Bon, je vous fais un petit rappel si vous avez manqué un épisode : les méchants détestent la culture, détestent la Princesse de Clèves, et ne jurent que par les matraques pleines de morgue des CRS ; tandis que les gentils aiment la culture et l’humanisme citoyen ! C’est très simple. Au Parti socialiste – par exemple – on est très gentils, c’est pourquoi on fait longuement étalage de sa passion pour la culture. Ainsi, la question culturelle semble être au centre de l’Université d’été du Parti socialiste qui va se tenir à la Rochelle du 27 au 29 août… et entre des conférences aussi prometteuses que « Yes we can : comment mobiliser notre électorat », « Faire société » ou encore « Carte blanche au MJS avec Danièle Mitterrand » (non, ce n’est pas une blague), les militants pourront voir la pièce de théâtre Il marchait vers la terre promise, dont la thématique citoyenne fait chaud au cœur : « Un samedi soir, à la fête foraine, Désiré, un jeune noir de 22 ans, sourd-muet tente d’échapper à un contrôle de police. Il est sans-papiers. » Et même pas homo, Désiré ? Petit bras ! On imagine aisément la suite tragique : les méchants, c’est la police et les gentils font du théâtre subventionné.
Henri Weber se cite lui-même dans ses lectures préférées !
Plus piquant, les militants socialistes pourront retrouver dans une librairie de la Rochelle les livres préférés des cadres du PS, présentés sur le site web du parti. Car oui, les gentils lisent des livres, tandis que les méchants font du jogging et caressent des Rolex sur les ponts en acajou des yachts de milliardaires. Sans surprise, on voit que les dirigeants socialistes lisent Karl Marx, Albert Camus et se lisent parfois eux-mêmes. (Henri Weber citant parmi ses livres préférés l’un de ceux qu’il a signés, et Jean-Christophe Cambadélis un ouvrage d’Hubert Védrine). Certains font de la provocation, tel Medhi Ouraoui, secrétaire national adjoint à la coordination, qui n’a certainement pas été suffisamment coordonné en amont et cite Malraux, Mauriac et De Gaulle parmi ses lectures préférées.
Hormis cette dissidence, la plupart des choix ne surprennent pas : on retrouve beaucoup d’auteurs de la galaxie socialiste (Erik Orsenna, par exemple, est cité plusieurs fois), et beaucoup de littérature étrangère. On s’étonne – et s’attriste – par contre de ne retrouver dans les bagages des cadres socialistes que très peu de classiques. Certes Cervantès, Stefan Zweig, Gabriel Garcia Marquez ou René Char surnagent, parmi quelques autres. Mais le dirigeant socialiste, pour montrer qu’il est gentil et aime la culture, prend bien garde de ne pas trop citer les grands classiques de la littéraire française… de François Villon à Balzac, en passant par Hugo ou Flaubert. Même punition pour Ronsard et Aragon, et idem pour Péguy.
Rendez-vous à La Rochelle dans dix ans… leurs successeurs citeront certainement Marc Levy, Katherine Pancol et Guillaume Musso.
Le BIT (Bureau International du Travail) constate une forte hausse du chômage de longue durée sur la tranche des 15-24 ans. Depuis mars 2009, le nombre de jeunes se trouvant sans emploi depuis plus d’un an a augmenté de près de 45%. Ils sont tout de même 113 000, soit un jeune chômeur sur cinq. Le BIT, organisme indépendant -contrairement à Pole Emploi- peut se permettre quelques remarques d’ordre politique qui sont pourtant tellement évidentes qu’on avait fini par les oublier ; c’est le fameux syndrome de La Lettre volée d’Edgar Poe. Le BIT déclare donc : « Compte tenu de la gravité de la situation, on peut craindre que, si rien n’est fait rapidement, la situation de la jeunesse ne devienne insoutenable dans certains pays, constituant une menace pour la cohésion sociale« . Et, quelle surprise, la France est dans le peloton de tête de ces «certains pays».
Evidemment, dans le même temps, on s’apprête lentement mais sûrement à faire travailler les seniors jusqu’à soixante-dix piges et mèche. Comme ça ils pourront aider leurs enfants chomdus de trente ans. Vous me direz, c’est déjà comme ça, sauf que les vieux peuvent le faire maintenant avec leur retraite mais que là, ils seront obligés de conduire des bus ou de vous livrer vos courses à domicile. Évidemment aussi, une armée d’experts libéraux, ceux qui nous feront mourir guéris dans une planète en ruine, viendront dresser des graphiques pour nous expliquer que le chômage des jeunes et le maintien à tout prix du troisième âge au taf, ça n’a pas de lien de cause à effet. On écoutera bien la leçon au milieu des émeutes et on n’essaiera pas de tousser à cause de la fumée des cocktails Molotov. Et ils seront très convaincants, ces experts. Comme d’habitude. Et on se souviendra, peut-être un peu trop tard, qu’ils nous font penser au fou selon Chesterton: celui qui a tout perdu, sauf la raison.
