Charles Rojzman, les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.

Le nouveau numéro est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 1er chez votre marchand de journaux.

Renaud Camus est-il contagieux ? Notre deuxième dossier du mois commence par un entretien avec l’homme lui-même qui est lourdement attaqué dans L’Homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre. Ses propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy, Jean-Baptiste Roques et Jonathan Siksou. Ce sont deux journalistes de M le mag qui ont écrit cette « biographie » furieusement à charge. Sans avoir lu son œuvre bien sûr. Le sujet ne manquait pourtant pas d’intérêt. Quentin Verwaerde, l’assistant de l’auteur du Grand Remplacement, qui a passé deux ans auprès de lui, nous livre sa fiche de lecture. De son côté, Cyril Bennasar essaie de faire comprendre Renaud Camus à ses parents. Difficile pour ces vieux Juifs d’accepter son emploi du mot génocide. Pour expliquer le grand remplacement, il est passé par Walt Disney. Mais pour la décolonisation, sujet du dernier essai de Renaud Camus, ces vieux pieds-noirs n’ont pas besoin qu’il leur fasse un dessin.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse ce biais cognitif qui nous fait croire que ce sont les autres qui sont biaisés et jamais nous-mêmes. Elle raconte comment elle a refusé de croire les affirmations de la gauche sur le prétendu « fascisme » de Quentin Deranque. Après les révélations de l’enquête de Mediapart, notre directrice de la rédaction est tombée de sa chaise. Plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux mais qui se sont révélés faux. Dans ces deux cas, la faute que nous avons commise en trouvant plausibles des affirmations qui étaient erronées jettera un discrédit sur nos propos quand nous aurons de bonnes raisons de critiquer l’extrême-gauche.

Gil Mihaely raconte la guerre feutrée que, depuis des décennies, Israël et les États-Unis mènent contre l’Iran. Leurs services de renseignement et des unités spéciales multiplient les sabotages et les éliminations ciblées afin de déstabiliser le régime en permanence. Ces opérations « non militaires » ont tout du film d’action. Je présente l’offensive américaine de 2026 comme le dernier épisode d’un conflit qui dure depuis 1979 et dont chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long. Alain Neurohr dénonce l’autosuffisance et les erreurs de ces légions de généraux et de diplomates à la retraite qui commentent la guerre sur les plateaux de télé.

Paris, c’est fini ! C’est la conclusion de Jonathan Siksou. Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde, et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue. Causeur n’est jamais fermé à ceux qui expriment des opinions contraires. Nous publions la lettre ouverte d’une électrice LFI, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, qui explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites. La France est une irresponsable qui danse sur un volcan, nous explique Stéphane Germain. L’Hexagone de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles tire sa conclusion des dernières élections municipales : elles ont prouvé qu’aucun parti ne se distingue clairement pour unir des Français profondément divisés. Selon Ivan Rioufol, l’offensive israélo-américaine en Iran confirme la lâcheté des dirigeants européens quand il faut s’attaquer à l’islamisme.  Emmanuelle Ménard rappelle qu’à Béziers, Robert Ménard et son équipe (dont elle fait partie) ont savouré leur 65,6 % au soir du 15 mars. Elle revient sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté. Gilles-William Goldnadel a analysé la couverture du Proche-Orient par France-Inter : comme dans son traitement de l’actualité française, l’odieux visuel public pratique en permanence un double standard moral.

Une bonne nouvelle pour la culture en France ! Éric Naulleau a été nommé à la tête de la rédaction de Lui. L’ancien « magazine de l’homme moderne » peut-il résister face à la pudeur ambiante et à la crise du genre ? Dans un entretien avec Elisabeth Lévy, le président du Parti foutuiste annonce que « tous les dissidents du nouvel ordre amoureux peuvent trouver refuge sous la couverture de Lui, nous leur accorderons bien volontiers l’asile érotique ». Nous qui sommes nombreux à posséder une âme ample et généreuse, il nous faut un « sentiment de la nature », fruit d’une curiosité amoureuse pour les plantes, les bêtes et les paysages. Georgia Ray nous invite à visiter une exposition des ciels de Paul Huet et une autre des herbiers de Rousseau qui nous rappellent que l’écologie véritable est le contraire de notre insensible décompte du CO².

Cambriolages, incendies, fuites d’eau : le patrimoine français est victime de décennies de négligence. Mais le ministère de la Culture se préoccupe davantage de séduire de nouveaux publics que de conserver musées et monuments. Dans son nouveau livre, Maryvonne de Saint-Pulgent tire la sonnette d’alarme. Elle se confie à Bérénice Levet.

François Kasbi nous fait découvrir la vie de Louise Rachel Franck, figure de la bourgeoisie juive parisienne, qui a été l’épouse de Fernand de Brinon, un ultra de la Collaboration, et lui est restée fidèle toute sa vie. Son parcours contre-nature a été raconté par son fils, ancien résistant. Dans Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombres qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant, selon Alexandra Lemasson. Jusqu’à présent, la question culinaire dans les rangs nazis se réduisait à quelques anecdotes, – nous raconte Julien San Frax – comme le végétarisme de Hitler ou la gourmandise de Göring. Mais en ouvrant les portes des salles à manger et des celliers du IIIe Reich, Les nazis à table d’Antoine Dreyfus révèle tout un pan encore méconnu de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort. Enfin, Jean Chauvet nous a choisi le meilleur des nouveautés cinématographiques. Il nous rappelle que quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril. Certes, le nouveau numéro de Causeur paraît en kiosque le premier de ce mois, mais c’est tout sauf un poisson d’avril !

Debout, comme une reine

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Alerte sur le patrimoine

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Affaire Bagayoko/CNews: quand la meute crie au loup

Ce week-end, Michel Onfray, philosophe et directeur de la rédaction de Front Populaire, a été vivement attaqué sur les réseaux sociaux. Ses propos sur le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko ont été jugés racistes. Une accusation fallacieuse qu’il s’agit de démonter.


En mai 2025, deux journalistes publiaient un livre d’enquête sur La France insoumise intitulé La Meute. Il faut reconnaître que le titre était bien choisi… Car c’est bien à un phénomène de meute numérique qu’ont donné lieu, ce samedi 28 mars, les propos – évidemment décontextualisés – tenus par Michel Onfray sur l’antenne de CNews, dans l’émission de Laurence Ferrari Face à Michel Onfray. Ces éternels offusqués volontaires – journalistes, politiques, militants LFI, anonymes – s’en sont donné à cœur joie. Quand on veut tuer son chien…

« Est-ce que je déforme les propos de Michel Onfray tenus sur CNews devant Laurence Ferrari à propos de Bally Bagayoko en disant qu’ils sont grossièrement racistes ? Tribu primitive, j’aurai les femelles… c’est inouï, c’est ignoble, c’est Onfray », s’est grossièrement indigné le journaliste Jean-Michel Aphatie, rompu à cet exercice de la dénonciation hargneuse. « L’élection d’un maire noir à Saint-Denis fait dégoupiller tous les racistes qui nous expliquent à longueur d’émissions qu’ils ne sont pas racistes », a estimé le journaliste politique chez Libération, Sylvain Chazot. Le secrétaire du PS, Olivier Faure, a quant à lui qualifié les propos de « dérapage raciste  ». Du côté de la France insoumise, les députés du groupe en ont évidemment profité par en appeler à la fermeture de la chaîne CNews (rien que ça). Et nous vous faisons grâce des milliers d’autres messages d’insultes et de menaces, fonds diffus habituel du web.

L’honnêteté, c’est le contexte

À l’origine de la polémique, le philosophe réagissait à cette déclaration en conseil municipal du nouveau maire élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) : « Les urnes ont parlé. Moi, je suis issu du milieu sportif. Même si l’on s’est entraîné pendant des mois, lorsque le résultat tombe, nous faisons allégeance. Nous avons besoin de toutes celles et ceux qui ne vont pas regarder dans le rétroviseur, pas celles et ceux qui vont tenter de remettre un programme qui a été battu dans les urnes. Et donc ces personnes-là, si c’est votre (sic) projet, nous n’aurons pas d’autres solutions que, bien sûr, nous en séparer ». Interrogé par la journaliste Laurence Ferrari sur l’emploi objectivement douteux du mot « allégeance », Michel Onfray a fait part de sa sidération et a alors critiqué cette vision rétrograde du pouvoir. « Il y a quelque chose de clair dans cette profession de foi, c’est que ces gens-là n’ont pas le sens de l’intérêt général et du bien public. C’est la bande. La bande a gagné, donc la bande va imposer sa loi. Et la bande qui a imposé sa loi dit : maintenant, c’est allégeance. Mais ça, c’est très tribal ». Et de poursuivre, « On fait l’allégeance au mâle dominant. Ce monsieur n’est pas un mâle dominant, enfin, je ne sache pas. Ce monsieur, il est un élu et en tant qu’élu, il est normalement le représentant de la totalité de la cité, y compris de ceux qui n’ont pas voté ».

Les propos sont pourtant clairs, mais explicitons pour les malcomprenants : la notion d’« allégeance » appartient à l’univers grégaire, qu’il soit tribal, puis féodal jusque sous l’Ancien régime. Elle suppose un lien de dépendance personnelle et d’inégalité constitutive qu’on retrouve dans la nature (allégeance au mâle dominant) et dans le monde culturel (chef tribal, seigneur féodal). À ce titre, le chef d’un gang qui règne sur un territoire n’est jamais qu’un prolongement de la logique naturelle du mâle dominant qui perdure dans le monde social. Nous sommes des animaux territoriaux sophistiqués. Nous sommes autre chose, bien sûr, mais nous sommes aussi cela. Depuis la Révolution française, notre imaginaire politique a déplacé la notion d’allégeance des rapports interpersonnels vers une idée abstraite, la nation, sur la base du contrat social. Et Michel Onfray de préciser que M. Bagayoko, en tant qu’élu, est précisément un représentant de la nation et doit se comporter comme tel et non comme un chef de bande.

C’est dans le sillage de cette réflexion que Michel Onfray a prononcé les propos qui ont donné lieu à un court extrait de 15 secondes relayé en masse sur les réseaux sociaux. « Mais on n’est pas dans une tribu primitive comme l’a décrit Darwin en disant: vous avez le mâle dominant qui est là, qui décide et qui dit : c’est moi qui décide. Toi, tu auras à manger, toi, tu n’auras pas à manger. Moi, j’aurai les femelles, toi, tu n’auras pas les femelles. Nous allons attaquer, nous n’allons pas attaquer la tribu d’en face ou je ne sais quoi. Ça, ça va bien, il y a des milliers d’années que c’était comme ça, mais c’est plus du tout comme ça maintenant. » Il est bien question de critiquer une logique tribale d’un autre temps objectivement contenue dans la notion d’« allégeance ».

Darwin et l’éthologie

Isolé, donc privé de contexte, l’extrait a été vu et relayé par des militants dont l’honnêteté intellectuelle n’est pas la première qualité mais dont l’objectif éternel est de nuire. Nuire, en éludant tout le développement qui précède et aussi celui qui suit. Bien que rien ne fasse ici allusion à la couleur de peau de qui que ce soit, les élus de la France Insoumise ont hurlé au scandale.

