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Syrie : Assad est-il bon pour le musée ?

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Dans cette période chaotique et meurtrière en Syrie, il est réconfortant d’apprendre que certaines affaires décisives suivent leur cours comme si de rien n’était. Comme souvent, cette pérennité, c’est à la culture qu’on la doit, ou plutôt, à La Culture, avec plein de majuscules partout, celle qui permet de tisser de liens entre les peuples.

C’est donc avec joie que nous accueillons dans les colonnes de Causeur ce petit communiqué de l’ambassade de France à Damas que vient de publier le site de TV5 Monde en espérant qu’une version arabe a été mise à la disposition des citoyens et citoyennes syriens et syriennes. En cette période d’angoisse, pourquoi priver les habitants de Deraa, Banias ou Homs d’un petit instant de bonheur, aussi fugace soit-il ?

Mettons donc fin à cette longue introduction et goûtons, sans bouder notre plaisir, cette petite bonne nouvelle qui nous vient, comme ça, comme un rayon de soleil printanier, de Damas :

« Le 19 février 2011, se sont ouverts les travaux du second comité de pilotage franco-syrien relatif à la coopération culturelle. » Ah les diplomates avec leur vocabulaire si riche où jamais la poésie ne cesse d’affleurer… Claudel n’est pas loin, Saint-John Perse non plus… Mais vous n’avez encore rien vu, le meilleur est à venir : « Du côté français, étaient présents à cette occasion l’ambassadeur, Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, et Olivier Henrard, conseiller à la présidence de la République pour la Culture, accompagnés de représentants des ministères français de la Culture et des Affaires étrangères, et des écoles françaises spécialisées. Du côté syrien, étaient présents le ministre de la Culture, Riad Esmat, son collègue en charge de l’Enseignement supérieur Ghiath Barakat, le gouverneur de Damas et des représentants du cabinet de la Première Dame. »

A tout seigneur tout honneur ! il ne faut pas pour autant oublier les petites mains et les grands esprits qui sont à l’œuvre, car les bonnes choses, celles qui font avancer l’humanité et rapprochent les peuples, n’arrivent pas toute seules :
« Les participants, tout au long des deux jours de travaux, ont pu notamment échanger sur les objectifs et les aspects opérationnels des projets de corridor culturel et de réforme muséale en Syrie. Ce comité, qui a permis également de renforcer les mécanismes de travail entre les deux parties, marque une nouvelle étape dans la coopération inaugurée en 2008 dans le domaine patrimonial et muséal, avec la définition de projets opérationnels destinés à être mis en place sur le court terme. » Nous ne pouvons que saluer les efforts et les sacrifices et féliciter les participants pour avoir marqué – et si bien – une nouvelle étape ! vite, marquez encore et encore d’étapes !

Et finalement, pour clouer le bec à tous ceux – et toutes celles – qui se moquent du président Bachar el-Assad, qui le critiquent pour un prétendu manque de volonté de reformes, voilà qu’on apprend que la réforme muséale est bel et bien sur les rails !

PS : Les collectionneurs, les pervers légers et ceux qui s’ennuient très fort durant les vacances de Pâques pourront trouver ici le communiqué intégral de notre ambassade à Damas

Dollar : on n‘a encore rien vu…

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Ce que d’aucuns ont qualifié hier de « bombe » – à savoir la mise en garde adressée aux Etats-Unis par l’agence Standard & Poor’s concernant leur notation AAA – est en réalité un non événement. D’autres instituts pourraient certes emboîter le pas à S&P, encore qu’il est quasiment certain qu’ils attendront la fin de la présidentielle de 2012, tout comme il est vraisemblable que les USA perdront à moyen terme ce AAA…

Il était on ne peut plus prévisible que ce qui portait doctement l’appellation de « baisses de taux quantitatives » et qui consistait prosaïquement à activer à outrance la planche à billets, mette KO les finances d’une nation déjà durement éprouvée par les crises des subprimes et du crédit. En fait, la combinaison de cette crise souveraine américaine (encore en gestation) et des conflagrations de l’Europe périphérique enverront au tapis la reprise économique mondiale qui se profile depuis quelques mois.

La précarité des comptes US pourraient certes ne pas se traduire mécaniquement par une envolée du financement de ses déficits et, à cet égard, le cas japonais est encourageant. Voilà en effet un pays qui, en dépit de crouler sous une catastrophe fiscale et budgétaire depuis de longues années, parvient quand même à financer ses ardoises à des taux très intéressants.

Toutefois, contrairement au Japon qui est le premier investisseur mondial, les Etats-Unis disposent d’une épargne nationale négligeable et sont de ce fait entièrement dépendants des fonds étrangers … qui seront évidemment accordés plus chèrement en cas de dégradation de sa notation. La crise souveraine US « en gestation » verra donc le jour à l’horizon 2013 car ce pays, dont le déficit de la balance des paiements est proprement gigantesque, ne saurait éternellement compter sur la Chine pour financer son train de vie. Le grand déclencheur sera la chute substantielle du dollar qui se prépare…

Badiou partout !

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Dans un court livre coécrit avec son éditeur Eric Hazan (L’Antisémitisme partout), Alain Badiou revient sur l’accusation d’antisémitisme portée contre lui. À cette question venue sur le devant de la scène des débats politiques et intellectuels entre 2005 et 2009, après la parution de De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Badiou a déjà maintes fois répondu, en particulier dans une tribune parue dans Le Monde le 25 juillet 2008 sous le titre « Tout antisarkozyste est-il un chien ? ». Le débat semblait en grande partie clos. On peut donc s’interroger sur les raisons de cette nouvelle défense pro domo, présentée d’ailleurs pour ce qu’elle est en réalité : une « attaque ».

Revenons rapidement sur les origines de la question. À la suite de la parution de Circonstances 3, puis de Circonstances 4, Badiou est accusé (Bernard-Henri Lévy) ou se sent accusé (Frédéric Nef, Roger Pol-Droit, Eric Marty, Pierre Assouline, Jean-Claude Milner, Pierre-André Taguieff) d’antisémitisme par des intellectuels que le philosophe soupçonne, à tort ou à raison, de militer en faveur de Sarkozy ou du sarkozysme, courant de pensée que Badiou assimile alors à une sorte de pétainisme éternel.

Badiou voit ainsi l’accusation d’antisémitisme dans un essai d’Eric Marty (Une querelle avec Alain Badiou, philosophe, Gallimard), contributeur régulier de la revue Le Meilleur des Mondes aujourd’hui disparue, mais considérée à l’époque comme un « nid » de néo-conservateurs français. Il la voit aussi dans les commentaires de Jean-Claude Milner et de Pierre Assouline, ce dernier s’étant interrogé sur les propos tenus par Badiou lors d’un séminaire à l’ENS qualifiant Sarkozy d’« homme aux rats » et ses électeurs de « rats ».

Badiou et Hazan reviennent sur ces différentes accusations, du moins sur ce qu’ils perçoivent comme des accusations, puisqu’aussi bien Eric Marty que Pierre Assouline se sont défendus de considérer Badiou comme antisémite – Assouline se demandant simplement en quelle année on avait bien pu comparer des êtres humains à des « rats » en France.

Alors quoi ? Toute personne ayant lu Badiou sait que le philosophe n’est pas antisémite, mais obsédé par l’Etat d’Israël et la situation en Palestine – ce qui n’est pas la même chose. Si Badiou n’est pas soupçonnable d’antisémitisme, à quoi rime la parution de ce livre ? C’est que l’objet du texte n’est pas, pour Badiou, de répondre à l’accusation d’antisémitisme dont il fut ou s’est senti victime. Il s’agit en réalité d’un pamphlet accusatoire.

Badiou et Hazan s’interrogent d’abord sur les conditions dans lesquelles ce débat est né. Ils considèrent que l’accusation portée contre Badiou s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la montée d’une vague d’antisémitisme en France à partir de 2002. Cette vague a été mise en évidence par de nombreux travaux, dont ceux de Pierre-André Taguieff. C’est cependant l’existence même de cette vague antisémite que Badiou conteste, d’où le titre de son livre « l’antisémitisme partout », en forme d’ironie provocatrice.

Pour Badiou, la remontée de l’antisémitisme en France depuis le début du XXIe siècle est plus qu’un mythe, c’est une construction intellectuelle et militante : elle serait destinée à légitimer toutes les conceptions politiques pro-sionistes.

L’argumentation de Badiou pèche sur plusieurs points. En premier lieu, l’existence d’une nébuleuse néo-conservatrice dans les milieux intellectuels français prête à discussion. Il faut n’avoir pas lu sérieusement, par exemple, la revue Le Meilleur des Mondes pour y voir un simple organe de pensée néo-conservatrice. Cette revue était beaucoup plus complexe que cela. Les personnes incriminées par Badiou ne se reconnaissent évidemment pas dans cette accusation. Concernant la présence ou non d’un antisémitisme fort dans notre pays, Badiou et Hazan minimisent volontairement les indicateurs dont ils ont connaissance, insistant par exemple sur l’affaire de la fausse agression antisémite de « Marie L. » dans le RER D en 2004, omettant volontairement d’autres affaires comme celle de l’assassinat d’Ilan Halimi par le gang des « barbares ».

Si la défense de Badiou sur le thème « je ne suis pas antisémite » est convaincante, il n’en est pas de même de l’attaque du philosophe sur le thème « vous avez inventé un antisémitisme qui n’existe pas ». Du coup, la cible principale de ce petit essai fait flop. En employant le terme d' »instrumentalisation », Badiou veut simplement montrer que le « complot » en faveur d’Israël, à l’œuvre, pense-t-il, dans les milieux intellectuels français, viserait à masquer la responsabilité de l’Etat israélien dans les réactions de haine dont il est victime, particulièrement dans nos banlieues. Un des objets de ce complot serait de « stigmatiser » la jeunesse issue de l’immigration et, de ce fait, de mener une opération de propagande bourgeoise contre les classes laborieuses…

On le voit, le logiciel du vieux mao n’a guère évolué. Il s’agit essentiellement de cela : montrer du doigt « le réel et principal responsable ». Du point de vue de Badiou. Et accessoirement, de jouer sur les notions d’antisionisme et d’antisémitisme afin d’alimenter de nouveau le débat, et pourquoi pas l’accusation d’antisémitisme. Tout en se tenant à l’écart de tout ce qui vient de la gauche et qui est clairement antisémite, en particulier les courants groupusculaires qui ont donné des listes électorales antisionistes il y a peu. Pour Badiou, les hommes de gauche devenus antisémites ne sont plus de gauche. Tout n’est-il pas bon pour défendre la citadelle apparente de la pureté politique que serait la gauche radicale ? Au fond, peut-être est-ce cela qui inquiète réellement Badiou, cette présence d’un antisémitisme de gauche, plus que l’existence de néo-conservateurs en France…

Du reste, les accusations repérées par Badiou à son encontre sont-elles à l’origine de cette polémique ? Ce n’est pas certain. Badiou feint tactiquement d’être victime d’une offensive néo-conservatrice française. Où sont les intellectuels, où sont les livres niant le droit à l’existence de la Palestine ? Il y a des penseurs, des intellectuels des livres qui défendent le droit à l’existence d’Israël et une position critique quant aux modes d’actions des mouvements palestiniens. Ces positions sont perçues comme étant anti-palestiniennes, parce que le logiciel de l’extrême-gauche pro-palestinienne ne peut plus penser en dehors d’un manichéisme pauvre. C’est pourquoi Badiou ne peut voir que les accusations auxquelles il répond sont, à l’origine, une réaction à la présence forte, en France, d’un refus du droit à exister pour Israël.