Les gens prétendent qu’ils relisent Proust chaque été. Ils mentent, évidemment : sinon, quand je fouille dans la bibliothèque des gens qui m’invitent, je trouverais La Prisonnière avec des taches d’huile solaire. Ce qui n’est jamais arrivé. En fait, l’été, les gens lisent du polar, du thriller, du roman noir. Les libraires ne s’y trompent pas, les éditeurs non plus : un livre sur quatre vendu en France est un polar. Et pourtant, ce n’est plus une littérature populaire même si les auteurs français de polar, qui sont tous de gauche, aimeraient vous faire croire le contraire. C’est une littérature de gens qui ont les moyens d’aller en vacances et qui ont des pudeurs d’encanaillés puisqu’ils prétendent qu’ils relisent Proust. Sans mettre d’huile solaire, en plus.[access capability= »lire_inedits »]
Un livre sur quatre, c’est quand même énorme. Si on retire des quatre les livres de jardinage, les témoignages de stars et les documents, on arrive au résultat suivant : un roman sur deux acheté est un roman policier. Alors, forcément, il y a du déchet. Du déchet et des monomanies. Le polar scandinave se portait déjà très bien avant Millénium, mais depuis, c’est de la folie. J’ai pensé à changer mon nom en Baldur Leroysön, à un moment. Et raconter sur des milliers de pages comment un policier désabusé de la banlieue d’Oslo cherche qui a tué la social-démocratie. L’enquête aurait promis d’être longue. J’aurais pu facilement faire trois volumes, comme Millénium. Dans un polar scandinave, il faut cinquante pages, au bas mot, pour monter dans sa voiture, démarrer et rouler sous un temps pourri dans des pays luthériens où l’alcool est à des prix prohibitifs. Derrick, à côté, c’est l’inspecteur Harry. Bon, une première certitude : même s’il ne l’aimait pas, ce n’est pas le communisme qui a tué la social-démocratie. On ne va pas tout lui mettre sur le dos, quand même, au communisme. En plus, il a un alibi d’enfer : quand la social-démocratie a été tuée, le communisme était déjà mort.
San-Antonio : du polar garanti sans fjord ni saumon fumé
Profitez donc de ce qui reste de l’été pour vous désintoxiquer et revenir aux sources. Lisez San-Antonio, par exemple, c’est garanti sans fjord ni saumon fumé. La collection Bouquins réédite tout San-Antonio. Pour l’instant, quatre volumes sont parus. Ils correspondent aux enquêtes de la fin des années 1940 jusqu’au début des sixties (San-Antonio est né en 1949 à Lyon avec un roman qui s’appelle Réglez-lui son compte et qui ne parle pourtant pas du peuple grec.)
Il n’y a pas plus français que San-Antonio : il a de l’esprit, il plaît aux femmes, il aime la bonne bouffe et les causes perdues. C’est d’Artagnan qui jacterait argomuche et aurait remplacé sa rapière par un soufflant. En plus, ce qui n’est pas fréquent dans la littérature populaire, San-Antonio a inventé un style. Une langue bien à lui. Comme Céline. Ou Proust, tiens. C’est un personnage tellement envahissant qu’il a failli tuer son créateur, Frédéric Dard. Dard a tenté de se suicider en 1965, quand il s’est aperçu que les gens ne connaissaient plus que San-Antonio et ignoraient ses autres romans. Ce n’est pas le genre de chose qui arriverait à des Scandinaves, ça. Ou alors ils se suicideraient d’ennui en relisant leurs épreuves.
Qu’on se le dise et redise, cette année, les hommes politiques anglais ne prendront pas de vacances, ou à peine. Dûment briefés, leurs staffs ont relayé l’info à qui veut l’entendre : aucun ne quittera le royaume. Echaudés par le scandale involontairement provoqué par Michelle Obama, qui avait abandonné mari et récession pour aller bronzer à Marbella avec l’éternellement jeune Juan Carlos, ils font profil bas, très bas. Il est loin le temps où les Blair s’invitaient chez Silvio Berlusconi pour faire des bœufs avec leur copain Cliff Richard.
Parfaite incarnation d’un Anglais moyen imaginaire, on les voit errer sur les landes du Devon ou des Cornouailles, les seuls endroits au monde suffisamment modestes sans être trop affreux pour y traîner la famille, la mine lugubre de circonstance, l’oreille basse et probablement le chien des Baskerville aux fesses. Gare à l’insouciante décontraction, à la joie de vivre estivale, au repos bien mérité. Le pays va mal, les temps sont durs, et chacun sait que la sémiotique vacancière, très en vogue à Westminster, va décortiquer implacablement l’emploi du temps du dernier des secrétaires d’Etat ou aspirant à la présidence du Labour.
Dis-moi où tu pars, je te dirai comment sera ta courbe dans les sondages de rentrée. Si tu veux la voir plonger après la photo volée qui tue, va en Toscane. Tous les patrons de la BBC y sont en ce moment, avec les écrivains et les sociaux-démocrates. Autre mauvaise idée, les vacances en Amérique. On se souvient de Gordon Brown arpentant Martha’s Vineyard, l’air hargneux, attendant une hypothétique invitation à dîner d’Hillary Clinton qui n’est jamais venue. Tu seras aussi prié d’éviter la Grèce, même si tu es, comme la plupart des Britanniques, un authentique fan de la comédie musicale Mamma mia, dont on rappellera qu’elle se situe non pas en Suède, comme pourrait le laisser penser sa BO 100% Abba, mais dans les Cyclades, où il te sera impossible d’éviter un des Murdoch ou un oligarque: mauvaise pioche, donc…
Merkel au Tyrol : l’exemple à suivre
En clair, tu devrais plutôt prendre modèle sur Angela Merkel qui, en bonne Ossie, escalade le Tyrol avec du matériel datant d’avant la chute du Mur. Ou sur le roi des Belges cramponné à Laeken de peur que le pays n’explose s’il passe une frontière. Voire sur notre président qui part barboter dans la famille.