Croyant dans un premier temps que ses propos pouvaient avoir été mal compris par des gens de bonne foi – car il en reste encore, heureusement, même sur les réseaux sociaux, Michel Onfray s’est expliqué dans une vidéo diffusée sur le compte X de Front populaire, renvoyant toujours à Darwin : « j’ai beaucoup parlé du mâle dominant. J’ai beaucoup parlé des tribus primitives parce que je renvoie un philosophe important pour moi qui s’appelle Darwin, qui estime qu’il n’y a pas de différences de nature, mais une différence de degrés entre les hommes et les animaux. Ça ne veut pas dire que j’animalise les hommes, mais simplement que je n’oublie pas que nous sommes des animaux. Donc, j’ai juste dit que quand on renvoyait au concept d’allégeance, on se trouvait dans des logiques éthologiques, des logiques animales qui n’étaient pas celles qu’il fallait privilégier ». Et de conclure, « ça n’a rien à voir avec la couleur de peau de monsieur Bagayoko  ». D’après l’institut Jane Goodall, l’éthologie, étymologiquement « étude des mœurs », correspond à «  l’étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d’observation et de quantification des comportements animaux  ». Cet institut serait-il raciste en ce qu’il inclut l’homme dans les espèces animales ? Non car, que l’homme soit un animal, c’est précisément Darwin qui le démontre avec la publication de L’Origine des espèces, en 1859. Un processus évolutif bien connu de Jean-Luc Mélenchon lui-même, puisque ce dernier en a donné une interprétation personnelle dans un récent meeting, mercredi 18 mars : « Il a bien fallu un jour qu’il y en ait un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez ici en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes ». « Sur ses pattes »… Personne pour relever ? Sans parler du reste.

L’œuvre ne ment jamais  

Michel Onfray aurait-il sorti de son chapeau un livre d’éthologie pour esquiver la polémique ? Ce serait oublier son œuvre, qui parle pour lui : Dans Miroir du nihilisme : Houellebecq Éducateur (2017), le philosophe écrit de l’écrivain que son livre Soumission (2015) est « le grand roman de la collaboration. La soumission aux puissants du moment relève de l’éthologie : elle suppose la fascination des âmes en peine pour la puissance qui les méprise et veut leur sujétion ».

En 2014, sur un podcast France Culture — émission louée alors à l’époque par toute l’intelligentsia qui le conspue aujourd’hui — consacré à « une éthique sans morale », il en rappelle les principes : « savoir que l’homme et l’animal diffèrent en degrés, pas en nature ». Il ajoute qu’il convient de « faire de l’éthologie la première science de l’homme ». Allons chercher bien plus loin dans le temps encore. Dans un entretien datant de 2002 dans la revue Le Philosophoire, il explique à Vincent Citot que « le rire (…) est une spécificité de l’Homo Sapiens » et que « la psychanalyse, entre autres, l’éthologie également, permettent d’appréhender le corps en matérialiste ». Réponse des militants de mauvaise foi : le problème est de parler de « tribus primitives » à propos d’un responsable politique noir ! On croit rêver. À bien les comprendre donc, il faudrait exclure les noirs de toute référence à l’éthologie et à l’anthropologie pour ne pas prêter le flanc à de potentielles conceptions racistes. Les racialistes ne sont-ils pas précisément ceux qui créent un lien entre la notion de tribalisme et la couleur de peau de la personne visée ? Les tribus primitives, c’est l’enfance du monde et elle concerne de fait l’humanité entière. Dans L’art d’être français (2021), Michel Onfray note : « L’histoire de France, des tribus primitives de Lascaux à sa christianisation, est une aventure de plusieurs millénaires ». Est-ce du racisme anti-français ? Un peu de sérieux ne nuirait pas. Dans Cosmos (2015), premier tome de la trilogie Une brève histoire du monde, le philosophe consacre des pages admiratives au continent africain et rend hommage à « la grande santé animiste africaine », à un « génie africain » dévitalisé par l’Occident, à un art africain qui « a subi la loi du Veau d’or, loi de l’Occident ». On a connu propos plus racistes. Dans les faits, les lecteurs de Michel Onfray, qui ne se contentent pas – gloire leur soit rendue – d’extraits digitaux de 15 secondes, savent bien que les accusations portées contre lui sont absurdes. Dans Esthétique du pôle Nord (2002), il fait l’éloge des Inuits et de leur manière d’être au monde sans arrière-mondes. Dans Théorie du voyage (2007), il fait l’éloge des voyageurs nomades, des Touaregs aux Gitans. Dans Inframince (2024), il médite l’être au monde japonais, sa tradition, sa vie ritualisée, sa spiritualité sans dieu, son acceptation de l’impermanence des choses. On pourrait continuer ainsi longtemps. Tout une partie de l’œuvre onfrayen est consacré à faire l’éloge du divers, donc à une condamnation en miroir de l’ethnocentrisme. On peut tronquer une émission de télé ; pas une bibliographie à trois chiffres.

Une critique républicaine

Mais revenons une dernière fois à l’émission justement. Quinze petites secondes peuvent-elles suffire à résumer un propos complexe ? À l’évidence, non. Le raisonnement de Michel Onfray ne s’est pas arrêté là, au contraire d’une vidéo coupée au mauvais moment, dans une volonté assumée de nuire. La suite éclaire le discours global : « Il faudra dire à ce monsieur qu’on n’est pas dans une théocratie (…) la théocratie, c’est fini, le pouvoir d’un seul, c’est fini, une espèce de domination tyrannique d’un individu qui dira : il va y avoir une allégeance. Il y a eu de l’allégeance jadis, quand il y avait des chevaliers, quand il y avait des suzerains, quand il y avait des vassaux ». Et de conclure : « Si ce monsieur veut restaurer la féodalité et la théocratie, qu’il nous le dise ». Encore une fois, l’argument d’un Michel Onfray faisait une référence à la couleur de peau tombe à l’eau.

Un peu plus tard dans la même émission, Michel Onfray évoquera le sort des musulmans en France. Estimant qu’il « nous faut des gens qui défendent la nation, qui défendent la patrie, qui défendent le peuple français, qui défendent la souveraineté nationale et pas des gens qui attaquent les musulmans parce qu’ils seraient musulmans », il ajoutera : « un musulman qui a envie d’être français, il est, pour moi, préférable à quelqu’un qui sera, je ne sais pas, un agnostique qui ne voudrait pas être français. La question n’est pas la religion, la question est le désir de refaire la France ». Un propos d’un républicanisme inattaquable qui semble ne pas avoir beaucoup intéressé les cadres de LFI.

Ces deux séquences permettent de démontrer à nouveau que le fil conducteur du raisonnement de Michel Onfray est bien la défense du cadre politique républicain. La demande d’allégeance de Bally Bagayoko, en admettant même qu’elle puisse être surinterprétée, charrie un imaginaire clanique, féodal, tribal, comme on voudra, mais quoi qu’il en soit anti-républicain. Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un intellectuel en fasse l’analyse et en pointe la dangerosité potentielle, qu’on souscrive ou pas aux références mobilisées.

La stratégie du contre-feu

Ce lundi, en s’appuyant sur les propos – eux aussi taxés de racisme – du psychologue Jean Doridot et prononcés le jour précédent (vendredi 27 mars) sur CNews, Bally Bagayoko a appelé à une manifestation « contre le racisme et contre le fascisme » en prévision du samedi suivant. Un « rassemblement populaire, citoyen », avec pour objectif de dénoncer « le racisme, les discriminations et la haine de l’autre ». Il a également annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews. Des députés LFI, comme Mathilde Panot, ont annoncé saisir l’Arcom, dénonçant un racisme «  crasse et décomplexé  ». De son côté Jean-Luc Mélenchon a critiqué « les médias, les sondages », qui «  manipulent, mentent, alimentent un racisme à vomir et prennent continuellement notre peuple pour un bétail sans mémoire ni pensée ».

Pour la France Insoumise, la séquence médiatique actuelle est une aubaine. Elle permet de faire oublier Raphaël Arnault, les sorties polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur les « blancs moches », la « nouvelle France », et les scènes houleuses de passation de pouvoir au sein des communes municipales incluant des membres de LFI. Dans plusieurs villes, les maires sortants ont quitté l’hôtel de ville sous les huées et les insultes, et parfois même sous escorte policière. Assurément une belle leçon de républicanisme et de lutte contre « la haine de l’autre ».

Polémique au CNC: Ultia n’a pas tort

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Le CNC évince Ultia de l’une de ses commissions. Pourtant, la streameuse n’a fait que briser l’omerta en révélant la semaine dernière sur Twitch les mécanismes de « copinage » qui régissent le choix des films ou des créateurs de contenu soutenus financièrement par l’institution.


Des soupçons de favoritisme ? Dans un tweet publié sur X, le Centre national du cinéma (CNC) a annoncé jeudi dernier mettre fin aux fonctions d’Ultia au sein de la Commission du fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales. Ultia est une streameuse assez connue sur Internet, c’est-à-dire une personne diffusant des vidéos dans lesquelles elle se filme et donne son avis essentiellement sur les jeux vidéo… Des « métiers » dont on a parfois encore un peu de mal à comprendre l’utilité sociale – mais passons… La décision du CNC vient en réponse à des propos tenus par Ultia dans lesquels elle expliquait à sa communauté que dans sa nouvelle fonction de juré pour la commission destinée à financer des projets, elle ne sera pas très impartiale. Si le projet vient d’un de ses proches : « Bah ouais mec ! Prends la thune du CNC et fais ton projet, je te soutiens, c’est évident, c’est mon ami », mais si le projet vient d’une personne par exemple d’extrême droite : « Désolé ! Bah non, en fait ». Le CNC a précisé dans son communiqué que « ces propos contreviennent manifestement à l’obligation de neutralité, d’indépendance et d’impartialité qui s’impose à tous les membres des commissions appelées à formuler un avis sur l’attribution des soutiens financiers ».

Cinéma d’après-guerre et exception culturelle

Suite aux accords franco-américains dits « Blum-Byrnes » du 28 mai 1946 qui prévoyaient dans un premier temps un nombre limité de films américains pouvant être importés en France pendant une certaine période afin de permettre à l’industrie cinématographique française de se reconstruire après-guerre, mais en contrepartie de quoi il ne fallait aucune restriction à l’importation de ces films nord américains, le CNC a été créé la même année afin de rassurer les professionnels français qui craignaient que passé cette période de contingentement, leur production ne puisse faire face à l’assaut des États-Unis en raison de l’interdiction des mesures restreignant leur importation. La solution fut donc de soutenir le cinéma français pour le protéger avec tout un dispositif d’aides financières. Depuis, la France n’a fait qu’augmenter le poids du CNC avec un soutien financier incomparable dans le monde (au nom de la fameuse et légitime exception culturelle), et a diversifié ce soutien en passant du cinéma dans un premier temps, à l’audiovisuel, aux programmes télévisuels, aux jeux vidéo et donc désormais même aux contenus sur les plateformes comme YouTube et les réseaux sociaux.

A lire aussi: Culture et médias publics: il est temps d’en finir avec la propagande aux frais du contribuable

À la différence de la plupart des fonds de soutien, le CNC ne se contente pas d’aides « sélectives », mais propose également (et même majoritairement) des aides « automatiques » basées sur des critères objectifs, le plus souvent le succès commercial, et qui sont sujettes à une fréquente obligation de réinvestissement.

Mauvais genre

On peut comprendre la gêne du CNC vis-à-vis des déclarations intempestives d’Ultia, car cela fait mauvais genre pour une institution publique qui doit toujours défendre son rôle pourtant primordial pour ne pas se voir imposer un imaginaire unique, le plus souvent hollywoodien. Cependant, il serait plus juste d’admettre que les propos de cette streameuse révèlent un défaut intrinsèque des aides sélectives. Marc Fumaroli regrettait lui-même que « le système a en effet soumis scenarii et projets au goût des coteries », mais c’est une subjectivité inévitable dès lors qu’il y a une sélection par un jury, seule la composition pluraliste des commissions d’attribution peut pondérer cet effet pervers du système.