Ainsi, il ressort de cet essai un manichéisme qui ne fait pas, en apparence, honneur à Badiou. Ce point de vue est cependant erroné : le philosophe ne cherche pas à philosopher mais à militer. Si une chose est bien plus intéressante à observer dans la pensée de Badiou que la présence d’un éventuel antisémitisme, c’est bien cela : cette pensée en est restée aux années 1970, époque où la philosophie se confondait avec le militantisme manichéen, où l’on était dans le camp du bien ou dans celui du mal. Cette pensée poussiéreuse survit, avec les mêmes modes de fonctionnement qu’hier, ne s’interrogeant aucunement sur le vrai, le juste, le bien ou le mal. Son objet n’est pas de réfléchir sur un fait mais uniquement de trouver le vecteur permettant d’utiliser ce fait à des fins militantes. En ce sens, la militance pro-palestinienne et antisioniste de Badiou, sous couvert de lutte en faveur des peuples opprimés, est avant tout une manipulation de la cause palestinienne à des fins de développement philosophico-politique militant personnel. La Palestine est ici le mode d’accès à une « révolution » en France. Cette fausse posture en rejoint une autre, celle d’être passé sous silence, d’être un martyr ou presque, alors que le philosophe est présent partout, émissions de radio et de télévision, presse, librairies, universités, etc. De cela, il convient d’être méfiant. La question du Proche-Orient mérite sans doute de meilleurs avocats que ceux de cette sempiternelle fabrique du virtuel.

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Les témoins de Jéhovah de l’islam cambodgien

photo : Bruno Deniel-Laurent

« Comment ça, c’est difficile de devenir musulman ? » Le docteur Abdul Coyaume, intellectuel du mouvement Tabligh au Cambodge, m’observe avec suspicion. Je viens de faire remarquer à l’honorable docteur que toute conversion, quelle que soit la religion que l’on embrasse, est un processus délicat qui peut créer des déchirements à l’intérieur de sa propre famille. Mais pour Abdul Coyaume, ça ne peut pas être le cas lors d’une conversion à l’islam : « Le Coran est la parole de Dieu, et personne ne peut refuser la Vérité quand elle s’offre à lui ! Pourquoi, alors, ce serait difficile pour un bouddhiste de devenir musulman ? » Nous n’irons pas plus loin. Le discours du docteur Abdul Coyaume est à l’image de celui de tous les prosélytes : c’est un enivrant mélange de naïveté et de rudesse, de moralisme et de séduction. En flattant ma foi catholique tout en célébrant la révélation coranique, il m’a un peu fait penser aux syllogismes de Si Hamza Boubakeur (le père de Dalil) qui, dans un de ses livres, invitait les chrétiens au dialogue, mais en posant comme condition audit dialogue l’abandon par ceux-ci du dogme de l’incarnation ![access capability= »lire_inedits »]

Le docteur Abdul Coyaume n’a pas de telles exigences. D’ailleurs, convertir les chrétiens ou même les bouddhistes n’est pas l’objectif premier des membres du Tabligh cambodgien. Le but premier de ce mouvement prosélyte transnational, né en Inde dans les années 1920 et actif dans toute l’Asie du Sud-Est, c’est ici d’assurer la « réislamisation » des musulmans cambodgiens (les Chams), coupables à leur yeux de pratiquer un islam plus ou moins dégénéré. La régénération passe donc par un retour aux toutes premières sources de l’islam et une identification au Prophète jusque dans les moindres détails (les hommes doivent s’habiller, se comporter, dormir comme lui ; les femmes doivent vivre à l’imitation des épouses de Mahomet, etc.) ; en outre, chaque membre du Tabligh doit aussi offrir son temps et son argent à la propagation du message, participer à des sorties en groupe afin de convaincre les autres musulmans de renoncer à leurs pratiques « déviantes ». Evidemment, ce que les tablighis appellent ici « islam dégénéré », c’est l’islam vernaculaire des Chams cambodgiens, fruit d’une histoire et de traditions singulières.

Singulière, l’histoire des musulmans cambodgiens l’est assurément, la plupart d’entre eux étant les héritiers d’un royaume disparu, le Champa, envahi par les Vietnamiens au XVe siècle. Vaincus et envahis dans leur propre royaume, les Chams se sont réfugiés au Cambodge par vagues successives, embrassant alors l’islam de leurs cousins malais avant de trouver leur place à côté de la majorité bouddhiste, fournissant même certains dignitaires au royaume khmer.

Descendants d’un empire défait mais croyants en Mahomet, les Chams oscillent donc entre fidélité à leur mémoire historique et leur participation à la Oumma. C’est ce compromis que semblent refuser les tablighis, m’explique l’okhna Knour Kei Toam, l’un des plus éminents dépositaires de la culture chame et, à ce titre, conseiller du roi du Cambodge. Dans le village de O’Russei, près de Kampong Chhnang, l’honorable vieillard reçoit les visiteurs avec une simplicité non feinte, toujours prêt à exposer les particularismes de l’islam cham.

Contrairement aux tablighis, l’okhna Knour Kei Toam aime inscrire sa communauté dans une triple fidélité, se revendiquant à la fois de la citoyenneté cambodgienne, de la culture chame et de la religion musulmane : « Nous devons toujours, nous les Chams, nous souvenir que les Khmers nous ont accueillis dans leur pays. Nous devons respecter leurs lois et leur culture et en même temps nous devons nous souvenir de notre propre histoire. » Cette perméabilité entre une riche mémoire ancestrale et le legs coranique donne à leur pratique de l’islam une dimension hétérodoxe : le culte des saints y est admis tout comme est tolérée l’existence de certains rites magiques (réalisation d’amulettes) ; de nombreux textes sacrés sont rédigés en cham et se réfèrent à des traditions pré-coraniques. De plus, la prière a lieu une fois par semaine et non cinq fois par jour. L’appel à la prière se fait par un gong et non un muezzin, leurs mosquées possèdent des toits plats, sans minaret.

Evidemment, ce particularisme n’est pas du goût de tout le monde. « Les Arabes viennent souvent nous voir. Ils nous disent que nous devrions prier cinq fois par jour. » m’explique l’okhna Knour Kei Toam. « Nous les écoutons, nous les remercions pour leurs conseils ; mais nous restons fidèles à nos traditions. » Les « Arabes », ce sont les missionnaires venus de Dubaï ou d’Arabie saoudite, avec dans leur besace un peu d’argent et beaucoup de prescriptions, mais ce sont aussi et surtout les tablighis. Ali, un jeune Cham de O’Russei, me parle d’eux avec une pointe de moquerie. « Ils viennent avec des minibus dans les villages ; ils disent que nous ne sommes pas de vrais musulmans. Ils disent que nous devons complètement couvrir les femmes, et ne pas fréquenter les Khmers. » Un soupçon de crainte se laisse pourtant deviner dans les propos du jeune Ali. Sans doute sait-il que la proportion des Chams « traditionnalistes » baisse dangereusement face à celle des « fondamentalistes ». Il sait aussi que dans, certains villages, des jeunes Chams convertis à l’enseignement du Tabligh ont fini par critiquer sévèrement les pratiques traditionnelles de leurs parents, amenant la division au cœur de la communauté.

A Phnom Penh, je rencontre Agnès de Féo, chercheuse associée à l’Irasec, auteur de plusieurs études sur les mouvements fondamentalistes d’Asie du Sud-Est. « Le Tabligh est le mouvement le plus répandu et le plus actif en Asie ; au Cambodge, il est probable que plus d’un tiers des musulmans se situent dans son sillage, à des degrés divers. » Ayant réussi à s’immerger pendant des mois au sein des communautés féminines tablighis du Cambodge ou de Malaisie, Agnès de Féo me détaille les motivations qui poussent tant de Chams à embrasser le Tabligh : « Pour les plus pauvres, le Tabligh est un marqueur identitaire mais il traduit aussi un rêve d’ascension sociale, surtout pour les jeunes filles. Porter un niqab, par exemple, c’est signifier au monde que l’on est assez riche pour rester oisive. Pour les paysannes qui s’exténuent à repiquer le riz à la main, le niqab est une parure de rêve : leur peau burinée serait protégée du soleil, les gants noirs seraient des écrins pour des mains qui ne connaîtraient plus les callosités quotidiennes. » Mais le Tabligh réussit aussi à séduire nombre de Chams urbains et aisés, comme je l’observe dans l’entourage du docteur Abdul Coyaume. « L’obligation faite aux membres du Tabligh de partir sur la route est vécue positivement par de nombreux adeptes, notamment des gens d’un certain niveau social ou des hommes d’affaires pour qui ces tournées répondent à un besoin de spiritualité incarné dans une expérience vivante, fraternelle, paisible. » ajoute Agnès de Féo.

Le Tabligh comme moyen de développement personnel ? Peut-être, mais force est de remarquer que les villages qui passent sous son influence ont tendance à se renfermer radicalement sur eux-mêmes. Je me souviens de ma première visite au village de Phum Trea, en 2005. Le « concombre masqué » en poste à Phnom Penh (l’agent de la DGSE) m’avait prévenu : « Vous risquez de vous prendre des pierres. » C’est exactement ce qui s’était passé, même si les cailloux lancés dans ma direction par deux gamins vêtus de blanc avaient moins pour fonction de blesser que de marquer un territoire. Agnès de Féo explique, dans un ouvrage collectif de l’Irasec, que si le Tabligh reste un mouvement largement apolitique et pacifique, il représente aussi un risque à l’échelle sociale : « La séparation drastique entre les sexes, leur refus des compromis, leur volonté d’éradication de tout ce qui ne se rattache pas à l’islam des origines, même le passé historique, pour ne se référer qu’à l’histoire telle qu’elle est délivrée dans le Coran et la Sunnah, toutes ces manifestations d’intransigeance sont autant de raisons de rupture avec le monde extérieur. Le Tabligh présente en outre une cause de conflit à l’intérieur de l’islam. » Si le risque de désocialisation existe, il faut reconnaître qu’il est limité par un facteur géographique : contrairement à la Thaïlande ou aux Philippines où les musulmans sont établis dans des régions où ils sont majoritaires, les Chams sont répartis sur l’ensemble du territoire cambodgien et ne sont majoritaires dans aucune province, interdisant qu’à une expression religieuse s’ajoute une revendication territoriale.

L’okhna Knour Kei Toam, comme les autres Chams, ne nourrit évidemment aucun désir de reconquête : « Jamais nous ne retournerons au Champa qui est maintenant une province vietnamienne ; ce qui compte, c’est de transmettre la tradition des anciens. » Abdul Coyaume, lui, ne se gêne pas pour mépriser la mémoire du Champa et se moquer des « traditionnalistes » qui, à l’entendre, ne seraient plus présents que dans « une dizaine de villages ». Son horizon à lui, c’est le désert arabe du VIIe siècle, tout le reste n’étant qu’innovation blâmable. Alors que je m’apprête à le quitter, il tient à me montrer son dernier ouvrage de pédagogie religieuse, contenant les mille et une prescriptions que doit observer un bon musulman ; joignant le geste à la parole, il détaille avec minutie la position à adopter lors de son sommeil afin d’imiter le Prophète, comment pencher son torse sur la droite et placer son avant-bras, quelles paroles prononcer au coucher et au lever. Soudain, le médecin et le théologien ne font plus qu’un : « En dormant comme le Prophète, sur le coté droit, vous verrez que votre cœur battra plus régulièrement et que vous vivrez plus vieux, in’ch Allah. » Je réprime un sourire devant cet étrange argument de bateleur avant de déguerpir. Aucun doute, les « témoins de Jéhovah de l’islam » n’ont pas fini de nous surprendre.[/access]

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Tempête dans un urinoir

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J’étais à deux doigts de publier une parodie du désormais célèbre « Piss Christ », mais puisque l’actualité m’a dépassé, je renonce à la mettre en ligne. Dans mon petit photomontage, on voyait un bouquin flotter dans un liquide jaune, c’était un Coran immergé dans de la bière. Hu hu hu, humour.