Bref, il s’agit de faire comme si l’Anglais moyen ignorait que dans le vrai monde, celui de ceux qui ont réussi, s’offre en général de bonnes vacances dans une hacienda du grand Sud. Comme si l’Anglais moyen ne traversait pas lui-même la Manche à la première occasion pour trouver ce dont rêve tout un pays onze mois sur douze, le soleil.
Rebaptisée «Marie-Antoinette» par la presse de son pays, Michelle Obama semble tout à fait hermétique à ces hypocrisies. On aimerait que les collègues brits de son époux lui empruntent un tout petit peu de son audace, quitte à oublier pour une fois l’hypocrisie qui leur tient office de seconde peau. Quant à la Première, elle restera donc désespérément pâle, cet été.
Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.
Silence radio des professionnels de la protestation
Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».
Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.
Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues
Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…
Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.
À la manœuvre dans l’affaire Enderlin
J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.
Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.
Pour Pflimlin, un choix cornélien
Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.
Si la crise est censée faire partie de l’héritage maudit de George W. Bush, la reprise économique, elle, est supposée émaner de l’activisme d’Obama et -le moins que l’on puisse en dire- c’est qu’elle se présente sous une forme pour le moins fragile et timide… En fait, il semblerait bien que ce Président ait, en même temps que les milliards utilisés au titre des stimuli, épuisé quasiment tout son capital de sympathie sachant que le débat – aujourd’hui – en est toujours aux interrogations par rapport à l’opportunité de dépenser toujours plus pour encore plus de stimuli…
Faux débat qui enfoncera les Etats-Unis dans la récession, car ce pays n’a plus – comme après la Grande Dépression – besoin de relance keynésienne. Les artifices de politique monétaire, baisses de taux quantitative et autres constructions d’autoroutes n’y redresseront pas plus une situation de l’emploi qui a désespérément besoin de mesures structurelles de fond. En réalité, tant le secteur financier que l’industrie, les services ou le système éducatif de ce pays auraient besoin d’une sérieuse remise à plat. Histoire se recentrer sur l’innovation et sur l’amélioration de la productivité.
Et il n’est pas du tout sûr que cette urgence absolue ne vaille que pour les USA…
À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.
Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]
Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure
Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.
Django et ses héritiers
C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.
Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !
Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.
Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.
« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître
Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.
Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]
Après la formule alambiquée du pape et la déclaration polie de l’archevêque d’Aix et d’Arles, le père Arthur Hervé de Lille a mis les points sur les « i » : l’Eglise catholique condamne la politique « rom » du gouvernement français. Cette intervention assez rare de l’Eglise dans un débat hautement politisé n’est-elle pas la marque d’une mauvaise conscience du clergé catholique ? Personne ne doutera de la sincérité de ces ecclésiastiques face aux images troublantes qui remplissent nos écrans depuis quelques semaines. Mais ces bons sentiments et ces non moins bonnes paroles viennent un peu tard. La messe a déjà été dite : sous le nez de l’Eglise de France, au su et au vu de Rome, les Pentecôtistes ont déjà évangélisé un très grand nombre de Roms et de Tsiganes.
En regardant l’histoire de cette communauté depuis la Guerre, force est de constater que les Tsiganes et les Roms n’ont pas été au top des priorités de l’Eglise catholique ces soixante dernières années. Or, si l’Eglise les a, en quelque sorte, abandonnés, cela n’a pas été par manque de cœur, mais parce qu’en tant qu’institution bureaucratique l’Eglise s’est heurtée au même problème que l’Etat : comment « caser » ces nomades ? Concrètement, l’Eglise n’a pas su inventer une pastorale adaptée à cette population : depuis des siècles, elle s’est habituée à conduire (quand elle en conduit encore) des troupeaux fixes et sédentaires.
Conversions massives au pentecôtisme
À partir des année 1950, les difficultés de l’Eglise catholique à prendre en compte ces populations ont ouvert un boulevard au pasteur pentecôtiste Clément Le Cossec. Pour ce jeune Breton, élevé dans la misère et la marge sociale, appartenant à l’Assemblée de Dieu (ADD), institution confédérative de Pentecôtistes, il n’y avait ni pape ni évêque à qui rendre des comptes. Il a profité de cette liberté et « le pasteur des Gitans » a créé une Eglise ambulante à l’image de ses ouailles nomades, une paroisse qui accompagne ses paroissiens à travers l’Europe et même outre-mer. Autrement dit, en s’installant chez ces « lépreux sociaux », le pasteur Le Coussec les a amenés corps en âmes à sa foi. Résultat : des conversions massives.