Ainsi, le fait qu’une « personnalité » comme Ultia, affirme avec un peu trop de légèreté et de franchise qu’elle votera pour des projets selon ses opinions, peut choquer de prime abord, alors qu’il s’agit en fait d’un truisme que vient contester la pudeur de gazelle du CNC défendant là bien mal le modèle pourtant vertueux et nécessaire du financement public du cinéma et de l’audiovisuel.

Quand Macron fait sa Marie-Antoinette

Un artiste guadeloupéen a peint le président avec la tête en moins, et la justice a décidé que pareil « talent » méritait une petite explication sérieuse au tribunal. Je n’aime pas la peinture de Blow, mais il ne devrait pas être poursuivi pour une simple croute, estime notre rédactrice en chef dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


Poursuivi par Emmanuel Macron, le peintre Blow a été jugé en Guadeloupe. C’est un tableau ironiquement intitulé Non-lieu qui a conduit Blow, François Moulin à la ville, devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre jeudi dernier. On y voit un homme drapé dans le drapeau guadeloupéen, tenant à bout de bras la tête sanguinolente du chef de l’État. C’est passablement gore. Âmes sensibles, s’abstenir (voir ci-dessous). Il a été présenté dans une exposition sur les ravages du chlordécone, pesticide utilisé aux Antilles jusqu’en 1993, qui aurait, selon Santé publique France, contaminé 90 % de la population.

Blow était jugé avec deux responsables de l’exposition pour provocation à commettre un crime. Si le plaignant avait été moins illustre, sa plainte aurait certainement fini au panier, vu qu’il ne s’est pas constitué partie civile, laissant au parquet le soin de décider des suites. Le président de la République est à l’origine des poursuites, mais n’a pas voulu être partie au procès : c’est petit bras. Du reste, la procureure a fait le service minimum. Tout en estimant que, dans un contexte propice à la violence, il fallait condamner la diffusion du tableau, elle n’a demandé aucune peine.

A ne pas manquer, éditorial: Je me suis fait biaiser

L’artiste devrait-il être sanctionné ? Non. Et même pas poursuivi.

Je n’aime pas ce tableau et je n’aime pas les affects robespierristes omniprésents en France. Je suis atterrée par la haine délirante d’une partie des Français envers le président Macron. Je réclamerais une sévérité sans faille pour quiconque attenterait à sa personne. Par ailleurs, je suis fort agacée par le procès en « colonialisme masqué » que Blow fait à la République. Mais personne ne s’en prendra au président à cause de cette œuvre. J’y vois même de la susceptibilité déplacée. Si j’osais, je dirais qu’Emmanuel Macron fait sa Marie-Antoinette. Du reste, ce dernier n’a pas protesté quand on a glorifié l’exécution de la Reine lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était de l’art ? Alors Blow aussi. On ne punit pas la haine. On ne punit pas les artistes, caricaturistes ou humoristes. On peut les critiquer, les détester. Mais, comme disait De Gaulle à propos de Sartre, « on n’embastille pas Voltaire ». La justice n’est pas un ministère de la Censure. Le jugement est attendu le 21 mai. Le tribunal prononcera peut-être, conformément aux réquisitions, une condamnation symbolique, pour faire plaisir au président. Cela créerait un fâcheux précédent. Si la liberté d’expression garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a un sens, elle devrait conduire à la relaxe. Je n’aime pas la peinture de Blow, mais je me battrai pour qu’il puisse la montrer.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Je me suis fait biaiser

L’éditorial d’avril d’Elisabeth Lévy


L’idéologie, c’est les autres. Chacun est convaincu que ses opinions sont le pur produit de sa raison et de l’observation scrupuleuse du réel. Y compris votre servante. La « pensée gramophone », comme disait Orwell, c’est toujours le camp d’en face. Si d’aucuns ont l’outrecuidance de ne pas partager mon récit et mon point de vue, c’est qu’ils se trompent, soit parce qu’ils sont abusés par leurs croyances mensongères, soit parce qu’ils la fabriquent pour servir de funestes desseins – des gogos ou des salauds. Péguy, pardonnez-leur, ils ne voient pas ce qu’ils voient. De plus, nous sommes naturellement enclins à discréditer le message quand le messager nous déplaît. Je crois plus volontiers Bruno Retailleau que Thomas Portes – en l’occurrence, j’ai raison car le gars n’est vraiment pas étouffé par l’honnêteté.

Au lendemain du tabassage à mort de Quentin Deranque par des brutes liées à la Jeune Garde, proxy notoire de LFI, les bons esprits se déchaînent contre la victime – tout en répétant que, même des idées aussi nauséabondes que les siennes ne méritent pas la mort. Comme nombre de mes amis et camarades, je m’étrangle de rage. Salauds de gauchistes, que même la mort atroce d’un jeune homme ne fait pas taire. J’écris alors ceci : « Ses affiliations, réelles ou supposées, surtout supposées, remplacent la jupe trop courte de la fille violée. Le 15 février, le jeune homme est déjà qualifié dans Libération de militant d’extrême droite. Le 16, Le Monde évoque « un étudiant traditionaliste au croisement des chapelles de l’extrême droite radicale ». Le 20, sous la plume de Daniel Schneidermann, il devient un « militant néofasciste ». Le même jour, Ségolène Royal décroche haut la main le pompon de la dégueulasserie en s’indignant que l’Assemblée ait rendu hommage à « un militant présumé néonazi et antisémite ». » Même après l’hommage de Lyon, où les parrains de l’extrême droite française se pavanent en tête de cortège, je reste persuadée que le jeune homme était juste un catho un peu exalté. La preuve : Ségolène Royal et Schneidermann le traitent de facho.

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Je ne pensais pas écrire un jour cette phrase, mais Royal et Schneidermann avaient raison. Et j’avais tort. C’est à cause de mon biais cognitif – ne faites pas les malins vous avez le même. On voit ce qu’on croit. Le 12 mars, je tombe de ma chaise en découvrant l’enquête de Mediapart, qui a déniché des milliers de messages publiés par le jeune homme sur X et sous pseudo à partir du printemps 2023[1]. Intellectuel propre sur lui et catholique engagé à la ville, Quentin Deranque était sur la scène numérique un fasciste assumé, un admirateur goguenard d’Hitler et un raciste de compétition. Petit florilège : « On veut le fascisme » ; « La violence politique est intrinsèque à la politique quand on a un peu de caractère » ; en commentaire d’une vidéo sur l’esclavage intitulée « la chasse aux nègres », il écrit : « Projet 2027 » ; réagissant à une intervention de la survivante des camps nazis Ginette Kolinka : « on en a rien à foutre de ce disque rayé ». Répondant au petit-fils de Simone Veil : « Question : il y a plus d’enfants morts à cause de votre grand-mère ou à cause du camp de Bobrek ? » Un bon petit gars vous dit-on. D’après un de ses amis interrogé par Mediapart, il se nourrissait surtout d’Aristote, saint Thomas d’Aquin, et Patrick Buisson : « le reste ce sont des running gags entre amis ». Même à la fin de soirées très arrosées, je n’ai aucun ami susceptible de faire ce genre de blagues.

L’avocat de la famille Deranque s’indigne qu’on exhume ces informations sans respecter le deuil. Mais on ne peut pas faire de sa mort un événement politique quand ça nous arrange et hurler à l’instrumentalisation ensuite. Quentin Deranque n’a certainement jamais fait de mal à une mouche, même s’il avait démarré un entraînement au combat. Ses idées détestables ne changent rien au fait qu’il a été lynché par des ordures. N’empêche, avec le recul, le spectacle de l’Assemblée nationale recueillie pour une minute de silence est pour le moins embarrassant. Même Panot et ses camarades, légèrement tassés dans leurs fauteuils après avoir essuyé sans broncher accusations et critiques, ont communié dans la gravité. Pour une fois qu’ils se tiennent bien, c’est pas de chance.

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On me dira que, dans le combat idéologique, comme dans la guerre amoureuse, il ne faut jamais avouer, jamais reculer et que, malgré l’article de Mediapart, la mort de ce jeune embarrasse l’extrême gauche. Sauf que les mensonges se tiennent par la barbichette. Nul n’osera plus enquiquiner les Insoumis avec les agissements de la Jeune Garde de peur de se prendre en boomerang les gracieusetés numériques de Gavariou ou PatricienD. Et puis, le mensonge, c’est contagieux. Récemment, plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux – « Saint-Denis ville des noirs ». C’était plausible, mais là encore, c’était faux. D’ailleurs, tous se sont rétractés, mais Mélenchon aura désormais beau jeu de crier à la calomnie quand on attaquera Bally Bagayoko pour de bonnes raisons – qui ne manqueront pas.

Entre sa mère et la Justice, Camus choisit sa mère parce que la Justice pourrait tuer sa mère. La vérité ne va pas tuer la mienne, alors qu’elle me pardonne mais entre la vérité et ma mère, je choisis la vérité. Je suis peut-être un mauvais soldat dans la guerre des idées, mais je préfère avoir raison avec Mediapart que tort avec CNews. Heureusement, ça n’arrive pas souvent, parce que ça fait mal.


[1] « Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne », Alexandre Berteau et Marie Turcan, Mediapart, 12 mars 2026.

Disparition inquiétante: Raphaël Arnault ne répond plus

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Le député d'extrème gauche Raphaël Arnault répond aux questions du média "Blast", qui dénonce un "récit officiel" dans le cadre de l'affaire des "antifas" à Lyon. Capture YouTube / Blast.

Le député lfiste, dont des assistants seraient impliqués dans la mort de Quentin Deranque, ne se présente plus à l’Assemblée. Mal à l’aise, son parti affirme qu’il reviendra et qu’il ne compte absolument pas démissionner. Reste une question à laquelle il n’a toujours pas répondu à la presse: savait-il que ses proches étaient présents à Lyon, lors de la bagarre mortelle avec le militant nationaliste ?


Notre contributeur F. Magellan vient de publier « Le sport à l’épreuve des idéologies: Des chemises noires aux brassards arc-en-ciel » (FYP éditions) que nous vous recommandonsLa rédaction.

Il avait été la vedette des législatives de 2024, auréolé de ses trois fiches S, et la révélation de la XVIIe législature. Pourtant, depuis le drame du 12 février 2026 et la mort de Quentin Deranque, Raphaël Arnault a disparu des radars. Filmé pour la dernière fois à l’Assemblée nationale quelques heures après l’événement, le député du Vaucluse a publié un dernier tweet légèrement hypocrite (« J’apprends ce décès avec horreur et dégoût. Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue »), puis a disparu pendant près de deux mois.

Raphaël ? Absent !

Depuis le 12 février, Raphaël Arnault ne répond plus aux SMS des journalistes, ne se rend plus dans l’hémicycle ni en commission. Le 26 février, il faisait encore déléguer ses votes. Puis plus rien. Silenzio stampa. Suffisant pour inquiéter la rédaction de Quotidien hier soir.

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L’histoire de France a offert quelques grandes disparitions. Après la fusillade du Champ-de-Mars en juillet 1791, et alors qu’un mandat d’arrêt court contre lui, Jean-Paul Marat prend l’habitude de se cacher dans les égouts de Paris, ce qui n’arrange rien à ses problèmes de peau. En pleine Fronde, Mazarin doit s’exiler à deux reprises, d’abord à Saint-Germain-en-Laye, puis à Brühl, en Allemagne. Plus proche de nous, Jacques Vergès disparut entre 1970 et 1978, et est peut-être passé alors chez Pol Pot.