Tout est navrant dans cette histoire. La discipline artistique se complaît dans l’idéologisme foireux. Elle serait subversive, saboterait nos convictions bourgeoises, dérangerait nos habitudes, bousculerait nos tabous.

Quiconque a des yeux pour voir a bien compris que cet art-là n’intéresse plus personne, tant il roule dans les ornières du conformisme, de l’académisme, de la facilité, et même de la rengaine la plus pénible. Même les lecteurs du Monde, qui sont pourtant des modèles de gens de progrès et d’ouverture d’esprit, ne sont pas dupes, eux. Dans la quasi-totalité des commentaires, ils estiment qu’il est totalement nul d’accorder du crédit artistique à un type qui photographie son urine, a fortiori quand un crucifix y est immergé, puisque absolument tout est permis contre le Christ sans qu’on puisse être inquiété. Subversion mes fesses, donc.

Depuis Malévitch et Duchamp, on sait qu’on peut représenter rien et en faire une œuvre, et que n’importe quoi peut prétendre au statut de production artistique. Mais ça, ça date des années 1910. Ça fait un siècle qu’on nous bassine avec l’évolution artistique et le refus pour l’artiste d’avoir des maîtres ou des écoles, mais ça fait un siècle, un bon gros siècle bien tassé, que personne, absolument personne, n’a remis en cause, ou plutôt n’a réellement su dépasser Malévitch et Duchamp, lesquels règnent de facto en maîtres sur l’académisme nihiliste moderne. Mais je radote. Bref.

C’est pourquoi la réaction des catholiques qui ont été démolir l’œuvre d’art est tout aussi navrante. On peut difficilement faire pire que ce genre de « coup d’éclat » qui ne fait que grandir l’artiste en apportant la preuve qu’il a des ennemis « violents » et « réactionnaires », apporte de l’eau au moulin de sa subversion autoproclamée et finit par faire retomber sur les catholiques une image désastreuse d’imbéciles prêts à s’emparer de la plus grosse perche qu’on puisse leur tendre, une bonne grosse perche en plastique mou qui sent le pipi. C’est vraiment nul.

Ce que je crois, c’est qu’il faut répondre à ce genre de choses en tendant la joue gauche, c’est à dire en jouant leur jeu. Il faut, concrètement, se foutre de leur gueule et les encourager à aller toujours plus loin, les acculer au bout de leur raisonnement. Il faut jouer au con, en somme. Ce qu’il aurait fallu, c’est envoyer des milliers de bocaux de pisse à l’artiste ou à ses mécènes, faire parader une piss-pride, poser une caravane sur une place d’Avignon invitant au don de pisse solidaire et citoyen pour sauver l’art, n’importe quoi de complètement idiot pour répondre à l’idiotie avec ses propres armes. Il faut savoir être dada, tourner les choses en dérision, répondre au trash par le trash ou même essayer de répondre à la tristesse et à la névrose artistique par la joie et le bon sens, sans tomber dans le festivisme débile de l’idéologie lipdub/sympa.

On aurait encore pu imaginer une contre-exposition organisée juste à côté, pour montrer et commenter les trésors du catholicisme (retables, tableaux, littérature, conférence de Fabrice Hadjadj, concerts prestigieux de musique sacrée,…), ou une grande manifestation dans toute la ville sur les activités réelles du catholicisme à travers le monde (organisations caritatives, lutte contre l’illettrisme et la misère, histoire des écoles et des dispensaires à travers le monde,…) histoire de montrer combien il est pitoyable de vouloir, du haut de ses petites prétentions artistiques, se mesurer à l’œuvre réelle de l’Église depuis deux mille ans. Bref, il aurait fallu jouer sur le même terrain qu’eux, avec les mêmes mots qu’eux, pour les battre avec leurs propres armes et, en fin de compte, les remettre gentiment à leur place.
Tout, sauf cette réaction de culs-bénits offusqués. Si l’Église veut bien me confier un poste de dircom, je prends tout de suite.

Lettre à la Préfectorale: sors de ce corps, Marine !

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Notre estimé et futé confrère de Marianne2 Philippe Cohen a réussi un joli coup en se procurant une lettre adressée par Marine Le Pen à l’ensemble du corps préfectoral.

Elle est intéressante à plus d’un titre. Outre le fait qu’elle porte à l’évidence la marque d’un haut fonctionnaire fin connaisseur des arcanes de l’appareil d’Etat, elle constitue une pièce rhétorique intéressante quant à la volonté affichée par la « peste blonde » de faire prévaloir une terminologie nouvelle en parlant, par exemple, de « politique publique durable, efficace et juste ». L’affaiblissement de l’action publique est stigmatisé parce qu’elle « renforce chez un nombre croissant de concitoyens le sentiment d’injustice, voire d’abandon ». On croirait relire du Chevènement 2002 !

Pas un mot sur l’immigration au risque de faire passer l’actuel hôte de la Place Beauvau pour un ronchon archéo. La révision générale des politiques publiques est également critiquée car « se traduisant par une réduction irresponsable des capacités d’action et de réaction de l’Etat. » Comme disent les énarques, tous les ingrédients d’un diagnostic partagé sont clairement hiérarchisés. Un serviteur de l’Etat attaché à l’intérêt général souscrira assez naturellement.

Rédigée avec l’élégance sobre d’un haut fonctionnaire amoureux de la langue, cette missive mariniste a tout de la circulaire « haut de gamme », histoire de montrer que les questions de l’Etat et de la conquête du pouvoir appartiennent désormais au nouveau code génétique du FN.

Mais l’entourage de Marine n’est-il pas, une fois de plus, culturellement un peu trop en avance sur le gros des troupes frontistes ?

Réflexions sur la question métisse

photo : site officiel de Yannick Noah

Il fut une époque où l’identité ne sortait jamais sans sa pièce ; dans le meilleur des cas, celui qui vous la demandait était un employé des Postes. Maintenant, elle traîne dehors en permanence, c’est à se demander si elle a un toit.
Noirs, juifs, demi-Noirs, demi-juifs, musulmans, Arabes, Arméniens, Corses, Céfrans, Souchiens, Rebeus, Renois, les races et les couleurs fâchent toujours, même pudiquement périphrasées d’identité.[access capability= »lire_inedits »]

Sur-débattue, nationalisée à 100%, devenue une obsession, un parti bien pris, l’identité est partout mais son taux d’occupation politique, médiatique et mental n’apporte aucune réponse, et le clivage droite dure /gauche molle n’éclaire plus la question depuis longtemps.

L’expression par excellence de l’assimilation

La Question métisse, de Fabrice Olivet, prend l’identité par les parties, donne un passeport pour la réfléchir et éclaircit ce mot qui rend tout si complexe dès qu’il est prononcé. Son auteur est métis ! Comme Julien Clerc, Montebourg, Picouly, Dieudo, Fabrice Éboué, Kader Merad, Tsonga et Parker. On est un Noir ou un Blanc avec majuscule mais un métis en minuscule ! Petite cruauté orthographique et exotisme tendance se conjuguent pour effacer cette identité complexe qui est pourtant l’expression par excellence de l’assimilation. « Être génétiquement situé à la fois dans le camp des bourreaux et dans celui des victimes préserve d’avoir à expier les crimes de ses ancêtres », explique Olivet en nous accompagnant à la frontière des identités, là où on a une chance de les voir !

Cet ancien prof d’histoire est en colère : « La France est le pays qui a le plus œuvré pour bâtir un monde sans frontières, sans races et sans religions. Pourquoi baisse-t-elle la tête comme un coupable qui saurait à l’avance que ces histoires d’Arabes, de Noirs, de juifs allaient forcément lui être comptées en débit ? » À ceux qui aiment battre leur coulpe sur la poitrine de la nation entière, Olivet rappelle quelques vérités historiques. Bien avant la Révolution et malgré le puissant lobby des colons, il suffisait à l’esclave noir de poser le pied sur le sol et de crier « France et liberté ! » pour devenir un « sujet à part entière » − ce qui, malgré l’oxymore, est une victoire de la liberté.

Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention montagnarde décrète l’abolition de l’esclavage, quatorze ans avant les Britanniques, et soixante-dix longues années avant les Américains. N’oublions pas que, le 24 septembre 1793, Jean-Baptiste Mills était devenu le premier député noir de l’histoire de France, suivi par Belley, élu de Saint-Domingue. « Ah quel beau jour foutre, celui où l’on a vu un Africain et un mulâtre prendre séance à la Convention ! », s’exclamait le père Duchesne à l’aube de cette diversité.
Franchissons les siècles à l’arrache pour observer que, si le général de Gaulle avait succombé dans l’attentat du Petit-Clamart, la France aurait été, cinquante ans avant l’Amérique d’Obama, le premier pays occidental dirigé par un Noir, Gaston Monnerville, descendant d’esclaves émancipés en 1791.

«Sans distinction de peau, d’origine, de culture ou de religion»

Il est vrai que Napoléon ramena pour un temps la domination ségrégationniste. Reste que l’idéal universaliste forgé à travers les âges a résisté, jusqu’à nous, déjouant les difficultés et les ambiguïtés de son utopie. Seule la France a eu l’audace de travailler pour l’humanité tout entière, avec cet orgueil un rien suffisant présent tout au long de la colonisation (nous y exportons cet homme universel… qui se trouve être nous !) mais finalement tellement plus dynamique et curieux que le fameux respect des Anglo-Saxons pour les « communautés », cache-sexe d’un sentiment d’indépassable supériorité et de pas mal de cynisme mercantile.

Les jeunes Français issus de l’immigration peinent à s’identifier à leurs ancêtres les Gaulois ? Olivet leur rappelle l’histoire des Dumas, le grand-père mulâtre de Saint-Domingue, premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française, qui fit tant pour la Révolution et inspira à son fils, Alexandre, le personnage de d’Artagnan ! Et Toussaint Louverture, ce Napoléon en mieux et en noir ! Et Félix Éboué, rue de banlieue et place parisienne, certes, mais surtout petit-fils d’esclave devenu gouverneur de l’Afrique équatoriale française en 1940, qui délaisse Vichy pour rejoindre le Général. « Du chevalier de Saint-Georges à Senghor, notre histoire regorge de figures de blacks et de beurs ni chanteurs ni sportifs, à ressortir d’urgence en grande pompe. Avec eux, une foule d’anonymes se sont battus pour intégrer le nouvel espace ouvert par la Révolution française avec cette foi dans l’idée que seul le citoyen doit être jugé, interpellé, récompensé ou puni, sans distinction de peau, d’origine, de culture ou de religion. » Malgré les chapitres moins glorieux et les rendez-vous manqués, l’idéal assimilationniste ne saurait être réduit à la somme de ses échecs.