« Vie et Lumière », l’association qui continue l’œuvre du pasteur Le Coussec, décédé en 2001, revendique plus de 100 000 adhérents en France ; les dizaines de milliers de Tsiganes qui assistent, chaque année à la fin août, au grand rassemblement qu’elle organise montrent que ce chiffre est crédible et témoignent du poids du pentecôtisme au sein de cette communauté en France.
Le défi majeur des catholiques
Le succès du pentecôtisme parmi les Tsiganes n’est pas un cas isolé. En Amérique du Sud et surtout au Brésil, les Eglises inspirées du modèle pentecôtiste ont su attirer et convertir beaucoup de catholiques. Pour Rome, ce phénomène est aujourd’hui un défi majeur à relever. Plusieurs décisions de Benoît XVI, comme de son prédécesseur, s’expliquent uniquement par leur volonté d’y faire face. En tout cas, comme l’avait démontré Clément le Cossec, pour conquérir les cœurs et les âmes des Tsiganes – tout comme les habitants des favelas – il faut plus que des bonnes paroles. Il faut la souplesse et l’énergie d’une Eglise jeune, où le charisme n’est pas encore complètement figé par les institutions.
La question n’est donc pas de savoir si l’Etat rejette les Roms et les Tsiganes, mais si l’Eglise catholique est capable de ne pas les faire fuir loin d’elle.
Ce miracle vous a peut-être échappé. La gauche et les médias ont été touchés par la grâce. En général, quand le pape s’exprime sur un sujet d’intérêt général, c’est un festival de criailleries : la laïcité est en danger, l’ordre moral menace. On fustige le gouvernement si un de ses membres est un peu trop ostensiblement catholique. Et on bombarde l’Apostolique et Romaine à coup d’affaires de pédophilie vieilles de trente ans. Mais il faut croire que l’évocation des dites affaires n’est plus une urgence ni un impératif moral car les paroles prononcées par Benoit XVI ce dimanche ont été célébrées de toutes parts et pas seulement parce qu’elles l’ont été dans notre belle langue. Non, si de symbole de la réaction, le pape est devenu, le temps d’un week-end, une icône du progressisme, c’est parce qu’il a, à mots à peine voilés, critiqué la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms. Au passage, on notera une certaine confusion sémantique puisque les uns parlent « d’expulsions massives » et les autres de « retours volontaires ». C’est que, conformément à la réglementation européenne, les Roms sont priés d’évacuer les campements illégaux mais que leur accord est effectivement nécessaire pour les mettre dans un avion.
La morale publique, d’accord, mais la morale privée est une affaire privée
Mais revenons à nos brebis revenues au bercail. Ce mystère a une explication simple : c’est que le Pape est de gauche. Il est même l’un des représentants les plus éminents de cette gauche qui se proclame morale depuis qu’elle a renoncé à faire de la politique. Dans ces conditions, on comprend que la défense sourcilleuse de la laïcité soit subitement devenue l’affaire de la droite tandis que du côté de l’opposition, personne ne s’offusque du fait que Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris ait annoncé son intention de sermonner Brice Hortefeux. Dans le combat contre le mal sarkozyste, on espère bien que le Vatican pourra aligner quelques divisions. Il serait sans doute malséant de remarquer qu’en cette affaire, l’Eglise conjugue judicieusement la morale chrétienne et ses intérêts politiques car depuis trente ans, de très nombreux Gitans ont abandonné Rome pour les pentecôtistes.
Quoi qu’il en soit, l’Eglise est autant dans son rôle quand elle préfère la fidélité au préservatif que quand elle rappelle aux puissances temporelles que tous les hommes sont frères. Mais si on ne tolère aucune de ses ingérences dans les comportements privés et sexuels des individus, on applaudit quand elle rappelle les Etats à leurs devoirs moraux. La morale privée doit rester une affaire privée. Car l’Etat c’est nous, certes, mais c’est surtout les autres. Et du moment que les Roms acceptent d’être nos frères en s’installant chez nos voisins, on peut être charitable à bon compte.
Nous savons bien que les seuls faits divers qui intéressent en ce moment les médias sont d’ordre strictement sécuritaire et que si un gamin rote ou pète à Vénissieux, Brice Hortefeux se déplace et promet une loi sur le météorisme. On aimerait cependant attirer l’attention sur l’accident de l’autobus Eurolines Amsterdam-Paris, sur l’autoroute A2 à hauteur de Crespin, dans le Nord, vendredi 13 août. Il a tout de même fait un mort, un jeune homme français originaire de la région parisienne, et dix-sept blessés dont trois graves.
Le chauffeur néerlandais de ce car n’avait jamais eu d’accident ni même le moindre problème en 22 ans de service. Il a été mis en examen par le procureur de Valenciennes qui précise qu’il n’était pas sous emprise alcoolique et que le « mouchard » du véhicule indiquait que les limitations de vitesses avaient été respectées. On ne comprend donc pas pourquoi il est sorti de la route et s’est écrasé de plein fouet contre des arbres.