Etiam mortuus redeo

Sur les réseaux, ses collègues viennent à la rescousse. Antoine Léaument interpelle Quotidien : « Vous vous rendez compte que même Frontières n’a pas fait ça comme sujet ? Vous êtes au courant que, pendant les municipales, il y avait trois semaines de pause parlementaire et que, donc, il n’était pas plus absent que n’importe lequel d’entre nous ? Vous devriez avoir honte de ce que vous faites. » Comme si l’Assemblée nationale avait été complètement fermée pendant deux mois…

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Et soudain, il revint ! Au petit matin du 1er avril, Raphaël Arnault redonna signe de vie. Répondant dans un entretien à Blast, média proche de l’extrême gauche, le cofondateur de la Jeune Garde s’explique sur son long silence : « Je n’avais pas le sentiment que prendre la parole dans ce moment aurait été très opportun pour apaiser les choses », et exprime sa « peur affreuse que la violence s’embrase dans le pays ». Emu, il ne prononce pas une fois le nom de Quentin Deranque pendant une heure d’interview.


Tour Montparnasse: le projet secret du nouveau maire

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© HOUPLINE-RENARD/SIPA

La Tour Montparnasse, le deuxième plus haut édifice parisien avec ses 209m d’altitude, a fermé ses portes mardi 31 mars au soir en raison de très importants travaux de rénovation.

Confiés au célèbre architecte Renzo Piano, père du Centre Pompidou, prix Pritzker (le Nobel d’architecture) et sénateur à vie dans son pays, ils devraient durer au mieux quatre ans.

Ses 600 000 visiteurs annuels, soit une moyenne de plus de 1500 par jour, seront privés d’une vue incomparable sur 360°, depuis son toit où a été aménagé un observatoire, sur la capitale. De cette terrasse située au-dessus de son 59ème et dernier étage, on peut même voir le décollage des avions de l’aéroport d’Orly, distant de 13,5 km, par temps clair.

En se jetant de là, trois individus ont mis fin à leurs jours en ses 52 ans d’existence du bâtiment.

Au cours de la décennie écoulée, sa fréquentation a chuté de moitié. Dans les années 2010, ils étaient 1 200 000 à visiter son sommet.

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Un bar restaurant panoramique occupe son 56ème étage. Il est surtout prisé des touristes et très peu des Parisiens. Depuis son inauguration en 1973, elle est en effet la mal-aimée de ces derniers qui la considèrent comme une grosse verrue au milieu du visage. Conséquence, le centre commercial situé à ses pieds, qui ressemble à un sinistre bunker, est un cuisant échec. Toutes les boutiques, en particulier celles des grandes marques qui auraient dû attirer le chaland, l’ont quitté…

C’est André Malraux, ministre de la Culture d’alors, qui délivra le permis de construire en 1968. L’année suivante, à peine élu, le président Georges Pompidou donne l’ordre de commencer sa construction, faisant fi d’une très vive contestation. Ce qui ne l’empêchera pas de persévérer, en 1971, faisant démarrer la construction du centre qui porte aujourd’hui son nom.  Son décès à 62 ans, en 1974, a sûrement sauvé Paris d’une défiguration irréversible. Se voulant grand modernisateur, Pompidou avait l’ambition, en outre, de strier la capitale d’autoroutes qui auraient relié les gares Saint-Lazare, de l’Est et Montparnasse. Il voulait également recouvrir le canal Saint Martin pour en faire une autre. Il déménagea les Halles, dites le ventre de Paris, à Rungis et ouvrit les voies sur berges à la circulation des automobiles, aujourd’hui fermées.

Tour The Link à Puteaux, dans l’ouest parisien. DR.

A son inauguration, la Tour Montparnasse était la plus haute d’Europe, titre qu’elle perdra en 1990 au profit de la Messeturm à Francfort. Puis en 2011, en France, elle sera détrônée par la tour First à la Défense qui la dépassera de 32m et elle-même reléguée en 2011 au 2ème rang après l’inauguration de la tour Link de Total-énergie qui la domine de 10 m, culminant grâce à une flèche à 241 m.

Aujourd’hui, la tour Montparnasse n’est plus que la 25ème la plus élevée d’Europe et, à l’échelle mondiale, elle fait figure de naine surtout par rapport à la géante planétaire, la Burj Kalifa et ses 828 m, à Dubaï.

Elle pèse 130 000 tonnes, repose sur 56 piliers de 70m et 3,5 m de diamètre enfoncés dans le sous-sol très friable de cette partie de Paris. Elle offre 100 000 m² plancher, soit 1 700 m² par étage. Ce qui lui permet d’héberger entre 12 000 à 13 000 bureaux desservis par 25 ascenseurs dont le plus rapide se déplace à 25m par seconde, soit près 20km/h. Ses façades, formées d’un vitrage sombre, ont une superficie totale de 40 000 m² et comptent 7200 fenêtres dont aucune n’est ouvrante.

Les travaux de rénovation visent à la rendre transparente, à lui donner une apparence de légèreté, à rendre plus convivial le centre commercial en y créant des façades vitrées, en plantant 151 arbres, et en installant des bistrots avec de vastes terrasses. Ils devraient commencer en septembre après un période de préparation. Mais rien n’est moins sûr depuis l’élection d’Emmanuel Grégoire à la tête de Paris.

D’après une source proche de ce dernier, digne de foi, le nouveau maire a exhumé un vieux projet porté à son époque par son prédécesseur, Betrand Delanoë (2001-2014) auprès duquel, étant membre de son cabinet, il a fait ses premières armes politiques : raser la tour pour la remplacer par une forêt urbaine et par un imposant aquarium. Sa démolition avait été au programme de Bernard Debré quand en 2008, il avait été candidat à maire, idem avec Nathalie KoscinKo-Morizet, en 2014, quand elle-même avait fait acte de candidature. Par ailleurs, rappelons que lorsque Emmanuel Grégoire était l’adjoint d’Anne Hidalgo, il a été l’homme de la piétonisation des berges de Seine.

Déconstruire une tour de cette hauteur en plein milieu urbain est tout à fait possible, a expliqué Lucien Demonteur à Causeur, le directeur de la société spécialisée dans cette activité de BTP, Rasetout.Co. de renommée mondiale.

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 « En gros, a-t-il dit, il existe deux techniques, le foudroyage qui consiste à miner les bases de l’édifice et des étages intermédiaires névralgiques, et l’écrêtage, qui lui repose dans la démolition mécanique étage par étage. Ces deux techniques aujourd’hui sont très bien maîtrisées. Les risques sont nuls. Concernant la Tour Montparnasse, on aurait recours aux deux. L’écrêtage pour la réduire jusqu’à 20 étages puis le foudroyage qui lui serait pratiqué de nuit. Les vingt derniers étages survivants seraient bâchés pour contenir la poussière. Au petit matin, les habitants du quartier découvriraient une place nette. Dans la nuit, les insomniaques n’auront entendu qu’une sourde rumeur de quelques secondes ».

Les raisons qui poussent Emmanuel Grégoire à raser à la tour ne sont pas seulement esthétiques. Elle a été classée par un site américain, Virtual tourism, comme le second édifice le plus laid du monde après l’hôtel de ville de Boston. La raison est essentiellement écologique. Elle s’inscrit dans la politique contre le réchauffement climatique qu’il entend mener « avec la plus grande fermeté car il ne veut en la matière se contenter de parole », a confié la source. Son système d’aération et de climatisation sont de gros pulvérisateurs de CO2. La raison est aussi économique. L’agglomération regorge de bureaux inoccupés. A la Défense 6 millions de mètres carrés sont vides.

Le coût de la démolition ne serait en rien prohibitif. Il avait été estimé par Delanoë à un milliard d’euros avec indemnisation des 300 propriétaires. Le coût de la rénovation serait au minimun de 600 millions. Or on sait qu’il y a toujours des dépassements conséquents car il n’y a jamais rénovation sans surprises.

D’après la source, le nouveau maire a eu des contacts très discrets indirects avec ses potentielles oppositions pendant la campagne. Elles se seraient montrées très favorables au projet, y compris Rachi Dati. Dès lors, son intention serait de le soumettre à référendum avant la fin de l’année pour ne pas interférer avec la présidentielle. Un premier sondage secret indique que les Parisiens ainsi que les habitants de la dite petite couronne ne seraient pas hostiles, voire même très favorables.

Le projet, outre la plantation d’une forêt aux multiples essences pour lui donner un côté amazonien, consisterait aussi à donner à la façade la gare Montparnasse un aspect haussmannien. Mais le point d’attraction serait, au milieu de la forêt qui occuperait toute l’esplanade devant la gare, un gigantesque aquarium, à moitié en sous-sol entouré d’une galerie marchande qui relierait aussi les différentes lignes de métro, et à moitié au-dessus du sol. Il hébergerait toutes les espèces de poissons peuplant l’Atlantique y compris ceux d’avril.

Le dindon de la Perse?

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Donald Trump accueille Benyamin Netanyahou à Mar-a-Lago, Palm Beach, 29 décembre 2025 © Amos Ben Gershom/ZUMA Press Wire/SIPA

L’affrontement entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais cessé depuis 1979. L’offensive américaine de 2026 n’est que le dernier épisode d’un conflit où chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long.


« Je ne vais pas commencer une guerre. Je vais mettre fin à des guerres. » Donald Trump s’est clairement engagé au cours la campagne électorale de 2024 à ne pas impliquer son pays dans un nouveau conflit. En attaquant l’Iran, le 28 février, il semble avoir trahi sa promesse. Certes Trump n’est pas le premier président américain à se faire élire en pacifiste avant de gouverner en belliciste (son modèle, McKinley en est un exemple flagrant) mais son électorat, affecté par l’inflation provoquée par le conflit, pourrait ne pas le lui pardonner. À sa décharge, il peut soutenir que son offensive contre le régime des mollahs n’est que le prolongement d’une guerre qui a commencé en 1979. Cette guerre est passée par des phases plus froides ou plus chaudes. Aujourd’hui, sa température a atteint son niveau le plus élevé. Est-ce le début de la fin ou simplement une nouvelle phase transitoire ?

Résistance à l’impérialisme occidental

Lors de la chute du régime du shah en 1979, les États-Unis ont perdu un allié sur lequel ils comptaient, depuis dix ans, pour stabiliser le Moyen-Orient. Cette complicité a nourri chez les révolutionnaires iraniens le mythe de la « main étrangère » – britannique, puis américaine – qui aurait manipulé et exploité l’Iran depuis des décennies. Cette main aurait été seule responsable du coup d’État de 1953 qui a permis au shah de consolider son pouvoir. Ainsi, le futur guide suprême, l’ayatollah Khomeini, était obsédé par le principe d’esteqlal ou « indépendance ». Pour lui, celle de l’Iran était menacée en permanence par les États-Unis et l’impérialisme occidental contre lequel il fallait organiser la résistance. Il partageait les buts de ses corévolutionnaires de gauche, mais les exprimait dans un langage religieux. La prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran lui a permis d’évincer ses rivaux laïques, d’imposer le régime des mollahs et de réunir le pays autour d’une stratégie antiaméricaine devenue la pièce maîtresse de sa politique étrangère. Pour les Américains, l’Iran était désormais une force déstabilisatrice dans une région vitale pour l’économie mondiale.

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Les épisodes de cet affrontement sont connus : la crise des otages et l’imposition de sanctions contre l’Iran ; le soutien américain à Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ; la campagne d’attentats contre les Américains au Liban et ailleurs par les proxys de l’Iran dans les années 1980 et 1990 ; la mort de plus de 600 militaires américains tués en Irak, entre 2003 et 2011, par des milices chiites armées par l’Iran… jusqu’à des tentatives – déjouées – d’assassiner Trump en 2024 et la guerre des Douze Jours en 2025. L’Iran espérait-il vaincre les États-Unis ? En 2015 à New York, Henry Kissinger a rencontré de manière informelle Ali Larijani, le même dirigeant influent qui vient d’être éliminé le 17 mars. Larijani a expliqué que son objectif stratégique était d’épuiser les Américains pour que, las, ils quittent le Moyen-Orient et laissent l’Iran en paix.