Alors, ce débat mal embouché problématise à mort le choc des identités. Mais dans les faits, un Français d’origine maghrébine a peut-être mieux sa place dans sa nation qu’un Allemand d’origine turque dans la sienne, voire un Anglais d’origine pakistanaise outre-Manche.
Championne des mariages et unions mixtes, la République de France a permis à l’auteur de rester métis sans avoir, pour survivre, à choisir une communauté de référence. Aussi reste-t-elle « l’outil inégalé et irremplaçable pour atténuer et résoudre les difficultés intercommunautaires. Le métissage inverse les pôles de la haine raciale; amour et plaisir contre haine et violence. »

Agacé, néanmoins, par l’idéalisation de sa « piquante » identité, Olivet déplore que la haine de soi qui a longtemps sévi chez les Noirs se déploie aujourd’hui chez les Blancs.

Et moi, au fait, avec mon inquestionnable identité de Visage pâle 100% breton des deux bords, j’avais perdu de vue, derrière la polémique, à quelle point elle constitue chacun d’entre nous. « L’identité ! ? Y’a ceux qui la cherchent et ceux qui lui cherchent des poux », dit la brève d’un comptoir. La Question métisse est à mettre d’urgence entre toutes les mains pour que l’on puisse encore concevoir l’altérité comme une chance, ou au moins comme une opportunité.[/access]

La Question métisse

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Laissons pisser le mérinos

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photo : Andres Serrano, OrasNews.com

« Piss Christ », une photographie signée Andres Serrano, a été vandalisée ce dimanche à Avignon par des individus qui, pour couronner leur forfait, auraient crié « vive Dieu », lequel n’en demandait sans doute pas tant…..

L’œuvre détruite représente un crucifix en plastique plongé dans un verre d’urine. Il paraît que l’auteur, en réalisant cette photo en 1987, au cœur de ces « années Sida » qui avaient rendu si anxiogènes les liquides corporels, voulait dépasser ces peurs en montrant de façon paradoxale que Dieu transcendait tout. Cette explication a manifestement quelque peu échappé aux iconoclastes du dimanche qui, le front bas et le marteau haut, ont considéré bêtement qu’en associant un symbole sacré à de l’urine on aurait, comme qui dirait, un peu dépassé les bornes.

Eternel débat, si l’on peut parler de débat lorsque les arguments font place aux coups de pioche, de burin ou de pic à glace (la police n’a pas encore établi avec précision l’arme du crime), entre la liberté artistique et le blasphème. Pour les outrés du jour, cette offense ne mérite qu’une punition exemplaire: la destruction.

Erreur fatale de nos croisés dominicaux qui semblent avoir oublié que le Christ en avait vu d’autres, et qu’après avoir tout enduré, il pouvait supporter avec bonté et placidité cette provocation au petit pied. Faut-il leur rappeler qu’un imprécateur catholique, un certain Léon Bloy avait dit, bien avant Serrano: « Il nʼy a que deux choses, entendez-vous, quʼon puisse mettre sur une tombe et qui y fassent un très bon effet : la Croix du sauveur des âmes ou un énorme excrément humain ! Choisissez donc canailles ! »

Léon Bloy : 1/ Serrano : 0. Ainsi pourrait-on résumer trivialement la situation. Par pitié, que l’on laisse donc ces œuvres là où elles sont et que l’on s’abstienne de leur donner ainsi une importance qu’elles n’ont sans doute même pas cherché à avoir. L’intérêt de cette affaire est ailleurs, dans ce qu’elle révèle du rapport de notre société à la culture. Comme le dit Jean Clair dans un livre lumineux nous sommes passés des temps anciens qui pratiquaient la culture du culte (églises, retables, vitraux, statuaires, art religieux…) à l’actuel culte de la culture, célébré dans des musées, « installations », expositions et autres foires de l’art. Dans ce culturel à tout prix qui prétend instaurer la culture pour tous, les musées sont les entrepôts de civilisations mortes où l’on expose des œuvres arrachées à leur milieu et privées de leur sens premier et profond, c’est-à-dire de leur transcendance originelle, que l’on range par époques ou par écoles. Alors que le travail des artistes consistait à transformer la matière (terre, pigment…) pour créer une œuvre, notre époque, dans son besoin de renouvellement compulsif et nihiliste, emprunte le chemin opposé. L’œuvre doit revenir à la matière, aux humeurs les plus intimes: les cheveux, les poils, les rognures d’ongles, les sécrétions, la salive, le pus, l’urine, les excréments, sans oublier le sang et le sperme qu’utilise notamment Andres Serrano.

Quels jolis temps nous vivons ! Alors, tant qu’à être traité de réactionnaire (je n’ose dire provocateur puisque cet adjectif est réservé à la création), je préfère poser la question de la valeur artistique de ces œuvres que jouer au Croisé lors du sac de Constantinople. Parce qu’avec des actes aussi navrants que cette vandalisation, on finira par donner raison à Yvon Lambert, propriétaire de « Piss Christ », qui affirme que le Moyen Âge revient à grand pas.

Eichmann, un salaud absolument relatif

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La toute première expérience de télé-réalité n’a pas été «Le loft», comme on pourrait naïvement le penser. Ce fut la captation, à Jérusalem du procès d’Adolf Eichmann, entre avril et mai 1961, à une époque où l’austère David Ben Gourion n’avait pas encore permis à son peuple de se vautrer sur les canapés en matant les émois post-adolescents de nos contemporains.

C’est donc assis bien droit sur un siège convenable qu’il ne faudra pas manquer, jeudi 21 avril à 22h30 sur France 2, le documentaire « Le Procès Eichmann » écrit par Annette Wieviorka et Michaël Prazan et réalisé par ce dernier. Même si on connaît la fin, ce récit fait d’archives filmées du procès et d’entretiens avec des témoins directs reste palpitant.

L’affrontement entre le procureur Gideon Hausner, qui veut ériger Eichmann en icône du mal absolu, et l’accusé qui s’acharne à dissocier son être et sa fonction, est fascinant. Et cela d’autant plus qu’il se déroule dans un allemand parfait de part et d’autre, Hausner et Eichmann étant issus du même moule culturel.

Cela se passait il y a cinquante ans, mais la question soulevée par ce procès n’a pas pris une ride : Satan existe-t-il ?

Kerr : who cares ?

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Ronan Kerr
Funérailles œcuméniques pour le policier irlandais Ronan Kerr.

À la longue liste des personnes assassinées au nom d’un Dieu de paix et d’amour, il convient désormais d’ajouter Ronan Kerr.

Ronan Kerr était catholique. Il en est mort. Un de plus. Il est vrai que les catholiques paient, en ce moment, un lourd tribut en certains points chauds bouillants du globe. J’entends d’ici fuser les exclamations indignées à juste titre et je m’apprête à lire des commentaires logiquement scandalisés.

Pourtant, Ronan Kerr n’a pas été égorgé à Tibhirine, lapidé au Caire ou pendu à Téhéran par des barbus hystériques. Il a été pulvérisé quand sa Ford Mondeo piégée a explosé à Omagh, dans le comté de Tyrone, alors qu’il s’apprêtait tranquillement à rentrer chez lui après sa journée de travail. En Irlande, donc, comme son patronyme bien celtique pouvait le laisser supposer. Plus précisément en Irlande du Nord.

Il avait 25 ans et une tête de bébé. Il venait de s’engager comme constable dans la police de sa ville. La police très britannique d’un pays où les guerres de religion entre bons chrétiens ne sont pas un vain mot et tuent pour de vrai.

Omagh la sanglante. En 1998, le plus meurtrier des attentats de l’IRA en trente ans y a fait 29 morts et 220 blessés quand la branche « véritable » a voulu en finir avec la branche « provisoire ». À moins que ce ne soit le contraire, cet abscons jargon pseudo-révolutionnaire pêchant souvent par manque de clarté. Des protestants, des catholiques, un mormon, neuf enfants, une femme enceinte de jumeaux, deux touristes espagnols et des excursionnistes situés un peu avant Ronan Kerr dans la liste susnommée pourraient témoigner qu’un crime pour raison religieuse relève toujours d’une extravagante absurdité.

Pourtant, depuis vingt ans, le processus de paix initialisé par Tony Blair le catholique a enfin enterré deux siècles d’insurrections et de violences religieuses continues au cœur même de l’Europe. Le partage équitable des postes administratifs et policiers entre les deux communautés étant le fer de lance et le symbole même de la réconciliation, c’est lui qui a été visé et le malheureux Ronan Kerr en a fait les frais.

Bonne nouvelle malgré tout : la réprobation a été unanime et le pays soudé dans la condamnation univoque. Pour la première fois dans l’histoire, un premier ministre issu du parti démocratique unioniste a assisté officiellement à une messe catholique en compagnie de son vice-premier ministre, le catholique Mc Guinness. Du jamais vu, du 100 % inédit, des officiers de police et des membres de l’association athlétique gaélique ont porté le cercueil épaules contre épaules, peine contre peine, laissant là dans la petite église de l’immaculée conception à Beragh leurs dissensions théologiques…

En 2011, pas en 1572 (année du massacre de la Saint-Barthélémy). On croit rêver. Les deux ministres ont rappelé leur attachement au processus pour tourner définitivement la page sanglante écrite par la génération précédente. La mère de la victime a demandé à ses coreligionnaires de ne pas céder à la haine et de poursuivre leur engagement au sein de la police nationale multiconfessionnelle. Le père John Skinnader a rappelé que le policier abattu était « le symbole de la nouvelle Irlande du Nord, un jeune homme rêvant depuis toujours d’être au service des autres, pour les protéger et construire la paix entre les communautés ». Le cardinal Sean Brady, primat de l’église d’Irlande, a plaidé pour l’arrêt définitif de toute forme de violence. 70 000 personnes silencieuses se sont rassemblées à Belfast à l’appel des syndicats. Des discours de tolérance par des hommes et des femmes de bonne volonté qu’on aimerait entendre partout.

Il n’empêche qu’au Royaume-Uni, si la priorité est depuis 2005 à la lutte contre le terrorisme islamique, on garde toujours un œil méfiant sur ces Républicains irlandais qui se réveillent régulièrement comme des volcans mal éteints. Les musulmans n’ont pas le monopole de l’obscurantisme et protestant échaudé craint l’eau froide. Un arsenal de kalachnikovs, détonateurs, bombes incendiaires et semtex a été découvert dans un garage de Coalisland juste après le crime. Assurément, il n’était pas là que pour faire joli.

Quoique non revendiqué, cette fois encore, la responsabilité du crime est attribuée à des « dissidents » républicains opposés à la décision du Sinn Fein (parti nationaliste et catholique nord-irlandais) de partager le pouvoir avec les frères ennemis protestants.
Dissidents… Qui se cache dans ce fourre-tout commode ? Autant de vieux militants qui refusent de déposer les armes et d’accepter les méthodes pacifiques que des gamins désabusés, sans avenir, détruits par la succession des plans d’austérité inaugurés par Margaret Thatcher et qui ont laissé sur le carreau une génération prête à se laisser tenter par la solution extrémiste.

Comme un dernier baroud d’honneur, les scories d’une guerre religieuse d’un autre âge, au moment où les Irlandais de la République vous laissent entendre à mi-mot qu’ils ne voudraient pas du Nord quand bien même on leur offrirait sur un plateau. Dans quelques semaines Elizabeth II effectuera au pays du trèfle la première visite officielle d’un souverain britannique depuis l’indépendance en 1922…

Rien ne change, décidément, sous le soleil. À Omagh, New-york ou Bagdad, Dieu ou Allah ont toujours bon dos quand il s’agit de torpiller par la terreur les souhaits de la majorité silencieuse. À Omagh ou Bagdad, la réconciliation est passée ou passera par la satisfaction du très irrationnel mais très ombrageux sentiment de dignité et de justice.