Certains mauvais esprits indiquent que ce monsieur avait 63 ans. Ce qui est bien, avec l’allongement de l’espérance de vie, c’est qu’on peut travailler plus longtemps, quand on est chauffeur. Quand on est passager, en revanche…
Bon, je vous fais un petit rappel si vous avez manqué un épisode : les méchants détestent la culture, détestent la Princesse de Clèves, et ne jurent que par les matraques pleines de morgue des CRS ; tandis que les gentils aiment la culture et l’humanisme citoyen ! C’est très simple. Au Parti socialiste – par exemple – on est très gentils, c’est pourquoi on fait longuement étalage de sa passion pour la culture. Ainsi, la question culturelle semble être au centre de l’Université d’été du Parti socialiste qui va se tenir à la Rochelle du 27 au 29 août… et entre des conférences aussi prometteuses que « Yes we can : comment mobiliser notre électorat », « Faire société » ou encore « Carte blanche au MJS avec Danièle Mitterrand » (non, ce n’est pas une blague), les militants pourront voir la pièce de théâtre Il marchait vers la terre promise, dont la thématique citoyenne fait chaud au cœur : « Un samedi soir, à la fête foraine, Désiré, un jeune noir de 22 ans, sourd-muet tente d’échapper à un contrôle de police. Il est sans-papiers. » Et même pas homo, Désiré ? Petit bras ! On imagine aisément la suite tragique : les méchants, c’est la police et les gentils font du théâtre subventionné.
Henri Weber se cite lui-même dans ses lectures préférées !
Plus piquant, les militants socialistes pourront retrouver dans une librairie de la Rochelle les livres préférés des cadres du PS, présentés sur le site web du parti. Car oui, les gentils lisent des livres, tandis que les méchants font du jogging et caressent des Rolex sur les ponts en acajou des yachts de milliardaires. Sans surprise, on voit que les dirigeants socialistes lisent Karl Marx, Albert Camus et se lisent parfois eux-mêmes. (Henri Weber citant parmi ses livres préférés l’un de ceux qu’il a signés, et Jean-Christophe Cambadélis un ouvrage d’Hubert Védrine). Certains font de la provocation, tel Medhi Ouraoui, secrétaire national adjoint à la coordination, qui n’a certainement pas été suffisamment coordonné en amont et cite Malraux, Mauriac et De Gaulle parmi ses lectures préférées.
Hormis cette dissidence, la plupart des choix ne surprennent pas : on retrouve beaucoup d’auteurs de la galaxie socialiste (Erik Orsenna, par exemple, est cité plusieurs fois), et beaucoup de littérature étrangère. On s’étonne – et s’attriste – par contre de ne retrouver dans les bagages des cadres socialistes que très peu de classiques. Certes Cervantès, Stefan Zweig, Gabriel Garcia Marquez ou René Char surnagent, parmi quelques autres. Mais le dirigeant socialiste, pour montrer qu’il est gentil et aime la culture, prend bien garde de ne pas trop citer les grands classiques de la littéraire française… de François Villon à Balzac, en passant par Hugo ou Flaubert. Même punition pour Ronsard et Aragon, et idem pour Péguy.
Rendez-vous à La Rochelle dans dix ans… leurs successeurs citeront certainement Marc Levy, Katherine Pancol et Guillaume Musso.
Le BIT (Bureau International du Travail) constate une forte hausse du chômage de longue durée sur la tranche des 15-24 ans. Depuis mars 2009, le nombre de jeunes se trouvant sans emploi depuis plus d’un an a augmenté de près de 45%. Ils sont tout de même 113 000, soit un jeune chômeur sur cinq. Le BIT, organisme indépendant -contrairement à Pole Emploi- peut se permettre quelques remarques d’ordre politique qui sont pourtant tellement évidentes qu’on avait fini par les oublier ; c’est le fameux syndrome de La Lettre volée d’Edgar Poe. Le BIT déclare donc : « Compte tenu de la gravité de la situation, on peut craindre que, si rien n’est fait rapidement, la situation de la jeunesse ne devienne insoutenable dans certains pays, constituant une menace pour la cohésion sociale« . Et, quelle surprise, la France est dans le peloton de tête de ces «certains pays».
Evidemment, dans le même temps, on s’apprête lentement mais sûrement à faire travailler les seniors jusqu’à soixante-dix piges et mèche. Comme ça ils pourront aider leurs enfants chomdus de trente ans. Vous me direz, c’est déjà comme ça, sauf que les vieux peuvent le faire maintenant avec leur retraite mais que là, ils seront obligés de conduire des bus ou de vous livrer vos courses à domicile. Évidemment aussi, une armée d’experts libéraux, ceux qui nous feront mourir guéris dans une planète en ruine, viendront dresser des graphiques pour nous expliquer que le chômage des jeunes et le maintien à tout prix du troisième âge au taf, ça n’a pas de lien de cause à effet. On écoutera bien la leçon au milieu des émeutes et on n’essaiera pas de tousser à cause de la fumée des cocktails Molotov. Et ils seront très convaincants, ces experts. Comme d’habitude. Et on se souviendra, peut-être un peu trop tard, qu’ils nous font penser au fou selon Chesterton: celui qui a tout perdu, sauf la raison.