Effet d’usure

Afin d’atteindre cet objectif, les Iraniens comptent depuis toujours sur un effet d’usure : tôt ou tard, harcelés de toutes parts, les Américains décideront que le jeu ne vaut plus la chandelle et renonceront à s’immiscer dans les affaires de la région. À cette fin et en attendant l’acquisition de la menace suprême, la bombe nucléaire, l’Iran a adopté des méthodes de guerre asymétriques, particulièrement le terrorisme et la guérilla. Dans l’espoir d’affaiblir durablement l’Iran, les États-Unis ont essentiellement répondu par des méthodes plus classiques : troupes au sol, frappes aériennes et bombardements navals. Toutefois, en même temps, ils ont développé, en coopération avec Israël, leur propre réponse asymétrique conjuguant pression économique, guerre cyber et opérations secrètes.

Imaginaires antagonistes

Aujourd’hui, nous assistons à une épreuve de force non seulement entre deux nations, mais entre deux stratégies totalement opposées, portées par des imaginaires antagonistes. Du côté iranien, le régime mise beaucoup sur le culte du martyr qui structure la mentalité chiite depuis le massacre de Hussein, petit-fils de Mahomet et prétendant au califat, ainsi que de son entourage, en 680. Ce culte a joué un rôle central dans les sacrifices de soldats iraniens dans la guerre contre l’Irak. Il a inspiré les campagnes d’attentats-suicides contre des Américains, Français et Israéliens. Aujourd’hui, il est invoqué pour glorifier les dirigeants du régime qui viennent d’être éliminés, comme Ali Khamenei. L’idée du sacrifice de soi est parfaitement adaptée à la stratégie de guerre asymétrique. Le régime iranien croit avoir un seuil de tolérance à la douleur beaucoup plus élevé que celui des Américains. Il peut donc se laisser pulvériser presque indéfiniment (au moins tant que la majorité antirégime qui en paie le prix reste plus au moins docile), pendant qu’il utilise drones, missiles et mines à bas coût pour bloquer le détroit d’Ormuz et bombarder l’infrastructure des pays pétroliers du Golfe. C’est ainsi que, par la force des faibles, l’Iran est en train de provoquer un nouveau choc pétrolier pire que celui de 1973.

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Du côté américain, Trump semble appliquer ce qu’on appelle « la théorie du fou », approche développée par des théoriciens du conflit nucléaire, adaptée par Henry Kissinger et adoptée – avec un succès mitigé – par Richard Nixon dans ses relations avec l’Union soviétique et le Vietnam du Nord. Selon cette théorie, un dirigeant qui paraît capable de faire n’importe quoi peut déstabiliser son adversaire et le faire reculer. Selon certains, Trump a utilisé cette approche avec succès dans ses relations avec l’UE et l’OTAN, et avec moins de bonheur avec la Chine et la Corée du Nord, ce qui suggère que cela marche surtout avec des alliés. Aujourd’hui, il fait preuve d’imprévisibilité dans ses déclarations sur les objectifs, la durée et les tactiques de la guerre. La Maison-Blanche parle d’« ambiguïté stratégique délibérée ». Cette approche doit s’accompagner d’une cohérence sous-jacente dans les actions, cohérence fournie par Israël dans sa maîtrise du renseignement et son rôle dans l’élimination des chefs du régime des mollahs.

Malheureusement, à ces deux approches correspondent maintenant deux guerres. Celle que livrent Trump le « fou » et un Netanyahou beaucoup moins fou pour neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et, si possible, faire tomber le régime. Et celle que l’Iran a déclarée à l’économie globale en étranglant les sources d’approvisionnement en énergie. Pour mettre fin à cette deuxième guerre, il faudra, coûte que coûte, mettre fin définitivement à la première.

Dans les coulisses des best-sellers français: ce que disent vraiment les chiffres

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L'écrivain Marie NDiaye, ici photographiée en 2022 est en lice pour le prix "International Booker Prize 2026" pour "La Sorcière" © SADAKA EDMOND/SIPA

En 2025‑2026, les ventes françaises se concentrent sur l’intime et l’émotionnel. La fiction ambitieuse recule, et seuls quelques auteurs franchissent encore les frontières pour rappeler que la littérature peut dépasser le miroir du quotidien.


La fiction recule en France. En 2025‑2026, les chiffres de ventes dessinent un portrait paradoxal : Marie NDiaye se hisse sur la shortlist du Booker Prize, traduite et saluée hors de nos frontières, tandis que le marché national s’agite autour de récits domestiques et émotionnellement calibrés. Les auteurs qui dominent vraiment les ventes – Virginie Grimaldi, Mélissa Da Costa, Morgane Moncomble, David Foenkinos – ne traversent presque jamais l’Hexagone. Guillaume Musso et Agnès Martin‑Lugand, eux, s’imposent à l’international grâce à des intrigues universelles et lisibles, vendus à des millions d’exemplaires, mais ils n’occupent pas le cœur de l’attention nationale.

Têtes de gondole

Dans ce paysage, certains auteurs incarnent encore une fiction ambitieuse, structurée, qui explore des enjeux sociaux et politiques, mais ils restent rares, isolés. Leur existence rappelle que la littérature française peut encore dépasser le miroir domestique, mais ces voix sont marginales face au flux dominant.

Le Top 10 national ne raconte pas le monde, il reflète l’intérieur. Grimaldi distribue ruptures et résilience comme des kleenex ; Da Costa compose des micro-univers sentimentaux ; Moncomble polit l’intime jusqu’à ce qu’il devienne miroir du lecteur ; Foenkinos tisse des intrigues accessoires où l’émotion prime sur la structure. Ensemble, ces auteurs cumulent plus de huit millions d’exemplaires vendus, concentrant l’essentiel de la consommation et écrasant la diversité du reste du marché.

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La concentration est nette : quelques têtes de gondole absorbent l’essentiel de la consommation tandis que l’édition, silencieuse, réorganise ses choix. Le format poche joue un rôle central : il impose lisibilité, accessibilité, circulation rapide. Les textes plus complexes, expérimentaux ou hétérodoxes y ont peu de chances. L’autofiction omniprésente illustre cette tendance : diluée, elle consolide l’intime sans créer de trajectoires inédites.

Le roman noir français : comme tous les autres !

Le contraste avec l’étranger est révélateur. Les polars et thrillers – Franck Thilliez, Michel Bussi – se vendent et se traduisent grâce à des structures claires et universelles. Les succès domestiques français, eux, restent largement invisibles hors de France. Certains auteurs continuent d’être lus au‑delà de nos frontières grâce à l’universalité de leur intrigue ou à la force de leur voix narrative, mais ces succès exportables se comptent sur les doigts d’une main.

Le recul de la fiction classique se lit partout : elle se replie sur l’intime, sur l’identification immédiate, perd sa capacité à structurer des récits complexes, à construire des univers, à confronter le lecteur. La littérature française dominante ne traverse plus le monde : elle confirme, reproduit, stabilise l’intérieur.

L’invention s’efface derrière le familier, le conflit narratif cède au miroir émotionnel, et la fiction ambitieuse (Patrice Jean, Patrick Modiano, Pascal Quignard, par exemple) survit comme un phare discret dans l’océan des best-sellers : visible, nécessaire, mais bien trop isolée pour imposer sa lumière.

À Fresnes, la casse du troisième tour

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Vidéosurveillance à Fresnes (94) dans la nuit du 27 au 28 mars 2026. DR.

Ensauvagement. La mairie de la commune de 30000 âmes située dans le Val-de-Marne a été saccagée par les voyous après le résultat de l’élection municipale


Bien connue pour sa prison, la bonne ville de Fresnes (Val-de- Marne) l’est désormais pour la vingtaine de citoyens-sauvageons dont on espère bien qu’ils auront au plus vite l’honneur et l’avantage d’y effectuer un séjour, si possible de longue durée.

Ces dynamiques jeunes gens sont mécontents du résultat des élections municipales dans leur cité et le font donc savoir. À leur manière. Idiote, violente, haineuse. Ils ont attaqué la mairie, la maison commune. Carrément.

Il faut dire que, à Fresnes, le résultat des urnes a effectivement de quoi contrarier un petit milieu bien installé dans ses habitudes et ses pratiques lucratives. Lucratives et prohibées par les lois de la République, on s’en doute.

Après quatre-vingt-deux années de ronronnante gouvernance de gauche, voilà bien que ces urnes ont accouché d’un maire LR[1] qui, avec une audace sans pareille, n’a pas craint d’afficher et d’annoncer urbi et orbi ses très mauvaises intentions : renforcement de la sécurité, installation d’un réseau de caméras de surveillance, montée en puissance également de la police municipale. Bref il s’agit de s’efforcer de faire en sorte que la population se sente enfin protégée et puisse retrouver, dans son quotidien, une once de sérénité.

En d’autres termes, le nouveau maire n’a pas craint de donner dans la provocation. Non mais, où va-t-on ! se sont insurgés ces jeunes citoyens devant un tel déploiement de mauvaises manières. Voudrait-on faire de la ville de Fresnes tout entière une annexe de la prison ? Ou un ilot de répression fasciste généralisée, pour dire les choses telles qu’elles sont ? Alors, ces lascars n’ont fait ni une ni deux et sont entrés en Résistance, comme on dit dans ces cas-là. Avec passage à l’acte immédiat. Attaque de la mairie, saccage du premier étage, bris de vitrines, y compris de commerces voisins. Tout vite fait bien fait histoire de montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Et que la vie de la nouvelle municipalité sera tout ce qu’on voudra sauf un long fleuve tranquille.

A ne pas manquer Causeur #144 : Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

Bien entendu, devant une telle situation le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont fait les gros yeux. Probablement, les casseurs de Fresnes en ont-ils été terrifiés au point de s’oublier dans leur froc. On peut rêver[2].

Le message adressé au maire nouvellement élu est des plus clairs. Sa sécurité, ses policiers municipaux, ses caméras, pas de ça chez nous ! Tout est dans le « chez nous », vous l’aurez compris. « Chez moi, ils sont chez eux », disait Mitterrand évoquant les nouveaux venus débarqués en France d’horizons lointains. Comment s’étonner que, à Fresnes comme ailleurs, certains l’aient pris au mot ?

Ils se seront dit que les mauvaises intentions du maire élu seraient sans doute très préjudiciables au bon fonctionnement de leur petit commerce de farces et attrapes en tout genre, ce négoce de moins en moins à la sauvette qui prospère certes à Fresnes mais désormais à peu près partout en France. Oser déranger, entraver l’initiative économique de sa jeunesse locale, voilà ce que le nouveau maire se permet ! A-t-on idée ? Ne devrait-il pas plutôt applaudir devant le dynamisme entrepreneurial dont ces jeunes font preuve, justement ? Et transformer la mairie de Fresnes en point de libre-échange, avec l’organisation d’un grand salon annuel de présentation des dernières innovations flippantes, le tout placé sous la protection de brigades composées d’une main d’œuvre de proximité, les taulards de l’établissement tout proche recrutés dans le cadre d’une politique vigoureuse et enfin efficace de réinsertion ? Voilà qui serait, vous l’aurez compris, de beaucoup préférable à ces ridicules provocations de lendemain d’élection.

Hélas, mes bons amis, à Fresnes, le vivre ensemble façon ultra-gauche libertarienne devra donc attendre encore un peu. Nous en sommes bien tristes, non ?