Syrie : Assad est-il bon pour le musée ?

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Dans cette période chaotique et meurtrière en Syrie, il est réconfortant d’apprendre que certaines affaires décisives suivent leur cours comme si de rien n’était. Comme souvent, cette pérennité, c’est à la culture qu’on la doit, ou plutôt, à La Culture, avec plein de majuscules partout, celle qui permet de tisser de liens entre les peuples.

C’est donc avec joie que nous accueillons dans les colonnes de Causeur ce petit communiqué de l’ambassade de France à Damas que vient de publier le site de TV5 Monde en espérant qu’une version arabe a été mise à la disposition des citoyens et citoyennes syriens et syriennes. En cette période d’angoisse, pourquoi priver les habitants de Deraa, Banias ou Homs d’un petit instant de bonheur, aussi fugace soit-il ?

Mettons donc fin à cette longue introduction et goûtons, sans bouder notre plaisir, cette petite bonne nouvelle qui nous vient, comme ça, comme un rayon de soleil printanier, de Damas :

« Le 19 février 2011, se sont ouverts les travaux du second comité de pilotage franco-syrien relatif à la coopération culturelle. » Ah les diplomates avec leur vocabulaire si riche où jamais la poésie ne cesse d’affleurer… Claudel n’est pas loin, Saint-John Perse non plus… Mais vous n’avez encore rien vu, le meilleur est à venir : « Du côté français, étaient présents à cette occasion l’ambassadeur, Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, et Olivier Henrard, conseiller à la présidence de la République pour la Culture, accompagnés de représentants des ministères français de la Culture et des Affaires étrangères, et des écoles françaises spécialisées. Du côté syrien, étaient présents le ministre de la Culture, Riad Esmat, son collègue en charge de l’Enseignement supérieur Ghiath Barakat, le gouverneur de Damas et des représentants du cabinet de la Première Dame. »

A tout seigneur tout honneur ! il ne faut pas pour autant oublier les petites mains et les grands esprits qui sont à l’œuvre, car les bonnes choses, celles qui font avancer l’humanité et rapprochent les peuples, n’arrivent pas toute seules :
« Les participants, tout au long des deux jours de travaux, ont pu notamment échanger sur les objectifs et les aspects opérationnels des projets de corridor culturel et de réforme muséale en Syrie. Ce comité, qui a permis également de renforcer les mécanismes de travail entre les deux parties, marque une nouvelle étape dans la coopération inaugurée en 2008 dans le domaine patrimonial et muséal, avec la définition de projets opérationnels destinés à être mis en place sur le court terme. » Nous ne pouvons que saluer les efforts et les sacrifices et féliciter les participants pour avoir marqué – et si bien – une nouvelle étape ! vite, marquez encore et encore d’étapes !

Et finalement, pour clouer le bec à tous ceux – et toutes celles – qui se moquent du président Bachar el-Assad, qui le critiquent pour un prétendu manque de volonté de reformes, voilà qu’on apprend que la réforme muséale est bel et bien sur les rails !

PS : Les collectionneurs, les pervers légers et ceux qui s’ennuient très fort durant les vacances de Pâques pourront trouver ici le communiqué intégral de notre ambassade à Damas

Dollar : on n‘a encore rien vu…

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Ce que d’aucuns ont qualifié hier de « bombe » – à savoir la mise en garde adressée aux Etats-Unis par l’agence Standard & Poor’s concernant leur notation AAA – est en réalité un non événement. D’autres instituts pourraient certes emboîter le pas à S&P, encore qu’il est quasiment certain qu’ils attendront la fin de la présidentielle de 2012, tout comme il est vraisemblable que les USA perdront à moyen terme ce AAA…

Il était on ne peut plus prévisible que ce qui portait doctement l’appellation de « baisses de taux quantitatives » et qui consistait prosaïquement à activer à outrance la planche à billets, mette KO les finances d’une nation déjà durement éprouvée par les crises des subprimes et du crédit. En fait, la combinaison de cette crise souveraine américaine (encore en gestation) et des conflagrations de l’Europe périphérique enverront au tapis la reprise économique mondiale qui se profile depuis quelques mois.

La précarité des comptes US pourraient certes ne pas se traduire mécaniquement par une envolée du financement de ses déficits et, à cet égard, le cas japonais est encourageant. Voilà en effet un pays qui, en dépit de crouler sous une catastrophe fiscale et budgétaire depuis de longues années, parvient quand même à financer ses ardoises à des taux très intéressants.

Toutefois, contrairement au Japon qui est le premier investisseur mondial, les Etats-Unis disposent d’une épargne nationale négligeable et sont de ce fait entièrement dépendants des fonds étrangers … qui seront évidemment accordés plus chèrement en cas de dégradation de sa notation. La crise souveraine US « en gestation » verra donc le jour à l’horizon 2013 car ce pays, dont le déficit de la balance des paiements est proprement gigantesque, ne saurait éternellement compter sur la Chine pour financer son train de vie. Le grand déclencheur sera la chute substantielle du dollar qui se prépare…

Badiou partout !

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Dans un court livre coécrit avec son éditeur Eric Hazan (L’Antisémitisme partout), Alain Badiou revient sur l’accusation d’antisémitisme portée contre lui. À cette question venue sur le devant de la scène des débats politiques et intellectuels entre 2005 et 2009, après la parution de De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Badiou a déjà maintes fois répondu, en particulier dans une tribune parue dans Le Monde le 25 juillet 2008 sous le titre « Tout antisarkozyste est-il un chien ? ». Le débat semblait en grande partie clos. On peut donc s’interroger sur les raisons de cette nouvelle défense pro domo, présentée d’ailleurs pour ce qu’elle est en réalité : une « attaque ».

Revenons rapidement sur les origines de la question. À la suite de la parution de Circonstances 3, puis de Circonstances 4, Badiou est accusé (Bernard-Henri Lévy) ou se sent accusé (Frédéric Nef, Roger Pol-Droit, Eric Marty, Pierre Assouline, Jean-Claude Milner, Pierre-André Taguieff) d’antisémitisme par des intellectuels que le philosophe soupçonne, à tort ou à raison, de militer en faveur de Sarkozy ou du sarkozysme, courant de pensée que Badiou assimile alors à une sorte de pétainisme éternel.

Badiou voit ainsi l’accusation d’antisémitisme dans un essai d’Eric Marty (Une querelle avec Alain Badiou, philosophe, Gallimard), contributeur régulier de la revue Le Meilleur des Mondes aujourd’hui disparue, mais considérée à l’époque comme un « nid » de néo-conservateurs français. Il la voit aussi dans les commentaires de Jean-Claude Milner et de Pierre Assouline, ce dernier s’étant interrogé sur les propos tenus par Badiou lors d’un séminaire à l’ENS qualifiant Sarkozy d’« homme aux rats » et ses électeurs de « rats ».

Badiou et Hazan reviennent sur ces différentes accusations, du moins sur ce qu’ils perçoivent comme des accusations, puisqu’aussi bien Eric Marty que Pierre Assouline se sont défendus de considérer Badiou comme antisémite – Assouline se demandant simplement en quelle année on avait bien pu comparer des êtres humains à des « rats » en France.

Alors quoi ? Toute personne ayant lu Badiou sait que le philosophe n’est pas antisémite, mais obsédé par l’Etat d’Israël et la situation en Palestine – ce qui n’est pas la même chose. Si Badiou n’est pas soupçonnable d’antisémitisme, à quoi rime la parution de ce livre ? C’est que l’objet du texte n’est pas, pour Badiou, de répondre à l’accusation d’antisémitisme dont il fut ou s’est senti victime. Il s’agit en réalité d’un pamphlet accusatoire.

Badiou et Hazan s’interrogent d’abord sur les conditions dans lesquelles ce débat est né. Ils considèrent que l’accusation portée contre Badiou s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la montée d’une vague d’antisémitisme en France à partir de 2002. Cette vague a été mise en évidence par de nombreux travaux, dont ceux de Pierre-André Taguieff. C’est cependant l’existence même de cette vague antisémite que Badiou conteste, d’où le titre de son livre « l’antisémitisme partout », en forme d’ironie provocatrice.

Pour Badiou, la remontée de l’antisémitisme en France depuis le début du XXIe siècle est plus qu’un mythe, c’est une construction intellectuelle et militante : elle serait destinée à légitimer toutes les conceptions politiques pro-sionistes.

L’argumentation de Badiou pèche sur plusieurs points. En premier lieu, l’existence d’une nébuleuse néo-conservatrice dans les milieux intellectuels français prête à discussion. Il faut n’avoir pas lu sérieusement, par exemple, la revue Le Meilleur des Mondes pour y voir un simple organe de pensée néo-conservatrice. Cette revue était beaucoup plus complexe que cela. Les personnes incriminées par Badiou ne se reconnaissent évidemment pas dans cette accusation. Concernant la présence ou non d’un antisémitisme fort dans notre pays, Badiou et Hazan minimisent volontairement les indicateurs dont ils ont connaissance, insistant par exemple sur l’affaire de la fausse agression antisémite de « Marie L. » dans le RER D en 2004, omettant volontairement d’autres affaires comme celle de l’assassinat d’Ilan Halimi par le gang des « barbares ».

Si la défense de Badiou sur le thème « je ne suis pas antisémite » est convaincante, il n’en est pas de même de l’attaque du philosophe sur le thème « vous avez inventé un antisémitisme qui n’existe pas ». Du coup, la cible principale de ce petit essai fait flop. En employant le terme d' »instrumentalisation », Badiou veut simplement montrer que le « complot » en faveur d’Israël, à l’œuvre, pense-t-il, dans les milieux intellectuels français, viserait à masquer la responsabilité de l’Etat israélien dans les réactions de haine dont il est victime, particulièrement dans nos banlieues. Un des objets de ce complot serait de « stigmatiser » la jeunesse issue de l’immigration et, de ce fait, de mener une opération de propagande bourgeoise contre les classes laborieuses…

On le voit, le logiciel du vieux mao n’a guère évolué. Il s’agit essentiellement de cela : montrer du doigt « le réel et principal responsable ». Du point de vue de Badiou. Et accessoirement, de jouer sur les notions d’antisionisme et d’antisémitisme afin d’alimenter de nouveau le débat, et pourquoi pas l’accusation d’antisémitisme. Tout en se tenant à l’écart de tout ce qui vient de la gauche et qui est clairement antisémite, en particulier les courants groupusculaires qui ont donné des listes électorales antisionistes il y a peu. Pour Badiou, les hommes de gauche devenus antisémites ne sont plus de gauche. Tout n’est-il pas bon pour défendre la citadelle apparente de la pureté politique que serait la gauche radicale ? Au fond, peut-être est-ce cela qui inquiète réellement Badiou, cette présence d’un antisémitisme de gauche, plus que l’existence de néo-conservateurs en France…

Du reste, les accusations repérées par Badiou à son encontre sont-elles à l’origine de cette polémique ? Ce n’est pas certain. Badiou feint tactiquement d’être victime d’une offensive néo-conservatrice française. Où sont les intellectuels, où sont les livres niant le droit à l’existence de la Palestine ? Il y a des penseurs, des intellectuels des livres qui défendent le droit à l’existence d’Israël et une position critique quant aux modes d’actions des mouvements palestiniens. Ces positions sont perçues comme étant anti-palestiniennes, parce que le logiciel de l’extrême-gauche pro-palestinienne ne peut plus penser en dehors d’un manichéisme pauvre. C’est pourquoi Badiou ne peut voir que les accusations auxquelles il répond sont, à l’origine, une réaction à la présence forte, en France, d’un refus du droit à exister pour Israël.