Les gens prétendent qu’ils relisent Proust chaque été. Ils mentent, évidemment : sinon, quand je fouille dans la bibliothèque des gens qui m’invitent, je trouverais La Prisonnière avec des taches d’huile solaire. Ce qui n’est jamais arrivé. En fait, l’été, les gens lisent du polar, du thriller, du roman noir. Les libraires ne s’y trompent pas, les éditeurs non plus : un livre sur quatre vendu en France est un polar. Et pourtant, ce n’est plus une littérature populaire même si les auteurs français de polar, qui sont tous de gauche, aimeraient vous faire croire le contraire. C’est une littérature de gens qui ont les moyens d’aller en vacances et qui ont des pudeurs d’encanaillés puisqu’ils prétendent qu’ils relisent Proust. Sans mettre d’huile solaire, en plus.[access capability= »lire_inedits »]
Un livre sur quatre, c’est quand même énorme. Si on retire des quatre les livres de jardinage, les témoignages de stars et les documents, on arrive au résultat suivant : un roman sur deux acheté est un roman policier. Alors, forcément, il y a du déchet. Du déchet et des monomanies. Le polar scandinave se portait déjà très bien avant Millénium, mais depuis, c’est de la folie. J’ai pensé à changer mon nom en Baldur Leroysön, à un moment. Et raconter sur des milliers de pages comment un policier désabusé de la banlieue d’Oslo cherche qui a tué la social-démocratie. L’enquête aurait promis d’être longue. J’aurais pu facilement faire trois volumes, comme Millénium. Dans un polar scandinave, il faut cinquante pages, au bas mot, pour monter dans sa voiture, démarrer et rouler sous un temps pourri dans des pays luthériens où l’alcool est à des prix prohibitifs. Derrick, à côté, c’est l’inspecteur Harry. Bon, une première certitude : même s’il ne l’aimait pas, ce n’est pas le communisme qui a tué la social-démocratie. On ne va pas tout lui mettre sur le dos, quand même, au communisme. En plus, il a un alibi d’enfer : quand la social-démocratie a été tuée, le communisme était déjà mort.
San-Antonio : du polar garanti sans fjord ni saumon fumé
Profitez donc de ce qui reste de l’été pour vous désintoxiquer et revenir aux sources. Lisez San-Antonio, par exemple, c’est garanti sans fjord ni saumon fumé. La collection Bouquins réédite tout San-Antonio. Pour l’instant, quatre volumes sont parus. Ils correspondent aux enquêtes de la fin des années 1940 jusqu’au début des sixties (San-Antonio est né en 1949 à Lyon avec un roman qui s’appelle Réglez-lui son compte et qui ne parle pourtant pas du peuple grec.)
Il n’y a pas plus français que San-Antonio : il a de l’esprit, il plaît aux femmes, il aime la bonne bouffe et les causes perdues. C’est d’Artagnan qui jacterait argomuche et aurait remplacé sa rapière par un soufflant. En plus, ce qui n’est pas fréquent dans la littérature populaire, San-Antonio a inventé un style. Une langue bien à lui. Comme Céline. Ou Proust, tiens. C’est un personnage tellement envahissant qu’il a failli tuer son créateur, Frédéric Dard. Dard a tenté de se suicider en 1965, quand il s’est aperçu que les gens ne connaissaient plus que San-Antonio et ignoraient ses autres romans. Ce n’est pas le genre de chose qui arriverait à des Scandinaves, ça. Ou alors ils se suicideraient d’ennui en relisant leurs épreuves.
Qu’on se le dise et redise, cette année, les hommes politiques anglais ne prendront pas de vacances, ou à peine. Dûment briefés, leurs staffs ont relayé l’info à qui veut l’entendre : aucun ne quittera le royaume. Echaudés par le scandale involontairement provoqué par Michelle Obama, qui avait abandonné mari et récession pour aller bronzer à Marbella avec l’éternellement jeune Juan Carlos, ils font profil bas, très bas. Il est loin le temps où les Blair s’invitaient chez Silvio Berlusconi pour faire des bœufs avec leur copain Cliff Richard.
Parfaite incarnation d’un Anglais moyen imaginaire, on les voit errer sur les landes du Devon ou des Cornouailles, les seuls endroits au monde suffisamment modestes sans être trop affreux pour y traîner la famille, la mine lugubre de circonstance, l’oreille basse et probablement le chien des Baskerville aux fesses. Gare à l’insouciante décontraction, à la joie de vivre estivale, au repos bien mérité. Le pays va mal, les temps sont durs, et chacun sait que la sémiotique vacancière, très en vogue à Westminster, va décortiquer implacablement l’emploi du temps du dernier des secrétaires d’Etat ou aspirant à la présidence du Labour.
Dis-moi où tu pars, je te dirai comment sera ta courbe dans les sondages de rentrée. Si tu veux la voir plonger après la photo volée qui tue, va en Toscane. Tous les patrons de la BBC y sont en ce moment, avec les écrivains et les sociaux-démocrates. Autre mauvaise idée, les vacances en Amérique. On se souvient de Gordon Brown arpentant Martha’s Vineyard, l’air hargneux, attendant une hypothétique invitation à dîner d’Hillary Clinton qui n’est jamais venue. Tu seras aussi prié d’éviter la Grèce, même si tu es, comme la plupart des Britanniques, un authentique fan de la comédie musicale Mamma mia, dont on rappellera qu’elle se situe non pas en Suède, comme pourrait le laisser penser sa BO 100% Abba, mais dans les Cyclades, où il te sera impossible d’éviter un des Murdoch ou un oligarque: mauvaise pioche, donc…
Merkel au Tyrol : l’exemple à suivre
En clair, tu devrais plutôt prendre modèle sur Angela Merkel qui, en bonne Ossie, escalade le Tyrol avec du matériel datant d’avant la chute du Mur. Ou sur le roi des Belges cramponné à Laeken de peur que le pays n’explose s’il passe une frontière. Voire sur notre président qui part barboter dans la famille.