[1] Christophe Carlier NDLR

[2] Neuf mineurs ont été interpellés ce mardi 31 mars dans la matinée, et placés en garde à vue.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Marcel Gauchet « Un spectre hante l’Europe: le populisme »

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro d’avril


Pour Marx et Engels, le spectre qui hantait l’Europe en 1848, c’était le communisme. Aujourd’hui, selon Marcel Gauchet, c’est le populisme. Tel est le jugement de celui qui vient de publier Comment pensent les démocraties chez Albin Michel. Il explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que nos pensées ne naissent pas nues dans le ciel des idées. Elles reposent sur des structures forgées à partir des réalités sociales. Tel est le sens du mot « idéologie ». Celle du temps présent est « néo-libérale ». Macron est un néolibéral de droite, Mélenchon un néolibéral de gauche. Les deux détestent les frontières et vénèrent l’individu-roi, mais pas de la même manière. En France après les élections municipales, la plupart des commentateurs ne parlent que de Jean-Luc Mélenchon. Mais pour Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier sur le populisme, la véritable reine du jeu s’appelle Marine Le Pen. Tout en incarnant le populisme, le RN surplombe la vie politique française et a plus de chance que LFI d’être présent au second tour en 2027. Face à la colère démocratique, pas sûr que les appels au barrage ou au cordon sanitaire soient alors entendus. Pierre Vermeren analyse la distribution démographique du vote aux municipales : abstention massive, surtout des jeunes, réduction spectaculaire de l’offre électorale dans les villages… ces élections dessinent une France politique désarticulée. LFI fait de bons scores dans de grandes agglomérations, le RN s’impose dans les villes moyennes, mais le pays profond reste attaché à ses élus appartenant aux vieux partis que l’on disait autrefois de gouvernement. Pour Charles Rojzman, les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.

Le nouveau numéro est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 1er chez votre marchand de journaux.

Renaud Camus est-il contagieux ? Notre deuxième dossier du mois commence par un entretien avec l’homme lui-même qui est lourdement attaqué dans L’Homme par qui la peste arriva. L’écrivain n’ayant guère la possibilité de s’exprimer dans les médias, Causeur lui a proposé de répondre à ces accusations. L’occasion de savoir aussi ce qu’il pense des polémiques qu’il suscite, et jusqu’où il est possible de le suivre. Ses propos ont été recueillis par Élisabeth Lévy, Jean-Baptiste Roques et Jonathan Siksou. Ce sont deux journalistes de M le mag qui ont écrit cette « biographie » furieusement à charge. Sans avoir lu son œuvre bien sûr. Le sujet ne manquait pourtant pas d’intérêt. Quentin Verwaerde, l’assistant de l’auteur du Grand Remplacement, qui a passé deux ans auprès de lui, nous livre sa fiche de lecture. De son côté, Cyril Bennasar essaie de faire comprendre Renaud Camus à ses parents. Difficile pour ces vieux Juifs d’accepter son emploi du mot génocide. Pour expliquer le grand remplacement, il est passé par Walt Disney. Mais pour la décolonisation, sujet du dernier essai de Renaud Camus, ces vieux pieds-noirs n’ont pas besoin qu’il leur fasse un dessin.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse ce biais cognitif qui nous fait croire que ce sont les autres qui sont biaisés et jamais nous-mêmes. Elle raconte comment elle a refusé de croire les affirmations de la gauche sur le prétendu « fascisme » de Quentin Deranque. Après les révélations de l’enquête de Mediapart, notre directrice de la rédaction est tombée de sa chaise. Plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux mais qui se sont révélés faux. Dans ces deux cas, la faute que nous avons commise en trouvant plausibles des affirmations qui étaient erronées jettera un discrédit sur nos propos quand nous aurons de bonnes raisons de critiquer l’extrême-gauche.

Gil Mihaely raconte la guerre feutrée que, depuis des décennies, Israël et les États-Unis mènent contre l’Iran. Leurs services de renseignement et des unités spéciales multiplient les sabotages et les éliminations ciblées afin de déstabiliser le régime en permanence. Ces opérations « non militaires » ont tout du film d’action. Je présente l’offensive américaine de 2026 comme le dernier épisode d’un conflit qui dure depuis 1979 et dont chaque phase prépare la suivante. Washington cherche à fragiliser le régime et Téhéran cible l’économie mondiale. Deux stratégies qui s’inscrivent dans le temps long. Alain Neurohr dénonce l’autosuffisance et les erreurs de ces légions de généraux et de diplomates à la retraite qui commentent la guerre sur les plateaux de télé.

Paris, c’est fini ! C’est la conclusion de Jonathan Siksou. Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde, et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue. Causeur n’est jamais fermé à ceux qui expriment des opinions contraires. Nous publions la lettre ouverte d’une électrice LFI, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, qui explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites. La France est une irresponsable qui danse sur un volcan, nous explique Stéphane Germain. L’Hexagone de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles tire sa conclusion des dernières élections municipales : elles ont prouvé qu’aucun parti ne se distingue clairement pour unir des Français profondément divisés. Selon Ivan Rioufol, l’offensive israélo-américaine en Iran confirme la lâcheté des dirigeants européens quand il faut s’attaquer à l’islamisme.  Emmanuelle Ménard rappelle qu’à Béziers, Robert Ménard et son équipe (dont elle fait partie) ont savouré leur 65,6 % au soir du 15 mars. Elle revient sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté. Gilles-William Goldnadel a analysé la couverture du Proche-Orient par France-Inter : comme dans son traitement de l’actualité française, l’odieux visuel public pratique en permanence un double standard moral.

Une bonne nouvelle pour la culture en France ! Éric Naulleau a été nommé à la tête de la rédaction de Lui. L’ancien « magazine de l’homme moderne » peut-il résister face à la pudeur ambiante et à la crise du genre ? Dans un entretien avec Elisabeth Lévy, le président du Parti foutuiste annonce que « tous les dissidents du nouvel ordre amoureux peuvent trouver refuge sous la couverture de Lui, nous leur accorderons bien volontiers l’asile érotique ». Nous qui sommes nombreux à posséder une âme ample et généreuse, il nous faut un « sentiment de la nature », fruit d’une curiosité amoureuse pour les plantes, les bêtes et les paysages. Georgia Ray nous invite à visiter une exposition des ciels de Paul Huet et une autre des herbiers de Rousseau qui nous rappellent que l’écologie véritable est le contraire de notre insensible décompte du CO².

Cambriolages, incendies, fuites d’eau : le patrimoine français est victime de décennies de négligence. Mais le ministère de la Culture se préoccupe davantage de séduire de nouveaux publics que de conserver musées et monuments. Dans son nouveau livre, Maryvonne de Saint-Pulgent tire la sonnette d’alarme. Elle se confie à Bérénice Levet.

François Kasbi nous fait découvrir la vie de Louise Rachel Franck, figure de la bourgeoisie juive parisienne, qui a été l’épouse de Fernand de Brinon, un ultra de la Collaboration, et lui est restée fidèle toute sa vie. Son parcours contre-nature a été raconté par son fils, ancien résistant. Dans Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombres qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant, selon Alexandra Lemasson. Jusqu’à présent, la question culinaire dans les rangs nazis se réduisait à quelques anecdotes, – nous raconte Julien San Frax – comme le végétarisme de Hitler ou la gourmandise de Göring. Mais en ouvrant les portes des salles à manger et des celliers du IIIe Reich, Les nazis à table d’Antoine Dreyfus révèle tout un pan encore méconnu de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort. Enfin, Jean Chauvet nous a choisi le meilleur des nouveautés cinématographiques. Il nous rappelle que quand la fiction fait défaut, on peut toujours se tourner vers le documentaire, source inépuisable de pépites en tous genres, du plus sérieux jusqu’au réjouissant poisson d’avril. Certes, le nouveau numéro de Causeur paraît en kiosque le premier de ce mois, mais c’est tout sauf un poisson d’avril !

Debout, comme une reine

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Alerte sur le patrimoine

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Affaire Bagayoko/CNews: quand la meute crie au loup

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L'émission "Quotidien" accuse CNews de verser dans le "racisme décomplexé". Capture TF1 / TMC.

Ce week-end, Michel Onfray, philosophe et directeur de la rédaction de Front Populaire, a été vivement attaqué sur les réseaux sociaux. Ses propos sur le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko ont été jugés racistes. Une accusation fallacieuse qu’il s’agit de démonter.


En mai 2025, deux journalistes publiaient un livre d’enquête sur La France insoumise intitulé La Meute. Il faut reconnaître que le titre était bien choisi… Car c’est bien à un phénomène de meute numérique qu’ont donné lieu, ce samedi 28 mars, les propos – évidemment décontextualisés – tenus par Michel Onfray sur l’antenne de CNews, dans l’émission de Laurence Ferrari Face à Michel Onfray. Ces éternels offusqués volontaires – journalistes, politiques, militants LFI, anonymes – s’en sont donné à cœur joie. Quand on veut tuer son chien…

« Est-ce que je déforme les propos de Michel Onfray tenus sur CNews devant Laurence Ferrari à propos de Bally Bagayoko en disant qu’ils sont grossièrement racistes ? Tribu primitive, j’aurai les femelles… c’est inouï, c’est ignoble, c’est Onfray », s’est grossièrement indigné le journaliste Jean-Michel Aphatie, rompu à cet exercice de la dénonciation hargneuse. « L’élection d’un maire noir à Saint-Denis fait dégoupiller tous les racistes qui nous expliquent à longueur d’émissions qu’ils ne sont pas racistes », a estimé le journaliste politique chez Libération, Sylvain Chazot. Le secrétaire du PS, Olivier Faure, a quant à lui qualifié les propos de « dérapage raciste  ». Du côté de la France insoumise, les députés du groupe en ont évidemment profité par en appeler à la fermeture de la chaîne CNews (rien que ça). Et nous vous faisons grâce des milliers d’autres messages d’insultes et de menaces, fonds diffus habituel du web.

L’honnêteté, c’est le contexte

À l’origine de la polémique, le philosophe réagissait à cette déclaration en conseil municipal du nouveau maire élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) : « Les urnes ont parlé. Moi, je suis issu du milieu sportif. Même si l’on s’est entraîné pendant des mois, lorsque le résultat tombe, nous faisons allégeance. Nous avons besoin de toutes celles et ceux qui ne vont pas regarder dans le rétroviseur, pas celles et ceux qui vont tenter de remettre un programme qui a été battu dans les urnes. Et donc ces personnes-là, si c’est votre (sic) projet, nous n’aurons pas d’autres solutions que, bien sûr, nous en séparer ». Interrogé par la journaliste Laurence Ferrari sur l’emploi objectivement douteux du mot « allégeance », Michel Onfray a fait part de sa sidération et a alors critiqué cette vision rétrograde du pouvoir. « Il y a quelque chose de clair dans cette profession de foi, c’est que ces gens-là n’ont pas le sens de l’intérêt général et du bien public. C’est la bande. La bande a gagné, donc la bande va imposer sa loi. Et la bande qui a imposé sa loi dit : maintenant, c’est allégeance. Mais ça, c’est très tribal ». Et de poursuivre, « On fait l’allégeance au mâle dominant. Ce monsieur n’est pas un mâle dominant, enfin, je ne sache pas. Ce monsieur, il est un élu et en tant qu’élu, il est normalement le représentant de la totalité de la cité, y compris de ceux qui n’ont pas voté ».