Ainsi, il ressort de cet essai un manichéisme qui ne fait pas, en apparence, honneur à Badiou. Ce point de vue est cependant erroné : le philosophe ne cherche pas à philosopher mais à militer. Si une chose est bien plus intéressante à observer dans la pensée de Badiou que la présence d’un éventuel antisémitisme, c’est bien cela : cette pensée en est restée aux années 1970, époque où la philosophie se confondait avec le militantisme manichéen, où l’on était dans le camp du bien ou dans celui du mal. Cette pensée poussiéreuse survit, avec les mêmes modes de fonctionnement qu’hier, ne s’interrogeant aucunement sur le vrai, le juste, le bien ou le mal. Son objet n’est pas de réfléchir sur un fait mais uniquement de trouver le vecteur permettant d’utiliser ce fait à des fins militantes. En ce sens, la militance pro-palestinienne et antisioniste de Badiou, sous couvert de lutte en faveur des peuples opprimés, est avant tout une manipulation de la cause palestinienne à des fins de développement philosophico-politique militant personnel. La Palestine est ici le mode d’accès à une « révolution » en France. Cette fausse posture en rejoint une autre, celle d’être passé sous silence, d’être un martyr ou presque, alors que le philosophe est présent partout, émissions de radio et de télévision, presse, librairies, universités, etc. De cela, il convient d’être méfiant. La question du Proche-Orient mérite sans doute de meilleurs avocats que ceux de cette sempiternelle fabrique du virtuel.

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Les témoins de Jéhovah de l’islam cambodgien

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photo : Bruno Deniel-Laurent

« Comment ça, c’est difficile de devenir musulman ? » Le docteur Abdul Coyaume, intellectuel du mouvement Tabligh au Cambodge, m’observe avec suspicion. Je viens de faire remarquer à l’honorable docteur que toute conversion, quelle que soit la religion que l’on embrasse, est un processus délicat qui peut créer des déchirements à l’intérieur de sa propre famille. Mais pour Abdul Coyaume, ça ne peut pas être le cas lors d’une conversion à l’islam : « Le Coran est la parole de Dieu, et personne ne peut refuser la Vérité quand elle s’offre à lui ! Pourquoi, alors, ce serait difficile pour un bouddhiste de devenir musulman ? » Nous n’irons pas plus loin. Le discours du docteur Abdul Coyaume est à l’image de celui de tous les prosélytes : c’est un enivrant mélange de naïveté et de rudesse, de moralisme et de séduction. En flattant ma foi catholique tout en célébrant la révélation coranique, il m’a un peu fait penser aux syllogismes de Si Hamza Boubakeur (le père de Dalil) qui, dans un de ses livres, invitait les chrétiens au dialogue, mais en posant comme condition audit dialogue l’abandon par ceux-ci du dogme de l’incarnation ![access capability= »lire_inedits »]

Le docteur Abdul Coyaume n’a pas de telles exigences. D’ailleurs, convertir les chrétiens ou même les bouddhistes n’est pas l’objectif premier des membres du Tabligh cambodgien. Le but premier de ce mouvement prosélyte transnational, né en Inde dans les années 1920 et actif dans toute l’Asie du Sud-Est, c’est ici d’assurer la « réislamisation » des musulmans cambodgiens (les Chams), coupables à leur yeux de pratiquer un islam plus ou moins dégénéré. La régénération passe donc par un retour aux toutes premières sources de l’islam et une identification au Prophète jusque dans les moindres détails (les hommes doivent s’habiller, se comporter, dormir comme lui ; les femmes doivent vivre à l’imitation des épouses de Mahomet, etc.) ; en outre, chaque membre du Tabligh doit aussi offrir son temps et son argent à la propagation du message, participer à des sorties en groupe afin de convaincre les autres musulmans de renoncer à leurs pratiques « déviantes ». Evidemment, ce que les tablighis appellent ici « islam dégénéré », c’est l’islam vernaculaire des Chams cambodgiens, fruit d’une histoire et de traditions singulières.

Singulière, l’histoire des musulmans cambodgiens l’est assurément, la plupart d’entre eux étant les héritiers d’un royaume disparu, le Champa, envahi par les Vietnamiens au XVe siècle. Vaincus et envahis dans leur propre royaume, les Chams se sont réfugiés au Cambodge par vagues successives, embrassant alors l’islam de leurs cousins malais avant de trouver leur place à côté de la majorité bouddhiste, fournissant même certains dignitaires au royaume khmer.

Descendants d’un empire défait mais croyants en Mahomet, les Chams oscillent donc entre fidélité à leur mémoire historique et leur participation à la Oumma. C’est ce compromis que semblent refuser les tablighis, m’explique l’okhna Knour Kei Toam, l’un des plus éminents dépositaires de la culture chame et, à ce titre, conseiller du roi du Cambodge. Dans le village de O’Russei, près de Kampong Chhnang, l’honorable vieillard reçoit les visiteurs avec une simplicité non feinte, toujours prêt à exposer les particularismes de l’islam cham.

Contrairement aux tablighis, l’okhna Knour Kei Toam aime inscrire sa communauté dans une triple fidélité, se revendiquant à la fois de la citoyenneté cambodgienne, de la culture chame et de la religion musulmane : « Nous devons toujours, nous les Chams, nous souvenir que les Khmers nous ont accueillis dans leur pays. Nous devons respecter leurs lois et leur culture et en même temps nous devons nous souvenir de notre propre histoire. » Cette perméabilité entre une riche mémoire ancestrale et le legs coranique donne à leur pratique de l’islam une dimension hétérodoxe : le culte des saints y est admis tout comme est tolérée l’existence de certains rites magiques (réalisation d’amulettes) ; de nombreux textes sacrés sont rédigés en cham et se réfèrent à des traditions pré-coraniques. De plus, la prière a lieu une fois par semaine et non cinq fois par jour. L’appel à la prière se fait par un gong et non un muezzin, leurs mosquées possèdent des toits plats, sans minaret.

Evidemment, ce particularisme n’est pas du goût de tout le monde. « Les Arabes viennent souvent nous voir. Ils nous disent que nous devrions prier cinq fois par jour. » m’explique l’okhna Knour Kei Toam. « Nous les écoutons, nous les remercions pour leurs conseils ; mais nous restons fidèles à nos traditions. » Les « Arabes », ce sont les missionnaires venus de Dubaï ou d’Arabie saoudite, avec dans leur besace un peu d’argent et beaucoup de prescriptions, mais ce sont aussi et surtout les tablighis. Ali, un jeune Cham de O’Russei, me parle d’eux avec une pointe de moquerie. « Ils viennent avec des minibus dans les villages ; ils disent que nous ne sommes pas de vrais musulmans. Ils disent que nous devons complètement couvrir les femmes, et ne pas fréquenter les Khmers. » Un soupçon de crainte se laisse pourtant deviner dans les propos du jeune Ali. Sans doute sait-il que la proportion des Chams « traditionnalistes » baisse dangereusement face à celle des « fondamentalistes ». Il sait aussi que dans, certains villages, des jeunes Chams convertis à l’enseignement du Tabligh ont fini par critiquer sévèrement les pratiques traditionnelles de leurs parents, amenant la division au cœur de la communauté.

A Phnom Penh, je rencontre Agnès de Féo, chercheuse associée à l’Irasec, auteur de plusieurs études sur les mouvements fondamentalistes d’Asie du Sud-Est. « Le Tabligh est le mouvement le plus répandu et le plus actif en Asie ; au Cambodge, il est probable que plus d’un tiers des musulmans se situent dans son sillage, à des degrés divers. » Ayant réussi à s’immerger pendant des mois au sein des communautés féminines tablighis du Cambodge ou de Malaisie, Agnès de Féo me détaille les motivations qui poussent tant de Chams à embrasser le Tabligh : « Pour les plus pauvres, le Tabligh est un marqueur identitaire mais il traduit aussi un rêve d’ascension sociale, surtout pour les jeunes filles. Porter un niqab, par exemple, c’est signifier au monde que l’on est assez riche pour rester oisive. Pour les paysannes qui s’exténuent à repiquer le riz à la main, le niqab est une parure de rêve : leur peau burinée serait protégée du soleil, les gants noirs seraient des écrins pour des mains qui ne connaîtraient plus les callosités quotidiennes. » Mais le Tabligh réussit aussi à séduire nombre de Chams urbains et aisés, comme je l’observe dans l’entourage du docteur Abdul Coyaume. « L’obligation faite aux membres du Tabligh de partir sur la route est vécue positivement par de nombreux adeptes, notamment des gens d’un certain niveau social ou des hommes d’affaires pour qui ces tournées répondent à un besoin de spiritualité incarné dans une expérience vivante, fraternelle, paisible. » ajoute Agnès de Féo.

Le Tabligh comme moyen de développement personnel ? Peut-être, mais force est de remarquer que les villages qui passent sous son influence ont tendance à se renfermer radicalement sur eux-mêmes. Je me souviens de ma première visite au village de Phum Trea, en 2005. Le « concombre masqué » en poste à Phnom Penh (l’agent de la DGSE) m’avait prévenu : « Vous risquez de vous prendre des pierres. » C’est exactement ce qui s’était passé, même si les cailloux lancés dans ma direction par deux gamins vêtus de blanc avaient moins pour fonction de blesser que de marquer un territoire. Agnès de Féo explique, dans un ouvrage collectif de l’Irasec, que si le Tabligh reste un mouvement largement apolitique et pacifique, il représente aussi un risque à l’échelle sociale : « La séparation drastique entre les sexes, leur refus des compromis, leur volonté d’éradication de tout ce qui ne se rattache pas à l’islam des origines, même le passé historique, pour ne se référer qu’à l’histoire telle qu’elle est délivrée dans le Coran et la Sunnah, toutes ces manifestations d’intransigeance sont autant de raisons de rupture avec le monde extérieur. Le Tabligh présente en outre une cause de conflit à l’intérieur de l’islam. » Si le risque de désocialisation existe, il faut reconnaître qu’il est limité par un facteur géographique : contrairement à la Thaïlande ou aux Philippines où les musulmans sont établis dans des régions où ils sont majoritaires, les Chams sont répartis sur l’ensemble du territoire cambodgien et ne sont majoritaires dans aucune province, interdisant qu’à une expression religieuse s’ajoute une revendication territoriale.

L’okhna Knour Kei Toam, comme les autres Chams, ne nourrit évidemment aucun désir de reconquête : « Jamais nous ne retournerons au Champa qui est maintenant une province vietnamienne ; ce qui compte, c’est de transmettre la tradition des anciens. » Abdul Coyaume, lui, ne se gêne pas pour mépriser la mémoire du Champa et se moquer des « traditionnalistes » qui, à l’entendre, ne seraient plus présents que dans « une dizaine de villages ». Son horizon à lui, c’est le désert arabe du VIIe siècle, tout le reste n’étant qu’innovation blâmable. Alors que je m’apprête à le quitter, il tient à me montrer son dernier ouvrage de pédagogie religieuse, contenant les mille et une prescriptions que doit observer un bon musulman ; joignant le geste à la parole, il détaille avec minutie la position à adopter lors de son sommeil afin d’imiter le Prophète, comment pencher son torse sur la droite et placer son avant-bras, quelles paroles prononcer au coucher et au lever. Soudain, le médecin et le théologien ne font plus qu’un : « En dormant comme le Prophète, sur le coté droit, vous verrez que votre cœur battra plus régulièrement et que vous vivrez plus vieux, in’ch Allah. » Je réprime un sourire devant cet étrange argument de bateleur avant de déguerpir. Aucun doute, les « témoins de Jéhovah de l’islam » n’ont pas fini de nous surprendre.[/access]

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Tempête dans un urinoir

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J’étais à deux doigts de publier une parodie du désormais célèbre « Piss Christ », mais puisque l’actualité m’a dépassé, je renonce à la mettre en ligne. Dans mon petit photomontage, on voyait un bouquin flotter dans un liquide jaune, c’était un Coran immergé dans de la bière. Hu hu hu, humour.