Bref, il s’agit de faire comme si l’Anglais moyen ignorait que dans le vrai monde, celui de ceux qui ont réussi, s’offre en général de bonnes vacances dans une hacienda du grand Sud. Comme si l’Anglais moyen ne traversait pas lui-même la Manche à la première occasion pour trouver ce dont rêve tout un pays onze mois sur douze, le soleil.
Rebaptisée «Marie-Antoinette» par la presse de son pays, Michelle Obama semble tout à fait hermétique à ces hypocrisies. On aimerait que les collègues brits de son époux lui empruntent un tout petit peu de son audace, quitte à oublier pour une fois l’hypocrisie qui leur tient office de seconde peau. Quant à la Première, elle restera donc désespérément pâle, cet été.
Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.
Silence radio des professionnels de la protestation
Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».
Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.
Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues
Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…
Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.
À la manœuvre dans l’affaire Enderlin
J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.
Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.
Pour Pflimlin, un choix cornélien
Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.
Si la crise est censée faire partie de l’héritage maudit de George W. Bush, la reprise économique, elle, est supposée émaner de l’activisme d’Obama et -le moins que l’on puisse en dire- c’est qu’elle se présente sous une forme pour le moins fragile et timide… En fait, il semblerait bien que ce Président ait, en même temps que les milliards utilisés au titre des stimuli, épuisé quasiment tout son capital de sympathie sachant que le débat – aujourd’hui – en est toujours aux interrogations par rapport à l’opportunité de dépenser toujours plus pour encore plus de stimuli…
Faux débat qui enfoncera les Etats-Unis dans la récession, car ce pays n’a plus – comme après la Grande Dépression – besoin de relance keynésienne. Les artifices de politique monétaire, baisses de taux quantitative et autres constructions d’autoroutes n’y redresseront pas plus une situation de l’emploi qui a désespérément besoin de mesures structurelles de fond. En réalité, tant le secteur financier que l’industrie, les services ou le système éducatif de ce pays auraient besoin d’une sérieuse remise à plat. Histoire se recentrer sur l’innovation et sur l’amélioration de la productivité.
Et il n’est pas du tout sûr que cette urgence absolue ne vaille que pour les USA…
À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.
Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]
Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure
Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.
Django et ses héritiers
C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.
Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !
Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.
Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.
« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître
Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.
Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]
Après la formule alambiquée du pape et la déclaration polie de l’archevêque d’Aix et d’Arles, le père Arthur Hervé de Lille a mis les points sur les « i » : l’Eglise catholique condamne la politique « rom » du gouvernement français. Cette intervention assez rare de l’Eglise dans un débat hautement politisé n’est-elle pas la marque d’une mauvaise conscience du clergé catholique ? Personne ne doutera de la sincérité de ces ecclésiastiques face aux images troublantes qui remplissent nos écrans depuis quelques semaines. Mais ces bons sentiments et ces non moins bonnes paroles viennent un peu tard. La messe a déjà été dite : sous le nez de l’Eglise de France, au su et au vu de Rome, les Pentecôtistes ont déjà évangélisé un très grand nombre de Roms et de Tsiganes.
En regardant l’histoire de cette communauté depuis la Guerre, force est de constater que les Tsiganes et les Roms n’ont pas été au top des priorités de l’Eglise catholique ces soixante dernières années. Or, si l’Eglise les a, en quelque sorte, abandonnés, cela n’a pas été par manque de cœur, mais parce qu’en tant qu’institution bureaucratique l’Eglise s’est heurtée au même problème que l’Etat : comment « caser » ces nomades ? Concrètement, l’Eglise n’a pas su inventer une pastorale adaptée à cette population : depuis des siècles, elle s’est habituée à conduire (quand elle en conduit encore) des troupeaux fixes et sédentaires.
Conversions massives au pentecôtisme
À partir des année 1950, les difficultés de l’Eglise catholique à prendre en compte ces populations ont ouvert un boulevard au pasteur pentecôtiste Clément Le Cossec. Pour ce jeune Breton, élevé dans la misère et la marge sociale, appartenant à l’Assemblée de Dieu (ADD), institution confédérative de Pentecôtistes, il n’y avait ni pape ni évêque à qui rendre des comptes. Il a profité de cette liberté et « le pasteur des Gitans » a créé une Eglise ambulante à l’image de ses ouailles nomades, une paroisse qui accompagne ses paroissiens à travers l’Europe et même outre-mer. Autrement dit, en s’installant chez ces « lépreux sociaux », le pasteur Le Coussec les a amenés corps en âmes à sa foi. Résultat : des conversions massives.