Les propos sont pourtant clairs, mais explicitons pour les malcomprenants : la notion d’« allégeance » appartient à l’univers grégaire, qu’il soit tribal, puis féodal jusque sous l’Ancien régime. Elle suppose un lien de dépendance personnelle et d’inégalité constitutive qu’on retrouve dans la nature (allégeance au mâle dominant) et dans le monde culturel (chef tribal, seigneur féodal). À ce titre, le chef d’un gang qui règne sur un territoire n’est jamais qu’un prolongement de la logique naturelle du mâle dominant qui perdure dans le monde social. Nous sommes des animaux territoriaux sophistiqués. Nous sommes autre chose, bien sûr, mais nous sommes aussi cela. Depuis la Révolution française, notre imaginaire politique a déplacé la notion d’allégeance des rapports interpersonnels vers une idée abstraite, la nation, sur la base du contrat social. Et Michel Onfray de préciser que M. Bagayoko, en tant qu’élu, est précisément un représentant de la nation et doit se comporter comme tel et non comme un chef de bande.

C’est dans le sillage de cette réflexion que Michel Onfray a prononcé les propos qui ont donné lieu à un court extrait de 15 secondes relayé en masse sur les réseaux sociaux. « Mais on n’est pas dans une tribu primitive comme l’a décrit Darwin en disant: vous avez le mâle dominant qui est là, qui décide et qui dit : c’est moi qui décide. Toi, tu auras à manger, toi, tu n’auras pas à manger. Moi, j’aurai les femelles, toi, tu n’auras pas les femelles. Nous allons attaquer, nous n’allons pas attaquer la tribu d’en face ou je ne sais quoi. Ça, ça va bien, il y a des milliers d’années que c’était comme ça, mais c’est plus du tout comme ça maintenant. » Il est bien question de critiquer une logique tribale d’un autre temps objectivement contenue dans la notion d’« allégeance ».

Darwin et l’éthologie

Isolé, donc privé de contexte, l’extrait a été vu et relayé par des militants dont l’honnêteté intellectuelle n’est pas la première qualité mais dont l’objectif éternel est de nuire. Nuire, en éludant tout le développement qui précède et aussi celui qui suit. Bien que rien ne fasse ici allusion à la couleur de peau de qui que ce soit, les élus de la France Insoumise ont hurlé au scandale.

Croyant dans un premier temps que ses propos pouvaient avoir été mal compris par des gens de bonne foi – car il en reste encore, heureusement, même sur les réseaux sociaux, Michel Onfray s’est expliqué dans une vidéo diffusée sur le compte X de Front populaire, renvoyant toujours à Darwin : « j’ai beaucoup parlé du mâle dominant. J’ai beaucoup parlé des tribus primitives parce que je renvoie un philosophe important pour moi qui s’appelle Darwin, qui estime qu’il n’y a pas de différences de nature, mais une différence de degrés entre les hommes et les animaux. Ça ne veut pas dire que j’animalise les hommes, mais simplement que je n’oublie pas que nous sommes des animaux. Donc, j’ai juste dit que quand on renvoyait au concept d’allégeance, on se trouvait dans des logiques éthologiques, des logiques animales qui n’étaient pas celles qu’il fallait privilégier ». Et de conclure, « ça n’a rien à voir avec la couleur de peau de monsieur Bagayoko  ». D’après l’institut Jane Goodall, l’éthologie, étymologiquement « étude des mœurs », correspond à «  l’étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d’observation et de quantification des comportements animaux  ». Cet institut serait-il raciste en ce qu’il inclut l’homme dans les espèces animales ? Non car, que l’homme soit un animal, c’est précisément Darwin qui le démontre avec la publication de L’Origine des espèces, en 1859. Un processus évolutif bien connu de Jean-Luc Mélenchon lui-même, puisque ce dernier en a donné une interprétation personnelle dans un récent meeting, mercredi 18 mars : « Il a bien fallu un jour qu’il y en ait un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez ici en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes ». « Sur ses pattes »… Personne pour relever ? Sans parler du reste.

L’œuvre ne ment jamais  

Michel Onfray aurait-il sorti de son chapeau un livre d’éthologie pour esquiver la polémique ? Ce serait oublier son œuvre, qui parle pour lui : Dans Miroir du nihilisme : Houellebecq Éducateur (2017), le philosophe écrit de l’écrivain que son livre Soumission (2015) est « le grand roman de la collaboration. La soumission aux puissants du moment relève de l’éthologie : elle suppose la fascination des âmes en peine pour la puissance qui les méprise et veut leur sujétion ».

En 2014, sur un podcast France Culture — émission louée alors à l’époque par toute l’intelligentsia qui le conspue aujourd’hui — consacré à « une éthique sans morale », il en rappelle les principes : « savoir que l’homme et l’animal diffèrent en degrés, pas en nature ». Il ajoute qu’il convient de « faire de l’éthologie la première science de l’homme ». Allons chercher bien plus loin dans le temps encore. Dans un entretien datant de 2002 dans la revue Le Philosophoire, il explique à Vincent Citot que « le rire (…) est une spécificité de l’Homo Sapiens » et que « la psychanalyse, entre autres, l’éthologie également, permettent d’appréhender le corps en matérialiste ». Réponse des militants de mauvaise foi : le problème est de parler de « tribus primitives » à propos d’un responsable politique noir ! On croit rêver. À bien les comprendre donc, il faudrait exclure les noirs de toute référence à l’éthologie et à l’anthropologie pour ne pas prêter le flanc à de potentielles conceptions racistes. Les racialistes ne sont-ils pas précisément ceux qui créent un lien entre la notion de tribalisme et la couleur de peau de la personne visée ? Les tribus primitives, c’est l’enfance du monde et elle concerne de fait l’humanité entière. Dans L’art d’être français (2021), Michel Onfray note : « L’histoire de France, des tribus primitives de Lascaux à sa christianisation, est une aventure de plusieurs millénaires ». Est-ce du racisme anti-français ? Un peu de sérieux ne nuirait pas. Dans Cosmos (2015), premier tome de la trilogie Une brève histoire du monde, le philosophe consacre des pages admiratives au continent africain et rend hommage à « la grande santé animiste africaine », à un « génie africain » dévitalisé par l’Occident, à un art africain qui « a subi la loi du Veau d’or, loi de l’Occident ». On a connu propos plus racistes. Dans les faits, les lecteurs de Michel Onfray, qui ne se contentent pas – gloire leur soit rendue – d’extraits digitaux de 15 secondes, savent bien que les accusations portées contre lui sont absurdes. Dans Esthétique du pôle Nord (2002), il fait l’éloge des Inuits et de leur manière d’être au monde sans arrière-mondes. Dans Théorie du voyage (2007), il fait l’éloge des voyageurs nomades, des Touaregs aux Gitans. Dans Inframince (2024), il médite l’être au monde japonais, sa tradition, sa vie ritualisée, sa spiritualité sans dieu, son acceptation de l’impermanence des choses. On pourrait continuer ainsi longtemps. Tout une partie de l’œuvre onfrayen est consacré à faire l’éloge du divers, donc à une condamnation en miroir de l’ethnocentrisme. On peut tronquer une émission de télé ; pas une bibliographie à trois chiffres.

Une critique républicaine

Mais revenons une dernière fois à l’émission justement. Quinze petites secondes peuvent-elles suffire à résumer un propos complexe ? À l’évidence, non. Le raisonnement de Michel Onfray ne s’est pas arrêté là, au contraire d’une vidéo coupée au mauvais moment, dans une volonté assumée de nuire. La suite éclaire le discours global : « Il faudra dire à ce monsieur qu’on n’est pas dans une théocratie (…) la théocratie, c’est fini, le pouvoir d’un seul, c’est fini, une espèce de domination tyrannique d’un individu qui dira : il va y avoir une allégeance. Il y a eu de l’allégeance jadis, quand il y avait des chevaliers, quand il y avait des suzerains, quand il y avait des vassaux ». Et de conclure : « Si ce monsieur veut restaurer la féodalité et la théocratie, qu’il nous le dise ». Encore une fois, l’argument d’un Michel Onfray faisait une référence à la couleur de peau tombe à l’eau.

Un peu plus tard dans la même émission, Michel Onfray évoquera le sort des musulmans en France. Estimant qu’il « nous faut des gens qui défendent la nation, qui défendent la patrie, qui défendent le peuple français, qui défendent la souveraineté nationale et pas des gens qui attaquent les musulmans parce qu’ils seraient musulmans », il ajoutera : « un musulman qui a envie d’être français, il est, pour moi, préférable à quelqu’un qui sera, je ne sais pas, un agnostique qui ne voudrait pas être français. La question n’est pas la religion, la question est le désir de refaire la France ». Un propos d’un républicanisme inattaquable qui semble ne pas avoir beaucoup intéressé les cadres de LFI.

Ces deux séquences permettent de démontrer à nouveau que le fil conducteur du raisonnement de Michel Onfray est bien la défense du cadre politique républicain. La demande d’allégeance de Bally Bagayoko, en admettant même qu’elle puisse être surinterprétée, charrie un imaginaire clanique, féodal, tribal, comme on voudra, mais quoi qu’il en soit anti-républicain. Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un intellectuel en fasse l’analyse et en pointe la dangerosité potentielle, qu’on souscrive ou pas aux références mobilisées.

La stratégie du contre-feu

Ce lundi, en s’appuyant sur les propos – eux aussi taxés de racisme – du psychologue Jean Doridot et prononcés le jour précédent (vendredi 27 mars) sur CNews, Bally Bagayoko a appelé à une manifestation « contre le racisme et contre le fascisme » en prévision du samedi suivant. Un « rassemblement populaire, citoyen », avec pour objectif de dénoncer « le racisme, les discriminations et la haine de l’autre ». Il a également annoncé le dépôt d’une plainte contre CNews. Des députés LFI, comme Mathilde Panot, ont annoncé saisir l’Arcom, dénonçant un racisme «  crasse et décomplexé  ». De son côté Jean-Luc Mélenchon a critiqué « les médias, les sondages », qui «  manipulent, mentent, alimentent un racisme à vomir et prennent continuellement notre peuple pour un bétail sans mémoire ni pensée ».

Pour la France Insoumise, la séquence médiatique actuelle est une aubaine. Elle permet de faire oublier Raphaël Arnault, les sorties polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur les « blancs moches », la « nouvelle France », et les scènes houleuses de passation de pouvoir au sein des communes municipales incluant des membres de LFI. Dans plusieurs villes, les maires sortants ont quitté l’hôtel de ville sous les huées et les insultes, et parfois même sous escorte policière. Assurément une belle leçon de républicanisme et de lutte contre « la haine de l’autre ».

Polémique au CNC: Ultia n’a pas tort

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Capture d'écran de la chaîne YouTube de la vidéaste "Ultia". DR.

Le CNC évince Ultia de l’une de ses commissions. Pourtant, la streameuse n’a fait que briser l’omerta en révélant la semaine dernière sur Twitch les mécanismes de « copinage » qui régissent le choix des films ou des créateurs de contenu soutenus financièrement par l’institution.


Des soupçons de favoritisme ? Dans un tweet publié sur X, le Centre national du cinéma (CNC) a annoncé jeudi dernier mettre fin aux fonctions d’Ultia au sein de la Commission du fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales. Ultia est une streameuse assez connue sur Internet, c’est-à-dire une personne diffusant des vidéos dans lesquelles elle se filme et donne son avis essentiellement sur les jeux vidéo… Des « métiers » dont on a parfois encore un peu de mal à comprendre l’utilité sociale – mais passons… La décision du CNC vient en réponse à des propos tenus par Ultia dans lesquels elle expliquait à sa communauté que dans sa nouvelle fonction de juré pour la commission destinée à financer des projets, elle ne sera pas très impartiale. Si le projet vient d’un de ses proches : « Bah ouais mec ! Prends la thune du CNC et fais ton projet, je te soutiens, c’est évident, c’est mon ami », mais si le projet vient d’une personne par exemple d’extrême droite : « Désolé ! Bah non, en fait ». Le CNC a précisé dans son communiqué que « ces propos contreviennent manifestement à l’obligation de neutralité, d’indépendance et d’impartialité qui s’impose à tous les membres des commissions appelées à formuler un avis sur l’attribution des soutiens financiers ».