Tout est navrant dans cette histoire. La discipline artistique se complaît dans l’idéologisme foireux. Elle serait subversive, saboterait nos convictions bourgeoises, dérangerait nos habitudes, bousculerait nos tabous.

Quiconque a des yeux pour voir a bien compris que cet art-là n’intéresse plus personne, tant il roule dans les ornières du conformisme, de l’académisme, de la facilité, et même de la rengaine la plus pénible. Même les lecteurs du Monde, qui sont pourtant des modèles de gens de progrès et d’ouverture d’esprit, ne sont pas dupes, eux. Dans la quasi-totalité des commentaires, ils estiment qu’il est totalement nul d’accorder du crédit artistique à un type qui photographie son urine, a fortiori quand un crucifix y est immergé, puisque absolument tout est permis contre le Christ sans qu’on puisse être inquiété. Subversion mes fesses, donc.

Depuis Malévitch et Duchamp, on sait qu’on peut représenter rien et en faire une œuvre, et que n’importe quoi peut prétendre au statut de production artistique. Mais ça, ça date des années 1910. Ça fait un siècle qu’on nous bassine avec l’évolution artistique et le refus pour l’artiste d’avoir des maîtres ou des écoles, mais ça fait un siècle, un bon gros siècle bien tassé, que personne, absolument personne, n’a remis en cause, ou plutôt n’a réellement su dépasser Malévitch et Duchamp, lesquels règnent de facto en maîtres sur l’académisme nihiliste moderne. Mais je radote. Bref.

C’est pourquoi la réaction des catholiques qui ont été démolir l’œuvre d’art est tout aussi navrante. On peut difficilement faire pire que ce genre de « coup d’éclat » qui ne fait que grandir l’artiste en apportant la preuve qu’il a des ennemis « violents » et « réactionnaires », apporte de l’eau au moulin de sa subversion autoproclamée et finit par faire retomber sur les catholiques une image désastreuse d’imbéciles prêts à s’emparer de la plus grosse perche qu’on puisse leur tendre, une bonne grosse perche en plastique mou qui sent le pipi. C’est vraiment nul.

Ce que je crois, c’est qu’il faut répondre à ce genre de choses en tendant la joue gauche, c’est à dire en jouant leur jeu. Il faut, concrètement, se foutre de leur gueule et les encourager à aller toujours plus loin, les acculer au bout de leur raisonnement. Il faut jouer au con, en somme. Ce qu’il aurait fallu, c’est envoyer des milliers de bocaux de pisse à l’artiste ou à ses mécènes, faire parader une piss-pride, poser une caravane sur une place d’Avignon invitant au don de pisse solidaire et citoyen pour sauver l’art, n’importe quoi de complètement idiot pour répondre à l’idiotie avec ses propres armes. Il faut savoir être dada, tourner les choses en dérision, répondre au trash par le trash ou même essayer de répondre à la tristesse et à la névrose artistique par la joie et le bon sens, sans tomber dans le festivisme débile de l’idéologie lipdub/sympa.

On aurait encore pu imaginer une contre-exposition organisée juste à côté, pour montrer et commenter les trésors du catholicisme (retables, tableaux, littérature, conférence de Fabrice Hadjadj, concerts prestigieux de musique sacrée,…), ou une grande manifestation dans toute la ville sur les activités réelles du catholicisme à travers le monde (organisations caritatives, lutte contre l’illettrisme et la misère, histoire des écoles et des dispensaires à travers le monde,…) histoire de montrer combien il est pitoyable de vouloir, du haut de ses petites prétentions artistiques, se mesurer à l’œuvre réelle de l’Église depuis deux mille ans. Bref, il aurait fallu jouer sur le même terrain qu’eux, avec les mêmes mots qu’eux, pour les battre avec leurs propres armes et, en fin de compte, les remettre gentiment à leur place.
Tout, sauf cette réaction de culs-bénits offusqués. Si l’Église veut bien me confier un poste de dircom, je prends tout de suite.

Lettre à la Préfectorale: sors de ce corps, Marine !

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Notre estimé et futé confrère de Marianne2 Philippe Cohen a réussi un joli coup en se procurant une lettre adressée par Marine Le Pen à l’ensemble du corps préfectoral.

Elle est intéressante à plus d’un titre. Outre le fait qu’elle porte à l’évidence la marque d’un haut fonctionnaire fin connaisseur des arcanes de l’appareil d’Etat, elle constitue une pièce rhétorique intéressante quant à la volonté affichée par la « peste blonde » de faire prévaloir une terminologie nouvelle en parlant, par exemple, de « politique publique durable, efficace et juste ». L’affaiblissement de l’action publique est stigmatisé parce qu’elle « renforce chez un nombre croissant de concitoyens le sentiment d’injustice, voire d’abandon ». On croirait relire du Chevènement 2002 !

Pas un mot sur l’immigration au risque de faire passer l’actuel hôte de la Place Beauvau pour un ronchon archéo. La révision générale des politiques publiques est également critiquée car « se traduisant par une réduction irresponsable des capacités d’action et de réaction de l’Etat. » Comme disent les énarques, tous les ingrédients d’un diagnostic partagé sont clairement hiérarchisés. Un serviteur de l’Etat attaché à l’intérêt général souscrira assez naturellement.

Rédigée avec l’élégance sobre d’un haut fonctionnaire amoureux de la langue, cette missive mariniste a tout de la circulaire « haut de gamme », histoire de montrer que les questions de l’Etat et de la conquête du pouvoir appartiennent désormais au nouveau code génétique du FN.

Mais l’entourage de Marine n’est-il pas, une fois de plus, culturellement un peu trop en avance sur le gros des troupes frontistes ?

Réflexions sur la question métisse

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photo : site officiel de Yannick Noah

Il fut une époque où l’identité ne sortait jamais sans sa pièce ; dans le meilleur des cas, celui qui vous la demandait était un employé des Postes. Maintenant, elle traîne dehors en permanence, c’est à se demander si elle a un toit.
Noirs, juifs, demi-Noirs, demi-juifs, musulmans, Arabes, Arméniens, Corses, Céfrans, Souchiens, Rebeus, Renois, les races et les couleurs fâchent toujours, même pudiquement périphrasées d’identité.[access capability= »lire_inedits »]

Sur-débattue, nationalisée à 100%, devenue une obsession, un parti bien pris, l’identité est partout mais son taux d’occupation politique, médiatique et mental n’apporte aucune réponse, et le clivage droite dure /gauche molle n’éclaire plus la question depuis longtemps.

L’expression par excellence de l’assimilation

La Question métisse, de Fabrice Olivet, prend l’identité par les parties, donne un passeport pour la réfléchir et éclaircit ce mot qui rend tout si complexe dès qu’il est prononcé. Son auteur est métis ! Comme Julien Clerc, Montebourg, Picouly, Dieudo, Fabrice Éboué, Kader Merad, Tsonga et Parker. On est un Noir ou un Blanc avec majuscule mais un métis en minuscule ! Petite cruauté orthographique et exotisme tendance se conjuguent pour effacer cette identité complexe qui est pourtant l’expression par excellence de l’assimilation. « Être génétiquement situé à la fois dans le camp des bourreaux et dans celui des victimes préserve d’avoir à expier les crimes de ses ancêtres », explique Olivet en nous accompagnant à la frontière des identités, là où on a une chance de les voir !

Cet ancien prof d’histoire est en colère : « La France est le pays qui a le plus œuvré pour bâtir un monde sans frontières, sans races et sans religions. Pourquoi baisse-t-elle la tête comme un coupable qui saurait à l’avance que ces histoires d’Arabes, de Noirs, de juifs allaient forcément lui être comptées en débit ? » À ceux qui aiment battre leur coulpe sur la poitrine de la nation entière, Olivet rappelle quelques vérités historiques. Bien avant la Révolution et malgré le puissant lobby des colons, il suffisait à l’esclave noir de poser le pied sur le sol et de crier « France et liberté ! » pour devenir un « sujet à part entière » − ce qui, malgré l’oxymore, est une victoire de la liberté.

Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention montagnarde décrète l’abolition de l’esclavage, quatorze ans avant les Britanniques, et soixante-dix longues années avant les Américains. N’oublions pas que, le 24 septembre 1793, Jean-Baptiste Mills était devenu le premier député noir de l’histoire de France, suivi par Belley, élu de Saint-Domingue. « Ah quel beau jour foutre, celui où l’on a vu un Africain et un mulâtre prendre séance à la Convention ! », s’exclamait le père Duchesne à l’aube de cette diversité.
Franchissons les siècles à l’arrache pour observer que, si le général de Gaulle avait succombé dans l’attentat du Petit-Clamart, la France aurait été, cinquante ans avant l’Amérique d’Obama, le premier pays occidental dirigé par un Noir, Gaston Monnerville, descendant d’esclaves émancipés en 1791.

«Sans distinction de peau, d’origine, de culture ou de religion»

Il est vrai que Napoléon ramena pour un temps la domination ségrégationniste. Reste que l’idéal universaliste forgé à travers les âges a résisté, jusqu’à nous, déjouant les difficultés et les ambiguïtés de son utopie. Seule la France a eu l’audace de travailler pour l’humanité tout entière, avec cet orgueil un rien suffisant présent tout au long de la colonisation (nous y exportons cet homme universel… qui se trouve être nous !) mais finalement tellement plus dynamique et curieux que le fameux respect des Anglo-Saxons pour les « communautés », cache-sexe d’un sentiment d’indépassable supériorité et de pas mal de cynisme mercantile.

Les jeunes Français issus de l’immigration peinent à s’identifier à leurs ancêtres les Gaulois ? Olivet leur rappelle l’histoire des Dumas, le grand-père mulâtre de Saint-Domingue, premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française, qui fit tant pour la Révolution et inspira à son fils, Alexandre, le personnage de d’Artagnan ! Et Toussaint Louverture, ce Napoléon en mieux et en noir ! Et Félix Éboué, rue de banlieue et place parisienne, certes, mais surtout petit-fils d’esclave devenu gouverneur de l’Afrique équatoriale française en 1940, qui délaisse Vichy pour rejoindre le Général. « Du chevalier de Saint-Georges à Senghor, notre histoire regorge de figures de blacks et de beurs ni chanteurs ni sportifs, à ressortir d’urgence en grande pompe. Avec eux, une foule d’anonymes se sont battus pour intégrer le nouvel espace ouvert par la Révolution française avec cette foi dans l’idée que seul le citoyen doit être jugé, interpellé, récompensé ou puni, sans distinction de peau, d’origine, de culture ou de religion. » Malgré les chapitres moins glorieux et les rendez-vous manqués, l’idéal assimilationniste ne saurait être réduit à la somme de ses échecs.