« Vie et Lumière », l’association qui continue l’œuvre du pasteur Le Coussec, décédé en 2001, revendique plus de 100 000 adhérents en France ; les dizaines de milliers de Tsiganes qui assistent, chaque année à la fin août, au grand rassemblement qu’elle organise montrent que ce chiffre est crédible et témoignent du poids du pentecôtisme au sein de cette communauté en France.
Le défi majeur des catholiques
Le succès du pentecôtisme parmi les Tsiganes n’est pas un cas isolé. En Amérique du Sud et surtout au Brésil, les Eglises inspirées du modèle pentecôtiste ont su attirer et convertir beaucoup de catholiques. Pour Rome, ce phénomène est aujourd’hui un défi majeur à relever. Plusieurs décisions de Benoît XVI, comme de son prédécesseur, s’expliquent uniquement par leur volonté d’y faire face. En tout cas, comme l’avait démontré Clément le Cossec, pour conquérir les cœurs et les âmes des Tsiganes – tout comme les habitants des favelas – il faut plus que des bonnes paroles. Il faut la souplesse et l’énergie d’une Eglise jeune, où le charisme n’est pas encore complètement figé par les institutions.
La question n’est donc pas de savoir si l’Etat rejette les Roms et les Tsiganes, mais si l’Eglise catholique est capable de ne pas les faire fuir loin d’elle.
Ce miracle vous a peut-être échappé. La gauche et les médias ont été touchés par la grâce. En général, quand le pape s’exprime sur un sujet d’intérêt général, c’est un festival de criailleries : la laïcité est en danger, l’ordre moral menace. On fustige le gouvernement si un de ses membres est un peu trop ostensiblement catholique. Et on bombarde l’Apostolique et Romaine à coup d’affaires de pédophilie vieilles de trente ans. Mais il faut croire que l’évocation des dites affaires n’est plus une urgence ni un impératif moral car les paroles prononcées par Benoit XVI ce dimanche ont été célébrées de toutes parts et pas seulement parce qu’elles l’ont été dans notre belle langue. Non, si de symbole de la réaction, le pape est devenu, le temps d’un week-end, une icône du progressisme, c’est parce qu’il a, à mots à peine voilés, critiqué la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms. Au passage, on notera une certaine confusion sémantique puisque les uns parlent « d’expulsions massives » et les autres de « retours volontaires ». C’est que, conformément à la réglementation européenne, les Roms sont priés d’évacuer les campements illégaux mais que leur accord est effectivement nécessaire pour les mettre dans un avion.
La morale publique, d’accord, mais la morale privée est une affaire privée
Mais revenons à nos brebis revenues au bercail. Ce mystère a une explication simple : c’est que le Pape est de gauche. Il est même l’un des représentants les plus éminents de cette gauche qui se proclame morale depuis qu’elle a renoncé à faire de la politique. Dans ces conditions, on comprend que la défense sourcilleuse de la laïcité soit subitement devenue l’affaire de la droite tandis que du côté de l’opposition, personne ne s’offusque du fait que Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris ait annoncé son intention de sermonner Brice Hortefeux. Dans le combat contre le mal sarkozyste, on espère bien que le Vatican pourra aligner quelques divisions. Il serait sans doute malséant de remarquer qu’en cette affaire, l’Eglise conjugue judicieusement la morale chrétienne et ses intérêts politiques car depuis trente ans, de très nombreux Gitans ont abandonné Rome pour les pentecôtistes.
Quoi qu’il en soit, l’Eglise est autant dans son rôle quand elle préfère la fidélité au préservatif que quand elle rappelle aux puissances temporelles que tous les hommes sont frères. Mais si on ne tolère aucune de ses ingérences dans les comportements privés et sexuels des individus, on applaudit quand elle rappelle les Etats à leurs devoirs moraux. La morale privée doit rester une affaire privée. Car l’Etat c’est nous, certes, mais c’est surtout les autres. Et du moment que les Roms acceptent d’être nos frères en s’installant chez nos voisins, on peut être charitable à bon compte.
Nous savons bien que les seuls faits divers qui intéressent en ce moment les médias sont d’ordre strictement sécuritaire et que si un gamin rote ou pète à Vénissieux, Brice Hortefeux se déplace et promet une loi sur le météorisme. On aimerait cependant attirer l’attention sur l’accident de l’autobus Eurolines Amsterdam-Paris, sur l’autoroute A2 à hauteur de Crespin, dans le Nord, vendredi 13 août. Il a tout de même fait un mort, un jeune homme français originaire de la région parisienne, et dix-sept blessés dont trois graves.
Le chauffeur néerlandais de ce car n’avait jamais eu d’accident ni même le moindre problème en 22 ans de service. Il a été mis en examen par le procureur de Valenciennes qui précise qu’il n’était pas sous emprise alcoolique et que le « mouchard » du véhicule indiquait que les limitations de vitesses avaient été respectées. On ne comprend donc pas pourquoi il est sorti de la route et s’est écrasé de plein fouet contre des arbres.
Certains mauvais esprits indiquent que ce monsieur avait 63 ans. Ce qui est bien, avec l’allongement de l’espérance de vie, c’est qu’on peut travailler plus longtemps, quand on est chauffeur. Quand on est passager, en revanche…