Cinéma d’après-guerre et exception culturelle

Suite aux accords franco-américains dits « Blum-Byrnes » du 28 mai 1946 qui prévoyaient dans un premier temps un nombre limité de films américains pouvant être importés en France pendant une certaine période afin de permettre à l’industrie cinématographique française de se reconstruire après-guerre, mais en contrepartie de quoi il ne fallait aucune restriction à l’importation de ces films nord américains, le CNC a été créé la même année afin de rassurer les professionnels français qui craignaient que passé cette période de contingentement, leur production ne puisse faire face à l’assaut des États-Unis en raison de l’interdiction des mesures restreignant leur importation. La solution fut donc de soutenir le cinéma français pour le protéger avec tout un dispositif d’aides financières. Depuis, la France n’a fait qu’augmenter le poids du CNC avec un soutien financier incomparable dans le monde (au nom de la fameuse et légitime exception culturelle), et a diversifié ce soutien en passant du cinéma dans un premier temps, à l’audiovisuel, aux programmes télévisuels, aux jeux vidéo et donc désormais même aux contenus sur les plateformes comme YouTube et les réseaux sociaux.

A lire aussi: Culture et médias publics: il est temps d’en finir avec la propagande aux frais du contribuable

À la différence de la plupart des fonds de soutien, le CNC ne se contente pas d’aides « sélectives », mais propose également (et même majoritairement) des aides « automatiques » basées sur des critères objectifs, le plus souvent le succès commercial, et qui sont sujettes à une fréquente obligation de réinvestissement.

Mauvais genre

On peut comprendre la gêne du CNC vis-à-vis des déclarations intempestives d’Ultia, car cela fait mauvais genre pour une institution publique qui doit toujours défendre son rôle pourtant primordial pour ne pas se voir imposer un imaginaire unique, le plus souvent hollywoodien. Cependant, il serait plus juste d’admettre que les propos de cette streameuse révèlent un défaut intrinsèque des aides sélectives. Marc Fumaroli regrettait lui-même que « le système a en effet soumis scenarii et projets au goût des coteries », mais c’est une subjectivité inévitable dès lors qu’il y a une sélection par un jury, seule la composition pluraliste des commissions d’attribution peut pondérer cet effet pervers du système.

Ainsi, le fait qu’une « personnalité » comme Ultia, affirme avec un peu trop de légèreté et de franchise qu’elle votera pour des projets selon ses opinions, peut choquer de prime abord, alors qu’il s’agit en fait d’un truisme que vient contester la pudeur de gazelle du CNC défendant là bien mal le modèle pourtant vertueux et nécessaire du financement public du cinéma et de l’audiovisuel.

Quand Macron fait sa Marie-Antoinette

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Paris, 26 mars 2026 © Eric TSCAHEN / POOL/SIPA

Un artiste guadeloupéen a peint le président avec la tête en moins, et la justice a décidé que pareil « talent » méritait une petite explication sérieuse au tribunal. Je n’aime pas la peinture de Blow, mais il ne devrait pas être poursuivi pour une simple croute, estime notre rédactrice en chef dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


Poursuivi par Emmanuel Macron, le peintre Blow a été jugé en Guadeloupe. C’est un tableau ironiquement intitulé Non-lieu qui a conduit Blow, François Moulin à la ville, devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre jeudi dernier. On y voit un homme drapé dans le drapeau guadeloupéen, tenant à bout de bras la tête sanguinolente du chef de l’État. C’est passablement gore. Âmes sensibles, s’abstenir (voir ci-dessous). Il a été présenté dans une exposition sur les ravages du chlordécone, pesticide utilisé aux Antilles jusqu’en 1993, qui aurait, selon Santé publique France, contaminé 90 % de la population.

Blow était jugé avec deux responsables de l’exposition pour provocation à commettre un crime. Si le plaignant avait été moins illustre, sa plainte aurait certainement fini au panier, vu qu’il ne s’est pas constitué partie civile, laissant au parquet le soin de décider des suites. Le président de la République est à l’origine des poursuites, mais n’a pas voulu être partie au procès : c’est petit bras. Du reste, la procureure a fait le service minimum. Tout en estimant que, dans un contexte propice à la violence, il fallait condamner la diffusion du tableau, elle n’a demandé aucune peine.

A ne pas manquer, éditorial: Je me suis fait biaiser

L’artiste devrait-il être sanctionné ? Non. Et même pas poursuivi.

Je n’aime pas ce tableau et je n’aime pas les affects robespierristes omniprésents en France. Je suis atterrée par la haine délirante d’une partie des Français envers le président Macron. Je réclamerais une sévérité sans faille pour quiconque attenterait à sa personne. Par ailleurs, je suis fort agacée par le procès en « colonialisme masqué » que Blow fait à la République. Mais personne ne s’en prendra au président à cause de cette œuvre. J’y vois même de la susceptibilité déplacée. Si j’osais, je dirais qu’Emmanuel Macron fait sa Marie-Antoinette. Du reste, ce dernier n’a pas protesté quand on a glorifié l’exécution de la Reine lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était de l’art ? Alors Blow aussi. On ne punit pas la haine. On ne punit pas les artistes, caricaturistes ou humoristes. On peut les critiquer, les détester. Mais, comme disait De Gaulle à propos de Sartre, « on n’embastille pas Voltaire ». La justice n’est pas un ministère de la Censure. Le jugement est attendu le 21 mai. Le tribunal prononcera peut-être, conformément aux réquisitions, une condamnation symbolique, pour faire plaisir au président. Cela créerait un fâcheux précédent. Si la liberté d’expression garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a un sens, elle devrait conduire à la relaxe. Je n’aime pas la peinture de Blow, mais je me battrai pour qu’il puisse la montrer.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Je me suis fait biaiser

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La journaliste Elisabeth Lévy © Pierre Olivier

L’éditorial d’avril d’Elisabeth Lévy


L’idéologie, c’est les autres. Chacun est convaincu que ses opinions sont le pur produit de sa raison et de l’observation scrupuleuse du réel. Y compris votre servante. La « pensée gramophone », comme disait Orwell, c’est toujours le camp d’en face. Si d’aucuns ont l’outrecuidance de ne pas partager mon récit et mon point de vue, c’est qu’ils se trompent, soit parce qu’ils sont abusés par leurs croyances mensongères, soit parce qu’ils la fabriquent pour servir de funestes desseins – des gogos ou des salauds. Péguy, pardonnez-leur, ils ne voient pas ce qu’ils voient. De plus, nous sommes naturellement enclins à discréditer le message quand le messager nous déplaît. Je crois plus volontiers Bruno Retailleau que Thomas Portes – en l’occurrence, j’ai raison car le gars n’est vraiment pas étouffé par l’honnêteté.

Au lendemain du tabassage à mort de Quentin Deranque par des brutes liées à la Jeune Garde, proxy notoire de LFI, les bons esprits se déchaînent contre la victime – tout en répétant que, même des idées aussi nauséabondes que les siennes ne méritent pas la mort. Comme nombre de mes amis et camarades, je m’étrangle de rage. Salauds de gauchistes, que même la mort atroce d’un jeune homme ne fait pas taire. J’écris alors ceci : « Ses affiliations, réelles ou supposées, surtout supposées, remplacent la jupe trop courte de la fille violée. Le 15 février, le jeune homme est déjà qualifié dans Libération de militant d’extrême droite. Le 16, Le Monde évoque « un étudiant traditionaliste au croisement des chapelles de l’extrême droite radicale ». Le 20, sous la plume de Daniel Schneidermann, il devient un « militant néofasciste ». Le même jour, Ségolène Royal décroche haut la main le pompon de la dégueulasserie en s’indignant que l’Assemblée ait rendu hommage à « un militant présumé néonazi et antisémite ». » Même après l’hommage de Lyon, où les parrains de l’extrême droite française se pavanent en tête de cortège, je reste persuadée que le jeune homme était juste un catho un peu exalté. La preuve : Ségolène Royal et Schneidermann le traitent de facho.

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Je ne pensais pas écrire un jour cette phrase, mais Royal et Schneidermann avaient raison. Et j’avais tort. C’est à cause de mon biais cognitif – ne faites pas les malins vous avez le même. On voit ce qu’on croit. Le 12 mars, je tombe de ma chaise en découvrant l’enquête de Mediapart, qui a déniché des milliers de messages publiés par le jeune homme sur X et sous pseudo à partir du printemps 2023[1]. Intellectuel propre sur lui et catholique engagé à la ville, Quentin Deranque était sur la scène numérique un fasciste assumé, un admirateur goguenard d’Hitler et un raciste de compétition. Petit florilège : « On veut le fascisme » ; « La violence politique est intrinsèque à la politique quand on a un peu de caractère » ; en commentaire d’une vidéo sur l’esclavage intitulée « la chasse aux nègres », il écrit : « Projet 2027 » ; réagissant à une intervention de la survivante des camps nazis Ginette Kolinka : « on en a rien à foutre de ce disque rayé ». Répondant au petit-fils de Simone Veil : « Question : il y a plus d’enfants morts à cause de votre grand-mère ou à cause du camp de Bobrek ? » Un bon petit gars vous dit-on. D’après un de ses amis interrogé par Mediapart, il se nourrissait surtout d’Aristote, saint Thomas d’Aquin, et Patrick Buisson : « le reste ce sont des running gags entre amis ». Même à la fin de soirées très arrosées, je n’ai aucun ami susceptible de faire ce genre de blagues.

L’avocat de la famille Deranque s’indigne qu’on exhume ces informations sans respecter le deuil. Mais on ne peut pas faire de sa mort un événement politique quand ça nous arrange et hurler à l’instrumentalisation ensuite. Quentin Deranque n’a certainement jamais fait de mal à une mouche, même s’il avait démarré un entraînement au combat. Ses idées détestables ne changent rien au fait qu’il a été lynché par des ordures. N’empêche, avec le recul, le spectacle de l’Assemblée nationale recueillie pour une minute de silence est pour le moins embarrassant. Même Panot et ses camarades, légèrement tassés dans leurs fauteuils après avoir essuyé sans broncher accusations et critiques, ont communié dans la gravité. Pour une fois qu’ils se tiennent bien, c’est pas de chance.

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On me dira que, dans le combat idéologique, comme dans la guerre amoureuse, il ne faut jamais avouer, jamais reculer et que, malgré l’article de Mediapart, la mort de ce jeune embarrasse l’extrême gauche. Sauf que les mensonges se tiennent par la barbichette. Nul n’osera plus enquiquiner les Insoumis avec les agissements de la Jeune Garde de peur de se prendre en boomerang les gracieusetés numériques de Gavariou ou PatricienD. Et puis, le mensonge, c’est contagieux. Récemment, plusieurs confrères ont prêté au nouveau maire de Saint-Denis des propos odieux – « Saint-Denis ville des noirs ». C’était plausible, mais là encore, c’était faux. D’ailleurs, tous se sont rétractés, mais Mélenchon aura désormais beau jeu de crier à la calomnie quand on attaquera Bally Bagayoko pour de bonnes raisons – qui ne manqueront pas.

Entre sa mère et la Justice, Camus choisit sa mère parce que la Justice pourrait tuer sa mère. La vérité ne va pas tuer la mienne, alors qu’elle me pardonne mais entre la vérité et ma mère, je choisis la vérité. Je suis peut-être un mauvais soldat dans la guerre des idées, mais je préfère avoir raison avec Mediapart que tort avec CNews. Heureusement, ça n’arrive pas souvent, parce que ça fait mal.


[1] « Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne », Alexandre Berteau et Marie Turcan, Mediapart, 12 mars 2026.