Alors, ce débat mal embouché problématise à mort le choc des identités. Mais dans les faits, un Français d’origine maghrébine a peut-être mieux sa place dans sa nation qu’un Allemand d’origine turque dans la sienne, voire un Anglais d’origine pakistanaise outre-Manche.
Championne des mariages et unions mixtes, la République de France a permis à l’auteur de rester métis sans avoir, pour survivre, à choisir une communauté de référence. Aussi reste-t-elle « l’outil inégalé et irremplaçable pour atténuer et résoudre les difficultés intercommunautaires. Le métissage inverse les pôles de la haine raciale; amour et plaisir contre haine et violence. »

Agacé, néanmoins, par l’idéalisation de sa « piquante » identité, Olivet déplore que la haine de soi qui a longtemps sévi chez les Noirs se déploie aujourd’hui chez les Blancs.

Et moi, au fait, avec mon inquestionnable identité de Visage pâle 100% breton des deux bords, j’avais perdu de vue, derrière la polémique, à quelle point elle constitue chacun d’entre nous. « L’identité ! ? Y’a ceux qui la cherchent et ceux qui lui cherchent des poux », dit la brève d’un comptoir. La Question métisse est à mettre d’urgence entre toutes les mains pour que l’on puisse encore concevoir l’altérité comme une chance, ou au moins comme une opportunité.[/access]

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Laissons pisser le mérinos

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photo : Andres Serrano, OrasNews.com

« Piss Christ », une photographie signée Andres Serrano, a été vandalisée ce dimanche à Avignon par des individus qui, pour couronner leur forfait, auraient crié « vive Dieu », lequel n’en demandait sans doute pas tant…..

L’œuvre détruite représente un crucifix en plastique plongé dans un verre d’urine. Il paraît que l’auteur, en réalisant cette photo en 1987, au cœur de ces « années Sida » qui avaient rendu si anxiogènes les liquides corporels, voulait dépasser ces peurs en montrant de façon paradoxale que Dieu transcendait tout. Cette explication a manifestement quelque peu échappé aux iconoclastes du dimanche qui, le front bas et le marteau haut, ont considéré bêtement qu’en associant un symbole sacré à de l’urine on aurait, comme qui dirait, un peu dépassé les bornes.

Eternel débat, si l’on peut parler de débat lorsque les arguments font place aux coups de pioche, de burin ou de pic à glace (la police n’a pas encore établi avec précision l’arme du crime), entre la liberté artistique et le blasphème. Pour les outrés du jour, cette offense ne mérite qu’une punition exemplaire: la destruction.

Erreur fatale de nos croisés dominicaux qui semblent avoir oublié que le Christ en avait vu d’autres, et qu’après avoir tout enduré, il pouvait supporter avec bonté et placidité cette provocation au petit pied. Faut-il leur rappeler qu’un imprécateur catholique, un certain Léon Bloy avait dit, bien avant Serrano: « Il nʼy a que deux choses, entendez-vous, quʼon puisse mettre sur une tombe et qui y fassent un très bon effet : la Croix du sauveur des âmes ou un énorme excrément humain ! Choisissez donc canailles ! »

Léon Bloy : 1/ Serrano : 0. Ainsi pourrait-on résumer trivialement la situation. Par pitié, que l’on laisse donc ces œuvres là où elles sont et que l’on s’abstienne de leur donner ainsi une importance qu’elles n’ont sans doute même pas cherché à avoir. L’intérêt de cette affaire est ailleurs, dans ce qu’elle révèle du rapport de notre société à la culture. Comme le dit Jean Clair dans un livre lumineux nous sommes passés des temps anciens qui pratiquaient la culture du culte (églises, retables, vitraux, statuaires, art religieux…) à l’actuel culte de la culture, célébré dans des musées, « installations », expositions et autres foires de l’art. Dans ce culturel à tout prix qui prétend instaurer la culture pour tous, les musées sont les entrepôts de civilisations mortes où l’on expose des œuvres arrachées à leur milieu et privées de leur sens premier et profond, c’est-à-dire de leur transcendance originelle, que l’on range par époques ou par écoles. Alors que le travail des artistes consistait à transformer la matière (terre, pigment…) pour créer une œuvre, notre époque, dans son besoin de renouvellement compulsif et nihiliste, emprunte le chemin opposé. L’œuvre doit revenir à la matière, aux humeurs les plus intimes: les cheveux, les poils, les rognures d’ongles, les sécrétions, la salive, le pus, l’urine, les excréments, sans oublier le sang et le sperme qu’utilise notamment Andres Serrano.

Quels jolis temps nous vivons ! Alors, tant qu’à être traité de réactionnaire (je n’ose dire provocateur puisque cet adjectif est réservé à la création), je préfère poser la question de la valeur artistique de ces œuvres que jouer au Croisé lors du sac de Constantinople. Parce qu’avec des actes aussi navrants que cette vandalisation, on finira par donner raison à Yvon Lambert, propriétaire de « Piss Christ », qui affirme que le Moyen Âge revient à grand pas.

Eichmann, un salaud absolument relatif

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La toute première expérience de télé-réalité n’a pas été «Le loft», comme on pourrait naïvement le penser. Ce fut la captation, à Jérusalem du procès d’Adolf Eichmann, entre avril et mai 1961, à une époque où l’austère David Ben Gourion n’avait pas encore permis à son peuple de se vautrer sur les canapés en matant les émois post-adolescents de nos contemporains.

C’est donc assis bien droit sur un siège convenable qu’il ne faudra pas manquer, jeudi 21 avril à 22h30 sur France 2, le documentaire « Le Procès Eichmann » écrit par Annette Wieviorka et Michaël Prazan et réalisé par ce dernier. Même si on connaît la fin, ce récit fait d’archives filmées du procès et d’entretiens avec des témoins directs reste palpitant.

L’affrontement entre le procureur Gideon Hausner, qui veut ériger Eichmann en icône du mal absolu, et l’accusé qui s’acharne à dissocier son être et sa fonction, est fascinant. Et cela d’autant plus qu’il se déroule dans un allemand parfait de part et d’autre, Hausner et Eichmann étant issus du même moule culturel.

Cela se passait il y a cinquante ans, mais la question soulevée par ce procès n’a pas pris une ride : Satan existe-t-il ?

Kerr : who cares ?

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Ronan Kerr
Funérailles œcuméniques pour le policier irlandais Ronan Kerr.

À la longue liste des personnes assassinées au nom d’un Dieu de paix et d’amour, il convient désormais d’ajouter Ronan Kerr.

Ronan Kerr était catholique. Il en est mort. Un de plus. Il est vrai que les catholiques paient, en ce moment, un lourd tribut en certains points chauds bouillants du globe. J’entends d’ici fuser les exclamations indignées à juste titre et je m’apprête à lire des commentaires logiquement scandalisés.

Pourtant, Ronan Kerr n’a pas été égorgé à Tibhirine, lapidé au Caire ou pendu à Téhéran par des barbus hystériques. Il a été pulvérisé quand sa Ford Mondeo piégée a explosé à Omagh, dans le comté de Tyrone, alors qu’il s’apprêtait tranquillement à rentrer chez lui après sa journée de travail. En Irlande, donc, comme son patronyme bien celtique pouvait le laisser supposer. Plus précisément en Irlande du Nord.

Il avait 25 ans et une tête de bébé. Il venait de s’engager comme constable dans la police de sa ville. La police très britannique d’un pays où les guerres de religion entre bons chrétiens ne sont pas un vain mot et tuent pour de vrai.

Omagh la sanglante. En 1998, le plus meurtrier des attentats de l’IRA en trente ans y a fait 29 morts et 220 blessés quand la branche « véritable » a voulu en finir avec la branche « provisoire ». À moins que ce ne soit le contraire, cet abscons jargon pseudo-révolutionnaire pêchant souvent par manque de clarté. Des protestants, des catholiques, un mormon, neuf enfants, une femme enceinte de jumeaux, deux touristes espagnols et des excursionnistes situés un peu avant Ronan Kerr dans la liste susnommée pourraient témoigner qu’un crime pour raison religieuse relève toujours d’une extravagante absurdité.

Pourtant, depuis vingt ans, le processus de paix initialisé par Tony Blair le catholique a enfin enterré deux siècles d’insurrections et de violences religieuses continues au cœur même de l’Europe. Le partage équitable des postes administratifs et policiers entre les deux communautés étant le fer de lance et le symbole même de la réconciliation, c’est lui qui a été visé et le malheureux Ronan Kerr en a fait les frais.

Bonne nouvelle malgré tout : la réprobation a été unanime et le pays soudé dans la condamnation univoque. Pour la première fois dans l’histoire, un premier ministre issu du parti démocratique unioniste a assisté officiellement à une messe catholique en compagnie de son vice-premier ministre, le catholique Mc Guinness. Du jamais vu, du 100 % inédit, des officiers de police et des membres de l’association athlétique gaélique ont porté le cercueil épaules contre épaules, peine contre peine, laissant là dans la petite église de l’immaculée conception à Beragh leurs dissensions théologiques…

En 2011, pas en 1572 (année du massacre de la Saint-Barthélémy). On croit rêver. Les deux ministres ont rappelé leur attachement au processus pour tourner définitivement la page sanglante écrite par la génération précédente. La mère de la victime a demandé à ses coreligionnaires de ne pas céder à la haine et de poursuivre leur engagement au sein de la police nationale multiconfessionnelle. Le père John Skinnader a rappelé que le policier abattu était « le symbole de la nouvelle Irlande du Nord, un jeune homme rêvant depuis toujours d’être au service des autres, pour les protéger et construire la paix entre les communautés ». Le cardinal Sean Brady, primat de l’église d’Irlande, a plaidé pour l’arrêt définitif de toute forme de violence. 70 000 personnes silencieuses se sont rassemblées à Belfast à l’appel des syndicats. Des discours de tolérance par des hommes et des femmes de bonne volonté qu’on aimerait entendre partout.

Il n’empêche qu’au Royaume-Uni, si la priorité est depuis 2005 à la lutte contre le terrorisme islamique, on garde toujours un œil méfiant sur ces Républicains irlandais qui se réveillent régulièrement comme des volcans mal éteints. Les musulmans n’ont pas le monopole de l’obscurantisme et protestant échaudé craint l’eau froide. Un arsenal de kalachnikovs, détonateurs, bombes incendiaires et semtex a été découvert dans un garage de Coalisland juste après le crime. Assurément, il n’était pas là que pour faire joli.

Quoique non revendiqué, cette fois encore, la responsabilité du crime est attribuée à des « dissidents » républicains opposés à la décision du Sinn Fein (parti nationaliste et catholique nord-irlandais) de partager le pouvoir avec les frères ennemis protestants.
Dissidents… Qui se cache dans ce fourre-tout commode ? Autant de vieux militants qui refusent de déposer les armes et d’accepter les méthodes pacifiques que des gamins désabusés, sans avenir, détruits par la succession des plans d’austérité inaugurés par Margaret Thatcher et qui ont laissé sur le carreau une génération prête à se laisser tenter par la solution extrémiste.

Comme un dernier baroud d’honneur, les scories d’une guerre religieuse d’un autre âge, au moment où les Irlandais de la République vous laissent entendre à mi-mot qu’ils ne voudraient pas du Nord quand bien même on leur offrirait sur un plateau. Dans quelques semaines Elizabeth II effectuera au pays du trèfle la première visite officielle d’un souverain britannique depuis l’indépendance en 1922…

Rien ne change, décidément, sous le soleil. À Omagh, New-york ou Bagdad, Dieu ou Allah ont toujours bon dos quand il s’agit de torpiller par la terreur les souhaits de la majorité silencieuse. À Omagh ou Bagdad, la réconciliation est passée ou passera par la satisfaction du très irrationnel mais très ombrageux sentiment de dignité et de justice.