Ce miracle vous a peut-être échappé. La gauche et les médias ont été touchés par la grâce. En général, quand le pape s’exprime sur un sujet d’intérêt général, c’est un festival de criailleries : la laïcité est en danger, l’ordre moral menace. On fustige le gouvernement si un de ses membres est un peu trop ostensiblement catholique. Et on bombarde l’Apostolique et Romaine à coup d’affaires de pédophilie vieilles de trente ans. Mais il faut croire que l’évocation des dites affaires n’est plus une urgence ni un impératif moral car les paroles prononcées par Benoit XVI ce dimanche ont été célébrées de toutes parts et pas seulement parce qu’elles l’ont été dans notre belle langue. Non, si de symbole de la réaction, le pape est devenu, le temps d’un week-end, une icône du progressisme, c’est parce qu’il a, à mots à peine voilés, critiqué la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms. Au passage, on notera une certaine confusion sémantique puisque les uns parlent « d’expulsions massives » et les autres de « retours volontaires ». C’est que, conformément à la réglementation européenne, les Roms sont priés d’évacuer les campements illégaux mais que leur accord est effectivement nécessaire pour les mettre dans un avion.

La morale publique, d’accord, mais la morale privée est une affaire privée

Mais revenons à nos brebis revenues au bercail. Ce mystère a une explication simple : c’est que le Pape est de gauche. Il est même l’un des représentants les plus éminents de cette gauche qui se proclame morale depuis qu’elle a renoncé à faire de la politique. Dans ces conditions, on comprend que la défense sourcilleuse de la laïcité soit subitement devenue l’affaire de la droite tandis que du côté de l’opposition, personne ne s’offusque du fait que Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris ait annoncé son intention de sermonner Brice Hortefeux. Dans le combat contre le mal sarkozyste, on espère bien que le Vatican pourra aligner quelques divisions. Il serait sans doute malséant de remarquer qu’en cette affaire, l’Eglise conjugue judicieusement la morale chrétienne et ses intérêts politiques car depuis trente ans, de très nombreux Gitans ont abandonné Rome pour les pentecôtistes.
Quoi qu’il en soit, l’Eglise est autant dans son rôle quand elle préfère la fidélité au préservatif que quand elle rappelle aux puissances temporelles que tous les hommes sont frères. Mais si on ne tolère aucune de ses ingérences dans les comportements privés et sexuels des individus, on applaudit quand elle rappelle les Etats à leurs devoirs moraux. La morale privée doit rester une affaire privée. Car l’Etat c’est nous, certes, mais c’est surtout les autres. Et du moment que les Roms acceptent d’être nos frères en s’installant chez nos voisins, on peut être charitable à bon compte.

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